le juste vivra par sa loyauté


Merci à Ewi, KorriganTanNoz, twjessie et Baccarat V pour vos reviews. Toujours un plaisir de connaître vos réactions ! Sinon, je comprends rien parce que j'ai regardé les statistiques pour le nombre de vues du dernier chapitre et sur 155 vues il y en a 103 des Etats-Unis. I'm famous in the States on dirait ! So, for the people on the other side of the Atlantic Ocean, don't hesitate to leave a review ;) I would be delighted to read your take on this story!

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 25: Pas un mot de plus


Dimanche 8 novembre


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Eva se réveilla avec une gêne à la poitrine. Elle prit quelques secondes à comprendre où elle était. Elle papillonna des yeux alors que des faibles rayons de soleil traversaient la fenêtre de la chambre décorée en rouge et or.

Elle était dans la tour de Gryffondor.

Et lorsqu'elle sortit sa tête de sa position recroquevillée, elle comprit que c'était James qui respirait bruyamment à côté d'elle, son bras posé au-dessus de sa tête et sa bouche entrouverte.

Il allait avoir des fourmis à se tenir comme ça.

Eva leva un peu plus la tête et elle remarqua qu'il y avait un deuxième corps à côté de celui de James. C'était Sirius. Il avait une main posée sous sa joue et ses cheveux cachaient en partie son autre joue.

Les effets du philtre d'amour de la veille semblaient s'être enfin estompés. En effet, les deux mains d'Eva étaient pelotonnées contre sa poitrine alors qu'elle se souvenait clairement s'être endormie en tenant la main de Sirius pour le calmer.

C'était ça qui expliquait la douleur.

Eva reposa sa tête sur l'oreiller qu'elle avait pris du lit de Sirius puis elle observa ses mains.

Contrairement à d'habitude, il n'y avait pas de sang incrusté sous ses ongles. Non, comme elle s'était endormie avec toujours son pull sur elle, Eva n'avait pas pu gratter sa peau pendant la nuit. A la place, il semblait qu'elle ait frotté son pull pour essayer de faire disparaître la démangeaison de sa cicatrice et qu'il n'y avait ainsi que des légères traces de sang sur ses doigts. C'était son pull qui était humide de sang.

Elle appréhendait le moment où elle allait devoir retirer son pull. La douleur allait être horrible.

Tous les garçons du dortoir dormaient toujours paisiblement. Eva était la seule à être réveillée.

Le plus silencieusement possible, elle se leva, prenant soin d'arrêter de bouger dès que James ou Sirius faisaient une moue à cause du bruit. Elle traversa sur la pointe des pieds la chambre dans laquelle elle n'avait jamais posé les pieds. Or, même si elle ne connaissait pas les lieux, il lui suffit d'un coup d'œil pour trouver la porte de la salle de bain. La partie la plus difficile fut de ne rien écraser sous ses pieds, le sol était jonché de vêtements et de fournitures scolaires. Eva faillit même trébucher sur un Souafle.

Sûrement une lubie de James.

Eva enleva enfin ses collants et fit ses besoins. La délivrance lui fit pousser un soupir de soulagement. Maintenant, si elle pouvait enlever son soutien-gorge, ce serait super mais elle devait attendre de retourner dans son dortoir pour ça.

Elle se dirigea ensuite vers le lavabo pour faire disparaître les traces de sang séché de ses mains. Puis, avec une grimace, Eva observa son reflet. Ses yeux brillaient de fatigue mais elle était moins cernée qu'en temps habituel. Visiblement, dormir dans la chambre de James l'avait fait baisser sa garde. Elle ne se rappelait pas s'être réveillée une seule fois pendant la nuit.

Mais elle n'avait pas pu se démaquiller et son erreur lui valut un bouton d'acné sur le menton. Quant à son mascara, il avait légèrement coulé mais rien de bien dramatique. Ce qui la préoccupait le plus était ses cheveux qu'elle aurait dû attacher avant de s'endormir. Elle parcourut du regard le lavabo dont l'état horrifierait Charlotte et Emmeline. Elle y trouva une brosse à cheveux et n'hésita pas à la prendre puis à s'asseoir sur l'abattant des toilettes après y avoir jeté un tergeo pour se brosser les cheveux.

Elle avait dormi mais son corps était lourd de fatigue, comme pour lui rappeler toutes les heures de sommeil qui lui restaient à rattraper. Peut-être ferait-elle mieux d'aller courir sous le vent glacial de novembre qui gémissait derrière la fenêtre de la salle de bain. L'adrénaline la réveillerait.

Au bout de deux minutes qu'elle passa à grimacer à cause de ses cheveux remplis de nœud, Eva entendit la porte de la salle de bain grincer.

Peter se frotta les yeux et bailla :

« Eva ? fit-il d'une voix enrouée par le sommeil.

– Bien dormi ? lui chuchota-t-elle.

– Mieux que toi, lui répondit Peter avant de se diriger vers le lavabo pour se mettre de l'eau sur le visage pour se débarbouiller, son jogging menaçant de tomber à tout instant. Je t'ai entendu pendant la nuit. »

Eva fixa le reflet de Peter alors que le blond posait du dentifrice sur sa brosse à dents.

« Tu m'as entendu ? » demanda-t-elle lentement, craignant sa réponse.

Avec un haussement d'épaules, Peter se tourna vers elle, sa brosse à dents dans la bouche :

« Tu as poussé des gémissements. J'ai cru que c'était un des gars qui avait ramené une fille sans que je ne le remarque au début. »

Si une boule de malaise ne l'avait pas prise au ventre, Eva aurait peut-être répondu à Peter qu'elle était belle et bien une fille. Cependant, deux choses l'en empêchèrent.

Premièrement, la réalisation que sa venue dans le dortoir des garçons risquait d'être très mal interprétée si quelqu'un l'avait vu monter les escaliers en compagnie de Sirius et James.

Eva avait été tellement dans les vapes qu'elle ne se souvenait pas de qui était encore présent dans la Salle Commune de Gryffondor à cette heure tardive. Elle s'était laissée guider par James, les yeux à peine entrouverts et tenant lâchement la main de Sirius que Remus poussait en avant pour le forcer à monter les escaliers. Mais maintenant, oh maintenant qu'est-ce qu'elle regrettait d'avoir baisser sa garde.

Deuxièmement, le commentaire de Peter venait de rappeler à Eva pourquoi est-ce qu'elle avait repris l'habitude de fermer le rideau de son lit et d'ajouter un assurdiato depuis que le harcèlement des Serpentards avait repris, faisant ressurgir les cauchemars qui avaient lentement perdus en intensité au cours de l'été.

Assise sur l'abattant des toilettes, Eva se fustigea mentalement de cet oubli et resta silencieuse alors que Peter se remettait face au lavabo pour se brosser vigoureusement les dents.

Ce fut Peter qui recommença la conversation avec un petit rire amusé une fois qu'il eut craché :

« De toute façon, tu étais à côté de James. À ses 12 ans ça ne m'aurait pas étonné qu'il tente quelque chose mais aujourd'hui… »

Peter secoua sa tête tout en riant puis se baissa pour ouvrir le tiroir du lavabo où était rassemblé un nombre important de potions. Un autre jour, Eva aurait été voir de plus près cette collection de potions mais, à l'instant présent, elle était beaucoup plus préoccupée par ce que sous-entendait Peter.

« Comment ça à ses douze ans ? » répéta-t-elle alors que Peter ouvrait grand sa bouche pour y faire tomber quelques gouttes d'une potion anti-gueule de bois qu'il tenait en l'air.

Eva vit les yeux bleus de Peter s'écarquiller dans le miroir et il ferma sa bouche d'un air nerveux.

« Euh non, oublie, bredouilla-t-il. Je suis encore à moitié bourré, ajouta-t-il et Peter était décidément un très mauvais menteur car son regard était fuyant et il faisait clairement semblant de vouloir ranger sa trousse de toilettes.

– Ça n'aurait pas un rapport avec l'histoire de la dernière fois avec James qui regardait sa mère sous la douche ? » demanda Eva, ses yeux plissés fixant le reflet de Peter avec suspicion.

Peter fit encore plus de bruits avec sa trousse de toilettes, semblant pressé de trouver quelque chose en particulier, mais Eva n'était pas dupe. Elle avait réfléchi à cette conversation étrange sur le terrain de Quidditch et, vu la réticence de James (ce jour-là et hier encore) sans parler de tous les efforts de Sirius et Remus pour faire taire Peter, elle avait l'impression que ce n'était pas Euphémia dont il avait été question mais d'elle.

« Peter. »

Peter arrêta de farfouiller dans sa trousse de toilettes et ferma les yeux, posant sa main sur son front comme s'il n'avait plus la force de soutenir sa tête.

« Je suis trop bourré pour ça, » l'entendit-elle marmonner.

Puis, à travers des marmonnements presque inintelligibles, Peter lui révéla la vérité, grimaçant tout du long alors qu'Eva l'écoutait sans aucune expression, un mélange de colère et de déception remplaçant la boule de malaise dans son ventre.

La vérité était la suivante : à 12 ans, James, en pleine crise de puberté, était devenu curieux de ce qui le différenciait des filles. Ainsi, pendant qu'Eva se douchait innocemment le gringalet qu'était James à l'époque avait caché un appareil photo dans la salle de bain des Potter. Or, il n'avait pas anticipé la buée et n'avait donc rien pu voir sur la photo finale.

Ainsi, bien que Peter la supplie de ne pas révéler que c'était lui qui avait craché le morceau, Eva se leva et sortit de la salle de bain, ne prenant pas la peine d'être silencieuse cette fois-ci. Elle prit l'oreiller de Sirius sur lequel elle avait dormi puis l'abattit violemment sur le visage de James.

James se réveilla avec un bredouillement confus, plissant les yeux pour la reconnaître sans ses lunettes.

« Espèce de gros pervers dégueulasse ! » s'exclama-t-elle, un rictus de dégoût lui déformant la bouche.

Puis, elle sortit de la chambre des Gryffondors de 6e année, sa paire de collants et ses chaussures dans les mains.

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« Comment ça c'est moi le pervers ? ronchonna James, la voix grave de sommeil. Elle ne se rappelle pas de qui lui a sauté dessus hier ? »

– Ferme-la James, grommela Remus depuis son lit, le visage strié par les traces de son oreiller dans lequel il avait plongé son visage.

– Hein ? Quoi ? grogna Sirius, ouvrant de tout petits yeux et ayant l'air d'avoir une gueule de bois des enfers.

– Ta gueule Patmol. Tout ça c'est de ta faute, » dit James puis il cacha son visage sous sa couverture.

Toujours à moitié endormi, Sirius fixa le drap qui recouvrait la tête de James puis parut se dire qu'il était beaucoup trop fatigué pour réfléchir à pourquoi est-ce qu'il était par terre et de quoi il était fautif car il se rendormit en moins de deux secondes.

A l'embrasure de la porte de la salle de bain, Peter poussa un grognement.

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« C'était comment ? lui demanda Charlotte en tirant sur les rideaux de son lit dès qu'elle entendit Eva ouvrir la porte.

– Horrible, » lui dit simplement Eva avant de se laisser tomber dans son lit.

Eva prit son oreiller et y enfonça son visage pour y hurler à la grande confusion de Charlotte.

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Jeudi 12 novembre

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« Eva. Tu veux bien rester un peu ? J'aurais besoin d'aide pour préparer les mandragores. »

À l'entente de la demande de sa Cheffe de Maison, Eva haussa des sourcils surpris mais elle ne tarda pas à accepter avec un haussement d'épaules désinvolte.

« Si vous voulez, professeure, » dit-elle en essuyant ses mains pour en retirer le surplus d'engrais.

Eva resta sur son tabouret tandis que le reste des élèves de 7e années suivant toujours le cours de Botanique quittaient la serre, tous éreintés après avoir bataillé avec des plantes d'Afrique du Sud qui refusaient de rester dans leur pot bien qu'elles aient besoin de terre pour survivre.

Emmeline ne lui dit même pas au revoir, s'empressant d'aller rejoindre Ronan qui partageait sa table de travail avec Karen Dunn, la seule autre Serpentard de leur année à assister aux cours de Botanique.

Eva soupçonnait qu'Amélia Avery, Lizzie Lestrange et Ava Parkinson considéraient que se retrouver les mains noires de terre n'étaient pas dignes d'une jeune femme de bonne famille. Ou peut-être bien que c'était leurs parents qui le pensaient, Eva n'était pas assez naïve pour croire que les Sang-Purs n'étaient pas fortement influencés par leurs parents.

De manière surprenante, Emmeline, elle, prenait un plaisir fou à assister aux cours de Botanique bien que sa mère lui ait fait comprendre qu'il valait mieux qu'elle abandonne cette option. Au fil des années, Eva et Emmeline avaient partagé de nombreux fous rires en tentant de dompter des plantes irritables mais ces derniers temps Emmeline était beaucoup plus occupée à échanger des regards et des sourires complices avec Ronan Parkinson à quelques tables de la leur.

« Eva, viens par ici, tu veux bien ? »

À l'entente de la voix de sa Cheffe de Maison, Eva arracha son regard du dos d'Emmeline qui avait accepté avec un sourire rayonnant que Ronan Parkinson porte son sac.

Karen Dunn passa en coup de vent devant elle, offrant à Eva la vue de son visage étonnement chérubin que la Serpentarde solitaire cachait habituellement derrière ses cheveux hormis lors des cours de Botanique.

Il n'y avait que la chaleur étouffante des serres qui pouvait dénaturer de tout artifice n'importe quel sorcier. C'était ça qui faisait apprécier à Eva le moment de répit que lui offrait Chourave. L'arrogance et l'antagonisme n'avaient plus lieu d'être alors qu'ils étaient tous en nage et que leurs vêtements se greffaient à eux comme une seconde peau.

Ils étaient tous un peu plus libérés ici.

Akash ne la croirait certainement pas si Eva lui disait que Karen Dunn répondait avec éloquence aux questions de Chourave et levait même la main pour le faire. Certains Serpentards seraient sans doute mécontents s'ils apprenaient que Ronan Parkinson proposait de son propre chef son aide à Darcie Larwood et Carina Winnifred lorsqu'il les entendait se lamenter derrière lui.

Ici, Howard cessait de s'énerver pour un oui ou pour un non et se démenait à la place pour trouver la solution à la mauvaise humeur de sa plante, ne lâchant aucun gros mot même lorsqu'il se retrouvait recouvert d'une substance visqueuse qu'une plante avait régurgitée. Marlène McKinnon, elle, semblait moins intouchable alors qu'elle aidait Astrid Matthews à forcer une plante vénéneuse à ingurgiter une potion, des frisotis dans les cheveux et les joues rouges d'effort et striées de terre. Steve McAvoy, lui, était moins détestable en la seule compagnie de Frank Londubat et d'Alice Fortescue qui éclatait de rire lorsqu'elle se prenait un jet de pus sur son tablier de travail. Quant à Luke Carstein et Francis Lockhart, ils étaient toujours les premiers à proposer leur aide.

Eva se tourna en direction de Chourave qui lui fit signe de s'enfoncer plus profondément dans la serre. Elle s'essuya son front dégoulinant de sueur puis emboîta le pas à sa Cheffe de Maison qui boitait toujours quelque peu après sa mésaventure avec une plante au caractère bien trempé. La chaleur humide des serres semblait avoir fait doubler de volume les cheveux courts et bouclés de Chourave mais la petite dame semblait toujours vibrante d'énergie.

« Je n'étais pas censée vous aider, professeure ? »

Confuse, Eva resta debout à observer Chourave commencer à ranger les étagères remplies de fioles multicolores, de bocaux emprisonnant des insectes et divers sacs contenant des engrais ou de la nourriture spécifique à chaque plante.

« Assieds-toi, Eva. Tu dois être fatiguée après avoir passé deux heures debout, » lui ordonna Chourave en continuant de faire des aller-retour entre sa table de travail et son étagère.

De plus en plus perplexe, Eva s'assit sur un des deux tabourets entourant la table de travail qui n'était utilisée que par Chourave. Elle ne connaissait pas vraiment cette partie de la serre, il n'y avait que Chourave qui avait le droit d'y pénétrer.

Autour d'Eva se trouvaient divers plantes magiques qui recouvraient les vitres de la serre, empêchant quiconque de voir ce qu'il se tramait à l'intérieur. Le bourdonnement et les fredonnements des plantes allant du violet à de l'orange pétant la relaxaient.

C'était dans la serre qu'Eva avait l'impression de mieux respirer malgré la chaleur étouffante. Des gouttes de sueur avaient beau perler sur son front et l'engrais qu'elle avait utilisé resterait certainement sous ses ongles pendant deux jours encore mais elle adorait venir ici.

Une plante vint lui dire bonjour en lui caressant son avant-bras à découvert. Eva ne bougea pas, observant d'un œil curieux les pétales rouges et noires qui lui chatouillaient la peau.

« Professeure, est-ce que cette plante est dangereuse ? » s'enquit curieusement Eva en prenant soin de rester parfaitement immobile.

Elle avait appris au fil des années que les plantes pouvaient être toutes aussi froussardes que les animaux lorsqu'elles ne reconnaissaient pas la personne. Ainsi, il fallait simplement faire preuve de sang-froid et ne pas se laisser intimider. C'était une des raisons pour laquelle Charlotte avait préféré abandonner cette matière. La blonde avait déjà du mal rien qu'à la vue d'Aristote, le crapaud d'Akash, alors des plantes possiblement vénéneuses ou mortellement dangereuses ? Non merci.

Chourave leva son nez du sachet dont elle déversait le contenu sur la table de travail.

« Oh oui, elle peut l'être pour certaines personnes, » lui répondit distraitement Chourave alors que l'appendice de la plante commençait à se frayer un chemin sous la manche du tee-shirt noire d'Eva qui était humide de sueur.

Les cours de Botanique n'avaient rien de très sexy.

« De quelle manière ? demanda Eva qui, honnêtement, commençait un peu à paniquer maintenant que l'appendice avait atteint son épaule.

– Elle décuple la fertilité des femmes. »

Eva fixa avec des yeux ronds son professeur qui ronchonnait alors qu'une partie des haricots verts qu'elle avait déversé sur la table était tombée par terre.

« Professeure, » dit Eva, immobile mais tendue comme un arc.

Alors qu'auparavant elle retenait des gloussements à cause des chatouilles que lui faisait la plante, elle se retenait maintenant d'hurler sa peur et de partir en courant pour s'enfuir loin de cette plante qui semblait bien innocente au premier abord.

Eva avait déjà fait les frais d'une potion d'amour il y a quelques jours. Elle ne voulait pas soudainement devenir la femme la plus fertile du château. Le monde sorcier était tellement ridicule qu'Eva ne serait pas surprise que, bien qu'elle n'envisage aucunement de faire l'amour à qui que ce soit, elle se retrouve coursée par des mâles en chaleur à cause de sa toute nouvelle incroyable fertilité.

« Oh, ne vous inquiétez pas, lui dit Chourave en se baissant pour reprendre les haricots tombés par terre. Elle n'a de l'effet que lorsqu'elle éternue. En plein mois de novembre, nous sommes loin d'être à la saison où il y a des niveaux élevés de pollen.

– S'il vous plaît. Enlevez-la, » grinça Eva entre ses dents alors que la plante effleurait la bretelle de son soutien-gorge.

Chourave leva à peine le nez de ses haricots lorsqu'elle agita sa baguette en direction d'Eva. Avec un courant d'air, la plante sortit du tee-shirt d'Eva et partit se réfugier plus loin. Eva soupira de soulagement, les yeux toujours écarquillés.

« Oh tiens, il semblerait que je me sois trompée, dit distraitement Chourave et Eva se retourna pour voir ce qu'observait sa professeure. Il faudrait que j'augmente la température de la serre. »

À la consternation d'Eva, la plante aux pétales rouges et noires venait d'éternuer, laissant derrière elle ce qui ressemblait à du pollen brillant.

Contrairement à Chourave, cette vue horrifia Eva dont les yeux marrons étaient grands ouverts. À quelques secondes près, la plante dont elle ne connaissait toujours pas le nom lui aurait éternué dessus et l'aurait rendu la femme la plus fertile du château.

« Eva, aide-moi à équeuter ces haricots, tu veux bien ? Margaret ne me le pardonnera pas si j'arrive ce soir sans l'avoir fait, » ajouta en un marmonnement Chourave, ne se rendant pas compte de l'effroi de son élève qui s'était remise droite sur son tabouret pour la fixer avec des yeux ronds.

Eva savait qu'il ne servait à rien d'essayer de faire comprendre à sa Cheffe de Maison la gravité de la catastrophe qu'elles venaient in-extremis d'éviter. Elle imaginait bien Chourave lui répondre quelque chose du genre qu'elle était gouine et qu'elle ne risquait pas de tomber soudainement enceinte, même son ex-mari n'avait pas réussi cet exploit.

Eva cligna donc des yeux puis commença à équeuter les haricots. Elles le firent pendant quelques instants en silence, Chourave chantonnant l'air d'une chanson, puis, finalement :

« Comment vas-tu Eva ? Nous n'avons pas beaucoup eu l'occasion de discuter ces derniers temps. »

Oh, c'était pour ça que Chourave l'avait appelé ? Pour parler de ce qu'elle ressentait ? Eva croyait avoir réussi à dissuader Chourave de faire ce genre d'intervention après deux rencontres en tête à tête en septembre qui n'avaient mené à rien.

Les yeux baissés sur son haricot, Eva équeuta méthodiquement le haut puis le bas du légume.

« Je vais bien. Un peu stressée à cause des devoirs qui s'accumulent.

– Je ne m'en fais pas pour toi, tu es une vraie débrouillarde. Beaucoup d'idiots ont réussi à obtenir leur diplôme, je ne vois pas pourquoi tu n'y arriverais pas, » la rassura Chourave, ne se rendant pas compte que son commentaire pourrait être mal pris.

Mais Eva ne fut pas blessée. Chourave avait toujours été très optimiste du devenir de ses blaireaux. Si elle pensait réellement qu'Eva était un cas désespéré, Chourave le lui aurait dit et elle n'aurait pas bataillé pour qu'Eva puisse passer en 7e année malgré ses résultats médiocres aux examens de fin d'année de l'année précédente.

« Merci professeure. J'essaye d'être plus attentive en cours cette année.

– Je l'ai remarqué, oui ! s'exclama Chourave en hochant vigoureusement la tête, ses boucles bondissant avec le mouvement. Filius m'en a parlé lui aussi, c'est très bien ! Je sais bien que tu as toujours eu du mal avec tout ce qui est théorique mais il ne faut jamais abandonner. Contrairement à ce que veut faire croire McGonagall, ne pas réussir académiquement ne veut pas dire que notre vie est vouée à l'échec. Et puis tu es naturellement douée, en cours de Botanique je n'ai jamais besoin de te reprendre !

– Ça c'est grâce à vous, professeure, lui dit Eva et la professeure Chourave parut voir à travers son jeu car elle agita son index d'un air réprobateur en réponse au sourire taquin d'Eva.

– Attention, Eva ! Je ne vais pas me faire avoir par ton joli sourire ! Tu es 15 ans trop jeune pour moi ! »

Eva éclata de rire et se concentra de nouveau sur ses haricots qu'elle prenait beaucoup plus de temps que sa professeure à équeuter bien qu'elle soit moins bavarde. Le tas de Chourave faisait presque le double de la taille du sien.

« En parlant de ça, un garçon n'aurait-il pas attiré ton attention ? »

De nouveau, les yeux marrons d'Eva s'arrondirent et elle fixa d'un air interdit sa Cheffe de Maison qui leva le nez de ses haricots pour lui lancer un sourire joyeux – si ce n'était goguenard.

« Euh…

– Voyons, Eva, pas de cachoterie entre nous ! C'est grâce à moi que tu as pu avoir ta première danse du bal d'Halloween avec ce cher Ted Tonks il y a des années de cela, après tout ! »

Eva se racla la gorge, le souvenir de cette danse plus que maladroite la hantant. Elle n'avait pas un seul instant levé les yeux de ses pieds alors que Ted la guidait maladroitement dans une valse, beaucoup trop grand pour sa cavalière de 11 ans. Encore une fois, les amis de Ted Tonks s'en étaient fait à cœur joie, criant des mots d'encouragement à Ted alors qu'à côté d'eux Chourave paraissait particulièrement fière de ses capacités d'entremetteuse. Finalement, c'était Andromeda Black qui était venue la délivrer.

« Elle n'est pas un peu jeune pour toi, Tonks ? » avait dit Andromeda Black, haussant un sourcil moqueur qui avait intimidé Eva en plus de la splendeur de la 7e année.

Ted s'était frotté les cheveux, riant avec embarras :

« J'apprends juste à Eva comment danser, Andromeda. Pas besoin de me regarder comme ça. »

Andromeda Black avait émis une expression moqueuse puis avait glissé une boucle noire qui s'était échappée de son chignon décoré par des pinces argentées derrière son oreille. Si Eva n'avait pas été morte de honte, elle aurait peut-être remarqué que le regard du préfet-en-chef s'était attardé sur ce geste. Mais elle avait été trop jeune à l'époque alors elle avait juste pris ses jambes à son cou lorsque l'intimidante préfète-en-chef de Serpentard lui avait indiqué que des Chocogrenouilles étaient distribuées par Slughorn, la main de Ted Tonks déjà dans la sienne après qu'elle ait déclaré au Poufsouffle qu'elle allait lui apprendre comment danser correctement.

« Il n'y a personne, professeure, l'assura Eva qui, comme à ses 11 ans, gardait les yeux baissés.

– Même pas un certain Gryffondor ? demanda innocemment Chourave et quand Eva osa regarder en direction de sa Cheffe de Maison, elle eut l'impression de revenir six ans en arrière face à ce sourire taquin.

N-non ! s'écria Eva alors que le sourire de Chourave s'élargissait en-dessous de ses boucles indomptables. Non, il n'y a personne. C'est juste un malentendu, » ajouta-t-elle plus posément.

Chourave émit une expression amusée puis se concentra de nouveau sur ses haricots :

« Eh bien, ce n'est pas ce que Minerva m'a dit, révéla-t-elle innocemment.

Professeure McGonagall ?! s'étouffa Eva.

– Ou peut-être bien que c'était Poppy, ajouta Chourave d'un air pensif. Tellement de gens me parlent, j'ai du mal à suivre. »

Eva était horrifiée et extrêmement embarrassée. Les professeurs comméraient au sujet des amourettes des étudiants ? Pas qu'il soit question d'amourette entre elle et Sirius ! La preuve, elle ne lui avait pas reparlé depuis qu'elle lui avait dit de dormir alors qu'il était paisiblement avachi sur son épaule. Le reste de la semaine, elle avait bien pris soin de l'éviter. Lui comme James.

En ce qui concernait James, Eva s'était calmée depuis la révélation de dimanche dernier.

Au début, elle avait été prise d'une fureur noire. Tellement de gens la considéraient comme une fille facile et elle s'était sentie comme trahie que James ait pu empiéter sur son intimité d'une telle manière.

Puis, elle en avait parlé avec Charlotte qui n'avait pu retenir une grimace de dégoût elle aussi mais qui lui avait fait remarquer que les garçons de 12 ans étaient une espèce différente. Elle lui avait rappelé toutes les fois où Akash et Amos s'étaient amusés à soulever les jupes des filles pour apercevoir leur culotte en se cachant derrière une armure. Eva tout comme Charlotte en avaient fait les frais et, pourtant, elles parlaient toujours aux deux garçons et Charlotte était même tombée amoureuse d'Amos par la suite.

« Tu as toi-même dit que James avait mûri cette année. Tu penses vraiment qu'il te ferait ça maintenant ? » lui avait dit Charlotte et Eva s'était efforcée de ne pas écouter toutes les pensées noires qui lui disaient qu'elle ne valait pas la peine que James la respecte.

Il la respectait. Il la respectait et elle le croyait vraiment car il avait pris sa défense devant ses coéquipiers de Quidditch. Il était celui qui l'avait dit d'emmerder tous ceux qui l'insultaient. Il était James et, bien qu'il ait ses défauts, il avait toujours été là pour elle dès le premier signe de détresse.

C'était elle qui avait érigé cette barrière entre eux. Elle qui avait et faisait toujours en sorte qu'il ne sache plus ce qu'il se passait dans sa vie. Elle ne saurait dire si c'était la faute du Serment Inviolable ou juste elle qui avait appris à tout garder pour elle.

Mardi midi, après que James ait raté trois fois de la coincer dans les couloirs, un parchemin était apparu sous le nez d'Eva à table. Charlotte s'était penchée pour pouvoir lire par-dessus son épaule. Heureusement pour Eva, les garçons avaient été trop occupés à se disputer au sujet de la meilleure tactique à adopter face à Serdaigle en janvier.

Je suis désolé. J'étais con avant. Enfin, un peu plus que maintenant.

JP

Malgré ses excuses, Eva continuait d'éviter James. Elle avait besoin de prendre ses distances. Avec lui et avec son meilleur ami qu'elle faisait semblant de ne pas voir même lorsqu'il était apparu à l'autre bout du couloir avec Lucy Emerson ce matin.

« Et donc, tu n'as rien à me dire ? Même pas un petit béguin ? »

Eva poussa un grognement mortifié devant la ténacité de sa Cheffe de Maison.

« Non, il n'y personne et il n'y a rien à dire à ce sujet, s'entêta-t-elle et Chourave haussa les épaules, comme si la professeure n'en avait rien à faire alors que, pourtant, son petit sourire amusé ne la quittait plus.

– Très bien, si tu le dis. Je te crois. Mais à ta place je ne tarderais pas trop à prendre une décision si un petit coquin aussi charmant que le jeune Sirius Black me tournait autour.

Professeure ! s'écria Eva, ses joues commençant à prendre une teinte rosée alors que sa Cheffe de Maison éclatait de rire.

– Voyons, voyons, j'ai peut-être 35 ans et je suis peut-être gouine mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas l'œil, lui dit Chourave en lui adressant un clin d'œil qui fit grogner de nouveau Eva. Ne t'inquiète pas, je vois bien que tu ne veux pas t'attarder sur le sujet. Je sais très bien qu'à ton âge la gêne l'emporte toujours. Après tout, c'est quand j'avais ton âge que j'avais gardé pour moi ce que j'avais fait à genoux dans la serre numéro 3 avec Jonathan. Si je l'avais dit à mes amies, nul doute que j'aurais dû me marier avec lui encore plus tôt. »

Eva s'étouffa sur sa salive, les yeux presque exorbités, et sa réaction fit éclater de rire Chourave qui, pour une fois, ne faisait pas l'innocente et montrait clairement le plaisir mesquin qu'elle ressentait à choquer ses blaireaux.

« Voyons, voyons, Eva, pas besoin de me regarder comme ça, la rabroua-t-elle avec sérieux. On a tous nos petits moments de folie dans notre jeunesse.

– Je ne suis pas sûre que vous devriez me dire ça, » dit Eva, toujours choquée.

Chourave secoua son index d'un air réprobateur :

« Ne jamais avoir honte de sa sexualité, Eva. S'il y a bien une chose qu'Akash fait bien c'est ça. C'est tout à fait normal d'avoir des pulsions et il ne faut pas avoir peur de les suivre parfois. On peut avoir d'agréables surprises.

– Pourquoi est-ce que vous me dites ça ? » lui demanda Eva avec une grimace, un mauvais pressentiment la prenant au ventre.

Les yeux rivés sur son haricot, Eva l'équeuta avec plus de force que nécessaire.

« Je veux juste m'assurer que tu ne restes pas bloquée sur une mauvaise expérience. Malheureusement, tout le monde doit passer par-là mais il faut savoir abandonner les vieilles blessures pour se concentrer sur le futur. Par exemple, avec Jonathan, j'ai eu beaucoup de – »

Eva n'écouta pas le reste, une lourdeur la prenant au ventre. Elle soupçonnait Chourave de faire référence à Royce. Eva ne saurait dire si c'était à cause des rumeurs qui avaient couru sur eux deux l'année précédente ou parce que Chourave soupçonnait le Serpentard d'avoir été l'agresseur d'Eva en mai dernier.

« Vous dites ça par rapport à… »

Non, elle n'y arrivait pas. Pourquoi était-ce si difficile de dire son nom à voix haute ? Pourquoi avait-elle l'impression qu'il apparaîtrait dès qu'elle dirait son nom alors qu'elles étaient pourtant au fin fond de la serre numéro 2 où personne ne posait les pieds à part Chourave ?

« Tu es une jeune fille magnifique qui a un réel don pour illuminer une salle rien qu'avec ta présence. Et tu retiens tout ce qu'on te montre. Tu sais, Narcissa Black était venue me voir pour te persuader de changer d'avis quand tu avais décidé d'arrêter la danse. Elle m'avait fait part de ton talent. C'est l'une des rares fois où je l'ai vu si contrariée d'ailleurs. Tu es capable de faire des grandes choses Eva, il ne faut pas en douter. Même Miner– »

Non, Eva ne voulait plus l'écouter. Tous ces compliments ne faisaient que la blesser. Elle n'arrivait plus à les croire.


Pathétique, Eva. Tu es laide, bonne à rien. Même ta mère en a eu marre de toi.


Si elle était si intelligente alors pourquoi est-ce qu'elle se retrouvait dans le Club des Losers ? Pourquoi est-ce que McGonagall la reprenait si souvent ? Pourquoi Flitwick s'attardait-il à sa table en fin de cours pour lui demander si elle avait réussi à suivre le cours ? Pourquoi peinait-elle rien à apprendre par cœur les stupides caractéristiques d'un Bézoard ?

Mais entendre le nom de Narcissa Black maintenant Malefoy rappelait à Eva qu'avant il y avait une chose dont elle avait été fière : son corps.

Quand Eva avait huit ans, son coach l'avait félicité en lui disant qu'elle était la plus rapide de leur club d'athlétisme. Quand Eva avait 12 ans, elle avait intégré plus par curiosité qu'autre chose le club de danse classique de Poudlard dirigé par l'intimidante Narcissa Black et, contrairement à Charlotte qui l'avait accompagné, Eva n'avait eu aucun mal à copier les mouvements de ses aînées. Quand l'été dernier elle avait arpenté les rues de son quartier londonien dans le vain espoir de faire taire la voix de Royce dans sa tête, elle était tombée sur des moldus en train de jouer au foot. Elle les avait rejoints et, en deux semaines, elle était l'une des premières à être choisie pour la constitution des équipes bien qu'elle soit la seule fille.

Elle était nulle académiquement mais son corps, lui, retenait tout et copiait facilement ce qu'on lui montrait. C'était pour ça qu'elle prenait un plaisir fou lors des cours de Botanique ou de Soins aux Créatures Magiques. Mais maintenant…maintenant elle n'éprouvait plus aucune fierté après avoir subi des stupéfix et un imperio qui l'avait fait perdre tout semblant de contrôle. La cicatrice sur sa poitrine était la preuve de sa médiocrité.

« D'accord Eva ? » termina Chourave et Eva hocha la tête, les yeux rivés sur ses haricots.

Il n'y avait rien à dire de plus. Elle avait refusé de discuter avec le psychologue pendant l'été et, bien que Chourave détienne une place spéciale dans son cœur, elle refuserait aussi de parler de ses démons avec elle.

« Et tout se passe bien avec Emmeline ? Vous m'aviez l'air bien silencieuses aujourd'hui. »

Eva retint une grimace, le souvenir du silence pesant entre elle et Emmeline alors qu'elles partageaient pourtant leur table de travail lui faisant remémorer le mélange de culpabilité et de colère qu'elle avait ressenti tout du long du cours. Elle avait été dans cet état-là alors qu'Emmeline paraissait, elle, plus préoccupée par le fait qu'elle était séparée de Ronan Parkinson, son petit ami.


« Pourquoi tu ne m'as pas demandé de t'accompagner à la fête des Gryffondor ? »

« Pourquoi est-ce que toi et Charlotte me faites des cachotteries ? »

« Pourquoi est-ce que j'ai dû l'apprendre de la bouche d'Ava Parkinson que tu dragues Sirius Black ? Hein Eva ? Comment ça se fait, tu me dis pourtant tout le temps qu'il ne t'intéresse pas ! »

« Tu es jalouse, c'est ça ? Tu es jalouse que j'ai un petit ami alors que toi tu n'en as pas ? »

« C'est pas parce que tu ne seras jamais que le plan cul de Sirius Black que tu dois t'en prendre à moi ! »


Eva ne savait pas comment arranger la situation avec Emmeline. Il y avait comme un écart entre elle deux depuis qu'Emmeline l'avait réveillé en sautant sur son lit et lui avait annoncé entre deux gloussements qu'elle et Ronan sortaient ensemble. Puis, il y avait eu ce moment à table avant le match lorsqu'Emmeline était apparue aux couleurs de Serpentard et que Howard lui avait craché des monstruosités. Mais Eva n'avait jamais pu en reparler avec Emmeline car celle-ci s'était terrée dans un coin avec Ronan le reste du week-end et pendant la semaine elle s'était installée à la table des Serpentards pendant les repas.

Emmeline avait même changé de table pendant les cours lorsque le professeur l'y autorisait.

Puis, hier après-midi, Emmeline était arrivée en trombe dans la chambre. Son agitation était telle que sa parfaite coupe au carré était ébouriffée.

Eva avait bien tenté de se défendre mais Emmeline avait paru hors d'elle, ses yeux verts lançant des éclairs.

« Tu parles à Ava Parkinson maintenant ? avait hoqueté Eva, offusquée à cette simple idée après sa confrontation de la veille avec la Serpentarde dans les toillettes.

Bien sûr que oui ! C'est la cousine de Ronan ! Tu crois que je vais passer ma vie avec toi seulement ?! avait crié Emmeline avec hargne.

Pourquoi est-ce que tu écoutes ce qu'elle te dit ? Tu sais très bien qu'elle ne sait que se moquer des gens !

Tais-toi, Eva ! C'est toi qui es censée être mon amie et pourtant tu ne m'as rien dit ! Tu m'en veux parce que je traîne avec des Serpentards, c'est ça ?

Tu es supposée être de mon côté Emmeline ! avait hurlé Eva, les larmes aux yeux. Pas du leur !

Je suis une Sang-Pur, Eva ! Je suis déjà une des leurs ! avait hurlé en retour Emmeline et, dans d'autres circonstances, Eva aurait plaisanté sur le fait qu'elles étaient incapables de se disputer sans pleurer car les yeux verts d'Emmeline brillaient de larmes retenues eux aussi.

Et moi alors ? Et Charlotte ? Où est-ce qu'on se trouve dans ta nouvelle vie ? lui avait demandé Eva, puis, plus bas : Avec le reste des Sang-de-Bourbe ? »

Emmeline avait levé son index comme pour la rabrouer mais son doigt avait tremblé et sa voix aussi quand elle lui avait dit :

« Pas un mot de plus. »

Puis, son menton tremblant à cause de ses larmes, Emmeline avait claqué la porte de la chambre et Eva avait fondu en larmes. Elle avait sangloté comme une enfant alors qu'elle titubait jusqu'à la salle de bain pour trouver de quoi se moucher.

C'était comme ça que Charlotte l'avait trouvé, recroquevillée à côté des toilettes, utilisant presque l'intégralité du rouleau de papier toilettes pour se moucher. Et, un peu comme si Charlotte savait exactement ce qu'Eva ressentait – ce trou dans sa poitrine qui s'élargissait chaque jour – elle s'était mise à genoux pour lui retirer ses cheveux qui collaient à ses joues humides puis, finalement, elle avait fondu en larmes elle aussi.

Eva ne savait pas ce qui hantait Charlotte et ce qui la faisait se cacher sous ses draps dès 20 heures. Elle avait peur de cette distance qui se construisait lentement entre elles deux alors elle avait encerclé de ses bras Charlotte et avait enfoui son visage dans son ventre.

Sanglotant sur le carrelage des toilettes, Eva s'était dit que si c'était ça que voulait dire avoir 17 ans alors elle voulait revenir en arrière.

Elle voulait revenir deux ans en arrière, à l'époque où les BUSES étaient leur plus grande préoccupation et où l'annonce qu'Akash sortait avec Isis Amatt était la plus grande révélation de l'année. C'était une période paisible où Charlotte faisait semblant d'être agacée par l'affection que lui vouait Amos et où Emmeline passait son temps à détailler les garçons du château du regard pour qu'Eva accepte enfin de se trouver un petit ami.

Eva n'en avait rien à foutre d'abandonner les vieilles blessures pour se tourner vers le futur comme le lui disait Chourave. Pas alors que le futur lui semblait si sombre. Sans sa mère, sans Emmeline, sans la certitude qu'elle ait toujours un toit où se loger, sans l'assurance qu'elle obtienne son diplôme et, plus que tout, sans être sûre qu'elle réussirait à quitter Poudlard en un morceau – ou du moins, qu'elle réussirait à ne pas perdre une nouvelle partie d'elle.

« Elle est juste un peu trop amoureuse pour me porter de l'attention, » souffla finalement en réponse Eva et Chourave ne chercha pas plus loin, enclenchant sur une histoire ridicule concernant Baley Finch-Fletchley et le reste de son gang de 2e année et leur tentative d'escapade dans la Forêt Interdite.

.


Vendredi 20 novembre, une semaine plus tard.


.

« Eva. Tu ne peux pas m'ignorer éternellement.

– T'entends quelque chose Charlotte ? Ça ressemble à la voix de Nick-Quasi-Sans-Tête, » dit Eva en regardant autour d'elle, fronçant les sourcils d'un air perplexe.

Charlotte poussa une exclamation moqueuse, toujours penchée sur le manuel dont elle recopiait le contenu sur une feuille de parchemin.

« C'est possible. Il a toujours eu un drôle de béguin pour toi. »

N'appréciant guère sa blague, Eva jeta un regard contrarié à Charlotte. « T'es sérieuse ? » voulait-elle lui dire mais James se trouvait toujours à côté de leur table qu'elles avaient déniché dans la bibliothèque et Eva ne voulait pas que son petit jeu se termine si vite.

C'est pourquoi, les yeux d'Eva continuèrent de fixer son brouillon de Métamorphose pour ignorer James et elle soupira d'un air faussement las :

« Ah ces fantômes… Ils ne comprennent jamais ce que veut dire non.

– Très drôle, Eva, railla James en croisant ses bras. T'as fini ? On peut parler comme des grands maintenant ?

– Et les fantômes se croient si intelligents, si matures, continua-t-elle en faisant un geste vague de la main comme le faisait souvent Emmeline quand elle s'exprimait pour accentuer ses propos. Alors qu'il y a peut-être une raison pour laquelle les gens les ignorent. »

James tira sur le bout de sa tresse et Eva fixa les cheveux blonds de Charlotte, la seule chose de sa meilleure amie qu'elle voyait vu comment elle était penchée au-dessus de son manuel.

« Les fantômes n'ont pas de forme physique. Ils ne sont pas censés toucher les gens, dit Eva entre ses dents, fusillant du regard les bouclettes de Charlotte qui continuait d'écrire diligemment.

– Oh, désolé, minauda James, on ne te l'a pas dit ? Les fantômes ont évolué depuis la semaine dernière. »

Et il lui tira de nouveau sur sa tresse.

« Évolué ? Ils se comportent comme des gamins de douze ans, je trouve, grommela Eva qui se mâchait furieusement l'intérieur de la joue.

– Ils se mettent au niveau des êtres humains. Tu sais, comme la brune qui fait semblant de travailler et qui parle dans le vide tellement elle est inintéressante. »

Et, cette fois-ci, quand il lui tira sur sa tresse elle eut réellement mal alors Eva se tourna vers James qui lui adressait un sourire malicieux, visiblement très fier de lui.

« Je ne faisais pas semblant de travailler, lui dit-elle durement et James lui rit au nez.

– C'est vraiment sur ce point-là que tu veux te défendre ? Ton travail ? Pas le fait que t'es inintéressante ou que tu te parles toute seule ?

– Qu'est-ce que tu veux ? » le coupa-t-elle, sachant qu'il n'allait que continuer à l'énerver si elle le laissait faire.

Comme si c'était là le signe qu'elle lui pardonnait enfin, James s'assit avec un soupir sur la chaise en diagonale d'Eva, prenant soin de la retourner pour s'asseoir du mauvais côté pour faire bad boy décontracté. Sauf que James n'avait rien d'un bad boy avec son sourire malicieux qui n'avait pas changé depuis ses huit ans.

Or, Eva devait être la seule à le penser car elle entendit une des filles du mélange de Serdaigles, Gryffondors et Poufsouffle à la table derrière elle pousser un soupir rêveur.

« Eva, Eva, Eva, soupira James en secouant sa tête d'un air fatigué. Quand est-ce que tu apprendras que ce n'est pas ce que je veux mais ce que tu veux.

– Ce que tu viens de me dire ne veut rien dire. Idiot, ajouta-t-elle quand sa critique n'eut pour seul effet d'élargir le sourire de James.

– La sagesse n'est donnée qu'à de rares élus, » lui lança-t-il en tapotant ses doigts sur ses bras croisés, des pattes de mouche apparaissant aux coins de ses yeux.

Pour le coup, même Charlotte laissa échapper un pouffement de rire. James lui adressa un regard satisfait avant de se concentrer de nouveau sur Eva qui n'avait pas réussi à empêcher la commissure de ses lèvres de se lever.

« Oh ? Un sourire ? Serait-ce une illusion ? »

Pour la peine, Eva se pencha pour lui pousser le bras et ils passèrent quelques secondes à échanger un sourire avant qu'Eva ne se détourne et soupire avec exaspération, continuant de sourire tout du long.

« Doooonc, fit James alors qu'Eva faisait mine de corriger les fautes sur sa dissertation de Potions qu'elle avait mise de côté avant l'arrivée de James pour se concentrer sur son brouillon de Métamorphose. Quoi de neuf depuis que tu as quitté ma chambre comme un éléphant obèse ?

– Ne dis pas ça, les gens vont se faire des idées, » lui intima-t-elle en levant le nez de sa feuille pour lui jeter un regard exaspéré alors qu'elle entendait déjà derrière elle des chuchotements excités.

Des fuites s'étaient répandues dans le château concernant la proximité d'Eva avec Sirius lors de la soirée des Gryffondors mais rien n'avait filtré au sujet de sa nuitée dans le dortoir des lions. Et Eva voulait que ça reste comme cela. Presque deux semaines après cette soirée, les étudiants de Poudlard s'étaient désintéressés d'elle au profit de Liam Olsen et Saoirse Stewart dont tout le monde avait appris « l'amourette » après qu'ils aient été surpris à moitié nus dans les vestiaires par McGonagall si on croyait les rumeurs.

C'était ça le problème avec la vie en château pendant presque dix mois de l'année : tout le monde s'espionnait pour parer à la monotonie du quotidien que même la magie ne pouvait pas adoucir.

« Quelle blaireaute, s'exaspéra James en roulant ses yeux puis il sortit sa baguette de sa poche de pantalon pour l'agiter dans les airs.

– Qu'est-ce que tu as fait ? lui demanda avec curiosité Eva puisqu'elle ne ressentait ni ne voyait aucun changement.

– J'empêche les autres de nous écouter, lui répondit-il et, alors que les sourcils d'Eva se haussaient, l'expression de James prit une tournure plus arrogante : Je sais, je suis fort, hein ? C'est inné chez moi.

– Et être arrogant a aussi l'air d'être inné chez toi, lui répondit au tac au tac Eva.

– Oh allez, fais pas ta coincée. Apprécie un peu les bienfaits de la magie, minauda-t-il puis, sans crier gare, James se tourna vers Charlotte qui les ignorait : Hé, Tronsky ! Tu sais que t'as un beau cul ?!

James ! s'écria Eva immédiatement en lui frappant le bras, choquée qu'il puisse dire ça à sa meilleure amie.

– Bah quoi ? J'ai rien fait de mal. Elle ne m'a pas entendu. Regarde, lui dit-il en désignant d'un coup de menton Charlotte qui fronçait les sourcils en lisant un passage particulièrement difficile du livre de métamorphose qu'elle avait déniché grâce à l'aide de Madame Pince.

– C'est pas une excuse, soupira Eva, presque blasée de devoir le faire remarquer.

– Qui t'a dit que je m'excusais ?

– Tu me fatigues mais à un point…, soupira de nouveau Eva en posant ses yeux sur le plafond.

– Oh arrête, dit James, le menton posé sur son bras recouvrant le dos de sa chaise à l'envers. Ça te fait plaisir de me parler après m'avoir ignoré pendant deux semaines. Avoue.

James.

Eva, » la singea-t-il en retour.

Elle lui lança un regard blasé auquel il répondit par un éclat de rire :

« Quoi ? T'as perdu ton sens de l'humour ? la charia-t-il et, malgré sa stupidité, la bonne humeur de James infecta Eva car elle ne put retenir un sourire amusé.

– J'ai surtout un meilleur sens de l'humour que toi. Par exemple, les croquettes que tu as déposées devant le bureau de McGonagall ? C'est du niveau de la 1ère année ça.

– Dis donc, pour quelqu'un qui me fuyait comme la peste, tu m'as l'air bien intéressée par ma vie. Mais de toute façon, qui te dit que c'était moi ? » lui répondit James en se penchant en avant pour lui arracher son brouillon des mains.

Il commença à parcourir des yeux ce qu'elle avait écrit depuis son arrivée dans la bibliothèque il y a une heure et demie. Pourtant, la fossette au coin de sa bouche suffisait pour qu'Eva sache que James était bel et bien celui derrière la blague pourrie qui avait bien fait rire Eva lorsqu'Aaron Stone le lui avait raconté.

« James. McGonagall n'a peut-être pas réussi à avoir des preuves mais j'en ai moi. »

À ces mots, James leva ses yeux marrons-verts vers elle, ses lunettes glissant sur son nez :

« Comment ? » s'étonna-t-il, l'air plus que sceptique.

Satisfaite de son petit effet, Eva déposa son menton dans la paume de sa main. Elle adressa un sourire amusé à James :

« Peter l'a avoué à Hannah Abbott en cours d'Arithmancie.

– Oh le sale rat !

– C'est pas sympa de traiter ton ami de rat, tu sais, » fit remarquer Eva.

James ne prêta pas attention à sa remarque. Il se frottait avec agitation les cheveux :

« Je comprends mieux pourquoi Remus avait l'air énervé contre lui l'autre jour.

– Il voulait sans doute qu'elle réalise que Remus traîne avec des mecs cool, » proposa Eva qui avait traîné assez longtemps avec des garçons pour savoir que leurs actions n'étaient pas toujours rationnelles.

James parut partager l'opinion d'Eva à ce sujet car il poussa une expression moqueuse :

« Tu parles, c'était la mauvaise fille à qui dire ça. Hannah Abbott doit faire partie de ceux qui n'ont jamais eu de retenue ou qui n'ont même jamais perdu de points.

– Et il n'y a aucun mal à ça. »

James lui jeta un regard agacé, une main toujours dans sa tignasse brune :

« T'essayes qu'on t'offre un badge de préfète pour Noël ou quoi ?

– Non. C'est juste qu'entre blairelles on se serre les coudes, dit Eva ce qui lui valut un rire moqueur de la part de James.

– Ouais, c'est ça la blaireaute. Dans tous les cas, il y a une faute dans ta dissert' de Métamorphose, l'informa James en lui redonnant sa feuille de parchemin. Tu as mal expliqué le théorème de Minestrone.

– C'est vrai ? grogna Eva en parcourant rapidement du regard ce qu'elle avait écrit. J'étais pourtant sûre d'avoir compris ce que McGonagall avait expliqué. Et comment est-ce que tu connais ce théorème d'ailleurs ? ajouta-t-elle en jetant un coup d'œil au Gryffondor qui dessinait des formes dans les airs avec sa baguette d'un air ennuyé. On ne l'a étudié que cette année.

– La métamorphose animale m'intéresse, répondit James en haussant les épaules, la lumière dorée projetée par sa baguette se reflétant dans le verre de ses lunettes.

– Ça ne m'étonnerait même pas que tu essayes de devenir un animagus une fois que tu seras parti de Poudlard, commenta Eva en se concentrant de nouveau sur son travail. Tu es un vrai Serdaigle.

– N'importe quoi, se moqua James. Il n'y a pas moins Serdaigle que moi. »

Et pourtant, l'avarice de James en termes de nouveaux sortilèges sans parler de sa créativité qui lui valait le titre de farceur tête de promo étaient la preuve que même un Gryffondor aussi chauvin que James aurait sa place dans la Maison de Rowena. Néanmoins, Eva savait pertinemment que James nierait à jamais avoir une quelconque ressemblance avec les « intellos » de Serdaigle. Il n'y avait aucun mal à être à Serdaigle pourtant. Ça ne réduisait pas la jauge de cool attitude comme semblait le croire James.

La preuve, Tony Valasquez était un Serdaigle et pourtant il ne passait pas son temps cloîtré dans la bibliothèque. Non, il préférait retrouver Amos et Liam Olsen ainsi que tout leur gang de Quidditch pour faire des exercices de musculation.

Eva ne préféra ne pas s'attarder davantage sur le sujet. À la place, elle demanda à James si Saoirse Stewart s'était réellement mise en couple avec Liam Olsen. C'était toujours drôle de parler de commérages avec James. Sans qu'il le sache, il était une véritable mine d'or à force de côtoyer tant de gens. Et c'est avec un énorme soupir que James commença à se plaindre des bécotages que tous les Gryffondors avaient le malheur de voir dans la Salle Commune. Le problème était que Saoirse Stewart était une grande gueule sans aucune pudeur alors même les menaces de retenue de Lily Evans ne l'avaient pas refroidi.

Puis, leur conversation dérapa vers Ryan Burke de 4e année qui avait annoncé à son équipe en début de semaine vouloir que Sirius prenne sa position de batteur titulaire. À l'entente du nom de Sirius, Eva se retint de demander à James comment allait Sirius et s'il s'était remis d'avoir été mis sous le contrôle d'une potion.

Au bout de dix minutes, James posa finalement une question qui crispa Eva :

« D'ailleurs, toujours aucune nouvelle de ta mère ? »

Eva fixa le chien qu'elle avait essayé de dessiner sur son brouillon.

« Non. Euphémia m'a envoyé une lettre pour me dire que les investigations sont au point mort. Les Aurors ont trop à faire avec le massacre de Manchester du début de semaine maintenant. »

C'était devenu une habitude de cacher son désarroi. Déjà petite, Eva éclatait de rire ou lieu de fondre en larmes lorsqu'elle s'égratignait les genoux. Aujourd'hui, malgré un poids sur sa poitrine, elle afficha une grimace faussement amusée.

« Je suis sûr que maman va aller rendre une visite au département des Aurors pour les secouer, » lui dit James.

Eva laissa échapper une faible expression amusée à ce scénario qui était tout à fait envisageable compte tenu de la ténacité d'Euphémia Potter.

James continua :

« L'enquête ne risque pas de se faire oublier dans les tiroirs poussiéreux de leur bureau.

– Oui, peut-être, » admit Eva et, quand elle leva les yeux, elle vit que James l'observait attentivement, son menton reposant sur ses bras croisés sur le dos de la chaise.

Le voir si sérieux était perturbant. Savoir qu'il l'observait si attentivement était même inquiétant. Eva ne put se retenir : elle passa une main sur son cou partiellement dégagé par sa tresse pour s'assurer qu'aucun Serpentard ne l'avait marqué sans qu'elle ne l'ait remarqué.

C'était un geste idiot. Et trop tardif. S'il y avait réellement une marque, James n'aurait pas passé les vingt dernières minutes à plaisanter avec elle.

De plus, depuis que Sirius avait relevé ces marques sur son cou, les coupables avaient bien pris soin de changer leur technique. À la place, Eva se retrouvait avec des vêtements déchirés et des infimes plaies sur la peau. Pas assez profondes pour lui faire mal mais assez légères pour la faire saigner légèrement et lui faire un petit peu plus perdre le contrôle.

Eva s'estimait heureuse d'être une sorcière. Rien que cette semaine elle avait dû user au moins une vingtaine de fois du sortilège de reparo pour que ses amis ne remarquent pas l'état pitoyable de son uniforme. Toutefois, même ses amis n'avaient pas manqué de remarquer les petites Serpentardes et Serdaigles qui la suivaient à la trace depuis qu'Eva avait répondu insolemment à Ava Parkinson la semaine précédente peu avant sa dispute avec Emmeline.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle finalement à James alors qu'il restait à la fixer.

– J'ai l'impression que tu ne me dis pas tout. »

Quoi ? Non.

Eva sentit un coup de chaleur l'attaquer alors que le stress montait face à ces paroles sinistres.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? dit Eva, la gorge sèche et, lorsqu'elle avala sa salive, elle eut l'impression que James avait bien pris note de son action.

– Tu n'as pas lu la Gazette de ce matin ? » s'enquit-il et Eva le regarda avec de grands yeux, abasourdie par ce retournement de situation.

Elle ne comprenait pas. Pourquoi était-il si sérieux alors qu'il voulait lui parler de la Gazette ? Qu'est-ce qu'elle avait oublié ? Qu'est-ce qu'elle était assez stupide pour ne pas comprendre ?

« Qu'est-ce qu'il y avait dans la Gazette ? » demanda lentement Eva, craignant la réponse.

James bougea sa mâchoire d'un air nerveux et s'il faisait un tel geste c'était qu'il y avait réellement quelque chose de sérieux.

« Il y avait des offres d'emploi comme d'habitude – »

Quoi ? Quel était le rapport ?

« – dont une pour le poste de secrétaire de l'ambassadeur britannique. »

Oh.

C'était ça

C'était si facile que ça de remplacer sa mère ?

Eva abandonna sa plume et se prit la tête dans les mains. Un rire bien loin d'être amusé sortit de sa bouche.

« Ça n'aura pris qu'à peine un mois pour qu'ils cherchent une remplaçante ? C'est si facile que ça d'oublier celle qui est morte dans les débris de leur foutu Ministère qu'ils ne sont même pas capables de protéger ?

– Je croyais que tu le savais, lui dit James et Eva n'avait pas besoin de le regarder pour savoir qu'il prenait un air contrit et lui lançait un regard rempli de pitié.

– Je suis trop stupide pour avoir fait le lien, que veux-tu, plaisanta Eva et elle rit de nouveau, enfonçant la paume de ses mains dans ses yeux jusqu'à en voir des étoiles.

Eva.

– Quoi, James ? souffla-t-elle, se sentant juste lasse et comme si sa vie n'allait être qu'un enchaînement de mauvaises nouvelles sur mauvaises nouvelles.

– Maman m'a dit…Maman m'a dit que tu étais la bienvenue pour Noël.

– Hein, qu'est-ce que tu racontes ? marmonna Eva et elle leva enfin la tête pour jeter un regard confus à James qui la fixait avec sérieux.

– Tu m'as dit au bal que tu ne savais pas encore où tu allais passer Noël donc je te dis que tu peux venir chez moi.

– Pourquoi est-ce que tu… »

Pourquoi est-ce que tu me dis ça maintenant ? allait-elle lui dire mais c'était évident. Il le lui disait parce qu'il ne savait pas comment la réconforter autrement. Un immature garçon de 16 ans qui lui avait tapoté la tête comme un chien la dernière fois et qui, cette fois-ci, tentait de lui faire penser à autre chose après lui avoir annoncé une mauvaise nouvelle.

Oh James, qu'est-ce que tu ferais si tu savais tout ce qui me pèse et me hante ?

Eva soupira puis força un sourire à ses lèvres qui détendit à vue d'œil James. Il perdit son air sérieux et lui fit une grimace.

« T'es bête.

– Hé, je te permets pas la blaireaute, lui rétorqua-t-il automatiquement et ça eut pour effet d'alléger quelque peu la lourdeur de la poitrine d'Eva qu'elle n'avait pas remarquée mais qui avait été comme compressée auparavant.

– Si je viens, je te préviens, ça ne veut pas dire que tu auras droit à plus de cadeaux. J'en ai déjà parlé à Euphémia, on s'est mises d'accord pour dire que tu as été beaucoup trop chiant cette année donc tu ne mérites aucun cadeau du tout. »

Pour la peine, James s'offusqua. La bouche grande ouverte, il se redressa sur la chaise qu'il chevauchait toujours du mauvais côté :

« Quoi ? Pas de cadeau ?!

– Sois pas si surpris, tu crois qu'Euphémia n'a pas remarqué à quel point tes chevilles ont enflé cette année ?

– Quelles chevilles ? s'offusqua James. Elles sont parfaites comme le reste de ma personne !

– Si tu le dis, » ricana Eva dont le ridicule de la situation lui fit oublier son désarroi.

Elle oublia tout à propos de sa mère – pas de nouvelles depuis la lettre et les mèches de cheveux – lorsque James s'entêta à vouloir lui prouver avoir des chevilles parfaitement proportionnées et se pencha même pour monter son pantalon et baisser ses chaussettes.

« James ! s'écria Eva en lui faisant les gros yeux pour le rabrouer. Ne fais pas ça ici ! »

Pour la peine, il posa son pied toujours chaussé de sa chaussure sur les genoux d'Eva. Elle lui adressa un regard scandalisé auquel il répondit par un sourire moqueur.

« Qu'est-ce que vous faites vous deux ? » leur demanda Charlotte en les observant d'un air suspicieux, coupant court à la conversation muette de la Poufsouffle et du Gryffondor dont elle voyait pourtant les lèvres se mouvoir avec animation.

Eva se tourna vers elle avec des yeux ronds, son expression la rendant immédiatement coupable d'une bêtise aux yeux de Charlotte qui avait de nombreuses fois vu cette expression sur le visage de sa meilleure amie.

Eva lui dit quelque chose mais Charlotte n'entendit rien à part un bourdonnement.

« J'entends rien, » dit Charlotte et elle observa avec curiosité Eva se tourner vers James Potter avec une moue contrariée.

Contrairement à Eva, le Gryffondor semblait parfaitement relaxé, ses deux pieds sur les genoux d'Eva. Eva semblait toujours être en train de le rabrouer mais James Potter éclata de rire. Charlotte n'entendait toujours rien mais elle se doutait bien qu'Eva avait dû l'insulter comme à son habitude. Il y a bien longtemps de ça, Charlotte avait cru qu'ils étaient frères et sœurs à les voir interagir. Six ans plus tard, elle avait toujours le même ressenti.

Avec une expression irritée, Eva retira violemment les pieds de James de ses genoux et celui-ci se rassit correctement avec toujours cet air malicieux. Finalement, Eva lui parla avec virulence et James roula ses yeux avant d'agiter sa baguette.

Charlotte entendit enfin la voix de James Potter :

« Heureuse ? Pour la peine, j'ai droit à un cadeau de Noël au moins ?

– La ferme James, lui rétorqua Eva en s'essuyant vigoureusement sa jupe salie avec toujours cette moue irritée qui ne lui ressemblait pas sur le visage. Le seul cadeau que tu auras ce sera ton Vif d'Or en train de brûler dans le feu de la cheminée.

– Pff, comme si t'oserais le faire, » la provoqua James avec arrogance.

Eva le fusilla du regard et sa lèvre supérieure se souleva en une expression hargneuse :

« Je te le ferai regretter.

– Oui, c'est ça la blaireaute. C'est pas avec tes griffes de bébé que tu vas me faire peur. »

Et pour enfoncer le clou, James se pencha pour tirer sur la tresse d'Eva. Avec un grognement, Eva lui gifla la main et James éclata de rire, ne paraissant n'en avoir rien à faire qu'ils soient dans la bibliothèque en pleine heure de pointe.

« Stupide babouin arrogant, tu vas me – »

Mais la menace d'Eva se perdit alors qu'un cri strident les faisait tous se redresser. Que ce soit James qui en perdit son air narquois, Eva qui arrêta son geste alors qu'elle s'apprêtait à ébouriffer vigoureusement les cheveux de James ou les 5e années qui épiaient discrètement le Poursuiveur de Légende à la table d'à côté.

Car, quand Madame Pince poussait un cri, il ne fallait pas s'étonner de voir des élèves voler dans les airs ou des cristaux disparaître dans les sabliers des Maisons dans le Hall.

« EVA BROWN, JE T'AVAIS PRÉVENU QUE SI TU FAISAIS UN SEUL BRUIT JE T'EXPULSERAI ! »

Eva resta figée, sa main tendue vers la tête de James dont les yeux étaient écarquillés, comme si lui aussi avait peur du jugement de la bibliothécaire.

« ET JAMES POTTER ! TU AVAIS INTERDICTION DE REVENIR DANS LA BIBLIOTHÈQUE APRÈS TON SALE COUP DE LA SEMAINE DERNIÈRE ! »

Ils ne se concertèrent pas ni n'échangèrent un seul regard mais James et Eva eurent la même réaction : ils prirent leur jambe à leur cou en un capharnaüm de chaises crissant contre le sol et poussèrent tout obstacle sur leur passage.

Charlotte se retrouva seule sur la table, les affaires d'Eva toujours éparpillées devant elle. Elle afficha un air atterré lorsque Madame Pince s'arrêta derrière la chaise désormais vide d'Eva. Le visage de la bibliothécaire était rouge et ses narines frémissaient de manière menaçante.

« La prochaine fois, je les mettrai en retenue dans la Forêt Interdite jusqu'à la fin de l'année, la prévint Madame Pince, ne souhaitant pas perdre la face maintenant que les deux chenapans avaient pris la poudre d'escampette avant qu'ils n'aient pu subir son courroux.

– Je leur dirai, Madame, » lui assura Charlotte et la bibliothécaire tourna les talons avec un reniflement hautain.

Avec un soupir exaspéré, Charlotte se concentra de nouveau sur son travail.

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Trois couloirs plus loin, James et Eva arrêtèrent enfin leur course effrénée. Ce fut Eva qui s'arrêta la première, comme d'habitude la plus rapide des deux. Avec un rire essoufflé, elle s'accrocha au rebord de la fenêtre où on pouvait à peine distinguer le parc maintenant que le soleil s'était couché.

Elle n'en revenait pas du ridicule de la situation. Charlotte devait certainement être agacée. C'était la première fois de la semaine qu'Eva avait accepté de l'accompagner à la bibliothèque depuis la rencontre imprévue avec Sirius dans ce même lieu qui lui avait fait prendre ses jambes à son cou. Pourtant, au bout de deux heures, elle avait trouvé le moyen de s'enfuir.

Bien qu'Eva aurait préféré ne pas s'attirer les foudres de Madame Pince encore une fois. La bibliothécaire l'avait à l'œil après avoir trouvé plus d'une fois Eva en compagnie d'Amos et d'Akash lorsqu'ils s'amusaient à semer la zizanie dans la bibliothèque. Eva n'avait jamais participé à leurs plaisanteries mais elle n'était pas complètement innocente : elle avait plus d'une fois explosé de rire alors qu'elle voyait un 5e année expliquer désespérément auprès de ses amis qu'il avait beau tenir sa plume dans sa main, ce n'était pas lui qui écrivait « J'en ai une grosse. Tu veux la voir ? » en boucle sur son parchemin.

« Cette femme est cinglée, expira James en s'accrochant avec ses deux mains au rebord de la fenêtre, quelque peu essoufflé.

– Qu'est-ce que tu lui as fait exactement la semaine dernière ? » s'enquit Eva en coinçant derrière son oreille des mèches qui s'étaient échappées de sa tresse.

Elle jeta un coup d'œil curieux à James qui était plié en deux, la tête basse alors qu'il reprenait sa respiration. Visiblement, il avait encore des progrès à faire pour son souffle. Peut-être que Liam Olsen devrait revoir le programme de ses entraînements.

« On a juste voulu la rendre de meilleure humeur. »

Rien que ça fut suffisant pour faire pouffer de rire Eva. Elle avait déjà entendu Amos et Akash sortir ce genre d'excuses et la bibliothécaire n'avait jamais apprécié leurs efforts.

« On lui a mis des petits feux d'artifices sur son bureau pour illuminer sa journée, ajouta James et Eva poussa une exclamation incrédule avant de rire franchement.

– Illuminer sa journée tu dis ? Ah bah ça, elle a dû en avoir plein les yeux, » plaisanta Eva et James se redressa pour lui adresser un sourire.

On voyait le reflet des flambeaux magiques dans ses verres de lunettes.

Eva se haussa sur le rebord de fenêtre pour s'y asseoir. Il faisait déjà nuit noire dehors.

« Mais vu sa réaction d'il y a deux minutes, elle n'a pas l'air d'avoir apprécié.

– Elle a hurlé que ses bouquins auraient pu prendre feu ou un truc débile du genre, lui répondit James en agitant sa main avec désinvolture.

– Oui, très débile comme tu dis. Ce n'est pas comme si le papier et le feu n'étaient pas une très mauvaise combinaison, ironisa Eva.

– Elle n'a qu'à apprendre à se détendre un peu en même temps. Si elle savait faire autre chose que la tronche, on n'aurait pas besoin de la pousser dans la bonne direction.

– Ah oui ? Tu te prends pour son psychologue maintenant ? s'enquit avec amusement Eva en balançant ses pieds dans les airs alors que James s'accoudait confortablement sur le rebord de la fenêtre, l'air particulièrement débraillé avec son col ouvert et ses cheveux défiant les lois de la gravité à l'arrière de son crâne.

– On pourrait m'appeler son thérapeute behavioriste, oui. Rusard et elle sont mes patients préférés. Ils ont vraiment besoin que quelqu'un leur dise de s'enlever ce bâton de leur c– »

Mais Eva n'écouta pas la fin de la phrase de James. Elle venait d'apercevoir du mouvement du coin de l'œil et tout son corps se tendit – les larbins d'Ava Parkinson revenaient-ils à la charge ? Ou était-ce Evan Rosier ? Royce ? Oliver Avery ? Adrian Parkinson ?

Mais, lorsqu'elle comprit qui était celui qui avait toujours le bras levé en l'air pour soulever une tapisserie qu'Eva ne savait même pas être un passage secret, elle ne ressentit aucun soulagement.

Non, Eva resta figée de stupeur et Sirius parut tout aussi surpris qu'elle de la voir.

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titre : Pas un mot de plus.
nombre de mots : 12 000 (oh my god, ça faisait longtemps que je ne vous avais pas pondu un aussi gros chapitre)

Oui, c'est un peu du filler ce chapitre. Mais c'était obligé qu'on aille en decrescendo ! Même si c'est pas vraiment le calme complet comme vous avez pu le voir lors du flashback avec Emmeline (aïe, aïe, aïe, qu'est-ce que c'est douloureux de se disputer avec sa meilleure amie). Je ne suis pas super satisfaite de ma description de la serre mais j'ai adoré l'atmosphère de l'endroit. D'ailleurs, vous avez cru que j'allais vous faire un sale coup avec la plante fertilisante ? x) Ca aurait été peut-être un peu trop, haha. Mais peut-être qu'elle reviendra plus tard, qui sait ? Sinon, Chourave est une vieille pie que j'adore. La vie au château des Poufsouffles serait bien triste sans elle !

Voilàà. Allez, au dimanche 28 mars pour fêter le retour de notre cher Sirius Black si les reviews sont au rendez-vous ;))