le juste vivra par sa loyauté
Un GRAND MAIS GRAAAND merci aux fidèles Ewi, twjessie et KorriganTanNoz ! 60 reviews ça se fête ! Et j'espère que ce chapitre-ci sera un beau cadeau avec l'apparition de pas mal de monde mais chut je n'en dis pas plus ;)
Chapitre dédicacé à liaux parce que laisser un review long de trois pages Word faut le faire quand même, haha.
Chapitre 26 : Ne la regarde pas
Précédemment :
« On pourrait m'appeler son thérapeute behavioriste, oui. Rusard et elle sont mes patients préférés. Ils ont vraiment besoin que quelqu'un leur dise de s'enlever ce bât– »
Mais Eva n'écouta pas la fin de la phrase de James. Elle venait d'apercevoir du mouvement du coin de l'œil et tout son corps se tendit – était-ce de nouveaux les larbins d'Ava Parkinson ? Evan Rosier peut-être ? Royce ? Adrian Parkinson ? Oliver Avery ?
Mais, lorsqu'elle comprit qui était celui qui avait toujours le bras levé en l'air pour soulever une tapisserie qu'Eva ne savait même pas être un passage secret, elle ne ressentit aucun soulagement.
Non, elle resta figée de stupeur et Sirius parut tout aussi surpris qu'elle de la voir.
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Vendredi 20 novembre
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« Pourquoi tu t'arrêtes ? Je vois rien, avance, » ronchonna la voix bien familière de Remus alors que James continuait toujours de parler, ne se rendant pas compte que son groupe d'amis venait d'apparaître derrière son dos.
Eva observa Sirius enfin bouger. Il cessa de fixer Eva avec des yeux ronds et se tourna vers Remus dont Eva n'apercevait que les chaussures, caché qu'il était par l'obscurité du passage secret.
« Tu ne pouvais pas me dire qu'elle était là ? » entendit-elle Sirius chuchoter furieusement.
« Elle ». Il parlait d'Eva et il ne paraissait guère heureux de la voir. Même si le sentiment était réciproque – elle ne l'avait pas évité depuis presque deux semaines pour rien – Eva ne pouvait s'empêcher de se sentir vexée. Ce n'était pas elle qui lui avait donné un philtre d'amour et elle n'était pas non plus celle qui lui avait sauté dessus ! Sauf que, le problème avec cette soirée du 8 novembre était que Sirius était tout à fait innocent lui aussi. Il n'avait pas demandé à se faire empoisonner par des Serdaigles irrationnelles ni n'avait demandé à ce qu'on le force à croire qu'Eva Brown était la femme la plus magnifique au monde.
Finalement, Remus poussa en avant Sirius qui le fusillait toujours du regard. La tête du préfet de 6e année apparut en-dessous de la tapisserie qu'il soulevait et, dès que Remus croisa le regard stupéfait d'Eva, un sourire amusé s'étendit sur ses lèvres.
« Ah tiens, j'ai du mal lire la carte, » dit innocemment Remus en fourrant un parchemin dans la poche de son pantalon.
Ses paroles étaient en total contradiction avec son air malicieux. Eva ne fut pas la seule à le remarquer car les lèvres de Sirius se retroussèrent en un rictus agacé :
« Achète-toi des lunettes Lunard. N'importe qui aurait pu voir qu'il y avait quelqu'un avec James. »
Le rabrouement agacé de Sirius parut enfin faire réaliser à James qu'ils avaient de la compagnie car il suivit le regard d'Eva et posa les yeux sur Remus qui haussait les épaules avec toujours cet air amusé malgré le regard noir que lui adressait Sirius.
Peter apparut la seconde suivante :
« Pourquoi vous prenez autant de temps à sortir ? Je croyais qu'on était pressé, maugréa Peter en s'époussetant les épaules, ne remarquant pas la tension entre ses deux camarades.
– Qu'est-ce que vous faites là ? s'étonna James.
– Sirius voulait aller manger mais il a refusé d'y aller sans toi, lui répondit Remus mais son attention était focalisée sur Eva qui abandonna le rebord de la fenêtre pour se remettre sur ses pieds.
– Heureusement qu'on t'a trouvé Cornedrue, je meurs de faim, grimaça Peter en posant sa main sur son ventre.
– On ne pensait pas qu'Eva serait avec toi, » continua Remus en regardant toujours Eva avec cet air amusé qui la mettait terriblement mal à l'aise bien qu'elle tente de ne pas le montrer.
Sirius poussa une exclamation moqueuse, jetant un regard atterré à son meilleur ami qui ne faisait aucun effort pour cacher son plaisir mesquin maintenant que Sirius se retrouvait face à Eva qu'il se forçait à ignorer.
Demain, ça ferait pile deux semaines depuis que tout ce merdier s'était déroulé. S'il avait su ce qui l'attendait, Sirius serait resté terré dans le dortoir jusqu'à ce que McGonagall vienne le chercher en personne. Le lendemain de cet énorme fiasco, Sirius s'était réveillé avec un mal de crâne des enfers et ce n'était qu'au dîner qu'il avait enfin sorti son nez de sa chambre de dortoir.
Sirius aurait mieux fait de rester dans son lit ce dimanche-là. Certains gars qu'il appréciait avaient secoué leurs sourcils d'un air goguenard en le dépassant, d'autres l'avaient félicité avec des sourires moqueurs ou amusés et les filles… Ah les filles l'avaient ouvertement dévisagé. Sans parler de tous ces chuchotements. Mais Sirius était assez habitué à ce genre de comportement donc il ne s'était pas attardé sur ces bizarreries ce dimanche. Non, ce soir-là, Sirius n'avait eu qu'une envie : repartir se coucher.
« Alors, il était confortable ton oreiller ? » lui avait dit Benjy Fenwick à sa grande confusion dans le Hall d'entrée.
« T'as enfin arrêté de faire les yeux doux à ta meuf ? Je ne pensais pas que tu étais du type à prétendre être romantique, » avait ricané Richard Eric, son coéquipier de Quidditch, en lui tapant l'épaule.
James les avait envoyés paître avec agacement mais Remus et Peter avaient semblé trouver ces railleries tout simplement hilarantes. Et quand Lucy s'était arrêtée pour adresser quelques mots à Sirius alors que le reste des filles de Gryffondor continuaient leur route, elle avait semblé énervée. Sirius n'avait pas compris pourquoi. La dernière chose dont il se souvenait était lui, Remus et Lucy en train de parler à deux Serdaigles assez mignonnes.
« La prochaine fois, ne laisse pas n'importe qui tenir ton verre, » lui avait sèchement conseillé Lucy avant de partir en rejetant hautainement ses cheveux en arrière.
– Pourquoi est-ce qu'elle me donnait l'impression d'être prête à me noyer dans un chaudron bouillant ? » s'était interrogé Sirius, perplexe.
Encore une fois, Remus et Peter n'avaient fait que ricaner, concentrés à engloutir le contenu de leur dîner maintenant que leur gueule de bois avait complétement disparu. C'était James qui avait daigné lui répondre, roulant ses yeux tout du long :
« Peut-être que c'est parce que tu t'es mis à galocher une autre fille juste sous son nez, » lui avait dit James d'un ton moqueur et Sirius était resté coi.
Les sourcils froncés, il s'était concentré sur les évènements de la veille mais il avait eu beau réfléchir, il ne se rappelait pas avoir embrassé qui que ce soit. Pas que ça lui aurait déplu mais, habituellement, même lorsqu'il buvait, il se rappelait de tout. Ce qui était très bizarre était qu'il n'avait pas le souvenir d'avoir bu tant que ça la veille.
Sirius avait eu l'impression que beaucoup de morceaux lui manquaient car il n'avait pas été si tard que ça lorsqu'il était encore en train de parler avec Remus, Lucy et… Lizzie ? Madge ? Il ne se rappelait plus des prénoms des Serdaigles mais Sirius avait bien remarqué qu'elles ne le quittaient pas des yeux même lorsque Remus ou Lucy prenaient la parole.
Il avait peut-être embrassé une des deux après quelques verres de trop. Ça l'étonnerait quand même que Lucy l'ait surpris en train de le faire. Bien que Sirius ne soit pas le gars le plus attentif au monde, il aurait toutefois fait attention de le faire loin des yeux de Lucy qui avait tendance à oublier que leur « aventure » s'était terminée depuis la rentrée de septembre.
Puis, ça lui était revenu alors qu'il fermait les yeux pour s'endormir jusqu'au lendemain matin où ils auraient cours avec McGonagall dès 8 heures.
« Merde. »
Sirius avait rouvert les yeux et avait fixé avec consternation le mur de son lit placardé d'affiches de Quidditch et de photos de lui avec le reste des gars.
Il n'avait pas fait que mordre la lèvre d'Eva cette fois-ci. Non, il avait grimpé sur elle et avait même réussi à glisser sa langue dans sa bouche et à lui arracher un gémissement qui avait paru appréciateur. Et… et il lui avait proposé de s'envoyer en l'air... Tout ça devant tous ses amis, dont James qui lui avait hurlé d'arrêter.
Merde, il n'allait jamais oser lui faire face.
Le reste de la semaine, d'autres souvenirs et sensations enfouis lui étaient revenus en un flash.
Sirius avait été partagé entre l'envie de trucider ces deux connes de Serdaigle qui l'avaient drogué et de se toucher pour faire disparaître cette chaleur qui apparaissait dès qu'il repensait à la poitrine d'Eva qui effleurait son torse à chacune de ses inspirations saccadées, ses yeux entrouverts après qu'il l'ait embrassé la première fois –
Il était hanté par son regard.
– ses lèvres alors qu'il était resté à respirer contre sa bouche –
Se rappeler de cette tension entre eux lui nouait le ventre.
– le gémissement qui avait échappé presque inconsciemment à Eva –
Ce son l'avait suivi jusqu'à dans ses rêves et sous la douche.
– et la chaleur de son entrejambe où il avait niché (encore une fois) son genou.
Sirius voulait – oh qu'est-ce qu'il avait envie de faire quelque chose de toute cette énergie qui l'empêchait de dormir. Mais Marlène le lui avait dit : « Ne me déshonore pas, Sirius. S'il te plaît. Attends jusqu'au Nouvel An, au moins ». Sur le moment, au milieu de la foule dansante du Bal d'Halloween, Sirius avait vivement envoyé paître Marlène, ne supportant pas que ces putain d'histoires de Sang-Pur tentent toujours de dicter sa vie.
Il vivrait sa vie tel qu'il le voulait, merde ! Sauf qu'il n'avait jamais rien pu refuser à Marlène lorsqu'elle lui lançait ce regard si peiné et encore moins lorsqu'elle allait jusqu'à le supplier, elle qui avait toujours refusé de se soumettre à l'opinion d'une autre personne.
Sirius savait qu'il était un salop. Marlène, Lucy, Lily Evans, Eva, il ne comptait plus le nombre de filles qu'il avait fait pleurer en quelques mots à peine. Il avait toujours parler sans retenue, sans s'inquiéter des répercussions, et rares avaient été les fois où il avait ressenti un soupçon de culpabilité même face à la personne qui s'écroulait à cause de lui.
Pourtant, après cet été, après cet…épisode avec sa mère, Sirius commençait lentement à se rendre compte que le poison de sa mère qu'il avait si souvent décrié eh bien, ce poison était en lui aussi et cette réalisation l'écœurait.
Sirius ne voulait plus rien avoir à faire avec elle. Il ne voulait plus qu'une seule personne puisse lui dire qu'il lui ressemblait et qu'il était bien son fils.
Cette réalisation lui était venue il y a peu, il y a un mois à peine, après qu'il soit tombé sur Lizzie Lestrange répandant son poison sur une nouvelle victime : Eva Brown. Sauf qu'au lieu de voir Eva répondre avec un sourire nonchalant comme il s'y était attendu, il l'avait vu pliée en deux, à deux doigts de s'effondrer à terre et personne autour qui ne semblait s'en inquiéter, préférant fermer les yeux sur les parties sombres de Poudlard comme d'habitude. Plus tard, toujours de cette manière irréfléchie qui lui avait maintes fois valu les brimades de sa mère puis de Remus, Sirius avait voulu faire réagir Eva – qui n'était pas censée être si passive putain !
« Continue à mentir. Tu te rendras compte que tes mensonges ne font du mal qu'à toi. Tu as la chance d'avoir James de ton côté. Ne fais pas l'idiote et ne jette pas son aide à sa figure. Sinon, c'est moi qui te le ferai regretter. »
Sirius avait été furieux, furieux de voir Eva faire les mêmes erreurs que lui : de croire qu'elle était seule, de refuser l'aide de James parce qu'elle était trop fière, parce qu'elle avait peur de montrer sa faiblesse alors que James –
Il avait voulu lui faire comprendre qu'elle n'avait qu'à leur faire signe et qu'ils l'aideraient. Or, lorsqu'il était sorti de la salle de travail, laissant Eva et ses secrets en tête à tête, Sirius s'était rendu compte que ce poids dans sa poitrine était de la culpabilité. Et tandis que James et Alice Fortescue se chamaillaient sur le comportement approprié à adopter face à ses aînés, Sirius s'était rendu compte qu'il ne voulait plus être celui qui faisait apparaître cette lueur de douleur dans les yeux d'une autre personne, qu'il ne voulait plus être le salop sans cœur qui faisait pleurer les filles.
C'était à cause de cette réalisation qu'il avait décidé d'accepter la demande de Marlène bien qu'il avait pris la décision à peine quelques minutes plus tôt de conquérir Eva. Même s'il resterait toujours un salop, Sirius avait tenu à tenir sa promesse à Marlène à qui il devait bien ça après lui avoir détruit son parcours de vie bien tracé.
Mais putain, ce philtre d'amour ! Il avait fallu qu'il le boive comme un pauvre con demeuré ! S'il ne l'avait pas avalé, jamais il n'aurait approché Eva de manière si directe et si publiquement. Sirius n'était plus le fiancé de Marlène mais il la respectait trop pour la blesser encore une fois.
De plus, il n'avait pas oublié la fureur de Marlène à la rentrée lorsqu'elle l'avait coincé dans une salle de classe et l'avait saucissonné à une chaise pour qu'il s'explique sur ce qu'il foutait avec Lucy Emerson « et pour qui tu te prends à ignorer mes lettres alors que je n'avais aucune idée d'où tu étais ?! Tu réfléchis parfois Sirius ? Tu te rends compte qu'il n'y a pas que James Potter qui s'inquiète pour toi ?! ». Il savait ce à quoi il fallait s'attendre s'il poussait Marlène dans ses retranchements encore une fois.
Cette fois-là, Sirius n'avait, bien sûr, eu d'autre choix que de révéler à un James inquiet où est-ce qu'il avait disparu avec la Carte des Maraudeurs. Sa connerie avait ainsi ouvert la voie pour des blagues sur les fétiches BDSM de Marlène. Au début, Sirius avait été agacé, heurté dans sa fierté que Marlène l'ait attaché à une chaise, puis, il avait réalisé le ridicule de la situation et il avait fini par rire des blagues de James et même y ajouter les siennes.
Mais ce vendredi soir, Sirius avait encore moins envie de faire face à Eva puisque Poud'news avait sorti son nouveau numéro ce midi et depuis le nombre de chuchotements qu'il entendait derrière son dos avait décuplé. Ça s'était calmé la semaine dernière après que la populace ait remarqué qu'Eva et lui ne s'adressaient pas la parole mais ce putain de magazine avait de nouveau attisé la curiosité de toute la gente féminine du château.
Quelqu'un les avait pris en photo.
Lucy lui avait balancé le magazine à la figure avant le cours de Métamorphose et Sirius avait hésité entre le soulagement et l'énervement lorsqu'il s'était vu en train de dormir paisiblement sur les genoux d'Eva qui parlait avec Remus et Alice Fortescue avec un sourire détendu dont il avait de plus en plus de mal à détacher son regard ces derniers temps.
Sirius n'avait pas vraiment su quoi ressentir lorsqu'il avait vu Eva lui tapoter les cheveux d'un air désolé lorsqu'il avait vraisemblablement poussé un grognement dans son sommeil pour se plaindre du bruit.
Énervement car sa vie n'était pas un spectacle.
Soulagement car, au moins, personne ne l'avait pris en photo pendant qu'il plaquait Eva contre le fauteuil qu'il avait soigneusement évité de regarder depuis cette soirée d'anniversaire dont il ne se souvenait presque pas.
En sortant de la tapisserie après avoir suivi les instructions de Remus qui lisait la carte des Maraudeurs, Sirius était resté figé comme un idiot à la vue d'Eva qui balançait ses pieds comme une gamine, assise sur le rebord de la fenêtre et ses cheveux bruns ayant des reflets roux avec la lumière orangée des flambeaux. Il avait passé une semaine à faire des détours dès qu'il l'apercevait au loin puis une autre semaine à détourner le regard d'un air faussement désintéressé dès qu'ils se croisaient dans les couloirs. Maintenant, il devait se rappeler de ne pas la fixer comme un pauvre abruti.
Ne regarde pas ses lèvres, s'était-il immédiatement ordonné lorsqu'il avait posé les yeux sur elle mais il n'avait pas manqué de remarquer que les lèvres en question étaient rosées avec un produit cosmétique aujourd'hui.
(Elles avaient été rouges et gonflées après qu'il ait –).
Ne regarde pas ses cheveux, s'était-il rabroué après s'être surpris à s'imaginer les détacher de cette foutue tresse pour y glisser sa main.
(Et guider de nouveau sa bouche vers lui).
Ne regarde pas sa poitrine, s'était-il supplié après qu'il se soit rendu compte de la pointe de déception qu'il avait ressenti en voyant que la poitrine en question était dissimulée derrière la chemise qu'Eva avait boutonné jusqu'à son col et délibérément fermé avec son nœud de cravate jaune et noire.
(Si cachée et pourtant il se rappelait de son poids contre son torse lorsqu'il l'avait coincée devant le fauteuil.)
Ne regarde pas ses jambes, s'était-il repris lorsque même les épais collants d'hiver qu'elle portait ne l'avait pas empêché d'imaginer ses jambes foutrement longues se serrer autour de son genou encore une fois.
(S'il était chanceux elles se serreraient autour de ses hanches la prochaine fois).
Ne la regarde pas dans les yeux, s'était-il dit alors même qu'il faisait mentalement la comparaison entre les yeux ronds de stupeur d'Eva lorsqu'il était apparu sous la tapisserie et son regard de samedi dernier.
(Les yeux noisettes d'Eva n'avaient jamais semblé aussi sombres que sur ce fauteuil. Il avait eu l'impression qu'il aurait pu se noyer dans leur profondeur sans jamais vouloir respirer de nouveau.)
Sirius revoyait encore Eva : étalée sur le fauteuil, ses cheveux éparpillés sur son buste, ses joues roses et ses foutus yeux écarquillés qui lui avaient donné une sensation si intense qu'il aurait pu être capable de lui faire l'amour en public.
C'était le philtre. Sans le philtre d'amour, il n'aurait jamais eu une réaction aussi disproportionnée – encore moins dans la salle commune !
(Il avait passé beaucoup de temps cette semaine à se dire ça pour expliquer ses actions dans l'intimité de la douche.)
Mais Sirius ne pouvait nier le fait qu'avant même que les Serdaigles lui aient glissé une potion dans son verre, la soudaine apparition d'Eva l'avait fait oublier toute idée de draguer la brune de Serdaigle.
Sirius se sentit de nouveau paniquer lorsque Remus ajouta de manière tout à fait perfide :
« Tu veux venir manger avec nous peut-être Eva ? »
Depuis la semaine dernière, à chaque fois que James avait le dos tourné, Remus s'était amusé à lui jeter des coups d'œil moqueurs dès qu'ils voyaient au loin une Poufsouffle brune.
Remus lui avait même dit qu'il n'y avait aucune raison d'être gêné et qu'il ferait mieux d'aller s'excuser auprès d'Eva qui, de base, avait fait l'effort de venir à sa fête d'anniversaire bien qu'elle soit énervée contre eux après qu'elle ait découvert qu'ils l'avaient suivi dans les gradins de Poufsouffle pour la « surveiller ».
Sirius avait eu l'intention de s'excuser à demi-mot à ce sujet lors de la soirée lorsque James leur avait raconté avec exaspération la réaction excessive (à ses yeux) d'Eva à cette découverte. Sauf que, de s'excuser Sirius était passé à la-plaquer-contre-le-fauteuil-pour-lui-rouler-une-galoche-qui-la-ferait-oublier-jusqu'à-son-prénom-puis-la-prendre-pour-son-oreiller-et-geindre-comme-un-bébé-dès-qu'elle-ne-le-tenait-plus-par-la-main.
Sirius n'osait même pas imaginer quelle serait la réaction d'Eva si elle apprenait qu'ils avaient pris l'habitude de suivre son nom sur la Carte des Maraudeurs pour s'assurer qu'elle ne se retrouve pas seule avec des Serpentards. Ils le faisaient depuis la confrontation avec Lizzie Lestrange dans le couloir des cachots. Même si Eva avait réussi à faire sortir James de ses gonds lorsque lui et Sirius étaient venus chercher des explications, ils n'avaient pas hésité une seconde avant de le faire.
Ils savaient qu'elle cachait quelque chose. James comme Sirius avaient pris un moment avant de le remarquer – surveiller une personne d'une Maison et d'une année différente était difficile – mais, récemment, ils remarquaient de plus en plus de chose étrange chez elle.
Avant, elle avait été comme une tornade. Indomptable et exigeante, elle n'hésitait pas à apparaître pour les titiller. Sa voix était douce alors qu'elle était si bruyante avant, ses yeux agités et ne semblant pas pouvoir se focaliser sur un point fixe, sa tête légèrement rentrée dans ses épaules alors qu'elle avait toujours eu une parfaite posture. Sans compter ses sursauts au moindre bruit ou toucher soudain.
« Désolée Remus. Charlotte m'attend dans la bibliothèque. »
Sirius n'osa pas adresser un seul regard à Eva mais il aurait pu soupirer de soulagement à l'entente de son refus.
« C'est dommage, on n'a pas eu l'occasion de discuter ces derniers temps, » commenta Remus
Sirius leva les yeux jusqu'au buste d'Eva. (Il ne pouvait s'obliger à regarder plus haut.) Elle avait croisé ses bras sur sa poitrine.
« Je commence à avoir une charge de travail assez importante. J'ai passé la semaine à essayer d'avancer tous mes devoirs, s'expliqua Eva.
– Ah oui ? Je ne t'ai vu qu'une seule fois à la bibliothèque pourtant, » fit remarquer Remus et si Eva n'était pas actuellement concentrée sur le préfet, Sirius n'aurait pas hésité à lui donner un coup de coude.
Bien sûr que Remus ne l'y avait vu qu'une seule fois. Ça n'avait duré qu'à peine cinq secondes cette fois où il avait réussi à motiver James et Sirius pour travailler à la bibliothèque. À l'entente d'une voix féminine bien agitée, Sirius avait distraitement levé son nez de sa dissertation de Potions qu'il n'avait eu d'autre choix de travailler lorsque Remus l'avait relégué au coin de la table, soit loin de James, et lui avait même confisqué sa baguette.
« Comment Kate Godfried peut-elle sortir avec un mec pareil ? Il lui a mis la main aux fesses en plein milieu du couloir ! Non mais tu te rends compte ? Il n'a aucun respect, c'est incroyable.
– Charlotte. Je dis ça gentiment donc ne m'en veux pas mais Amos te faisait ça lui aussi et tu ne te plaignais pas autant à l'épo– »
Eva avait croisé son regard et elle s'était arrêtée en pleine phrase. Ses yeux s'étaient écarquillés et Sirius n'avait eu le temps de cligner des yeux qu'elle avait déjà pris la fuite, tirant son amie blonde qui semblait bien mécontente derrière elle.
« Ce n'est pas mon endroit préféré, » répondit Eva et la vue de son index qui tapait avec agitation son bras ramené contre son torse fit remarquer à Sirius le vernis jaune qui décorait ses ongles.
Intérieurement, Sirius se demanda pourquoi est-ce qu'il remarquait un truc aussi ridicule que la couleur du vernis à ongles d'une fille.
« Pourquoi est-ce qu'il y a une drôle de tension dans l'air ? » s'enquit James, alternant son regard entre Eva et son groupe d'amis.
Sa question eut pour effet de faire pouffer de rire Peter qui se racla rapidement la gorge pour se contrôler et de donner une tournure goguenarde au sourire de Remus.
Sirius, lui, aurait pu étrangler James. À la place, il fixa avec consternation le sol dallé, se passant une main agitée dans ses cheveux.
Il savait que son expression faciale était glaciale. Il n'avait aucune envie de paraître avenant.
« Sans doute que c'est causé par Sirius. Il ne s'est toujours pas excusé auprès d'Eva pour lui avoir sauté dessus après tout. »
Et pour couronner le tout, Remus enfonça son coude dans sa côte. Sirius cessa de fusiller du regard le sol pour adresser un regard mécontent à son supposé « ami ».
« J'avais oublié ça, soupira James, roulant ses yeux avec exaspération. J'ai essayé du mieux que j'ai pu d'effacer ce moment de ma mémoire. La prochaine fois que tu viens chez nous Eva, évite de semer la zizanie tu m'entends ? Même McGonagall est venu demander à Sirius s'il avait une copine après qu'une quatrième fille soit allée voir Pomfrey en pleurs. »
Sirius avait juste envie de disparaître sous la cape d'invisibilité de James.
Certains jours, il se disait que le but ultime de ses meilleurs amis était de réussir à l'embarrasser. Ils se vengeaient juste de son masque impassible qui permettait à Sirius de sembler tout à fait désinvolte quelles que soient les circonstances. Sauf qu'à l'instant présent, même le précieux contrôle que Sirius exerçait sur son corps semblait sur le point de faillir. La dernière fois que c'était arrivé était il y a trois semaines au bal d'Halloween lorsqu'Eva avait compris qu'ils avaient échangé un pseudo baiser et qu'elle lui avait lancé ce regard plein d'émotions.
C'était à se demander s'il n'avait pas avalé sans faire attention une potion autre qu'un philtre d'amour parce que Sirius ne comprenait pas pourquoi Eva était la seule à réussir à le faire perdre contenance.
Sirius était habitué à être en colère. Il savait aussi ce que voulait dire être attiré physiquement par une fille mais il n'était pas habitué à se sentir comme…comme ça.
La dernière fois que Sirius s'était senti aussi con avec une fille avait été à ses 14 ans lorsque Marlène l'avait embrassé sans crier gare. Les jours suivants, il avait trébuché à chaque fois que Marlène croisait son regard.
« J'espère que tu n'as pas reçu d'autres lettres de menaces, ajouta James quand Eva ne répondit rien et son silence poussa enfin Sirius à poser les yeux sur le visage de la Poufsouffle.
– J'en ai reçu des dizaines, » admit Eva avec une grimace mal à l'aise.
James fit une grimace répugnée alors que Remus et Peter éclataient de rire. Remus enfonça son coude dans la côte de Sirius et ce dernier claqua sa langue contre son palais avec agacement.
Ça faisait mal en plus !
« Merlin, s'exclama James, les sorcières sont encore plus dégénérées que ce que je pensais.
– Tu parles, t'es mal placé pour dire ça, rétorqua Eva et son agacement parut lui faire oublier sa gêne car elle lança un regard mécontent à James. Tu avouais il y a deux minutes à peine que tu te prenais pour le psychologue de Pince et Rusard.
– C'est différent.
– Tu as déjà demandé à Lily d'aller à Pré-au-Lard avec toi en actionnant des feux d'artifices dans sa chambre, fit remarquer Remus et le préfet ne fit que narguer James avec un sourire lorsque ce dernier lui lança un regard trahi.
– Je suis tombé sur un début de lettre d'amour dans la chambre l'année dernière, ajouta Peter.
– Queudver ! s'écria James.
– Sans parler de tous les « L.E » qu'il a écrit sur ses cours, » ne put s'empêcher de rajouter Sirius.
James paraissait prêt à leur lancer un maléfice de furoncles. Bien, ça lui apprendrait une bonne leçon. Sirius adressa un sourire moqueur à son meilleur ami et entendre le rire amusé d'Eva lui fit oublier sa résolution de ne pas la regarder.
C'était étrange de la voir. Poser ses yeux sur le visage d'Eva rappelait à Sirius les papillons qu'il avait senti dans son ventre rien qu'à sa vue sous l'effet du philtre d'amour. Il avait bien cru que les étoiles du ciel s'étaient déplacées dans les yeux d'Eva l'autre jour. Il n'avait jamais rien ressenti d'aussi puissant. Mais quitte à choisir entre ces émotions surpuissantes qui l'avait fait voir Eva comme une divinité et ce simple sentiment de contentement qu'il ressentait actuellement à la vue de son visage souriant, Sirius préférait encore apprécier calmement la bonne humeur de la Poufsouffle.
« Ne rigole pas, ils mentent ! s'insurgea James et Eva haussa des sourcils sceptiques lorsque les trois autres Gryffondors émirent des bruits incrédules.
– Ils n'ont pas l'air d'accord avec toi, fit remarquer Eva en jetant un regard dans leur direction et Sirius ne manqua pas de remarquer que son regard glissa de Remus à Peter comme s'il n'était pas debout entre eux.
– Ils sont cinglés, complètement barjos. Il ne faut pas croire un seul mot qui sort de leur bouche, lui assura James avec sérieux et, lorsque Peter laissa échapper un ricanement, il lui jeta un regard mécontent : Surtout Peter, il a des tendances mythomanes.
– Hé ! s'insurgea Peter.
– Bien que parler de votre santé mentale soit un sujet fascinant, je crois bien que je vais devoir vous laisser. Il me reste une dissertation de Potions et de Métamorphose à terminer, dit Eva après avoir pouffé de rire à l'entente de l'indignation de Peter.
– Si pressée de nous quitter, fit remarquer Remus et, décidément, il était d'humeur très taquine aujourd'hui car son sourire goguenard ne le quittait plus. On peut te raccompagner jusqu'à la bibliothèque peut-être ? proposa-t-il.
– Oh non, pas besoin. Ce n'est pas bien loin, » leur assura Eva.
Mais ce groupe de Gryffondors savait être particulièrement tenace. Eva eut beau leur assurer qu'ils pouvaient aller manger, elle se retrouva quand même à arpenter les couloirs avec eux. Avec un « Sirius ne t'a toujours pas offert ses excuses ! », Remus poussa même Sirius en avant et c'est comme ça qu'Eva se retrouva devant avec un Sirius silencieux à côté d'elle.
« J'entends aucune excuse pour l'instant ! » leur dit Remus à quelques pas derrière eux, entouré de Peter et de James.
– La ferme Lunard ! » lui rétorqua Sirius en jetant un regard mécontent à son meilleur ami par-dessus son épaule, ses mains profondément enfoncées dans ses poches de pantalon.
Sauf que son regard noir n'eut aucun effet sur ses amis car Remus haussa ses sourcils d'un air malicieux tandis que Peter ricanait encore une fois. Même James qui pourtant semblait plus répugné qu'autre chose au souvenir de Sirius sautant sur Eva lui adressa un sourire moqueur.
Claquant sa langue contre son palais, Sirius se détourna d'eux. Il ne restait plus qu'une intersection avant qu'ils n'arrivent à l'entrée de la bibliothèque. S'il gardait sa bouche fermée une minute de plus, il n'aurait pas besoin de démêler sa relation de plus en plus bizarre avec Eva Brown.
Il jeta un regard à la jeune fille en question et fut surpris de remarquer qu'elle le regardait elle aussi. Sous le coup de la surprise, il s'empressa de regarder autre part, ne se doutant pas qu'Eva venait de faire exactement la même chose mais avec un air bien moins nonchalant que le sien.
Finalement, ce fut Eva qui brisa le silence après qu'ils entendirent James dire derrière eux : « Dis donc, Patmol est un vrai lâche quand il n'a plus de philtre d'amour dans le sang. »
Heureusement qu'Eva prit la parole car Sirius s'apprêtait à sortir sa baguette pour apprendre une bonne leçon à son meilleur ami.
« Tu n'as pas à t'excuser, tu sais. Ce n'est pas toi qui as décidé de boire un philtre d'amour. »
Et lorsque Sirius tourna les yeux vers Eva, il vit qu'elle lui adressait un sourire timide. Il se détourna avec un raclement de gorge, agitant ses doigts dans l'obscurité de ses poches de pantalon.
« Je suis quand même désolé de t'avoir sauté dessus. D'habitude, je ne remercie pas les gens qui viennent à mes fêtes de cette façon, » plaisanta-t-il plutôt maladroitement à ses yeux mais Eva rit doucement à côté de lui et Sirius aurait pu soupirer de soulagement qu'elle ne remarque pas son trouble.
Depuis quand était-il gêné ? Depuis quand était-il devenu aussi pitoyable ?
« J'espère bien. J'avoue que je ne m'attendais pas à ce que tu me proposes de coucher ensemble pour me remercier de t'avoir offert une pauvre bouteille de Whisky. »
Sirius retint une grimace en l'entendant parler aussi vulgairement. Sauf que, il ne pouvait pas se plaindre puisqu'il était celui qui lui avait dit « Ça te dit qu'on couche ensemble ? » sans crier gare. Ce genre de phrase était bonne à employer dans ses fantasmes mais pas dans la réalité. Dans la réalité, il était juste mortifié d'avoir dit ça à Eva qui coinçait actuellement des mèches de cheveux derrière son oreille.
Elle ne portait plus ses boucles d'oreilles en forme de plume comme au bal. À la place, elle avait de simples boucles d'oreilles blanches.
« Oui, bah, merci en tout cas pour la bouteille. J'ai fait le con l'autre jour mais merci. »
Merlin, il allait lui répéter combien de fois « merci » ? Elle avait compris dès le premier !
« Je ne voulais pas te blesser ou quoi que ce soit, ajouta Sirius en tentant de montrer qu'il n'avait pas complètement perdu son vocabulaire. Tu me connais, j'ai tendance à être trop direct. »
Le « Ça te dit qu'on couche ensemble » lui revint à l'esprit dès la fin de sa phrase et il aurait pu se frapper. Oh que oui qu'il avait tendance à être trop direct ! Sauf qu'habituellement il faisait preuve d'un peu plus de finesse devant un membre de la gente féminine. Bien que ses amis qui ricanaient derrière son dos semblaient croire le contraire.
« Je sais, lui répondit Eva et elle regardait droit devant elle, ne semblant pas se rendre compte que sous son masque impassible Sirius se fustigeait mentalement. J'espère juste que Lyssa et Maggie ne t'ont pas gâché ton souvenir de tes 17 ans ?
– Qui ? » fit Sirius, confus.
Sirius et Eva échangèrent un regard alors qu'ils s'arrêtaient devant les portes de la bibliothèque. Sirius fronçait les sourcils, ne voyant vraiment pas de qui elle parlait tandis qu'Eva lançait un regard perplexe au Gryffondor.
« Les deux filles de Serdaigle ? dit lentement Eva. Celles qui t'ont drogué ? »
Ah, elles.
Sirius leva les yeux au ciel :
« Ah ces deux connasses, expira-t-il et, devant les sourcils haussés d'Eva, Sirius ajouta avec une pointe de dérision : On leur a fait une petite surprise l'autre jour. Elles ne risquent pas d'apparaître de nouveau.
– Je ne suis pas sûre d'avoir envie de savoir quel genre de surprise vous avez bien pu leur trouver, commenta Eva et sa grimace fit sourire Sirius avec amusement.
– Il vaut mieux que tu ne le saches pas, je ne voudrais pas choquer tes oreilles d'innocente. »
Et devant le regard atterré d'Eva, Sirius ne put s'empêcher d'ajouter :
« Quoi que, je ne suis pas sûr que tu sois si innocente que ça après la pelle que je t'ai roulé en public. »
Devant les yeux ronds d'Eva et le début de rougissement qui la prenait aux joues, Sirius ne put contenir le rictus amusé qui étira ses lèvres alors qu'un sentiment de satisfaction bien masculin le faisait se redresser.
« Ne dis pas ça ! » le rabroua Eva et elle se vengea en lui donnant une violente claque au bras.
Avec un éclat de rire, Sirius se recula sous les yeux mécontents d'Eva, son bras picotant douloureusement.
« À plus Eva. Travaille bien ! la salua-t-il avec un sourire taquin et la dernière image qu'il eut d'elle fut Eva, les bras croisés fermement sur sa poitrine, et semblant particulièrement agitée avant qu'il ne se tourne vers son groupe d'amis qui l'attendait plus loin.
– Plus de cache-cache maintenant Eva ! dit James en haussant la voix mais Sirius ne vit pas la réaction de la Poufsouffle car Remus venait de secouer ses sourcils de manière suggestive et il lui asséna une claque dans le dos pour se venger.
– C'est bon, tu vas arrêter de prendre un air effrayé dès qu'une Poufsouffle brune apparaît dans ton champ de vision maintenant ? lui chuchota Remus pour s'assurer que ni Peter ni James n'entendent.
– La ferme, Lunard. »
Et ils se dirigèrent vers la Grande Salle.
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Eva n'attendit pas que le groupe de Gryffondors de 6e année ne disparaisse à l'intersection du couloir pour franchir les portes de la bibliothèque. Elle avait eu l'impression que Sirius était tout aussi mal à l'aise qu'elle au souvenir de leur interaction plus qu'inhabituelle d'il y a presque deux semaines mais, vu ses piques taquins de la fin, elle s'était faite des idées comme d'habitude.
Alors qu'elle rasait les murs pour éviter que Madame Pince ne la voit depuis son bureau, Eva se remémora leur échange.
Tendance à être trop direct il disait ? C'était le moins qu'on puisse dire.
On n'est pas amis, Eva.
Pourquoi est-ce que j'aurais dû te le dire ?
C'est moi qui te le ferai regretter.
Sirius n'avait jamais été du genre à se restreindre pour qui que ce soit. Avec James, ils formaient un duo d'insupportables griffons avec toujours le besoin d'avoir le dernier mot. Le nombre de fois où elle avait vu Sirius étrangement silencieux ou contenu se comptait sur les doigts de la main.
Mais, il s'était excusé. À demi-mot et sans dire clairement « pardon » mais elle avait compris son intention. Et il l'avait remercié. Deux fois. C'était si exceptionnel qu'Eva ne pouvait pas lui en vouloir pour sa bourde sur le contenu dérisoire de son porte-monnaie.
De plus, si elle pardonnait à James ses indiscrétions de ses 12 ans, elle pouvait bien pardonner le Sirius de 17 ans qui n'était qu'un adolescent bien stupide bien que très suave par moment.
Sa conclusion était que les garçons étaient trop compliqués.
Avec un soupir discret, Eva se fraya un chemin entre les étagères. Avec Charlotte, Eva avait trouvé un coin où Madame Pince ne venait que rarement et où il n'y avait qu'une seule autre table, occupée actuellement par un mélange de filles de 5e année dont Eva ne connaissait le nom que d'Emma Stark et de Jocelyn Tucker.
Eva enviait quelque peu Emma qui avait réussi à étendre son cercle d'amis jusqu'aux Serdaigles et Gryffondors. Contrairement à Howard, Emma, leur très chère Attrapeuse de Poufsouffle, était une Poufsouffle à n'en pas douter. Toujours le sourire aux lèvres, toujours un mot d'encouragement quand elle vous voyait désespérer face à votre dissertation, Emma était la 5ème année préférée d'Eva. C'était toujours un plaisir de discuter avec la Poufsouffle aux cheveux ébènes qui avait pris l'habitude de coincer sa baguette dans son chignon.
Charlotte était toujours là, Eva reconnaissait ses boucles blondes même de derrière.
« Oh, » fit Eva lorsqu'elle remarqua qu'un brun s'était installé à leur table.
Sans doute qu'il était là parce qu'il n'y avait plus aucune place de libre. Sauf que, lorsqu'elle s'assit sur sa chaise, Eva fut surprise de voir une cravate verte et argent soigneusement nouée autour du col de chemise de l'élève. Et, lorsqu'elle l'observa plus attentivement, elle remarqua qu'il avait une ressemblance troublante avec le brun de Gryffondor qu'elle venait de quitter il y a tout juste une minute.
Comme s'il sentait ses yeux sur lui, l'élève leva les yeux de son parchemin sur lequel il écrivait avec sa plume et Eva fut surprise de constater que ces yeux gris si familiers appartenaient à l'Attrapeur de Serpentard qui avait fait gagner son équipe deux semaines plus tôt.
« Bonsoir, la salua poliment Regulus Black. Je t'ai pris ta place ? » s'enquit-il en jetant un coup d'œil aux parchemins et manuels étalés devant Eva.
Eva cligna des yeux puis sourit :
« Non, non, pas de problème. J'ai tendance à m'étaler plus que je ne devrais de toute façon. »
Regulus Black hocha la tête puis se concentra de nouveau sur son travail, sa plume ne tardant pas à griffonner contre son parchemin. Quoi que, griffonner était le mauvais mot. Lorsqu'Eva jeta un coup d'œil au contenu de son écrit qu'elle pouvait lire à l'envers, elle remarqua qu'il avait une magnifique écriture plus proche de la calligraphie qu'autre chose.
Encore un autre aspect de la culture Sang-Pur.
Après avoir jeté un coup d'œil à Charlotte qui semblait avoir fait une percée vu la vitesse à laquelle elle écrivait, Eva se concentra sur son travail. Elle avait trouvé toutes les informations qu'elle cherchait, maintenant il ne lui restait plus qu'à rédiger au propre.
Au bout d'une demi-heure, Regulus Black se leva sans un mot et disparut derrière une rangée de livres, laissant derrière lui le reste de ses affaires. Comme si c'était là le signal qu'elle cherchait, Carina Winnifred apparut pour demander à Charlotte de s'entretenir pour le devoir de Métamorphose qu'elles devaient faire ensemble. Alors que Charlotte se tournait vers Eva pour lui dire qu'elle serait de l'autre côté de la bibliothèque si elle la cherchait, Carina Winnifred ne manqua pas de lancer un regard noir à Eva.
Visiblement, les péripéties de la soirée à la tour de Gryffondor n'avaient rien fait pour arranger son animosité à son égard.
Carina a mauvais goût pour les garçons, avait mentionné Alice il y a quelques semaines de ça. Eva ne pouvait s'empêcher de penser que ce n'était pas une question de mauvais goût mais plutôt que Carina était simplement tombée sur le mauvais. Parfois, l'attirance n'était pas réciproque et Carina n'était en rien fautive puisqu'elle était très mignonne elle aussi. De toute façon, Eva n'allait pas tenter de réconforter la Gryffondor puisqu'Eva était celle qui ne cessait de se retrouver dans des situations absurdes avec Sirius.
Charlotte et Carina Winnifred partirent et Eva se retrouva seule sur la table remplie d'affaires scolaires. Elle tenta bien de se concentrer – elle avait presque fini ! plus que la conclusion ! – mais sans les rappels à l'ordre de Charlotte, elle avait du mal à ne pas se disperser.
Au bout de cinq minutes, alors qu'il ne lui restait plus que deux-trois phrases à écrire, Eva laissa son regard vagabonder puis elle remarqua qu'une de ses fiches était coincée sous un épais manuel du côté de la table où siégeait Regulus Black.
Eva s'assura en un coup d'œil qu'il n'était toujours pas dans les parages – elle ne voulait pas qu'il croit qu'elle essaye de le voler. Elle s'attendait à tout avec les Sang-Purs. Même le petit frère de Sirius. – puis elle se pencha en avant pour soulever le manuel sous lequel était coincée sa feuille.
Mais, Madame Pince serait bien mécontente avec ses manières de brute, car la poigne lâche d'Eva sur le manuel fit qu'une feuille s'échappa de ce dernier. Elle s'apprêtait à glisser de nouveau la feuille dans le manuel mais ce qui y était écrit attira son regard.
Charlotte Tronsky
Oui, quand elle tint la feuille sous ses yeux c'était bien le nom de Charlotte qu'elle lisait. Mais ce n'était pas le seul prénom présent. Il y avait même le sien mais suivi d'un point d'interrogation.
Eva Brown?
Howard Stark
Aaron Stone
Thomas Clark
Penelope Schoonmaker
Audrina Morrison
Emma Stark
Et ça continuait comme ça, des élèves de Poufsouffle allant de la 7e à la 1ère année. Eva tourna la feuille et remarqua qu'il n'y avait que deux noms : celui de Carina Winnifred et de Darcie Larwood. Un début de liste pour les Gryffondors ? Mais quel était le lien entre tous ces élèves et pourquoi Regulus Black avait-il fait ce lien ? Car il n'y avait aucun doute sur le fait que cette liste appartenait au Serpentard. Elle était écrite avec cette écriture soignée qui remplissait la feuille de parchemin que Regulus Black avait laissé derrière lui.
Un mauvais pressentiment pris Eva au ventre.
Une partie d'elle était désolée d'être devenue si paranoïaque lorsque cela concernait des Serpentards – surtout que Regulus Black n'avait jamais fait de vagues à ce qu'elle sache – mais elle avait appris à ses dépens que lorsque des Serpentards s'intéressaient à des élèves de Poufsouffle, ce n'était plus avec l'intention de faire ami-ami avec.
« Eva, je ne te dérange pas ? »
Eva arracha ses yeux du parchemin et tourna des yeux surpris vers Marlène McKinnon qui s'était arrêtée à côté d'elle, tenant un épais manuel contre son ventre. Ses cheveux blonds platines semblaient presque blancs avec la lumière de la bibliothèque et une fine paire de lunettes était juchée sur son nez délicat. Comme toujours, une haute queue de cheval lui dégageait son visage aux traits harmonieux.
La dernière fois qu'Eva l'avait vu d'aussi près était lors du bal d'Halloween lorsque la Serdaigle avait interrompu sa discussion avec Sirius au milieu de la piste de danse. Eva les avait laissé s'entretenir en tête à tête et elle avait eu l'impression que la préfète était jalouse. Ex-fiancés qu'ils étaient et Alice lui avait appris que les fiançailles de Marlène et d'Adrian Parkinson, son homologue Serdaigle, devraient être annoncés pendant les vacances de Noël.
Après cette découverte, Eva s'était rendue compte que c'était de Marlène McKinnon dont Royce avait parlé derrière les gradins en disant qu'elle apparaissait toujours au mauvais moment.
« Marlène ? Euh, tu as besoin d'aide pour quelque chose ? » s'enquit prudemment Eva et Marlène lui adressa un mince sourire avant de s'installer sur la chaise que Regulus Black avait abandonnée.
Alors que Marlène posait délicatement son manuel sur la dissertation du Serpentard, Eva s'empressa de glisser de nouveau la feuille avec la liste de noms dans le livre où elle était à l'origine et de reposer le livre en question à l'endroit où elle l'avait trouvé.
« Tu relis les cours de 5e année ? s'enquit poliment Marlène, ses sourcils s'arquant gracieusement alors qu'elle observait le livre qu'Eva venait de reposer sur la table.
– Non, je rangeais juste mon coin de la table. Regulus Black s'est installé là, » l'informa Eva et Marlène parut surprise à cette nouvelle, jetant un coup d'œil à leurs environs comme si elle cherchait le Serpentard en question.
Finalement, Marlène reposa son attention sur Eva et, bien qu'elle ait toujours cet air impassible, Eva avait l'étrange impression que la Serdaigle était nerveuse. Marlène retira ses lunettes, croisa leurs branches puis les posa sur son manuel.
« Je suis venue au sujet de Sirius. »
Les sourcils d'Eva se juchèrent bien haut sur son front à l'entente du prénom de Gryffondor sortant de la bouche de la Serdaigle. Elle n'aurait jamais pensé que Marlène viendrait un jour la chercher pour lui parler de Sirius. Elles passaient des heures dans la même salle lors des cours et, pourtant, jamais Marlène ne lui avait adressé un seul regard contrairement à Carina Winnifred. Alors que, aux yeux d'Eva, entre Marlène et Carina, la Serdaigle avait plus de légitimité à s'en prendre à elle.
« Sirius ? répéta prudemment Eva, ne souhaitant pas hausser la voix alors que derrière elle les 5e années qu'elle avait vu admirer James discutaient tranquillement entre elles. Qu'est-ce qu'i dire sur lui ? »
Marlène McKinnon était assise bien droite, ses mains reposant délicatement sur ses genoux. Pourtant, à cette question, elle perdit un instant son masque et laissa échapper un faible rire.
Eva se tendit.
Marlène lui jeta un regard pénétrant avec ses yeux bleus électriques qui avaient toujours semblé savoir bien plus qu'ils ne devraient.
« Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas venue pour te jeter un maléfice ni pour te menacer. Ce genre de puérilités me fatigue plus qu'autre chose. »
Mais Eva ne se détendit pas.
Marlène soupira et observa ses mains qu'elle semblait triturer sous la table :
« J'ai remarqué que toi et Sirius vous êtes rapprochés. Un peu rapidement c'est vrai mais j'ai cru comprendre que tout ne s'est pas passé avec votre consentement, commenta Marlène et Eva fut surprise de voir un faible sourire s'étendre sur les lèvres rosées de la Serdaigle, donnant une douceur à son visage d'habitude si froid.
– C'est juste un ami, dit prudemment Eva.
– Je sais, lui répondit Marlène avec toujours ce faible sourire qui semblait bien loin d'être réellement amusé. Mais certaines personnes commencent à se dire que c'est voulu de ta part. »
Ça l'aurait étonné. Eva avait déjà sa petite idée sur l'identité des coupables après les critiques d'Emmeline.
« Laisse-moi deviner, ce ne serait pas Ava Parkinson ? dit Eva d'un ton las, se laissant retomber en arrière sur sa chaise.
– J'ai entendu Ava en parler, oui, » admit Marlène et si Eva ne se méprenait pas, la Serdaigle semblait surprise par son ingéniosité.
Ha. Ça serait bien l'une des premières fois qu'elle réussissait à impressionner un Serdaigle par son « intelligence ». Pourtant, il n'avait rien de surprenant à ce qu'Eva connaisse l'identité de la coupable. Après tout, Ava Parkinson avait très difficile à ignorer ces derniers temps. Ce qui était plus surprenant était que Marlène McKinnon n'ait pas remarqué la nuée de petites Sang-Purs qui avaient été l'ombre d'Eva cette semaine.
« Mais elle n'est pas la seule, continua Marlène. Je ne sais pas si tu l'as remarqué mais un nouveau numéro de Poud'news est paru ce midi. »
Eva ne le savait pas –
Emmeline était celle qui était censée lui dire.
– mais ça ne l'étonnait pas que ce soit le cas. Vu qu'elle ne s'était pas approchée de Sirius malgré les rumeurs qui couraient sur eux, les élèves du château avaient recommencé à l'ignorer. Sauf qu'Eva n'avait pas manqué de remarquer le regain d'intérêt de nombreuses élèves depuis ce midi. Lorsqu'Eva était apparue dans la bibliothèque avec Charlotte, certaines personnes avaient même cessé de discuter pour la fixer avec des yeux ronds. Or, les plus téméraires avaient bien vite été assagies par le regard noir de Charlotte qui promettait de leur retirer des points si elles continuaient de les observer comme des bêtes de foire.
Voyant qu'Eva ne semblait pas décider à lui répondre, Marlène continua :
« Tu l'as bien compris auprès de Lizzie, ils t'observent de jour comme de nuit et ils n'apprécient vraiment pas que tu te rapproches d'aussi près d'un Sang-Pur comme Sirius.
– Je sais, » la coupa Eva en observant ses doigts qui jouaient avec sa plume.
Il faudrait qu'elle en rachète une à la prochaine sortie à Pré-au-Lard mais avant elle devrait compter l'argent qui lui restait. Eva avait le sentiment que l'argent que sa mère lui avait envoyé fin septembre lors de leur dernier échange s'était déjà évaporé.
« Royce me l'a dit, ajouta Eva en se souvenant du visage hargneux de Royce alors qu'il enfonçait son doigt dans sa cicatrice. Mais ça, tu dois déjà le savoir, non ? »
Et la Poufsouffle leva les yeux vers la Serdaigle qui l'observait de nouveau avec ce visage impassible.
Bien sûr que Marlène le savait. Après tout, dès le début d'octobre elle avait tenu à raccompagner Eva jusqu'à sa Salle Commune puis elle lui avait révélé que de sombres évènements se tramaient dans le château avant de terminer en admettant qu'elle ne préférait pas comprendre ce qui pouvait bien se cacher dans l'esprit de Royce Mulciber.
« Oui.
– Et comment est-ce que tu l'as su ? » demanda doucement Eva et c'était si étrange de parler si calmement d'un tel sujet dans un endroit public tel que la bibliothèque.
Derrière son dos, les 5e années discutaient des couleurs de vernis à ongle qu'elles pourraient s'échanger.
« Je…, hésita Marlène et c'était la première fois qu'Eva la voyait aussi peu sûre d'elle. Entre Sang-Purs, nous nous connaissons bien. Ça devient presque un jeu d'amasser des informations sur les autres parfois, admit-elle. Mais…parfois, parfois certaines personnes ne peuvent s'empêcher de se vanter. »
Eva reposa la plume sur la table.
Se vanter ? Un de ces connards était allé se vanter d'avoir traumatisé à vie la pute qu'était Eva Brown auprès de ses camarades ?
« Je ne dis pas ça pour te blesser, » ajouta faiblement Marlène et Eva ne savait pas quelle expression elle portait mais elle savait juste qu'elle sentait une émotion oubliée crépiter dans sa poitrine.
De la colère, c'était de la colère. Elle l'avait ressenti à cause des insinuations de Meredith Ravencrest (« Elles sont où tes couilles Eva ? Mulciber t'a bien rééduqué. ») puis à cause des commentaires vulgaires de Liam Olsen et Steve McAvoy mais ça faisait bien longtemps qu'elle ne l'avait plus ressenti à l'égard de ces putains de merdeux de Serpentard.
Eva avait cru qu'ils avaient suffisamment abusé d'elle pour éteindre à jamais cette flamme de rébellion mais savoir qu'ils se vantaient derrière son dos…Elle imaginait bien Evan Rosier, les jambes écartées sur le divan en une démonstration de pouvoir avec Lizzie Lestrange et Ava Parkinson sous ses bras, se vantant devant ses camarades Sang-Pur de la grande gueule de Poufsouffle qu'il avait réussi à réduire au silence.
Ou était-ce Royce ? Est-ce qu'au lieu de discuter de sujets intellectuels avec Ronan Parkinson, il échangeait à la place des anecdotes sur comment il avait apprivoisé Eva Brown avec son meilleur ami ? Ou discutait-il tranquillement de ses nouvelles idées de torture pour rendre folle cette même Eva Brown ?
« Et est-ce que tu sais tout ? » souffla Eva et sa cicatrice qui s'était pourtant faite discrète depuis les soins de Pomfrey se réveilla.
« Jure que tu ne diras rien. Pas à ta mère, pas à tes amis Sang-de-Bourbe, pas à Dumbledore. Jure que tu ne diras rien à personne. »
« Tout ? répéta Marlène et un pli apparut sur son front alors qu'elle fronçait légèrement les sourcils. Comment ça tout ?
– Oublie, lui ordonna Eva en se frottant la tempe, sachant qu'un mot de plus et elle allait s'effondrer sur le parquet de la bibliothèque pour avoir failli à suivre les instructions du Serment Inviolable.
– Tu parles de… »
Et Marlène désigna avec son index un point au-dessus de sa poitrine, pile à l'endroit où se trouvait la cicatrice d'Eva. La Poufsouffle sentit ses yeux s'écarquiller d'eux-mêmes sous le coup de la surprise. Son cœur rata un battement et elle serra les poings, la honte la submergeant.
Il y avait une lueur de pitié dans le regard de la Serdaigle – exactement comme dans le rêve qu'Eva avait fait juste avant de tomber sur le message dans la salle de bain.
Marlène reposa sa main sur ses genoux.
« J'ai compris après que Lizzie m'ait fait remarquer tes nombreux aller-retour à l'infirmerie. Et puis, tu es la seule à ne pas ouvrir le col de ta chemise malgré la chaleur étouffante de la salle de Potions, ajouta Marlène avec un petit sourire, comme pour la rassurer.
– Je croyais que…, commença Eva avant de se racler la gorge : Je croyais que vous ne vous appréciez pas avec Lizzie. Au bal d'Halloween vous sembliez complices mais dans le couloir des cachots après que…Enfin, reprit Eva, cette fois-là, vous donniez l'impression d'être prête à vous lancer des maléfices.
– J'ai toujours eu une relation très conflictuelle avec Lizzie, admit Marlène en semblant presque amusée par ce constat. Nous ne sommes pas toujours d'accord mais je partage toutefois quelques convictions avec elle. Elle n'est pas aussi insensible qu'elle puisse sembler l'être au premier abord.
– Pff, s'amusa Eva, c'est le moins qu'on puisse dire. »
Eva se remémorait le mépris de Lizzie Lestrange lorsque la Serpentarde l'avait nargué de se cacher derrière Sirius puis sur le terrain de Quidditch lorsqu'elle lui avait sèchement fait signe de disparaître après l'avoir éloigné de Royce. Elle n'avait même pas pris la peine de l'appeler par son prénom ni par son nom. « La Poufsouffle », lui avait-elle dit. Oui, Lizzie Lestrange était loin d'être une fille sensible malgré ses airs de jeune fille timide avec ses grands yeux et sa peau de bébé.
« Si tu as besoin d'aide, tu peux compter sur moi.
– Et Sirius ? l'interrompit Eva.
– Comment ça ? Que vient faire Sirius dans tout ça ? lui demanda Marlène, lui adressant un regard perplexe.
– Toi et lui…Tu es amoureuse de lui, non ? » chuchota Eva en se penchant en avant pour s'assurer que personne ne l'entendrait.
Pour la première fois, Marlène sembla réellement prise de court. Ses yeux bleus électriques s'écarquillèrent et Eva n'avait pas besoin qu'elle dise quoi que ce soit, la vérité se lisait sur son visage pour une fois à découvert.
« Je ne comprends pas tout de vos histoires de Sang-Pur et de fiançailles mais… »
Eva arrêta de parler et inspira avant de continuer avec un sourire grimaçant :
« Même si ça peut paraître bizarre de ma part, je suis désolée que ça se termine comme ça entre vous deux. J'ai bien remarqué que vous étiez très complices. Et je tiens à ce que tu saches que ce n'est pas du tout dans mes intentions de faire quoi que ce soit avec lui.
– Ne parlons pas de ça, dit brutalement Marlène, son visage redevenu aussi glacial que de la glace. Je ne suis pas venue là pour discuter d'une chose aussi puérile que mes sentiments. »
Peut-être que c'était les braises de sa colère. Peut-être que c'était pour se venger de sa compassion qui venait de lui être jetée en pleine figure. Peut-être que c'était parce que Marlène McKinnon lui proposait son aide presque un an trop tard et, incidemment, juste lorsqu'Eva commençait un peu trop à se rapprocher de Sirius Black. Parce que, bien que Marlène McKinnon le nie, c'était lui la raison derrière son soudain intérêt, non ?
Dans tous les cas, ce qui sortit de la bouche d'Eva ne fut pas très Poufsouffle de sa part :
« Non, tu es juste venue pour te donner bonne conscience. Aider la pauvre petite Poufsouffle incapable de se défendre, qui ne voudrait pas jouer au bon samaritain ? » rit Eva avec un sourire sardonique.
Les pieds de la chaise de Marlène crissèrent sur le parquet alors que la Serdaigle se relevait avec dignité.
« Je pensais ce que je disais : si tu as besoin d'aide, tu peux venir me voir, » la coupa Marlène, la fureur froide s'échappant de ses yeux bleus électriques en total contradiction avec sa proposition.
Sur ces mots, Marlène prit son livre et s'éloigna dignement, ses cheveux blonds platines claquant contre son dos. Eva la regarda partir. Puis, une fois que la Serdaigle eut disparu derrière une étagère, Eva se prit la tête dans les mains et poussa un soupir éreinté.
Qu'est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi avait-elle été si médisante ? Est-ce que c'était encore comme la fois où James était venu obtenir des réponses et qu'elle lui avait craché des immondices pour qu'il la laisse tranquille ? Est-ce qu'elle était incapable d'envisager que quiconque souhaite l'aider sans arrière-pensée ? Était-ce encore le fruit du poison de Royce ?
Ou était-ce juste sa fierté qui l'empêchait d'accepter qu'on tente de la protéger ?
« Est-ce que c'était Marlène ? »
Eva leva les yeux et tomba sur le visage angulaire de Regulus Black qui observait avec une pointe de curiosité la direction vers laquelle la Serdaigle avait disparu.
« Oui, soupira Eva en se redressant avec réticence. Tu voulais lui parler ?
– Non, non, j'étais juste surpris de vous voir parler, dit Regulus Black en s'asseyant, déposant sur la table deux livres qu'il avait dû partir chercher pendant son absence. Je ne savais pas que vous étiez amies. »
Peut-être était-ce à cause de sa ressemblance avec Sirius mais Eva se permit d'être franche avec lui :
« Tu dis ça parce que je suis soi-disant la nouvelle conquête de ton frère et que Marlène est son ancienne fiancée ? »
Regulus afficha un air surpris, arquant ses sourcils, avant qu'il ne se contrôle et qu'un sourire en coin qui était le parfait reflet de celui de Sirius n'éclaire son visage.
Eva comprenait mieux pourquoi les Sang-Pur des années d'en-dessous tentaient de mettre la main sur l'Attrapeur de Serpentard. Il était mignon quand il perdait son air poli.
« Loin de moi l'idée de supposer connaître vos relations mais c'était en effet ma première réflexion. »
Eva laissa échapper un petit rire amusé devant tant de formalité :
« N'ayez peur, mon bon sire, je ne suis point offusquée. La même idée eut traversé mon esprit face à la soudaine apparition de Dame McKinnon, » plaisanta-t-elle.
Lorsqu'Eva remarqua l'air atterré de Regulus Black, elle éclata de rire.
« Je ne parle pas aussi formellement, fit-il remarquer d'un air pince-sans-rire et Eva dût se retenir pour ne pas éclater de rire de nouveau.
– Pardon, je ne voulais pas te blesser, s'excusa-t-elle avec un sourire étincelant. Ça m'arrive de parler sans réfléchir.
– Je vois ça, commenta de nouveau Regulus avec cet air impassible qui donnait pourtant envie de rire à Eva.
– Hé d'ailleurs, une de tes feuilles était tombée tout à l'heure, je l'ai ramassée mais je n'ai pas pu m'empêcher d'y jeter un coup d'œil. »
Regulus leva les yeux de son parchemin et Eva pria pour que la première impression qu'elle avait eue de lui ne soit pas fausse. Il était étonnamment relaxé et ne semblait pas répugné à l'idée de parler à une Poufsouffle comme elle. Sûrement que ça voulait dire qu'il n'était pas aussi dangereux que certains Serpentards ?
« Laquelle ?
– C'était une liste de noms, lui dit-elle avant de se pencher pour reprendre le livre d'où s'était échappée la liste en question. Je l'ai posée dans ton livre pour éviter qu'elle ne parte à cause d'un coup de vent. Ils devraient vraiment faire quelque chose pour isoler ce château, continua-t-elle en prenant la fameuse feuille entre ses doigts. Il fait toujours un froid de canard en hiver, je suis obligée de porter un pull même pour dormir. »
Eva posa la feuille sous le nez de Regulus.
Souriant toujours, Eva observa le Serpentard jeter un coup d'œil à la liste de noms puis relever ses yeux gris vers elle sans qu'aucune émotion ne traverse son visage.
Ne jamais sous-estimer le masque impassible des Sang-Purs. Sauf que, bien qu'Eva soit incapable de comprendre ce qu'il se tramait dans l'esprit de Regulus à qui elle parlait pour la première fois de sa vie, elle n'était pas assez naïve pour croire que son mauvais pressentiment était infondé.
« Luke Carstein m'a demandé de faire une liste pour lui, lui expliqua succinctement Regulus en reprenant la feuille pour la ranger dans son sac, semblant tout à fait détendu.
– Et pourquoi est-ce qu'il y a mon nom ? » le poussa-t-elle, en se forçant à continuer de sourire alors que son cœur battait la chamade.
Eva plongea ses yeux dans ceux gris de Regulus Black et, pour la première fois, elle y discerna une pointe d'hésitation.
« Il voulait une liste de ceux – »
Une main s'abattit sur la table. Eva sursauta et leva des yeux surpris vers Oliver Avery qui lui adressa un sourire charmeur, apparaissant soudainement entre elle et Regulus.
« Voyons Eva, tu n'as toujours pas appris que la curiosité est un vilain défaut ?
– Elle a toujours été une piètre élève. Elle n'écoute rien de ce qu'on lui dit. Il n'y a que la manière forte qui marche avec elle, ajouta froidement une deuxième voix masculine et Eva remarqua avec horreur qui se tenait derrière sa chaise.
– Royce, » dit-elle doucement.
Royce posa un marque page dans son livre puis le ferma avec un claquement qui aurait fait sursauter Eva si elle n'était pas actuellement tétanisée.
« Eva, » la salua-t-il platement.
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titre du chapitre : Ne la regarde pas
nombre de mots : 11 200
Beaucoup de choses à distiller ici. Les pensées de Sirius un peu en bordel derrière son masque impassible, Eva qui semble juste un peu lasse de tout (plus de révélations à ce sujet au prochain chapitre), Marlène qui tente de s'immiscer dans la vie d'Eva (pour des raisons nobles ou pas nobles ? À vous de me dire, haha) et Mister Regulus ! Mais que veut donc dire son étrange liste ? Et Royce ? Qu'est-ce qu'il nous réserve encore une fois celui-là ?
