le juste vivra par sa loyauté
WARNING : Reposez-vous bien les yeux avant de commencer, ceci est un chapitre monstre. Mais qui s'en plaint, hein ? ;) Et merci à Astr33, KorriganTanNoz, Moow, Lily, jane9699, emnareedus, Ewi et une solitaire pour vos reviews !
Chapitre 35 : Une paix sanglante
SAMEDI 12 DECEMBRE
Une ambiance étrange pesait dans la salle commune de Poufsouffle. La plupart des élèves avait préféré aller dans leur chambre pour la fuir. Si Eva n'était pas incapable de bouger le moindre muscle, elle aurait fait de même. À la place, elle était coincée sur le canapé entre Howard qui avait obligé sa petite sœur Emma à s'asseoir à côté de lui et Amos qui n'avait plus décroché un mot depuis Pré-Au-Lard, une expression de frustration intense sur le visage.
Au bout d'une dizaine de minutes où Eva n'entendait que lointainement la discussion chuchotée entre les deux Stark, quelqu'un apparut à l'entrée puis une deuxième personne.
Eva se redressa, quittant le confort de l'épaule d'Amos. Se sentant soudainement éveillée, Eva observa Andrew Abbott traverser la salle la tête baissée avant de disparaître dans le dortoir. Chourave trottina à sa suite jusqu'à ce qu'elle ne s'arrête au milieu de la salle commune, consciente des regards posés sur elle.
« Professeure, votre main est guérie ? »
À la question timide de Wendy Woodward, Eva remarqua enfin le bandage autour de la main de sa Cheffe de Maison. Elle se remémora les paroles de McGonagall qui lui avait dit que Chourave avait de nouveau eu un accident dans la serre, obligeant McGonagall à forcer sa collègue à se reposer chez elle.
D'un revers de main, Chourave écarta les inquiétudes de ses élèves. Eva ne parvenait pas à comprendre comment Chourave réussissait à sourire si normalement malgré l'ambiance suffocante. Pendant qu'Eva se posait ces questions, Chourave commença un discours pour leur indiquer que sa porte restait toujours ouverte si quiconque avait besoin de parler. Il n'y avait pas de honte à avoir des appréhensions, chaque personne vivait les évènements à sa manière et il ne fallait pas comparer sa réaction avec celles des autres.
« N'oubliez jamais qu'il est important d'avoir quelqu'un avec qui parler de vos soucis. Aussi bête que cela puisse sembler, c'est le premier pas vers des meilleurs jours. »
Eva ne put s'empêcher de prendre cette remarque pour elle, le souvenir de ces semaines de juin passées à l'infirmerie en silence à l'esprit. Comme si elle l'avait entendu, Chourave posa son regard sur elle depuis le côté opposé de la salle commune.
Eva détourna les yeux.
Plus tard, lorsqu'Andrew Abbott sortit du dortoir avec sa valise et sa chouette dans une cage, Eva détourna encore une fois le regard alors que Chourave guidait le 1ère année vers l'extérieur.
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Charlotte apparut à l'entrée de la chambre.
Ses cheveux bouclés étaient ramenés en arrière par le bandeau rouge qu'elle utilisait toujours lors de ses révisions les plus intensives. Le visage à découvert, il était impossible pour Eva de ne pas remarquer les yeux rouges de Charlotte. Mais ce qui inquiéta le plus Eva fut le teint blafard de sa meilleure amie et les cernes sombres creusées sous ses yeux.
Eva suspendit son geste alors qu'elle glissait sa brosse dans ses cheveux mouillés après sa douche.
Mais c'était comme si Eva était invisible puisque les yeux bouffis de Charlotte glissèrent directement vers le pull jaune moutarde et le blue jean étendus sur le lit d'Eva, les deux vêtements assombris par des tâches sombres.
« Charlotte ? » la héla Eva d'une voix prudente.
À l'entente de sa voix, Charlotte parut réaliser où son regard s'était attardé. Ignorant totalement Eva, Charlotte se dirigea vers son lit pour y déverser le contenu de son sac rempli à craquer de manuels et, tout aussi rapidement, elle retourna vers la sortie.
« Charlotte, s'il te plaît, est-ce qu'on peut parler ? dit Eva alors que Charlotte s'apprêtait à abaisser la poignée de la porte de leur chambre.
– J'ai des rondes à faire, dit Charlotte, lui tournant toujours le dos.
– Mais…Pas ce soir quand même ? »
Eva avait peur. Elle avait peur de comprendre pourquoi Charlotte n'était plus capable de la regarder dans les yeux, pourquoi dès qu'Eva s'imposait dans son champ de vision Charlotte détournait le regard comme si sa vue la révulsait. Elle ne comprenait pas que Charlotte ne lui ait pas posé la moindre question alors que son regard s'était attardé si longtemps sur les traces ensanglantées sur ses vêtements. L'année dernière Charlotte lui avait secoué les épaules et lui avait hurlé : « Parle-moi, Eva ! Pourquoi est-ce que tu ne me parles plus ?! Je suis ta meilleure amie, merde. Si Mulciber ne te traite pas comme il le devrait alors dis-le moi putain ! ». Charlotte avait paru si désespérée qu'Eva se repose sur elle et maintenant elles en étaient réduites à ça ?
La culpabilité la rongeait.
C'était de sa faute si Evan Rosier s'en était pris à Charlotte. Et Charlotte le savait tout autant qu'elle.
« Dis-moi ce qu'ils t'ont fait, Charlotte. S'il te plaît, » la supplia Eva, la vue du dos de Charlotte la rendant malade.
Elle vit les épaules de Charlotte se tendre sous sa robe de sorcière.
La colère colora les paroles de Charlotte :
« Ce n'est pas parce que les puristes s'en prennent même à des enfants de sorciers que mes responsabilités s'évaporent, Eva. Qui en a quelque chose à foutre des civiles quand il y a une guerre politique à mener ? Même tes satanés irlandais font la même chose. »
Charlotte claqua la porte derrière elle, l'écho de sa voix tremblante sifflant dans les oreilles d'Eva.
Seule dans la solitude de sa chambre, Eva se prit la tête dans les mains et, après des heures à se retenir, elle fondit en larmes.
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Trois quarts d'heure plus tard, penchée au-dessus de son bureau qu'elle n'avait jamais pris l'habitude d'utiliser comme plan de travail jusqu'alors, Eva entendit la poignée de la porte être actionnée.
Eva se redressa et tourna des yeux prudents vers la porte de la chambre.
Ce n'était pas Charlotte. C'était Emmeline.
« Oh…
– Coucou, » la salua Emmeline en lui adressant un petit sourire, ignorant la déception dans la voix d'Eva.
Emmeline referma la porte derrière elle et se dirigea lentement vers son lit, comme si elle n'était pas sûre d'avoir le droit de venir dans cette chambre qu'elle avait habitée pendant presque sept ans.
« Tu travailles ? fit Emmeline en déposant son sac sur son lit d'un mouvement de baguette.
– Oui. Et toi, tu ramènes tes affaires ici ? » dit Eva en se tournant de nouveau vers sa dissertation.
Bizarrement, lorsqu'Emmeline poussa un petit rire, Eva sentit ses muscles se tendre.
« Oui, j'ai préféré ne pas trop jouer à l'imprudente. Dumbledore nous a clairement fait comprendre que nous n'avons plus droit de sortir de notre salle commune en dehors des heures de cours. De toute façon, il fallait que je fasse ma lessive avant de rentrer pour les vacances d'hiver, raconta Emmeline en sortant ses affaires soigneusement pliées de sa valise. Même si les elfes de Poudlard sont très gentils, ils ne manqueraient pas de dire à McGonagall qu'ils ont ramassé des vêtements de fille dans le dortoir des garçons de Serpentard. »
Donc c'était bien là qu'Emmeline avait passé ses nuits depuis un mois. Eva ne comprenait pas. Emmeline avait toujours été d'une pudeur extrême lorsque cela concernait les membres de la gente masculine. Son histoire avec Ronan Parkinson avait-elle réellement débuté au bal d'Halloween de Slughorn ou remontait-elle à bien plus longtemps ? Si c'était le cas, pourquoi Emmeline n'avait-elle rien dit ? Pourquoi avait-elle encore paru amourachée de Jeff au début de l'année ?
Le ton d'Emmeline était léger mais, bien loin d'avoir un effet apaisant sur Eva, celle-ci sentait ses nerfs s'agiter. Répondre normalement fut plus difficile qu'en temps normal alors qu'elle relisait sans rien voir sa dissertation de Métamorphose.
Finalement, après ce qui lui parut être une éternité, Emmeline ferma enfin la porte de la salle de bain derrière elle.
Eva reposa sa plume et fixa son écriture.
Elle n'arrivait pas à pardonner à Emmeline toutes ces semaines de silence.
Quinze minutes plus tard, Emmeline sortit de la salle de bain.
Le visage à nue à cause des barrettes enfantines qu'elle utilisait lorsqu'elle se lavait le visage, Emmeline se planta au milieu de la chambre.
« Eva, pourrais-tu m'accorder un instant pour discuter ?
– Parler de quoi ? » dit Eva en continuant d'écrire, se faisant la remarque que la façon dont s'exprimait d'Emmeline révélait bien auprès de qui elle avait passé ses journées dernièrement.
Emmeline hésita :
« Tu sais de quoi. »
Eva posa sa plume et adressa un regard à Emmeline par-dessus son épaule. En réponse, Emmeline lui adressa de nouveau ce petit sourire si horripilant par son incertitude.
Avec la plus grande récalcitrance, Eva accepta et c'est ainsi que les deux Poufsouffles se retrouvèrent sur le lit d'Emmeline pour la énième fois de leur colocation, une tension exceptionnelle crispant leurs deux corps.
Eva se plaça le dos contre le mur et étira ses longues jambes devant elle. Elle se mit à gratter une tache de dentifrice sur son pantalon de pyjama. Emmeline rajusta les oreillers derrière son dos.
Finalement, ce fut Eva qui céda la première :
« C'était bien cette sortie à Londres ? Avec…Ronan ? »
Dire son prénom en retenant de le cracher était un réel supplice.
« Oui, très bien. R-Royce nous a rejoint le temps de faire un transplanage jusqu'à Londres. Il devait voir sa mère apparemment. »
À ces mots, Eva leva enfin les yeux de son jogging gris pour adresser un regard confus à Emmeline, ne relevant même pas le bégaiement hésitant d'Emmeline en mentionnant le Serpentard ou le fait qu'elle l'appelait maintenant par son prénom.
« Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda lentement Emmeline.
– Le père de Mulciber était aux Trois Balais, révéla Eva et Emmeline eut l'air réellement surprise à cette nouvelle. Il a dit qu'il était censé y voir son fils. »
Dire le nom de famille de Royce à voix haute était si étrange. Eva avait l'habitude de seulement l'entendre dans l'intimité de ses pensées. Elle eut le sentiment d'être épiée juste en prononçant son nom, comme si le Serment Inviolable lui interdisait même de prononcer le nom Mulciber.
« Oh, il n'en a pas parlé. Mais… »
Emmeline se mordit la lèvre, un tic qu'elle avait attrapé après avoir trop souvent vu Charlotte le faire.
« Mais comment se fait-il que tu saches ça ? »
Tu les espionnes ? semblait lui dire l'expression d'Emmeline.
Eva se remit à gratter son pantalon bien que la tache de dentifrice soit déjà partie.
« Il est venu quand…Il a su soigner Hannah, termina Eva après un bref instant de pause pour contrôler la boule dans sa gorge.
– Oh. »
Pourquoi était-ce devenu comme ça entre elles ? Pourquoi Eva avait-elle l'impression que ce qu'elles faisaient là n'était qu'une parodie de l'amitié d'Eva Brown et d'Emmeline Vance, deux filles qui ne se seraient jamais adressées la parole si elles ne s'étaient pas retrouvées dans la même Maison et qu'Amélia Avery n'avait pas méchamment rejeté Emmeline au début de leur scolarité.
« À ce propos…Comment est-ce que tu vas ?
– Bien. »
Oui, Eva allait bien. Les elfes de Maison avaient fait disparaître son linge sale. Depuis qu'elle n'avait plus sous les yeux ses vêtements qu'elle n'était pas sûre d'avoir le courage de porter de nouveau elle allait bien.
« Oh, d'accord… »
Elle irait bien jusqu'à ce qu'elle éteigne la lumière et qu'elle se retrouve seule dans les ténèbres de son lit.
Elle avait pris la décision de les emmerder. Elle avait pris cette décision alors pourquoi ce foutu Inferi était-il venu détruire sa résolution si récente ? Était-ce un avertissement de la part du destin ? Eva en avait plus que marrer d'être cette chouinarde incapable de faire autre chose que de se lamenter sur son sort.
« Et sur quoi est-ce que tu travaillais ? s'enquit Emmeline. Les professeurs n'ont pas donné de travail à faire pour la dernière semaine de cours pourtant. »
De nouveau, Emmeline poussa un petit rire pour combler le silence :
« À moins que tu veuilles prendre de l'avance sur les ASPICS blancs de janvier ? Ça m'étonne de ta part. D'habitude Charlotte et moi devons te forcer à travailler. »
Eva leva abruptement la tête. Le sourire d'Emmeline se figea avant de lentement disparaître.
« Tu ne le sais pas ? Tu ne sais pas pourquoi je suis en retenue tous les soirs ? Tu ne sais pas pourquoi ils m'ont donné une double dose de travail ? cingla Eva, ne réalisant pas que sa voix s'élevait à chaque nouveau mot s'échappant de sa bouche pliée en une expression ulcérée.
– Je – quoi ? Qu'est-ce que je suis censée savoir ? balbutia Emmeline, les yeux ronds. Je suis désolée Eva, je n'ai pas été très attentive ces dernières semaines.
– Ta nouvelle copine Ava ne t'a rien dit ? Lizzie ? Amélia ? persista Eva avec un mélange d'incrédulité et d'indignation mais Emmeline continua de la regarder de cet air perdu qui ne faisait que doubler la cadence de son cœur.
– Je te l'assure. Je ne sais pas de quoi tu parles Eva, » insista Emmeline.
Aussi abruptement qu'elle était venue, la colère disparut. D'une voix lasse, Eva reprit la parole en pinçant entre ses doigts son jogging gris :
« Toutes mes copies, elles étaient la parfaite copie des tiennes. Ils ont dit que j'avais triché. Ils m'ont dit qu'ils avaient pris ta baguette pour voir quels sortilèges tu avais utilisé.
– C'était pour ça…, » souffla Emmeline et lorsqu'Eva vit l'expression sur son visage, elle réalisa qu'Emmeline était réellement inconsciente de la situation.
Cette découverte ne fit qu'alourdir le poids dans la poitrine d'Eva.
« Ils m'ont dit que – je croyais que c'était juste à cause de – Pourquoi tu ne me l'as pas dit, Eva ? termina par dire Emmeline en lui adressant un regard confus, presque blessé qu'Eva ne vit pas.
– Qu'est-ce que ça aurait changé ? » dit-elle, concentrée à gratter une tâche invisible sur son jogging.
Emmeline dit quelque chose tout bas, trop faiblement pour qu'Eva ne comprenne.
« Quoi ? »
Emmeline secoua la tête, son parfait carré brun volant dans les airs à son mouvement :
« Non, rien, » soupira-t-elle mais Eva la connaissait trop bien pour ne pas savoir que non, ce n'était pas rien.
Mais il y avait comme ce mur entre elles deux et Eva n'avait pas le courage de le briser ce soir. Pas après les Trois Balais.
« J'ai entendu Ava Parkinson se questionner plusieurs fois sur tes rendez-vous quotidiens avec McGonagall, reprit doucement Emmeline après quelques instants de silence. Je ne pense pas qu'elle serait allée aussi loin dans sa comédie si elle était vraiment celle qui a orchestré ce…lamentable guet-apens, » termina Emmeline en secouant la tête avec une grimace écœurée.
Mais Eva n'avait plus confiance en ce que pensait Emmeline.
« Et les autres ? Est-ce qu'eux aussi sont innocents ? » demanda Eva.
Est-ce que tu penses réellement qu'ils ne sont que des adolescents normaux ? Est-ce que tu penses que je mens ? Que je suis paranoïaque ? Que je m'invente des histoires ? Est-ce que tu sais pourquoi j'étais à l'infirmerie hier encore ? Est-ce que tu t'en soucies ?
Est-ce que tu es encore de mon côté, Emmeline ?
Les deux amies se fixèrent en silence.
« Je ne sais pas Eva, lui répondit finalement Emmeline en laissant sa tête retomber contre le mur. Personne n'en a parlé devant moi. »
Eva détourna son regard d'Emmeline. Sa main quitta le col roulé du pull qu'elle avait enfilé par-dessus son pyjama.
Il y avait tellement de choses qu'elle voudrait dire mais les dire à haute voix reviendrait à avouer toute la honte qui la souillait.
Ce fut Emmeline qui céda la première cette fois-ci :
« Il y avait quelque chose dont je voulais te parler. »
Emmeline expira profondément et, la seconde suivante, sa main se posa sur celle d'Eva qui grattait presque frénétiquement le tissu sur sa cuisse.
« Je suis désolée pour ce que je t'ai dit la dernière fois. Tu sais sur…sur ta relation avec Sirius Black, bégaya maladroitement Emmeline. Je suis vraiment désolée. Je sais que tu n'as jamais aimé qu'on se mêle de tes affaires. Ce n'est pas une excuse mais je...je n'étais pas dans un très bon état d'esprit ce jour-là. Tu ne le méritais pas mais ma mauvaise humeur est retombée sur toi, je...j'en suis désolée. »
La bouche d'Eva s'ouvrit. Elle se referma.
« Eva ? insista Emmeline en exerçant une pression sur la main d'Eva qui était toujours sous la sienne.
– Je ne comprends pas que tu puisses traîner avec Ava Parkinson. »
La chaleur de la main d'Emmeline s'évapora.
« Je ne traîne pas avec elle, se défendit Emmeline avec frustration. Je traîne avec Ronan.
– Mais ils sont –
– Je sais ce que tu vas me dire Eva, l'interrompit Emmeline. Qu'ils sont tous pareil ? Mais Ronan est différent. Il est réellement différent, ajouta avec plus de fermeté Emmeline alors qu'Eva s'apprêtait à reprendre la parole. Il n'est pas comme eux. Il ne pense pas comme eux, l'assura Emmeline puis, plus bas, comme si c'était un tabou : Il ne traiterait jamais quiconque de Sang-de-Bourbe. »
Eva ne put pas attendre plus longtemps. Elle explosa :
« Mais c'est simplement ce qu'il veut te faire croire ! Emmeline, il ne te l'avouera jamais mais il est – »
Eva se força à s'arrêter. Elle serra si fortement les dents qu'elle craignit que son action lui valle une migraine.
« Il est quoi, Eva ? » la poussa Emmeline, exceptionnellement dure.
Eva voulait, oh qu'est-ce qu'elle voulait dire à Emmeline que peut-être bien que Ronan n'était pas d'accord avec ses compères Sang-Purs mais son silence le rendait tout aussi coupable. Il était si muet qu'il avait même réduit au silence Eva lorsqu'elle l'avait confronté à sa lâcheté, se débattant vainement contre les cordes qui la rattachaient à cette maudite chaise d'une salle abandonnée des cachots. Mais ce putain de Serment inviolable –
« Il te cache des choses, se contenta de dire Eva en un chuchotement. Mais est-ce que tu sais ce que sa cousine raconte sur ton dos ? Est-ce que tu sais qu'elle se moque de toi avec les autres Sang-Purs ? Qu'elle te prend pour une stupide conquête que Ronan abandonnera dès que l'envie lui prendra ? »
Eva ne s'était jamais sentie si éloignée d'Emmeline mais jamais elle ne voudrait la blesser alors, toutes ces horribles choses qu'Ava Parkinson avait crachées dans les toilettes des Trois Balais Eva, les révéla en un chuchotement prudent.
La dureté sur le visage d'Emmeline ne disparut pas. Lorsqu'Emmeline prit finalement la parole, Eva resta coite face à sa réponse :
« Je suis déjà au courant de tout ça, Eva. Je vais me marier avec Ronan. Pas avec Ava Parkinson. Et comme je l'ai dit plus tôt, Ronan n'est pas comme eux.
– Tu es s – »
Emmeline la coupa, ses mains nues de tout bijou reposant délicatement sur ses cuisses couvertes :
« Je suis sûre de mon choix. Tu ne pourras pas me faire changer d'avis. Ronan est d'une douceur et d'une empathie incomparable. Il se soucie réellement des gens, Eva. Encore plus que tu ne peux l'imaginer. Et...il ne veut que mon bonheur, je te l'assure. »
Et face à l'expression sur le visage d'Emmeline, Eva ne trouva pas la force de continuer, comprenant que c'était perdu d'avance.
« J'espère que tu sais ce que tu fais.
– Ne t'inquiète pas. Je n'ai jamais été aussi sûre de quoi que ce soit d'autre dans ma vie. »
Eva ne parvint pas à se forcer à y croire.
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DIMANCHE 13 DECEMBRE
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Le lendemain matin, Eva n'eut pas la force d'aller voir les membres du club de Baveboules. Pas alors que Nao et Edgar l'avaient surprise en si piteux état en rentrant du terrain de Quidditch et que Gilbert avait ouvertement fait sentir son agacement à son égard après qu'elle ne lui ait pas donné les chocogrenouilles qu'elle lui avait promis en échange de sa surveillance de Charlotte.
À la sortie de la grande salle, Gilbert s'était planté devant elle. L'air très sérieux, il avait tendu sa main vers elle, ne faisant fi des mauvais regards des Poufsouffles et des Serpentards qui durent le contourner pour descendre au sous-sol après le discours de Dumbledore.
La main de Howard entourant son coude et Amos derrière elle, Eva s'était maladroitement excusée auprès du Serdaigle de 1ère année mais c'était comme si le jeune garçon était inconscient de l'atmosphère sinistre régnant dans Poudlard.
« Quand on fait une promesse, on la tient. Je croyais que les Poufsouffles étaient justes ! » s'était-il emporté et Eva n'avait pas eu le temps d'excuser de nouveau qu'Howard avait aboyé à Gilbert de dégager, indignant encore plus le 1ère année qui s'était défendu d'avoir fait sa part du marché alors il ne voyait pas pourquoi il ne recevrait pas son dû.
« Akash ! avait crié Howard par-dessus son épaule. Lâche ta sœur et fais-la reprendre avec elle ce gamin avant que je lui apprenne les bonnes manières. »
Interrompu dans sa discussion avec ses deux sœurs – qui avait rapidement dérivé vers une dispute puérile avec Shuri, Akash avait semblé agacé de ne pas pouvoir continuer à faire la morale à ses sœurs en leur disant de suivre les instructions de Dumbledore et de bien rester dans leur salle commune à la fin de chaque journée de cours pour la dernière semaine de décembre. Akash n'avait jamais été un frère très attentif mais les évènements de Pré-au-Lard l'avaient secoué, plus qu'il ne voudrait le montrer. Lorsqu'il avait vu Rashti sortir des Trois Balais, Eva n'avait jamais vu son visage devenir si pâle. Et lorsqu'il avait arraché sa sœur des bras d'un blond pour la serrer contre lui, Eva avait eu l'impression qu'il se retenait de ne pas pleurer tandis que Rashti semblait juste éreintée. De loin, on croyait plus que c'était Rashti qui réconfortait son grand frère que l'inverse.
Eva n'osait imaginer la réaction d'Akash si Shuri avait également été en âge d'aller à Pré-au-Lard.
À l'interpellation d'Howard, Rashti s'était éloignée de son frère, ignorant royalement les exclamations outrées de ce dernier (« Hé, Rashti ! Je n'ai pas terminé de te parler ! »), et elle avait sans un mot pris avec elle Gilbert pour rejoindre la tour de Serdaigle dans la direction opposée. Howard l'avait tiré à sa suite pour qu'ils rejoignent leur propre salle commune et Eva avait entendu derrière elle Akash ordonner à Shuri de ne pas jouer à la maligne et de rester dans sa salle commune après le couvre-feu.
« Calme tes tendances de lutin diabolique, d'accord ? Je n'ai pas le temps de courir à ta rescousse, » avait ajouté Akash et ce n'était guère surprenant que Shuri, téméraire Gryffondor de 2ème année qu'elle était, lui donne un coup de pied à l'arrière du genou pour se venger. « Sale lutin, attends que je le dise à maman ! » avait hurlé Akash dans la direction de Shuri qui s'enfuyait en ricanant avec sa meilleure amie Juliette.
Eva décida donc de ne pas rendre visite au Club de Baveboules comme elle avait pris l'habitude de le faire chaque dimanche matin. À la place, elle lut comme les autres élèves du château les trois premières pages de la Gazette des Sorciers consacrées exclusivement à l'attaque de Pré-au-Lard. Dumbledore était sur la première page, imperturbable sous les flashs des appareils photos de la presse survoltée.
Durant l'après-midi, seul un petit groupe de jeunes Poufsouffles encadré par des préfets fut d'humeur à jouer avec la faible couche de neige couvrant l'herbe du parc.
Eva passa son après-midi penchée au-dessus d'une table basse de la salle commune, ignorant les appels à l'aide d'Akash qui peinait à ne pas se faire terrasser par Howard dans leur partie d'échecs.
Derrière ses manières de brute, Howard était en réalité plutôt stratège.
Quant à Jeff, il partagea la table basse avec Eva et il alterna entre lire son manuel de potions et dessiner distraitement – après avoir aperçu ce qui ressemblait à des dents, Eva décida de ne plus regarder ce que dessinait Jeff, le cœur palpitant. Seules les piques de Howard réussirent à faire sortir Jeff de son silence maussade après une nuit passée à l'infirmerie sous les yeux attentifs de Pomfrey pour s'assurer que la morsure de l'Inferi n'aurait pas d'effets secondaires – contrairement à Hannah.
Amos, lui, ramena un oreiller et une couverture de sa chambre et s'étala de tout son long sur le canapé durant la journée. Il lut tranquillement le livre qu'Howard avait reçu d'un colis de sa mère, « Le Chien de Baskerville », et tira de temps à autre sur les cheveux d'Eva assise par terre devant lui. Il ne manqua pas non plus de se moquer de la stratégie d'Akash qui, n'en pouvant plus de perdre si lamentablement face à Howard qui se moquait de lui à outrance, exigea qu'ils fassent une bataille explosive à la place.
Akash perdit également à la bataille explosive.
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LUNDI 14 DECEMBRE.
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Flitwick commença son cours en leur disant qu'ils commenceraient le prochain chapitre théorique après les vacances de Noël. Ils allaient exclusivement faire des exercices pratiques aujourd'hui. Assise entre Akash et Jeff, Eva resta silencieuse lorsqu'elle vit Francis Lockhart échanger un regard entendu avec Luke Carstein deux tables devant.
Dans le couloir, elle avait balayé d'un revers de main l'inquiétude de Luke à son égard lorsqu'il avait profité du retard de Flitwick pour s'assurer qu'elle allait bien. Heureusement, l'arrivée de Flitwick avait interrompu Luke qui voulait absolument savoir si elle était allée voir Pomfrey.
La réponse était oui mais Eva ne voulait pas parler à Luke du fait que Pomfrey lui avait ordonné de ne pas lancer le moindre sort cette semaine sous peine d'endommager encore plus son corps. « Je ne comprends même pas d'où vous avez puisé la force de lancer des sortilèges. Votre réserve d'essence magique doit être bien au-dessus de la moyenne, » lui avait dit l'infirmière avant de la forcer à prendre un élixir de sommeil, jaugeant avec des traits crispés le tremblement incessant des mains d'Eva. « Mais vous auriez dû me dire que vous étiez dans cet état-là…je ne vous aurai pas laisser partir comme ça… »
À sa gauche, Akash s'extasia à l'idée qu'ils ne passent pas trois bonnes heures à lire des vieilles formules de sortilège. À sa droite, Jeff était plongé dans ses pensées. Il gribouillait sur son carnet un portrait approximatif de Flitwick qui ne fit pas bondir le cœur d'Eva cette fois-ci.
Jeff avait toujours été un artiste désintéressé. Pour lui, le dessin n'était qu'un passe-temps épisodique. Howard l'avait plus d'une fois charrié en lui disant qu'il allait attirer encore plus de filles avec son aura d'artiste mélancolique ténébreux. Jeff l'envoyait toujours paître avec exaspération, trouvant ça tout simplement ridicule qu'on le prenne pour un bourreau des cœurs. (Mais Jeff aurait beau continuer à le nier, il était toujours très sollicité par la gente féminine). Cela étant, bien que Jeff ne rêve pas de faire un métier de son talent pour le dessin, c'était souvent vers lui qu'on se dirigeait lorsqu'on voulait façonner une nouvelle banderole de Quidditch pour Poufsouffle.
À le voir dessiner avec une moue si morose, Eva se fit la réflexion que Jeff devait être dans le même état d'esprit qu'elle aujourd'hui : incapable de se détendre et de se concentrer sur leur professeur à cause de l'adrénaline qui le tenait en état d'alerte constant. Mais, contrairement à Jeff, Eva avait malheureusement de l'expérience dans le domaine. Tout en laissant son regard glisser régulièrement vers la porte ou les fenêtres, elle écouta les instructions de Flitwick.
Alors que Flitwick se tournait vers le tableau pour faire apparaître les sortilèges qu'il voulait qu'ils travaillent aujourd'hui, Eva sentit un poids sur elle.
Elle tourna la tête et vit qu'Emmeline l'observait sur la rangée opposée, deux rangs plus haut.
Elle était assise à côté de Charlotte.
Emmeline était la seule à avoir eu droit à ce privilège.
Toutes ces semaines passées aux côtés de Charlotte alors qu'Emmeline préférait roucouler auprès de Ronan Parkinson et le reste des Serpentards et voilà le résultat.
Eva avait du mal à comprendre Charlotte. Eva avait beau être celle qui avait attiré l'attention d'Evan Rosier, elle n'était pas non plus celle qui fermait les yeux sur les agissements des Serpentards et qui devait certainement être muette comme une taupe lorsqu'ils traitaient de Sang-de-Bourbe ceux du même statut sanguin que Charlotte. Alors pourquoi ce laissez-passer de la part de Charlotte à l'égard d'Emmeline ? Que lui avaient dit Evan Rosier et Royce avant qu'Eva n'arrive et ne tombe sur le corps inconscient de Charlotte ? Que lui avaient-ils fait ?
Lorsqu'Eva avait voulu s'asseoir à côté d'elle, Charlotte avait posé son sac sur la chaise. Elle l'avait seulement retiré lorsqu'Akash avait forcé Eva à s'asseoir plus loin en sifflant un « Laisse tomber, Eva. » couplé d'un regard méprisant adressé à Charlotte qui n'avait pas levé son nez de son manuel. Pourquoi Charlotte avait-elle simplement continué sa lecture lorsqu'Emmeline s'était assise à côté d'elle cinq minutes plus tard ?
Eva répondit sans aucune émotion particulière au regard d'Emmeline qui lui offrit un petit sourire avant de se concentrer de nouveau sur le devant de la classe où Kate Godfried demandait à Flitwick si un plus grand coefficient serait donné à la partie pratique de leur examen de janvier.
À l'entente de la voix de la Serdaigle, le regard d'Eva glissa automatiquement vers les cheveux courts d'Amos. Il était assis devant elle avec Howard et Tony Valasquez.
La veille, figée dans un mutisme involontaire, Eva n'avait même pas pensé à demander à Amos comment s'était terminée sa dispute avec Kate. Avant, lorsqu'il se disputait avec Charlotte, elle entendait toujours Amos se plaindre à Akash, telles les deux commères qu'ils étaient. Mais, cette année, Eva n'avait jamais entendu Amos dire quoi que ce soit à propos de ses relations amoureuses. Par exemple, des mois plus tard, Eva n'avait toujours pas entendu de sa bouche les raisons de sa rupture avec Charlotte.
Eva n'avait pas non plus demander à Akash ce qu'il était advenu de son rendez-vous avec Astrid Matthews. Cette même Astrid qui, au premier rang, enlevait sans se soucier du concept d'espace personnel un cil qui s'était posé sur la joue délicate de Marlène McKinnon.
Eva avait donné le nom de la préfète de Serdaigle à Dumbledore. Elle n'avait pas non plus réfléchi à ce que ses actions avaient enclenché. Avait-elle fait une erreur ? Les Serpentards savaient-ils ce qu'elle avait osé faire ? Après tout, Lizzie Lestrange l'avait su en quelques heures à peine, elle. Était-ce seulement possible que l'attaque de Pré-au-Lard ait été en rétribution ? Mais pourquoi Hannah Abbott ? Pourquoi aucun des garçons de 7e année de Serpentard n'avaient été présents ? Pourquoi avoir –
Flitwick commença à faire des rondes entre les tables et Eva se força à cesser de penser.
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Le soir, Eva décida d'abandonner sa dissertation de Potions lorsqu'elle rouvrit les yeux et comprit que son front était posé contre son devoir. Sûrement que c'était le signe qu'elle s'endormirait dès que son visage se poserait sur son oreiller.
Elle dit bonne nuit à Howard qui lui grommela une réponse, concentré sur sa dissertation d'Astronomie qu'il était, puis elle donna un coup de pied à Akash qui s'était endormi sur la table basse. Lorsqu'Eva rentra dans sa chambre, la vue des rideaux fermés du lit de Charlotte et d'Emmeline la réveilla efficacement. Elle s'endormit avec difficulté.
Vers 1h du matin, elle fut réveillée par un courant d'air qui secoua doucement le rideau de son lit.
Vers 3h du matin, elle sentit une caresse sur son cou. Un cri coincé dans la gorge, Eva se réveilla, le sourire hilare d'Evan Rosier disparaissant pour laisser place au rideau de son lit ouvert.
Elle avait le souvenir de l'avoir fermé avant de se coucher.
Eva partit veiller dans la salle commune. Elle avait toujours l'impression que les doigts d'Evan Rosier enserraient son cou.
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MARDI 15 DECEMBRE.
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Le mardi matin, McGonagall leur annonça que la leçon serait dédiée aux révisions de toutes les métamorphoses qu'ils avaient étudiées depuis la rentrée. Ayant toujours l'interdiction d'utiliser sa baguette, Eva s'installa dans un coin de la salle pour travailler sur sa dissertation de Métamorphose. Si elle continuait à cette allure, peut-être n'aurait-elle aucun travail supplémentaire pendant les vacances, lui permettant ainsi de se concentrer sur ses révisions pour les ASPICS blancs de fin janvier. Mais alors que les élèves s'escrimaient dans un brouhaha important à réaliser des métamorphoses satisfaisantes, Meredith Ravencrest vint s'asseoir à côté d'Eva.
Si Charlotte ne l'avait pas abandonnée pour se mettre dans le même coin que Liam Olsen et Steve McAvoy, Meredith ne serait jamais venue voir Eva, si intense était l'animosité entre elle et Charlotte.
« Hé, je voulais savoir si tu allais bien. »
Eva lui adressa un regard du coin de l'œil puis, la mâchoire un peu plus crispée qu'avant, elle termina d'écrire sa phrase. Avec une facilité presque insultante, Meredith fit apparaître un colibri qui s'envola avec un piaillement. Si Meredith faisait partie du club des Loosers ce n'était certainement pas par manque de talent en métamorphose. Elle excellait dans les travaux pratiques mais son talent ne se reflétait pas dans le théorique – bien souvent ses dissertations n'excédaient pas les « A » et son incapacité à faire des recherches plus de cinq minutes ne l'aidait pas.
« Ce n'est pas ton genre, » commenta Eva en usant d'un ton plus froid qu'elle n'aurait osé utiliser si Howard n'était pas actuellement occupé à batailler contre un boa plus loin.
La batteuse de Gryffondor soupira et frotta son front halé avec une énergie fébrile :
« Écoute, je sais que j'ai agi comme la pire des salopes. Ce que j'ai dit sur Mulciber… »
« Elles sont passées où tes couilles, Eva ? Mulciber doit être fier de t'avoir aussi bien rééduqué. »
Eva n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit, Meredith comprit en un regard qu'elle s'aventurait dans un terrain sinueux.
« Enfin, ce que je veux dire c'est que j'ai eu tort, bredouilla maladroitement la Gryffondor d'une manière qui ne lui ressemblait pas, son pied tapant fébrilement le sol dallé sous la table. T'as des couilles, Eva. Carina et Darcie m'ont raconté... Ce que tu as fait l'autre jour… Avec Hannah Abbott je veux dire, dit doucement Meredith alors que Liam Olsen éclatait de rire à l'arrière de la salle, l'aigle qu'il avait fait apparaître ayant choisi la tête de Steve McAvoy comme perchoir. Une meuf qui n'a pas de couilles ne l'aurait pas fait. J'en ai entendu des histoires sur des gens qui s'enfuient pour sauver leur peau dès que la situation dégénère. Une mère qui lâche son bébé pour que ses pleurs fassent diversion, un grand frère qui pousse son frère devant lui pour que ce soit lui qui décore la rue de ses restes, un putain d'Auror qui abandonne son partenaire quand il – »
La voix de Meredith chancela et la jeune fille inspira brutalement. Eva posa enfin sa plume et tourna un regard prudent vers la Gryffondor qu'Eva n'avait jamais vu craqué que ce soit après que Howard l'ait déçu encore une fois ou après que l'examinateur de l'épreuve de transplanage ait soupiré avec dépit en disant qu'elle était bien différente de son regretté grand frère.
Les lèvres pincées, Meredith fixa avec des yeux brillants son poing posé sur la table.
Mais Meredith Ravencrest était comme Eva dans le sens où elle n'avait jamais supporté d'être prise en pitié. Alors, comme si elle avait senti le regard d'Eva posé sur elle, Meredith piétina son chagrin et mit Eva face à cette flamme de colère brûlante qui augmentait en intensité plus les années passaient.
« Il y a plein de lâches ici, dit Meredith en prenant soin de garder sa voix basse mais avec une émotion si forte qu'Eva n'entendit pas McGonagall gronder Liam Olsen. Même parmi nos amis proches. Alors je tiens à dire que tu es une putain de Gryffondor pour n'avoir même pas lâché un seul instant Hannah Abbott alors que ce connard d'Inferi vous poursuivait. T'as des couilles en or, Eva Brown, et ça, même les plus grosses raclures du château ne pourront pas te l'enlever. »
Peut-être que c'était le manque de sommeil. Peut-être que c'était ses nerfs qui étaient à bout après qu'elle eut posé ses yeux sur Evan Rosier au petit-déjeuner et qu'il lui avait paru si normal. Comme s'il n'avait pas pris un plaisir malsain à couper la respiration d'Eva puis lui laisser quelques secondes de répit avant de recommencer inlassablement ce processus.
Pourquoi est-ce que je suis une pauvre merde qui fait des cauchemars alors que ce connard tient son assemblé avec tous ses serpents comme d'habitude ?
Ou peut-être était-ce juste que d'entendre un compliment de la part de Meredith, une chose si rare, était la preuve que la voix de Royce dans sa tête avait tort mais, pour la première fois depuis longtemps, Eva se sentit émotive et ce n'était pas à cause d'une émotion déplaisante.
Eva n'était pas proche de Meredith – ou elle ne l'était plus. Meredith était simplement devenue la copine cool de Howard qui la battait parfois dans une course de vitesse.
Avant… Avant qu'Eva ne se retrouve embourbée dans un jeu malsain avec les Serpentards, avant que le grand frère Auror de Meredith ne soit retrouvé en petits morceaux dans une grange en Écosse, avant qu'Eva ne se renferme sur elle-même et avant que Meredith rage de plus en plus fort, elles auraient pu être considérées comme étant des amies toutes les deux.
Eva avait été celle qui avait manigancé pour que Meredith se retrouve seule avec Howard à une soirée du début de 5e année après qu'elle ait remarqué les coups d'œil insistants de Howard en direction de la nouvelle batteuse de Gryffondor qui avait réussi à faire tomber Rabastan Lestrange de son balai dès les dix premières minutes de son premier match, faisant rugir d'extase presque l'ensemble de Poudlard.
Eva avait été celle qui était allée voir Meredith pour lui vanter les qualités bien cachées du renfermé Howard Stark, elle qui avait proposé de faire un goûter inter-Maison dans le parc pour ne pas laisser Meredith seule face à Howard après que la Gryffondor lui ait fait part de ses appréhensions, elle qui avait collaboré avec Charlotte et Emmeline pour enfermer Howard dans un placard à balais avec Meredith pour qu'il avoue enfin ses sentiments.
Et Meredith était celle qui avait rassuré Eva après qu'elle ait chuté de son balai lors de ce premier cours de vol fatidique où Eva aurait pu mourir si le professeur n'avait pas été aussi réactif, elle qui avait maintes fois ordonné à Liam Olsen et Steve McAvoy de se taire et leur avait même attribué une queue de cochon lorsqu'ils avaient continué d'imiter la voix aigüe d'Eva lorsque la Poufsouffle avait eu droit à un interro surprise de Slughorn qui en avait assez de l'entendre rire au lieu de travailler en 5ème année, elle qui avait rigolé avec Eva après qu'elles aient toutes les deux raté l'audition pour rentrer dans la chorale de Flitwick en 2ème année.
Les yeux de Meredith glissèrent de l'œil gauche d'Eva à celui de droite comme si la Gryffondor voulait s'assurer que ses paroles aient été comprises et digérées.
« Je ne le dirais pas si je ne le pensais pas alors ne va pas croire que je fasse la faux-cul, dit Meredith, les sourcils froncés des sérieux.
– Tu n'as jamais été une faux-cul, Meredith, souffla Eva, souriant légèrement en se remémorant toutes ces fois où Meredith n'avait pas hésité à hurler le fond de sa pensée malgré les menaces de la personne en face.
– Et par rapport aux raclures du château, j'ai bien remarqué qu'il y a un truc qui se trame entre toi et eux. Vu ta tête, je pense avoir raison, » ajouta Meredith et Eva se força à se détendre.
Elle savait qu'il n'y avait que des Poufsouffles et des Gryffondors dans la salle mais elle dût se retenir de ne pas poser sa main sur son cou.
« Donc ce que je te propose c'est que si tu as besoin de moi pour qu'ils ferment leur grande gueule, je suis ta femme. »
Eva fut prise par surprise par le rire qui s'échappa de sa bouche. Secouant la tête, elle dit à Meredith qu'elle était incroyable.
« Tu crois que c'est pourquoi que Howard me supplie à genoux de bien vouloir le reprendre ? lui répondit Meredith et les deux 7e années échangèrent un sourire amusé.
– Il a toujours été un gars pitoyable, concéda Eva avec un sourire.
– Ça c'est dur de le nier. Mais il est plutôt charmant quand il se prosterne à mes pieds.
– Je suis sûre qu'il sait comment se rendre charmant dans cette position, oui, » plaisanta Eva et Meredith ricana avec appréciation.
Comme si Howard savait qu'elles parlaient de lui, il héla soudainement Meredith sans détacher les yeux de son chandelier qui était à mi-chemin pour devenir une chaise :
« Hé Mer' ! Viens m'aider, tu veux ? Je ne comprends pas pourquoi cette connerie veut pas se transformer correctement, » s'agaça Howard, le front plissé de concentration.
Meredith soupira puis se leva :
« J'y vais, le devoir m'appelle. À plus tard, Eva Brown.
– Au revoir, Meredith Ravencrest, » dit Eva en se concentrant de nouveau sur sa dissertation alors que McGonagall menaçait Howard de lui retirer 15 points s'il n'apprenait pas à s'exprimer correctement.
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Le soir, Akash proposa aux 6e années de les rejoindre dans leur coin réservé de la salle commune pour faire un jeu de société. Ni Isis Amatt ni Audrina Morrison ne décochèrent un seul mot malgré l'entrain de leurs comparses masculins de 6e année qui semblaient être déterminés à alléger l'atmosphère. Pénélope Schoonmaker, elle, fit l'effort de rire à quelques blagues.
À 23h, Eva traîna des pieds jusqu'à sa chambre.
La lumière était éteinte. Les rideaux du lit d'Emmeline et de Charlotte étaient fermés. Eva s'effondra sur son lit, extenuée mais le cerveau en ébullition. À 4h du matin, elle se réveilla, sûre et certaine qu'une main venait de se poser sur sa cuisse par-dessus son drap. Seule sa respiration haletante lui répondit dans les ténèbres de la nuit.
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MERCREDI 16 DECEMBRE.
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À la fin de sa pause de midi, Eva entraperçut pour la première fois de la semaine Sirius et James. Chaque soir dès 18h, chaque élève de Poudlard avait ordre de rester dans sa salle commune sous peine de retenue le reste de l'année scolaire, limitant extrêmement les interactions avec les autres Maisons. Mais depuis la frayeur de Pré-au-Lard, tout le monde était sur le qui-vive d'une nouvelle attaque et c'était pour cette seule raison – et le fait que les vacances de Noël n'étaient plus qu'à quelques jours d'attente – que personne ne rechignait à l'idée de se faire accompagner d'un professeur ou des préfets pour aller d'un cours à un autre.
Mais le groupe de Gryffondors de 6e année ne la vit pas, pris dans la foule qui se dirigeait vers la grande salle alors qu'Eva et Jeff la quittaient.
Eva ne vit que le profil de Sirius de là où elle était mais, à sa vue, elle sentit une drôle d'émotion la prendre à la poitrine : elle eut envie de lui parler.
Sirius avait un air impassible tandis qu'il regardait droit devant lui. Seul James aurait été capable de dire si son meilleur ami l'écoutait réellement. Derrière eux se trouvaient Remus et Peter.
Un élève avança et Eva vit que Mary McDonald était entre les deux garçons. Le visage de la blonde était levé en direction de Remus qui la dépassait de deux bonnes têtes.
Jeff attrapa Eva par la manche de sa robe de sorcière pour l'empêcher de marcher sur l'arrière de la chaussure de Robert Parkinson de 5e année et Eva détourna son regard des Gryffondors.
Poussée par la foule jusqu'au milieu du Hall d'entrée, Eva ne vit pas Sirius tourner soudainement la tête et arpenter du regard la foule entre la Grande Salle et le Hall d'entrée comme s'il cherchait quelqu'un.
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Le mercredi après-midi, professeur MacLeòir leur annonça avec mauvaise humeur que les deux derniers cours de l'année seraient dédiés aux révisions sur les créatures sombres. Sans plus d'explication, leur professeur de Défense fit apparaître ce qui ressemblait à un homme banal. Un craquement et le même homme eut les joues creusées et des yeux blanchâtres, du sang dégoulinant de sa bouche. MacLeòir poussa une exclamation de mépris en réponse aux hoquets de surprise de certains élèves dans la salle de classe.
Eva planta ses ongles dans la paume de ses mains pour se punir de son sursaut, remarquant lointainement Akash et Howard rapprocher leur chaise de la sienne.
Elle revoyait la main de l'Inferi tendue dans sa direction, baignant dans la mare de sang qui se glissait dans le parquet craquelé.
Et lorsque Royce prit la parole pour répondre à la question de professeur MacLeòir sur l'origine des Inferi, Eva eut envie de hurler.
Ce fayot, ce lécheur de couilles, comment osait-il agir si normalement alors qu'il avait paru prêt à la tuer lorsqu'elle avait réussi à contrer ses sortilèges ?
Inconsciemment, Eva fusilla du regard le Serpentard assis au premier rang. Elle continua de le faire même lorsque MacLeòir se désintéressa de lui pour écouter Ronan Parkinson révéler de sa voix douce que le feu était la seule manière d'arrêter un Inferi et qu'il accorda cinq points à Serpentard. Elle le fit si longtemps que quelqu'un d'autre finit par le remarquer.
Eva croisa le regard d'Ava Parkinson et elle s'efforça de détourner les yeux alors que MacLeòir expliquait comment détecter un Inferi.
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« À propos d'Astrid, qu'est-ce qu'il s'est passé une fois que vous êtes partis du bar ? » demanda Eva.
Penchés au-dessus d'une table basse de la salle commune, Eva et Akash tentaient de terminer leur travail respectif – Akash parce qu'il faisait toujours tout au dernier moment et Eva parce qu'il lui restait quelques travaux supplémentaires à terminer avant d'achever sa sentence. Depuis samedi dernier, Akash était devenu l'ombre d'Eva. Une telle proximité aurait dû se terminer depuis bien longtemps par une dispute explosive s'ils n'étaient pas si…calmes. Mais, malgré leur proximité constante, ils n'avaient pas encore discuté d'Astrid Matthews. Eva n'en avait pas eu l'envie même après avoir remarqué les nombreux coups d'œil frustrés d'Akash en direction de la table de Serdaigle lors des repas.
« Elle m'a dit qu'elle m'aimait bien mais que mon meilleur ami était un connard immature, » dit Akash en grattant avec agitation sa barbe sombre qu'il avait rasé avec soin avant son rendez-vous.
Il éclata d'un rire lugubre, un son qui n'aurait jamais dû sortir de la bouche d'un garçon aussi insouciant qu'Akash :
« Se prendre un râteau à cause de son meilleur pote non mais t'y crois toi ? Je sais que la solidarité féminine ça peut aller loin mais faut pas déconner, moi non plus je ne vais pas m'excuser d'avoir Amos comme meilleur pote.
– Elle t'a dit qu'elle ne voulait rien tenter ?
– Pas tant que je traînerais avec Amos.
– Oh…
– Ouais, oh comme tu dis, répéta Akash avec de nouveau ce rire sarcastique qui ne lui correspondait pas. Pour une fois qu'une fille me plaisait vraiment et que c'était réciproque, il a fallu que…, commença à dire Akash mais sa mâchoire se contracta et il ne parut plus vouloir s'épancher sur le sujet et, claquant sa main contre la table basse, il dit : Enfin bref, on s'en fout de ça. »
Eva aurait voulu trouver les mots pour le réconforter. Elle aurait voulu blaguer en lui disant qu'il n'avait pas besoin de chercher l'amour puisqu'il l'avait trouvé dès la 1ère année lorsqu'il avait rencontré Amos mais l'atmosphère toujours aussi pesante de la salle commune ne s'y prêtait pas. De plus, elle se sentait déraisonnablement mal en réalisant que même Akash avait perdu son éternel gaîté. À la place, elle jeta un coup d'œil en direction de la cheminée et y vit Amos et Howard penchés au-dessus de leur carte d'Astronomie. Faiblement, elle demanda à Akash s'il savait ce qu'il se passait entre Amos et Kate Godfried.
Akash poussa de nouveau un rire railleur :
« Disons qu'il n'est pas mieux que moi sur ce coup-là mais tu devras lui demander pour en savoir plus. Je ne sais pas ce qu'il fout avec elle mais vu la gueule qu'il tire, tout ne doit pas être rose entre eux.
– Il ne t'a rien dit ? s'étonna Eva, se remémorant toutes ces fois où Charlotte s'était agacée puisqu'elle n'avait jamais demandé à incorporer Akash dans sa relation avec Amos. Pourtant, vous vous disiez tout avant quand – »
Eva s'interrompit, ne voulant pas envenimer la situation en prononçant le prénom de Charlotte qui se terrait dans son lit après 18h pour n'avoir à parler avec personne. Le confinement forcé de cette dernière semaine aurait dû être l'occasion pour les deux meilleures amies d'enfin parler mais chaque tentative d'Eva s'était vouée par un échec. Au bout de la quatrième tentative, Eva en avait eu assez de recevoir ce regard empli de pitié de la part d'Emmeline qui, elle, ne semblait pas être sur la liste noire de Charlotte et profitait de ce fait pour se terrer dans la chambre et ne pas avoir à subir l'étrange tension entre elle et ses amis Poufsouffles.
Eva s'interrompit mais Akash comprit parfaitement de quoi elle voulait parler. Automatiquement, son expression se tordit en une grimace de colère qui empirait plus Charlotte s'enfermait dans sa carapace. Avant, les disputes constantes entre Charlotte et Akash étaient bon enfant mais, plus le temps passait, plus Akash semblait réellement détester Charlotte et Eva ne savait pas quoi faire de ce constat.
« Avec Tronsky, hein ? la coupa Akash, le visage étonnement dur. Eh bah, après les vacheries qu'elle lui a faites, ça ne m'étonne pas qu'il préfère tout garder pour lui.
– Quelles vacheries ? » demanda lentement Eva.
C'était comme la dernière fois dans l'infirmerie. Eva découvrait qu'Akash qui n'avait jamais su tenir sa langue jusqu'alors lui faisait des cachoteries, des cachoteries qui concernaient Charlotte et ce qu'il s'était passé entre elle et Amos avant leur rupture.
Jusqu'à mai dernier Eva les avait vu filé le parfait amour alors qu'elle sombrait de plus en plus. À l'époque, savoir qu'Amos et Charlotte restaient toujours les mêmes lui avait procuré un mélange de réconfort et de jalousie. Puis, en juin, Eva ne les avait vu que rarement, calfeutrée au fond de l'infirmerie qu'elle était.
Charlotte lui avait souvent rendu visite après que Pomfrey l'y ait autorisé – la seule personne à en avoir le droit pour ne pas brusquer Eva durant sa convalescence. Charlotte arrivait toujours avec des bras remplis de notes pour Eva, la carrure carrée d'Amos à sa suite malgré les grommèlements de Pomfrey qui se turent une fois qu'Eva lui ait assuré d'une voix faible que la présence du garçon ne la dérangeait pas.
« Je ne vais pas laisser une maladie te faire rater ton année, avait haleté Charlotte avant qu'Amos ne réussisse enfin à lui libérer les bras. Et je suis parfaitement capable de porter mes affaires moi-même, avait-t-elle ajouté à l'intention d'Amos qui avait pouffé de rire en levant les yeux au ciel avec exaspération. Il n'y a pas que les accrocs au Quidditch aux biceps inhumains qui peuvent se prévaloir d'être en bonne santé.
– Arrête de faire l'hypocrite, Lottie. Tu peux bien critiquer autant que tu veux mais tes mains, elles, n'arrêtent pas de me caresser mes biceps inhumains dès qu'elles en ont l'occasion. »
Charlotte s'était bien sûr vengée en assénant une claque au biceps en question puis avait commencé à dignement faire une synthèse à Eva de ce qu'elle avait raté en cours, ignorant tout du long les pleurs simulés d'Amos.
Face à eux, Eva avait eu la plus grande peine pour trouver l'énergie de paraître normale.
Dans le train du retour, tout avait paru normal –
Mais fatiguant, si fatiguant. Eva n'était plus habituée à autant d'énergie ni à autant de bruit. Après le choc de voir pour la première fois de sa vie deux Sombrals tirer la calèche, les mains d'Eva n'avaient cessé de trembler. Dans le train, elle avait caché ses mains tremblantes sous son manteau, clamant avoir froid en réponse aux taquineries d'Akash qui avait semblé gagner une dizaine de centimètres depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. Un mois, elle avait été absente un mois mais elle avait l'impression que c'était toute une vie qu'elle avait raté.
– et pourtant, fin juillet, Eva qui alternait entre hurler dans son oreiller, pleurer et courir jusqu'à s'effondrer sur le goudron des rues de son quartier londonien reçut une lettre de Charlotte.
J'ai rompu avec Amos.
Eva n'était pas dans son état normal à l'époque. Des mois plus tard, elle était incapable de dire ce qu'elle avait répondu à la lettre de Charlotte. Elle ne savait plus si elle avait ressenti un quelconque choc à cette nouvelle ou si elle l'avait juste accepté comme une énième mauvaise nouvelle, prise dans ce brouillard apathique qui l'avait suivi jusqu'à la fin de l'été. Elle se rappelait simplement avoir réalisé à la rentrée que plus rien ne serait jamais pareil lorsque Charlotte avait refusé de s'asseoir avec les garçons. Et cette froideur d'Amos…Eva n'avait pas eu l'impression que ce garçon aux cheveux rasés courts et aux yeux si durs était Amos.
« Akash, retenta doucement Eva, de quelles vacheries est-ce que tu parles ? »
Mais Akash se braqua. Elle vit sa mâchoire se carrer et ses yeux s'assombrirent davantage, le signe apparent qu'il ne voulait pas en parler. Mais, même si ça faisait d'elle la pire des hypocrites, Eva avait besoin de comprendre ce qui se cachait derrière le comportement étrange d'Amos et de Charlotte de cette année. Peut-être était-ce un des clés pour comprendre pourquoi Charlotte ne voulait plus lui parler.
« Je ne te dirai rien, Eva. On l'a promis à Amos.
– On ? répéta Eva, interloquée. Comment ça « on » ? Howard et Jeff sont au courant eux aussi ? »
Akash fit une grimace, la preuve irréfutable que la réponse à la question d'Eva était « oui ».
« Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me le dire ?
– Je lui ai promis, dit Akash en relevant enfin les yeux vers elle mais Eva devinait à sa grimace qu'il était mal à l'aise.
– Tu ne sais pas garder des secrets, Akash.
– Et bien celui-ci il vaut la peine que je le garde.
– Quoi ? Tu rigoles ? s'exclama Eva en un rire incrédule. Et quand ça me concerne tu t'en fous de raconter ma vie à tout le monde ?
– Arrête Eva, la coupa Akash en claquant sa langue contre son palais. T'as cette image de moi du mec qui n'a rien dans le crâne mais est-ce que j'ai déjà cafté des trucs vraiment graves, hein ? »
Akash se pencha vers Eva par-dessus la table basse, les yeux flamboyants mais la voix basse :
« Est-ce que j'ai déjà dit quelque chose sur ta mère totalement absente de ta vie ? Ta drôle d'aventure avec Mulciber ? Ta maladie moldue rare qui est sortie de nulle part en juin ? Cet été où tu n'as pas donné le moindre signe de vie ? Ton comportement chelou depuis la rentrée ? Hein ? Je l'ai raconté tout ça ? Non, chuchota-t-il violemment et Eva resta muette de stupeur. Et je ne le raconterai à personne parce que je suis peut-être un con mais je sais au moins comment me comporter comme un bon ami. Et si toi aussi tu es une bonne amie, tu ne me demanderas pas de te raconter les affaires personnelles d'Amos. »
Akash ne lui avait jamais parlé comme ça. Il n'avait jamais dit quoi que ce soit qui laisserait penser qu'il remarquait ce qu'Eva s'était démenée à lui cacher, à lui et à tous ses amis qui lui rappelaient à quel point ils méritaient mieux que ce qu'elle leur offrait.
Déjà Jeff et maintenant Akash. Eva se rendait compte qu'elle avait été si focalisée à les maintenir à distance qu'elle avait commencé à oublier la chance qu'elle avait de les avoir.
« Je…Hum, balbutia Eva, la langue lourde et l'envie de se cacher. Je suis désolée, » souffla-t-elle, plus une supplication qu'autre chose.
Mais Akash n'eut pas la réaction qu'elle pensait. Son quota de sérieux ayant été atteint pour la journée, il éclata de rire et se pencha en arrière en s'appuyant sur ses mains. Il pencha la tête en arrière jusqu'à pouvoir fixer la fresque sur le plafond qui dépeignait de multiples blaireaux de taille et de coloris différents qui arpentaient avec curiosité la forêt dépeinte.
« Pff, pas besoin d'être désolée, pouffa Akash et Eva se demanda un instant si elle avait rêvé l'intensité dans son regard une minute plutôt. Tout le monde a le droit d'avoir ses secrets. J'ai gardé pour moi mes problèmes d'éjaculation précoce pendant un moment d'ailleurs et heureusement. Comme ça j'ai pu régler le problème tout seul sans me mettre la pression à cause des moqueries des mecs.
– Akash ! hoqueta Eva en lui lançant un regard incrédule qui le fit rire de nouveau.
– Quoi ? se défendit-il entre deux éclats de rire. Ça ne te convient pas que je te dévoile un de mes plus sooombres secrets pour me faire pardonner d'avoir cafté ton béguin pour Teddy Tonksie ?
– T'es pas croyable.
– Je sais, si je n'existais pas il faudrait m'inventer, » rétorqua Akash avec son sourire malicieux insupportable.
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JEUDI 17 DECEMBRE.
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Le jeudi matin, Eva put enfin prendre part au cours de Sortilèges. Sa baguette ne lui transmettait plus de décharge électrique lorsqu'elle tentait quelques simples sortilèges mais, à la place, l'accueillait avec une chaleur réconfortante qui fit sourire Eva pour la première fois de la semaine. Flitwick passa brièvement pour la prévenir de ne pas trop forcer.
Plus tard, en cours de Potions, Eva ne put s'empêcher de remarquer l'air éreinté de Slughorn. Si las semblait-il qu'il ne dit rien lorsqu'Akash bouscula sans faire attention le chaudron de Lizzie et de Jeff. Le professeur continua de critiquer la potion d'Ava Parkinson et de Royce, faisant l'oreille sourde alors que Lizzie Lestrange demandait furieusement à Akash si ses parents lui avaient appris à marcher ou s'il était juste débile mentale.
Après qu'Akash soit parti rejoindre Karen Dunn qui restait toujours cloîtrée dans son silence malgré les piques sarcastiques de son partenaire de Potions, Eva ne put s'empêcher de continuer à lancer des regards discrets en direction de la table de Lizzie Lestrange et de Jeff. Elle ne pouvait s'empêcher d'analyser leurs interactions. Elle n'arrivait pas à comprendre comment elle n'avait pas remarqué ce rictus amusé sur le visage de Lizzie Lestrange qui distillait les ingrédients dans la potion tandis que Jeff se chargeait d'écraser les trèfles, leur bouche respective se mouvant à intervalle régulière. De là où elle était, Eva était incapable d'entendre ce qu'ils se disaient.
Incidemment, Evan Rosier n'était pas inscrit au cours de Potion avancée.
« Tiens, tu espionnes Lizzie maintenant ? lui dit Oliver Avery, penché au-dessus de leur chaudron tandis qu'Eva était reléguée à découper leurs ingrédients depuis que le blond de Serpentard avait jugé qu'elle était une menace pour sa séquence de notes parfaites. As-tu peur qu'elle te vole ton indien ? plaisanta-t-il en lui adressant un sourire moqueur. Je pense que tu n'as pas trop de soucis à te faire. Collant qu'il est à ton égard, cela ne m'étonnerait même pas de le voir bientôt essayer de te monter tel un centaure en chaleur. »
Eva adressa une grimace répugnée à Oliver Avery dont le sourire en coin ne fit que s'accentuer en réponse.
« Tu me dégoûtes.
– On dirait que j'ai touché un sujet qui fâche, répondit avec amusement Oliver, une goutte de sueur glissant de sa tempe jusqu'à sa joue à cause de la chaleur humide de la salle.
– Contrairement à toi, mes relations sont saines.
– Vraiment ? s'amusa Oliver en arquant un sourcil dans sa direction avant de délicatement remuer la potion pour que la bave de Véracrasse diluée se mélange correctement. Pourtant, j'ai bien l'impression qu'aucune de tes deux meilleures amies ne t'adresse la parole.
– Tais-toi Oliver. »
À l'entente de son prénom, le sourire moqueur d'Oliver Avery prit une tournure plus sincère qui, bien loin d'émouvoir Eva, lui donna envie d'enfoncer le visage du Serpentard dans la potion bouillante. Sa vie n'était pas un jeu, les fractures que causaient les actions des Serpentards sur ses amitiés n'étaient pas drôles. Elle en avait assez qu'Oliver la prenne pour son jouet.
« Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu mon prénom de ta bouche, dit-il, l'air ravi. Ça m'avait manqué. »
Si Eva pouvait remonter dans le temps, elle effacerait ses rires à chacune des blagues d'Avery, elle s'empêcherait de glisser des regards admiratifs dans sa direction lorsqu'il réussissait sa potion dans la moitié du temps impartie, elle refuserait de danser avec lui au bal d'Halloween de 5e et 6e année et elle piétinerait toute forme d'attirance à son égard.
Elle avait honte de tous ces moments passés à rêvasser au sujet du Serpentard qui avait pris l'habitude de se pencher vers elle pour lui chuchoter une plaisanterie à partir de la 5e année jusqu'aux vacances de Noël de 6ème année. À une période, elle avait presque cru qu'ils étaient des amis – qu'ils étaient à deux doigts de devenir plus – mais après toutes ces fois où Eva l'avait supplié du regard de l'aider alors que Mulciber lui chuchotait des menaces à l'oreille et qu'il s'était détourné, après son implication dans les évènements du vendredi 29 mai, Eva le haïssait. Il n'était qu'un lâche de plus, un connard qui avait remplacé ses plaisanteries innocentes pour des menaces susurrées avec amusement.
Eva ne savait pas qui était le réel Oliver Avery mais une chose était sûre : celui qu'il lui montrait la répugnait.
« J'espère sincèrement que tu ne montreras pas ta pourriture à Sophia Rockwood. Si elle te voyait telle que tu es, je ne pense pas qu'elle pourrait un jour t'aimer. »
Et Eva n'avait jamais été le genre de personnes à vouloir blesser par ses mots mais, cruellement, elle espéra que ses paroles le blesseraient. À 15 ans, Eva avait jalousé la jeune fille de trois ans de moins qu'elle. Elle s'était même rassurée en se disant que jamais Oliver ne s'intéresserait à la timide Sophia Rockwood qui n'osait pas sourire à cause de ses dents du bonheur. Plus de deux ans plus tard, Eva avait pitié de la jeune fille de 5ème année qui souriait à pleine dents au bras de la stoïque Orpha Malefoy. Eva n'était pas sûre que la jeune Serpentarde garderait son sourire une fois qu'elle réaliserait qu'Oliver Avery n'était pas le prince charmant dépeint si mielleusement dans Poud'news.
Mais malgré ses paroles blessantes, le sourire d'Oliver Avery ne ternit pas même si l'émotion dans ses yeux clairs disparut. Un parfait pion incapable de révéler ce qu'il ressentait réellement sous sa carapace. Jamais Eva n'avait eu autant envie de faire disparaître un sourire.
« Tu as toujours su trouver les bons mots pour me toucher, Eva. Mais – »
La main d'Avery se tendit au-dessus de la fumée de leur chaudron partagé et Eva s'immobilisa, s'imaginant toute la douleur qu'il pourrait lui faire endurer sans que personne ne le remarque.
« – apprends à te contrôler. Si tu me parles de nouveau comme ça, je serai obligé de te corriger même si c'est la dernière chose que je souhaite faire. »
Tendrement, Oliver glissa derrière son oreille une mèche qui s'était échappée de son chignon. Les yeux écarquillés, Eva l'observa se reculer.
Avery lui adressa un sourire doucement affectueux avant de se concentrer de nouveau sur leur potion, inconscient des palpitations du cœur d'Eva.
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Avec son pied, Eva poussa derrière elle la porte de la salle de potion pour n'entendre plus que la murmure de la voix de Slughorn et d'Amos.
Akash avait disparu en vitesse en clamant avoir une envie pressante et Jeff était parti en avance après avoir été l'un des premiers à terminer sa potion, la manière dont il tenait son bras révélant qu'il allait faire un saut à l'infirmerie. Eva avait donc naturellement choisi d'attendre Amos qui lui avait dit vouloir parler à Slughorn avant de déjeuner, ignorant royalement Kate Godfried qui passait derrière lui en discutant avec Marlène McKinnon de la difficulté de maintenir le chaudron à la bonne chaleur pour faire fondre correctement des bouts de persil dans la potion.
Eva rajusta la bretelle de son sac sur son épaule puis passa son bras sous l'épaisseur de ses cheveux pour les ramener contre son torse, aérant ainsi son cou en sueur. Suite au geste familier d'Oliver Avery, Eva avait détaché ses cheveux, soucieuse de cacher son cou malgré la chaleur suffocante.
Ce matin, elle avait enfin décidé de se séparer de son écharpe et, en moins d'une minute, le Serpentard avait réussi à détruire le résultat d'une semaine de reconstruction.
« Putain de cheveux, je devrais me raser la boule à zéro pour avoir enfin la paix, » marmonna hargneusement Eva en s'essuyant son cou en sueur.
Mais lorsqu'Eva releva les yeux, elle eut la surprise de remarquer qu'elle n'était pas seule. Immobile, elle fixa le brun en face d'elle qui l'observait d'un air amusé.
Dans sa cage thoracique, son cœur rata un battement traître.
« Je ne suis pas sûr que ton crâne ait les bonnes proportions pour que tu l'affiches à la vue de tous. Libre à toi de prendre ma remarque en considération bien sûr, Evans m'a fait remarquer que j'avais très mauvais goût, » plaisanta la voix reconnaissable de James.
Eva réalisa que Sirius n'était pas seul. Non, James était assis à ses pieds et, à en juger par le vif d'or dans sa main, ça faisait un moment qu'ils attendaient sa sortie.
« Qu'est-ce que vous faites là ?
– Tu pourrais avoir l'air plus heureuse de nous voir, tu sais, s'amusa James en relâchant le vif d'or qu'il rattrapa trois secondes plus tard le frimeur. Ce n'est pas comme si on n'attendait pas depuis dix minutes que tu sortes enfin.
– Tu as été retenue par Slughorn à la fin du cours ? renchérit Sirius et, contrairement à James, son sourire moqueur n'agaça pas Eva mais lui donna plutôt l'impression d'être de nouveau dans la chaleur de la salle de Potions. Il n'y a pas de mal à ça. Je comprends bien que sans une séance de révision avec moi tu puisses avoir du mal à suivre le rythme.
– Toi, tuteur ? répéta James en éclatant de rire, le visage levé vers son meilleur ami qui, adossé contre le mur et illuminé par les torches des cachots, faisait tambouriner le cœur d'Eva.
– Ne rigole pas. Rien que le mois dernier, j'ai appris à Queudver à compter jusqu'à dix en français, à Remus comment nouer un nœud de papillon et à Eva comment être une bonne élève, termina Sirius et, sur ces mots, ses yeux pétillants de malice se posèrent de nouveau sur Eva : Enfin, c'est toujours en cours. Eva a du mal à se plier aux injonctions de ses professeurs aussi parfaits soient-ils.
– Tu m'en diras tant, s'amusa James en s'appuyant contre le mur pour se relever. J'essaye depuis des années de lui faire comprendre que le Quidditch est le meilleur sport au monde mais elle continue de me parler de son football. Rien qu'avec un nom pareil on comprend qu'il n'y a pas de comparaison à faire. Entre jouer avec ses pieds et sur un balai, les plus sensés choisiront la deuxième option. Hormis les fétichistes des pieds, bien sûr. Est-ce que les moldus sont des fétichistes des pieds, Eva ? »
Ce ne fut que l'habitude qui lui fit répondre à James :
« Tu es aussi stupide qu'au jour de ta naissance.
– Excuse-moi. Dès la naissance, j'ai commencé à parler tel un adulte. La sage-femme a même été impressionnée par la qualité de mon vocabulaire, mentit James en bombant le torse.
– Laisse-moi deviner. Tu as demandé à ta mère où était le balai le plus proche ? dit Eva et son commentaire lui valut le rire des deux Gryffondors.
– Et tu lui as demandé quand est-ce que tes cheveux pousseraient, non ? renchérit Sirius. Je comprends ton inquiétude, avec un crâne si hideux, mieux valait le cacher le plus rapidement possible sous toute cette broussaille. »
Avec un « hé ! », James donna un coup de poing à l'épaule de Sirius qui répondit immédiatement par une claque dans le ventre de James. Discrètement, Eva donna un coup de pied à la porte derrière elle pour que le manque de discrétion des deux Gryffondors n'interrompe pas la discussion d'Amos.
Un petit peu lasse, un petit peu amusée, Eva observa les deux Gryffondors commencer un semblant de bagarre, s'observant en chien de faïence pendant de longues secondes avant que l'un deux ne bondisse en avant pour frapper l'autre avec un claquement sonore qui fit écho dans les cachots.
Elle ne les avait pas vu de la semaine et tant de normalité lui fit oublier pourquoi est-ce que l'idée de parler à James l'avait tant inquiété et pourquoi elle avait paniqué à l'idée de faire face à Sirius, réalisant qu'elle lui avait révélé beaucoup trop de ses morceaux cassés. Qui voudrait d'une personne aussi fragile sur qui on ne pouvait pas compter ?
Après une claque de Sirius sur la cuisse de James, les deux garçons se redressèrent. Ils se fixèrent en plissant les yeux, puis, sans qu'Eva ne comprenne pourquoi, ils s'avancèrent pour se serrer la main. Tant de comédie leur aurait valu un commentaire moqueur de la part d'Eva mais elle était si… Elle ne se sentait toujours pas d'humeur à plaisanter.
« Excuse-nous pour cette interlude, Patmol avait besoin que je lui apprenne une bonne leçon, » déclara pompeusement James en se tournant vers elle.
Avec un pouffement de rire, Sirius poussa l'épaule de James et le dépassa. Les bras d'Eva se crispèrent sur sa poitrine lorsqu'elle le vit se rapprocher d'elle. Sirius tendit sa main et –
Il fit glisser la bretelle du sac d'Eva jusqu'à son coude.
Eva ignora la déception qui la prit alors que Sirius l'observait, la tête penchée vers elle et un sourire en coin éclairant son visage. Sans un mot, Eva délia ses bras et il lui prit son sac des mains, conscient ou inconscient des battements frénétiques du cœur d'Eva à sa proximité elle ne saurait le dire.
Sirius se recula d'un pas et Eva se força à détacher son regard du sien pour écouter James :
« Tu as bien reçu la lettre de maman ? Tu as été formellement conviée à passer Noël aux côtés de Sir Fleamont Potter et Lady Euphémia Potter. J'espère que tu leur as préparé un très beau cadeau de remerciement pour cet honneur qu'ils te font.
– Tu es venu pour me dire ça ?
– Tête en l'air que tu es, je préférais m'assurer que tu n'avais pas oublié comme tu as oublié de répondre à la dernière lettre de maman, » dit James et, malgré son ton taquin, Eva sentit son ventre se nouer de culpabilité.
La lettre d'Euphémia qu'elle avait reçu dimanche matin était restée sous son oreiller, pliée à force de l'avoir relue mais restée sans réponse.
James m'a prévenu et je viens de lire la Gazette. Est-ce que tu vas bien ? Si tu as besoin de moi, je peux faire un saut en cheminée dès maintenant. Albus n'y verra aucun inconvénient.
« Du thé de chez Madame Bettencourt suffira, continua James face à la grimace maladroite d'Eva. Ce sont des vieux croulants, ils adorent qu'on leur offre la même chose dix ans d'affilée.
– Je sais, oui, sourit faiblement Eva. C'est ce que je leur ai donné à Noël l'année dernière.
– Pas étonnant que tu aies mes parents dans la poche, s'amusa James. Fayotte va.
– Pas la peine de faire ton jaloux, Cornedrue, intervint Sirius. Contrairement à toi, Eva sait faire des choix prudents. En même temps, tu as vraiment cru qu'offrir de la crème anti-ride à ta mère pour son anniversaire allait lui faire plaisir ? demanda Sirius et, indéniablement coupable, James éclata de rire.
– Ça leur a rendu service à tous les deux ! Maman a arrêté de se plaindre de ses rides et Papa a pu voir ce que développait ses concurrents, se défendit James en continuant de rire face aux sourcils haussés de Sirius. Grâce à moi, il n'a pas eu à débourser son argent pour obtenir le produit de ses concurrents !
– Et toi non plus, Cornedrue, » railla Sirius et, à leur sourire complice, Eva comprit que les deux Gryffondors cachaient encore d'autres absurdités.
Pourtant, les voir si complices ne la dérangeait pas. Il y a un an encore elle aurait été jalouse de l'aisance avec laquelle James et Sirius communiquaient – parfois même sans un mot. À l'instant présent, elle appréciait de n'être qu'une spectatrice muette qui n'avait pas besoin de dépenser la moindre énergie pour trouver un commentaire amusant. Si elle allait à Noël chez les Potter, elle n'aurait pas Sirius pour distraire James. Il ne la laisserait pas s'enfermer dans son silence et elle ne savait plus si ce constat la soulageait ou l'effrayait.
« Chut ! siffla James entre ses dents comme s'il y avait quelqu'un d'autre qu'eux dans le couloir des cachots. Pas si fort ! En affaires, on n'échange pas ses astuces. Encore moins avec les blaireautes, » ajouta-t-il en jetant un regard à Eva qui leva les yeux au ciel en réponse.
Mais sans aucune considération pour les instructions de James, Sirius se pencha vers Eva pour lui chuchoter à l'oreille le secret de son meilleur ami :
« Lucy lui a donné gratuitement des produits Emerson en échange d'un peu de tutorat en Métamorphose, lui murmura les lèvres souriantes de Sirius qui laissèrent derrière elles un frisson irrépressible. Son père est à la tête de l'entreprise.
– Patmol, sale cafteur ! Ne le dis pas à Eva, elle va le répéter à Papa ! s'exclama James et il attrapa l'épaule de Sirius pour le tirer en arrière, libérant Eva de la chaleur émanant du corps de ce dernier.
–T'inquiète Cornedrue, dit Sirius en rajustant sur son épaule la bretelle du sac d'Eva qui se mêlait à celle de son sac. Eva est parfaitement capable de garder des secrets, » ajouta-t-il et, face à la lueur de défi dans ses yeux, les bras d'Eva se crispèrent davantage sur sa poitrine.
Mais elle n'eut pas le temps de réagir. La porte à côté d'elle grinça et Amos haussa les sourcils en voyant qui tenaient compagnie à Eva. Il lui jeta un regard interrogateur et Eva haussa les épaules :
« Potter, Black, les salua lentement Amos. Vous avez réussi à échapper à la surveillance de vos préfets ? Ça m'étonne de la part d'Evans. D'habitude elle ne te quitte pas des yeux, Potter.
– Eh bien, un sortilège de camouflage et un meilleur ami préfet offrent une très bonne diversion, répondit James avec un petit air arrogant qui fit renifler dédaigneusement Amos.
– J'imagine bien. Et donc, tout ce que vous trouvez à faire pendant votre moment de rébellion c'est d'harceler Eva ? dit platement Amos en adressant un regard blasé à la jeune fille en question. Et où est ton sac, Eva ? Tu l'as oublié dans la classe ? »
Depuis le week-end dernier, Amos alternait entre un mutisme morose et une inertie perturbante. Même James parut remarquer que son adversaire de Quidditch n'était pas dans son état normal car il fronça les sourcils et perdit son air espiègle.
Eva se racla la gorge et informa Amos que Sirius lui avait pris son sac.
« Black. T'essayes de te rattraper d'avoir été incapable de la protéger ?
– Amos ! hoqueta Eva, ne comprenant pas d'où venait cette soudaine malveillance alors qu'Amos avait été si calme cette semaine.
– Hé, mec ! gronda au même instant James, les traits subitement durs. Je sais pas quel est ton problème exactement mais ne t'avises pas de balancer des conneries pareilles sans que je te reprenne.
– Mais c'est vrai, non ? Qu'est-ce que vous avez fait depuis votre perchoir l'autre jour ? À ce que je sache il n'y a qu'Evans qui a – »
Eva ne pouvait pas le laisser dire un mot de plus. Soudainement éveillée pour la première fois de la semaine, elle attrapa le bras d'Amos et tira jusqu'à ce son épaule se baisse dans sa direction.
« Amos. Arrête, lui ordonna-t-elle avec des yeux flamboyants et, en réponse, l'éclair de surprise dans le regard d'Amos disparut derrière ce mur derrière lequel il se cachait depuis presque une semaine.
– C'est la vérité, Eva. Où est-ce qu'ils étaient pendant que Jeff et t–
– Arrête, répéta-t-elle, sentant une boule traitresse lui obstruer la gorge. Tu ne sais pas comment – »
Ils hurlaient, ils hurlaient des sortilèges mais rien ne l'arrêtait. Eva lui trancha la main et celle-ci continua de les poursuivre. Lily Evans l'emprisonna dans un mur de glace mais il s'en défit. Jeff cria de douleur, Eva hurla sa peur mais il – il
« Tu n'étais pas là, Amos, chuchota Eva entre des dents serrées, plus que consciente des regards posés sur elle. Ne juge pas les autres pour ce qu'ils ont essayé de faire. »
Eva lâcha le bras de son ami et Amos se redressa, une émotion complexe – du désespoir, de l'embarras, de la frustration – se livrant bataille sur son visage. Eva s'en voulut soudainement de ne pas avoir tenté d'arracher Amos à ses pensées sombres, tentant désespérément de ne pas être submergée par les siennes.
Dis-lui d'aller voir Chourave. Tu n'es pas capable de lui faire voir raison, pensa-t-elle en se fustigeant de son égoïsme car elle n'avait pas eu la force de se préoccuper de quelqu'un d'autre qu'elle.
« Il a raison, intervint Sirius, lui valant le regard incrédule de James et d'Eva qu'il ignora, les yeux fixés sur Amos qui l'observait en retour avec prudence.
– Patmol, tu ne –
– Il a raison, répéta Sirius et la bouche de James se referma en réponse à un regard de Sirius. Je n'ai servi à rien l'autre jour. J'en suis conscient. »
Mais contrairement à James, Eva ne comptait pas le laisser dire une seule ineptie de plus :
« Ne dis pas des conneries pareilles ! s'insurgea-t-elle et les trois garçons lui adressèrent des regards surpris, ayant perdu l'habitude de l'entendre hausser la voix. Dans ce genre de situation, il n'est pas question de servir à quelque chose, répéta-t-elle avec mépris en fusillant du regard Sirius qui semblait abasourdi. Personne n'aurait pu imaginer qu'un Inferi viendrait ! Et pas même des simulations de duels en cours de Défense peuvent préparer à une situation pareille alors arrête de te prendre pour la réincarnation de Godric Gryffondor ! Même lui se serait pissé dessus à notre âge face à un mort-vivant ! »
Puis, furieuse, Eva s'avança et reprit son sac des mains de Sirius qui ne broncha pas. Il continuait de l'observer avec des yeux ronds, comme s'il la découvrait pour la première fois. Face au silence que son discours enflammé avait causé, Eva sentit la honte commencer à monter mais elle refusait de baisser les yeux face à ces garçons idiots qui semblaient penser que c'était si simple de devenir les héros vaillants d'un conte pour enfant.
Eva n'était pas une Gryffondor, elle ne s'était jamais faite d'illusion sur sa grandeur, mais elle n'éprouvait aucune fierté en sachant qu'elle avait réussi à ralentir un tant soit peu un Inferi. Non, elle était consciente que ce n'était que ses expériences malheureuses avec les Serpentards qui lui avait permis de réagir si rapidement et si brutalement. Et elle n'était pas une demoiselle en détresse, elle n'avait pas besoin de Sirius, de James ou d'Amos pour la protéger ni qu'ils s'accusent mutuellement si elle était blessée. Si la peur les paralysait, elle se chargerait de les protéger par elle-même. Et, s'ils se lançaient la tête la première dans la bataille, elle les épaulerait du mieux qu'elle pourrait.
« Tu …, commença à dire Sirius et Eva ne l'avait jamais entendu perdre ses mots.
– Quoi ? s'exclama Eva, commençant à se sentir embarrassée par la façon dont il la regardait en clignant à peine des yeux.
– Godric Gryffondor a gagné son premier duel contre une banshee à ses quinze ans, » dit Sirius et Eva eut l'envie soudaine de le frapper.
Ce crétin ne trouvait que le moyen d'étaler sa culture ! Ce n'était pas la partie de son discours sur laquelle il fallait s'attarder ! Qu'en savait-elle d'à quel âge Godric Gryffondor avait débuté son épopée légendaire ? Eva n'avait pas lu sa biographie !
« Oh va te faire foutre, » s'énerva Eva, resserrant sa prise sur la bretelle de son sac qui gisait actuellement sur le sol dallé.
Sirius cligna enfin des yeux avant de les fermer. Il secoua la tête :
« Ce n'est pas ce que je voulais dire, expira-t-il en grimaçant légèrement, la main posée sur sa nuque.
– Alors dis ce que tu voulais dire !
– Il a également battu Edouard Le Conquérant à ses seize ans.
– Je ne vais pas rester ici si c'est pour recevoir un cours d'histoire.
– Et Edouard Le Conquérant avait une vingtaine de sorciers maléfiques dans son armée.
– Amos, viens on part ! s'exclama Eva en tournant les talons.
– Attends, ce que je voulais dire c'est que – »
Eva se retourna abruptement et ses cheveux détachés volèrent dans les airs à ce soudain revirement. Mais lorsqu'elle posa ses yeux énervés sur Sirius, la bouche de celui-ci se referma. Il l'observa sans un mot, un muscle dans sa mâchoire se contractant alors qu'il tenait toujours sa nuque.
« Est-ce que tu es incapable de terminer une seule phrase lorsqu'elle ne fait pas l'éloge de Godric Gryffondor ? »
Sirius relâcha sa nuque. L'air soudainement grave, il s'avança vers Eva, laissant derrière lui James qui lui lançait un regard incrédule et Amos qui l'observait avec des sourcils froncés.
« Qu'est-ce que tu fais ? s'agaça Eva en éloignant son bras face à la main tendue de Sirius.
– J'essaye de te reprendre ton sac, lui dit-il platement, le buste toujours penché vers elle.
– Pourquoi ?
– J'en ai envie.
– Pourquoi ?
– Les astres se sont alignés correctement, répondit-il, les yeux plongés dans les siens et Eva ragea intérieurement contre le tremblement de son cœur.
– Tu mériterais que je te frappe, lui dit-elle et, en réponse, Sirius gigota ses doigts toujours tendues dans sa direction.
– Tu peux me frapper si en échange tu me donnes ton sac, dit-il avec le plus grand sérieux.
– Sirius. Pourquoi. Veux. Tu. Mon. Sac ? demanda-t-elle en articulant bien chaque mot, cherchant avec frustration une réponse dans ces yeux gris qui ne devraient pas avoir le droit de faire tambouriner son cœur juste à cause de leur couleur et de leur proximité.
– Donne-le, lui ordonna Sirius alors qu'une porte des cachots grinçait derrière son dos.
– Je vais te t –
– Hum, excusez-moi ? les interrompit une voix mal assurée. Je ne suis pas sûr que vous ayez le droit de traîner dans les couloirs sans un accompagnateur ? »
Sirius profita de la distraction d'Eva pour lui reprendre son sac.
Si les yeux gigantesques d'Archibald Stinchcombe ne clignaient pas actuellement dans sa direction, Eva n'aurait pas hésité à donner un coup au Gryffondor pour reprendre son sac. Mais, il y avait un professeur derrière le dos de Sirius et, même si l'air débraillé de celui-ci rendait difficile le fait de le prendre au sérieux, Eva ne voulait pas attirer son attention. Surtout alors que, comme l'avait relevé l'assistant de Potions qu'elle n'avait jamais eu en cours, leur groupe était en tort puisque les élèves de Poudlard n'avaient plus droit de se promener sans être accompagné d'un préfet ou d'un professeur. Les 7e année avaient bien sûr plus de liberté comme ils étaient majeurs mais cela ne les excusait pas entièrement.
« Eh bien, est-ce que l'un d'entre vous est un préfet ? reprit Archibald Stinchcombe lorsque seul le silence lui répondit. Je sais bien que messieurs Potter et Black ne le sont pas mais peut-être que vous en êtes un, monsieur… ? »
Tout en rajustant ses imposantes montures sur son nez, le professeur Stinchcombe adressa un regard interrogateur à Amos qui le dépassait d'une bonne tête et dont les biceps devaient faire la taille de la tête du professeur au corps frêle.
« Non, professeur, répondit finalement Amos d'une voix grave après un instant de silence gênant. J'avais une entrevue avec professeur Slughorn et Eva a voulu me tenir compagnie, ajouta Amos en désignant du menton Eva qui se tenait plus loin dans le couloir, le coude de Sirius frôlant le sien.
– Eva ? » répéta le professeur, l'air intimidé par la mauvaise humeur d'Amos qui, les bras croisés sur sa poitrine, n'avait pas baissé les yeux malgré leur différence de taille.
Si McGonagall avait été présente, elle aurait déjà retiré des points à Amos pour son attitude.
« C'est moi, professeur, » intervint Eva avec un sourire forcé en levant sa main et, à son geste, Sirius pouffa de rire à côté d'elle.
Si Archibald Stinchcombe, assistant de Slughorn depuis la rentrée, n'était pas là, Eva n'aurait pas hésité à enfoncer son coude dans la côte de Sirius.
« Oh, dit le professeur en paraissant surpris de la voir alors qu'il avait pourtant déjà relevé la présence de Sirius à côté d'elle. Oh vous – »
Son trousseau de clés qu'il tenait dans sa main tomba par terre dans un tintement de métal. Le professeur poussa un juron et tenta de se baisser mais des parchemins s'échappèrent de son sac à bandoulière à son geste. Sentant la catastrophe, James se baissa pour rattraper les affaires de son professeur qui le remercia en bredouillant.
C'était la première fois qu'Eva posait réellement les yeux sur l'assistant de Slughorn. À la rentrée, elle avait été trop concentrée à paraître normale pour porter de l'attention au jeune adulte en période d'essai après obtention de son diplôme de Potionniste que Dumbledore présentait. Elle ne l'avait pas non plus croisé alors que sa salle de cours était pourtant en face de celle de Slughorn qui lui avait délégué l'apprentissage des élèves qui ne passaient pas leurs BUSES ou leurs ASPICS.
Comme lui avait soufflé à l'oreille Emmeline au début de l'année, Archibald Stinchcombe était curieusement débraillé pour un professeur. Sa robe de sorcier était déboutonnée, laissant à la vue de tous sa chemise froissée et tâchée qui dépassait de son pantalon. Sa cravate était mal nouée et beaucoup trop longue pour que ce soit convenable. Son visage pâle strié de taches de rousseur et ses cheveux hirsutes lui donnaient un air juvénile.
Le premier réflexe d'Eva fut de se dire qu'il devait avoir du mal à se faire respecter, encore plus par des énergumènes comme James ou Sirius que même McGonagall n'arrivait pas à contrôler.
« Vous devriez être plus prudent, professeur. Le professeur McGonagall a déjà retiré des points à Remus pour avoir abîmé ses clefs quand il surveillait une retenue, disait James, son intervention étant assez pour qu'Eva comprenne qu'en effet le jeune professeur devait avoir la vie dure avec de tels énergumènes.
– C-c'est vrai ? » s'inquiéta le professeur Stinchcombe.
James éclata de rire et Eva aurait voulu lui coller sa langue à son palais pour son insolence. À côté d'elle, Sirius pouffa de rire discrètement et, cette fois-ci, Eva n'hésita pas à lui donner un coup de coude.
« Non professeur, je rigole, rit James. Mais vous devriez faire attention à ne pas perdre votre trousseau. J'ai déjà vu McGonagall disputer Flitwick parce qu'il avait égaré les siennes.
– Vraiment ? dit le professeur en rajustant ses verres qui lui agrandissaient exagérément ses yeux marrons.
– Oui, vraiment. Mais heureusement, le trousseau de clés du professeur Flitwick a mystérieusement réapparu sur son bureau peu après, » révéla James et, à son sourire, Eva eut le soupçon que James soit lié à cette disparation momentanée des clés de Flitwick qui était pourtant très soigneux avec ses affaires.
Pendant qu'ils discutaient, le duo d'élève et de professeur séparés par un faible nombre d'années s'avancèrent dans le couloir. Par-dessus l'épaule de James, Eva adressa un regard interrogateur à Amos qui haussa les épaules en réponse.
De toute façon, ils avaient eux aussi prévu de monter à la grande salle pour déjeuner.
Leur étrange groupe monta les escaliers et, comme à son habitude, James grimpa deux marches en même temps au lieu d'une. Eva se retrouva avec le professeur Stinchcombe à sa droite.
« Je – je suis étonné que l'appel de la faim ne vous a pas fait courir jusqu'à la Grande Salle, fut la phrase avec laquelle le professeur ouvrit la discussion et Eva lui offrit un sourire distrait, ne sachant pas si elle était agacée que le coude de Sirius ne cesse de frôler le sien. Je me rappelle encore de ce que ça fait d'avoir 17 ans. On est constamment affamé à cet âge-là, dit le professeur en adressant un sourire à Eva.
– Vous étiez à Poudlard en tant qu'élève il n'y a pas si longtemps, professeur ? » s'enquit poliment Eva en donnant un coup d'épaule à Sirius pour qu'il se recule.
Elle l'entendit rigoler dans sa barbe et elle se retint de le pousser de nouveau. Elle n'était pas assez inconsciente pour le pousser trop violemment alors qu'ils grimpaient les escaliers menant à la grande salle.
« Oh, il y a maintenant cinq ans, Miss Brown. Je ne pense pas que vous puissiez vous rappeler de moi, j'étais très discret, dit le professeur avec un rire maladroit, rajustant la bandoulière de son sac alors que les parchemins dans celui-ci penchaient dangereusement. Mais vous devez vous rappeler des jumeaux Prewett, ils étaient les plus populaires de mon année. »
Oh oui, Eva se rappelait des jumeaux Prewett. L'un d'entre eux était même préfet et Eva avait plus d'une fois entendu Ted Tonks se morfondre sur la décision de Dumbledore de donner le badge à une personne si irresponsable. Eva avait même été sujette à leurs taquineries lorsque les deux Gryffondors avaient eu vent de son amourette pour Ted Tonks, le préfet de Poufsouffle d'un an leur aîné qui essayait vainement de les canaliser.
« Oui, je me rappelle d'eux. Étiez-vous à Gryffondor tout comme eux, professeur ?
– Oh, non non, bien sûr que non. Gryffondor ne me correspondait pas du tout, j'étais à Serdaigle, révéla le professeur avec un petit rire dépréciateur alors que James se retournait pour murmurer par-dessus son épaule « fa-yotte » à Eva. Certains diraient qu'il n'y a pas plus ennuyant comme Maison mais elle a son charme. Le concours d'éloquence auquel se prêtent les aigles chaque année est un exemple.
– Et avez-vous déjà gagné le concours, professeur ? » s'enquit James, attirant l'attention du professeur.
Mais Eva ne prêta pas attention au bégaiement du professeur en réponse car des doigts venaient d'effleurer les siens avant qu'ils ne se saisissent doucement d'eux.
Eva n'osa pas tourner les yeux en direction de Sirius à sa gauche qui venait nonchalamment de lui attraper la main, la bandoulière de son sac se mêlant à la sienne sur l'épaule du Gryffondor.
Ne – ne réagis pas. C'est toi qui l'attrapais par la main avant. Calme-toi, s'ordonna Eva alors que le professeur expliquait avoir passé une nuit blanche en 6e année pour préparer son texte pour la finale du concours dont le sujet était « Vaut-il mieux une douce guerre qu'une paix sanglante ? ».
« Et quelle était votre réponse, professeur ? demanda Amos, rappelant à Eva que celui-ci était derrière elle et qu'il devait sans aucun doute avoir vu ce qui se passait entre elle et Sirius.
– Oh, hum, avoir une douce guerre n'est-elle pas la meilleure alternative ? »
Mon dieu, il fallait qu'elle cesse de penser à la chaleur de la main de Sirius sinon la panique allait lui rendre les mains transpirantes. Mais allait-il bientôt la lâcher ? Ils arrivaient bientôt dans le hall d'entrée, ils ne restaient plus que quelques marches à peine. Eva pouvait entendre d'ici le brouhaha s'échappant de la grande salle.
« Quelle est l'utilité d'une guerre douce de toute façon ? dit sombrement Amos en dépassant Eva qui avait ralenti. Si personne ne s'implique alors personne ne prend le dessus. Autant d'instabilité vire toujours à une paix sanglante. Et c'est exactement le problème chez nous. Des pourparlers inutiles pendant des années pour une pseudo paix qui a rendu des gens encore plus obnubilés par le sang. Une paix sanglante, c'est exactement l'état de notre société.
– Vous semblez y avoir beaucoup réfléchi, fit remarquer le professeur Stinchcombe en rajustant sa cravate, ne faisant qu'empirer le nœud de celle-ci, alors qu'il posait les pieds sur le sol dallé du rez-de-chaussée. Le reste des Poufsouffles sont-ils tout aussi pensifs, Miss Brown ? »
Et lorsqu'il se tourna en direction des escaliers qu'Eva grimpait toujours, les sourcils du professeur grimpèrent sur son front lorsqu'il la vit ramener précipitamment sa main derrière son dos, le bras de Sirius suivant suspicieusement son mouvement.
Derrière le professeur, Amos transmit le fonds de sa pensée à Eva avec son expression peu impressionnée. James, lui, semblait tout bonnement exaspéré. Il levait les yeux au ciel et, si Eva n'était pas occupée à lancer un regard innocent à l'assistant de Potions, elle se serait demandée ce que pensait James de ce drôle d'intérêt que lui portait Sirius. Sirius lui avait-il dit tout ce qu'il s'était passé entre eux ?
« Pardon, professeur. Vous disiez ? » s'enquit Eva en ignorant le pouffement de rire de Sirius à sa gauche qui cogna son épaule contre le sien pour soulager l'étirement soudain de son bras.
La surprise animait toujours le visage du professeur. Face à ces sourcils qui ne se baissaient pas, Eva sentit les premières gouttes d'embarras bien qu'intérieurement elle sache que l'opinion d'un professeur stagiaire qu'elle ne voyait jamais n'avait aucune importance.
Derrière son dos, Sirius exerça une pression sur sa main pour la taquiner, elle en était sûre. Eva termina de grimper les dernières marches, ultra consciente de leur proximité causée par leurs mains jointes qu'elle avait instinctivement cachées derrière son dos.
« Je ne savais pas que…, commença lentement le professeur Stinchcombe.
– C'est tout récent, » intervint Sirius, s'attirant le regard incrédule d'Eva alors qu'Amos poussait une exclamation amusée.
Comment pouvait-il annoncer un mensonge pareil avec autant de sérieux ?!
« Vraiment ? Depuis quand si je puis me permettre ? » demanda le professeur Stinchcombe en rajustant la monture de ses lunettes, ses yeux comiquement larges derrière ses verres s'attardant toujours sur les bras clairement liés des deux élèves.
Un sourire moqueur s'étira sur les lèvres de Sirius :
« Je ne pensais pas que vous vous intéressiez aux commérages d'adolescents, professeur. »
Puis, il força Eva à gravir les dernières marches et, lorsqu'ils eurent rejoint le grand hall, Sirius adressa un sourire presque hautain au professeur plus petit de quelques centimètres.
« Et pour répondre à votre question : il n'y aura pas de guerre douce ni de paix sanglante. Je n'en ai rien à foutre de me salir les mains. S'il le faut, je m'engagerais dans la guerre la plus sanglante qui soit. Ça pourrait prendre des années, je pourrais bien en crever mais je m'en fous si à la fin mes efforts nous permettent enfin d'avoir la paix. Et pas un simulacre de paix, non, une paix où on peut se bourrer la gueule, se foutre la gueule de nos amis et draguer dans un bar sans avoir à surveiller nos arrières. »
Oh non, pensa Eva en ayant l'impression que son cœur avait trébuché pour tomber à ses pieds. Non Eva, pas ça. Mais c'était impossible d'arracher son regard du profil bien ciselé de Sirius alors qu'il ne lui avait jamais semblé si attirant malgré le caractère sinistre de ses paroles.
« Maintenant Archi, si vous voulez bien nous excuser, ma copine Miss Brown peut être aussi irritable qu'un ogre si elle ne mange pas à sa faim. Bonnes vacances et joyeux Noël ! »
Puis, sans plus de formalité, Sirius tira Eva à sa suite pour traverser le Hall d'entrée. Amos et James ne tardèrent pas à leur emboiter le pas après avoir salué le professeur qui semblait ne pas savoir comment réagir.
« Tu lui as déjà donné ton nom ? demanda Sirius en regardant droit devant lui, lâchant la main d'Eva alors qu'ils allaient traverser les portes de la Grande Salle.
– Non, c'est la première fois que je lui adresse la parole, » répondit Eva en reprenant son sac que lui tendait Sirius.
Son cœur battait beaucoup trop rapidement pour qu'Eva essaye de comprendre pourquoi l'expression de Sirius était soudainement si fermée alors qu'il y a quelques secondes à peine il souriait moqueusement à son professeur qu'il avait osé appeler par un surnom.
« Eh bien évite-le à partir de maintenant, dit Sirius en lui adressant un regard des plus sérieux.
– Je – pourquoi ?
– Miss Brown, Miss Brown, Miss Brown s'il vous plaît écoutez-moi. J'ai cru qu'il allait te demander s'il pouvait t'envoyer des hiboux pendant les vacances, dit James en s'immisçant dans leur réunion dans un coin de la Grande Salle, non loin du bout de table de Gryffondor où les 1ère année mangeaient.
– Il n'y a pas que moi qui l'ai trouvé étrange alors, commenta Amos et, lorsqu'Eva lui adressa un regard interrogateur, il posa sa main gigantesque sur son crâne : Sois un peu moins naïve, Eva. Même s'il a encore la tête d'un ado, il a l'air d'avoir oublié qu'il n'a pas le droit de toucher aux élèves.
– Il m'a juste paru gentil à vouloir faire la conversation, dit Eva en retirant la main d'Amos de ses cheveux.
– Crois-moi, il n'y qu'avec les filles qu'il est aussi gentil, dit James avec une grimace mi-répugnée, mi-amusée. Il a l'air inoffensif avec ses yeux d'hiboux ce cher Archibald mais il est clairement en manque. Mary pourrait t'en raconter des belles. Il passe des dizaines de minutes à lui parler de tout et de rien à chaque cours depuis que Lucy lui a bien fait comprendre qu'elle n'en avait rien à foutre de lui. Mais contrairement à Lucy, Mary est bien trop polie pour faire pareil alors Remus a proposé de devenir son partenaire pour qu'Archi lui lâche la grappe. »
Le doute commença à s'immiscer en Eva et elle jeta un regard incertain en direction du professeur guindé qui traversait la Grande Salle pour rejoindre la table des professeurs, ses parchemins à deux doigts de tomber de son sac à bandoulière. Maintenant qu'elle y pensait, c'était vrai qu'elle n'avait pas le souvenir de s'être présentée au jeune professeur. Mais c'était tout aussi possible que Chourave ou bien un autre professeur ait parlé d'elle au détour d'une conversation. Après tout, Poudlard n'était pas si grand.
En arrière-plan, Amos demandait à James si Mary était la blonde qui sortait avec son pote Lupin. À cette question, James parut surpris avant d'éclater de rire et de nier toute relation amoureuse. Il ne mentionna pas le fait que c'était en réalité Peter qui aurait voulu d'une telle relation mais Eva devina à son sourire amusé qu'il y pensait très fort. Puis, après une remarque sarcastique d'Amos sur le fait qu'Archibald semblait avoir réalisé en tombant sur Eva qu'il ferait mieux de s'intéresser à des élèves majeurs pour éviter des ennuis avec le Magenmagot, les deux groupes se séparèrent.
« Un chauvefurie à la gueule s'il revient te draguer, » lui ordonna Sirius avant que James ne la salue en disant qu'ils se reverraient bientôt dans le Poudlard Express.
Eva étouffa la pensée qui lui murmurait que c'était de la jalousie qui avait coloré la voix du Sirius.
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SAMEDI 19 DECEMBRE.
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Le matin, Eva prit le Poudlard Express et, comme en juin dernier, elle n'adressa pas un seul regard en arrière au château imposant derrière elle.
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titre du chapitre : Une paix sanglante
nombre de mots : 17 600
Pour la petite histoire, ce chapitre a pris presque un mois et demi à être écrit en tout. Il m'a saoulé dans un premier temps puis, finalement, tous ces dialogues entre les personnages l'ont rendu plutôt intéressant. Mention spéciale à la scène avec Meredith qui est sortie de nulle part, je ne savais même pas qu'Eva et Meredith avaient besoin de se pardonner et d'avancer ensemble ! Autrement, très contente de montrer que ça cogite dans la tête d'Akash malgré les apparences et qu'il fait figure d'un grand frère protecteur mais faussement désintéressé, lol. (En passant, la scène avec Emmeline m'a même fatigué, sans doute à cause de tous ces non-dits). La scène des cachots m'a bien fait galéré au début mais très satisfaite du résultat final (Vas-y Eva, engueule-les ces machos !) avec même une apparition de du Potionniste apprenti Archibald qui avait été mentionné dans le chapitre 14, haha.
Dites-moi ce que vous en avez pensé ! Et, vu que je galère énormément pour le ch. 37, pourriez-vous me dire des scènes marrantes/mignonnes que vous voudriez voir pour les vacances de Noël chez les Potter ? (Ca peut être avec les parents Potter, n'importe quel membre des Maraudeurs (Sirius, bien sûr) ou même les filles de Gryffondor de 6e année !) Profitez bien de vos vacances !
