le juste vivra par sa loyauté
Hello, it's me again. Je vous dépose ce chapitre sinon il ne verra jamais la lumière du jour. Merci beaucoup pour vos reviews qui n'ont pas manqué de me faire sourire et de me remettre dans le bain à chaque lecture. J'ai bien validé mon mémoire (14/20!), obtenu mon Master 2 et ai commencé mon 1er CDD. C'est tout pour le monde réel, maintenant place à notre Eva ;)
Chapitre 36 : Un an d'absence
VENDREDI 18 DÉCEMBRE
La veille du départ de Poudlard, sans aucune magie, Eva réussit à imiter l'effet d'un stupéfix.
Ce n'était pas prémédité.
Ils étaient réunis autour de la table basse dans leur coin réservé de la salle commune. Cachés derrière les armoires remplis de livres, de jeux de société et autres objets abandonnés – dont un caleçon orphelin décoré par des licornes depuis quelques jours, ils pouvaient dévorer en paix les chocogrenouilles qu'Howard avait amené sans faire semblant de ne pas voir les regards affamés de certains blaireaux plus jeunes.
Eva ne savait pas où Akash les avait trouvés mais il avait déniché deux bonnets de Noël avec des étoiles clignotantes et il avait décidé de les enfoncer sur le crâne d'Eva et de Jeff.
Avec en arrière-plan, « Tu as volé mon chaudron mais tu n'auras pas mon cœur » de Celestina Moldubec, ils jouaient à une simple partie de belotte, trop extenués pour faire une bataille explosive à 22 heures passées.
Eva ne saurait expliquer son action.
Howard avait mentionné les cheesecakes que sa mère allait sans doute cuisiner pendant toutes les vacances de Noël pour Emma, l'enfant préféré de la famille Stark d'après le batteur de Poufsouffle. En retour, Jeff avait répondu qu'il ne comprenait pas la haine que vouait Howard aux cheesecakes et l'avait invité à venir chez lui pour que Howard change d'avis en goûtant au cheesecake de sa grand-mère.
Sans aucun scrupule, Akash s'invita également, arguant que ce n'était pas sympa de la part de Jeff de faire du favoritisme, surtout lorsqu'il s'agissait de gastronomie et que tout le monde savait qu'Akash était à l'affut des bonnes recettes (« Surtout lorsqu'il s'agit de tout bouffer, » avait ajouté Amos).
Après qu'Akash eut adressé un doigt d'honneur à son meilleur ami depuis le côté opposé de la table, Amos avait ensuite raconté la fois où sa mère avait failli mettre le feu à la maison des Diggory lorsqu'elle avait voulu faire un gâteau par elle-même, sans passer par l'aide de leur elfe de Maison. Ils éclatèrent tous de rire quand Amos raconta qu'en rentrant d'un match Club de Flaquemare-Flèches d'Appleby avec son père ils étaient tombés sur sa mère pleurant hystériquement alors que Betty, leur elfe, éteignait les flammes d'un gâteau carbonisé d'un claquement de doigt.
« Elle était enceinte d'Eddy à l'époque et les hormones l'ont rendu un peu déjantée vers la fin. C'était la première et dernière fois de sa vie qu'elle a posé les pieds dans une cuisine, » leur précisa avec amusement Amos.
Howard avait enchaîné sur la fois où sa mère avait fondu en larmes lorsqu'elle avait lu le poème que lui et Emma avaient hâtivement écrit en réalisant qu'ils avaient oublié son anniversaire (« La preuve que tous les romans à l'eau de rose que lit Emma servent à quelque chose. »). En réponse, Akash avait poussé un rire désabusé et dit que jamais sa mère ne serait si émotive, elle passait plus de temps à le poursuivre avec sa pantoufle qu'à le dorloter.
Et c'est là que vint le moment fatidique. La bouche d'Eva s'ouvrit et –
« Ma mère est portée disparue depuis début octobre. »
Tu prétendais m'aimer,
Disais que nous ne nous séparerions jamais,
Puis tu as volé mon chaudron,
(Oh, tu as volé son chaudron)
Mais tu n'auras pas mon cœur
Eva leva les yeux de son jeu de cartes. Elle vit d'abord les yeux ronds d'incrédulité d'Akash en face d'elle puis le pli confus entre les sourcils sombres d'Howard. Elle dévia son regard à sa droite et l'air horrifié de Jeff la fit rapidement tourner les yeux vers Amos. Les lèvres d'Amos étaient entrouvertes, ses sourcils froncés avec incompréhension et, lentement, ses mains tenant ses cartes se posèrent la table basse autour de laquelle ils étaient réunis.
Celestina Moldubec continua de chanter à propos du sorcier qui avait failli lui briser le cœur, comblant le silence soudain à leur table.
Elle y avait réfléchi pendant la semaine en se remémorant les propos de Jeff aux Trois Balais. Il lui avait dit qu'elle était une hypocrite à parler de secrets alors qu'elle en collectait depuis l'année précédente. Il y avait également Akash qui lui avait révélé qu'il n'avait pas cru à sa maladie du mois de juin qui l'avait rendu incapable d'aller en cours. Mais Eva ne sentit pas de soulagement à leur dire ce secret qui n'aurait pas dû en être un. Non, face à ce soudain malaise dans l'air, sa tête se baissa inconsciemment et, si sa voix était quelque peu chevrotante, personne ne fit de remarque :
« Je suis désolée de ne pas vous l'avoir dit. Je crois bien que je ne sais pas comment parler des choses importantes. »
La preuve, si Eva en était capable, elle ne remettrait pas à plus tard sa conversation avec Charlotte qui virerait inéluctablement à une confrontation. Elle était effrayée à l'idée de ramasser les morceaux qu'elle avait laborieusement recollés cette semaine.
« Attends – quoi ? s'exclama Howard, fronçant tellement les sourcils que ceux-ci formèrent une ligne continue sur son front. J'ai pas compris ce que t'as dit, répète. »
Akash frappa Howard du dos de sa main.
« Hé ! s'emporta Howard en se frottant le bras. Pas besoin de me frapper, espèce de trou du cul, grinça-t-il entre ses dents, fusillant du regard Akash qu'Eva n'avait jamais vu muet de stupeur avant cet instant. Je lui demandais juste de répéter ! J'entends rien à cause de Celestina et de son foutu voleur de chaudrons ! »
Sous la table basse, le genou d'Amos se cogna contre celui d'Eva lorsque celui-ci se tourna franchement vers elle, abandonnant ses cartes sur la table :
« Tout ce temps tu… ? » commença-t-il en la regardant comme s'il ne la comprenait pas, comme s'il réalisait qu'il ne la connaissait pas et la vue de ce mélange d'incompréhension et de trahison dans les yeux d'Amos l'accabla de honte.
Mais ne crois pas que tu m'as brisée,
Car tu n'es pas si intelligent.
« Je ne comprends pas, » dit plus fort Amos et sa voix trembla légèrement sous l'émotion – de la colère, il était en colère et il essayait de se retenir pour ne pas rompre l'atmosphère légère de cette veille des vacances de Noël baignée par la lumière des guirlandes et des boules de Noël vibrantes de couleur que Jeff et Charlotte s'étaient chargés de sortir du bureau de Chourave pour embellir la salle commune le lendemain de l'anniversaire d'Andrew Abbott, quelques jours avant que l'équilibre précaire sur lequel se tenait Eva ne s'effondre majestueusement.
Pour se venger du comportement collant d'Eva qui appréhendait la revanche d'Evan Rosier, Charlotte avait pris un malin plaisir à ordonner à Eva d'accrocher les décorations dans les endroits les plus difficiles d'accès de la salle commune.
Eva avait, bien sûr, fait exprès de ronchonner que sa grande taille n'était pas une excuse pour l'obliger à grimper sur les armoires mais Charlotte, assise telle une impératrice sur son fauteuil, faisait rapidement taire ses protestations avec un geste réprobateur de sa baguette. L'attitude de Charlotte lui avait donné une ressemblance troublante avec McGonagall, ce qui lui avait valu un drôle de regard de la part d'Amos qui s'était attardé dans la salle commune jusqu'à ce que Howard ne dépose sa main sur l'épaule de son capitaine de Quidditch et lui rappelle qu'il avait rendez-vous avec Kate Godfried.
Ce dimanche après-midi avait été une lueur de bonheur au cœur d'un hiver glacial. Entendre le rire éclatant de Charlotte – un son devenu si rare – avait été si gratifiant qu'Eva avait également éclaté de rire lorsqu'elle avait atterri sur Howard qui, étendu sur un canapé, lisait tranquillement un livre d'histoire sorcière avant qu'elle ne tombe du ciel. Il n'avait pas tardé à se venger en essayant d'étouffer Eva avec un coussin. Akash, lui, était tombé au pied du canapé d'Howard et avait cogné son genou contre la table basse au passage. Miraculeusement, l'étoile scintillante qu'Eva avait péniblement accrochée au plafond en se juchant sur les épaules d'Akash resplendissait encore aujourd'hui dans la salle commune.
« Pourquoi tu n'as rien dit ? la questionna Amos et, criblée par le poids de ses erreurs, Eva baissa les yeux sur ses cartes qu'elle tenait toujours devant elle, ses poignets adossés contre le bois de la table basse dans une position qui lui faisait mal mais qu'elle méritait. Eva. Pourquoi tu n'as rien dit ? »
Eva haussa les épaules, râpant le haut de ses cartes avec son pouce :
« Je ne sais pas. Je crois que je ne voulais pas accepter sa disparition. Si je vous l'avais dit, ça aurait rendu ça plus…réel. »
Elle entendit Amos inspirer dangereusement mais ce fut Akash qui prit la parole en premier :
« Eva, tu as des problèmes dans ta tête, déclara-t-il d'un air abasourdi et, cette fois-ci, ce fut Howard qui le frappa.
– C'est toi le plus fêlé à dire ce genre de truc, chuchota furieusement Howard entre ses dents à l'oreille d'Akash qui se frotta avec une grimace son crâne douloureux.
– Mais il a raison, intervint Eva, la langue lourde et la bouche sèche, et Howard ne fut pas le seul à lui lancer un regard incrédule à son intervention. Je ne vais pas très bien en ce moment... depuis un petit moment, rectifia-t-elle, chaque mot une épreuve. Je suis allée voir un psychologue l'été dernier. C'est un guérisseur avec qui on peut parler de tout ce qui peut nous troubler intérieurement. Le mental, pas le physique, précisa-t-elle pour Amos et Akash qui avaient grandi dans le monde sorcier où les troubles mentaux étaient encore plus tus que chez les moldus. Il m'a aidé à...à sortir de ma tête, termina Eva après une expiration tremblante.
– Eva, tu es sûre que … ? intervint à mi-voix Jeff à sa droite et, en voyant son expression si prudente, les lèvres d'Eva se soulevèrent en un piètre sourire.
– Je ne le vous le dis pas pour que vous vous inquiétiez, je voulais être honnête avec vous, » déclara Eva.
Elle se força à observer tour à tour ces quatre garçons qui, sans le vouloir ni le savoir, étaient en quelque sorte devenus ses piliers. Mais une telle honnêteté n'existait pas dans leur dynamique de groupe. Ils soutinrent difficilement son regard et Howard détourna carrément les yeux.
« Je commence à aller mieux, j'en ai discuté avec Pomfrey cette semaine aussi, continua Eva en frottant son roi des cœurs. Ça m'a aidé à respirer un peu mieux. Et je vais aller chez James pour les vacances de Noël. Je ne serai pas seule. Je vais sans doute voir avec Euphémia – ma marraine, la mère de James – si les Aurors ont du nouveau sur la disparition de ma mère. Et peut-être faire de la paperasse pour le logement et d'autres obligations financières. »
Eva releva les yeux de ses pouces qui caressaient ses cartes entre ses mains jointes et elle croisa le regard d'Akash assis en face d'elle. Elle le vit déglutir puis, l'air profondément mal à l'aise, il prit la parole :
« Je suis désolé pour ta mère. Vraiment. Mais franchement, continua-t-il et il abandonna ses marmonnements pour son humour insolent habituel : tu ne pourrais pas lâcher quelques larmes pour qu'on soit bien dans l'ambiance ? Parce que là – la lèvre d'Akash se souleva en un sourire – avec cette chère Celestina qui s'excite sur son chaudron, j'ai vraiment du mal à te prendre au sérieux. »
Automatiquement, Howard et Jeff frappèrent Akash qui était assis entre eux deux. Les muscles d'Eva se décrispèrent et Eva sourit avec exaspération alors qu'Akash se défendait en riant contre les remontrances sifflées d'Howard et le regard réprobateur de Jeff :
« Arrêtez un peu les mecs ! Si j'avais rien dit, vous seriez restés avec un balai dans le cul pour le reste de la soirée ! »
Et aussi facilement que ça, la vie reprit son cours.
Eva entendit la voix de sa mère dans son esprit alors qu'Howard arrachait des mains d'Akash son jeu de cartes, clamant qu'un idiot sans cervelle comme lui n'avait pas le droit de jouer avec eux.
« Ne fais jamais confiance aux hommes, lui avait-elle répété tant de fois, la seule leçon qu'elle ait jamais tenté de lui inculquer. Ce sont tous des connards. Des regrets, c'est la seule chose qu'il te restera à la fin si tu leur fais confiance. »
Des années durant, Eva avait bataillé pour rendre sa mère fière. Pourtant, à dix-sept ans, un bonnet de Noël clignotant sur ses cheveux ramenés en une tresse serrée, la voix et le rire de ses amis se mêlant à l'énergie de Celestina Moldubec, la langue encore amère à cause des chocogrenouilles qu'elle avait mangés et le corps agréablement chaud grâce à la chaleur émanant de la cheminée du terrier des Poufsouffles, Eva savait qu'elle ne regretterait pas d'avoir failli encore une fois à répondre aux attentes inatteignables de sa mère.
Le bras d'Amos se glissa sur ses épaules. Doucement, il la ramena contre lui. Eva leva des yeux prudents vers lui, ayant très bien remarqué la respiration accélérée d'Amos qui avait tenté de contenir sa colère après l'intervention d'Akash. La colère avait disparu des yeux marrons d'Amos pour laisser place à un sérieux qui devenait de plus en plus courant chez lui.
« Est-ce que tu l'as dit à Charlotte ? dit-il, trop bas pour que les trois autres qui se chamaillaient l'entendent.
– Je vais le faire ce soir. »
Elle vit Amos déglutir et Eva lut sur son visage les questions qu'il se posait intérieurement avant qu'il ne prenne sa décision, s'humectant les lèvres d'un air incertain :
« Tant mieux. Elle…elle trouvera des meilleurs mots que moi, » murmura-t-il.
Il la serra plus fermement contre lui puis, tout aussi rapidement, il la relâcha.
La voix forte, Amos tonna qu'il allait gagner la partie suivante puisqu'il était le chef incontesté. Bien sûr, cela attira instantanément l'attention d'Howard et d'Akash. Jeff, lui, soupira mais il se révéla être particulièrement vicieux pour décrocher la victoire.
SAMEDI 19 DÉCEMBRE
Le lendemain matin, Charlotte ignora de nouveau Eva.
Lorsque Charlotte s'enferma dans la salle de bain pour prendre sa douche avant leur grand départ, Eva déposa une enveloppe par-dessus les vêtements soigneusement pliés dans la valise de Charlotte.
Lorsqu'elle croisa Emmeline dans le couloir du dortoir, Eva força un sourire à ses lèvres lorsque la brune lui dit précipitamment qu'elle lui enverrait un hibou pour qu'elles fassent quelque chose ensemble pendant les vacances, de préférence au Nouvel An.
Charlotte,
Je suis désolée d'être une amie si lamentable. Je suis désolée de ne pas avoir été là pour toi depuis l'année dernière. Il y a beaucoup de choses que je voudrais te dire et que j'aurais dû te dire depuis longtemps. Je suis juste une pauvre froussarde. Tu te souviens de cet après-midi d'octobre où j'ai joué au foot avec les garçons et où on s'est prélassée près du lac avec Emmeline? Je vous ai menti ce jour-là. Dumbledore ne m'avait pas convoqué parce que ma mère était malade. En réalité, elle est portée disparue depuis ce jour-là. Les mages noirs ont attaqué son lieu de travail.
On n'a toujours pas retrouvé son corps. Ma mère est peut-être morte, je ne sais pas. J'ai du mal à le réaliser. Si elle est encore en vie, j'ai peur qu'elle soit prisonnière de ces cinglés. J'ai honte de l'avouer mais je préférais qu'elle soit morte plutôt que de subir ça. (J'ai de plus en plus de mal à ne pas être cynique, je ne sais pas si c'est normal ?). Le département des Aurors la recherche toujours en tout cas.
Concernant jeudi dernier, je suis désolée. Je suis désolée de les avoir provoqués. J'ai toujours voulu te protéger. Je suis désolée pour ce que je t'ai fait. Je suis désolée et j'espère que tu voudras bien me pardonner. Quoi que tu décides, je serai toujours de ton côté. Je suis désolée que je sois si nulle pour trouver les bons mots. Tu comptes beaucoup pour moi, tu sais ? Je ne te le dis jamais mais je suis heureuse qu'on se soit trouvée.
Joyeux Noël,
Eva
Plus tard, en attendant qu'une calèche se libère pour les amener jusqu'à la gare de Pré-au-Lard, Jeff s'approcha d'elle. Akash et Howard étaient actuellement en train de se disputer avec Liam Olsen sur qui aurait la prochaine calèche. Frank Londubat et Alice Fortescue, diligents préfets qu'ils étaient, ne tardèrent pas à apparaître en entendant les voix fortes des garçons qui concurrençaient les hurlements du vent de décembre auxquels se mélangeaient quelques éparses flocons de neige.
« Hé, Eva. Je ne te l'ai pas dit hier mais…merci de nous en avoir parlé. »
Jeff lui adressa un sourire incertain puis, il s'approcha encore plus, et, lorsqu'il glissa son bras autour de son cou, Eva resta un instant les bras ballants avant de répondre à l'accolade de Jeff.
Cela faisait sept ans qu'elle le connaissait et c'était la première fois qu'il la prenait dans ses bras.
« Je suis désolée d'être une mauvaise amie, chuchota Eva, le menton posé contre la matière rugueuse du manteau de son ami.
– Ne sois pas stupide. C'est plutôt à moi de dire ça. Je n'avais rien remarqué comme un pauvre con, dit Jeff en la relâchant, le visage plissé de frustration. Et dire que je t'ai demandé si tu m'avais vu avec – »
Jeff se coupa, semblant réaliser qu'il allait révéler le nom de la mystérieuse personne qui avait failli sortir à sa suite des Cuisines avant qu'Eva ne s'élance à la recherche de Charlotte dans les cachots.
« Tu n'as pas besoin de m'en parler Jeff, assura Eva au brun qui grimaça en retour. Tant que personne n'est blessée, ce n'est pas bien grave d'avoir une liaison secrète. »
Mais les mots d'Eva ne réussirent pas à réconforter Jeff. Il continua à prendre cet air mal à l'aise qui donnait envie à Eva de l'interroger sur l'identité de cette mystérieuse personne. Pourrait-ce réellement être Lizzie Lestrange ? Étaient-ils devenus proches au point de faire des rendez-vous clandestins dans les cuisines ? Si tel était le cas, jusqu'où allait cette amitié ? Jusqu'à quand durerait-elle ? Car il ne faisait aucun doute qu'Evan Rosier exploserait d'une rage amplifiée par la jalousie lorsqu'il réaliserait qu'un blaireau sang-mêlé tel que Jeff avait osé s'approcher de sa fiancée.
« Je croyais que tu ne voulais plus avoir de relation compliquée, dit Eva en observant avec incertitude Jeff. Tu es sûr que tout va bien ?
– Oui, oui, ne t'inquiète pas, l'assura Jeff en hochant énergiquement la tête mais Eva le connaissait assez pour voir que quelque chose n'allait clairement pas. On ferait bien d'y aller, une calèche arrive. »
Jeff se pencha et attrapa la valise d'Eva qu'elle avait laissé à ses pieds. En voyant sa grimace, Eva tenta de la lui reprendre (« Ton bras, Jeff ! Il n'est pas encore complétement guéri ! ») mais les manières de gentleman qu'avait inculqué la grand-mère Windsor à son petit-fils étaient bien trop ancrées en lui. Jeff refusa de l'écouter et hissa la valise d'Eva dans la calèche. Pour couronner le tout, Jeff lui offrit sa main pour l'aider à grimper sur le marchepied. Avec un sourire exaspéré, Eva accepta son aide.
Quelques secondes plus tard, Alice Fortescue se glissa dans la calèche en tirant Frank Londubat derrière elle. La préfète de Gryffondor claqua la porte derrière elle et ils entendirent tous le cri ulcéré de Liam Olsen qui s'apprêtait à rentrer à sa suite, voulant s'enfuir rapidement après avoir poussé Akash dans la neige.
Eva se leva pour rejoindre Alice et adresser un « au revoir » sarcastique de la main à Liam Olsen qui s'effondra sous le poids combiné d'Amos et d'Akash la seconde suivante.
Puis, les deux jeunes filles adressèrent des sourires innocents à Frank et Jeff qui, tels des préfets modèles, leur adressèrent des regards réprobateurs. Jeff fut plus dur à prendre au sérieux avec son sourire amusé qu'il réprimait avec peine. En réponse, le sourire d'Eva prit une tournure plus sincère alors qu'Alice et Frank se chamaillaient sur les sièges en face.
En arrivant dans l'avant-dernier compartiment du train, pour la première fois de sa vie, Eva n'eut pas besoin de se battre pour obtenir la place à côté de la fenêtre. Akash fit bien sûr exprès de rouspéter exagérément contre les injustices de la galanterie avant de s'écrouler à côté d'elle sur la banquette.
Trois quarts d'heure après que le train eut quitté la gare de Pré-au-Lard, Eva avait retiré ses chaussures et lové son menton sur son genou qu'elle avait ramené contre elle, pouffant de rire à intervalle régulière alors qu'Akash se chamaillait vivement avec la Gryffondor assise sur les genoux d'Howard. Son index jouant avec une mèche rendue bouclée par la tresse qu'elle avait défaite, Eva échangeait un regard complice avec Jeff en réponse à une accusation infondée d'Akash lorsqu'un bruit les interrompit.
Leur groupe de cinq Poufsouffles et d'une Gryffondor tourna en tandem la tête vers la porte fermée du compartiment.
Un sourire indéniablement arrogant aux lèvres, James toqua une fois de plus contre la vitre de la porte coulissante bien qu'il ait déjà attiré l'attention de tous les membres du compartiment.
« Potter. Est-ce que j'ai besoin de me prosterner à tes pieds pour te remercier de ta présence ? l'accueillit railleusement Meredith lorsque son coéquipier de Quidditch fit enfin glisser la porte.
– C'est une idée, oui. Mais je ne voudrais pas que Stark se fasse de fausses idées sur notre relation. »
Howard pouffa moqueusement, nullement impressionné par l'insolence de James qui semblait parfaitement dans son élément, une main dans sa poche de pantalon et de l'autre se tenant à l'embrasure de la porte, l'arrière de ses cheveux un joyeux bazar.
« Ne t'inquiète pas, Potter. J'ai pas besoin de te regarder plus de deux secondes pour savoir que tu ne suffirais pas à Mer'. Elle a besoin de quelqu'un qui peut entièrement la prendre en main, » dit Howard d'un air tout à fait impassible mais, assise en face de lui, Eva vit parfaitement la main d'Howard serrer le fessier de Meredith.
Meredith poussa un piaillement surpris, s'attirant le regard perplexe de James qui était sans doute moins habitué qu'eux à voir cette facette de jeune fille guillerette de Meredith qui n'apparaissait plus qu'en présence d'Howard.
Actuellement, Meredith était confortablement assise de travers sur les genoux de son petit ami, son dos contre la fenêtre et ses jambes étendues sur les genoux de Jeff. Jeff n'avait que peu protesté lorsque Meredith s'était installée, habitué aux taquineries perpétuelles de Meredith à son égard qui étaient beaucoup plus amicales que celles que la Gryffondor réservait à Akash. En bout de banquette, Amos, lui, n'était que chatouillé par l'extrémité des chaussettes de Meredith.
À côté d'Eva, Akash remarqua également le geste salace d'Howard et il poussa un grognement exaspéré (« Mais faites ça autre part, j'ai vu assez d'horreur pendant la guerre ! ») auquel le couple de batteurs ne tarda pas à répondre. Grimaçant à cause du volume d'Akash, Eva posa sa main sur son oreille et n'entendit que faiblement Amos demander à James ce qu'il faisait là. À cause d'un beuglement indigné d'Akash qui causa l'hilarité de Meredith, Eva n'entendit pas la réponse de James.
Jeff essaya de calmer le jeu en donnant un discret coup de coude à Howard mais Amos fut plus radical. D'un coup de baguette, il fit taire les trois perturbateurs. La bouche d'Akash et de Meredith continuèrent de s'agiter pendant quelques instants, le temps que les deux 7e année réalisent qu'ils avaient perdu l'usage de la parole.
« Merci Diggory, dit James pendant cet instant de silence.
– De rien, Potter. »
La façade de politesse entre les deux joueurs de Quidditch prit fin lorsque Meredith asséna un coup de pied à la cuisse d'Amos. Le capitaine de Quidditch perdit son air digne et se tourna pour menacer Meredith qui lui montra les dents sous le sourire amusé d'Howard.
Mais James s'impatienta :
« Eva, la héla James et Eva arracha son regard du doigt d'honneur qu'adressait Meredith à Amos alors que celui-ci dégageait les chaussettes de la batteuse de ses cuisses avec un juron. On est dans le compartiment 14 si tu veux passer nous voir. »
Sous le coup de la surprise, Eva bégaya sa réponse et si elle avait pu le faire discrètement, elle aurait donné un coup de coude à Akash en rétribution de son pouffement silencieux, le silencio d'Amos l'empêchant de faire une remarque à haute voix. Mais Eva ne put malheureusement rien faire contre Amos :
« Oui, vous voir, railla-t-il et, comme si ça ne suffisait pas, Amos ajouta : Son petit ami sera là aussi j'imagine. »
Eva sentit une rougeur désagréable lui assaillir les joues lorsqu'elle vit Jeff hausser les sourcils puis se tourner pour lui adresser un regard interrogateur.
Amos poussa une exclamation amusée avant qu'elle ne puisse lui rétorquer quoi que ce soit :
« Tiens, quand on parle du loup. »
Eva dévia son regard de l'air cynique d'Amos au couloir derrière le dos de James. Elle entendit un éclat de rire (« Hé ! On ne pousse pas le père Noël ! ») et Peter Pettigrow trébucha derrière James. Il tenait contre son torse un nombre impressionnant de friandises et sur ses mèches blondes foncées se trouvait un bonnet rouge sublimé par un pompon. La seconde suivante, une main apparut et piocha une friandise dans les bras de Peter qui se recula une seconde trop tard.
Eva ne reconnut peut-être pas tout de suite cette main mais elle reconnut instantanément la voix de son propriétaire lorsqu'il prit la parole d'une voix traînante :
« Quand Papa Noël ne récompense pas l'un des élèves les plus sages de Poudlard il y a de quoi le secouer.
– Sirius, arrête de manger des gnomes au poivre, tu vas attraper mal à la tête, s'exaspéra la voix tout aussi reconnaissable de Remus Lupin.
– Il n'a rien dans le cerveau, ça ne risque pas de lui faire de l'effet, » intervint James en posant son dos contre l'embrasure de la porte pour se tourner en direction du couloir afin d'accueillir ses meilleurs amis avec un sourire.
La nouvelle position de James permit à Eva de voir clairement Peter détailler du regard les occupants du compartiment, son sourire jovial disparaissant pour laisser place à une expression plus incertaine. Puis, une main se posa sur l'épaule de James et le regard d'Eva s'accrocha au visage de Sirius.
Une fumée causée par un gnome au poivre sortait de ses oreilles et soulevait ses cheveux ébènes. Il aurait dû paraître ridicule mais l'arrogance avec laquelle Sirius continuait de mâcher sa friandise le rendait foutrement attirant.
Eva fut prise de court par la saillance de ses pommettes, mise en valeur par le mouvement de sa mâchoire, et un élan de chaleur incompréhensible la traversa lorsque ses yeux terminèrent leur inspection et qu'elle réalisa que le pull noir à col roulé que portait Sirius lui donnait un air de garçon de bonne famille qu'elle ne lui connaissait pas. Un élan de chaleur incompréhensible parce qu'elle détestait voir ce genre de tenue sur les autres Sang-Purs.
Eva ramena plus fortement contre elle sa jambe.
« Tiens, Cornedrue, dit Sirius en articulant lentement le surnom ridicule dont Eva ne comprenait toujours pas l'origine. Quelle heureuse surprise de te trouver ici. Et en si bonne compagnie, » ajouta Sirius à l'attention de Meredith en offrant à sa coéquipière un sourire en coin.
Comment réussissait-il à rendre chaque expression sur son visage si attirante ? se lamenta intérieurement Eva tout en étant soulagée que Sirius n'ait pas attiré l'attention sur elle, l'écho de sa voix dans son esprit faisait tambouriner son cœur dans sa cage thoracique.
« Tu me plais Eva. »
« Ma copine Miss Brown. »
La pression de sa main chaude qui tenait la sienne.
La vue de ses mèches ébènes alors qu'elle l'observait avec confusion la tirer à sa suite en direction de la Grande Salle.
Bien loin des pensées d'Eva, Meredith se trémoussa sur les genoux d'Howard pour sortir sa baguette de son jean et c'est avec une voix rocailleuse qu'elle prit la parole une fois le silencio défait :
« J'ai dû vous supporter une semaine entière dans la salle commune, pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas me foutre la paix pour une seule matinée ? s'agaça Meredith en plissant ses yeux sombres en direction de ses coéquipiers qui affichèrent le même sourire arrogant en réponse.
– Tu nous adores, nia James et Eva ne fut pas la seule à pouffer de rire à l'entente de cette rétorque qui fit lever les yeux de Meredith au ciel. Je sais très bien que ces deux semaines de vacances seront très dures pour toi sans mes blagues hilarantes.
– Dans tes rêves, Potter.
– Le plus dur sera certainement de n'avoir personne sur qui crier pour se défouler, » commenta nonchalamment Sirius et celui-ci haussa des sourcils innocents lorsque Meredith plissa ses yeux sombres dans sa direction et le menaça de sa baguette.
À la gauche d'Eva, Akash pouffa de rire – toujours sous l'emprise du silencio tant qu'il ne se déciderait pas à retrouver sa baguette qu'il égarait à chaque fois qu'il faisait ses valises. Moins discrets, Jeff et Amos retinrent difficilement un éclat de rire et le regard assassin de Meredith se tourna vers eux. Howard, lui, cacha rapidement son sourire amusé, assez intelligent pour savoir qu'il serait malvenu de rire s'il ne voulait pas d'une nouvelle période de froid avec Meredith – un froid qu'il n'avait pas causé depuis sa bavure de septembre lorsqu'il avait repris sa mauvaise habitude de se détendre avec des substances illicites.
Heureusement pour Amos et Jeff, Sirius attira de nouveau l'attention de sa coéquipière batteuse :
« Ah et avant que je n'oublie. Meredith, ta copine Winnifred te cherchait. »
Oh, pensa Eva et, incidemment, elle eut soudainement moins chaud.
« Carina me cherchait ? Et c'est elle qui te l'a dit ? demanda Meredith, oscillant entre l'étonnement et la suspicion.
– Il l'a bousculé dans le couloir quand il voulait faire le malin à marcher à l'envers, intervint Remus et Sirius protesta faiblement avec un « hé » agacé, la fumée s'échappant de ses oreilles s'étant presque évaporée.
– Je me disais bien que c'était bizarre qu'elle t'ait adressé la parole, » commenta Meredith.
Dans l'étrange silence qui suivit, Eva posa résolument les yeux sur Jeff qui, en face d'elle, observait avec une curiosité discrète la grimace difficilement refoulée de Sirius qui ramenait ses cheveux en arrière d'un geste indéniablement mal à l'aise face à l'air venimeux de Meredith. Puis, inconsciemment, Eva détourna son regard vers la droite et croisa le regard sombre d'Howard qui la fixait par-dessus les boucles foncées de Meredith qui s'échappaient de sa tresse épaisse.
« Prends tes couilles en main, Eva. Si quelque chose ne te plaît pas, réagis. Mais va pas chouiner si tu fais aucun effort pour changer les choses. »
« Q-quelqu'un veut un bonbon ? » s'enquit soudainement Peter et Eva lâcha sa jambe pour coincer une mèche bouclée derrière son oreille.
Pourquoi je suis si… ? s'agaça Eva alors qu'elle entendait Amos marmonner « C'était quoi ça ? » à Jeff et que James acceptait la Chocogrenouille que lui tendait Peter. Pourquoi je suis comme ça ?
« Hé, j'ai pas payé ma part pour donner tout aux blaireaux, protesta Sirius en arquant ses sourcils en direction de Peter debout derrière lui, croisant les bras sur son torse.
– C'est moi le père Noël ! se défendit Peter.
– Tu es celui qui lui as attribué le bonnet. Assume les conséquences, » trancha Remus.
Peter acquiesça vigoureusement et Sirius poussa un soupir en levant les yeux au ciel :
« D'accord, d'accord, s'exaspéra-t-il avant de dérober des sucreries des bras de Peter. Mais ma bonté a des limites. »
Sirius se retourna vers les membres du compartiment et, pour la première fois depuis deux jours, ses yeux gris se posèrent directement sur ceux d'Eva.
Eva se sentit soudainement à nue avec ses chaussettes rouges recousues à l'air libre et ses cheveux détachés pour la première fois depuis deux jours. Elle eut l'impression de ne pas être assez avec son pull en laine rouge élargi après des années d'utilisation et d'être trop avec le rouge à lèvre lui décorant les lèvres et les boucles de ses cheveux.
Inconscient de l'effet qu'il avait sur elle, Sirius pinça entre ses doigts les friandises qu'il tenait dans la paume de sa main puis, de son autre main, il les lança une à une dans la direction d'Eva.
Eva ne savait pas s'il avait fait exprès ou s'il ne savait tout simplement pas viser sans batte mais deux patacitrouilles atterrirent sur les chaussures abandonnées d'Eva et la troisième atterrit sur les genoux d'Akash.
En cinq secondes, Akash attrapa la patacitrouille, enleva l'emballage et engloutit la friandise. Si rapide fut-il que Meredith n'eut le temps que de faire remarquer qu'il y avait clairement du favoritisme. Ce à quoi Sirius répondit avec une nonchalance provocatrice : « Demande à ton copain de te nourrir dans ce cas. » Puis, désignant avec son menton les patacitrouilles toujours par terre, il ajouta : « Prends Eva. C'est ton cadeau de la part de Père Pettigrow. »
Amos émit une exclamation amusée et Eva le supplia intérieurement de ne rien dire. Elle ne voulait absolument pas subir un interrogatoire de la part d'Akash. Jeff aurait la politesse de faire semblant de ne pas écouter et Howard prendrait un air désintéressé mais Eva savait très bien qu'ils écouteraient tous les deux avec intérêt. Elle voulait encore moins parler de Sirius en présence de Meredith – Meredith la meilleure amie de Carina Winnifred qui attendait toujours une suite à son aventure d'un soir avec Sirius.
Mais contrairement à Eva, Sirius était beaucoup plus direct :
« Quelque chose à dire Diggory ? »
Nul doute que si Amos était encore dans une introspection morose comme il y a deux jours, le ton de Sirius n'aurait pas manqué de causer sa colère mais, aujourd'hui, Amos ne fit qu'adresser un rictus moqueur au Gryffondor de 6e année, la joue posée contre son poing et le coude enfoncé dans l'accoudoir en velours du bout de la banquette.
« Non, rien du tout, Sirius.
– Je crois qu'on va vous laisser.
– J'aurais préféré une plume à sucre. »
Eva et James échangèrent un regard, l'un avec sa main sur l'épaule de Sirius qui détacha lentement son regard du Poufsouffle qui le provoquait du regard – la légèreté de son rictus moqueur en contradiction avec le sérieux dans ses yeux – et l'autre avec les deux patacitrouilles qu'elle venait de ramasser dans la main.
Remus prit rapidement le relai, déposant d'un wingardium leviosa une plume à sucre sous le nez d'Eva avant de décider la seconde suivante d'offrir une friandise à chaque 7e année du compartiment pour en finir avec les prises de tête. Puis, les Gryffondors les quittèrent et, s'obligeant à ne pas suivre du regard la tête brune qui s'éloignait, Eva proposa une bataille explosive.
Ils s'occupèrent le reste de la matinée avec d'autres jeux de cartes, en particulier les jeux de cartes moldus que Howard les avait fait découvrir. Meredith ne quitta pas les genoux d'Howard et elle envoya paître Akash à chaque fois que celui-ci l'accusait de tricher avec la complicité de son petit ami.
En début d'après-midi, les Serdaigles firent leur apparition. Tony Valasquez poussa sans aucune gêne Akash pour se créer de la place sur la banquette. Plus contenu, Francis Lockhart s'installa par terre, le dos calé contre la porte du compartiment. Cette différence entre les deux Serdaigles était suffisante pour expliquer que ce soit Francis qui ait reçu le badge de capitaine et non pas Tony bien que l'énergie de celui-ci enflamme toujours l'équipe des aigles lors d'un match de Quidditch particulièrement serré.
Plus tard, Luke Carstein fit glisser la porte de leur compartiment et les salua avec un sourire distrait. Eva marmonna un bonjour sans quitter des yeux ses cartes alors que les garçons accueillaient avec entrain le préfet-en-chef, s'émerveillant du fait qu'il ait enfin réussi à libérer un créneau dans son emploi du temps de ministre pour passer les voir, eux pauvres gueux. Luke nia être si occupé mais admit qu'il allait bien faire un stage au Magenmagot pendant les vacances de Noël après une taquinerie de la part de Francis. Finalement, Luke jeta un coup d'œil tracassé à sa montre et coupa court aux railleries en demandant à Jeff s'il pouvait venir faire une ronde avec lui.
« Tu n'avais pas déjà quelqu'un d'autre de prévu ? s'enquit Jeff en se relevant et Amos se glissa pour prendre sa place.
– Si, mais Royce est parti sans prévenir hier, » soupira Luke, trop poli pour afficher ouvertement son agacement à cette déconvenue.
À l'entente de ce prénom, Eva cessa de faire semblant de ne pas avoir remarqué l'arrivée du préfet-en-chef. Elle leva discrètement les yeux par-dessus son jeu de cartes qui allait certainement rendre muet de stupeur Tony Valasquez qui se vantait bruyamment d'avoir le meilleur jeu de cartes possible dans le seul but d'agacer Akash. La technique du batteur de Serdaigle marchait très bien : Akash le fusillait du regard du coin de l'œil, la tête rentrée dans les épaules pour cacher ses cartes.
« Il avait des affaires de famille urgentes, continua Luke, inconscient de son audience attentive. Je n'ai pas eu le temps de changer l'emploi du temps des préfets. Je suis vraiment désolé de t'embêter avec ça, soupira Luke en passant une main agitée dans ses cheveux bruns habituellement parfaitement coiffés. J'aurais bien demandé l'aide de Charlotte mais elle semblait dormir à poing fermé.
– Tu as trouvé Charlotte ? dit Jeff en étirant ses bras pour attraper son sac de cours rangé au-dessus de la banquette. Désolé, je ne sais pas où est-ce que j'ai rangé mon badge de préfet ce matin.
– Ne t'inquiète pas pour ça, lui répondit Luke, toujours l'épitomé de la patience. Charlotte était dans le compartiment du groupe de Calvin McKinnon.
– McKinnon ? répéta distraitement Jeff en fouillant dans son sac qu'il avait déposé sur la banquette. Le petit frère de – »
Mais Jeff fut interrompu par Akash qui se redressa soudainement, interrompant une nouvelle brimade de Tony :
« Calvin McKinnon ?! aboya Akash, faisant sursauter Francis Lockhart qui était occupé à ranger consciencieusement son jeu de cartes. Ce ne serait pas le petit con qui essaye de draguer ma sœur ?!
– Wah Banerjee, calme-toi ! s'esclaffa Tony Valasquez en tapotant l'épaule d'Akash qui se dégagea avec un grommèlement. C'est un mec bien le p'tit McKinnon. Très drôle quand tu le fais boire une bière ou deux.
– Il boit en plus ? s'exclama Akash. Je savais bien qu'il n'était qu'un vulgaire voyou, siffla-t-il avec malveillance.
– Eh bien il m'a l'air d'être le parfait beau-frère pour toi alors, » plaisanta Meredith, grattant distraitement les petits cheveux de la nuque de son petit ami.
Le regard noir, Akash enchaîna les remarques cinglantes sur le petit frère de 4e année de Marlène McKinnon et Jeff et Luke disparurent pour remplir leur devoir de préfets.
Tony et Francis restèrent jusqu'à ce que la sorcière à chariot ne passe. Une fois la panse remplie, ils leur souhaitèrent un joyeux Noël et partirent voir ce que faisaient les Gryffondors. Meredith et Howard partirent avec eux.
Le reste de l'après-midi fut beaucoup plus calme. Amos continua de lire le livre qu'Howard lui avait prêté pour les vacances (« Le Monde de Narnia : Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique »), Akash ronfla contre l'oreille d'Eva, la tête posée sur son épaule et Eva observa avec des yeux entrouverts la neige tourbillonner dans les airs, son manuel de métamorphose abandonné sur ses genoux.
Lorsque les petites lumières s'allumèrent et que les ténèbres empêchèrent Eva d'admirer le paysage dehors, Amos prit la parole :
« Ce que tu nous as dit hier. Tu en as parlé avec Charlotte ? »
La tête posée contre son poing, Eva arrêta de fixer son reflet dans la fenêtre. La tête d'Akash avait glissé jusqu'à son biceps et il sifflait doucement entre ses lèvres entrouvertes.
Le sérieux dans le regard d'Amos déboussola Eva.
« Non. Elle ne veut pas me…, commença Eva mais les mots sonnaient maladroitement dans sa bouche. Je lui ai laissé une lettre, » finit-elle par dire, mal à l'aise de parler de ses troubles concernant Charlotte avec Amos.
La contenance d'Amos s'émietta et Eva lut quelque chose de rare sur son visage : de l'incertitude.
« Envoie-lui d'autres lettres pendant les vacances. Elle n'a jamais su rester fâchée quand on prend la peine de lui envoyer des lettres.
– Je sais, » souffla Eva.
Le train siffla. Petit à petit, il ralentit. Les ténèbres de la campagne disparurent pour laisser place à la lumière des réverbères de la banlieue londonienne avant qu'Eva ne doive poser sa main devant ses yeux face à la lumière éclatante de la gare de King's Cross.
Le sol tremblait sous ses pieds. Le train continua de ralentir et, petit à petit, Eva put distinguer des visages dans la foule se pressant sur le quai 9 ¾. Soudainement, le réflexe qu'elle avait réprimé au fil de la semaine revint et elle agrippa son écharpe qu'elle avait enroulé autour de son cou.
Les garçons bondirent à leurs pieds, vibrant d'énergie après une journée entière à rester entre quatre murs.
« Putain, il était temps. Cette banquette m'a défoncé le fion.
– Je me demande ce que maman a préparé à manger pour ce soir. Il n'y a pas intérêt qu'elle ait fait un de ces foutus cheesecakes à la con d'Emma.
– Amos, tu veux bien te décaler ? T'es assis sur mon manteau.
– Ah merde, désolé Jeff. Je croyais que c'était celui d'Akash.
– Hé, tu veux que je te dézingue ton manteau de bourge ?
– Calme-toi, Akash. C'est les patacitrouilles que t'a filé Francis qui te mettent dans cet état-là ? »
Laissant Amos et Akash à leurs pitreries, Eva aida Howard à ranger la quantité impressionnante de Chocogrenouilles dans son sac. Il paniquait car il venait de réaliser que sa mère serait loin d'être heureuse de savoir qu'il avait dépensé tout son argent de poche dans l'achat de friandises.
C'est toujours aussi bruyamment qu'ils sortirent enfin du compartiment et c'est de la même manière qu'ils jouèrent du coude pour se faire une place dans le couloir afin de sortir rapidement du train.
Sur le quai, ils se déplacèrent de quelques mètres pour ne pas boucher la sortie du train puis ils commencèrent à se saluer à bonne dose de « joyeux noël ! » et de « on se tient au courant pour le Nouvel An ! ». Howard fut le premier à partir. Il ébouriffa les cheveux d'Eva pour lui dire au revoir. Puis, Jeff aperçut sa grand-mère l'attendant dignement en s'appuyant sur sa canne et il s'éclipsa après un dernier sourire.
Akash glissa son bras autour des épaules d'Eva et lui ordonna de ne pas trop pleurer en son absence. Shuri, la sœur d'Akash de 2ème année, apparut et pressa son grand frère pour qu'ils retrouvent leur mère. Akash ronchonna en essayant de dégager sa main de la prise de la prise de sa petite sœur qui était toute aussi butée que lui mais, soudainement, il se figea avant qu'un rictus irrité ne déforme sa bouche.
Akash s'engouffra dans la foule, Shuri toujours accrochée à sa main :
« Hé McKinnon junior, bas les pattes de ma sœur ! » fut la dernière chose qu'Eva entendit de la bouche d'Akash.
Eva pouffa de rire et rajusta son bonnet sur son crâne maintenant qu'Akash n'était plus là pour la décoiffer. Amos l'imita et observa son meilleur ami disparaître dans la foule.
« Je crois que j'ai bien fait de ne pas lui dire que j'ai vu sa sœur embrasser McKinnon Junior au bal d'Halloween, commenta Amos, s'attirant un regard surpris de la part d'Eva. Et c'était pas McKinnon le fautif dans l'histoire. La p'tite Rashti lui a littéralement sauter dessus, révéla Amos avec un sourire amusé, puis il se tourna vers Eva : Peut-être que tu devrais suivre son exemple avec Black. Il me donne l'impression de s'impatienter. À moins que tu m'ais fait des cachoteries et qu'en privé vous faites autre chose que vous tenir par la main.
– Amos ! siffla Eva en sentant ses joues s'enflammer traitreusement, ultra consciente de la foule qui les entourait.
– Juste un conseil, Eva : réveille-toi si tu veux que quelque chose se passe. C'est bien beau de le suivre du regard dès que tu le vois – oui, j'ai très bien remarqué ton manège. Tu n'es pas aussi discrète que tu ne le penses.
– C'est faux, bredouilla-t-elle, je ne – »
Amos posa sa main sur le bonnet d'Eva, faisant tomber ce dernier jusqu'aux cils d'Eva. Elle savait qu'elle avait le visage rouge mais, les traits subitement sérieux, Amos lui dit :
« Ne joue pas avec ses sentiments. Ne deviens pas une fille comme ça. Même si Black joue au gros dur, je t'assure qu'il ira voir autre part si tu ne te réveilles pas bientôt.
– Je ne joue pas avec lui, se défendit Eva, le mot sentiment résonnant dans son esprit aussi fortement que les battements de son cœur résonnaient dans ses oreilles. Je ne suis pas comme ça. J'ai…J'ai juste besoin de temps, » termina Eva sur le bout des lèvres, le visage en surchauffe après cette confession qu'elle n'aurait jamais pensé faire à Amos.
Les lèvres d'Amos se tordirent en un sourire triste qu'Eva ne lui connaissait pas.
« Ne prends pas trop de temps pour te décider alors. Je sais bien que la situation avec ta mère est plus que merdique mais rappelle-toi qu'il n'y a pas que les filles qui ont un cœur. »
Et lorsqu'Amos se redressa pour observer un point au-dessus de l'épaule d'Eva, celle-ci se retourna pour suivre son regard, un élan d'appréhension la traversant alors qu'elle se faisait la réflexion que jamais elle n'avait vu Amos prendre cet air las.
Eva reconnut instantanément ces boucles blondes. C'était Charlotte à quelques mètres derrière eux. Elle était lovée sous le bras protecteur de son grand frère : Anthony, de sept ans son aîné. Un sourire lumineux aux lèvres et ses lunettes rondes glissant sur son nez, Anthony baissait la tête pour parler avec animation à Charlotte tout en la guidant à travers la foule.
« Bref, reprit abruptement Amos, la daronne doit m'attendre. Joyeux Noël Eva. »
Affublé de son assurance habituel, Amos hissa sa valise sur son épaule et, après avoir donné une pichenette à la joue d'Eva en guise d'au revoir, il s'engouffra à son tour dans la foule.
Seule, Eva inspira et se décida à s'aventurer à son tour dans la foule malgré son appréhension. Elle s'interdit de se remémorer toutes ces fois où Anthony l'avait ramené en voiture après qu'il ait découvert qu'Eva prenait seule le métro londonien pour rentrer.
Eva zigzagua entre les familles qui quittaient lentement le quai 9 ¾. Celles qui restaient encore étaient en majorité des familles sorcières. À la vue de leurs vêtements distingués et de leurs bijoux ostentatoires, Eva en conclut que c'était certainement des Sang-Purs.
Elle esquiva un petit garçon qui s'était échappé des bras de sa mère (« Excusez-moi, lady Parkinson. Calvin, va rattraper Jonathan ! »). Lorsqu'Eva leva les yeux, elle vit Marlène McKinnon entourée de sa famille sourire modestement à Adrian Parkinson et ceux qui devaient être les parents de cette sale fouine. À côté de la préfète de Serdaigle se trouvait une femme qui devait être sa mère. Celle-ci poussait en avant Calvin McKinnon pour qu'il rattrape un petit blondinet qui semblait décidé à faire sa première fugue à six ans.
Eva s'empressa d'avancer mais non loin de là se trouvait une autre partie de la noble Maison Parkinson. Il n'y avait besoin que d'un coup d'œil pour réaliser que la très élégante sorcière qui s'adressait à Oliver Avery était la mère d'Ava Parkinson. Sa fille était son portrait craché. Pourtant, cela ne voulait pas dire que les deux s'entendaient car cette même Ava Parkinson observait avec une grimace sa mère flirter avec Oliver Avery derrière son éventail. Oui, flirter car, d'après les révélations de la Serpentarde dans les toilettes des Trois Balais, Lady Parkinson était une femme avare qui ne se souciait guère de l'âge de la majorité.
En observant seulement le visage souriant d'Oliver Avery, on ne devinerait pas que la mère Parkinson lui avait déjà fait des avances déplacées. Or, il suffisait simplement de voir le regard glacial d'Amélia Avery, lovée contre son frère comme pour le protéger, pour comprendre que la préfète-en-chef en était ultra consciente. Inconscients de ce qu'il se tramait, les parents des jumeaux discutaient avec Lord Parkinson un mètre plus loin.
Mais Eva ne s'y attarda pas – elle n'en avait plus rien à faire d'Oliver Avery.
Elle se glissa entre une paire de grands-parents, sa valise lévitant derrière elle. Ce n'est que lorsqu'un visage familier apparut devant elle qu'elle s'arrêta enfin.
Le visage ridé de Fleamont Potter s'illumina à sa vue et un sourire se dessina automatiquement sur les lèvres d'Eva en retour. Comme à son habitude, Fleamont était paré de son chapeau melon qu'aucun autre sorcier Sang-Pur ne daignerait porter. Sur sa robe de sorcier étaient épinglés ses badges de Maitre de Potions et de Juge Honorifique du Magenmagot qui, bien qu'attirant toujours l'œil admiratif ou curieux des gens, n'étaient nullement égalés par la broche dorée d'un lion à deux têtes sur sa poitrine, symbole de la Maison Potter.
Fleamont Potter était le patriarche de la famille Potter, un Sang-Pur influent qui n'aurait jamais dû s'associer à une personne telle qu'Eva. Mais, à l'entente de la chaleur dans la voix du père de James lorsqu'il s'adressa à elle, on aurait pu croire qu'Eva était digne d'appartenir au cercle très fermé de la noblesse sorcière.
« Eva ! s'exclama Fleamont en baissant sa tête une seconde à peine avant qu'un hibou fugueur ne passe par là. Je te trouve enfin ! J'ai bien cru que j'allais devoir faire une annonce d'enfant perdu pour espérer pouvoir te retrouver, plaisanta-t-il en s'arrêtant à sa hauteur.
– Bonjour Fleamont, l'accueillit Eva avant de déposer un léger baiser sur sa joue.
– Merlin, ne me dis pas que tu as encore grandi, dit Fleamont en reculant d'un pas et en rehaussant son chapeau melon avec son index pour la détailler du regard. Bientôt je ne pourrais même plus te saluer sans avoir à me mettre sur la pointe des pieds !
– N'exagère pas, sourit Eva. Je n'ai pas grandi depuis l'année dernière.
– Eh bien j'aurais été plus à même d'en juger si tu avais trouvé le temps de nous rendre visite l'été dernier. On m'a dit que tu étais tombée malade. Tu t'en es bien remise, j'espère ? » s'enquit Fleamont en lui adressant un coup d'œil inquisiteur.
« On m'a dit ». Une très belle manière de ne pas dire « Ta mère portée disparue aujourd'hui nous avait informé. » Fleamont avait toujours été ainsi : un homme qui choisissait soigneusement ses mots. Ce n'était pas quelque chose qu'il avait réussi à transmettre à James qui avait tout autant de subtilité qu'un Hippogriffe en rut.
« Oui, ce n'était rien de bien grave.
– Bien, bien. Ce sont toutes tes affaires ? demanda Fleamont en désignant avec sa baguette la valise aux pieds d'Eva et la brune acquiesça. Les garçons devraient prendre exemple sur toi, » s'amusa Fleamont en agitant sa baguette.
La valise d'Eva s'éleva dans les airs et Fleamont lui offrit son bras. Eva déposa sa main dans le creux de son coude, se disant que les garçons dont Fleamont parlait étaient sans doute James et Sirius. Eva s'était plus d'une fois moquée de James alors qu'il essayait de ranger l'équivalent de sa chambre dans sa valise la veille du départ du Poudlard Express. Quant à Sirius, les quelques fois où ils s'étaient croisés chez les Potter à la fin des vacances, il avait toujours semblé à Eva que Sirius emménageait pour de bon chez la famille de son meilleur ami.
« On croirait qu'ils déménagent toute une vie rien que pour deux semaines, continua Fleamont en traversant avec aisance la foule qui se décalait sans qu'il n'ait à faire le moindre geste. J'espère que James n'a pas de nouveau ramené de Boules Puantes. Euphémia ne lui a jamais pardonné d'avoir oublié ses Boules Puantes dans sa valise pendant toutes les vacances d'été, sourit Fleamont, les réactions de sa femme le divertissant toujours grandement. Tu étais présente cet été-là, n'est-ce pas Eva ?
– Oui, j'étais là pour sentir l'horrible odeur de la valise de James, acquiesça Eva en se remémorant les cris ulcérés d'Euphémia le veille de son départ pour sa 3ème année à Poudlard.
– Mais dis-moi, tu as passé un bon voyage ? demanda abruptement Fleamont en lui tapotant affectueusement son bras qu'Eva avait enroulé autour du sien. Tu avais préparé un casse-croûte ? James a plus d'une fois oublié. Euphémia n'a jamais été guère heureuse de le voir débourser tout son argent dans le chariot à friandises du Poudlard Express. »
Fleamont continua de lui faire la discussion alors qu'ils traversaient le quai. L'arrivée sur le quai 9 ¾ était toujours une cohue monstre, une cohue qui offrait des spectacles qu'Eva avait secrètement en horreur. Elle détourna son regard d'une mère de famille rousse qui nettoyait avec agacement une tache sur la joue de son fils qui gigotait pour qu'elle le laisse partir.
Échangeant des banalités, Fleamont et Eva avancèrent jusqu'à ce qu'Eva aperçoive devant elle le chignon tressé d'Euphémia. À l'idée de revoir Euphémia, le cœur d'Eva fit un bond dans sa poitrine, un mélange d'anxiété et d'excitation la prenant d'assaut. À la droite de sa marraine se trouvait James, ses cheveux indomptables l'antithèse de la perfection de sa mère, puis, à côté de James, il y avait Sirius. Et contrairement à James, Sirius remplissait parfaitement les critères de perfection d'Euphémia si on omettait la longueur de ses cheveux ébènes qui chatouillaient ses épaules.
Inconsciemment, Eva ralentit mais Fleamont continua d'avancer jusqu'à ce qu'il ne dépose sa main en bas du dos de sa femme pour l'avertir de sa présence. Sirius qui leur tournait pourtant le dos tourna légèrement la tête et son regard croisa celui d'Eva.
Il portait son masque stoïque, celui qu'Eva détestait, et dans ses yeux gris se trouvait cette lueur de fureur qui l'avait embrasé à l'extérieur de l'infirmerie – avant ce baisemain brûlant dont Eva avait tenté des heures plus tard d'effacer les traces en se frottant vainement la main – et devant Mulciber Senior aux Trois Balais, le menton effrontément levé alors qu'il était sale de poussière.
Le visage de marbre, Euphémia accueillit avec un regard son mari et en fit de même pour Eva qui s'était arrêtée à côté de celui-ci. Mais Eva n'eut pas le temps d'être blessée par cet accueil si froid car devant elle se tenait la copie conforme de Sirius si celui-ci avait des cheveux grisonnants et des rides aux coins de ses yeux gris.
Sirius pouvait être très intimidant mais, face à la froideur glaciale qui émanait de l'homme devant eux, Eva réalisa que Sirius était bien plus chaleureux qu'un Sang-Pur ne devrait l'être.
« Orion, sourit Fleamont. Quel plaisir de te voir. »
Orion Black. Cet homme à côté duquel se tenait Regulus Black qu'Eva n'avait jamais vu se tenir si rigidement était le père de Sirius.
« Fleamont, dit en retour Orion Black, ses yeux gris détaillant lentement du regard les deux nouveaux arrivants sous son chapeau de sorcier. Je pensais que tu étais toujours à Lyon. »
Eva serra avec plus de force le coude de Fleamont lorsqu'Orion Black s'attarda sur elle. Il l'observa de bas en haut sans aucune émotion particulière puis il se désintéressa d'elle. En moins de deux secondes il venait de conclure qu'elle n'était pas digne de son attention.
Ce n'était pas le premier ni ne serait le dernier à le penser.
« Les pourparlers ont été plus faciles que ce que nous pensions, répondit Fleamont, le seul à sourire dans leur regroupement. Les français sont plus simples à convaincre en face à face que par cheminée – surtout lorsque les négociations sont accompagnées d'un bon vin. »
Regulus Black était debout à côté de son père. Stoïque, il fixait un point au-dessus d'Euphémia, comme s'il essayait de n'être présent que physiquement. En voyant le jeune Serpentard ainsi, Eva eut la soudaine envie de voir l'expression de Sirius. Mais de là où elle se tenait, il aurait fallu qu'elle se penche en avant pour que sa vue ne soit plus obstruée par le trio de Potter et il était hors de question qu'elle se fasse remarquer par le patriarche Black, encore moins si c'était pour dévisager son héritier telle une adolescente amoureuse transie.
Le père de Sirius fit un « hum » contemplateur et, si Orion Black n'était pas un membre distingué de la société, sa réponse lui aurait valu une réprimande de la part d'Euphémia pour qui la politesse était un art de vivre. Toujours à la limite de l'impolitesse, Orion Black se désintéressa de Fleamont. Du coin de l'œil, Eva eut l'impression de voir un léger sourire amusé se dessiner sur les lèvres de Fleamont mais pourquoi serait-il amusé par ce flagrant manque de respect à son égard ?
« Sirius. Je ne te le redirai pas une seconde fois : réponds à mes lettres ou tes illusions enfantines de liberté disparaîtront bien vite. »
À côté de son père, Regulus Black continua de fixer obstinément un point dans le vide, les mains jointes derrière son dos et l'air tout simplement inanimé.
« Allez vous faire foutre, père. »
Mais, contrairement à son frère, Sirius lui était animé par une rage de vivre ardente et c'est celle-ci qui fit enfin apparaître une émotion sur le visage angulaire d'Orion Black : un éclair de fureur dans ses yeux gris. À cette vue, Eva resserra inconsciemment sa prise sur le coude de Fleamont.
« La vulgarité ne te sied pas. Force est de constater que tes fréquentations n'ont fait qu'aggraver ton immaturité, dit le père de Sirius et, face à ce mélange de fureur et de déception dans ses yeux, Eva n'était pas sûre qu'elle aurait pu faire autre chose que fondre en larmes si ces paroles lui étaient adressées.
– Vous n'êtes qu'un –
– Lord Black, veuillez m'excuser de couper court à ces retrouvailles mais nous avons fait des réservations ce soir pour fêter le retour des enfants, intervint Euphémia, coupant court au grondement sortant de la bouche de son fils. Je serai bien sûr ravie de vous accueillir au manoir autour d'une tasse de thé si vous n'avez pas déjà d'autres engagements – je n'ai pas encore reçu de réponse de votre part pour notre bal du solstice. »
Après un long instant de tension, Orion Black détacha enfin ses yeux plissés de James pour répondre à la mère de ce dernier. Automatiquement, son visage se lissa de toute émotion, comme s'il avait réalisé qu'il leur avait montré plus qu'il n'aurait dû en public.
« Je vous remercie pour votre invitation. Je ne manquerai pas d'y répondre si mon emploi du temps me le permet. Malheureusement, nous avons déjà accepté l'invitation des Rosier pour le solstice d'hiver. Leur réception irréprochable de l'année dernière m'avait impressionné, dit platement Orion Black et, derrière son stoïcisme, Eva ne put s'empêcher de voir une insulte à peine voilée vers les Potter.
– L'année prochaine peut-être, consentit Euphémia, rien ne laissant deviner qu'elle en était venue aux mêmes conclusions qu'Eva. Je maintiens toutefois mon invitation pour un thé. Transmettez mes salutations à votre femme et mes meilleurs vœux au reste de votre famille, conclut Euphémia en incluant Regulus d'un regard.
– Je n'y manquerai pas, répondit Orion Black puis, il hocha son chapeau de sorcier en direction de Fleamont : Fleamont. »
Après un dernier regard indéchiffrable dans la direction de Sirius, Orion Black disparut avec Regulus Black qui s'empressa de suivre son père après avoir rigidement hoché la tête en guise de salutations. Ils restèrent quelques instants debout en silence à observer la robe de sorcier vert sombre d'Orion Black s'éloigner et ce fut James qui brisa le silence avec un commentaire railleur :
« Dis donc, toujours aussi aimable le Papa Black. Il ne s'arrange pas avec l'âge.
– Un de ces jours il va claquer à cause de toute la glace dans son cœur, renchérit sombrement Sirius.
– Les garçons ! siffla Euphémia en prenant soin de ne pas hausser la voix. Ne dites pas ce genre de choses ici.
– Désolé maman, s'excusa nonchalamment James, sa fureur de tantôt l'ayant quitté. J'avais oublié que le quai 9 ¾ servait de salon de thé pour les parents sang-purs.
– Tu es irresponsable James, s'agaça Euphémia après avoir claqué sa langue contre son palais. Je ne sais pas qui t'a éduqué.
– Eh bien Possy, non ? C'est comme ça que ça se passe chez les nobles Sang-Purs : les elfes de Maison élèvent les enfants et, une fois qu'ils ne font plus dans leur froc, les mamans sacrifient leur bébé aux autres rapaces Sang-Purs. »
À ces mots, Euphémia attrapa délicatement le bras de James et le força à se baisser vers elle. Doucement mais pas assez bas pour qu'Eva ne l'entende pas, Euphémia prévint son fils que s'il ne voulait pas passer ses vacances enfermé dans sa chambre sans Sirius, il se tairait. Satisfaite, Euphémia le relâcha et James se redressa avec une grimace, ayant l'air de se rappeler que revenir sous le toit de ses parents revenait à respecter les règles de sa mère.
« Voyons Euphémia, le priver de Sirius ? Ça me parait bien cruel, intervint avec amusement Fleamont, s'octroyant un regard agacé de la part de sa femme.
– S'il savait garder sa bouche close nous n'aurions pas ce problème.
– T'entends ça ? Je suis presque honoré d'être considéré comme ton jouet préféré, » dit Sirius en arrière-plan mais Eva ne l'entendit qu'à peine alors qu'Euphémia posait enfin les yeux sur elle.
Eva ne remarqua pas la chaleur de Fleamont la quitter. Non, elle était focalisée sur l'expression si dure du visage d'Euphémia. Elle m'en veut, elle m'en veut de ne pas avoir répondu à sa lettre. Le corps tendu, Eva observa la main d'Euphémia se lever et se tendre vers elle. Je suis désolée, je ne pouvais pas te répondre. C'était au-dessus de mes forces. Mais, au lieu de la blâmer, Euphémia posa sa main sur la joue d'Eva en un geste si affectueux qu'Eva se fit violence pour faire taire l'émotion qui lui humidifiait soudainement les yeux.
« Eva, que ça me fait du bien de voir ton visage, dit Euphémia, si douce contrairement à lorsqu'elle s'était adressé à James. Tu m'as beaucoup trop inquiété ces derniers temps. Tu as passé un bon voyage ? Tu n'es pas trop fatiguée ? »
Un an plus tôt, Eva aurait retiré la main d'Euphémia de sa joue. Elle aurait ri et aurait dit qu'il n'y avait pas besoin d'autant de mièvrerie. Un an plus tôt, c'était exactement ce qu'elle avait fait, mal à l'aise devant tant d'affection de la part de sa marraine alors qu'elle sentait sur elle le regard brûlant de Royce Mulciber. Elle savait qu'il avait fait exprès de traîner sur le quai dans le but de voir sa mère.
« Bâtarde. Ta mère n'est qu'une sale pute. Son seul avantage est ce qu'elle cache entre ses jambes. C'est juste pour ça qu'elle a eu droit à une promotion. Qui voudrait d'une incapable comme elle sinon ? L'ambassadeur avait juste besoin de quelqu'un pour réchauffer son lit et il a accepté la première désespérée. »
Alors, à la vue d'Euphémia l'attendant de pied ferme, pour la première fois de sa scolarité, Eva n'avait pas ressenti de déception à l'absence de sa mère. Elle avait été soulagée, si soulagée de ne pas avoir à confronter ses deux mondes : celui de plus en plus étouffant de Poudlard à cause des chuchotements malveillants de Mulciber à son oreille et celui du monde extérieur où Eva pouvait prétendre ne pas remarquer la hiérarchie du monde sorcier et les secrets de plus en plus pesants de sa mère.
Un an plus tard, Eva laissa la douceur d'Euphémia l'envelopper et elle la laissa l'assommer de questions sur son trajet alors que Fleamont, James et Sirius échangeaient des plaisanteries. Et lorsque la main d'Euphémia glissa de sa joue jusqu'à sa main qu'elle serra affectueusement, Eva se laissa être immergée par le contentement familier que lui procurait la famille Potter.
Euphémia réaffirma sa prise sur le bras d'Eva lorsque celle-ci trébucha en atterrissant soudainement sur le trottoir enneigé de Godric's Hollow.
Dans la nuit, seuls les réverbères décorés par des guirlandes illuminaient la fine couche de neige sous leurs pieds. Malgré la noirceur, Eva reconnut instantanément l'endroit où elles étaient même si elle ne voyait nulle part les grilles du manoir des Potter.
Euphémia sortit un parchemin de la poche de son élégant manteau à fourrure grise.
« Lis ce parchemin, chuchota Euphémia. Cela te permettra de transplaner directement dans le manoir les prochaines fois. »
L'adresse du manoir des Potter était écrite de l'écriture gracieuse d'Euphémia. Eva était devenue intimement familière avec cette écriture suite aux nombreuses lettres qu'elle avait échangé avec Euphémia depuis son arrivée à Poudlard en 1969.
« Vous avez de nouveau changé le mot de passe, » commenta Eva à voix basse alors qu'Euphémia l'entraînait vers les grilles qui venaient d'apparaître, son bras enroulé autour du sien.
Sur les grilles se trouvait de nouveau le lion à deux têtes. Le lion se scinda en deux alors que les grilles s'ouvraient sans qu'Euphémia n'ait à effectuer le moindre geste.
« L'attaque de Pré-au-Lard n'était pas anodine, » dit Euphémia alors que sous ses talons grésillait le gravier qui recouvrait l'allée principale du jardin.
À chacun de leur pas apparaissaient des boules de lumière suspendues dans les airs, éclairant les faibles flocons de neige qui rendaient encore plus majestueux le jardin de fleurs qu'Eva avait aidé Euphémia à entretenir d'aussi loin qu'elle se souvienne. Comme à chaque hiver, Eva ne put s'empêcher d'admirer les roses blanches qui s'animèrent à son passage, comme si elles la saluaient.
« Ils sont de plus en plus audacieux dans leurs attaques, continua sombrement Euphémia. J'ai bien peur que nous ne sommes pas exempts d'une visite de leur part. »
Effrayée à cette idée, Eva enfonça son menton dans son écharpe et jeta un regard en biais à Euphémia qui regardait droit devant elle, ses yeux vert-marron fixés sur la porte d'entrée du manoir. La crispation de sa mâchoire la faisait ressembler à James bien qu'Euphémia soit tout ce qu'il y ait de plus féminin avec son chapeau de sorcière épinglé à son chignon tressé et son rouge à lèvres carmin qui tranchait avec le blanc de ses cheveux.
« J'aurais préféré annuler notre réception de Noël au vu des circonstances mais montrer la moindre faiblesse en cette période serait une erreur colossale. Et puis, il est primordial de resserrer nos liens avec ceux qui pourraient être tentés par des offres sinistres qui sont de moins en moins dissimulées, » dit Euphémia alors qu'elles montaient les marches du perron mais Euphémia n'amorça pas le moindre geste pour ouvrir la porte d'entrée.
Les boules de lumière qui les avait suivis depuis leur entrée dans le domaine ancestral des Potter restèrent suspendus au-dessus d'elles et Euphémia détacha son bras de celui d'Eva pour adresser un regard des plus sérieux à sa filleule :
« Pourquoi n'as-tu pas répondu à ma dernière lettre ? »
Eva savait que cette question viendrait mais elle n'avait toujours pas trouvé les mots pour expliquer sa réaction. Chaque jour de la semaine elle avait fixé le parchemin vide sous ses yeux mais elle avait eu l'impression de suffoquer à chaque fois qu'elle imaginait mettre des mots sur ce qu'il s'était passé aux Trois Balais. Peut-être aurait-il simplement fallu qu'elle écrive « Je vais bien. » pour rassurer Euphémia après que celle-ci lui ait immédiatement envoyé une lettre après la parution de la Gazette du dimanche mais rien que ces trois lamentables mots avaient été suffisants pour la faire avoir un début de crise de panique.
C'était cette réalisation qui l'avait fait aller voir Pomfrey et ce qui était censé être une simple visite pour demander de la Pimentine s'était terminé par une discussion autour d'une tasse de thé où Eva avait maladroitement avoué se sentir submergée par la masse de travail requise et tous les mauvais évènements s'enchaînant. Cette simple confession avait fait trembler la tasse d'Eva entre ses mains mais Pomfrey avait fait comme si elle ne voyait pas les yeux brillants d'Eva et lui avait assuré qu'autant de stress était tout à fait normal. La dernière année à Poudlard était toujours particulièrement éprouvante et après tout ce qu'elle avait vécu il était normal qu'elle craque à un moment donné.
« Mais j'ai tout à fait confiance en vous, Eva. Vous m'avez toujours surprise par votre force, je serai plus surprise que vous ne vous laissiez pas être faible. Car ce n'est pas une faiblesse d'admettre aller mal. Respirez, respirez pendant vos vacances, videz votre esprit et ne penser à rien d'autre qu'à vous remplir la panse et à vous rouler dans la neige. Je vous donne ça comme devoir pour les vacances : amusez-vous. Oh et un conseil, ne prenez pas trop au sérieux vos professeurs : les ASPICS sont bien loin d'être aussi difficiles que ce qu'ils veulent vous faire croire. »
Eva avait réussi à admettre à Madame Pomfrey qu'elle allait mal – la personne qui l'avait supplié en juin dernier de ne serait-ce ouvrir la bouche. Elle avait également été capable de l'avouer aux garçons alors que leur attitude perpétuellement désinvolte aurait dû les faire réagir négativement face à une telle honnêteté sur son mal-être. Il était grand temps qu'elle s'ouvre à Euphémia, cette femme qui avait depuis toujours remué ciel et terre pour elle malgré son mutisme obstiné.
Accompagnée par les flocons de neige, Eva prit la décision de révéler encore une fois une partie de ses démons mais elle ne réussit toutefois pas à fixer son regard plus haut que les bras croisés d'Euphémia.
« Je… je suis désolée, balbutia-t-elle finalement. J'étais terrifiée, je suis encore terrifiée et rien que l'idée de l'admettre – j'avais besoin de me concentrer sur moi, » admit Eva et sa voix craqua sur ce dernier mot.
Les bras d'Euphémia se délièrent mais Eva n'osa pas lever les yeux, se sentant terriblement fragile. Pendant des années elle avait fait semblant d'être intouchée par les actions de sa mère, rejetant la main tendue d'Euphémia avec un rire immature. Montrer à Euphémia qu'elle n'était pas aussi forte qu'elle avait voulu faire croire lui faisait presque honte.
« Eva. Eva, regarde-moi, souffla Euphémia et Eva n'eut d'autre choix que de lever la tête lorsqu'Euphémia chatouilla son menton de son index plié. Il y a des gens qui se soucient de ton bien-être. Je me soucie de toi, précisa Euphémia et, face à la droiture si admirable de sa marraine, Eva eut l'impression de redevenir une enfant. J'ai été horrifiée d'apprendre par James que tu étais aux Trois Balais, tu – vous n'auriez dû jamais vivre une telle chose et vous n'étiez pas censés être ceux qui prendraient les armes. C'est mon rôle, même si tu es majeure ça continuera d'être mon rôle jusqu'à la fin. Quand j'ai accepté d'être ta marraine, je t'ai accueilli dans ma famille et – »
Mais Eva n'avait pas la force d'entendre plus. Sans crier gare, elle enroula ses bras autour de sa marraine et celle-ci se figea alors qu'Eva se penchait pour enfoncer son nez dans la fourrure recouvrant l'épaule d'Euphémia.
« Je crois qu'il est grand temps de te faire manger avant que tu n'ailles te coucher, soupira Euphémia en glissant ses doigts dans les cheveux d'Eva qui recouvraient son dos, une sensation si agréable qu'Eva réalisa que cette affection de la part d'Euphémia lui avait manqué. Les discussions aussi éreintantes ne sont pas faites pour un retour à la maison. »
Eva serra contre elle sa marraine puis, se sentant plus maîtresse d'elle-même, elle se redressa et adressa un faible sourire à Euphémia qui y répondit avec une touche d'exaspération.
« Ça va mieux maintenant ? s'enquit Euphémia avec toujours ce sourire doucement exaspéré et Eva hocha la tête. Tant mieux puisqu'il te reste une dernière personne auprès de qui tu dois t'excuser, » déclara Euphémia et l'impressionnante porte d'entrée du manoir des Potter s'ouvrit sur ses mots, illuminant les deux femmes de la lumière chaleureuse caractéristique des Potter.
Si Eva avait eu un doute sur la signification des paroles d'Euphémia qui pénétra la première dans le manoir, il ne dura pas longtemps. Elle entendit un aboiement familier et soudainement elle fut traversée par un élan d'excitation devenu rare. Elle abandonna sa valise sur le parquet bien ciré du hall d'entrée et, sans réfléchir, Eva s'exclama :
« Oscar ! »
Le petit chien blanc tacheté de marrons qui frottait avec extase son dos contre le parquet sous les caresses énergiques de Sirius se figea. Il posa ses yeux marrons sur elle, l'air étourdi qu'on interrompe si soudainement sa séance de caresses. Mais lorsqu'il comprit qui elle était, Oscar traversa en courant l'espace les séparant. Automatiquement, Eva tomba à genoux et avec un rire presque incrédule elle attrapa le missile qui tenta immédiatement de lui grimper dessus et de lécher toutes les parties accessibles de son visage.
« Qui t'a donné l'autorisation de grandir, toi ? demanda-t-elle à Oscar en frottant furieusement son corps se trémoussant avec exubérance. Tu étais censée rester un bébé pour toujours. Est-ce que je t'ai manqué ? Hein, je t'ai manqué ? répéta Eva et elle éclata de rire lorsque sa question lui valut une tentative de léchouille sur la bouche qu'elle esquiva. Moi tu m'as manqué, beaucoup beaucoup beaucoup, assura-t-elle en prenant Oscar dans ses bras, rapprochant son museau de son cou qu'il ne tarda pas à lécher à son hilarité. Mais par contre, tes bisous ne m'ont pas manqué, » rit-elle avant de le relâcher.
Oscar partit telle une comète 101 pour courir en cercle dans le hall d'entrée, sautant presque tel un lapin pour prendre de la vitesse. Il courut entre les jambes de James qui sauta en arrière une seconde trop tard sous les éclats de rire de Sirius et d'Eva qui se releva. La langue pendante, Oscar revint en courant vers elle et, alors qu'elle tendait ses doigts vers lui pour le caresser, il changea de direction à la dernière seconde.
« Hé ! se plaignit-elle en riant.
– Je comprends mieux pourquoi tu n'as pas eu le badge de préfète. Tu n'as clairement pas d'autorité ! » s'exclama James à quelques pas d'elle en lui décochant un sourire auquel elle répondit automatiquement, l'impression que son sourire ne la quitterait plus alors que Sirius se plantait sur la route d'Oscar et tendait ses mains pour essayer de l'attraper, obligeant le chien à dévier sa trajectoire.
Eva déboutonna son manteau et retira son épaisse écharpe en observant avec un sourire Sirius faire quelques pas en avant pour jouer avec Oscar qui bondit en arrière pour s'échapper. À chaque fois il suffisait simplement que Sirius fasse quelques pas pour qu'Oscar en fasse une vingtaine, véritable boule d'énergie qu'il était.
« Pour un joueur de Quidditch tu m'as l'air d'avoir bien du mal à vaincre un pauvre petit chien, dit Eva alors qu'Oscar avait de nouveau échappé aux mains de Sirius, avec un aboiement cette fois-ci, comme si le chien voulait se moquer des tentatives du brun.
– Et toi tu m'as l'air d'avoir une bien grande bouche pour quelqu'un qui n'a pas bougé d'un poil depuis cinq minutes, lui rétorqua Sirius en se redressant, arquant ses sourcils dans sa direction.
– Eh bien je voulais voir à l'œuvre la si incroyable équipe de Gryffondor, sourit Eva en coinçant une mèche derrière son oreille, des cheveux se lovant dans le creux de son coude à son geste. Certains m'ont dit que même leurs remplaçants valaient la peine d'être regardés mais je crois bien que les rumeurs sont totalement fausses. »
Les sourcils de Sirius se juchèrent plus haut sur son front et Eva retint un éclat de rire. James s'avança et posa sa main sur l'épaule de son meilleur. Solennellement il dit :
« Ne tombe pas dans son guet-apens, Patmol. C'est une espionne envoyée par Diggory pour nous soutirer tous nos secrets avant notre match de février. »
Eva fit une grimace à James en réponse à son expression exagérément suspicieuse.
« Ah c'est pour ça qu'elle a un pull de cette couleur ? renchérit Sirius, rentrant immédiatement dans le jeu de son meilleur ami. Elle essaie de me prendre par les sentiments en se mettant aux couleurs de Gryffondor ? J'avoue que cette initiative me plaît, » ajouta-t-il avec un sourire en coin.
Un sourire exaspéré aux lèvres, Eva agita sa baguette pour que son manteau, écharpe et bonnet lévitent jusqu'au porte-manteau, ne la laissant vêtue que de son épais pull en laine rouge et de son jean.
« Non, Patmol. Tu as interdiction de te laisser amadouer par une manœuvre aussi pitoyable. Tu es plus fort que cette espionne débutante, » encouragea James, toujours aussi solennel.
Eva n'était plus habituée à garder ses cheveux détachés et non pas tressés. Coinçant une nouvelle mèche bouclée derrière son oreille, Eva s'avança dans le hall d'entrée, la rapprochant des deux idiots qui continuaient leur comédie. James y mettait toutefois plus d'effort, Sirius ne prenait même pas la peine de réprimer son sourire en coin alors qu'il l'observait se rapprocher, ses yeux glissant du visage d'Eva à ses cheveux qui s'étaient frayés un chemin dans l'espace entre son coude et sa hanche.
« L'espionne tient à te préciser que les Poufsouffles ont déjà un espion très performant, Howard Stark, et que celui-ci est amplement suffisant pour découvrir vos secrets. »
Les yeux de James s'écarquillèrent et les sourcils de Sirius s'arquèrent, tous deux pris de court par l'intervention de la Poufsouffle qu'ils ne savaient pas s'ils devaient prendre au sérieux ou pas. Se sentant particulièrement taquine, Eva tapota la joue de James lorsqu'elle passa à côté du duo :
« Ne fais pas cette tête. Les blaireaux garderont précieusement vos secrets dans leur terrier. »
Et avec un rire, Eva s'engouffra dans la cuisine dans laquelle Oscar avait disparu. Derrière elle, elle entendit James et Sirius se concerter pour savoir s'il était vraiment possible que Meredith Ravencrest ait fait plus de révélations qu'elle n'aurait dû à son petit ami.
Eva vit d'abord Possy en train d'arquer ses bras et la vaisselle quitter diligemment la cuisine pour rejoindre la salle à manger par la porte adjacente, trop concentrée sur sa tâche pour la remarquer. Plus en retrait se trouvait Fleamont qui remplissait les cinq verres sur la table de la cuisine de vin rouge. Il écoutait distraitement Euphémia qui persistait à être majestueuse malgré Oscar sous son bras qui lui léchait la main.
« Je croyais que tu n'aimais pas les chiens. »
À l'entente de sa voix, les trois – ou quatre plutôt car les oreilles marrons d'Oscar se dressèrent alors qu'il tournait des yeux ronds vers elle, pris la main dans le sac alors qu'il était parti chercher des caresses – occupants de la cuisine se tournèrent vers elle.
« Miss Eva ! l'accueillit de sa petite voix aiguë Possy en effectuant un dernier claquement de ses doigts pour faire léviter les verres que Fleamont avait terminé de rempli avant de trottiner jusqu'à Eva. Possy est contente de vous voir ! Possy était déçue de ne pas vous voir cet été, lui dit Possy en continuant pourtant de lui offrir un grand sourire. Possy vous avait préparé votre tarte à la mélasse préférée, Miss Eva. »
Eva s'accroupit et exerça une pression sur les doigts menus de l'elfe de Maison aux côtés de qui elle avait grandi. Comme d'habitude, Possy fut embarrassée qu'Eva se permette ce geste affectueux. Elle rougit et se dandina d'un pied à l'autre alors qu'Eva lui offrait un sourire.
L'été dernier, Eva s'était forcée à croire que personne ne remarquerait son absence. Pourtant, c'était avec des phrases innocentes comme celles de Possy qu'Eva se rendait compte que des gens avaient pensé à elle pendant ses deux long mois d'été où elle avait douloureusement combattu ses démons et durant lesquels sortir de son lit avait presque été une épreuve insurmontable.
« Pardon, Possy. Je promets de manger tous les délices que tu prépareras pendant les vacances. »
Eva eut l'impression d'être enfin rentrée à la maison après plus d'un an d'absence.
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titre du chapitre : Un an d'absence
nombre de mots : 14 000
Des révélations accompagnées par la chanteuse préférée de Molly Weasley (qui s'occupe actuellement du nourrisson prénommé Percy), un couple de batteurs sexys, un batteur très sexy même avec de la fumée sortant des oreilles mais surtout Fleamont, Euphémia et Orion Black ! Sans parler du personnage le plus important : Oscar. Et Possy. N'oublions pas cette chère Possy.
Des réactions ?
(Je me bouge pour écrire le reste des aventures, promis.)
