Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 39 (dédicacé à Celeste.B-7 la loyale !) : Entremetteur et solidarité féminine
DIMANCHE 27 DÉCEMBRE
« Non mais sérieusement, donne-moi ton avis.
– Je t'ai dit : c'est bien, » répéta Eva, grimaçant alors que sa brosse à cheveux butait sur un nœud obstiné.
James cessa de fixer son t-shirt fétiche (noir avec un phœnix rouge délavé) dans le miroir plein pied de la chambre d'Eva pour se tourner vers la concernée qui, assise en tailleur sur son lit, décida de défaire le plus gros du nœud avec ses doigts. Oscar leva son museau de la cuisse de la Poufsouffle pour renifler la brosse qu'elle venait de poser sur le plaid rouge puis s'en désintéressa tout aussi rapidement.
Il était 21 heures passées et, après un aller-retour en transplanage à Rowena's Perch pour profiter de l'air marin (frigorifiant mais Euphémia refusait de l'entendre) et à arpenter sa foire du solstice d'hiver, Eva se retrouvait maintenant à devoir donner son avis sur la tenue de James. Honnêtement, jamais elle n'aurait pensé que James se soucierait autant de son apparence. Elle s'était faite à son obsession avec ses cheveux, mais autant d'hésitation sur ses vêtements ? Elle avait clairement manqué une étape.
« C'est bien, c'est tout ? »
Alertée par son ton frustré, Eva se concentra enfin sur James, les doigts toujours occupés dans ses cheveux mouillés. Tentant de comprendre quel était le problème exactement, elle demanda avec une touche de méfiance :
« Pourquoi est-ce que ça n'a pas l'air de te plaire ? Depuis quand bien n'est pas bien ? »
– Rah ! s'exclama James en se prenant la tête dans les mains. Arrête de dire ce mot !
– Mais pourquoi ? demanda Eva qui se sentait légèrement agressée par l'énergie soudaine de James alors qu'elle était prête à dormir après avoir commencé sa journée avec un jogging matinal en compagnie de Sirius qu'elle aurait raccourci malgré son esprit de compétition si elle avait su qu'Euphémia aurait la soudaine envie d'amener toute la famille en excursion en Cornouailles britanniques.
– Je n'ai pas envie que ce soit bien, je veux que ça soit beau – enfin, qu'elle se dise : waouh, il est vraiment beau gosse, qu'est-ce qu'il me fait de l'effet !
– Tu veux que je te dise que tu es beau ? dit lentement Eva, partagée entre l'incrédulité et l'inconfort. Moi ?
– Oui, toi ! s'exclama James en la pointant de l'index et Oscar se redressa pour pousser un aboiement excité, prenant ce geste comme le signe que James voulait jouer. Non, pas toi, Oscar ! J'ai besoin de l'avis du sexe féminin, c'est sérieux, pas le temps de jouer au Vif d'or avec toi ! »
Oscar répondit en aboyant à James, la queue frétillante, et Eva s'agaça:
« James, n'excite pas Oscar comme ça, dit-elle en posant sa main sur la tête d'Oscar pour tenter de le calmer. Tes parents vont venir si vous continuez, et tu n'auras pas le droit de te plaindre s'ils comprennent que demain n'est pas une sortie entre amis. »
James parut réaliser le danger car ses yeux s'écarquillèrent et il s'empressa de serrer la gueule d'Oscar entre ses mains, sifflant entre ses dents « chuuuuut » avec, décidément, beaucoup trop d'énergie pour l'heure qu'il était.
Observant avec une pointe d'amusement le duo comique que formaient James et Oscar qui avaient leur manière bien à eux de communiquer grâce à l'expressivité faciale de James, Eva reprit sa brosse à cheveux et le fil de la discussion :
« Mais pourquoi est-ce que tu as besoin que je te réconforte ? Tu te sens bien ou c'est la chute de tout à l'heure qui t'a fait perdre des neurones ? »
James la fusilla du regard, n'appréciant pas la mention de l'accident de l'après-midi où Fleamont avait titillé l'égo de James jusqu'à ce que celui-ci n'ait d'autre choix que d'enfiler une paire de patins à glace pour rejoindre son père et Eva sur le lac gelé au milieu du bourg alors que Sirius accompagnait Euphémia dans sa recherche de graines pour un bouquet parfait au marché. Même si James ne la croirait pas au vu du fou rire qu'elle avait eu lorsqu'il s'était magistralement rétamé dès la 3ème seconde sur la glace, Eva avait vraiment souhaité qu'il surmonte son traumatisme d'enfance. Malheureusement, presque 10 ans d'écart n'avaient pas réussi à réconcilier James et la glace alors que la gravité marchait parfaitement pour lui dans les airs.
« On s'était mis d'accord sur le fait que c'est un sujet interdit, la sermonna-t-il et Eva lâcha un petit rire amusé.
– J'ai dit que j'étais d'accord de ne pas le mentionner devant d'autres personnes, pas que je ne te le rappellerai pas dès qu'on est en tête à tête, » le titilla Eva.
James la regarda d'un air mauvais puis lâcha la gueule d'Oscar qui tenta de lui lécher la main. James l'esquiva sans le regarder (ses réflexes de Poursuiveur semblaient toujours fonctionner) puis glissa son bras sous le corps du chien pour le porter.
« Tu prends mon chien en otage ?
– Viens avec moi, » lui ordonna James, lui tournant le dos, si certain il était qu'elle le suivrait.
Toujours en tailleur sur le lit, Eva grogna et se remit sur ses pieds, gardant avec elle sa brosse à cheveux et se rappelant de prendre deux élastiques sur sa table de chevet avant de sortir de la pièce. Dans le couloir, les animaux des peintures de paysages typiques anglais dormaient à poings fermés, le soleil s'étant couché dans leur monde également. Sans surprise, James la mena jusqu'à sa chambre au fond du couloir d'où Eva entendait encore le bruit de la douche où se trouvait Sirius avant qu'elle ne ferme la porte derrière elle pour éviter une apparition irritée d'Euphémia qui appréciait plus les années passaient de se coucher tôt, contrairement à Fleamont, l'éternel insomniaque.
James lâcha Oscar qui partit renifler un tas des vêtements empilés par terre et se retourna vers Eva, les mains sur les hanches.
« Alors ? le relança Eva en se mettant à l'aise sur le lit de James.
– Alors, quelle est la couleur qui me va le mieux ?
– Jaaaaames, soupira Eva.
– Je suis sérieux ! s'obstina James, les mains toujours plantées sur ses hanches, ignorant le chien à ses pieds qui vadrouillait avec ce qui semblait être la paire de lunettes de Quidditch de James dans la gueule.
– Je sais que tu l'es, c'est ça le pire ! commença à s'esclaffer Eva, brandissant sa brosse à cheveux dans la direction du Gryffondor qui lui répondit en la pointant de nouveau de son index. Depuis quand tu te poses ce genre de question ?
– Réponds-moi !
– C'est ridicule, s'esclaffa Eva, tu as vraiment perdu des neurones, mon pauvre. Je plains Isis demain, qu'est-ce que tu vas lui raconter comme dingueries ? »
Puis, après un échange de pseudo insultes entre eux deux qui vira sur James balançant ce qui semblait être l'entièreté de sa garde de robe sur son lit et, accessoirement sur Eva, en parlant à chaque fois plus fort qu'elle (« et ça ?! et cette couleur ?! ça, c'est mieux ?! »), Eva tenta de répondre à sa question :
« Vert, j'imagine. J'aime bien le pull que ton père t'a offert à Noël, proposa-t-elle avec un haussement d'épaule lorsqu'il eut arrêté de l'agresser pour qu'elle puisse enfin commencer à faire sa première tresse.
– Tu veux que je suive les conseils vestimentaires de mon père qui est né à la fin du siècle dernier ?
– Oui.
– Tu insinues donc que mon père a meilleur goût que moi ?
– Oui.
– Tu vas continuer à dire 'oui' longtemps ?!
– Oui. Ce n'est pas comme si tu me laissais aligner plus de trois mots à la suite, soupira-t-elle en lui lançant un regard entendu. Et je suis fatiguée, ajouta-t-elle, arrivée à la moitié de sa première tresse, je comptais me coucher il y a 20 minutes.
– Heure de coucher de grand-mère, goût vestimentaire de grand-père, je crois que tu devrais oublier les ASPICS pour aller directement à la maison de retraite avec Madame Rancy, marmonna James, tirant malgré tout vers lui le pull vert émeraude que son père lui avait offert pour l'observer d'un air dubitatif.
– Tu n'avais qu'à ne pas me demander mon avis, rétorqua Eva en roulant ses yeux. Et t'as qu'à essayer, on verra bien le rendu. »
James poussa des grommellements non convaincus mais finit par retirer le T-shirt qu'il portait, offrant la vue de son torse nu à Eva qui n'avait rien demandé. Ce n'était pas la première fois des vacances comme James avait la fâcheuse habitude de ne pas amener des vêtements propres avec lui quand il partait à la douche, mais habituellement, Eva ne le voyait que depuis le coin opposé du couloir. Le soir, dans sa chambre, la porte fermée, c'était une toute autre ambiance même si James ne semblait pas le réaliser.
« Vous les joueurs de Quidditch vous avez vraiment un problème d'exhi – »
Mais la voix d'Eva se perdit alors que la porte de la chambre de James s'ouvrait subitement :
« C'est toi qui as pris ma crème d'après-rasage, Cornedrue ? J'étais sûr de l'avoir laissé dans la salle de bain. »
Ce n'était clairement pas Euphémia venue pour les fustiger de faire autant de bruit. Pas que James en ait quelque chose à faire alors qu'il commençait à enfiler une chemise noire.
« Sur mon bureau, » dit distraitement James en boutonnant sa chemise, et Eva n'eut pas le temps de protester que Sirius ouvrait en grand la porte, n'offrant plus seulement la vue de son profil entouré de cheveux mouillés mais bien de l'ensemble de son corps alors qu'il traversait la pièce d'une démarche décontractée, parfaitement à l'aise dans son boxer et une serviette autour des épaules.
C'était la sonnette d'alarme dans l'esprit d'Eva mais, elle était incapable de réagir, vivant la chose comme au ralenti, la spectatrice bouche-bée qui ne pouvait empêcher ses yeux de boire la vue des épaules où continuait la ligne de grains de beauté qu'elle avait décortiqué maintes fois sur la nuque de Sirius, les biceps qu'elle n'aurait pas cru si définis alors qu'elle savait pourtant qu'il était un batteur et finalement ses fesses qu'elle ne décrirait pas même si c'était tout ce qu'elle retenait alors que le Gryffondor prenait son temps pour dénicher ce qu'il voulait dans le bazar du bureau de James.
« T'es sûr que c'est là ?
– Oui, regarde par terre, c'est peut-être tombé, dit James, tirant sur le col puis les manches de sa chemise. Bon, t'en penses quoi ?
– Je pense quoi de quoi ? demanda distraitement Sirius en pliant les genoux pour regarder sous le bureau où trônait un chien mâchouillant une paire de lunettes sur un tas de vêtements sales. Tiens, salut Oscar, t'as trouvé une nouvelle cachette, mon vieux ?
– Pas toi, s'exaspéra James en roulant des yeux. Eva. »
À l'entente de son prénom, Eva s'éveilla soudainement, arrachant ses yeux de Sirius dont elle avait observé le profil souriant alors qu'il gratouillait Oscar derrière l'oreille, déclenchant des choses terribles dans sa poitrine comme à chaque fois qu'elle le voyait avec Oscar.
« C'est bien, dit-elle précipitamment, le seul mot à la bouche alors qu'elle était comme sonnée, le cœur battant la chamade.
– Pas encore ça ! s'écria James en levant ses bras en l'air, dramatique qu'il était.
– Non, je veux dire – ça te va beaucoup mieux, bredouilla-t-elle presque, pressée qu'elle était de répondre pour faire semblant qu'elle n'avait pas remarqué Sirius se figer en entendant son prénom, toujours accroupi dans le coin de sa vision.
– Vraiment ? fit James, les yeux plissés de scepticisme alors qu'il étirait ses bras pour juger de l'élasticité de sa chemise.
– Vraiment, assura Eva en hochant la tête, sa tresse terminée suivant le mouvement alors qu'elle s'accrochait un peu trop fortement aux trois bouts de cheveux qu'elle avait à peine commencé à tresser avant l'apparition du nouveau venu qui se redressait lentement à la droite de James. C'est plus… élégant. »
Sirius se racla la gorge et, suivant l'exemple de James, Eva s'autorisa à le regarder de nouveau. Il s'était relevé. Il tenait la serviette sur son épaule d'une main et, de l'autre, il glissait ses cheveux en arrière et ce fut seulement à ce moment-là qu'Eva vit le pansement sur le haut de son bras droit.
« Elégant c'est plutôt bon signe de la part d'une fille. »
Eva oublia tout du mystérieux pansement, foudroyée par l'embarras et l'envie simultanée de tacler Sirius au sol alors que James poussait une exclamation moqueuse :
« De la part d'une femme de plus de quarante ans plutôt. Jamais une fille de notre âge ne dirait 'oh, tu es élégant aujourd'hui', minauda James, ou alors c'est qu'elle vient du même siècle que ma mère. »
L'agacement à l'encontre de James fut suffisant pour faire oublier à Eva l'état dévêtu de Sirius à qui elle lança un regard mécontent. Elle leva les yeux au ciel alors que Sirius cachait un rire derrière son poing.
« Et certainement qu'Euphémia s'y connaît plus en goût féminin que toi, claqua Eva. Mets ta chemise dans ton pantalon déjà, tu auras plus d'allure.
– Hé, s'indigna James, c'est pas parce que j'ai parlé de ma mère que tu dois prendre le même ton méchant qu'elle. »
Eva leva de nouveau les yeux au ciel, la tête penchée sur le côté pour terminer sa deuxième tresse.
« Ne me demande pas mon avis alors.
– Merlin, qui a pissé dans ta bouche d'un coup ? dit James, déconcerté par la saute d'humeur de la Poufsouffle, ne remarquant pas la grimace de la concernée à l'entente de son expression peu flatteuse.
– Je crois qu'elle est vexée, dit Sirius, d'un ton amusé qui déclencha la méfiance d'Eva.
– Je comprends pas pourquoi.
– Parce qu'elle –
– Oscar est en train de manger tes lunettes de Quidditch, » interrompit sans vergogne Eva, lançant un regard désapprobateur à Sirius lorsque James sursauta avant de foncer vers Oscar pour récupérer ses lunettes – a minima pleine de bave et, a maxima, à jeter.
Alors que James bataillait contre Oscar qui grognait d'un air joueur, refusant de lâcher la paire de lunettes, Sirius fit un clin d'œil à Eva, sa posture exsudant maintenant la confiance alors qu'il avait planté une main sur sa hanche.
« Tu ne devrais pas aller te rhabiller maintenant que tu as ta crème ?
– Je ne l'ai pas trouvé. »
Ou plutôt, il avait été trop distrait par la trouvaille d'Oscar sous le bureau. Et non, Eva ne trouvait pas ça terriblement charmant.
« Alors accio-la.
– Avec quelle baguette ? rétorqua-t-il et Eva ne put réprimer un sourire alors que Sirius faisait mine d'arpenter du regard son corps dévêtu où clairement, aucune baguette ne pourrait être cachée, si on omettait son boxer.
– Alors va te rhabiller et reviens la chercher ensuite, rigola Eva et Sirius lui décocha un sourire, semblant fier de son petit effet.
– RAH ! C'est plein de bave ! s'exclama James en brandissant la paire de lunettes de Quidditch qu'il venait de parvenir à arracher à Oscar qui, mécontent, s'était levé pour poser ses pattes sur les cuisses de James, malheureusement beaucoup trop petit pour réussir à reprendre sa trouvaille. Et, en plus, il a laissé des traces de dents ! Je vais être obligé d'en racheter, se lamenta le Poursuiveur de Quidditch.
– Quel malheur qu'on passe justement demain par le Chemin de Traverse, railla Sirius, causant le rire d'Eva et le regard mauvais de James.
– Aha, très drôle – »
Mais, pour la deuxième fois de la soirée, ils furent interrompus. Cette fois-ci par un petit oiseau doré qu'Eva avait retenu être une fauvette de Dartford puisque ce n'était nulle autre que le Patronus d'Euphémia.
« Si j'entends ne serait-ce qu'un cri de plus, James Fleamont, je te promets que ta Comète 67 n'ira jamais plus loin que mon coffre de Gringotts. Bonne nuit. »
Autant dire que James fut le premier à se calmer alors que son nouveau joujou obtenu à Noël était menacé.
LUNDI 28 DÉCEMBRE
Lorsqu'Isis Amatt apparut au Chaudron Baveur, James oublia de terminer sa phrase. Les yeux rivés vers l'entrée du bar derrière Sirius, il se redressa sur sa chaise. Eva le regarda d'abord avec confusion déglutir puis ébouriffer ses cheveux avant de comprendre en voyant le joli visage mat de sa camarade de Poufsouffle qui arpentait le pub du regard.
James se leva et héla Isis Amatt. Le visage de l'adolescente s'illumina et elle traversa la pièce en ce qui parut être un clin d'œil, ne quittant pas James des yeux.
« Salut, sourit Isis de sa voix cassée en s'arrêtant devant James.
– Salut, » sourit James en rendant son regard à la Poufsouffle.
Il y avait une courbe spéciale au sourire de James, le type de sourire qu'il n'avait jamais adressé à Eva.
« Ça va ?
– Ça va très bien, dit James, semblant avoir magiquement oublié son rhume qui était apparu ce matin et dont il se plaignait il y a encore deux minutes.
– Super. »
Et Isis Amatt s'appuya légèrement sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue de James. Malheureusement, Isis n'eut pas le temps d'apprécier l'effet de son audace sur James à cause de l'éternuement violent de Peter qui la fit sursauter tout aussi violemment.
En voyant les yeux ronds qu'Isis posa sur eux, Eva comprit avec une pointe de sympathie et de gêne que sa camarade de Maison venait tout juste de réaliser leur présence. Elle avait bien dit à Sirius qu'ils auraient dû s'éclipser, mais James avait geignit qu'on n'abandonnait pas un malade et Sirius et Peter avaient, sans surprise, rapidement cédé. Eva avait fini par lâcher le morceau, prenant en pitié James qui était malade et stressé. Même s'il ne l'admettrait jamais, sa jambe qui tambourinait le parquet voulait tout dire.
Alors que Peter se mouchait bruyamment après s'être excusé auprès d'Isis, Eva donna un coup de coude à Sirius qu'elle sentait s'esclaffer discrètement à côté d'elle. Ne prenant pas en compte son regard désapprobateur, Sirius lui fit un clin d'œil, toquant son pied contre le sien sous la table.
De leur quatuor de Gryffondor, Sirius était le seul à ne pas avoir succombé à la maladie, Remus ayant envoyé un hibou à la dernière minute pour se désister à cause d'une grosse grippe (au grand désarroi de Peter qui avait peiné à cacher son appréhension lorsque James lui avait annoncé la nouvelle une fois installés au Chaudron Baveur), et il était particulièrement de bonne humeur aujourd'hui.
« Il n'y a que les idiots qui tombent malades, s'était vanté plus tôt Sirius.
– Je crois que l'expression d'origine va dans l'autre sens, » avait fait remarquer Peter, le nez dans un mouchoir.
Une remarque qu'Eva s'était faite mentalement mais qu'elle s'était retenue de dire à voix haute parce qu'elle n'avait pas envie de se traiter d'idiote aujourd'hui, étant donné qu'elle aussi n'était pas malade.
« Je ne m'attendais pas à te voir aujourd'hui, Eva, s'exclama Isis avec surprise en s'asseyant sur la chaise que James venait de tirer pour elle, détachant l'attention d'Eva de Sirius à qui elle fronçait les sourcils. Tu attends que les garçons te rejoignent ? ajouta-t-elle, ses yeux verts pâles faisant un aller-retour rapide d'Eva à Sirius assis à côté d'elle qui donna une pichenette à la capsule de Bierreaubeurre qu'il avait consommée.
La capsule vint frapper l'épaule de James qui se rasseyait à côté d'Isis.
« Les garçons ? répéta Sirius en adressant un sourire moqueur à James qui lui faisait un signe vulgaire, le bout de sa chaussure toujours contre celle d'Eva sous la table ronde.
– Hum, Isis s'humecta les lèvres en adressant un sourire incertain à Sirius, Akash et Amos, j'imagine ? »
Sirius tourna son visage vers Eva, les sourcils haussés :
« Tu comptais les voir cet après-midi ? lui demanda-t-il, l'air impassible, alors qu'il connaissait pertinemment la réponse.
– Non, ce n'est pas prévu. Mais tu le sais déjà ça, » répondit Eva, amusée par son manège même si elle savait qu'elle ne devrait pas alors qu'il mettait mal à l'aise Isis.
Sirius se tourna de nouveau vers Isis Amatt pour lui annoncer très sérieusement :
« Non, elle ne retrouve pas les garçons.
– Merlin, Patmol, intervint James alors qu'Isis maintenait difficilement son sourire amicale, va consulter, tu as l'air d'avoir perdu ton sens de l'humour. »
Nullement heurté, Sirius posa sa main sur leur table ronde et se leva, son habituel sourire moqueur aux lèvres :
« Il ne vaut mieux pas, sinon ils se rappelleront qu'ils n'ont toujours pas récupéré leur bouffon de service, dit-il avec un regard appuyé en direction de James.
– Liam Olsen ? proposa Eva, lui valant un ricanement de James et un sourire approbateur de Sirius.
– Si on part sur ce registre, je dirais qu'il y a deux échappés, intervint avec assurance Isis sans flancher face au regard impérieux de Sirius.
– Qui ? lui demanda celui-ci.
– Steve McAvoy, bien sûr. Ils ne se perdront jamais avec leur plan à deux qui dure depuis des années. »
Il y eut quelques secondes de silence avant que tout le monde autour de la table n'éclatent de rire, Eva lâchant un « Isis ! » hilare, totalement inconsciente de la nouvelle étincelle dans l'œil de James qui considérait la Poufsouffle de 6e année d'une nouvelle manière.
« Eh bien, vous allez réussir à me faire changer d'avis sur les Poufsouffles d'ici la nouvelle année si vous continuez, » dit Sirius, même sa tendance à garder un air hautain devant des personnes extérieures à son cercle ne pouvant le retenir de sourire face à la langue habile d'Isis.
Eva qui s'était levée à son tour, reprit des mains de Sirius son écharpe jaune qu'il venait de voler de sa chaise, et pouffa moqueusement :
« Comme si on en avait quelque chose à faire de ton avis.
– Tu devrais pourtant. Je suis quelqu'un avec beaucoup d'influence, dit Sirius en haussant ses sourcils de manière hautaine.
– Si par influence, tu veux parler de fillettes de 1ère année qui t'épient même dans les chiottes, toussota Peter qui commençait à remettre son manteau lui aussi, causant le ricanement de James.
– Queudver ! s'exclama Sirius en abattant sa main sur le haut du crâne de Peter. C'est de la diffamation, ce que tu fais ! dit-il en frottant avec force son poing contre le cuir chevelu de son ami qui tenta de s'échapper dans un mélange de rire et de toux.
– La seule partie diffamatoire c'est de ne pas mentionner les 2e année qui le font aussi, glissa James à l'oreille de sa voisine de table. J'en ai déjà surpris deux derrière la porte de notre chambre dans le dortoir en revenant le soir quand il n'y avait que Sirius dans la chambre. »
Se faisant la réflexion qu'elle ne serait pas surprise que les deux 2e année en question soit la petite soeur d'Akash, Shuri, et sa meilleure amie, Juliette Tucker, Eva décida de s'immiscer entre les deux Gryffondor se chamaillant plutôt que d'observer la réaction discrètement ravie d'Isis au rapprochement physique de James.
Eva tira sur le bras de Sirius et faillit se prendre un coup de coude de Peter dans la poitrine pour son effort alors qu'il gesticulait pour affaiblir la prise de Sirius qui l'avait pris en clé de bras. Eva décida ainsi d'user d'une astuce qu'elle avait découverte en observant James cette semaine, c'est-à-dire, user du fait que Sirius ne fermait jamais son long manteau d'hiver pour glisser sa main sous son T-shirt bleu marine et chatouiller sa côte.
Contrairement à lorsqu'Eva avait vu James à l'œuvre, Sirius ne partit pas immédiatement dans un éclat de rire mais imita plutôt l'effet d'un stupéfix, permettant à Peter de se dégager en toussotant toujours de rire, tentant de redonner de l'ordre à ses cheveux blonds foncés. Pouffant de rire Eva retira sa main du T-shirt du Gryffondor, ses ongles frôlant au passage la peau de sa hanche, sous les yeux ronds de Sirius.
« C'est bon, on peut y aller maintenant ? le taquina Eva, appréciant fortement d'avoir réussi à le laisser sans voix.
– Comment tu es au courant ? » souffla-t-il, frottant d'un air perturbé le brin de peau qu'elle avait chatouillé.
Et, se sentant particulièrement joueuse, Eva lui tapota la joue :
« Surveille mieux tes arrières. »
Puis, Eva éclata de rire et s'empressa de reculer de plusieurs pas en voyant l'air contrarié de Sirius. Elle se tourna vers James et Isis, les seuls restés assis, et avec un sourire, leur souhaita un bon après-midi et rappela à James leur rendez-vous à 18h. « Pourquoi 18h ? » entendit-elle Isis demander alors que Peter commençait à marmonner qu'il se sentait fatigué et qu'il allait peut-être rentrer.
Eva décida que s'occuper de Peter était plus important que d'écouter encore une fois James la traiter elle et Sirius de fainéants incapables (« à quoi ça sert d'avoir des amis majeurs s'ils ne valident pas leur permis de transplanage ? »). Elle avait déjà entendu ce discours mille fois depuis Noël, jour où James avait reçu une réponse par lettre d'Isis et avait commencé à tenter d'organiser son rendez-vous romantique sans que ses parents ne soient au courant. Tandis qu'Eva tentait de cajoler Peter, Sirius lui prouva qu'elle pouvait lui déléguer la charge de James parce qu'il asséna une claque sur le crâne de James en passant derrière lui.
Soucieuse de ne pas mettre Peter de côté, Eva attrapa ce dernier par l'avant-bras et le tira derrière elle. Elle se soucierait plus tard de ce qu'Isis irait répéter à ses amies.
.
Eva n'avait pas vraiment de plan précis pour la journée. Premièrement, elle ne pensait pas être conviée – une partie d'elle butait toujours sur le souvenir des années précédentes où James lui avait bien fait comprendre que c'était ses amis à lui alors que, depuis le début le début des vacances, il n'avait de cesse de venir la chercher lorsqu'elle suivait automatiquement Euphémia, la forçant presque à venir avec lui et Sirius. Deuxièmement, elle avait décidé de profiter le maximum possible de la compagnie d'Euphémia durant les vacances. Troisièmement, elle avait toujours ses ASPICS blancs de janvier à réviser.
Mais toutes ces raisons avaient été rejetées.
« Bien sûr que tu viens. Arrête de faire ton ermite ou je vais vraiment croire que tu es une grand-mère, lui avait lancé James ce matin après qu'elle soit sortie de la douche en habits décontractés après son jogging matinal (beaucoup moins satisfaisant maintenant qu'elle avait goûté à la compagnie de Sirius).
– Je ne dis pas non à une guide dans le Londres moldu, avait ajouté Sirius. Queudver n'a aucun sens de l'orientation et Lunard est un campagnard dans l'âme.
– En plus, ça serait vraiment pitoyable que tu restes là toute seule, même maman voit des amis cet après-midi.
– Et franchement, réviser sans ton professeur particulier ? Ça ne sera pas une après-midi très productive, » avait conclu Sirius avec un peu trop de justesse puisqu'Eva avait plus appris en quelques jours avec les explications démonstratives du Gryffondor que lorsqu'elle avait tenté de réviser seule au début des vacances.
Franchement, Eva n'avait pas eu besoin de beaucoup plus de brimades pour accepter de venir. Elle avait décidé de passer les vacances exclusivement à Godric's Hollow mais sa routine commençait à devenir lassante au bout de 10 jours, même si les rencontres inopinées avec Madame Rancy rajoutaient toujours un peu de piment. Et puis, après que Sirius ait mentionné qu'il ne connaissait pas la partie moldue de la capitale alors qu'il y avait grandi, Eva était particulièrement motivée à lui faire découvrir toute la magie du Londres moldu que ses parents lui avaient interdit.
« Est-ce qu'on sait où on va au moins ? demanda Peter alors qu'ils s'étaient arrêtés à un passage piéton, Eva ayant demandé quelques secondes pour qu'elle visualise l'itinéraire qu'elle voulait leur faire prendre.
– Par-là, trancha Eva, attrapant les deux garçons par le coude pour traverser la rue, se méfiant de leur familiarité avec le système routier à cause du souvenir de la première sortie de groupe gars/filles qu'ils avaient fait à Londres où Amos avait failli se faire écraser par un taxi.
– Suis la cheffe, Queudver, dit Sirius d'un air relaxé, les mains dans les poches de son long manteau (toujours non boutonné). Une blairelle finit toujours par retrouver son terrier. »
Eva serra plus fort le coude qu'elle tenait, plissant les yeux en direction de Sirius qui lui adressa un rictus moqueur. Il avait beau prendre son air impérieux, à la limite du désintérêt, que tout le monde lui connaissait, elle avait assez bien appris à le connaître pour savoir qu'il était tout à fait éveillé, tentant d'absorber tout cet environnement bruyant et mobile avec ses yeux. C'est pourquoi elle ne prit pas au sérieux son pouffement amusé lorsqu'ils arrivèrent à Trafalgar Square.
« Sacré Poufsouffle, tout ce chemin pour venir voir un arbre, commenta Sirius, le visage relevé pour réussir à faire rentrer dans son champ de vision le gigantesque sapin de Noël de Trafalgar Square.
– Arrête, tu connais encore mieux que moi le manuel de botanique.
– Ça ne veut pas dire que j'admire des arbres dans mon temps libre, » répondit Sirius, son menton relevé lui donnant un air hautain alors qu'il jaugeait la réaction d'Eva du coin de l'œil.
Eva roula des yeux, devenue incapable de ne pas sourire lorsque Sirius était taquin. Elle décida de se tourner vers Peter qui, lui, ne passerait pas son temps à la titiller. Alors qu'elle tentait de soutirer des informations à Peter sur comment sa famille fêtait Noël ou le solstice d'hiver – Eva ne savait même pas quelles étaient les origines du meilleur ami de James –, elle sentit un tiraillement sur ses cheveux qu'elle avait exceptionnellement détachés en extérieur. Une chaleur agréable monta de son ventre jusqu'à ses oreilles mais Eva resta les yeux rivés sur Peter, faisant semblant de ne pas remarquer que Sirius avait enroulé une mèche de ses cheveux autour de son index, le corps toujours tourné vers le sapin devant leur trio.
« On pourrait prendre une photo ensemble nous aussi, songea Eva à haute voix après avoir découvert que Peter venait d'une famille qui fêtait les deux traditions (un père sorcier et une mère moldue), le regard posé sur un groupe d'adolescentes souriantes qui se passait à tour de rôle un appareil photo.
– Tu l'as amené ? Tu comptais prendre en photo James avec sa blairelle pour le montrer à Euphémia ? s'enquit Sirius, ne montrant aucun dérangement à l'idée qu'elle agisse comme l'espionne d'Euphémia alors qu'il était pourtant loyal au plus haut point envers James.
– Je l'ai eu en cadeau, ce n'est pas pour le laisser dans ma chambre. Et puis, j'ai déjà pris une dizaine de photos d'Oscar, il faut bien que je remplisse mon album avec d'autres personnes, dit Eva en ramenant devant elle son sac à main.
– Ça serait un peu pitoyable, en effet, acquiesça Sirius, tirant sur la mèche qu'il n'avait toujours pas lâché lorsqu'Eva lui lança un regard mécontent.
– Ma mère a un album entier de photos de notre chat, dit Peter et Sirius pouffa de rire.
– Désolé Queudver, je retire ce que j'ai dit.
– Nah, c'est vrai que c'est pitoyable, » acquiesça Peter avant que les deux amis ne ricanent avec amusement.
Occupée à jeter un coup d'œil dans son sac à main extensible (cadeau du solstice également), Eva réalisa qu'elle devrait plonger la main dans le sac pour réussir à choper son appareil photo. Un geste qu'elle ne pouvait pas faire de manière discrète au milieu de la foule londonienne. Elle interrompit donc les deux garçons pour leur ordonner de la cacher.
« C'est vrai que tu as l'air suspecte, fit remarquer Sirius.
– Elle ressemble aux genres de personnes qui offrent des bonbons à des enfants pour les amener je ne sais où, » ajouta Peter.
Dire qu'Eva avait pensé qu'avec James absent, elle allait enfin avoir une journée sans taquineries incessantes d'un duo ligué contre elle. Elle s'était trompée en pensant que Peter serait plus taiseux. Même si elle était contente que Peter se soit enfin détendu, elle se lamentait intérieurement d'attirer constamment les plaisanteries du sexe masculin. À Poudlard, Akash et Amos étaient le duo infernal, suivit de près par les garçons de Poufsouffle de 6e année et les Serdaigles de 7e année, à Godric's Hollow c'était James et Sirius, Eva allait sérieusement commencer à se demander pourquoi elle.
« Mettez-vous devant moi, ordonna-t-elle puis, jugeant qu'ils étaient trop lents, Eva attrapa Sirius par les deux pans de son manteau ouvert et le mit de force devant elle.
– Quelle force, la nargua Sirius en gardant son manteau ouvert pour mieux la cacher, tu es sûre que tu ne veux pas devenir une batteuse ?
– Je risquerais de faire glisser ma batte là où il ne faut pas, menaça-t-elle, penchée vers Sirius alors qu'elle plongeait la main dans son sac à main, Peter se rapprochant d'elle pour mieux couvrir son côté.
– Eh, fit Sirius en un pouffement.
– Quoi ? demanda-t-elle en levant les yeux vers lui, reconnaissant la forme de son appareil photo au toucher, mais en voyant l'expression du Gryffondor, Eva se ravisa : non, finalement, je ne veux pas savoir.
– Moi non plus, » marmonna Peter, mal à l'aise.
Eva brandit triomphalement son appareil photo et ils cessèrent leur regroupement de manchots, ne remarquant pas les regards curieux posés sur eux. Eva cajola les deux garçons à se mettre devant le sapin pour les prendre en photo. Récalcitrants qu'ils étaient, ils trouvèrent même le moyen de critiquer lorsque Eva leur enjoignit de sourire avec un « faites cheese ! ».
« Qu'est-ce qu'on est, des français ? soupira Sirius.
– Eh ben qu'est-ce que vous dites d'habitude ? s'exaspéra Eva derrière son appareil photo.
– God save the Queen ? » proposa Peter, causant le rire de Sirius qui posa son bras sur les épaules de son ami moins grand que lui.
Heureusement, contrairement à un appareil photo moldu, un appareil magique photographiait un mouvement alors Eva réussit à les avoir ronchons puis souriant sur la photo développée, une surprise qui la fit sourire.
« Tu ne veux pas une photo ? demanda Peter, surpris de la voir amorcer un mouvement pour ranger ses affaires.
– Ce n'est pas comme si on pouvait demander à quelqu'un de nous prendre en photo, dit Eva puisque n'importe qui remarquerait l'anormalité d'une photo mobile.
– Je peux vous prendre en photo, » insista Peter en tendant sa main vers elle, la paume ouverte, l'air presque perplexe qu'elle ne lui demande pas.
Prise de court, Eva ne répondit pas tout de suite à son geste. Une photo juste d'elle et de Sirius ? Il n'y avait rien d'étrange lorsqu'Euphémia les prenaient en photo alors qu'ils ouvraient leurs cadeaux de solstice mais ici ? Même si elle faisait comme si de rien n'était pour ne pas gêner Peter, elle était particulièrement consciente que la période, l'atmosphère, l'endroit donnaient l'impression d'un rendez-vous galant. Eva jeta un coup d'œil dans la direction de Sirius pour jauger sa réaction. N'ayant pas de mal à lui rendre son regard, il haussa les épaules.
OK, d'accord, pas besoin de se prendre la tête pour si peu, décida-t-elle en s'humectant les lèvres. Eva déposa l'appareil dans la paume de Peter avec un petit sourire et se rapprocha de Sirius.
« Prête à rendre hommage à la reine ? souffla-t-il à son oreille.
– Si elle me donne mon permis de transplanage en retour, peut-être.
– Faites « God save the queen ! », » entonna Peter devant eux et Eva se hissa sur la pointe des pieds pour faire des oreilles de lapin à Sirius.
Par réflexe, Sirius rentra la tête dans ses épaules, puis, comprenant ce qu'elle faisait, il protesta et attrapa la main d'Eva pour l'en empêcher. Profitant de leurs mains accrochées, Eva les souleva dans les airs en souriant de toutes ses dents. Elle entendit Sirius pouffer à ses manières mais il ne protesta pas cette position même s'il lui donna un coup de hanche en rétribution. Avec un rire, elle conclut le moment en faisant une pirouette, comme si leurs mains jointes étaient un mouvement de danse prévu.
« C'est bon, tu n'as pas mis tes gros doigts sur l'objectif ? demanda de manière désintéressée Sirius en arrivant derrière Eva qui avait couru pour voir le rendu dès que Peter s'était redressé.
– C'est toi qui as ce problème, pas moi, protesta Peter. Et Eva a l'air contente du résultat, » fit-il remarquer.
Eva ne prit pas la peine de contenir son sourire. Elle se sentait heureuse et peut-être était-ce contagieux parce que la commissure des lèvres de Sirius se souleva en voyant son visage. Eva prit soin de ranger les deux photos et l'appareil photo dans son sac, puis poussa les garçons à continuer leur chemin. Ils étaient chanceux, il n'y avait pas de vent aujourd'hui, rendant la température presque agréable tandis qu'ils longeaient les stands extérieurs et d'autres animations de rue. La chorale d'enfants n'intéressa ni Sirius ni Peter mais ils s'arrêtèrent quand ils remarquèrent Eva derrière qui restait écouter la reprise de All You Need is Love jouée à la guitare.
Pas la seule à s'arrêter, Eva ne fut pas non plus la seule à taper des mains en rythme. À la moitié de la chanson dont Eva murmurait les paroles du bout des lèvres, Sirius se pencha vers la Poufsouffle :
« C'est quoi ?
– Les Beatles.
– Je crois que ça me dit quelque chose.
– J'espère bien, sinon je vais devoir dire au professeur d'études des moldus de revoir son programme. On ne parle pas de culture sans mentionner les Beatles, c'est la base.»
Puis, se remémorant ces moments lointains où sa mère chantait dans l'appartement, le seul aperçu de son appréciation pour la culture moldue, Eva ajouta plus doucement:
«C'était le groupe préféré de ma mère.
– Elle avait bon goût, » dit simplement Sirius et Eva lui décocha un petit sourire reconnaissant.
Puis, le guitariste commença à reprendre la chanson San Francisco, et Eva qui ne voulait pas rester triste décida de chanter dramatiquement à la figure de Sirius qui l'observa à l'œuvre d'un air amusé :
« For those who come to SAN-FRAN-CIS-cooo, chanta-t-elle en ouvrant bien la bouche, be sure to wear to wear flowers in your head, continua-t-elle en faisant mine de poser une couronne sur ses cheveux. If you come to San Francisco, summertime will be a love-in there. »
Et à cette dernière phrase, Sirius haussa les sourcils, causant le rire d'Eva. Elle tenta bien de faire chanter Peter et Sirius mais aucun des deux ne se prit au jeu, Peter enroulant même son écharpe autour de sa bouche pour faire passer son refus.
« Il reprend tous les hits de quand j'étais petite, commenta Eva lorsque le chanteur enchaîna sur The Letter, pas qu'elle s'en plaignait.
– J'aime bien, dit Sirius et Peter acquiesça.
– Vous ne connaissiez pas ? s'étonna Eva.
– Certains morceaux, dit Peter alors que Sirius hocha négativement la tête, motivant Eva à lui faire découvrir la musique moldue dans toute sa profondeur.
– Décidément, c'est moi qui vais me charger du cours d'étude des moldus.
– Je ne m'en plaindrais pas, je ne suis pas sûr que Jenkin ait déjà écouté de la musique de sa vie. Ça doit être pour ça qu'il donne constamment envie de se pendre dès qu'il ouvre la bouche, » railla Sirius en faisant référence au sorcier septuagénaire qui, tous les ans, disait que ce serait sa dernière année d'enseignement.
Et là, le guitariste commença à jouer des premières notes très familières d'une chanson qu'Eva avait écoutée en boucle avec Charlotte au mois de septembre : Dancing Queen de ABBA. Tous les sens d'Eva s'éveillèrent et elle ne remarqua pas le coup d'œil curieux de Sirius, inconsciente qu'elle se penchait en avant et trépignait, prenant sur elle pour ne pas chanter les paroles. Pour être honnête, elle n'aurait pas chanté mais crié les paroles comme elle l'avait maintes fois fait avec Charlotte dans le dortoir avant l'arrivée de cet automne terrible.
Mais Peter n'étant visiblement pas aussi friand de musique, ils finirent par bouger lorsque le fameux « j'ai faim » de Peter retentit. Aucun des deux garçons ne fut intéressé par les châtaignes grillées d'un vendeur à la sauvette qui fit des grands signes à Eva ni par les énormes sucettes qui attiraient l'œil gourmand d'enfants. Non, ils continuèrent à arpenter les rues à la recherche du goûter parfait, mais ce fut Sirius qui mit une halte à leur recherche.
Un cracheur de flamme, c'était celui qui avait réussi l'exploit de faire afficher ouvertement de la fascination sur le visage habituellement stoïque de Sirius. Ils restèrent une bonne minute à observer le monsieur qui buvait de l'alcool puis crachait des flammes de manière contrôlée, assez longtemps pour que le cracheur les remarque et leur fasse une proposition, des gouttes d'alcool sur le menton :
« L'un de vous veut venir plus près ? »
Franchement, il n'y avait même pas besoin de poser la question. Avec un sourire encourageant, Eva poussa Sirius à y aller, puis, en un éclair de génie, elle se précipita pour sortir de nouveau son appareil photo. Et ça valait le coup, rien que pour immortaliser l'air choqué de Sirius à la première flamme puisque, le cracheur l'ayant attrapé par l'épaule, il était si proche qu'il sentit toute la chaleur intense qui le força à fermer les yeux. À la deuxième flamme, Sirius éclata de rire, les yeux fermement clos mais l'air sur-enjoué.
« Ce mec était complètement cinglé, j'ai adoré, dit Sirius une fois qu'ils eurent repris leur chemin après avoir donné de la monnaie au performeur.
– C'est pour ça que je me disais qu'il y avait un air de famille, plaisanta Peter.
– Meilleur compliment que tu ne m'aies jamais fait, Queudver, dit Sirius, ses yeux brillants indiquant qu'il se ressassait encore le spectacle. Je vais peut-être parler de mon nouveau projet de carrière à la rentrée à McGo, dit Sirius en captant le regard d'Eva.
– Je suis sûre que tu feras fortune dans la rue, » acquiesça en riant Eva.
Jouant de nouveau la curieuse envers Peter, Eva découvrit que Peter était comme elle à ne pas savoir quoi faire de sa vie professionnellement parlant : « Peut-être avec des animaux ? ou juste un travail de bureau ? Je sais pas trop, » soupira Peter dont le sujet paraissait rendre anxieux. Comme moi, se dit encore une fois Eva. Ils ne s'attardèrent pas plus sur le sujet car, Peter comme Sirius, parurent être d'accord sur ce qu'ils voulaient goûter : la barbe à papa qu'un enfant devant eux mangeait joyeusement et qui faisait la moitié de la taille de son petit corps. Eva fut désignée pour payer après que Sirius lui ait déposé sans scrupule son porte-monnaie dans la main, des années de cours avec Jenkins ne l'ayant visiblement pas rendu confiant avec les livres moldus. Une fois la barbe à papa achetée, Eva les mit en garde à la vue de leurs visages trop rayonnants :
« Je vous préviens, j'ai déjà dû couper des cheveux à cause de ça alors ne m'approchez pas avec votre barbe. »
Bien sûr, Sirius prit ça comme le signe de lui agiter la barbe à papa sous le nez et Eva utilisa sans vergogne Peter comme bouclier. Elle doutait fortement que Sirius accroche réellement de la barbe à papa à ses cheveux comme il semblait avoir une fascination avec la longueur de ses cheveux – aujourd'hui n'était pas la première fois depuis le solstice qu'il enroulait une mèche autour de son index – mais elle connaissait assez les excès masculins pour savoir qu'un accident était vite arrivé.
« Sirius ! » s'exclama-t-elle d'une voix aigüe alors qu'il s'approchait de trop près mais une intervention soudaine arrêta le Gryffondor dans sa lancée.
Eva prit quelques secondes à comprendre pourquoi. Puis, Eva suivit le regard de Sirius et vit qu'un petit blondinet à lunettes tirait sur le manteau long du Gryffondor, pointant de son petit index la barbe à papa que Sirius tenait trop haut pour qu'il puisse la toucher :
« Tu peux m'en donner ? »
Les sourcils de Sirius se haussèrent face à l'audace du petit garçon qui devait avoir 5 ans maximum. Les mains toujours accrochées aux épaules de Peter, Eva chercha du regard un parent alors que Sirius répondait de son habituel manière impérieuse, ne faisant visiblement pas de distinction entre enfants et adultes :
« Non. Pourquoi je devrais ? »
Peter pouffa, cachant son rire derrière son poing, alors qu'Eva cessait sa recherche pour lancer un regard atterré à Sirius. Heureusement, l'enfant ne partit pas sur une crise de larmes, à la place, il tira encore une fois sur le manteau de Sirius :
« S'il vous plaît, » dit-il, plus d'un air plus déterminé que poli.
Presque de manière imperceptible, la commissure des lèvres de Sirius se souleva. Il était amusé par le cran du petit garçon, mais il fit bien sûr exprès de garder un air impérieux, arquant ses sourcils :
« Et qu'est-ce que j'aurais en retour ? »
Le petit sembla réfléchir, puis :
« Moins de barbe à papa. »
Peter lâcha un rire franc qui fit tressaillir ses épaules et Eva suivit son exemple en lâchant un pouffement surpris, l'impression d'être tombée sur le petit frère de Baley Finch-Fletchley, son cadet de Poufsouffle de 2e année, même si, hormis les lunettes, les deux n'avaient physiquement aucun point commun.
« Et pourquoi tu ne peux pas aller chercher toi-même une barbe à papa ? continuait Sirius.
– Mary veut pas. »
Ah donc, il n'était pas là avec ses parents. Sa sœur ou une baby-sitter, peut-être ? se demanda Eva, gardant une main sur l'épaule de Peter pour se tourner et regarder si cette fameuse Mary était dans les parages. Mais personne ne capta son regard, chaque personne sur laquelle elle posait les yeux semblant décontractée.
« Alors peut-être que tu ne devrais pas en avoir. »
Derrière le dos d'Eva, le petit blondinet fronça les sourcils, commençant à être contrarié. Il tira de nouveau sur le manteau de Sirius :
« S'il vous plaît, répéta-t-il, comme si ces seuls mots et non pas le ton cordial qui devrait l'accompagner étaient des mots magiques.
– Et si ça ne me plait pas ?
– Quel sans cœur, ricana Peter alors que le menton du petit commençait à trembler. Je prie pour la santé de tes futurs enfants.
– Théo ! s'écria une voix féminine, la panique s'entendant clairement dans sa voix. Je t'avais dit de ne pas bouger ! »
Le petit blondinet détourna les yeux de la barbe à papa, jetant un regard larmoyant à l'adolescente qui venait de tomber à genoux et de l'attraper par les épaules pour le tourner vers elle :
« Tu n'as pas à partir quand on est dehors, tu dois me tenir la main ! s'exclama l'adolescente blonde dont la voix familière fit bondir le cœur d'Eva. Combien de fois je dois te le répéter ? Tu seras puni à la maison ! Ne me refais plus jamais ça ! ordonna-t-elle, la ferveur avec laquelle elle agrippait les épaules du petit garçon révélant son anxiété.
– Mary ? » hoqueta finalement Peter à la fin de la tirade de leur camarade de classe connue pour son calme et sa discrétion.
La Gryffondor de 6e année parut enfin réaliser la présence du trio qui l'entourait, en particulier Peter qui l'observait avec des yeux ronds, une couleur rosée pas seulement causée par le froid sur le haut de ses joues. Derrière lui, Eva était interdite de voir le visage rond de Mary McDonald qui hantait occasionnellement ses rêves dans un endroit aussi incongru que le parc St James où elle s'était seulement attendue à y reconnaître des écureuils.
« Peter ? » fit écho la Gryffondor, puis ses yeux glissèrent vers Eva qui força un piètre sourire à ses lèvres avant que Mary McDonald ne lève les yeux d'un air consterné vers le propriétaire du manteau que Théo agrippait toujours avec sa petite main, semblant avoir deviné son identité avant même de le voir.
En croisant les sourcils arqués de Sirius qui la surplombait de toute sa hauteur, l'expression faciale de Mary McDonald exprima tout l'embarras qu'elle ressentait. Bien sûr, l'inconfort de Mary déclencha le sourire moqueur de Sirius que la Gryffondor connaissait bien.
« Mary, la salua-t-il, quelle plaisante surprise – »
Un sentiment non réciproque à en juger par la tête de Mary McDonald.
« – il est à toi ce mioche ? termina Sirius en désignant du menton le petit qui lui adressa un regard mécontent, assez malin pour garder sa bouche fermée après s'être fait disputer.
– C'est mon petit frère, Théo, dit Mary, l'air mal à l'aise avant de se pencher pour attraper son frère et le jucher sur le creux de sa hanche en un geste tout à fait naturel, forçant ce dernier à enfin lâcher Sirius. Il ne vous a pas trop embêté, j'espère ?
– Du tout, dit lentement Sirius en haussant les sourcils face au visage boudeur du petit Théo glissé contre le cou de sa sœur. C'est un brave petit bonhomme.
– Affamé aussi, » ajouta Peter d'une manière presque pressée qui arracha Eva à son introspection pour lui jeter un regard curieux.
Maintenant qu'elle y pensait, Peter n'avait-il pas un faible pour Mary McDonald ? Ça expliquerait sa soudaine fébrilité alors qu'il était pourtant relaxé depuis le sapin de Trafalgar Square.
À l'entente de cet adjectif, Mary jeta un regard à la barbe à papa que Sirius tenait et parut deviner en un clin d'œil pourquoi son petit frère était venu les dénicher. Clairement, elle avait dû longuement négocier avec lui à ce sujet avant qu'il ne s'éclipse.
« Théo, fit Mary d'un air réprobateur, essayant vainement de capter le regard de son petit frère qui enlaçait son cou de ses bras et avait collé sa joue contre son épaule.
– Est-ce qu'il a droit à un morceau ? » demanda Sirius, sa considération soudaine lui valant les regards surpris de Peter et Eva.
Mary soupira, puis, jetant un coup d'œil à son petit frère qui semblait bouder contre son épaule, elle acquiesça :
« Il est diabétique alors juste un petit bout. »
Même toutes les mauvaises émotions que faisaient surgir Mary McDonald n'empêcha pas le petit cœur d'Eva de s'attendrir à la vue de Sirius proposant un bout de sa barbe à papa convoitée au petit garçon qui releva en un sursaut sa tête à l'entente de l'autorisation de sa sœur.
« Par le trou du cul de Merlin, c'est une blague ? s'agaça une voix familière, semblant au contraire peu attendrie devant le spectacle.
– Lulu, ce n'est pas une manière de parler, voyons. Encore moins devant des petits. »
Comment se faisait-il que dans une capitale de 7 millions d'habitants, ils tombaient sur deux sorcières qu'ils connaissaient ? Dans le Londres moldu de surcroît ? C'était la première fois qu'Eva croisait des visages familiers ici. Peut-être était-ce parce qu'ils étaient dans le centre de la capitale, plutôt que dans le quartier nord excentré de Killburn où Eva habitait. Dans tous les cas, même si la vue du visage renfrogné mais toujours charmant de Lucy Emerson ne tordait pas le ventre d'Eva, ce serait un mensonge que de dire qu'Eva était contente de la voir alors que l'ex de Jeff et Sirius échangeaient un regard indéchiffrable.
« Mary, tu as retrouvé Théo ! Quel soulagement, terriblement désolée de t'avoir distraite tout à l'heure, je ne pensais pas qu'il disparaîtrait aussi vite que le Magicobus. »
À cette expression, Eva sut que la compagne de Lucy était une sorcière et il ne fallait qu'un coup d'œil pour comprendre que celle-ci devrait être la grande sœur de la Gryffondor de 6e année. Outre ses cheveux courts et d'une couleur ébène méticuleusement travaillés avec du gel et son visage qui avait perdu la rondeur de l'adolescence, c'était le sosie de Lucy en plus souriant et aimable à première vue.
La nouvelle venue adressa d'abord un sourire désolé à Mary qui secoua la tête avec un rougissement puis elle se pencha pour chatouiller la joue de Théo qui savourait son bout de barbe à papa. Ses excuses données, la sœur de Lucy décortiqua du regard chaque membre de leur groupe avec un sourire avenant. À part Sirius qui dégustait enfin sa barbe à papa alors que Lucy avait croisé les bras d'un air renfrogné après leur échange visuel, l'aînée de la famille Emerson semblait être la seule à ne pas sentir de tension sous-jacente. Certainement qu'elle avait appris avec l'âge à l'ignorer.
« Alors, vous êtes des camarades de classe de Lucy ? Des Gryffondors aussi ?
– Si seulement, commenta Sirius en fourrant un nouveau bout de barbe à papa dans sa bouche sous l'œil envieux de Théo, prenant soin d'adresser un rictus moqueur à Eva en le faisant.
– Oh ? fit la grande sœur de Lucy Emerson en adressant un regard curieux à Eva qui lui adressa un sourire pincé, son épaule frôlant celui de Peter alors qu'elle se dandinait d'un pied à l'autre. Laisse-moi deviner : tu es à… Poufsouffle, non ? » s'exclama-t-elle en claquant ses doigts.
La réflexion fulgurante de la grande sœur de Lucy fit pouffer de rire l'ensemble des Gryffondors présents à part Mary – sa maturité frappait à chaque fois Eva lors de leurs brèves rencontres –, une réaction qu'Eva aurait voulu trouver inexplicable mais qu'elle était malheureusement trop habituée à subir.
« Oui, c'est ça, acquiesça Eva en gardant un sourire poli, frappant du dos de la main le bras de Peter, le seul assez proche.
– Tu ne me demandes pas comment j'ai deviné ? s'amusa la brune ébène, la main placée sur sa hanche, l'assurance qui exsudait d'elle contrastant grandement avec l'air mal à l'aise de Mary à côté d'elle.
– Pas vraiment, dit Eva en haussant les épaules, n'ayant pas particulièrement envie d'entendre son raisonnement même si la sœur de Lucy n'avait pas l'air d'être mal intentionnée.
– C'est parce que je te reconnais, » révéla la brune avec un sourire taquin reflété dans les yeux bleus clairs qu'elle partageait avec sa petite sœur.
Eva ne fut pas la seule surprise à cette nouvelle, le petit Théo profitant même de la distraction de sa sœur et de Sirius pour voler un bout de barbe à papa qu'il engloutit en une seconde pour cacher son méfait.
« Ah bon ? On s'est déjà croisées ? » s'enquit poliment Eva, ne pouvant s'empêcher de croiser les bras, ayant toujours le réflexe d'envisager le pire lorsqu'on lui faisait ce genre de remarque – le bal du solstice n'ayant rien fait pour changer cette habitude.
Elle avait beau la décortiquer du visage, Eva ne voyait pas quand elle aurait pu faire la rencontre de cette jeune femme qu'elle aurait pu, au mieux, voir sur une page de publicité de Sorcière Hebdo. C'était à se demander si la famille Emerson avait joui de tous les bienfaits de leur marque de cosmétique ou s'ils l'avaient juste créé pour tenter de relever le niveau chez le reste de la population. Les filles de cette famille n'avaient pas la beauté hypnotisant d'une Veela, mais elles étaient toutes aussi envoûtantes.
« Ne t'inquiète pas, rit la grande sœur de Lucy, tu devais être en 1ère année la dernière fois que je t'ai vu et j'étais plutôt discrète à l'époque, c'est normal que tu ne te souviennes pas de moi. »
Franchement, Eva doutait fortement qu'une beauté comme elle puisse passer inaperçue, elle n'était pas aveugle.
« Je pense que tu reconnaîtras plutôt le nom de mon partenaire de Potions, commença la brune avec un sourire prenant une tournure malicieuse qui tendit Eva : Ted Tonks. »
Oh mon dieu, songea Eva alors que Sirius répétait « Ted Tonks ? » d'un air éberlué.
« Je me trompe ? » renchérit l'aînée des Emerson, son air malicieux procurant un flashback à Eva de la moitié de sa 1ère année puis de sa 2e année (courtoisie des jumeaux Prewett) à se faire taquiner par les plus grands de Poudlard à cause de son terrible béguin pour le préfet-en-chef Ted Tonks.
Eva fut plus que consciente de tous les regards posés sur elle et, impuissante face au clin d'œil joueur d'Emerson, Eva sentit une terrible rougeur lui monter au visage sous le regard rempli d'incompréhension de Sirius. Elle maudit Akash qui devait être en train de faire la sieste après avoir dévoré le contenu de la cuisine de ses parents. Presque 6 ans plus tard, sa grande gueule d'adolescent pré-pubère lui procurait encore des malheurs.
« Quel est le rapport avec Ted Tonks ? »
Par le trou du slip de Merlin, Eva pourrait mourir à entendre Sirius répéter le nom de celui qui pourrait être considéré comme le précurseur de sa puberté. Eva ne pouvait pas lui rendre son regard, c'était au-dessus de ses forces. Désespérée, son regard alterna entre le sol et la foule mobile autour d'eux. Malheureusement, personne ne lui tendit de perche pour la sortir de cette situation cauchemardesque où le garçon qu'elle était certaine qu'elle ne pourrait s'empêcher d'embrasser la prochaine fois qu'ils seraient seuls prononcer à répétition le nom de celui qu'elle n'avait jamais avoué (même à Charlotte) considérer comme la révélation de sa sexualité.
« Oh, tu connais Ted ?» s'enquit la sœur de Lucy en se tournant vers Sirius.
La pauvre Mary qui était prise en sandwich entre les deux tint fermement son petit frère contre elle comme pour se faire oublier, un rougissement persistant sur ses joues rondes.
« En quelque sorte, dit Sirius, plus occupé à fixer Eva qu'à répondre à des questions qui ne l'intéressaient pas.
– Et tu t'appelles ? tenta la sœur de Lucy, puis ne recevant pas de réponse immédiate, elle rebondit sans soucis en se tournant vers sa petite sœur qui gardait une position fermée, restée obstinément en retrait : Lucy, tu n'as même pas fait les présentations !
– Comme si tu m'avais laissé le temps de le faire, protesta Lucy, dégageant ses cheveux avec son flair extravagant qui lui était propre.
– Et maintenant ? » ne lâcha pas sa sœur, semblant habituée aux remarques désagréables de la Gryffondor de 6e année.
Lucy prit bien soin de lever les yeux au ciel, puis, toujours avec son air renfrogné, elle énuméra les noms des présents :
« Mary McDonald, Théo McDonald, Nancy Emerson, Sirius Black, Peter Pettigrow, Eva Brown. Heureuse ?
– Attends, tu ne serais pas le frère d'Andromeda Black ? » s'exclama la dénommée Nancy, ignorant la remarque revêche de sa petite sœur.
Cette fois-ci, Sirius daigna au moins adresser un regard du coin de l'œil à l'Emerson plus âgée, peut-être parce qu'il savait que c'était peine perdu d'essayer de capter le regard d'Eva qui avait remonté son écharpe jusqu'à son nez pour camoufler sa rougeur qui faisait actuellement concurrence à Hannah Abbot, un autre de ses fantômes.
« Non. Son cousin, répondit-il froidement. C'est quoi cette histoire avec Ted Tonks ? demanda-t-il brusquement, jetant un regard à Eva que la Poufsouffle évita soigneusement avant de se concentrer d'un air contrarié sur le visage de la grande sœur de Lucy qu'il trouvait être pénible d'une manière tout à fait différente de sa petite sœur.
– Oh, commença à dire Nancy Emerson et Eva crut que son cœur allait sortir de sa cage thoracique, rien de croustillant. Ted était juste l'idole de tous les Poufsouffles à l'époque. Ce n'est pas tous les jours qu'un Poufsouffle réussit à avoir le badge de préfet-en-chef, vous savez. »
Eva n'arriva pas à décider si elle remerciait ou détestait l'aînée des Emerson pour sa réponse assez vague pour laisser à l'interprétation de chacun la cause de la gêne d'Eva. Cependant, en croisant par mégarde le regard de Mary McDonald qui lui adressa une grimace compatissante, Eva décida qu'elle détestait Nancy Emerson, même si, à 17 ans, son corps ne devrait pas avoir une réaction aussi intense à l'entente du nom de Ted Tonks.
« Une Poufsouffle a pourtant failli avoir le badge de préfète-en-cheffe cette année, intervint soudainement Mary McDonald, causant le choc d'Eva qui ne fit que s'accroître à l'entente de ses paroles suivantes : Tout le monde pensait que ce serait Charlotte Tronsky qui l'aurait. C'est juste la volonté d'apaisement de Dumbledore qui l'a empêché d'avoir le badge.
– Mary, on n'en sait rien de ça. C'est juste des bruits de couloir, protesta Lucy avec la désinvolture de celle qui avait déjà entendu maintes fois cet argument.
– Mais qui sont certainement vrais, insista Mary, réajustant sa prise sur son petit frère qui avait de nouveau enlacé ses bras autour du cou de sa sœur après avoir jugé qu'il ne réussirait pas à avoir un 3e bout de barbe à papa. Rappelle-toi, Lily nous avait dit que Macmillan avait annoncé le nom de Charlotte à la dernière réunion des préfets, en juin. »
Lentement, Eva oublia son envie pourtant préalablement fervente de s'enfoncer sous terre, dévisageant à la place Mary McDonald. La seule pensée de Charlotte était si négative dernièrement, la mettant d'humeur terrible dès qu'elle pensait au fait que sa lettre datant du départ de Poudlard était restée sans réponse, qu'entendre du bien de Charlotte la secouait intérieurement. Charlotte avait été pressentie comme préfète-en-cheffe ? La gorge d'Eva se serra, les regrets l'assaillant. Elle n'en avait aucune idée.
« Elle aurait fait un travail parfait, dit Eva sans réfléchir, presque un automatisme alors qu'elle sortait le nez de son écharpe. Depuis la 5e année, elle se porte volontaire pour des rondes supplémentaires quand d'autres préfets ne sont pas disponibles et elle adore s'occuper des plus petits. »
Merlin, Charlotte lui manquait.
« Je sais, Lily n'en dit que du bien, sourit Mary McDonald d'une manière qui tuait Eva intérieurement. Tu veux venir essayer la pêche à la ligne avec nous ? proposa soudainement la Gryffondor avant de secouer avec un sourire affectueux son petit frère. Hum Théo, tu veux qu'Eva t'aide pour attraper des canards ? »
D'abord surprise, Eva prit deux secondes avant d'accepter l'opportunité que lui offrait la dernière personne à qui elle aurait pensé. Elle esquiva consciemment le lourd regard de Sirius, fit même mine de ne pas l'entendre dire son prénom, ce qui causa le pouffement hautain de Lucy Emerson. Comme si rien d'étrange ne les liait, Eva suivit Mary McDonald puis s'agenouilla à côté d'elle alors que celle-ci expliquait à son petit frère le principe du jeu après que le vendeur leur ait tendu une canne à pêche.
« Je suis désolée du comportement de Lucy, elle n'est pas à l'aise du côté moldu, » dit doucement Mary en gardant une main dans le bas du dos de Théo qui tentait d'attraper son premier canard, maniant avec la maladresse d'un enfant sa canne à pêche malgré sa moue déterminée qui semblait lui être propre.
Eva se retint de commenter que l'attitude de Lucy n'était pas mieux à Poudlard, le souvenir de son expression fâchée à Pré-au-Lard en tête. Quoi que, au moment présent, Eva préférait largement le silence mécontent de Lucy plutôt que l'espièglerie de sa grande sœur.
« Ce n'est pas de ta faute, assura Eva avant de marmonner dans sa barbe : c'est plutôt la mienne. »
Eva sentit Mary lui jeta un regard du coin de l'œil mais ses bonnes manières parurent lui souffler de ne pas continuer sur ce sujet. Mary était une amie proche de Lucy, elle savait mieux qu'Eva pourquoi Lucy était irritée à la vue d'Eva. Mary félicita son petit frère d'avoir attrapé son premier canard puis elle demanda à Eva de sa voix discrète comment s'étaient passées ses vacances.
Eva passa mentalement en revue ses vacances : ses réveils restés matinaux malgré l'estompement graduel de ses cauchemars qui lui avaient valu des petit-déjeuner intimes avec Euphémia, les pâtisseries de Possy dévorées par leur trio d'adolescents, les jeux de cartes jusqu'à pas d'heure avec les deux Gryffondors, les heures passées avec Euphémia dans la serre tandis que Sirius et James lui volaient Oscar, les séances expérimentales de magie sous couvert de révision des ASPICS blancs qui avaient révélé aux Gryffondors qu'Eva n'avait pas la finesse pour un sortilège complexe mais avait plutôt une essence magique qui donnait bien souvent des effets explosifs, une découverte qui enthousiasma un peu trop Sirius et James – Madame Rancy ne leur pardonnerait jamais les feux d'artifices bruyants de la soirée où Euphémia et Fleamont s'étaient absentés.
Eva avait également enchaîné les joggings – en majorité sous la pluie – qu'elle n'avait pas réalisé s'infliger à un rythme frôlant la punition jusqu'à ce que James qui avait insisté pour l'accompagner un matin ne s'effondre par terre à essayer de la suivre, clamant que son cœur allait le lâcher. Rendu curieux par les plaintes de James de retour dans la cuisine, Sirius avait proposé de la rejoindre pour une séance de « remise en forme physique des enfers pour le plus cinglé des batteurs » (dixit James) et ces deux séances avaient rapidement éveillé l'esprit de compétition endormi d'Eva. Le clou du spectacle avait certainement été lorsque James et Sirius avaient réussi à transformer l'imposant escalier principal en un toboggan géant. Doués qu'ils étaient, lorsque Euphémia était revenue, la seule trace de leur méfait était le derrière douloureux d'Eva.
Avec tous ces moments en tête, Eva conclut en haussant les épaules, le menton enfoncé dans son écharpe jaune :
« Ça va, c'était tranquille. Avec le temps pourri qu'on a eu, je n'ai pas eu le choix de réviser pour les ASPCIS blancs. Et toi ? Tu as profité de ta famille ? dit Eva en observant Mary aider son petit frère à redresser sa canne pour attraper un quatrième canard.
– Oui, ça m'a fait du bien. C'est toujours bizarre de rentrer et de voir à quel point Théo grandit en aussi peu de temps, dit Mary en brossant d'une manière presque inconsciente les cheveux rebelles de son petit frère. Il reste toujours le petit chouchou de la famille par contre, sourit Mary et Eva se demanda comment ce serait d'avoir un frère ou une sœur avec autant d'écart.
– Est-ce qu'il…? s'interrompit Eva lorsqu'elle réalisa que c'était le type de question qu'elle haïssait.
– Non. C'est juste moi, répondit Mary sans paraître offusquée au soulagement d'Eva qui ne réussit pas à se retenir pour la deuxième fois, l'impression de revenir à la Eva d'avant qui parlait plus vite qu'elle ne réfléchissait :
– Tant mieux. »
Mary eut l'air stupéfaite, dévisageant Eva avant de répondre doucement, comme hésitante sur la manière de réagir à cette remarque :
« Tant mieux dans quel sens ? »
Consciente que son avis offusquerait la grande majorité des sorciers, Eva se racla la gorge et glissa une mèche de cheveux derrière son oreille pour se soustraire aux yeux marrons de Mary McDonald, révélant ses anneaux dorés. Eva ne brillait pas d'assurance quand elle murmura les paroles suivantes, sachant que même Sirius ne la comprendrait sur ce point :
« Parfois, je me dis que ça serait plus simple qu'on n'ait pas tout ça, dit lentement Eva en choisissant bien ses mots, consciente des enfants et parents moldus autour. Que la magie de Noël reste juste à Noël.
– Oh… »
Mal à l'aise d'une toute autre manière que lorsque Nancy Emerson l'avait rendu le centre de l'attention, Eva réussit à résister seulement cinq longues secondes où seul Théo McDonald vivait encore semblait-il avant d'observer la réaction de Mary McDonald. La Gryffondor semblait troublée, comme si elle n'arrivait pas à décider quelle réaction avoir. Finalement, après que Théo lui ait déposé dans la main son cinquième canard (il lui restait cinq de plus à attraper pour avoir un cadeau), Mary parut s'éveiller :
« C'est la première fois que j'entends quelqu'un le dire comme ça, dit-elle comme une pensée dite tout haut, puis, adressant un regard du coin de l'œil d'Eva avant de se rétracter, la Gryffondor ajouta : D'habitude, on me parle plutôt d'une sélection de gens, pas de saison. »
Il y eut un court silence puis Mary gloussa, une réaction qui lui valut l'incompréhension d'Eva. Sentant le regard de la Poufsouffle, Mary s'excusa en secouant la tête :
« Désolée, je viens juste de réaliser que ma phrase est vraiment bizarre mais on s'est comprise, non ? lui sourit Mary. C'est le plus important. Tu sais, j'étais de mauvaise humeur aujourd'hui, mais je crois que ça va mieux maintenant.
– Ah oui ? dit avec hésitation Eva.
– Oui, c'est pour ça que Lucy s'est forcée à venir ici même si elle se retient toutes les cinq secondes de jouer avec sa ba - son sabre, se reprit Mary et Eva rit à sa correction. Je pensais que c'était pour la même raison que tu étais là avec Sirius et Peter.
– On pourrait dire ça, considéra Eva puisque James et Sirius avaient tenté toutes les vacances à leur manière à chacun de la sortir de sa bulle, pas qu'elle l'ait réalisé au début.
– Donc tu as vu l'article hier toi aussi, dit sombrement Mary et le ventre d'Eva se serra d'un mauvais pressentiment.
– Quel article ? » demanda-t-elle, redoutant la réponse en sachant ce que ou plutôt qui elle et Mary McDonald avaient en commun même si elles l'avaient toujours tue.
Mais Mary dût motiver son petit frère qui commençait à s'impatienter (« Plus que deux canards et après tu auras droit à ton cadeau, Théo, promis ! »). La Gryffondor se releva pour aider son petit frère à manier la canne à pêche et elle lui permit d'attraper l'avant-dernier canard avec facilité. Eva suivit son exemple et se redressa, ses genoux la remerciant après avoir passé de longues minutes accroupie :
« Quel article ? osa finalement Eva redemander en un souffle.
– Je suis désolée, s'excusa Mary d'un air agité en voyant l'expression de la Poufsouffle qui ne pouvait malheureusement pas se contrôler lorsqu'il s'agissait de Royce Mulciber. Je pensais que tu l'avais lu, c'était dans la Gazette hier.
– Je n'ai pas eu le temps hier, » dit Eva d'une voix pâteuse, se souvenant de l'empressement d'Euphémia pour quitter le manoir, pressée qu'elle était de leur faire visiter Rowena's Perch avant la fin du marché du solstice.
C'était certainement une coïncidence. Jamais Eva n'avait prononcé le nom Mulciber devant sa marraine et elle connaissait assez bien James pour savoir qu'il n'aurait jamais parlé de rumeurs la concernant à sa mère.
« Je suis désolée, répéta Mary en ce que Eva découvrait être un réflexe machinal pour la Gryffondor, je pensais que tu savais. Ses parents viennent de divorcer. Ils l'ont annoncé dans la presse. »
Ses parents ? répéta intérieurement Eva, prenant quelques secondes avant de visualiser le robuste Mulciber Sr, ses yeux marrons intimidants, sa canne décorée par des fleurs de lys argentées, son ruban vert d'Ordre de Merlin et sa chevalière avec un cerbère, à côté d'une femme brumeuse qu'Eva n'arrivait pas à imaginer. La mère de Royce Mulciber, à quoi pouvait ressembler celle qui avait mis au monde un psychopathe pareil ? Eva eut d'abord du mal à saisir l'ampleur de la nouvelle puis elle se rappela : c'était des Sang-Purs. Pour la noblesse sorcière, il n'y avait rien de plus important que la réputation et abroger les traditions était la manière la plus efficace de se faire dénigrer. Même si chez les moldus le divorce était un phénomène encore nouveau, Eva n'était pas sûre que le concept même de « divorce » existe chez les Sang-Purs malgré toutes les affaires d'adultère à l'arrière de la scène, le cas de la mère d'Ava Parkinson lui venant à l'esprit. C'était quelque chose qu'elle pourrait demander à Alice – ou non, à Sirius, se corrigea Eva en pensant à la promesse qu'elle s'était faite.
« Je ne savais pas, merci, » dit Eva, l'impression qu'une éternité était passée le temps qu'elle s'imprègne de l'information.
Mary lui adressa un regard furtif, semblant appréhensive de la réaction d'Eva, mais voyant son manque de réaction, la Gryffondor se concentra de nouveau sur son petit frère pour l'aider à attraper son dernier canard :
« Tu devrais faire attention à la rentrée, » dit Mary et le sujet fut clos lorsque Mary attira l'attention du vendeur pour obtenir un prix après que le petit Théo ait attrapé ses 10 canards. Le petit Théo était vraiment mignon se dit Eva alors que celui-ci lui tendait un bonbon en forme de bouteille de Coca-Cola sous le regard expectatif de sa sœur. Eva le remercia avec un sourire attendri et lui fit une bise sur la joue en remerciement. Quand elle se redressa, Eva entendit son prénom et se tourna pour voir Sirius qui posa sa main sur son épaule.
« Je vois que tu as su user de tes charmes, fit-il remarquer en voyant le bonbon qu'elle avait à la main : Et moi ? J'ai droit à rien alors que je t'ai donné un bout de ma barbe à papa tout à l'heure ? »
Malheureusement, le petit Théo semblait avoir atteint son seuil maximum de générosité car il serra son sachet de bonbons contre son torse avec une mine boudeuse sous le soupir de Mary.
« Je rigole, garde tes bonbons, bonhomme, railla Sirius et Eva dit son prénom avec exaspération : Quoi ? Je suis gentil. »
Oui, il l'était, à sa manière bien particulière, mais Eva était si ridiculement entichée qu'elle pouffa de rire face à l'air faussement innocent de Sirius.
« Où est Peter ? demanda-t-elle.
– En train d'impressionner les filles avec ses talents de tireur, divulgua Sirius avec un sourire en coin discret qui contrastait avec ses yeux brillants de malice, il était vraisemblablement hilare de la situation dans laquelle il avait abandonné Peter.
– Vraiment ? dit Eva en regardant par-dessus l'épaule de Sirius pour tenter de retrouver Peter et les sœurs Emerson à un stand de tir.
– Non, pouffa Sirius, puis il murmura à l'oreille d'Eva, assez loyal envers Peter pour ne pas le mettre dans l'embarras devant son béguin qui, à genoux, était pourtant occupée à ouvrir les figurines cachées dans des œufs en plastique avec son frère : Il est un expert pour une autre sorte de tir.
– Sirius ! s'exclama Eva, des frissons au cou, en ne pouvant retenir un éclat de rire pour autant.
– Quoi ? Tu rigoles ! se défendit-il en riant aussi.
– C'est dégoûtant ! persista Eva entre deux éclats de rire.
– C'est ma vengeance pour m'avoir abandonné tout à l'heure avec ces deux sorcières, lui dit-il très sérieusement en lui secouant l'épaule qu'il tenait.
– Sirius ! s'exclama Eva en lui faisant les gros yeux.
– Quoi, c'est vrai, n'en démordit pas Sirius, ce sont des sorcières du même gabarit que Madame Rancy, avoue-le. C'est toi qu'elle fait fuir à coups de cannes, pas moi. »
Honnêtement, Eva ne pouvait pas le nier. Les deux sœurs Emerson étaient toutes aussi effrayantes que Madame Rancy, bien que d'une manière différente.
« Ha! s'exclama Sirius en voyant la grimace d'Eva. Tu vois que j'ai raison !
– Chuuuut, » siffla Eva, jetant avec appréhension un coup d'œil dans la direction de Mary McDonald, ne voulant pas que la Gryffondor aille répéter ce qu'elle avait entendu à Lucy Emerson.
Eva ne doutait pas que Lucy soit capable de lui faire regretter très amèrement d'avoir parlé d'elle dans son dos. Eva avait encore en mémoire les colères noires de la Gryffondor à la fin de sa relation avec Jeff l'année précédente. Malheureusement pour Eva, Mary avait très bien entendu ce qu'ils disaient mais, avec un soupir, la Gryffondor leur promit qu'elle ne dirait rien au grand désintérêt de Sirius qui, Eva l'avait appris, n'avait pas peur de se mettre à vie à dos des gens. Alors qu'Eva pensait que Sirius allait la presser pour qu'ils s'éloignent de ses camarades de Gryffondor, il la surprit en lui proposant le contraire en un murmure discret alors qu'ils suivaient Mary qui avait de nouveau juché son frère sur le creux de sa hanche, voulant certainement prévenir une nouvelle fuite du petit Théo alors qu'ils traversaient la foule :
« Ça te dérangerait qu'on reste un peu plus longtemps ? demanda-t-il, leurs coudes se frôlant. Comme tu es partie avec Mary, Queudver n'a pas eu de moment avec elle. »
C'était étonnement attentif de la part de Sirius. Eva acquiesça sans trop d'hésitation même si l'idée de devoir parler à Lucy et Nancy Emerson ne l'enchantait guère. Parce qu'Eva ne se faisait pas d'illusion, même si Sirius voulait aider Peter à avoir un moment de complicité avec Mary McDonald, ça ne voulait pas dire qu'il allait faire l'effort de capter l'attention des sœurs Emerson pour qu'elles n'aillent pas chercher Mary. Non, ça allait clairement être le rôle d'Eva.
Et ça ne rata pas. Ils retrouvèrent Peter qui, penaud et gêné, grimaça alors que Lucy annonçait sa défaite d'un air peu impressionné, Nancy glissant par-dessus l'épaule de sa sœur que Lucy était de mauvaise humeur parce qu'elle voulait gagner la grande peluche de licorne.
« Le joueur de Quidditch aurait pu aider, glissa Lucy avec un regard appuyé en direction du seul joueur officiel de Quidditch de leur regroupement qui était resté légèrement en retrait derrière Eva, l'épaule de la Poufsouffle frôlant le torse du brun.
– On ne m'a pas demandé, » se désista simplement Sirius en ne cachant pas son exaspération à la limite de l'agacement.
Puis, enchaînant avec fluidité alors qu'Eva était prête à intervenir pour interrompre une séance de piques entre les deux Gryffondors qui étaient pourtant bons amis un mois plus tôt, Sirius annonça qu'il se mettait en équipe avec Théo pour faire une séance de tirs de canettes. Il prit avec aisance Théo des bras de sa grande sœur qui n'eut le temps de protester, causant la surprise d'Eva qui se demanda s'il avait l'habitude de s'occuper d'enfants. Puis, après avoir lancé un regard entendu à Eva, Sirius se dirigea vers le stand d'à côté. Eva n'était pas Legilimens comme semblaient l'être ensemble Sirius et James, mais elle eut assez de jugeote pour comprendre que c'était le signe qu'elle devait tendre le rameau d'olivier aux deux sœurs Emerson.
Le plan s'engagea particulièrement facilement mais Eva suspectait Nancy Emerson d'avoir compris leur manège car elle enjoignit sa sœur à faire la compétition avec elle, la tirant vers Eva. A côté de leur trio féminin, étonnamment sérieux, Sirius conseillait le petit sur sa hanche sur la meilleure manière de viser pour faire tomber le maximum de canettes, laissant Peter et Mary s'installer maladroitement au dernier spot disponible. Enfin, le plan ne marcha pas totalement puisque, remarquant la belle frimousse de Lucy qui ne jouait pas mais observait sa sœur et Eva jouer avec une posture indéniablement fermée, un garçon apparut et lui proposa de jouer ensemble.
Avec un sourire amusé, Nancy regarda sa sœur les abandonner sans vergogne pour suivre l'adolescent qui réussit à arracher un sourire à Lucy alors qu'Eva préparait son lancer :
« Toujours le même sketch avec elle. Tu sais ce qui est marrant avec Lulu ? C'est une éternelle insatisfaite parce qu'elle a toujours besoin d'être le centre de l'attention. »
Eva décida résolument de ne rien répondre à part un « hum » inquisitif, la pensée la traversant qu'Oscar lui manquait. Elle lança la balle de tennis et réussit à faire tomber 9 des 10 cannettes empilées. Nancy Emerson la félicita et s'avança pour prendre la place d'Eva. Avant de préparer son geste, la brune aux cheveux ébènes glissa en arrière ses mèches remplis de gel d'un geste décontracté. Honnêtement, après presque deux semaines en quartier rapproché avec un certain Sirius Black, Eva croyait être immunisée face à la beauté des trop beaux mais Nancy Emerson était à deux doigts d'intimider Eva avec ses yeux bleus trop clairs et son assurance mature.
Tirant légèrement la langue en un geste étonnamment enfantin, Nancy effectua son lancer et passa largement au-dessus de sa cible, la faisant grogner une fois puis une deuxième lorsqu'elle vit qu'à côté Théo avait réussi à faire tomber une cannette.
« T'es forte, Eva, dis donc, fit remarquer Nancy au bout de quelques lancers parfaits et parfois presque parfaits d'Eva. Tu m'impressionnes, c'est toi qu'il nous fallait pour gagner la licorne ! »
Un compliment auquel Eva répondit par un haussement d'épaules, plus enthousiaste lorsqu'il s'agit d'applaudir Nancy quand la brune réussit enfin à faire tomber des cannettes et de répondre à sa demande de high-five. Même à deux, elles terminèrent leur partie avant Sirius et son mini acolyte (une vue fascinante qui attirait régulièrement le regard d'Eva) et Eva choisit son prix en songeant au petit Théo.
C'est à ce moment-là, alors qu'Eva remerciait le gérant du stand, que Nancy reprit leur discussion sur Lucy comme s'il n'y avait pas eu dix minutes d'entracte :
« Elle est jalouse de toi, tu le sais, non ? dit-elle sans préambule et les yeux d'Eva s'écarquillèrent de manière presque comique alors qu'elle agrippait la peluche d'un T-Rex. Lulu n'a pas mentionné ton nom mais celui de Mister Black, oh que si, dit Nancy en roulant chaque syllabe avec l'exaspération d'une grande sœur qui avait tendu une oreille attentive. Tellement que j'ai l'impression qu'il a passé le solstice avec nous, plaisanta Nancy Emerson et, voyant l'air terriblement mal à l'aise d'Eva qui restait figée, Nancy lui fit une pichenette sur l'épaule. Rassure-toi, tu en as trouvé un bon ! Elle voulait le faire craquer tout à l'heure quand tu t'es éclipsée mais il s'est fermé comme un Hippogriffe. Au moins lui, il ne lui laisse pas le champ libre pour de faux espoirs, je lui donne au moins ça. Je dirais qu'il n'est pas à la hauteur de Ted Tonks – Nancy lui adressa un clin d'œil – mais plutôt pas mal dans son genre. »
Exceptées Chourave et peut-être Astrid Matthews, Eva n'avait pas de souvenir d'avoir été laissé autant de fois muette de stupeur et d'embarras. Désemparée, elle bredouilla, presque une plainte :
« P-pourquoi tu me dis ça ? »
Nancy Emerson rit puis haussa les épaules, triturant une mèche caressant son front :
« Je ne sais pas, en tout cas, pas pour te foutre en l'air ta journée même si c'est l'impression que ça donne. C'est juste que – »
Nancy soupira longuement, tirant sur sa mèche :
« Ah, c'est terrible à dire ça mais j'y vais, se rebiffa-t-elle avant de plonger ses yeux dans ceux d'Eva : ma sœur est exactement le type de peste qui m'a pourri ma scolarité et, bizarrement, comme je te vois encore comme la petite de 11 ans qui se faisait embêtée par les idiots de ma classe, j'ai envie de te dire de t'accrocher. Il ne faut pas faire attention aux coups de pression de filles qui se prennent pour le nombril du monde. Vis ton truc tranquillement avec ton copain, peut-être que ça ne se terminera pas idéalement – pas que je dise que ce sera le cas, bien sûr ! – mais, fais juste en sorte que si ça termine mal, ça ne soit pas à cause de pressions extérieures. Il y aura toujours du monde pour critiquer ce que tu fais mais vis ta vie, t'en as qu'une, et que les autres aillent se faire foutre. Voilà, c'est tout ! »
Ne semblant elle-même pas savoir comment conclure cette tirade, Nancy Emerson leva les bras en l'air et les étira avec entrain, faisant craquer le cuir de son blouson. Le regard en l'air, la brune conclut :
« Solidarité féminine ! C'est important d'en avoir ! »
– C'est – »
la conversation la plus bizarre que j'ai eu, se dit intérieurement Eva.
« – très gentille de ta part. Merci. Est-ce que tu veux –, Eva s'interrompit avec un soupir exaspéré envers elle-même, entourant machinalement une mèche de cheveux autour de son index, avant de se décider à être honnête : Je n'ai pas de problème avec Lucy, je sais qu'elle n'a pas un mauvais fond mais merci pour tes conseils. Et heureusement, je sais plus me défendre qu'à mes 11 ans, même si les jumeaux Prewett ne me laissaient pas beaucoup de marge de manœuvre pour le faire, » plaisanta-t-elle avec un petit sourire.
À vrai dire, même si voir apparaître Lucy et échanger ce regard rempli d'histoire commune avec Sirius ne lui avait guère fait plaisir, Lucy Emerson était bien la dernière raison pour laquelle Eva n'avait pas encore embrassé Sirius. Des pressions extérieures, il y en avait des nombreuses, mais Lucy était si futile face à Royce, Evan Rosier, Oliver Avery, Lucretia Weasley née Black, Amélia Avery, et toute la longue liste de Sang-Purs prêts à la faire disparaître pour oser toucher l'un des leurs qu'Eva ne vouait qu'une simple pensée passagère à la Gryffondor, aussi méchant était-ce de l'avouer. Mais Eva n'avait plus la capacité mentale pour se rajouter d'autres problèmes et Lucy Emerson était décidément dans la catégorie « enfantillages », même si Eva comptait bien demander à Sirius ce qu'il s'était passé entre eux, un nouveau sujet à rajouter sur la longue liste de choses dont ils devaient parler. Ils avaient énormément parlé pendant les vacances, de leur enfance, de leur envie pour le futur, d'anecdotes drôles sur leurs amis respectifs, mais pas encore des choses plus sérieuses qui pesaient entre eux qu'Eva se sentait enfin prête à discuter, un état qu'elle n'aurait jamais pensé atteindre avant ces vacances qui étaient une bouffée d'air frais.
Et Eva resta camper sur ce qu'elle avait dit lorsque Sirius ne s'assit pas à côté d'elle dans la cabine de la grande roue, mais à côté de Lucy d'un air tout à fait naturel, installant Théo à sa gauche. Elle avait pris presque six ans pour connaître Sirius mais, après des mois difficiles, elle le comprenait maintenant, alors elle n'eut pas à réfléchir sur sa décision. Elle lui adressa plutôt un clin d'œil qui le fit pouffer, causant le regard jugeur de Lucy.
Nancy Emerson ayant plaidé le vertige, Mary n'eut donc le choix que de s'asseoir du même côté qu'Eva: entre la porte et Peter. La Gryffondor jeta au passage un regard légèrement désemparé à son petit frère qui ne remarqua rien, occupé qu'il était à coller son nez à la vitre pour admirer les illuminations de Londres de nuit, son T-Rex précieusement collé à son torse, avant d'accepter son sort et de s'asseoir. Clairement, à cause de Sirius le voleur de petit frère, Mary McDonald avait perdu son point de repère.
Eva était impatiente de raconter à James les talents d'entremetteur de Sirius une fois que James aurait terminé de lui raconter tous les détails de son rendez-vous avec Isis.
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Titre du chapitre : Entremetteur et solidarité féminine
Nombre de mots : 15 955
Note de l'auteur : J'espère que mon petit cadeau avec plein de mots vous a plu. Après deux ans de blocage et trois versions de chapitre, le mois de septembre 2024 aura enfin débloqué mon cerveau. J'apprécierais (beaucoup beaucoup beaucoup) des retours :)) et je vous laisse relire les chapitres précédents si jamais j'ai réussi à vous en donner l'envie avec cette offrande. Bisous.
