Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 40 : Dans le creux de sa poitrine
Avec un grand merci à Celeste.B-7 et Lauly 1213 !
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Le lendemain de leur sortie londonienne, Eva ne trouva pas de moment pour s'éclipser en tête à tête avec Sirius. James requérait toute leur attention alors qu'il bondissait d'énergie à cause de l'adrénaline d'avoir embrassé pour la première fois Isis Amatt, puis une deuxième fois, puis une troisième fois, puis sans doute une dizaine de fois supplémentaire à en croire son sourire survolté. La veille, quand ils avaient retrouvé James devant le Chaudron Baveur, Isis avait déjà disparu mais elle avait laissé sa trace en rendant encore plus désordonnés qu'en temps habituel les cheveux de James et le col de la chemise si longuement discutée froissé.
Bizarrement dès que James avait vu Eva apparaître accompagnée de son groupe élargi, c'était vers elle qu'il avait foncé. Il l'avait même pris par les épaules pour lui déclarer très sérieusement : « Merci. Ça a marché. » Il avait ensuite tourné la tête pour hocher sérieusement de la tête en direction de Sirius, comme pour lui annoncer « ça y est, c'est fait ». Le lent sourire moqueur de Sirius parut être la seule approbation dont James avait besoin car, sous le coup de l'émotion, il avait ensuite pris Eva dans ses bras, son air solennel laissant place à un petit sourire étonnamment contenu caché dans les cheveux d'Eva.
Confuse mais aussi bizarrement attendrie par son comportement, Eva avait tapé le dos de James en un geste de réconfort, tournant la tête vers Sirius pour dire du bout des lèvres : « Il se passe quoi ? » Souriant maintenant franchement, Sirius avait haussé les épaules avant de donner une claque bien masculine au dos de James, vraisemblablement fier des accomplissements de son meilleur ami. Un moment légèrement gâché par la remarque condescendante de Lucy Emerson qui n'était pas très contente que sa sœur lui ait rappelé son couvre-feu pour la faire quitter son prétendant de la foire : « Qui a lancé un Confucius à Potter ? »
C'était dire l'état second de James car il n'avait montré aucune trace de surprise à la vue de Lucy Emerson et de sa sœur ni à celle de Mary qui arrivait en retard avec Peter, tenant son petit frère par la main. James avait parlé normalement mais, ce n'était que le lendemain qu'il fit réaliser à Eva que ses neurones s'étaient remis en marche :
« C'est moi ou j'ai vu un sosie de Lucy en version lesbienne hier ?
– Cornedrue, t'as failli me faire croire que la théorie du confucius n'était pas si absurde, » avait ricané Sirius, son intervention couvrant le choc à peine masqué d'Eva.
Eva n'avait pas trouvé de moment le lendemain de leur excursion londonienne, et le mardi soir, elle s'endormit donc comme la veille avec une seule pensée :
J'ai envie de l'embrasser. J'ai envie de l'embrasser. J'ai envie de l'embrasser. Merlin, j'ai envie de l'embrasser.
Le mercredi matin du 30 décembre, Eva en était arrivée à un tel état de frustration qu'elle n'attendit pas que Sirius se réveille pour partir courir. Elle courut tellement et, si vite par moment, que ses jambes la lâchèrent une fois qu'elle eut traversé les grilles de la résidence des Potter. Elle s'étala sur le dos sur l'herbe mouillée du matin, sa poitrine tressautant par la force de sa respiration saccadée, l'esprit enfin calme. Elle ne bougea pas pendant de longues minutes, sa seule compagnie résidant en les bruits de la nature.
Mentalement, Eva fit la liste de ce qu'elle devait dire à Sirius et elle pensa à ses lèvres, puis à ses fesses rondes dans son boxer, l'élégance de son poignet hier alors qu'il lui faisait une démonstration de métamorphose, James qui n'arrêtait pas de parler de Isis, Isis, Isis, Isis, Euphémia qui lui avait fait remarqué qu'elle avait l'air contrarié, le regard appuyé d'Amélia Avery qui disait « tu es encore un des nôtres et j'ai en horreur ceux qui ne connaissent pas leur place », Sirius qui entourait sa mèche de cheveux brune autour de son index en la regardant presque fixement à la faible lumière du feu de cheminée lors d'une séance tardive de révision, ses lèvres, son sourire moqueur, ses yeux gris brillants de malice, Lucy Emerson qui lui adressait un regard contrarié, son affection à peine cachée pour Oscar – Sirius, elle n'arrivait plus qu'à penser à lui. Eva avait terriblement envie d'embrasser Sirius qu'importe son nom de famille et c'était une vérité qu'elle ne pouvait plus nier.
Euphémia ouvrit la porte d'entrée et Oscar arriva en courant pour tenter de lécher le visage d'Eva, finalisant avec des éclats de rire la décision d'Eva en ce mercredi 30 décembre 1976 : elle ne voulait plus qu'ils soient simplement des amis.
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Comme pour chaque élément clé de sa vie, rien ne se passa comme Eva l'avait imaginé. C'était de la faute de personne d'autre qu'elle et de son contrôle qui, lentement, semblait devenir inexistant. Mais est-ce qu'on pouvait réellement lui en vouloir après une journée entière à espérer trouver la parfaite opportunité pour qu'au dernier moment une interruption surgisse – souvent sous la forme de James, moins souvent sous la forme d'Euphémia pour que finalement ce soit au tour de Possy. Eva arrivait à un tel état de frustration que même Fleamont lui souffla à l'oreille à la fin du dîner : « Est-ce que tu voudrais ma concoction secrète de tisane ? Elle est spécialement faite pour les journées particulièrement contrariantes. »
Eva avait accepté la tisane et s'était résolue à abandonner pour aujourd'hui, préférant aller se calmer dans sa chambre plutôt que de supporter une longue soirée dans le salon en famille à s'efforcer de ne pas (trop) regarder Sirius, un exercice frôlant de plus en plus l'impossible. Après un long moment à entendre des bribes de conversation et d'éclats de rire venant d'en bas par sa porte qu'elle laissait entrouverte pour Oscar, ce dernier vint la rejoindre, poussant la porte avec son museau avant de sauter sur le lit. Abandonnant facilement sa lecture sur l'entretien des ongles dans Sorcière Hebdo, Eva ouvrit allégrement ses bras pour qu'Oscar vienne s'y nicher. Elle utilisa son chien adoré comme peluche et fourra son nez dans son poil.
« Pourquoi est-ce que c'est si difficile de trouver un moment seuls dans cette maison, Oscar ? marmonna-t-elle dans son poil.
– Désolé, tu préfères que je parte ? » lui répondit une voix étonnamment humaine et les yeux d'Eva s'écarquillèrent dans les poils d'Oscar.
Gardant Oscar serré contre elle, Eva hissa sa tête au-dessus de celle d'Oscar pour poser les yeux sur Sirius à l'embrasure de sa porte, à l'aise dans son pantalon de pyjama à carreaux rouges et les cheveux dans le désordre d'une fin de journée.
« Non, tu peux rester, dit-elle doucement, le cœur battant soudainement la chamade dans le calme paisible de la chambre.
– Tu es sûr ? James m'a parié que tu me balancerais un bombarda si je posais un pied dans ta chambre.
– Tu as déjà un pied dans ma chambre, fit-elle remarquer et, certainement pour faire exprès, Sirius s'avança d'un pas supplémentaire.
– Ça ne veut pas dire que le champ est libre, commenta-t-il en semblant analyser les vêtements balancés hasardeusement sur le bout du lit d'Eva, le magazine abandonné, les bocaux de vernis à ongles de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel dispersés (cadeau de Sirius au solstice qui surprenait puis attendrissait toujours Eva à chaque fois qu'elle posait les yeux sur eux) et le chien qui l'observait d'un œil curieux sans bouger de sa position lovée contre le torse d'Eva.
– Tu peux rester, » répéta Eva, sa précédente contrariété et détermination laissant place à une incertitude paralysante si elle la laissait faire.
Les yeux observateurs de Sirius se posèrent finalement sur elle et Eva le regarda le cœur battant s'asseoir sur le bord de son lit, Oscar entre eux.
« Alors, c'est le soleil exceptionnel d'aujourd'hui qui t'a mis de mauvaise humeur ? dit Sirius sur le ton de la conversation en attrapant le magazine de Sorcière Hebdo.
– Je ne suis pas de mauvaise humeur, nia Eva en posant de nouveau son visage plus haut que celui d'Oscar sur son oreiller qu'ils partageaient, gardant l'œil sur le profil de Sirius à moitié tourné vers elle sur son bord de lit.
– On ne dirait pas, commenta Sirius en lui jetant un bref coup d'œil. Peut-être que tu devrais essayer le masque à base d'algues et de bave de crapaud ? Il a un effet relaxant apparemment. »
Le ton sérieux de Sirius fit pouffer Eva qui n'aurait jamais cru le voir un jour volontairement lire Sorcière Hebdo. Elle le regarda quelques instants tourner les pages du magazine, pousser des pouffements dédaigneux à la lecture de certains passages puis elle lui demanda s'il pouvait lui lire son horoscope.
« Je ne te voyais pas comme une croyante des astres, commenta Sirius.
– Pas vraiment, c'est juste marrant à lire. »
Sirius fit un « hum » songeur avant de lui demander sa date de naissance :
« Le 3 avril.
– Plutôt simple à retenir, fit-il remarquer, une remarque qu'Eva s'était déjà faite puisque Sirius était aussi né un trois. Si je ne me trompe pas, tu es…bélier ? proposa-t-il et Eva acquiesça en réponse à son regard interrogateur. Hum, pas étonnant que tu sois d'humeur revêche, tu es régie par Mars. »
Face à ce bref aperçu des connaissances de Sirius dans un domaine aussi improbable que l'astrologie, Eva ne put retenir un gloussement incrédule. Le plus drôle dans l'affaire était son air terriblement sérieux qui fit soudainement penser à Eva à McGonagall quand elle partait sur une tirade sur la complexité de la Métamorphose. Le regard impérieux de Sirius en réponse au gloussement d'Eva pouvait même être considéré comme la copie de celui de sa Cheffe de Maison maintenant qu'Eva y pensait.
« Tu es un fan des astres toi ? le questionna Eva avec amusement, toujours plus profondément curieuse d'en apprendre davantage sur Sirius.
– Ça fait partie de l'héritage familial, pas eu le choix que de gober toutes les leçons barbantes sur les étoiles et les astres, dit-il d'un ton dédaigneux qui fit imaginer à Eva sa grimace sur le visage d'un Sirius de 8 ans coincé dans une pièce lugubre à vielle tapisserie remplis de portraits de famille à l'air hautain – l'image qu'elle s'était faite après les quelques descriptions que Sirius lui avait faites pendant les vacances du 12, square Grimmaurd, sa maison d'enfance. Mais revenons sur toi, la rappela-t-il à l'ordre avec un regard appuyé qui fit de nouveau glousser Eva : En tant que bélier, tu es régie par Mars donc, en combat perpétuel. Sans doute que c'est pour ça que tu es autant sur la défensive.
– Je ne suis pas sur la défensive, se défendit Eva et Sirius lui adressa de nouveau un regard appuyé : je ne le suis pas, insista-t-elle en faisant les gros yeux, se retenant de glousser de nouveau dans le poil d'Oscar.
– Si tu le dis, Eva. Donc, quelle partie t'intéresse le plus : santé, amour, famille, argent, vie sociale ? » énuméra Sirius d'un air terriblement blasé en parcourant la dernière page du magazine sur l'horoscope.
C'était le moment, réalisa Eva avec un lourd battement de cœur, contractant ses doigts contre Oscar qui somnolait.
– Amour. »
Le cœur battant, Eva observa la réaction prudemment contenue de Sirius qui resta le regard fixe sur le magazine avant de prendre la parole de sa voix grave qu'elle adorait qui prononçait méticuleusement chaque syllabe à la manière d'un Sang-Pur :
« Sur le plan sentimental, Vénus mal aspectée vous met des bâtons dans les roues. Célibataire, même quand le charme semble être aux abonnés absents, ne baissez pas les bras, lut-il de la manière la plus détachée possible semblait-il. Tu veux que j'enchaine sur la santé ? »
Eva ne le laissa pas changer le sujet même si elle en avait terriblement envie. Elle était une lâche en reconversion alors elle se lança, d'une certaine manière aussi terrifiée que lorsqu'elle avait fait face à Evan Rosier et Royce dans les cachots :
« Je suis de mauvaise humeur à cause de toi. »
Eva observa en retenant sa respiration Sirius cligner des yeux, la tête toujours baissée vers le magazine. Puis, toujours immensément plus courageux qu'elle, Sirius posa son attention sur elle, ses yeux indéchiffrables à la seule lumière orangée de la lampe de chevet :
« Moi ? répéta-t-il lentement en la fixant.
– Oui, toi, assura-t-elle.
– J'ai fait quelque chose ?
– Non. »
Il fronça les sourcils : « Je ne comprends pas alors. »
Eva déglutit et contracta tout son courage. Elle se redressa en s'appuyant sur le matelas, ignorant le couinement mécontent d'Oscar qui fourra son nez dans l'oreiller en son absence :
« Tu pourrais me donner ta main ?
– Eva…
– Ta main. Donne-la moi. »
Il fallut qu'elle termine sa phrase pour qu'Eva réalise que ça ressemblait à la proposition de mariage la plus maladroite au monde. Peut-être que Sirius se fit la même réflexion au vu de la ride sur son front, mais il décida finalement de lui tendre sa main. Eva l'attrapa délicatement, la réflexion soudaine lui venant que c'était un geste plein de vulnérabilité d'offrir sa main. Inspirant pour se donner la force de faire la suite, Eva s'assit en tailleur directement devant Sirius sans lâcher sa main ni son regard qui perdait de son malaise pour laisser place à la confusion.
Eva expira puis elle tenta d'évoluer vers une nouvelle personne :
« La franchise totale, ce n'est toujours pas naturel chez moi alors écoute, lui demanda-t-elle avec une petite grimace. Je suis frustrée parce que depuis Londres, j'ai envie que James se taise. C'est parce que je suis jalouse de lui, enfin de ce qu'il a réussi à faire. »
Chaque phrase était un nouveau coup de poing, dans l'égo d'Eva, dans son armure péniblement construite, et peut-être causait-elle la même chose à Sirius parce qu'elle n'avait jamais vu ses yeux s'écarquiller ainsi, son assurance hautaine connue de tous à Poudlard évaporée.
« Je ne veux plus qu'on soit amis, Sirius. J'ai envie d'autre chose. »
Et là, le courage d'Eva s'évapora alors elle se cambra, ses cheveux protégeant son visage alors qu'elle baissait la tête jusqu'à poser son front contre la main de Sirius qu'elle tenait toujours fervemment, comme une croyante qui priait pour de la clémence de son Dieu. Sauf que les sermons du prêtre irlandais de l'église du quartier de Killburn où sa mère l'avait forcé à aller chaque dimanche l'année de ses 10 ans aurait considéré cette prière comme un péché et Eva refusait de rester vivre dans la culpabilité constante.
Si Dieu avait pris sa mère alors il pouvait bien lui accorder cette simple demande.
« J'ai terriblement envie de t'embrasser à un point où j'en étais irritée toute la journée, avoua Eva en peinant à contrôler le tremblement de sa voix, les yeux fixés sur ses jambes pliées en tailleur sur son plaid jaune que ses cheveux chatouillaient, la main de Sirius terriblement chaude contre son front. J'ai envie d'être avec toi d'une manière que – »
Eva s'interrompit avec un petit rire, se sentant dépassée par l'immense émotion qui émanait de sa poitrine pour la prendre à la gorge :
« – pas comme ton amie ni comme la Poufsouffle qui squatte chez ton meilleur ami mais comme ta… »
Merlin que c'était dur. Eva se força à terminer d'une petite voix tremblotante :
« – petite amie ou ta peau de colle attitrée, n'importe quoi mais plus que ce qu'on est actuellement. »
Voilà, elle l'avait dit. Elle avait tout dit et Merlin se sentait-elle terriblement vulnérable à dire à voix haute ce qu'elle souhaitait tout bas. Eva ne savait pas comment les autres faisaient. Et Merlin, l'attente. Allait-il dire quelque chose ? Allait-il l'envoyer bouler ? Est-ce qu'elle l'avait répugné avec tout son monologue chevrotant ? L'attente lui semblait être interminable alors qu'elle restait prostrée, le front contre la main de celui dont elle voulait connaître chaque parcelle. Eva ne s'était jamais considérée comme quelqu'un d'irrationnelle mais elle se découvrait un côté insatiable concernant celui qui était devenu Sirius, et plus Sirius Black. Eva voulait dévorer toutes les miettes qu'il la laisserait avoir. Elle voulait pouvoir le compter sans ambiguïté dans son petit entourage.
Au quotidien, elle était terrifiée de se faire rejeter, d'être blessée, mais Sirius était une bonne raison pour ouvrir sa carapace, se rappela-t-elle pour affronter l'attente.
Puis, Sirius dit son prénom, un son devenu courant après presque deux semaines de cohabitation mais toujours une plaisante surprise, et Eva se força à lever la tête, laissant lentement retomber la main du Gryffondor jusqu'à son genou plié.
Sirius ne souriait pas, non, mais l'expression dans ses yeux étaient si intenses qu'Eva déglutit.
« Eva, dit Sirius pour la deuxième fois et Eva sentit son corps se tendre comme expectatif d'une attaque : Je ne veux pas de peau de colle. »
Oh…
« La première proposition me plaît plus. »
Oh le salop, soupira intérieurement Eva alors qu'enfin un sourire, petit mais pourtant incroyablement radieux aux yeux d'Eva, dessinait une fossette sur la joue de Sirius. Eva se dégonfla à vue d'œil, riant de soulagement :
« Tu m'as fait peur ! s'exclama-t-elle, incapable de jeter un regard mauvais à Sirius alors qu'elle souriait sans retenue.
– C'était mon intention, dit Sirius avec son petit sourire moqueur qu'elle lui connaissait mieux, ne montrant aucune trace de culpabilité.
– Quoi ?! s'indigna-t-elle en riant. Mais en quel honneur ?
– C'est de ta faute de m'avoir fait attendre presque un mois, » dit-il avec un regard entendu et Eva accepta sa petite vengeance, consciente que la déclaration de Sirius sous les gradins de Quidditch datait du 3 décembre, une date qu'elle n'oublierait pas. Tiens, ils avaient quelque chose avec les trois maintenant qu'elle y pensait.
Avec une grimace embarrassée, Eva s'excusa, les paroles d'Amos sur le quai de la gare lui venant à l'esprit. Non, même si le mois de décembre avait été rempli d'évènements (traumatisants pour certains), c'était indéniablement cruel de sa part d'avoir fait attendre Sirius si longtemps.
Sirius secoua légèrement sa main qu'Eva tenait prisonnière entre les siennes sur son genou. Il attendit qu'Eva porte de nouveau son attention sur lui pour ajouter d'un air infiniment sérieux :
« J'accepte ton excuse si tu ne prends pas un mois supplémentaire pour la prochaine étape.
– La prochaine étape ? » s'enquit Eva.
Sirius haussa les sourcils en sa direction comme pour lui dire « t'es sérieuse ? », puis, sans gêne, son regard glissa plus bas. Eva sentit une chaleur envahissante la prendre au ventre pour remonter alors que Sirius terminait son coup d'œil appuyé vers les lèvres d'Eva pour lui dire d'un air sardonique :
« La fameuse envie qui t'a mise de mauvaise humeur aujourd'hui, non ? »
Alors qu'elle était pourtant celle qui avait initié cet échange, Eva sentit ses yeux s'écarquiller et ses lèvres s'entrouvrir de surprise. Oui, son envie irritante de la journée était la prochaine étape logique, c'était même ça son facteur clé de motivation se rappela-t-elle en ne pouvant s'empêcher à son tour d'observer les lèvres délicates de Sirius. Eva sentit son pouls s'accélérer et ça ne fit qu'empirer lorsqu'elle remarqua les yeux presque noirs de Sirius.
Embrasse-le, embrasse-le, embrasse-le, c'était tout son corps qui le voulait et ce n'est que lorsque Sirius l'arrêta qu'Eva réalisa qu'elle s'était penchée vers lui, ses cuisses tiraillant légèrement à son mouvement alors qu'elle restait assise en tailleur sur le lit.
« Eva, » avait dit Sirius et ils restèrent à se fixer, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre et leurs respirations instables se mêlant.
Sirius ferma les yeux, l'air presque en souffrance, et Eva attendit, le cœur battant la chamade, l'impression d'avoir les lèvres picotantes alors qu'elle lui laissait le champ libre pour la briser en un seul mot. Mais Sirius avait été incroyablement patient avec elle alors Eva attendit, lui faisant confiance.
Grimaçant, Sirius expira contre les lèvres d'Eva et, toujours les yeux fermés, il lui dit en ce qui pourrait être considérée comme une imploration s'il n'était pas Sirius Black :
« Ne fais pas de moi un menteur.
– Après, promit Eva en un souffle, comprenant instantanément ce dont il parlait. Après, je te dirai tout. »
Eva savait exactement de quoi Sirius parlait parce qu'elle s'était remémorée tellement de fois ce moment dans le couloir de l'infirmerie que c'était impossible qu'elle l'oublie un jour. Elle revoyait encore Sirius décider de revenir vers elle avec ses yeux flamboyants de détermination, presque survoler la distance entre eux avec ses grands pas, sa délicatesse en prenant sa main et ses yeux brûlants quand il lui avait fait un baisemain et ce qu'il avait dit : « J'ai décidé que je ne t'embrasserai pas tant que tu ne m'auras pas dit pas la vérité. L'entière vérité. ».
« Non, pas après, » refusa Sirius en rouvrant ses yeux, intransigeant, et Eva l'accepta.
L'impression que c'était contre nature, Eva se força à remettre de la distance entre eux. L'intensité du moment ne disparut pas pour autant alors qu'ils restaient à se fixer sur le lit, chacune de leur poitrine se soulevant à intervalle irrégulier. Eva savait que ce n'était pas un refus catégorique, Sirius était simplement quelqu'un d'intègre et elle l'adorait pour ça. Pour autant, Eva avait du mal à reprendre contenance en le sentant si proche. Elle décida de baisser les yeux, pinçant les lèvres pour se contrôler.
Pour autant incapable d'arrêter tout contact physique, Eva se mit à caresser de son pouce la main de Sirius qu'elle n'avait jamais lâché.
Maintenant qu'elle y prêtait attention, Eva entendit des bruits de vaisselle et de conversation venant de la porte de sa chambre restée grande ouverte après l'arrivée de Sirius. Les Potter commençaient à déposer leur tasse de tisane dans l'évier de la cuisine, le signe qu'ils allaient bientôt monter.
« J'attends que James se pose puis je reviens, » lui dit Sirius, ayant deviné lui aussi ce que ces bruits familiers voulaient dire.
Eva poussa un petit rire :
« Ça va prendre deux heures, vous vous couchez vers minuit d'habitude.
– Tu seras endormie ? s'enquit Sirius, les sourcils haussés.
– Non, pouffa Eva en secouant la tête. Impossible, ajouta-t-elle en lui adressant un petit sourire qu'il dut certainement comprendre.
– Dans ce cas, on reprend cette discussion dans deux heures. Tu ne bouges pas, lui ordonna-t-il avec un regard appuyé qui la fit de nouveau sourire, triturant entre ses mains les doigts longs et élégants de Sirius.
– Pas de soucis là-dessus, » promit-elle.
Le grincement familier des marches de l'escalier se fit entendre et Sirius jeta un coup d'œil derrière lui vers la porte ouverte, conscient que le compte à rebours avait été lancé s'il ne voulait pas que James tombe sur eux dans une position compromettante.
« Je ferai mieux d'y aller, » dit Sirius et, à son regard, Eva comprit qu'il était tout aussi frustré qu'elle de devoir le faire.
Eva lui sourit, confortée dans sa décision à la vue de l'agitation du brun.
« Vas-y, » lui dit-elle, puis sentant que Sirius tirait sur sa main pour la récupérer, Eva fut prise d'un soudain élan.
Sans se laisser réfléchir, Eva se pencha et déposa un baiser sur la main de Sirius qu'elle tenait précieusement entre les siennes, ses cheveux détachés s'étalant sur ses bras à son geste.
« Vas-y, » répéta-t-elle doucement avec un sourire en lâchant sa main.
Semblant avoir momentanément perdu ses moyens, Sirius la fixa, une couleur rosée inhabituelle apparaissant sur le haut de ses pommettes bien définies. Il se racla la gorge puis se leva du lit. Eva observa le dos de Sirius s'éloigner, sa main se posant sur sa nuque en un geste de gêne qu'elle avait appris à connaître, pour qu'il s'arrête finalement à l'embrasure de la porte.
« À tout à l'heure, » dit-il indéniablement comme une promesse et Eva lui sourit de nouveau, amusée par le regard fixe de Sirius qui la buvait presque.
Eva n'avait pas à douter sur le fait que Sirius ne voulait pas partir mais se forçait fortement à le faire. Eva ne savait toujours pas ce que Sirius avait bien raconté à James, mais visiblement il voulait garder ce qu'il se passait entre eux privé. Eva l'adorait un peu plus pour ça.
Sirius finit par partir et Eva se laissa tomber sur le côté avec un soupir, ne tardant pas à enrouler son corps autour de celui d'Oscar pour le prendre comme sa peluche de réconfort. Un besoin de réconfort qui ne venait pas d'une émotion négative non, parce qu'Eva resta longuement à sourire comme une idiote avec le visage collé contre les oreilles d'Oscar sur son oreiller surélevé.
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Il était minuit et demi quand Sirius ouvrit discrètement la porte de la chambre d'Eva pour la refermer doucement derrière lui. Depuis le début des vacances, Sirius n'avait jamais manqué de toquer à la porte pour annoncer son arrivée, même si la porte était grande ouverte et que James était rentré devant lui pour déranger Eva, lui sautant même dessus une fois où elle était prélassée sur le lit avec Oscar pour une sieste de fin d'après-midi. Pour autant, Eva ne lui en voulut nullement son geste, et, dans le reflet du miroir, elle observa avec amusement Sirius déposer son front contre la porte fermée avec succès et pousser un long soupir.
« Ton enfant turbulent a pris plus de temps que prévu à se coucher après que tu lui ais raconté une histoire ? le taquina-t-elle.
– Ne m'en parle même pas, grommela Sirius en lâchant la poignée de porte pour croiser le regard d'Eva dans le reflet du miroir devant lequel la Poufsouffle était assise, par terre sur le tapis rond incroyablement doux qu'elle voulait voler à Euphémia depuis ses 11 ans.
– Laisse-moi deviner, il parlait d'Isis ? »
Ayant définitivement atteint sa limite pour la journée, Sirius leva les yeux au ciel :
« Qui d'autre ?
– Normalement il ne devrait pas t'avoir pris la tête pour sa tenue de soirée, il est passé dans ma chambre quand tu étais sous la douche pour avoir mon avis.
– Merci Merlin pour cette petite miséricorde, dit dramatiquement Sirius en ne pouvant apparemment s'empêcher de caresser Oscar qui dormait en diagonal sur le lit, prenant presque l'entièreté de l'espace malgré son petit gabarit. Il est à deux doigts de me faire regretter d'avoir proposé qu'on fête le Nouvel An ici. Peut-être que je pourrais te suivre à ton autre soirée moins cool ? proposa Sirius en lui adressant un regard tout à fait sérieux malgré son insulte envers la fête organisée chez Howard qu'Eva avait longuement négocié avec James avant d'avoir « l'autorisation » d'y assister si elle scindait sa soirée en deux pour les retrouver à la « soirée incroyablement cool » chez les Potter vers 23h.
– Et devoir supporter les pleurnicheries de James sur le fait que je lui ai volé son meilleur ami jusqu'à l'année prochaine ? Non merci, pouffa Eva, amusée par le prétendu désespoir de Sirius qu'elle avait pourtant vu organiser avec entrain les courses pour la soirée dont la liste d'invités avait fait peur à Eva par sa longueur.
– Techniquement, ça ne durera que le temps de la soirée. Au 1er janvier, ça sera oublié. »
Eva jeta un regard sceptique à Sirius dans le miroir :
« Quoi ? Ce qui est fait en 1976, reste en 1976, déclara Sirius en continuant de caresser le dos d'Oscar dont les pattes tremblaient par la vivacité de son rêve. Même si j'espère que ta coiffure actuelle restera définitivement en 1976, » ajouta-t-il avec un regard critique dans la direction d'Eva.
Pas insultée le moins du monde, Eva resta les bras en l'air alors qu'elle terminait de mettre une énième pince pour faire tenir le chignon tressé qu'elle avait peiné à réaliser, la moitié gauche de ses cheveux ondulant sur son dos en attendant leur tour. Pendant ces presque trois heures d'attente, elle avait bien dû s'occuper, son énergie fébrile l'empêchant de somnoler contre Oscar. Pour s'occuper, elle avait tenté révision, lecture de Sorcière Hebdo, tentative de presque 7 coiffures différentes, masque hydratant, épilage de sourcils et application de chaque verni à ongles offert par Sirius pour finalement décider de peindre chacun de ses ongles d'une couleur différente, un arc-en-ciel de couleur qu'elle comptait bien garder jusqu'à la fête du Nouvel An après avoir réalisé que toutes ses couleurs la mettaient simplement de bonne humeur. Sirius ne pouvait pas lui en vouloir de s'être occupée alors qu'elle l'avait entendu à travers la porte divertir James jusqu'à pas d'heure.
« Et qu'est-ce qu'il se passera si je l'amène avec moi en 1977 ? » le questionna-t-elle avec amusement.
Jamais un sans répartie, Sirius ne dérogea pas à la règle cette fois-ci non plus :
« Peut-être que tu resteras reléguée au rang de pot de colle.
– Quoi ? Je ne te croyais pas si vaniteux que ça ! » rit Eva qui avait jugé son premier chignon terminé alors elle posa la main sur le tapis bleu pour taquiner du regard le Gryffondor par-dessus son épaule.
Sirius abandonna enfin Oscar pour s'avancer vers elle, l'éclat joyeux dans ses yeux faisant bondir le cœur d'Eva.
« C'est une décision encore en cours de réflexion mais je peux t'aider à faire pencher le verdict en ta faveur, » dit-il en s'arrêtant directement derrière elle.
Ayant mal au dos à se tourner vers lui, Eva préféra se remettre droite et pencher la tête en arrière pour observer Sirius par le bas, obtenant ainsi une vue de son menton avec laquelle elle était peu familière :
« Ah oui ? Et quel verdict serait en ma faveur, tu penses ? le taquina-t-elle et Sirius lui adressa un regard impérieux.
– Tu veux rester un pot de colle oui ou non ? la questionna-t-il, ses sourcils arqués.
– Je ne sais pas trop, dit Eva en mimant un air songeur, le cou à découvert. Tu penses que la petite Juliette Tucker accepterait ma concurrence ? »
Sa remarque eut l'effet escompté : elle fit perdre pied à Sirius, dont le visage se tordit d'horreur.
« Comment est-ce que tu connais ce nom ? Non, meilleure question, comment est-ce que tu sais qu'elle me suit partout ? »
Eva ne put s'empêcher de pouffer de rire puis de le titiller davantage :
« Qui est la meilleure amie de Juliette ? »
À ces mots, Sirius laissa sa tête tomber en arrière et il poussa un long soupir en lançant un regard abattu au plafond, les mains dans les poches de son pyjama :
« Le moulin à paroles démoniaque, soupira Sirius.
– Voilà au moins une chose sur laquelle tu serais d'accord avec Akash, » s'amusa Eva et Sirius lui poussa le crâne de son index pour qu'elle remette sa tête droite.
Dans le reflet du miroir, Sirius adressa à Eva un regard légèrement contrarié, maintenant ses cinq doigts sur le haut du crâne de la Poufsouffle comme pour lui indiquer de cesser de l'asticoter.
« Vu ton attitude, je vais prendre les choses en main pour faire pencher le verdict en ta faveur. »
Eva était prête à embêter Sirius davantage, mais lorsqu'elle comprit son intention en sentant une première pince retirée délicatement de sa chevelure, elle se tut. Lentement, Sirius continua à lui retirer ses pinces et Eva observa le pli concentré sur le front de Sirius avec une agitation difficilement refoulée. Il déroula son chignon et la tresse d'Eva partit rejoindre le reste de ses cheveux en bas de son dos.
« Tu ne fais pas de commentaire sur le nombre ridicule de pinces dont une fille a besoin ? demanda doucement Eva, l'agitation la rendant incapable de rester silencieuse plus longtemps dans ce moment étrangement aussi intime que lorsqu'ils avaient été si proches que leurs souffles n'avaient presque fait qu'un.
– J'ai vu à l'œuvre ma génitrice toute mon enfance, révéla Sirius sans émotion particulière. Un conseil : si tu te disputes avec une pétasse de Sang-Pur, n'écarte pas la possibilité qu'elle t'éborgne avec une pince à cheveux en dernier recours.
– Ça t'est déjà arrivé ? »
Sirius émit un pouffement dédaigneux sans lever les yeux de la tresse qu'il défaisait méthodiquement mèche par mèche, causant sans le savoir des frissons dans le cou d'Eva :
« Disons que ma chère cousine a su très vite m'imposer des limites. »
Et parce qu'Eva ne pouvait décidément jamais rien laisser passer dans sa découverte de Sirius, elle demanda :
« Andromeda ? »
Cette fois-ci, Sirius détacha les yeux de son travail pour lui rendre son regard dans le miroir.
« J'ai oublié que tu connaissais Andy, commenta-t-il, le souvenir de la mention récente de Ted Tonks indéniablement dans leurs deux esprits. Non, une autre cousine : Bellatrix. Même si Andy serait capable de faire la même chose, je n'ai jamais tenté de dépasser la limite avec elle.
– Est-ce que…, » commença Eva avant de s'interrompre, soudainement incertaine de plonger davantage dans le sujet épineux de la famille de Sirius.
Sirius leva les yeux de son travail terminé, l'entièreté des cheveux bruns fortement ondulés d'Eva couvrant son dos. L'air tout à fait calme, Sirius répondit à sa question, qu'il avait devinée :
« C'est la seule de ma famille à qui je parle toujours, même si on ne se voit pas beaucoup vu qu'ils se font discrets avec sa famille. Mais Andy m'obligera certainement à venir un week-end de février pour fêter les 4 ans de son petit démon. Tu sais de qui je veux parler, j'imagine ? »
Eva acquiesça, plantant ses doigts dans ses genoux pliés en tailleur pour se retenir de jouer avec une mèche de cheveux :
« Oui, Ted a envoyé une photo de sa fille à Chourave quand elle est née. C'était quand j'étais en 5e année, je crois.
– Ha ! pouffa Sirius d'un air dédaigneux. Le parfait préfet-en-chef est censé envoyer une photo de son bébé à son ancienne cheffe de Maison alors. Bon à savoir, je passerai le mot à Lunard. »
Malgré le ton badin de Sirius, Eva ne put s'empêcher de sentir tout le malaise entourant le sujet de Ted Tonks alors, en grimaçant, elle creva l'abcès :
« Tu ne vas pas me demander l'histoire sur Ted Tonks ? »
Sirius arqua ses sourcils dans le miroir :
« Tu comptes être honnête ? »
La grimace d'Eva ne fit que s'aggraver et elle ferma les yeux pour se préparer. Respirant profondément, elle tourna sur ses fesses pour faire face à Sirius, sentant qu'était venu le moment de se regarder directement plutôt que par le biais d'un miroir plein pied. Déterminée mais rougissante, Eva tendit ses bras en l'air. Sirius jeta un regard rempli d'incompréhension aux ongles multicolores qui s'accrochaient à ses poignets dépassant de ses poches de pyjama.
« Assieds-toi avec moi, » lui demanda Eva.
L'air toujours confus, Sirius s'assit lentement face à elle et, cette fois-ci, Eva lâcha Sirius pour déposer sagement ses mains sur ses genoux. S'obligeant à fixer le visage de Sirius, Eva balança la vérité :
« J'étais la Juliette Tucker de Ted Tonks. »
Les sourcils de Sirius se froncèrent, le contraire de la réaction qu'Eva ne savait même pas jusqu'à cet instant précis qu'elle voulait.
« Quoi ? »
Oh Merlin, elle devait le répéter, se lamenta intérieurement Eva. Se forçant à le dire plus lentement, Eva répéta en se forçant à faire face aux yeux incroyablement gris de Sirius :
« Quand j'avais 11 ans, je croyais être follement amoureuse de Ted, révéla-t-elle en sentant le même horrifique rougissement qu'à Londres envahir son visage et c'était trop pour elle, elle fut obligée de regarder le tapis bleu pour continuer : Il était gentil et attentionné, il ne se moquait jamais de mes questions idiotes quand je venais l'embêter avec mes devoirs – même si j'abusais clairement de sa patience – et…, soupira Eva en frottant l'ongle de son pouce peint en rouge, sentant remonter les relents de son admiration pour Ted Tonks malgré l'embarras causé par ses révélations. C'était la première fois qu'un garçon – non, que quelqu'un était aussi gentil avec moi et Ted, il était… c'était mon prince charmant. Voilà, tu sais tout. »
Eva osa relever la tête et elle ne risquait pas d'oublier un jour la vue de l'air désespéré de Sirius qui se tenait le front d'une main, jetant un regard incrédule au plafond comme si celui-ci pouvait lui apporter des réponses qui lui ferait de nouveau donner sens au monde qu'il croyait connaître. Visiblement, il avait du mal à avaler le fait que le mari de sa cousine ait été le premier amour d'Eva. Il n'était pas le seul dans ce cas-là. Eva n'avait jamais envisagé qu'en s'attachant à Sirius, elle serait de nouveau confrontée à son amour d'enfance. C'était censé rester un épisode de sa vie connu seulement de son entourage de 1ère année, mais Eva commençait à devenir habituée à ce que toutes ses relations s'enchevêtrent.
« Waouh… O.K., expira finalement Sirius. O.K., répéta-t-il en clignant des yeux comme s'il était sonné. Ted Tonks, le prince charmant. Si quelqu'un m'avait dit que mon concurrent serait Ted Tonks, je pense que je lui aurais dit de se faire soigner à Saint-Mangouste et pourtant… »
– Je sais, grimaça Eva.
– Waouh, juste waouh, dit Sirius en secouant la tête, décidément aussi sonné que s'il avait été frappé par un cognard. Je m'y attendais mais le fait de l'entendre…
– Je sais, » acquiesça Eva en ne cessant de grimacer.
Sirius la regarda enfin mais comme s'il la voyait sous un nouveau jour, une manière qu'Eva n'était pas sûre d'apprécier. Même si elle savait que ce regard ne ferait qu'empirer en gravité si elle allait bien jusqu'au bout des révélations qu'elle voulait lui faire cette nuit.
« Je peux peut-être révéler qui était mon premier béguin pour nous mettre sur un pied d'égalité, proposa soudainement Sirius et Eva lui adressa un regard abasourdi, complètement prise au dépourvu par sa proposition.
– Quoi ? hoqueta Eva.
– Lizzie Lestrange, révéla Sirius sans laisser le temps à Eva de réfléchir, une révélation qui fit l'effet d'un cognard à la Poufsouffle.
– Quoi ?! répéta Eva d'une voix dramatiquement plus aiguë.
– Je sais, dit Sirius avec une petite grimace. En ma défense, elle était presque angélique à l'époque et elle partageait en secret avec moi ses patacitrouilles.
– Lizzie ? répéta bêtement Eva, incapable d'imaginer une version miniature de la Serpentarde qui pourrait être décrite comme « angélique », un terme que Sirius n'utiliserait pas à la légère. Elle te déteste ! »
Sirius haussa les épaules :
« C'est réciproque.
– Waouh, juste waouh, répéta Eva qui sentait que, malgré toute l'animosité que lui vouait Lizzie Lestrange, Eva ne pourrait jamais lui rendre au même degré après cette révélation qui humanisait encore plus la Serpentarde.
– Je sais. Si ça peut te rassurer, mon deuxième béguin était Sinistra, » renchérit Sirius.
La professeure d'astronomie ? Eva n'en croyait pas ses oreilles. Est-ce que c'était finalement de là que venaient les connaissances aussi approfondies sur les astres de Sirius ? La professeure Sinistra était le plus jeune professeur de Poudlard mais Eva n'avait pas de souvenir d'avoir entendu des garçons parler d'elle en ce sens, même s'il était vrai qu'Eva se souvenait s'être faite la réflexion que la professeure à la peau foncée était toujours très classe. Eva se promit de faire une concertation de groupe auprès de ses amis dès ce soir lorsqu'elle les verrait, même si elle refuserait de leur expliquer la cause de son questionnement.
« Je ne sais pas si ça me rassure, avoua Eva et, face à son air éberlué, Sirius pouffa moqueusement avant de révéler tout naturellement :
– Et la dernière, c'est toi. »
C'était stupide puisqu'il lui avait déjà bien fait comprendre ça il y a presque un mois sous les gradins du terrain de Quidditch mais Eva se sentit rougir à l'entente de cette vérité, fixant le rictus moqueur de Sirius avec des yeux écarquillés.
« Et toi, après Ted Tonks ? Il y en a eu d'autres ? »
Honnêtement, lorsque Eva s'était préparée mentalement à avouer « l'entière vérité » à Sirius, elle n'avait jamais envisagé que la liste de ses amourettes ferait partie de la conversation.
« Euh –, fit Eva de manière inélégante.
– Quoi, tant que ça ?
– Non ! s'indigna Eva, puis après s'être calmée, elle continua : Juste un, souffla-t-elle, honteuse en se remémorant son fantasme sur Oliver Avery avant qu'il ne se révèle être un immense connard.
– Est-ce que c'était Royce Mulciber ? »
Soudainement, tout l'aspect humoristique par son absurdité de leur conversation disparut. L'entente de ce nom était pour Eva comme ce qu'elle imaginait être l'effet d'un Détraqueur. Les lèvres tirées vers le bas, Eva répondit sans besoin d'éloquence à la question de Sirius qui l'observait avec attention sans afficher ce qu'il pensait :
« Non. »
Non, et il n'y avait aucune autre question à laquelle Eva répondrait par la négative avec autant d'aplomb.
« Alors…, commença Sirius en semblant exceptionnellement choisir avec soin ses mots, qu'est-ce que vous faisiez ensemble l'année dernière ? »
Eva avait terriblement envie de lui demander comment il en était venu à cette conclusion, mais ce n'était pas ce type de question qui importait pour l'instant. Laissant son regard glisser vers les bocaux de vernis à ongle abandonnés sur le plancher, Eva choisit consciencieusement ses mots :
« Pas ce que tu aurais fait avec un de tes béguins. »
Sirius plissa les yeux, ne laissant aucun doute à Eva sur le fait que toute l'attention du Gryffondor était focalisée sur elle.
« Tu recommences avec les réponses vagues, constata Sirius et Eva lui répondit par une petite grimace. Pourquoi ?
– Pourquoi à ton avis ? demanda doucement Eva, sachant pertinemment que Sirius avait dû longtemps réfléchir aux différentes hypothèses possibles.
– Tu as peur des conséquences, dit Sirius, laissant un petit instant de silence pour observer la réaction d'Eva qui ne lui donna rien à part répondre à son regard brillant d'intellect. Sauf que tu es quelqu'un d'honnête, te connaissant, tu aurais au moins laissé échapper quelques indices si tu le pouvais. Il pourrait te faire chanter, mais ça m'étonnerait te concernant. Ce qui est plus probable, c'est qu'il menace tes amis, mais…même dans ce cas-là, j'ai du mal à te voir rechigner autant à l'idée de demander de l'aide. Surtout après ce que tu m'as dit dans les cachots, après les Trois Balais. Sous les gradins, tu n'arrêtais pas de répéter que tu ne pouvais pas. Et si tu ne peux pas en parler, soit les parents de Mulciber t'ont fait signer un foutu papier qui t'interdit légalement de parler de leur fils pour protéger son petit cul, mais trouver un moment pour le faire me semble très compliqué, soit… c'est un sortilège qui t'y oblige. Ça pourrait être une oubliette, mais tu as insisté que tu ne pouvais pas, pas que tu ne savais pas. La deuxième option, ce serait un imperius, mais ça fait presque deux semaines que tu ne l'as pas vu et en activer un sur une aussi longue durée est impossible. Sans parler du fait que tu aurais l'air beaucoup beaucoup moins émotive en abordant le sujet si tu étais sous imperium. La troisième option, c'est… »
Et là, Sirius s'interrompit, non pas parce qu'il n'avait pas songé en avance à sa troisième option mais parce que la vue de la première larme d'Eva le perturba.
« Continue, » lui enjoignit-elle d'une petite voix qui retenait indubitablement des sanglots, essuyant sa joue en enfonçant presque la paume de sa main dans son œil traître.
Son geste fut inutile parce qu'une seconde larme s'échappa de son autre œil.
« Eva –
– Continue, » redit Eva, presque une supplication.
Mais Sirius garda son air incertain, son franc-parler habituel ayant visiblement du mal face à l'émotion péniblement contenue d'Eva qui faisait de son mieux pour ne pas craquer totalement. Elle avait été certaine qu'elle ne pleurerait pas après dix jours à récupérer mentalement du cumul d'émotions négatives de ces derniers mois mais entendre Sirius discuter si méthodiquement de tous les cas de figure possibles avait rouvert la plaie béante dans sa poitrine. Bêtement, Eva n'avait pas réalisé les autres manières dont Royce aurait pu la faire taire et la découverte de sa naïveté la terrorisait.
« S'il te plaît, ajouta-t-elle, et les épaules de Sirius s'affaissèrent, aucune trace de satisfaction à la révélation que sa déduction était avérée.
– Un serment inviolable. L'enculé aurait pu forcer un serment inviolable. »
Il devrait y avoir du soulagement qu'enfin quelqu'un autre que des Serpentards sadiques partagent ce secret avec elle mais Eva n'en ressentit aucun. Elle avait passé beaucoup de temps dans un brouillard, incapable de verser la moindre larme, mais d'un coup, toute la peur, la douleur, la lâcheté, la rage remontaient et Eva hoqueta des sanglots face à ce torrent d'émotions. Elle entendit Oscar couiner alors qu'elle enfonçait les paumes de ses mains dans ses yeux pleureurs, et Eva essaya, elle essaya vraiment d'arrêter en s'enfonçant les dents dans la lèvre inférieure mais c'était impossible.
Eva sentit la chaleur familière d'Oscar s'asseoir sur ses jambes puis son museau s'enfoncer dans son cou. Il couinait son adorable Oscar et Eva aurait voulu pouvoir arrêter pour lui, ne pas avoir à lui faire revivre ces moments terribles de l'été où il était tout excité de jouer avec elle mais qu'elle éclatait soudainement en sanglots alors qu'il mordait joyeusement sur le jouet qu'elle tirait.
« Je ne voulais pas te faire pleurer, entendit-elle Sirius dire.
– Je sais, dit Eva en un écho terrible de leur conversation absurde du début.
– Je le ferai payer, je le promets. Je le ferai regretter de t'avoir touché. »
Mais Eva ne voulait pas de promesse, elle détestait ce mot qu'elle ne pourrait jamais dissocier de toute l'horreur d'un serment inviolable. Mais elle ne put le lui dire tout de suite, elle dut attendre de contrôler de nouveau son corps. Après avoir accepté les mouchoirs que Sirius avait fait léviter face à elle, Eva tenta de reprendre le fil de la conversation :
« Ne fais pas de promesse comme ça.
– C'est une promesse que je me fais à moi-même. Elle ne regarde que moi maintenant, » déclara Sirius, furieusement sérieux.
Incertaine face à la froideur meurtrière qui émanait des yeux gris de Sirius, Eva s'essuya le coin de l'œil avec son mouchoir :
« Je ne veux pas que tu te lances dans une quête de vengeance en mon nom. »
Sirius ne répondit pas tout de suite, fixant plutôt sa main dans laquelle il fit tourner sa baguette, comme s'il réfléchissait aux types de douleur qu'il pourrait infliger avec. Ça aurait été hypocrite de la part d'Eva d'être révulsée par cette partie sanguine de Sirius alors qu'elle-même fantasmait de plus en plus fort de faire passer la terreur de l'autre côté. En voyant l'air froidement calculateur de Sirius, Eva réalisa soudainement que si elle souhaitait réellement faire regretter Royce, mais également Evan Rosier, Oliver Avery, les trois Parkinson, et même Amélia Avery et Lizzie Lestrange – puisqu'ils étaient tous complices et coupables dans ce jeu malsain dont Eva n'était pas la seule victime –, Sirius était le parfait partenaire, lui qui l'avait parfois indignée lorsqu'elle avait été spectatrice de l'extrémisme de ses blagues orchestrées avec James.
Juste et loyale, Eva était censée être, mais elle avait appris à ses dépens qu'une totale loyauté impliquait de revoir sa notion de justice. Il y a un an, alors même que Royce avait débuté son tourment, Eva aurait rejeté l'idée de faire du mal à qui que ce soit. Mais à trois mois de ses 18 ans, Eva comprenait que la paix ne pouvait exister sans faire de mal, une réalité d'autant plus indéniable dans une société régie par le sang. Il n'y avait pas de guerre douce, il n'y avait que des guerres sanglantes et elle partageait exactement l'avis de Sirius qu'il avait balancé à la figure de l'assistant Stinchcombe.
Alors, même si elle n'y avait nullement réfléchi lorsqu'elle avait maintes fois imaginé cette discussion avec Sirius, Eva déposa sa condition :
« Si tu le fais, ça sera avec moi. Je veux que ce soit moi qu'il voit lorsqu'il ne lui restera plus rien. »
En pyjama, les yeux injectés de sang, les ongles multicolores et le cul par terre, ses paroles auraient dû être risibles mais Eva le dit avec une telle conviction que Sirius la décortiqua lentement du regard, bien loin de la prendre à la légère :
« Tu es sûre ?
– Et toi ? » lui rétorqua-t-elle, une fierté pourtant durement piétinée et presque éteinte depuis un mois la faisant le défier du regard.
Lentement, un sourire étira les lèvres de Sirius alors qu'il décortiquait le visage d'Eva du regard, une réaction que la Poufsouffle n'était pas certaine d'apprécier.
« Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? »
Les épaules de Sirius tressautèrent avec un pouffement de rire. Il se passa une main dans les cheveux :
« Rien de drôle, je me disais juste que je commençais peut-être à apprécier un peu trop les Poufsouffles. Je ne sais pas si c'est bon signe ou pas pour l'année 77.
– Ça dépend de si tu veux qu'aucune option ne te soit plus proposée pour l'année prochaine, » rétorqua Eva, légèrement contrariée.
Sirius attrapa la main avec laquelle Eva se frottait avec une force excessive le visage, l'autre agrippant à Oscar installé sur ses jambes.
« J'ai décidé : j'apprécie énormément les Poufsouffles à un point où les blaireaux pourraient devenir mon animal préféré, » lui déclara Sirius avec un petit sourire indéniablement charmant dont il devait se douter du pouvoir.
Désireux de ne pas gâcher toutes leurs avancées, Sirius l'enjoignit à le rejoindre pour qu'ils s'installent tous les deux contre le cadre de lit. Eva céda rapidement mais le plus réticent dans l'affaire fut Oscar. Sirius sut se faire pardonner en grattant derrière l'oreille du chien dont le museau était installé sur sa cuisse, le reste du corps du chien étalé sur les jambes d'Eva.
« Où en étions-nous ? » demanda Sirius après avoir déposé le plaid jaune d'Eva sur leurs jambes en prenant garde de laisser à l'air libre la tête d'Oscar.
Après un instant de silence, Eva eut soudainement à l'esprit une invitée de la fête de Nouvel An des Potter, qui n'avait pas confirmé sa venue. Consciente du changement de sujet abrupt, Eva se lança avec hésitation :
« Est-ce que tu pourrais me dire ce qu'il s'est passé entre toi et Lucy Emerson ? »
Épaule contre épaule qu'ils étaient, Eva sentit parfaitement Sirius se tendre à cette question. Les doigts pianotant sur le pelage blanc tacheté de roux d'Oscar, Eva attendit patiemment sa réponse même si le temps de réponse de Sirius démontrait à Eva que la relation entre les deux Gryffondors de 6e année n'était pas restée si platonique que ça.
« Est-ce qu'elle t'a dit quelque chose ? »
Eva n'aurait pas cru que Sirius se déroberait ainsi. Elle lui jeta un regard du coin de l'œil, notant la grimace péniblement contenue sur le visage du Gryffondor :
« Non, mais je pense que tu sais mieux que moi que Lucy a la capacité de faire passer un message d'une autre manière. »
Sirius grimaça de nouveau et, s'il n'était pas occupé à caresser Oscar qui avait les yeux clos, Eva ne doutait pas que sa main serait sur sa nuque.
« C'est pas quelque chose dont je suis fier, la prévint-il, les yeux baissés vers le museau d'Oscar sur lequel il laissait son index glisser.
– Ce n'est pas grave, dit Eva en le pensant réellement, réussissant à capter le regard hésitant de Sirius.
– Je sais que je peux être un connard.
– Sirius, » dit Eva.
Sirius expira entre ses dents et son nez se fronça en une grimace qui révélait à Eva qu'il n'était en effet pas du tout fier de son comportement.
« J'ai merdé, lâcha-t-il finalement. J'avais trop bu, j'étais énervé, j'étais désespéré de faire taire ce qu'il y avait là, dit Sirius en frappant peu gentiment son torse, et Lucy était…à peu comme moi, grimaça Sirius. Tu sais parce qu'elle – »
Eva haussa les sourcils alors que Sirius s'arrêtait, semblant contrarié. Il claqua sa langue contre son palais, des mèches trop longues tombant sur son front :
« Bien sûr que tu le sais, s'agaça-t-il. Jefferson Windsor c'est ton pote, non ?
– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda doucement Eva, pas parce qu'elle voulait le blâmer mais parce qu'elle avait besoin de le comprendre.
– J'ai couché avec elle, dit Sirius et même si elle s'y attendait, ça aurait été faux que de dire qu'Eva ne ressentit rien à l'entente de cette confession. La première fois parce j'avais l'impression d'être toujours enfermé dans cette foutue baraque et la deuxième fois…la deuxième fois, j'aurais dû dire non. »
Sa dernière phrase fit écho dans le silence qui suivit. Eva tenta de comprendre ce qu'elle ressentait tandis que Sirius paraissait furieux contre lui-même, continuant de caresser délicatement Oscar malgré son regard noir.
« Est-ce qu'elle t'intéresse toujours ? demanda finalement Eva en connaissant déjà la réponse.
– Non, trancha Sirius avec aplomb, la fixant avec toute l'intensité de ses yeux gris pour lui faire comprendre. Non, elle ne m'intéresse pas. Il ne s'est rien passé depuis l'été dernier.
– D'accord, je te crois, souffla Eva et la rigidité du corps de Sirius s'affaissa avant qu'Eva ne le tende de nouveau avec un simple nom : Et Marlène McKinnon ? »
Cette fois-ci, Sirius tourna franchement son torse vers elle.
« Elle n'est plus qu'une amie d'enfance. J'ai décidé ce que je voulais et elle aussi. Elle n'a pas son mot à dire sur ma vie. »
Eva se souvenait encore de l'air faussement bénévole de Marlène McKinnon qui venait lui offrir son aide mal placée dans la bibliothèque, de la lâcheté que la Serdaigle avait dévoilée en révélant qu'elle connaissait les agissements les plus dangereux de ses collègues Sang-Pur, mais qu'elle avait décidé consciencieusement de garder silencieux, comme si tout ça n'était qu'un jeu de pouvoir entre Sang-Purs et pas un jeu qui mettait en danger la vie de personnes réelles. Des semaines plus tard, Eva ne regrettait toujours pas d'avoir donné le nom de Marlène McKinnon à Dumbledore. En y réfléchissant, la Serdaigle était tout aussi hypocrite que Lizzie Lestrange ; pas étonnant que celles-ci s'entendent si bien en secret.
« Tu es conscient qu'elle est toujours amoureuse de toi ? souffla Eva.
– Elle ne l'est pas, rejeta Sirius et face à l'expression peu convaincue d'Eva, il insista : Elle ne l'est pas, elle a décidé de se marier à Parkinson.
– Peut-être, mais c'est toujours toi qu'elle aime, dit doucement Eva.
– Je…je ne peux pas aider ceux qui ne le veulent pas, lâcha Sirius avec frustration et Eva eut l'impression que ce n'était pas la première fois qu'il en parlait, sans doute avec James. Elle a décidé de se marier avec lui. Elle choisit sa vie, pas ses parents. »
Sous le plaid jaune, Eva attrapa les doigts de Sirius, ayant besoin du réconfort d'un contact physique.
« Je ne voulais pas t'énerver mais…je n'ai jamais fait ça, se sentit obligée de dire Eva. Et même si je reste seulement une peau de colle, c'est difficile de gérer tout ce qu'il y a là. »
Imitant le geste préalable de Sirius, Eva désigna doucement sa poitrine de son index. Cet endroit-là était d'une certaine manière la preuve que la vie continuait malgré les cicatrices car, malgré le pincement de douleur ponctuel provenant de la marque que lui avait laissée Royce, Eva ressentait toute la force de l'émotion que lui procurait Sirius, une émotion qui menaçait de l'emporter plus les jours passaient en sa compagnie. Et il n'y avait pas de Marlène McKinnon ou de Lucy Emerson qui la ferait changer d'avis sur ce qu'elle voulait : Eva voulait Sirius.
Prudemment, Sirius posa sa main sur la joue d'Eva et la Poufsouffle le laissa diriger son visage vers le sien. Eva se fit la réflexion qu'elle ne réussirait jamais à s'y faire de pouvoir l'admirer d'aussi près : ses sourcils élégants qu'elle adorait voir arquer, ses yeux d'une couleur grise inexplicable encadrés de longs cils sombres, ses pommettes hautes, le grain de beauté en bas de sa joue qui annonçait la lignée descendante sur son cou, ses lèvres rosées qu'elle était habituée à voir en un rictus moqueur mais que Sirius lui laissait petit à petit découvrir en une forme plus douce lorsqu'il lui souriait.
« Tu sais, plutôt qu'une peau de colle, tu ne voudrais pas être mon amoureuse ? »
En un souffle, Sirius réussit à interrompre l'examen involontaire d'Eva. Si exaltée qu'elle fût, Eva aurait été capable de frotter sa joue contre la chaleur de la main de Sirius mais elle réussit à se contrôler assez pour seulement laisser échapper un gloussement, sentant ses yeux secs se plisser face à l'ampleur de son sourire :
« Amoureuse ? Pas petite copine ? J'aime beaucoup. »
Les fois précédentes, tout s'était enchaîné beaucoup trop rapidement – une chute causant un coup de dent puis une potion causant une course poursuite – mais cette fois-ci, à près de 3h du matin, Eva eut l'impression que le temps s'arrêta. Elle n'entendit plus les quelques craquements suspicieux du manoir ni le ronflement discret d'Oscar sur leurs jambes. Non, elle n'entendait plus que sa respiration erratique et les battements furieux de son cœur. C'était un peu maladroit, il fallut pencher légèrement la tête pour trouver le bon angle mais Eva se laissa guider par la main de Sirius sur sa joue et elle se laissa perdre le contrôle. C'était chaud, un peu humide, un peu maladroit et perturbant, mais le nœud dans son estomac était indéniablement une sensation particulière mais formidable.
Lentement, Eva apprit à embrasser Sirius, chaque nouvelle caresse de ses lèvres et chaque nouveau baiser les mèches d'un brasier qu'elle n'arrivait pas à imaginer éteindre. Eva avait toujours été une élève distraite qui peinait à rester concentrée mais, si on lui imposait un examen sur ce type d'exercice, Eva serait l'élève la plus attentive et assidue possible. Sirius avait déjà révélé être un très bon tuteur dans différentes disciplines, celle-ci n'était que la confirmation de sa patience et de son expertise. À un point où il fallut que Sirius se détache d'elle pour qu'Eva ne se rappelle d'Oscar sur ses jambes et qu'elle réalise que c'était lui qui venait de pousser un grommellement mécontent.
Les joues entourées par les mains chaudes de Sirius, Eva ouvrit les yeux qu'elle ne se souvenait pas avoir fermés. Elle comprit alors qu'Oscar avait été dérangé dans son sommeil à cause de Sirius qui avait déplacé sa jambe sur laquelle Oscar sommeillait pour tourner tout son corps vers elle, à deux doigts de se mettre à genoux pour mieux s'atteler à leur activité.
« Désolé mon pote, je suis un peu occupé, » dit Sirius d'une voix rauque et essoufflée.
Le visage à quelques centimètres de celui d'Eva, Sirius baissait les yeux vers le chien qui lui adressa un regard mécontent avant d'enfoncer son museau dans la poitrine d'Eva, en recherche de sa chaleur. Avec un rire hors d'haleine, Eva enlaça Oscar de ses bras.
« Il va être infernal demain si on ne le laisse pas dormir, » sourit-elle, consciente qu'elle pourrait partir dans un fou rire en une seconde au vu de son état guilleret.
Sirius jeta un regard circonspect au chien qui lui semblait le narguer, le museau dans la poitrine d'Eva. Intérieurement, le Gryffondor se fit la remarque que jamais il n'aurait envisagé qu'il pourrait avoir un jour un chien comme rival pour l'affection d'une fille.
« Il peut attendre encore un peu, » décida Sirius.
Impatient, Sirius tut par un baiser le gloussement d'Eva qui se laissa faire docilement, ne tardant pas libérer une main de son emprise sur Oscar pour glisser ses doigts dans les mèches ébènes au-dessus de l'oreille de Sirius. Un geste que le Gryffondor eut du mal à ignorer, l'affection du geste lui procurant des frissons dans le cou. Pour une fille prétendument sans expérience, Eva arrivait trop facilement à l'affecter. Désarmé, Sirius ne put qu'embrasser plus fougueusement Eva pour faire disparaître l'émotion inconfortable qu'elle créait si facilement.
Impatient pour une autre raison, Oscar poussa de nouveau un grommellement endormi et Sirius se força à se détacher d'Eva en la sentant sourire contre ses lèvres.
« Désolée, gloussa-t-elle. Il va vraiment être insupportable demain.
– Pas grave, dit Sirius, la voix si grave qu'il se racla la gorge en se reculant avec dépit. On devrait se coucher nous aussi si on ne veut pas éveiller les soupçons des commères qui vivent dans ce manoir.
– Tu veux dire tous les Potter ? plaisanta Eva.
– Et tu en fais partie, » souligna Sirius avec un regard entendu qui fit de nouveau glousser Eva.
Il aurait pu passer une éternité à fixer Eva pour s'assurer de garder en mémoire le tableau qu'elle lui offrait : ses yeux étoilés, ses lèvres gonflées qu'elle pinçait pour cacher vainement son énorme sourire et ses cheveux obsédants, bouclés après les sortilèges qu'elle avait dû jeter en l'attendant, que Sirius comptait bien découvrir la prochaine fois où ils s'embrasseraient sans avoir à faire attention à un chien qu'ils pourraient bousculer dans leur hâte.
Sirius se força à se relever, sentant qu'il était à deux doigts de perdre le contrôle. Il ne voulait pas que son début avec Eva soit entaché par son impulsivité, surtout après avoir mentionné l'impact de celle-ci sur son amitié avec Lucy.
Comme toujours plus rapide que lui pour les sujets difficiles, Eva prit la parole lorsqu'elle remarqua les yeux de Sirius s'attarder sur son lit dont les draps étaient faits :
« Je te proposerai bien de dormir ici mais je ne pense pas que tu réussiras à te réveiller tôt. »
Sirius aurait bien voulu plaider le contraire, mais Eva avait appris à connaître ses habitudes de sommeil après presque deux semaines de cohabitation. Sirius eut soudainement la vision d'Eva le matin, une vision avec beaucoup de peau à découvert, contrairement à la réalité, et il dut se secouer mentalement pour effacer cette pensée de sa tête. Sirius n'avait jamais été quelqu'un d'affectueux, du moins, pas avec les filles qu'il avait fréquentées jusqu'alors. Mais, à force de l'attraper par la main ou le bras et de laisser ses doigts s'attarder, Eva avait vraisemblablement réussi à chambouler ce que Sirius croyait être une vérité fondatrice : sa réticence à l'idée de toute forme d'affection physique. La preuve : un flash de couleur attira son regard et Sirius se surprit à être jaloux d'Oscar, que Eva caressait. Il tut cette émotion stupide et se racla de nouveau la gorge :
« On se voit demain ?
– Si tu te réveilles avant que je ne parte à 15h, pas de soucis, » le taquina Eva et Sirius se rappela avec une pointe de déception et d'agacement qu'il ravala automatiquement qu'elle les abandonnait pour la compagnie des Poufsouffles de son année.
À part avec Howard Stark qui fréquentait souvent la salle commune des Gryffondors, Sirius n'avait pas vraiment sympathisé avec les amis d'Eva, en particulier Banerjee avec qui elle semblait être le plus proche au vu des allers et retours de lettres qu'il avait vues pendant les vacances. Rationnellement, Sirius savait qu'il n'y avait pas de quoi être jaloux puisque le contenu des lettres se résumait souvent à une seule ligne, qui réussissait aisément à faire soupirer ou rager d'exaspération Eva. (« C'est toi qui a piqué mon manuel de métamorphose ? », « Donne-moi l'autorisation écrite de tuer Shuri, comme ça tu viendras à Azkaban avec moi. », « Réviser quoi pendant les vacances ? Tu m'as pris pour un loser ? ») Irrationnellement, Sirius souhaitait qu'Eva reste avec lui pour le Nouvel An, conscient que leur retour à Poudlard était imminent. Pour la première fois de sa vie, Sirius était réticent à l'idée de retourner au château. Même s'il avait hâte de retrouver Lunard et Queudver, il n'était pas prêt à dire au revoir à ces moments privilégiés avec Eva – souvent en compagnie de James et perpétuellement en compagnie de son nouveau pote Oscar, dont la découverte avait encore plus intensifié son intérêt pour Eva. Il ne comptait pas révéler sa forme animagus à Eva de sitôt, mais voir son comportement tendre avec Oscar était suffisant pour que Sirius sache qu'Eva ne prendrait pas mal la découverte de sa forme canine.
Reléguant ce fouillis de pensées au fond de son esprit, Sirius prit un ton moqueur :
« Rappelle-moi pourquoi tu dois partir si tôt ? Les blaireaux ont un problème avec la notion de « soirée » ?
– Je ferai attention à ce que tu dis si tu ne veux pas que tes nouveaux privilèges te soient retirés, le prévint Eva et Sirius s'empressa de capituler :
– Dans ce cas, je dirais que 15h est une heure totalement convenable pour commencer une soirée de Nouvel An.
– T'es bête, » l'insulta avec un rire Eva.
Oscar dans ses bras, Eva se releva. Puis, trop bas pour que Sirius ne comprenne, Eva murmura à l'oreille de son chien avant de le déposer sur le lit avec un bisou sur son oreille. Visiblement exténué, Oscar ferma sans cérémonie ses yeux, inconscient du regard envieux de Sirius qui aurait bien voulu prendre sa place. Une envie que Sirius fit bien vite disparaître lorsqu'Eva se tourna vers lui après une dernière caresse pour Oscar.
« Je suis contente que tu sois revenu, dit doucement Eva, une confession qui créa de nouveau cette émotion inconfortable dans la poitrine de Sirius qu'il dompta en adressant un sourire moqueur à Eva.
– J'espère bien. »
Avec une exclamation incrédule, Eva lui tapa le bras et Sirius eut un petit rire avant de se forcer à être honnête malgré l'embarras :
« Moi aussi, admit-il, puis, pressé de ne pas s'attarder sur les yeux d'Eva devenus pétillants de peur de lui sauter dessus, il ajouta : Je te vois demain ? »
Eva acquiesça avec un petit sourire que Sirius aurait voulu photographier : « Oui, tu me vois demain. »
Cette fois-ci, Eva le suivit jusqu'à la porte qu'elle lui ouvrit. Il aurait pu s'effacer prestement dans les ténèbres du couloir, mais Sirius fit l'erreur de lui adresser un dernier regard alors qu'Eva se tenait à l'embrasure de la porte. Le visage d'Eva était à moitié dans l'obscurité alors qu'elle tournait le dos à la lumière devenue familière de sa lampe de chevet, mais ses yeux sombres restaient toujours francs et Sirius fut soudainement frappé par l'éternité qu'il devrait attendre avant de la revoir, et surtout l'avoir rien que pour lui.
Dans la semi-ombre du couloir, à l'embrasure de la porte de la chambre dont même l'odeur lui était devenue familière, Sirius embrassa de nouveau Eva. Ce fut plus difficile que ça n'aurait dû l'être de reculer, faisant tomber la main d'Eva de son torse. Avec un sourire timide, Eva le fixa de ses yeux si pétillants qu'il aurait pu oublier qu'il l'avait encore une fois fait pleurer.
« Bonne nuit, chuchota-t-elle.
– Bonne nuit. »
Après un instant d'attente suspendu dans le temps, Eva commença à refermer sa porte.
« Fais de beaux rêves, » lui murmura-t-elle alors que seul son œil noisette était encore visible dans l'entrebâillement de la porte.
Avec un claquement discret, la porte de la chambre d'Eva se ferma et Sirius resta quelques instants dans l'obscurité totale du couloir, la tempête dehors n'offrant même pas la lumière de la demi-lune comme guide. Comme saoul, Sirius tituba dans la direction de sa chambre. Il ne remarqua même pas le sourire stupide sur ses lèvres lorsqu'il s'étala sur son lit aux draps déjà défaits.
Jeudi 31 décembre 1976
« Mon poto ! cria Akash en ouvrant grand ses bras lorsqu'Amos apparut à l'arrière du jardin de la famille Stark, Eva accrochée à son bras.
– Je déteste le transplanage, gémit Eva en s'éventant le visage dans l'espoir de faire disparaître sa nausée, ne se préoccupant pas d'Amos et d'Akash qui s'étreignaient virilement en se tapant le dos et l'épaule.
– Et la griffonne incognito, dit Akash en lui portant enfin attention, son petit air crétin n'ayant pas changé depuis la dernière fois qu'Eva l'avait vu. Alors, tu comptes déménager dans le dortoir des Gryffondors à la rentrée ? minauda-t-il, papillonnant des yeux d'un air stupide.
– Non. Amos ne te l'a pas annoncé ? On te vire et c'est moi qui prend ton lit à la rentrée, répondit tout à fait sérieusement Eva en croisant les bras, causant le rire d'Amos à côté qui ne tarda pas à mettre son bras le long des épaules d'Eva.
– Désolé Akash, elle nous offre une bien meilleure vue que ta sale tronche d'homme des cavernes, acquiesça Amos. Ta mère t'a confisqué ton rasoir pendant les vacances ou quoi ? »
Nullement heurté, Akash caressa plutôt avec un sourire fier sa barbe finement rasée.
« T'as vu ça ? Astrid m'a dit qu'elle aimait beaucoup, fanfaronna Akash et Eva en resta bouche-bée.
– Quoi ?! Astrid ? Elle est revenue ?! » s'exclama Eva, restée sur la frustration d'Akash avant le départ en vacances après qu'Astrid lui ait annoncé que ses principes moraux l'empêchaient de se mettre en couple avec le meilleur ami d'Amos Diggory.
Akash haussa ses sourcils d'un air goguenard, accentuant l'air ébahi d'Eva qui prit une seconde avant de réaliser qu'Amos ricanait plutôt que d'être aussi choqué qu'elle. En un éclair, Eva tourna la tête vers celui qui n'avait pas perdu l'habitude de la prendre pour son reposoir :
« Tu étais au courant ?! » s'exclama-t-elle.
Amos lui sourit moqueusement et haussa les épaules d'un air tranquille. Ce fut Akash qui se chargea de lui répondre oralement :
« Bien sûr qu'il sait puisque Monsieur ne s'est pas exilé chez l'ennemi, lui. Il s'intéresse à ma vie, lui.
– On a échangé des lettres toutes les vacances ! s'exclama Eva, incrédule alors que c'était Akash qui avait commencé le premier à lui envoyer des lettres, lui demandant si elle lui avait pris sa paire de chaussettes fétiches des Tornades de Tutshill. Tu n'en as jamais parlé ! »
Akash haussa les épaules :
« Tu n'as pas demandé, » se défendit-il mollement, visiblement peu préoccupé par l'idée du courroux d'Eva.
Eva claqua sa langue contre son palais, donnant une claque qu'elle ne s'embêta pas à contrôler au bras d'Akash qui réagit avec un « aïe, Eva ! Calme tes habitudes d'homme des cavernes ! ». En retour, Eva lui adressa un regard mauvais, croisant les bras sur sa poitrine, faisant crisser le cuir de son nouveau blouson en cuir (cadeau du solstice de la part de James qui avait certainement suivi les conseils d'Euphémia).
« Allez, ne vous disputez pas. Vous avez tous les deux des bonnes nouvelles, vous devriez être heureux, les enjoignit Amos en attrapant Akash par la nuque à ces mots pour le secouer.
– Quoi ? s'exclama Akash en tolérant les secousses d'Amos, fixant Eva avec de grands yeux. Me dis pas que –
– Oh que si, ricana Amos.
– Arrête de raconter n'importe quoi, Amos, fit mine de s'exaspérer Eva, évitant le regard choqué d'Akash qui la fixait avec la bouche entrouverte, toujours dans l'excès.
– Elle a conclu ?! s'égosilla Akash, sa voix faisant écho dans le jardin dont ils étaient les seuls occupants alors que le reste des invités étaient au chaud dans la maison. T'as conclu et tu ne me l'as pas dit ?! On s'est échangé des lettres toutes les vacances ! s'indigna-t-il et Eva lui lança un regard mi-incrédule, mi-exaspéré parce que c'était parfaitement le genre d'Akash de lui voler ses arguments.
– Même si c'était le cas, pourquoi je te l'aurais dit ? Tu n'as pas demandé, » termina en minaudant Eva, assez immature pour tomber au niveau d'Akash.
Akash lui jeta un regard offensé puis se tourna vers Amos, profitant du fait qu'ils faisaient tous les deux une tête de plus qu'Eva pour discuter à son sujet au-dessus de sa tête.
« Elle a vraiment conclu ? » demanda Akash à son meilleur ami.
Hochant la tête avec solennité, Amos annonça : « Sans aucun doute. Jamais elle n'aurait paru aussi heureuse de me voir si ce n'était pas le cas. Ses yeux pétillaient. »
Akash baissa les yeux vers Eva qui lui fit une grimace, les bras toujours croisés. Tout aussi rapidement, Akash se concentra de nouveau sur son meilleur ami pour lui demander très sérieusement :
« Elle a conclu avec lequel ? »
À ces mots, Eva ne put se retenir et, avec un cri indigné, elle sauta sur Akash pour le corriger, ne tardant pas à rameuter Howard et ses autres copains d'enfance – moldus – avec qui il avait gardé contact malgré ses longues périodes d'absence. Le reste de la soirée se passa de manière similaire, un tourbillon d'énergie auquel Eva contribua à grands éclats de voix et de rire, d'humeur si joyeuse qu'elle courut vers Jeff pour l'éteindre avec force quand elle le vit et qu'elle alla par elle-même à la rencontre des filles et des garçons du bourg où était installée la famille de Howard et de Emma Stark depuis toujours. Ils n'avaient peut-être pas la magie en commun, mais Eva découvrit rapidement qu'ils avaient le foot en commun et ils ne tardèrent pas à créer deux équipes. Eva ne réussit malheureusement qu'à motiver une seule fille à la rejoindre, Layla, pour une partie et elle adressa un doigt d'honneur à Akash lorsque celui-ci lui cria « Oh, arrête de te la péter, Eva ! » lorsqu'elle arrêta le ballon avec son torse et réussit à la faire rebondir à ses pieds.
Vers 22h, Meredith Ravencrest apparut, accompagnée de Tony Valasquez et de Francis Lockhart, et venant tout droit de la fête chez « Potter, le mégalo qui a une fontaine à punch et une salle de bal ». À la brève expression de déception de Tony lorsque Eva répondit par la négative à sa question de si Charlotte était là, Eva se rappela que le Serdaigle avait mentionné trouver Charlotte à son goût. S'il était venu là pour la voir, c'était un souhait ambitieux voire imprudent alors qu'Amos, nouvellement célibataire, était bruyamment présent. Après une partie de beer pong et un long moment dansant dont le temps fort fut lorsqu'Elle trouva un groupe de filles avec qui crier Dancing Queen d'ABBA, Eva songea enfin à poser les yeux sur l'horloge de la cuisine. Il était 23h08 et elle avait promis à James de les rejoindre à 23h.
Poussant une exclamation vulgaire, Eva interrompit involontairement la conversation entre Jeff et Layla, la camarade de l'école primaire de Howard incroyablement sympa. Lorsque Jeff comprit qu'elle voulait y aller, il lui proposa de la raccompagner. Avec un coup d'œil incertain en direction de Layla qui masquait sa déception à l'idée que Jeff parte, Eva hésita. Mais Jeff ne lui laissa pas le choix et il prit soin de dire à Layla qu'il reviendrait après avoir déposé Eva à l'arrêt de bus, un mensonge suavement annoncé.
Jeff la suivit lorsqu'Eva partit à la recherche de leurs amis pour leur dire au revoir et leur souhaiter une bonne année en avance. Malheureusement, les au revoir furent très brefs parce qu'ils tombèrent sur Malcolm, un ami de Howard particulièrement bon gardien de but, qui les informa que Howard s'était enfermé avec Meredith dans sa chambre puis sur Amos dans les ténèbres du fond du couloir de l'étage qui embrassait passionnément une petite blonde aux cheveux bouclés, une vue qu'Eva et Jeff ne commentèrent pas d'un accord silencieux. Ils cherchèrent longuement et vainement Akash mais abandonnèrent au bout d'un moment. Bien sûr, c'est au moment où ils pestaient sur lui en ouvrant la porte d'entrée qui le trouvèrent assis sur les marches du porche, un parchemin à la main et un sourire bête aux lèvres.
Une lettre d'Astrid Matthews bien sûr. Elle lui souhaitait une bonne année et aurait voulu qu'ils soient ensemble, mais elle et Kate Godfried étaient présentement à la réception d'officialisation des fiançailles de Marlène McKinnon et d'Adrian Parkinson. Un détail dont Akash s'en contrefoutait totalement, plus préoccupé à leur hoqueter qu'Astrid était « si mignoooone et j'adore l'écouter parler, elle dit des choses tellement intéressantes, et elle est si mignonne quand elle s'occupe d'Aristote ! », mais qu'Eva eut du mal à reléguer au fond de son esprit. Finalement, après avoir réussi à s'extraire des bras beaucoup trop longs d'Akash qui geignit sur le fait qu'elle partait déjà, la traître, Eva quitta la maison modeste des Stark aux côtés de Jeff qui assura à Akash qu'il revenait.
« Toi aussi t'es qu'un traître ! fut le dernier cri éméché d'Akash qu'ils entendirent avant qu'Eva et Jeff ne se retrouvent à marcher à la lumière des lampadaires, heureusement exemptés de la pluie et du vent glacial.
– Je suis content de voir que tu as l'air bien, dit Jeff, brisant le silence tranquille entre eux.
– Tu insinues que j'avais une sale tête avant les vacances ? »
Jeff la réprimanda par la seule force de son regard et Eva se détourna avec un rire embarrassé.
« Désolée…Oui, les vacances m'ont fait beaucoup de bien. Et toi ?
– Ma grand-mère ne m'a pas laissé le temps de souffler, dit Jeff en s'arrêtant, Eva l'imitant en comprenant que l'intersection de la rue suffisait comme distance pour transplaner discrètement.
– C'est bien ou mauvais ? »
Jeff dandina sa tête d'un côté puis de l'autre, l'air contemplateur : « Les deux. »
Poussant une exclamation exaspérée, Eva donna une petite claque sur le bras de Jeff, une tape sans aucune force mais qui fit grimacer Jeff. Instinctivement, Eva comprit et elle se redressa :
« Je t'ai fait mal ? paniqua-t-elle.
– Ce bras-ci reste encore un peu douloureux, la ménagea Jeff et Eva sentit toute sa bonne humeur s'évaporer au rappel de la morsure de l'Inferi.
– Je suis désolée, terriblement désolée, se confondit-elle en excuse, l'agitation la faisant agripper le bras de Jeff qu'elle était sûre d'être indolore. Ils n'ont pas réussi à guérir totalement la blessure ?
– C'est un travail en cours d'exécution, répondit Jeff de sa manière évasive qui ne faisait qu'inquiéter davantage Eva. La potion qu'ils m'ont concoctée cette semaine est très efficace, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant les yeux ronds d'affolement d'Eva. Je te le jure, c'est juste que ce coin de peau reste très sensible. Tu ne m'as pas fait mal.
– Ne mens pas, lui murmura Eva, la tête basse, et Jeff grimaça.
– Désolé… »
Ils restèrent un petit instant dans le silence, Jeff se dandinant d'un pied à l'autre, puis, semblant atteindre sa limite, il lâcha finalement :
« Tu veux toujours que je te ramène chez James Potter ?
– Oui, mais je ne veux plus que tu fasses semblant devant moi, l'incita Eva avec le plus grand des sérieux, serrant entre ses doigts la manche de manteau de Jeff. En 1977, on doit être les amis les plus honnêtes au monde, Jeff. »
Jeff poussa une exclamation amusée, poussant en arrière sa frange de cheveux sur son front.
« Oui, dame Eva. »
Et avec délicatesse, Eva enserra le bras indolore de Jeff pour qu'ils transplanent. Comme Jeff n'était jamais allé à la résidence des Potter, ils atterrirent dans le bourg de Godric's Hollow où les bars étaient bondés alors que l'année 1977 se rapprochait de manière imminente.
Se doutant que James lui ferait un scénario si elle ratait le décompte mais se souciant plutôt de la réaction plus discrète de Sirius, Eva guida avec aisance Jeff à travers les rues de Godric's Hollow où des boules de lumière lévitèrent pour éclairer leurs pas. Elle profita de ce moment en tête à tête avec Jeff pour en apprendre plus sur ses occupations pendant les vacances, guère étonnée qu'il lui dise qu'il avait passé son temps à jongler excursion à Saint-Mangouste et expédition dans la nature avec sa grand-mère pour trouver des ingrédients rares de potions.
Eva supposait que la grand-mère de Jeff – la seule membre de sa famille proche encore en vie après le décès de ses parents lorsqu'il était petit – et Madame Rancy, la voisine aigrie des Potter, devaient avoir à peu près le même âge. Elles étaient toutes deux de cette génération qui pestait contre la standardisation des ingrédients en boutique et prônaient qu'une sorcière digne de ce nom se procurait elle-même ses ingrédients dans la nature. Bien que, contrairement à Madame Rancy qui se mouvait comme un détraqueur dans le brouillard de la forêt de Godric's Hollow avec le même voile de veuve et la même longue robe austère depuis qu'Eva était née, la grand-mère de Jeff était perpétuellement à l'affût des dernières modes.
Eva était en train de raconter à Jeff la Chaguallilo du Chili qu'Euphémia avait réussi à dénicher et qu'elles avaient méticuleusement planté dans la serre des Potter lorsque Jeff l'interrompit :
« Il y a quelqu'un au bout de la rue, non ? »
Les bras gesticulant d'Eva s'abaissèrent alors qu'elle posait les yeux sur ce qui était indéniablement une femme en tenue de soirée. Même à plusieurs mètres de distance, elle voyait des constellations briller sur le tissu indéniablement de grande qualité. Un mauvais pressentiment saisit Eva, un état que Jeff sembla partager parce qu'il lui demanda en un murmure si elle avait bien sa baguette avec elle. Après avoir reçu sa réponse positive, il lui demanda ensuite si elle savait envoyer un message par patronus.
Se rappelant avec une grimace le néant qui était sorti de sa baguette au début des vacances à la demande d'Euphémia – un sortilège qu'Euphémia estimait être indispensable par les temps qui couraient – pour finalement se transformer en quelques jets dorés il y a deux jours, Eva ne put que hocher négativement la tête. Même si elle s'était améliorée durant les vacances, Eva ne voulait pas attirer l'attention de l'inconnue avec ce qui pourrait être une tentative ratée. Eva eut soudain la pensée qu'elle aurait voulu avoir Akash à ses côtés. Il avait toujours le don de dédramatiser une situation mais il était également le seul de leur promotion à avoir réussi à lancer un patronus complet sous la forme d'un panda roux.
En retrait à l'intersection de la rue où seuls résidaient les Potter et Madame Rancy, Jeff et Eva chuchotèrent sur la manière de procéder, Eva n'étant pas complètement sobre après les deux verres de punch qu'elle avait bu. Finalement, après s'être mis d'accord, Eva et Jeff se mirent à l'action.
Eva lança un protego qui éclaira la moitié de la rue par sa force, éblouissant l'inconnue qui ne pouvait connaître l'emplacement précis de la demeure des Potter seulement si elle avait vu l'adresse écrite.
« Vous êtes sur une propriété privée ! Qui êtes-vous ?! » s'écria Jeff d'une voix forte et autoritaire, sa baguette brandit.
Ils se rapprochèrent prudemment, fixant avec tension la femme qui se protégeait les yeux avec son bras couvert d'une fine broderie, une protection minable face à la température basse et la bruine qui commençait à tomber. Plus ils se rapprochaient, et plus Eva commençait à comprendre pourquoi cette personne était postée pile devant les grilles imposantes de l'entrée des Potter dont le lion à deux têtes semblait les observer. Cependant, même en connaissant l'adresse des Potter, elle n'avait pas l'autorisation de rentrer sans un membre de la famille.
« Je le répète : identifiez-vous ou nous vous forcerons à partir ! » s'écria Jeff lorsque sa première sommation resta sans réponse, plus qu'à cinq mètres de l'intruse.
Une intruse car Eva ne pouvait plus dire que c'était une inconnue, alors que son soupçon sur l'identité de la jeune femme à la longue robe de soirée devenait indéniablement la vérité lorsqu'elle fut assez proche pour reconnaître ces cheveux blond platine caractéristiques. À cette réalisation, le bras d'Eva s'abaissa lentement, permettant à l'adolescente face à eux de retirer son bras de ses yeux. Ignorant l'agitation de Jeff causée par sa transgression à leur plan, Eva dit avec froideur :
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
L'œil bleu électrique de Marlène McKinnon se posa sur elle, l'autre caché derrière sa main élégante qui tremblait. À la regarder de plus près, c'était tout le corps de la Serdaigle qui grelottait mais Eva resta sur ses gardes.
« I-il m'a dit que je pouvais venir, balbutia Marlène, de froid ou d'émotion Eva s'en contrefoutait.
– Marlène ? s'exclama finalement Jeff, reconnaissant enfin sa camarade préfète. C'est toi ?
– Je…je ne savais pas où a-aller, dit Marlène, enserrant son torse de ses bras pour se réconforter ou se réchauffer, la pluie imitant des larmes sur ses joues bien que ses yeux clairs restent secs. Il m'a dit que…
– Tu pouvais venir ici si tu avais besoin d'aide, termina impatiemment Eva, s'attirant le regard interloqué de Jeff qu'elle ignora. On a quand même besoin de vérifier ton identité, l'informa-t-elle et Marlène acquiesça, sa détresse n'impactant pas sa diligence habituelle. La dernière fois qu'on s'est parlé : c'était où et qu'est-ce qu'on s'est dit ? »
Marlène McKinnon la fixa droit dans les yeux quand elle lui répondit, des petites mèches s'échappant de son chignon tombant pour se plaquer sur son front avec la bruine :
« Dans la bibliothèque de Poudlard. Tu m'as dit que je pouvais aller me faire foutre.
– C'est vrai, confirma Eva à l'effarement de Jeff qui resta pour autant silencieux. Jeff, ta question ? l'enjoignit-elle sans quitter du regard la Serdaigle cambrée sous la bruine augmentant lentement en intensité.
– Hum…, hésita Jeff en se mastiquant les lèvres. Qui était avec nous lors de notre dernière conversation dans le Poudlard Express ?
– Lizzie, répondit sans équivoque Marlène et seul le sérieux de la situation retint Eva de frapper Jeff qu'elle avait toujours cru être le plus rationnel de leur groupe jusqu'à ce qu'elle ne découvre son « amitié » avec Lizzie Lestrange.
– C'est elle, » acquiesça Jeff.
Eva sentit le regard de Jeff sur elle, comme pour lui demander « et maintenant ? ». Mais, la suite logique, Eva n'avait pas la moindre envie de la faire. Taisant ses émotions, Eva se força à être mature et demanda à Marlène si elle était sûre de ne pas avoir été suivie. Eva accepta la réponse et, se mordant l'intérieur de la joue, elle entreprit d'ouvrir les grandes grilles, scindant en deux le lion à deux têtes pour longer l'allée en gravier du jardin. Pour une fois, Eva ignora les roses blanches qui se penchaient vers elle, fixant presque sans cligner des yeux le manoir dont toutes les lumières étaient allumées, des éclats de voix, des rires et des cris venant jusqu'à leurs oreilles. Il était presque minuit et, au lieu de faire le décompte sous le bras de James et à côté de Sirius, Eva se retrouvait en compagnie de Marlène McKinnon qui donnait l'impression d'être Cendrillon s'enfuyant du bal du prince. Sauf que, dans ce cas précis, elle venait de s'enfuir de sa cérémonie de fiançailles.
En réalisant la foire que c'était toujours dans le manoir lorsqu'ils pénétrèrent dans le hall d'entrée, Eva se tourna vers Jeff, ignorant la figure courbée de Marlène McKinnon qui laissait sa trace humide sur le plancher bien ciré du hall d'entrée.
« Je lui trouve un manteau puis on monte dans ma chambre, O.K. ? »
Jeff acquiesça, distrait par la vue des escaliers transformés en toboggan où glissaient en hurlant deux adolescentes, des camarades leur criant des encouragements à l'étage tandis qu'un garçon qui ressemblait à Benjy Fenwick tentait en rampant de remonter le toboggan. Eva appliqua son plan, poussant sans ménagement la quantité monstre de manteaux dans la penderie pour attraper un manteau épais appartenant à Euphémia. Après avoir présenté le manteau à Marlène, Eva se tourna en direction du couloir adjacent pour prendre l'escalier plus petit que James et Sirius ne devraient pas avoir transformer – à moins qu'ils ne l'aient fait pour restreindre l'accès à l'étage. Eva eut le soulagement de voir que l'escalier était indemne, après avoir adressé des sourires brefs à ceux qu'elle reconnaissait dans le couloir mais qui interpellaient surtout Jeff. Marchant par-dessus un corps ronflant sur une marche puis évitant un couple s'embrassant passionnément contre la rambarde, Eva atteignit enfin sa chambre.
La magie de la demeure des Potter fit que la poignée de porte de sa chambre chauffa agréablement sous sa main avant de lui autoriser l'accès. Se mordant l'intérieur de la joue, Eva fit entrer Jeff et Marlène dans la chambre qu'elle n'avait pas pris le temps de ranger à son départ, son maquillage et ses vêtements toujours là où elle les avait laissés. Elle refusa de s'attarder sur le souvenir d'elle et de Sirius s'embrassant sur le tapis bleu.
« Vous pouvez vous installer, je reviens, » dit Eva avant de se rediriger vers la sortie après avoir échangé un long regard avec Jeff.
Eva prit soin de claquer doucement la porte derrière elle, ne souhaitant pas exprimer le tourbillon d'émotions négatives dans sa poitrine, laissant Jeff réconforter Marlène McKinnon avec son charme naturel. Consciente de son expression contrariée, Eva traversa de nouveau la jungle qui horrifierait Euphémia si elle ne fêtait pas le Nouvel An chez Miranda Flint, ayant embarqué Fleamont et Oscar avec elle.
Eva fit mine de ne pas avoir vu Liam Olsen et Saoirse Stewart ouvrir précipitamment la porte des toilettes, à deux doigts de trébucher en arrière occupés qu'ils étaient à se manger le visage, une vue qui creusa davantage le ride entre les sourcils d'Eva. Elle crut également reconnaître dans la cuisine les deux Serdaigles – Maggie et Lyssa ? – qui avaient drogué Sirius et Eva se fit définitivement la remarque que James et Sirius n'avaient pas réussi à contrôler tous ceux qui s'étaient incrustés par le biais d'amis d'amis, car ces deux-là n'avaient clairement pas fait partie de la liste d'invités qu'Eva avait lu. Il y avait également dans la cuisine des Gryffondors de 5e année – dont la blonde qui avait tenté d'éclabousser Eva avec du jus de patacitrouille il y a une éternité – qui s'attelaient à pétrir des cookies sous les instructions éméchées mais directives de Darcie Larwood, Carina Winnifred semblant faire la sieste avec la tête à plat sur la table de cuisine. Il y avait déjà une fournée dans le four et, à l'odeur, il semblerait que c'était le type de cookies qui auraient plu à Howard.
« Eva ! cria James lorsqu'elle fit glisser la baie vitrée de la cuisine et le trouva allongé sur la terrasse du jardin, la tête posée confortablement sur la cuisse d'Isis Amatt qui discutait avec Remus. Je t'ai cherché partout ! »
À sa vue, James ouvrit ses bras et son visage rosé s'éclaira d'un sourire si réjoui qu'Eva sentit son humeur s'améliorer. Elle n'eut pas le temps de rappeler à James qu'elle venait de chez Howard car une voix masculine prit la parole, la faisant sursauter parce qu'elle n'avait pas remarqué le corps masculin allongé dans l'ombre partielle de la terrasse :
« Moi aussi j'ai cherché une paire de jambes comme ça toute ma vie. »
Interdite, Eva fixa celui à ses pieds sur qui elle avait failli marcher. Ce n'était pas Sirius et elle prit quelques instants à se remémorer l'identité de ce visage familier. Il avait une ressemblance troublante avec Mark Stainton, le coéquipier batteur de Howard de 6e année, sauf que jamais son cadet Poufsouffle n'avait admiré avec des yeux vitreux et un rictus se voulant charmeur les jambes épousées par son blue jean d'Eva.
« Billy ! s'exclama une voix féminine qu'Eva reconnaîtrait plus tard être Rosie Tucker, l'ancienne poursuiveuse de Gryffondor qui avait été remplacée à son départ par sa petite sœur, Jocelyn. Je t'ai déjà dit d'arrêter d'être aussi lourd avec les filles quand tu bois ! »
Ignorant royalement son ancienne coéquipière, Billy Stainton, l'ancien capitaine de Gryffondor qui avait gardé son badge 3 ans, continua de reluquer le corps d'Eva qui le surplombait. Par automatisme, en réalisant où le regard vitreux de Billy Stainton s'attardait, Eva croisa les bras pour cacher sa poitrine avec son blouson en cuir. La vue lui plut certainement car Billy Stainton dit de sa voix alcoolisée « Salut beauté » en gardant le regard fixé sur la poitrine d'Eva.
« Billy ! cria de nouveau Rosie Tucker à l'hilarité de certains et, cette fois-ci, Eva détacha son regard du diplômé de Poudlard qu'elle avait côtoyé les années précédentes à force de traîner avec Amos – la compétition entre capitaines de Quidditch durant toute l'année scolaire et pas seulement la veille des matchs. Arrête de faire ton gros dégueulasse ! Excuse-toi, sale porc ! »
Merlin, elle était tombée sur une réunion des anciennes générations de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, réalisa Eva en reconnaissant des visages qu'elle n'avait pas vu depuis sa 4e année répartis sur la terrasse, des visages majoritairement masculins qui s'esclaffaient en réponse à l'énervement de Rosie Tucker, glissée sous le bras de celui qu'Eva se rappelait être un batteur âgé de deux ans de plus.
« Oui, excuse-toi Billy, s'interposa James avec la langue légèrement pâteuse et, plein de bonne volonté, il se leva en titubant, causant l'inquiétude d'Isis et de Remus qui tendirent de concert leurs bras pour rattraper James. T'as pas à parler à mon invitée d'honneur comme ça ! »
Même si elle avait habituellement en horreur de se cacher derrière quelqu'un, Eva ressentit une pointe de soulagement lorsque James l'attrapa par le bras pour la tirer vers lui, l'éloignant ainsi du regard déplacé de Billy Stainton. Elle ne se sentait pas à l'aise d'être le centre de l'attention de tous ces garçons plus âgés – car, à part Rosie Tucker et Isis Amatt, il n'y avait que deux autres filles qui semblaient être les petites amies de joueurs de Quidditch – qui lui donnaient l'impression d'une meute de loups à rire grassement au comportement de Billy Stainton.
« Dis donc mon petit Jamesie, tu m'as l'air d'avoir développé un goût accru pour les blaireautes, se moqua Eustace Fawley, un ancien gardien dont Eva ne se souvenait que de la carrure impressionnante lorsqu'elle passait à côté de lui dans les couloirs du château. Deux en même temps, t'es bien devenu un petit prétentieux !
– Ta gueule, Eustace ! s'agaça James en agitant son majeur en direction de l'accusé, Eva derrière son épaule. Raconte pas de la merde !
– Oh allez vous faire foutre, lançait au même moment Isis Amatt face aux rires gras qu'avait causé le commentaire d'Eustace Fawley. Bande de puceaux !
– Vous avez tous la maturité de sales gosses ! Pas étonnant que certains d'entre vous soient toujours célibataires à 20 piges ! » renchérit Rosie Tucker avant que son petit ami ne tente de la calmer.
En parallèle, une lumière semblait s'être allumée dans le cerveau de Billy Stainton qui se remit maladroitement en position assise puis se pencha sur le côté pour, semblait-il, tenter de scruter le visage d'Eva, cachée derrière James.
« Hé, Poufsouffle t'as dit ? Tu serais pas…, commença Billy Stainton en plissant les yeux de concentration avant de la pointer de son index instable : Tu serais pas la copine de Diggory ? Enfin, pas celle avec qui il couchait, l'autre qui les suivait toujours ! Si t'es là, ça veut dire que Diggory doit être dans le coin, il est toujours obligé de renifler dans les parages de sa copine, un fou ce mec.
– Il n'est pas là, dit Eva en gardant fermement fermé son blouson, restant en retrait derrière James qui lançait d'autres insultes en cohésion parfaite avec ses deux coéquipières.
– Ah ouais ? Il a enfin compris qu'il passait pour un taré à faire le toutou envers sa meuf ? J'ai toujours pas croisé de mec aussi soumis que lui, » s'esclaffa Billy Stainton.
Mais Eva n'avait pas envie de parler avec le capitaine de Quidditch qu'elle n'avait jamais vraiment apprécié, son avis n'évoluant pas vraiment lorsqu'elle avait appris à la rentrée qu'il avait choisi de donner son badge de capitaine à Liam Olsen plutôt qu'au choix, semblant pourtant indiscutable, de James. Consciente de l'heure qui avançait, Eva secoua la main de James pour attirer son attention, bien qu'il semblait être secoué par une adrénaline féroce maintenant qu'ils formaient un trio d'enfer avec Isis et Rosie Tucker. Eva ne doutait pas qu'elle entendrait les prochains jours une nouvelle pluie de compliments au sujet d'Isis Amatt.
« J'ai besoin de toi là-haut, chuchota Eva lorsque James tourna la tête vers elle, l'air désorienté qu'on lui fasse abruptement changer de sujet.
– Là-haut ? répéta-t-il beaucoup plus fort, ne contrôlant pas son volume dans son état d'ébriété. Pourquoi là-haut ? Tu veux parler des –
– Cornedrue ! le coupa une voix très familière qui venait de traverser le jardin en courant. Qu'est-ce que tu fous ?! Ça fait dix minutes que tu m'as dit que tu venais !
– Merde, déjà ? pesta James, encore plus désorienté face à la soudaine apparition de Sirius qui fit pas loin du même effet à Eva.
– Allez, grouille-toi ! s'agaça Sirius, Peter apparaissant derrière lui avec l'appareil photo d'Eva qu'elle leur avait prêté pour la soirée bondissant sur son torse. Y a plus que deux minutes pour lancer les feux d'artifices à temps ! J'ai déjà jeté un sortilège pour qu'ils restent secs !
– Merde, merde, merde, merde, » pesta James en traversant en titubant la terrasse sous les jasements de ses aînés, manquant de trébucher sur la jambe d'Eustace Flawley puis sur les marches.
Se retrouvant la seule débout au milieu d'adolescents et jeunes adultes en état d'ébriété divers, Sirius remarqua enfin la présence d'Eva. Il ignora James qui passa à côté de lui, Peter l'attrapant par l'épaule pour l'aider à s'enfoncer dans la pénombre du jardin, puis Remus qui s'empressa de partir à la suite de ses amis.
« Eva ! s'exclama Sirius, indéniablement agréablement surpris de la voir là, et Eva fut incapable de ne pas lui rendre son sourire. T'es là ! »
Muée d'un instinct inconnu, Eva n'attendit pas que Sirius termine de parler pour s'avancer vers lui. Alors qu'elle ne voyait plus que lui, elle n'entendit pas la remarque désobligeante d'Eustace Fawley qui lui valut un coup de Rosie Tucker, non elle n'entendit que Sirius qui lui disait « J'ai cru que tu n'arriverais jamais. Allez viens, on a des feux d'artifice à faire péter ! ». Pour une fois, ce ne fut pas elle qui l'attrapa par la main, mais bien Sirius qui la fit courir pour atteindre leurs installations alors que la nouvelle année débuterait d'ici une minute. Elle entendit des gens commencer à crier dans le manoir, puis, petit à petit, le bruit fusa à l'extérieur alors que tout le monde convergeait vers le jardin ou aux rebords des fenêtres pour voir le clou du spectacle qui avait dû être vendu tout au long de la soirée.
Tout se fit dans la précipitation lorsque Sirius et Eva rejoignirent enfin Peter, Remus et James après avoir manqué de faire un vol plané à cause de battes de Quidditch abandonnées dans l'herbe. Sans lâcher la main d'Eva, Sirius tenta d'abord de rappeler les instructions à James qui, dans le noir, faisait clairement n'importe quoi avec les feux d'artifice que Peter et Sirius avaient précautionneusement installés au sol. Puis, comprenant que son meilleur ami était bon à rien dans son état, Sirius lâcha la main d'Eva avec un claquement de langue et poussa sans ménagement James pour prendre sa place.
« Tu te rappelles des sortilèges ? dit Sirius en direction d'Eva, sur le point d'actionner la première mèche du florilège de feux d'artifices qu'ils avaient acheté discrètement avant de quitter Londres, d'où l'heure rendez-vous à 18h pour faire cet achat avant l'arrivée d'Euphémia qui leur aurait certainement interdit l'usage de feux d'artifice dans son précieux jardin bien entretenu.
– Ça va péter, » l'assura Eva avec un clin d'œil dont l'effet fut légèrement perdu dans la semi-pénombre.
En fond, la foule d'invités commença à faire le décompte (« 10 ! 9 ! 8 – ») que Remus fit apparaître dans le ciel avec une seconde de retard, réussissant à hurler par-dessus Sirius et James pour leur dire de se taire malgré sa concentration. Peter se mit à crier lui aussi « Vos gueules, vous me stressez, j'arrive pas me concentrer ! » et, amusée, Eva se demanda si chacune de leur blague était orchestrée dans un chaos pareil. C'était à se demander comment ils pouvaient être si performants.
« 7, 6, 5 – » hurlaient les jeunes sorciers et Eva éclata de rire alors que Sirius donnait un coup de pied agacé à James qui revenait vers lui, marmonnant qu'il était capable d'actionner les mèches.
« 4 » et Sirius allumait avec aisance les différentes mèches en un seul sortilège informulé en criant « ta gueule ! » à James.
« 3 » et Eva commença à murmurer le sortilège qu'elle avait travaillé avec Sirius et James pendant les vacances, un devoir se rajoutant à ses révisions d'ASPICS mais qui ne l'avait nullement dérangé puisque, lorsqu'il s'agissait de faire boum plutôt que de ratatiner en un petit flux la magie qui bouillonnait en elle, Eva était toujours partante.
À côté d'elle, la baguette Peter brilla d'une couleur différente de la sienne puisqu'il était censé lancer un sortilège de protection assez fort pour empêcher un feu accidentel.
« 2 ! » hurla la foule surexcitée alors que James répondait « Toi, ta gueule ! » à Sirius, les mèches s'embrasant faisant un bruit perçant alors qu'elles s'effritaient en cendres à une vitesse magique.
« 1 ! » et les feux d'artifice jaillirent en l'air en même temps que de la magie fusait des baguettes d'Eva et de Peter.
« BONNE ANNÉE ! » sembla rugir l'ensemble de la planète alors que le ciel éclatait en un arc-en-ciel de couleurs, Eva faisant son possible pour renforcer l'ampleur des feux d'artifices pour qu'ils donnent l'impression d'engloutir le ciel entier. Remus poussa un juron hilare en se forçant à changer le chiffre doré dans le ciel en « BONNE ANNÉE! », une longueur qui était particulièrement compliquée, encore plus pour un 6e année. Bien sûr, jamais un pour se laisser surclasser, James réussit à faire apparaître un parfait « LET'S GO GRYFFONDOR ! » malgré son état d'ébriété avancé.
Ayant terminé son sortilège d'envoi de confettis au grand extase de la foule, Sirius se releva pour lancer un « POTTER LA MAUVIETTE » qui fit hurler d'outrage le concerné qui s'empressa de faire apparaître dans le ciel « BLACK LA FIENTE », tout en injuriant oralement son meilleur ami.
Les bêtises des garçons inspirèrent d'autres – majeurs, Eva espérait – parce que ce fut une pluie d'insultes ou de messages qui apparurent dans le ciel, sublimant le spectacle auquel Eva continua de contribuer en lançant des jets de lumière qu'elle n'oserait jamais lancer à terre tellement ils seraient destructeurs par leur puissance. « BAIZE », « LYSSA GROS CUL », « MERCI POTTER », « BITE », « MCGO 4EVER », « JE T'AIME » puis « EPOUSE-MOI SIRIUS » apparut dans le ciel, le dernier causant l'hilarité chez les garçons qui cessèrent d'alimenter le chaos dans le ciel pour s'acharner à la place sur Sirius dont la grimace exagérée fit rire Eva.
Rangeant sa baguette, Eva sauta sur le groupe de garçons, attrapant James et Remus par le cou pour leur crier à l'oreille « BONNE ANNÉE! ». Ce fut le signal pour une sorte de câlin de groupes qui fut surtout ponctué de coups de coude et de genoux et d'un fameux « ma bite, Queudver ! » peiné de James, qui causa leur hilarité à tous. Enchevêtré dans leurs bras, James les insulta copieusement jusqu'à ce qu'il ne se fige d'un coup :
« Merde. Isis ! »
Puis, aussi rapidement que le flash lui vint, James disparut dans les pénombres pour se rapprocher de la foule hurlante où il avait abandonné sa dulcinée, titubant toujours. Peter ne tarda pas à le suivre, Remus s'attardant quelques secondes pour s'assurer qu'il n'avait pas besoin de rester pour ranger le matériel mais Sirius lui indiqua de partir sans s'inquiéter. « On s'en occupe », assura-t-il et Remus n'attendit pas plus pour disparaître à son tour.
Étrangement seuls malgré les cris de joie les entourant, Eva et Sirius se regardèrent. Au-dessus d'eux, les feux d'artifices continuèrent à éclater, alimentés par les sortilèges que Sirius lui avait patiemment appris ou aidé à améliorer, mais cette source de lumière ponctuelle qui changeait périodiquement la couleur de leurs visages était assez pour qu'Eva voit que son sourire incontrôlable était partagé.
Eva ne pourrait dire qui se rapprocha le premier. Tout ce qu'elle savait était qu'une seconde elle souriait à celui qui créait dans sa poitrine des émotions comparables aux feux d'artifice qui explosaient toujours joyeusement, la suivante elle avait ses bras autour de la taille de Sirius et, lui, encadrait ses joues de ses mains larges de garçon.
« Bonne année, sourit Eva, infiniment à l'aise alors que les longs doigts de Sirius chatouillaient ses longs anneaux argentés et le bord de ses oreilles, à découverts avec sa haute queue de cheval.
– Ça va être un bonne, » l'assura Sirius, les yeux déjà mi-clos alors qu'il était concentré sur sa prochaine cible.
Eva aurait pu se moquer de son manque de concentration, mais honnêtement, après avoir passé la journée à ressentir son absence et à se ressasser ces moments précieux dans sa chambre, elle ne voulait qu'une chose : qu'il l'embrasse de nouveau. C'est pourquoi elle le rencontra à mi-chemin et ne tarda pas à s'agripper avec force à sa taille, une émotion féroce la faisant presque pousser Sirius en arrière pour mieux l'embrasser. Il semblait que Sirius ressentait la même chose qu'elle car il rencontra avec ferveur sa passion, glissant ses doigts entre ses cheveux attachés pour mieux encadrer son visage. Hier soir, ils étaient restés sur des bisous tendres mais longs et répétés mais, cette fois-ci, presque 24 longues heures plus tard, Eva n'hésita pas à ouvrir sa bouche à la sienne, goûtant aux boissons alcoolisées qu'il avait bu en son absence. Elle le voulait, lui et tout ce qu'il accepterait de lui donner, et, si elle pouvait, elle se nicherait dans le creux de sa poitrine, là où il pourrait aisément la réconforter comme lorsqu'elle sentait sa chaleur sous ses doigts quand elle les glissait sous son T-shirt, lorsqu'elle sentait sa respiration erratique contre son buste, lorsqu'elle voyait ses pupilles si dilatées qu'elle ne voyait plus le gris de ses yeux et qu'il murmurait « Eva » en la buvant du regard, sa bouche à cinq centimètres de la sienne.
« Une bonne année, chuchota Eva à ses lèvres, ne voyant pas comment il pourrait en être autrement avec Sirius à ses côtés, et elle lui déposa un baiser bref sur les lèvres pour sceller ce sentiment qu'elle voudrait garder pour toujours, l'impression nouvelle que la vie n'était pas une tragédie.
– 77, l'année des peaux de colle, lui sourit moqueusement Sirius, son pouce caressant la nuque à découvert d'Eva alors qu'il avait toujours ses doigts plongés dans ses cheveux, détruisant certainement la queue de cheval autrefois haute et serrée d'Eva.
– Je croyais qu'on était parti sur l'autre option, fit remarquer Eva avec un sourire.
– Petite amie ? fit Sirius en arquant les sourcils.
– Hum, je me souviens de la mention d'une amoureuse plutôt.
– Amoureuse ? Tu as dû mal entendre, jamais je ne dirai quelque chose d'aussi niais. Je ne m'appelle pas James Potter.
– Vraiment ? » s'enquit Eva en effleurant les lèvres de Sirius des siennes.
Louchant presque, Sirius sembla quelque peu déconcentré.
« Vraiment, haleta-t-il, je crois que j'ai besoin d'un rappel.
– Petit crétin, » rigola Eva contre ses lèvres et elle ne tarda pas à l'embrasser de nouveau, un nouveau réflexe qu'elle n'était pas sûre de réussir à contrôler dans le futur.
C'était dire son enthousiasme et engouement sur leur activité car Eva ne remarqua même pas la fin des feux d'artifice et n'entendit pas les cris en chœur (« ENCORE ! ENCORE ! ENCORE ! ») et les applaudissements et sifflements qui suivirent. Ce ne fut que lorsqu'un grésillement terrible précédé d'une musique terriblement forte fit écho dans tout Godric's Hollow qu'Eva se détacha de Sirius avec un sursaut. Avec un rire essoufflé, Eva posa son front sur l'épaule de Sirius, le cœur battant d'émotion et de peur.
« J'imagine que c'est le signal pour refaire surface, » commenta Sirius.
Clairement, aucun des deux n'était très friand à cette idée, mais Eva s'en voudrait d'accaparer Sirius. D'un commun accord, ils commencèrent à tenter d'effacer les traces de leurs embrassades qui avaient indéniablement surpassé le statut de platonique. Eva enleva son chouchou et s'ébouriffa les cheveux tandis que Sirius se frottait les mains, faisant réaliser à Eva que les paillettes qu'elle avait pulvérisées sur ses cheveux s'étaient transférées sur les mains de celui qui avait indéniablement une obsession avec sa chevelure. Avec un rire, Eva frotta ensuite les lèvres de Sirius et leurs contours en y voyant les traces de son gloss.
« Secoue un peu tes cheveux, conseilla Eva, sentant les premiers traces d'embarras lorsqu'elle réalisa qu'elle aussi avait agrippé la chevelure de Sirius.
– J'y peux rien si une furie m'a sauté dessus, » plaisanta Sirius en suivant pourtant ses conseils et Eva lui donna une frappe sur le bras du dos de la main, grimaçante.
À son deuxième pas, Eva ne put s'empêcher d'attraper la main de Sirius. Ce ne fut que lorsqu'ils atteignirent la partie illuminée et surbondée du jardin qu'elle le lâcha. Redressant les épaules, Eva continua d'avancer, guère surprise lorsque de multiples personnes convergèrent vers Sirius pour lui souhaiter une bonne année et le féliciter de l'incroyable spectacle. Ça aurait pu être frustrant de se faire si facilement éjectée, mais, restant en retrait, Eva apprécia plutôt la scène, heureuse de voir Sirius souriant plutôt que méprisant face à tout ce monde qui voulaient un bout de lui, bien que la touche d'arrogance typique de Sirius restait bien présente. Et ça aurait été difficile d'être frustrée alors qu'Eva voyait Sirius la chercher du regard à chaque fin de phrase pour s'assurer qu'elle était encore là.
Le seul moment où Eva sentit son sourire disparaître fut lorsqu'une chevelure blond platine qu'elle était certaine d'avoir intimé de rester dans sa chambre s'immisça dans sa vue de Sirius. Mais, ce ne fut pas de la simple frustration qui lui donna l'impression qu'on venait de jeter son ventre dans le vide, non, ce fut une terrible jalousie alors que Sirius réalisait avec des yeux écarquillés que c'était Marlène McKinnon qui se tenait devant lui.
titre du chapitre : dans le creux de sa poitrine
nombre de mots : 19 450
Alors là, s'il n'y a pas de réactions, j'imagine qu'il n'y en aura aucune pour la suite x) Je fête quand même cette avancée spectaculaire de nos dorénavant "amoureux" de ma propre manière en faisant un nouveau record de mots en un chapitre. Presque 20 000 mots! Et tout ça pour parler de sentiments, haha. Très contente du résultat! Hâte d'entendre vos retours (please please) ! Le prochain chapitre de 13 000 mots est déjà fini alors j'espère que ça vous motivera à me faire des retours :))
