Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 41 : La foi en l'humain
Avec un grand merci XXXL à Celeste.B-7, Lauly1213 et Guest sans qui la motivation de continuer ne serait plus là (:
Qu'est-ce qu'une adolescente, bien que majeure, était censée ressentir lorsque son tout nouveau petit ami semblait oublier le monde environnant à la vue soudaine de son ex-fiancée ? De la jalousie très certainement, et Eva fut rendue immobile au milieu de la foule mouvante par l'intensité de celle-ci. Et quelle réaction fallait-il avoir lorsqu'on comprenait que l'ex-fiancée avait quitté sa robe de fiançailles mouillée pour porter à la place des vêtements qu'elle avait dû prendre dans la chambre d'Eva ? Eva ne réussit pas à réfléchir rationnellement à cette question.
Elle sentait une rage terrible monter en elle, si forte qu'elle ne put que planter ses ongles arc-en-ciel dans ses paumes de main pour la contenir, ses yeux ne clignant pas alors que Sirius trébuchait presque en direction de Marlène qui l'observait l'approcher, ses cheveux blond platine qui faisaient concurrences à ceux d'Eva par leur longueur couvrant son dos protégé par le pull rouge d'Eva, élargi après des années d'utilisation.
Pourquoi fallait-il que ce soit en cet endroit sacré qu'était pour Eva la demeure des Potter que Marlène McKinnon se mette enfin à nue ? Les cheveux détachés, ses jambes longues et sveltes révélées par le legging de sport d'Eva, il semblait que Marlène McKinnon tentait pour la première fois de se fondre dans la masse d'adolescents gigotant au rythme de la musique assourdissante, bien loin de sa posture habituelle de Sang-Pur hautaine.
Il y a deux mois à peine, Eva aurait été excitée de voir ce changement, ayant toujours ressenti une pointe de curiosité envers la Serdaigle élusive, mais, à l'instant présent, Eva ne pouvait voir que ce que Marlène McKinnon pourrait lui arracher si facilement. Car, si Marlène se mêlait maintenant à ses compères de Poudlard sans distinction de classe sociale et s'adaptait au style néo-moldus de la nouvelle génération, que restait-il à Eva pour se distinguer ?
Pourquoi fallait-il que la vue de Sirius s'arrêtant face à Marlène pour lui bégayer des questions sur sa présence fasse perdre de vue à Eva toute sa confiance en Sirius ? Elle savait qu'il n'était pas un menteur, qu'il ne jouerait pas à un double jeu alors qu'il avait attendu patiemment pendant un mois qu'Eva l'accepte, et pourtant, Eva visualisa en quelques secondes un futur où elle ne serait plus : Sirius avec Marlène, leurs rires complices alors qu'ils se passaient l'alliance au doigt sous les applaudissements de Lizzie Lestrange et d'Amélia Avery, le corbeau de la maison des Black sur l'éventail qu'utiliserait Marlène comme sa tante par alliance, les nouvelles récurrentes dans la Gazette, pas Sorcière Hebdo, du couple de mariés magnifiques qui remettraient à eux seuls à la mode la culture Sang-Pur, bien loin du scandale du divorce des Mulciber. Et Eva, où serait-elle ? Au cimetière ? À Azkaban avec sa baguette brisée ? Dans un bar moldu à faire serveuse ou à récurer les toilettes ?
La vue de Jeff s'immisçant dans la conversation entre Sirius et Marlène McKinnon réussit à sortir Eva du tourbillon noir de ses pensées, qu'elle croyait pourtant avoir surmonté après ces vacances fortes en émotions positives. Elle se força à expirer puis à inspirer longuement, consciente d'être la fille étrange au milieu de l'extase de la nouvelle année qui faisait crier, chanter et danser la fourmilière de jeunes sorciers. Lentement, Eva parvint à détendre son corps.
Tout en parlant à Sirius, Jeff posa sa main sur l'épaule de Marlène puis tourna la tête, semblant chercher quelque chose dans la foule. Finalement, il regarda derrière lui et posa les yeux sur Eva. Jeff lui fit un signe de tête, l'air de dire « tu viens ? », et Eva fit un geste rapide pour lui dire qu'elle rentrait à l'intérieur. Elle n'attendit pas la réaction de son ami pour partir à grands pas vers la baie vitrée qu'elle glissa derrière elle, ne remarquant pas la remarque ulcérée de Darcie Larwood qui était à sa suite.
Eva avait besoin de respirer, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas non plus partir sans prévenir personne. Le regard fixe, elle fit de nouveau le chemin vers sa chambre, la maison étrangement calme vu que la fête s'était déplacée dans le jardin malgré la température très basse. Malheureusement pour elle, il sembla que Saoirse Stewart n'avait pas eu le mémo, car celle-ci sortit de la salle de bain qu'Eva partageait avec James et Sirius, pile au moment où Eva passait devant.
« Putain, tu m'as fait peur ! s'exclama Saoirse de sa voix forte lorsqu'elle ferma la porte derrière elle et sursauta à la vue d'Eva. Je croyais que tout le monde était dehors, se plaignit la Gryffondor irlandaise en se massant la poitrine, guère préoccupée par le fait que la dentelle de son soutien-gorge était visible vu qu'elle n'avait pas pris la peine de reboutonner entièrement son haut.
– Désolée, fit par automatisme Eva, s'empêchant de penser au fait que Liam Olsen devait certainement être dans la salle de bain.
– Pas grave, c'est pas la première fois que tu me fous la frousse dans un couloir sombre, plaisanta Saoirse Stewart, rappelant à Eva le manque de filtre de celle qui s'entendait si bien avec James. Quoi que, le manoir de James n'est pas aussi glauque que les cachots, » pouffa-t-elle en ébouriffant ses cheveux qu'elle semblait avoir coupé et bouclé chez le coiffeur.
Eva fut incapable de répondre une banalité au rappel de leur rencontre dans les cachots du début du mois, cet évènement continuant de ponctuer ses cauchemars et impossible à oublier alors que c'était le cataclysme de sa rupture avec Charlotte. Eva n'avait toujours pas reçu de réponse à sa lettre déposée dans la valise de Charlotte et son invitation de dernière minute à la fête de Nouvel An chez James était restée ignorée également, un autre rappel qui la crispa davantage.
« Oups, grimaça Saoirse en se retrouvant face au silence d'Eva. Désolée, Lily m'a bien prévenu que ce n'était pas un sujet sur lequel il faut blaguer.
– Ce n'est pas grave, se força à dire Eva.
– Hé, Mary m'a dit que t'habites le quartier de Killburn à Londres, reprit Saoirse, semblant pressée de laisser sa bourde derrière elle. J'ai une tante cracmol qui habite là-bas aussi, Erin Byrne, tu connais ?
– Non, mais c'est plutôt un grand quartier, dit Eva, le sujet la décrispant quelque peu, même si elle notait dans un coin de sa tête que chaque chose dite à un membre du quatuor féminin de Gryffondor de 6e année était certainement répétée. C'est impossible de connaître tout le monde.
– Ah merde, j'aurais tenté. Mais ça m'étonne pas trop, la seule fois que je l'ai vu elle m'avait l'air très…spéciale, on va dire, » rigola Saoirse Stewart en frottant son cou, attirant sans le vouloir les yeux d'Eva sur le suçon sous son oreille percée.
Ce rappel de sa relation avec Liam Olsen ne fit rien pour améliorer l'opinion d'Eva. Dans son esprit, elle se demanda quel cracmol pourrait-être considéré comme normal alors qu'ils étaient souvent exilés dans le monde moldu qui leur était inconnu, la société sorcière ne voulant pas d'eux à cause de leur malfaçon. Une sorcière bien intégrée comme Saoirse Stewart ne pourrait jamais comprendre ce que c'était de vivre en marge de la société, pas seulement à contre-courant.
« Et si t'habites Killburn, t'as des origines irlandaises peut-être ? Je crois bien que c'est le gros quartier irlandais de Londres.
– Non, pas d'origine irlandaise. J'ai emménagé qu'à mes 8 ans à Killburn, mais c'est suffisant pour connaître quelques mots gaéliques.
– Génial, sourit Saoirse, semblant retrouver son aisance naturelle maintenant qu'Eva ne se comportait plus comme une tombe. Je connais que « Eejit », c'est le charmant surnom que me donne ma mamie. Ça veut dire petite imbécile. Les grands-parents, tu sais, jamais foutu d'exprimer leur amour clairement. Toujours à la dure avec eux, » plaisanta Saoirse.
Eva acquiesça en souriant à la remarque de la Gryffondor de 6e année même si elle n'avait aucune idée du comportement de grands-parents vu que sa famille s'était longtemps résumée à sa mère et aux Potter, un petit groupe qui ne résumait seulement plus qu'à trois personnes – quatre, se corrigea Eva en repensant à sa proposition acceptée par Sirius au bal du solstice d'hiver. Pour autant, ce n'était pas une information qu'Eva voulait partager avec celle qui fricotait avec Liam Olsen, l'impression que la dissonance entre elles deux était telle que cette information ne ferait que rendre encore plus gênante leur discussion. Avec un regard au fond du couloir, Eva changea son plan initial, ne souhaitant pas que Saoirse Stewart sache qu'elle avait sa chambre attitrée chez les Potter. Plaidant la fatigue, Eva commença donc à se diriger vers la chambre de James, pestant intérieurement lorsque Saoirse s'étonna qu'elle ait un accès alors que toutes les portes de l'étage avaient brûlé sa main et celle de Liam lorsqu'ils avaient tenté de les ouvrir.
« Il m'a donné l'autorisation tout à l'heure quand je l'ai croisé, » se contenta de dire Eva, une explication qui aurait été suffisante pour n'importe quelle autre personne que Saoirse, décidément le portrait féminin de James.
En entendant l'interrogation de Saoirse sur à quoi ressemblait l'intérieur de la chambre de James, Eva décida d'arrêter d'être gentille. En quelques mots, elle fit bien comprendre à Saoirse qu'elle allait se coucher et avec un « bonne nuit » catégorique, Eva ferma la porte derrière elle et poussa un long soupir, l'écho involontaire de Sirius la veille. Crispant son poing sur son T-shirt rouge au-niveau de sa cicatrice, Eva s'enfonça dans la chambre jusqu'à se glisser contre le cadre de lit de James, dos à la porte d'entrée et cachée au premier regard vu qu'elle était assise par terre. Seule pour la première fois en 1977, Eva fit pendre sa tête entre ses genoux et s'obligea à respirer lourdement pour cesser son état de panique.
Elle savait qu'elle ne pouvait pas perdre la tête ni s'effondrer maintenant. Si elle le faisait, ça serait plus tard lorsque Euphemia serait rentrée et aurait pris le contrôle de la situation, une nouvelle fois confrontée à la fugue d'un bébé Sang-Pur. Et Eva fit bien de prendre le temps de se calmer car, à peine cinq minutes après son arrivée dans la chambre de James, la poignée de porte tourna.
« Eva ? dit la voix reconnaissable de Sirius, le seul à l'exception de James qui aurait pu ouvrir la porte.
– Pourquoi ce ton interrogatif ? Je t'ai dit qu'elle était là, Black ! s'agaçait Saoirse Stewart dans le couloir.
– Je suis là, dit Eva en ignorant la remarque de l'irlandaise.
– Hé, connard ! Arrête de m'i – »
Sirius ferma la porte derrière lui, taisant brutalement la voix de sa camarade de Gryffondor. Restant assise contre le cadre de lit, Eva écouta Sirius se rapprocher jusqu'à ce qu'il ne s'arrête au coin du lit, à un mètre d'elle.
« Je vais bien, j'avais juste besoin de respirer, dit Eva sans laisser le temps à Sirius de demander le fameux « ça va ? » qu'elle haïssait par moment, gardant les yeux rivés sur le poster du Club de Flaquemare avec ses bras posés sur ses genoux relevés.
– Elle est dans ma chambre. »
À ces mots, Eva tourna la tête vers Sirius qu'elle découvrit être en train de l'observer silencieusement, de son regard scrutateur qui semblait déduire facilement tout ce qui se tramait dans sa tête.
« Merci de lui avoir ouvert la porte.
– C'est normal, » dit Eva par automatisme en rendant son regard à Sirius.
Mais alors qu'elle était certaine qu'adopter une attitude neutre était la meilleure réaction à avoir, Sirius sembla penser le contraire, car, les sourcils se fronçant, il se baissa pour s'agenouiller à côté d'elle, s'équilibrant d'une main sur les draps défaits de James.
« Ce que je t'ai dit hier n'a pas changé, » dit-il sérieusement.
Eva déglutit, puis : « Je sais. »
Sirius glissa lentement son regard de l'œil gauche à l'œil droit d'Eva, semblant réfléchir méthodiquement à sa prochaine action et Eva fut secouée par un élan de honte terrible. Comment pouvait-elle se conduire de manière si égoïste ? Sirius ne devrait pas avoir besoin de la consoler, elle n'était plus une enfant à qui on devait donner des paroles réconfortantes. Elle était majeure, officiellement autonome car orpheline, et Sirius n'avait pas à être responsable de son état mental.
C'est pourquoi, lorsque Sirius lui demanda simplement « Tu viens ? » après avoir trouvé ce qu'il semblait chercher dans le regard d'Eva, Eva se releva. Elle comptait profiter du dos tourné de Sirius qui ouvrait la marche pour respirer une dernière fois, mais celui-ci la surprit lorsqu'il se saisit de sa main, la tirant derrière lui à travers la chambre toujours en bazar de James. Eva amorça un geste pour lâcher sa main lorsqu'il ouvrit la porte, mais, Sirius resserra sa prise et la tira derrière lui sans se soucier des injures de Saoirse et du regard mi-curieux, mi-ensommeillé de Liam Olsen qu'Eva ignora consciemment.
Sirius referma la porte derrière eux, laissant le temps à Eva de réaliser qu'il n'y avait pas que Marlène McKinnon dans la chambre sobre de Sirius qu'elle n'avait que très peu fréquenté, et ce, seulement en compagnie de James. Jeff était adossé contre la table de chevet de Sirius, les bras croisés et portant toujours son manteau à côté de Marlène qui était assise sur le rebord du lit de Sirius. La présence la plus surprenante fut celle de Remus qui adressa un sourire grimaçant à Eva, assis sur le fauteuil du bureau de Sirius où des livres et manuels étaient éparpillés, la preuve qu'il était un intello refoulé.
En entendant la porte se fermer, Marlène leva ses yeux bleus électriques de ses mains qu'elle triturait calmement sur ses genoux, une longue mèche blonde quittant son épaule pour glisser sur sa poitrine à son geste. Bien loin d'être attendrissant, l'air d'ange déchu de Marlène crispa de nouveau Eva qui retira le plus doucement possible sa main de la prise de Sirius pour croiser ses bras et poser son dos contre le mur, lui valant un regard de Sirius à qui elle adressa un petit sourire se voulant encourageant.
En réponse, Sirius expira et se tourna en direction des deux autres 7e année. Il s'apprêtait à parler mais Marlène le devança, son regard bleu électrique l'ignorant pour se concentrer sur Eva, en retrait derrière lui :
« Je suppose que des félicitations s'imposent. »
Pour Eva, il ne faisait pas de doute que c'était une accusation pour se venger de l'affirmation d'Eva qu'il ne se passerait rien entre elle et Sirius durant leur conversation dans la bibliothèque. Haussant le menton, Eva ignora les garçons présents qui semblaient pris de court par la soudaine agressivité de Marlène, elle qui avait certainement subjugué leur compassion avec son récit de jeune fille perdue qui avait refusé de se plier aux diktats de la noblesse Sang-Pur. Eva aurait pu prendre la voie de la maturité, mais, le regard fixe, presque provocateur, de Marlène McKinnon rappelait à Eva qu'elle ne devait rien à la Serdaigle – c'était plutôt le contraire – et elle décida impitoyablement de la mettre face à sa propre hypocrisie :
« Ça dépend de ce que tu as dit à Dumbledore. »
De nouveau, la colère l'emportait et elle ne fit que s'accentuer en voyant l'irritation sur le visage de Marlène. Eva était prête à répondre violemment à la prochaine remarque sans aucun doute venimeuse de Marlène, mais Sirius s'interposa physiquement. Il se décala d'un pas pour avoir Eva et Marlène dans son champ de vision et il leva ses mains :
« Stop. »
Malgré son ordre, ni Eva ni Marlène ne se lâchèrent du regard et la tension était telle qu'Eva sentit sa lèvre remonter en un rictus qu'elle ne se connaissait pas.
« Stop ! répéta plus fort Sirius en tournant la tête de chaque côté pour leur adresser un regard mi-incrédule, mi-réprobateur. Je n'ai aucune idée de quoi vous parlez alors expliquez-vous ! »
Marlène fut la première à capituler et Eva sentit ses narines se dilater alors qu'elle inspirait fortement. Impitoyable, Eva s'adressa directement à Marlène en ignorant Sirius :
« Dis-leur, Marlène. Dis-leur toutes les informations que tu as accumulées du haut de ton trône. C'est le bon moment. »
Le bon moment car c'était maintenant que Marlène McKinnon devait acter pour de bon sa rupture avec la culture Sang-Pur. Si elle ne le faisait pas, Eva ne pourrait pas ressentir la moindre empathie à l'égard de la Serdaigle malgré les circonstances indéniablement compliquées d'un mariage forcé.
« Eva ! s'exclama Jeff en la dévisageant comme s'il ne la reconnaissait pas.
– Ne la prends pas pour ton alliée, Jeff. Elle n'attend que le moment opportun pour révéler ton secret. »
Ça lui faisait du mal de recevoir un tel regard de la part de Jeff, mais Eva n'était pas celle qu'il devrait regarder d'un air si trahi. Elle estimait ses amis au plus haut point, avait tu ses malheurs pour eux, et elle leur laisserait faire des erreurs, mais elle s'assurerait d'être là quand ils auraient besoin d'elle. Marlène, elle, avait révélé à Eva qu'elle préférait protéger son cul plutôt que de perdre son statut doré et rien ne disait que, quand le vent tournerait, elle n'irait pas révéler la relation entre Jeff et Lizzie Lestrange. Marlène McKinnon venait peut-être de quitter sa cérémonie de fiançailles mais qui disait qu'elle n'userait pas de son nid d'informations pour retrouver son statut surélevé après l'entache de deux fiançailles ratées ?
« C'est quoi ce bordel ?! commença à s'énerver Sirius, son regard alternant entre les trois 7e année pour tenter de comprendre, le sérieux de la situation l'ayant rendu incroyablement sobre.
– Je pense que tout le monde devrait se calmer et respirer un bon coup, intervint finalement Remus en se levant du fauteuil. Marlène commencera la première. »
Eva sentit sa bouche se tordre en une expression contrariée, mais elle resta silencieuse, ne répondant pas au regard inquisitif de Sirius qui finit par abandonner avec agacement, posant la main sur sa nuque alors qu'il se dandinait avec agitation d'un pied à l'autre.
« Marlène ? dit Remus après un instant de silence tendu, assumant définitivement le rôle de médiateur.
– Je m'excuse, je suis exténuée et je ne contrôle plus mes mots, » dit lentement Marlène McKinnon depuis son perchoir sur le lit de Sirius, captant le regard de tous les garçons de la pièce.
Merlin, Eva n'avait pas envie d'être là. Retenant un soupir, elle se laissa glisser le long du mur pour s'asseoir, attirant l'attention de Sirius qui lui adressa un bref regard avant de se concentrer de nouveau sur son ex-fiancée qui reprenait son air d'ange déchu.
« Tu as dit que tu étais partie : comment ? qui était au courant ? » demanda Sirius, reprenant son calme.
Marlène ne leva pas les yeux de ses doigts qu'elle caressait doucement sur ses genoux :
« J'étais avec Kate et Astrid, maman nous avait laissé après s'être assurée que tout était parfait. On discutait et…j'ai eu l'impression qu'il y avait un trou béant dans ma poitrine, révéla Marlène, le tremblement de son menton démontrant son désarroi bien réel qui crispa Eva parce qu'elle venait d'entendre exactement le mal qui la rongeait par période. Je me suis demandée ce que je faisais là, ce que je faisais de ma vie. Adrian ne serait pas un si mauvais partenaire –
– C'est contestable, marmonna Sirius, reflétant exactement l'opinion d'Eva.
– …mais passer ma vie avec lui ? être celui que je verrai tous les soirs en me couchant et en me levant ? J'avais l'impression que je signais mon arrêt de mort si je sortais de cette pièce. »
D'une certaine manière, elle l'avait quand même fait en s'enfuyant. À moins qu'elle ne mette les moyens en œuvre pour tourner le récit en sa faveur. C'était certainement pour ça que Sirius les avait réunis ici. Bien qu'Eva se posait des questions sur les membres de ce comité, elle la première.
« Tes copines t'ont aidé à partir alors ? demanda succinctement Sirius. Pourquoi est-ce que tu étais seule dans ce cas ?
– Non, je leur ai dit que j'avais besoin d'aller aux toilettes et j'ai grimpé par la fenêtre pour sortir par l'arrière et transplaner. Je l'ai fait sur un coup de tête, je…je ne les ai pas prévenues… »
Marlène se mordit la lèvre, semblant comprendre la situation dans laquelle elle avait mis ses amies en disparaissant sans crier gare. Sirius poussa un soupir agité, se passant une main dans les cheveux :
« Ce qui veut dire que personne ne sait où tu es.
– Maman doit être terrifiée, réalisa Marlène, ses sourcils se tordant en une expression peinée. Merde… »
C'était la première fois qu'Eva entendait Marlène McKinnon proférer une grossièreté mais elle ne s'y attarda pas, imaginant plutôt les multiples scénarios qui pouvaient découler de sa disparition. Si Marlène avait au moins informé Kate Godfried et Astrid Matthews qu'elle s'enfuyait, celles-ci auraient fait diversion et, dans le pire des cas, auraient expliqué à la famille de Marlène que sa disparition était volontaire et réfléchie. Mais, si même ses meilleures amies ne l'avaient jamais vu ressortir des toilettes…Par les temps qui couraient, on pourrait croire à un enlèvement prémédité ou bien tout simplement à un meurtre, les possibilités étaient multiples quand une personne disparaissait dans la nature et, étant donné qu'il s'agissait d'une jeune et très belle fille d'une lignée Sang-Pur, ça pouvait très vite déraper. Eva n'était pas assez naïve pour ne pas penser que la famille Parkinson se saisirait de la presse pour accuser les moldus ou nés-moldus, empirant encore plus le climat de tension. Charlotte le lui avait hurlé, les Sang-Purs étaient aux manettes des plus hauts postes de la société sorcière britannique et il ne suffirait que d'un symbole comme Marlène McKinnon, l'épitomé de la perfection Sang-Pur, pour que la braise ne se transforme en Feudeymon.
Si Eva pensait toutes ces possibilités, certainement que Marlène McKinnon et Sirius pouvaient plus intimement deviner les répercussions dans la sphère Sang-Pur. C'est pourquoi, Eva ne fut pas surprise lorsque Sirius annonça :
« On doit faire savoir à tes parents où tu es.
– Non, je ne veux pas qu'ils sachent où je suis, refusa Marlène en une rare démonstration d'irrationalité.
– Si tu ne le fais pas, c'est tout le département des Aurors britanniques qui va toquer à la porte de chaque sorcier du pays dès 8 heures du matin, lui indiqua Sirius avec dureté. Tu es sûre que tu veux ça ?
– Ne me prends pas pour une idiote, s'agaça Marlène en jetant un regard glacial à Sirius qui ne fit qu'arquer les sourcils en réponse, le menton relevé.
– Dans ce cas, ne te comporte pas comme une, lui rétorqua Sirius et, si elle ne sentait pas encore énervée, Eva aurait certainement pouffer de rire.
– Hé ! intervint de nouveau Remus. Réfléchissons à la chose rationnellement : il faut informer ta famille que tu es saine et sauve, Marlène, mais ça ne veut pas dire que nous devons leur préciser où tu es.
– Si, le contredit Sirius. Si on ne leur précise pas où elle est, ses parents vont prendre ça comme un faux message orchestré par son enleveur présumé. Crois-moi Lunard, on ne fait pas mieux que les McKinnon dans le type parents surprotecteurs, ajouta Sirius, ce qui lui valut un nouveau regard mauvais de Marlène qui ne le contredit pas pour autant.
– Et si elle envoyait un patronus ? proposa soudain Jeff depuis sa position de vigile de Marlène McKinnon, les bras croisés alors qu'il était adossé contre la table de chevet de Sirius. Un patronus, c'est inimitable.
– Tu as réussi à le finaliser ? demanda Sirius en direction de Marlène qui hocha négativement la tête après un instant d'hésitation, comme si cet échec lui faisait honte bien que seulement une minorité de sorciers parvenaient à obtenir une forme complète en une vie.
– Sirius, toi, tu as une forme finale, non ? lança Remus, mais cette question dont Eva connaissait déjà la réponse après avoir vu l'énorme chien-loup doré galoper dans le salon à la demande d'Euphémia fit bizarrement grimacer Sirius.
– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dit lentement Sirius à l'incompréhension de Remus.
– Quoi, mais –
– Fais-le, intervint Eva, coupant sans scrupule le début d'interrogation de Remus pour fixer Sirius avec sérieux. Quel autre choix est-ce qu'on a ?
– Et leur –, commença à argumenter Sirius d'un air contrarié, mais Eva parla au-dessus de lui, ne souhaitant pas entendre ce qu'elle savait déjà.
– Quel autre choix est-ce qu'on a ? répéta-t-elle de manière rhétorique. À part toi, il n'y a que James qu'on est sûr d'être capable de faire un patronus complet dans cette maison, même si dans son état c'est discutable. Et que ce soit toi ou lui, le résultat est le même puisque tout le monde sait chez qui tu loges. Et puis, à part toi, en qui d'autre les parents de McKinnon auraient confiance en la seule parole ? Si je ne me trompe pas, les seuls autres amis proches de Marlène sont tous à la réception, acheva Eva, consciente qu'elle disait à voix haute ce que Sirius savait déjà mais qui faisait dresser de plus en plus haut les sourcils de Remus qui paraissait enfin comprendre la cause de la réticence de son meilleur ami.
– Ça enverra le mauvais message, insista Sirius comme un avertissement, mais Eva le savait déjà, alors elle lui offrit un petit sourire, guère heureuse des conséquences mais compréhensive.
– Je sais. Ça sera à Marlène de choisir le message qu'elle veut faire passer une fois qu'Euphémia sera rentrée. »
Et, à cette phrase, Eva se concentra de nouveau sur la Serdaigle qui l'observait attentivement, tentant certainement de comprendre ce revirement de posture d'Eva. Eva se demanda si la Serdaigle comprendrait la cause simple : Eva n'était pas sans cœur. Encore moins lorsqu'elle se souvenait de la famille McKinnon qui avait semblé si vibrante sur le quai de la gare. Eva n'avait aucun moyen de savoir ce qui était advenue de sa mère, sa seule famille, alors comment pourrait-elle souhaiter ce mal terrible qu'était l'ignorance et les questionnements perpétuels à Calvin McKinnon que Rashti Banerjee avait embrassé, au petit blond qui s'était enfui en courant sur le quai de la gare et de sa mère, clairement enceinte, qui semblait débordée par sa famille ? Eva n'était pas sans cœur, et avec cette dernière phrase, elle espérait que Marlène ferait le premier pas pour remonter dans son estime.
« D'accord, acquiesça finalement Sirius après avoir claqué sa langue, indiquant sans scrupule que son approbation était donnée à contrecœur. Qu'est-ce que je devrais dire dans le message alors ?
– Que je vais bien, que je suis avec toi et que je suis venue volontairement, dit Marlène McKinnon, de nouveau la personne diligente et rationnelle qu'elle présentait au quotidien.
– Ça me semble suffisant, acquiesça Remus face au regard interrogatif de Sirius.
– Et que je suis désolée et que je les aime…, » ajouta doucement Marlène, les yeux baissés vers ses doigts qu'elle se remit à caresser sur ses genoux.
Le nez de Sirius se fronça légèrement et, toujours trop honnête, il refusa la demande de Marlène pour une raison claire :
« Ça, tu leur diras directement quand tu les verras. »
Puis, sans plus de cérémonie, Sirius sortit sa baguette de sa poche de pantalon et leva le bras en l'air en préparation du sortilège. Il suffisait d'observer Sirius à l'œuvre pour comprendre que ce n'était pas un sortilège banal puisque Sirius ferma les yeux pour se concentrer puis dicta clairement à voix haute « Expecto patronum ! » alors qu'Eva l'avait vu pendant toutes les vacances user presque à outrance de sortilèges informulés. De nouveau, le gigantesque chien-loup apparut sous les yeux émerveillés d'Eva – souriants de Remus, calculateurs de Marlène et ronds de surprise de Jeff – et, magie ou non, Eva sentit son humeur s'améliorer.
« Bonjour Monsieur et Madame McKinnon, c'est Sirius Black. Marlène est avec moi et en sécurité. Elle est venue volontairement. Nous vous recontacterons dans la journée, » dicta Sirius et il pointa sa baguette en direction d'Eva.
Voyant le chien-loup à la langue pendante courir dans sa direction, un rire surpris échappa à Eva qui protégea automatiquement son visage de ses bras. Qu'importe, le patronus traversa son corps en un jet de lumière doré pour sortir de la pièce. Eva rouvrit les yeux pour voir l'expression joueuse de Sirius et elle ne put s'empêcher de lui adresser un petit sourire, l'émotion forte qui n'appartenait qu'à Sirius lui réchauffant la poitrine.
« Donc on peut dire que c'est une affaire réglée pour l'instant ? s'enquit Remus.
– J'espère, je commence à m'endormir debout, dit Jeff en se frottant les yeux pour tenter de faire disparaître sa fatigue.
– Il n'y a plus qu'à attendre le retour des parents de James. Ils sont censés rentrer vers 14h, précisa Sirius en commençant à méthodiquement se craquer le cou avant d'étirer également ses bras tout en disant : Ce qui était à l'origine pratique pour pioncer et nettoyer la maison avant leur arrivée, mais finalement, sera certainement trop tardif pour le petit cœur de mère McKinnon. »
Guère intéressée par ce rappel organisationnel qu'elle connaissait par cœur après avoir dû supporter les conversations de James et Sirius qui avaient semblé oublier qu'ils avaient un manoir entier pour discuter plutôt que de la suivre dans le salon où Eva voulait faire des dernières révisions de Potions, Eva entreprit de se relever pour s'assurer de contrôler la suite logique.
« Tu peux prendre ma chambre, Marlène, » dit Eva.
Non, Eva n'était plus prête à s'engager dans un duel avec la Serdaigle, mais elle n'était pas assez gracieuse pour la laisser dormir dans la chambre de Sirius. Bien que Sirius n'ait pas apporté de touche personnelle à sa chambre, contrairement à Eva qui avait, au fil des vacances, dispersé des plantes vertes dans sa chambre et accroché au mur des photos de ses amis qu'elle avait récupéré de l'appartement et des nouvelles prises avec son nouvel appareil photo, Eva n'était pas assez gracieuse pour laisser Marlène dormir dans le lit qui s'était incontestablement imprégné de l'odeur de Sirius. Qu'importe que Marlène dorme dans son refuge secret, Eva ne voulait pas lui laisser grignoter une parcelle de plus de Sirius. Surtout pas en sachant que la nouvelle de Marlène s'enfuyant dans les bras de son ex-fiancé allait se répandre comme de la poudre en quelques jours, menaçant déjà l'équilibre de la toute nouvelle relation de Sirius et d'Eva.
Sirius lui adressa un bref regard surpris en entendant sa proposition, à première vue étonnamment magnanime, pour décider de réagir avec son arme habituelle : la moquerie.
« Tu es sûre qu'elle ne va pas s'étouffer sur des poils de chien ? »
Eva ne remarqua pas les yeux ronds de Remus alors qu'elle adressait un regard las à Sirius.
« J'ai passé un sortilège de nettoyage hier. Je sais que la colocation avec James t'a habitué à la saleté, mais il n'est pas le seuil de référence à avoir. »
Sa répartie amusa Sirius, mais Eva se désintéressa de lui pour le moment pour entreprendre d'organiser la prochaine suite logique, l'impression étrange d'agir comme Euphémia mais motivée par la volonté de terminer avec ce Nouvel An interminable.
« Jeff, tu peux prendre une chambre d'invité, je vais t'ouvrir la porte. On va envoyer une lettre à Howard pour le prévenir. »
D'une manière réservée qui fit comprendre à Eva qu'il ne lui avait pas pardonné son comportement de tantôt, Jeff accepta sa proposition. Eva tenta d'outrepasser le début de culpabilité, se confortant en se disant qu'elle lui parlerait tandis qu'elle chargeait Sirius de lui trouver le hibou des Potter.
Lentement, la chambre de Sirius se vida de ses occupants. Eva conduisit de nouveau Marlène vers sa chambre, l'intention féroce que cette fois-ci la Serdaigle y reste, puis elle laissa Remus et Sirius adresser quelques mots à Marlène à l'embrasure de la porte pour guider Jeff vers les chambres d'invités à l'étage supérieur, là où se trouvait également la chambre d'Euphémia et de Fleamont. C'était seulement il y a deux ans qu'Eva avait réalisé que la grandeur impressionnante de la demeure des Potter était à l'origine voulue pour pouvoir accueillir l'intégralité des Potter, ses branches directes et indirectes. Les nombreuses chambres vides ne démontraient pas les folies de grandeur de Fleamont, mais bien que la famille Potter s'était lentement rétrécie jusqu'à ce que James ne soit plus que le seul héritier.
S'assurant en un coup de baguette que tout était propre, Eva laissa Jeff pénétrer dans la chambre d'invité qui avait été aérée par Euphémia la veille, incapable qu'elle était de ne pas s'immiscer dans l'organisation d'autres personnes dès qu'elle en entendait parler. Euphémia n'avait pas non plus pu s'empêcher d'inspecter la salle de bal où James et Sirius avaient fait apparaître quantité de matelas pour que, de piste de danse, la pièce devienne un dortoir en fin de soirée.
« Ce que j'ai dit tout à l'heure : ce n'était pas pour te menacer, dit Eva alors que Jeff retirait enfin son manteau pour le déposer sur le dos d'une chaise, révélant son torse svelte mais bien sculpté, les manches longues de son pull-over couvrant l'emplacement de la morsure de l'Inferi.
– Tu aurais pu faire croire le contraire, dit Jeff en relevant les yeux vers elle, son regard faisant bien comprendre à Eva qu'elle n'était pas pardonnée.
– Je m'en fous de ce que tu trafiques avec Lizzie Lestrange. Enfin, non, je suis inquiète que tu sois blessé à cause d'elle. Mais Marlène, elle, je peux t'assurer qu'elle s'en fout de ce qui peut t'arriver. »
Jeff la dévisagea de nouveau comme si Eva lui était inconnue.
« Comment tu peux dire ça ? Marlène n'est pas un…monstre, dit Jeff d'un air éberlué. Comment tu peux arriver à penser ça d'elle ? Tu as toujours été… »
Jeff ne termina pas sa phrase et Eva ne se rendit pas compte qu'elle avait croisé ses bras, sa mâchoire crispée.
« J'ai toujours été quoi ? » le pressa-t-elle, le cœur battant.
Jeff secoua la tête, s'échappant à son regard et à toute forme de confrontation comme il en avait l'habitude. Pour terminer leur dispute avant même qu'elle n'ait réellement commencé, il se mit à tirer en arrière les draps du lit en un geste agité.
« Jeff, j'ai toujours été quoi ? insista Eva d'une voix forte, incapable de laisser couler l'accusation qu'elle avait lu dans les yeux sombres de son ami. Jeff. »
À son insistance, Jeff se retourna vers elle en un sursaut de vitesse, les yeux écarquillés en une expression de colère. Eva avait enfin réussi à percer son armure de politesse et de charme qui avait fait hurler de rage Lucy Emerson l'année précédente, l'écho de ses cris venant du dortoir des garçons se faisant entendre dans la salle commune où Eva s'était installée avec Charlotte et Emmeline pour une partie de bataille explosive : « Pourquoi est-ce que tu ne me laisses pas de la place dans ton monde ?! T'es infoutu de ressentir quelque chose dans ton cœur ou quoi ?! Parle-moi, putain, PARLE-MOI ! ».
Mais Jeff était loin de ne rien ressentir, non, la preuve, dans l'intimité du 2e étage du manoir des Potter où ils étaient seuls, eux les deux Poufsouffles qui avaient toujours assumé le rôle de médiateur dans leur groupe de têtes brûlées depuis leur 11 ans, Jeff explosa :
« T'as toujours été une bonne personne, Eva ! Bienveillante, gentille ! cria-t-il, chaque mot comme une accusation avec ses bras agités. Depuis la 1ère année, t'as toujours vu le bon côté des gens ! Je ne te reconnais plus ! avoua-t-il, et c'était certainement l'accusation qui blessait le plus Eva. Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu deviennes… »
Jeff s'interrompit, sa lèvre relevée en une expression qu'Eva comprenait comme du dégoût alors qu'il la regardait dans toute sa laideur. Jeff finit par trouver le mot qu'il cherchait, les mains ouvertes comme pour lui demander de lui donner une seule raison valable de continuer à croire en elle, la voix vibrante d'une colère désespérée :
« Pour que tu deviennes aussi frigide ! Parfois, t'as des comportements si froids, on dirait que t'es devenue un glaçon ! Je ne te reconnais plus, » dit-il de nouveau et Eva accusa le coup.
Eva sentit quelque chose craquer dans sa poitrine parce que c'était Jeff, le garçon timide de leurs 11 ans qui l'avait aidé, elle et Charlotte, à se retrouver dans les couloirs du château en 1ère année et qui, très lentement, avait révélé tout son charme discret. Eva l'avait toujours considéré comme une valeur sûre dans sa vie. Ils ne s'étaient jamais confiés l'un à l'autre comme Eva avait l'habitude de le faire avec Charlotte et, à moindre degré, avec Emmeline, mais elle n'avait jamais douté du fait qu'elle puisse compter sur lui.
Mais, encore une fois lors des premières heures de l'année 1977, de la blessure, Eva passa à la colère, une colère terrible qui la fit faire un geste qu'elle ne se croyait pas capable de faire un jour, même pas face à Sirius.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, Jeff ?! cria Eva aussi fort que lui, ne contrôlant pas l'expression qu'elle lui offrait, mais qui eut pour effet de stopper Jeff dans son élan de colère. Hein ?! Qu'est-ce qu'il a bien pu se passer, putain, pour que je sois comme ça ?! J'ai qu'à te montrer ! »
Avec fureur, Eva entreprit d'arracher son blouson en cuir, rien d'élégant dans son geste alors qu'elle tirait sans ménagement sur la manche pour finalement balancer par terre le blouson qu'elle avait choyé depuis une semaine, jetant aux oubliettes toutes les précautions qu'elle prenait depuis le solstice pour ne pas abimer le cadeau de James qu'elle adorait.
« Qu'est – qu'est-ce que tu fais ? balbutia Jeff avec des yeux ronds, sa colère le quittant alors qu'il voyait avec incompréhension Eva se déshabiller. Eva ! Arrête ! »
Sans l'écouter, Eva passa son T-shirt rouge au-dessus de sa tête, tirant douloureusement sur le chouchou de sa haute queue de cheval au passage, pour le faire rejoindre son blouson sur le plancher. La pression dans sa poitrine la faisant presque voir rouge, son pouls tambourinant dans ses oreilles, Eva fixa Jeff droit dans les yeux alors qu'elle arrachait le pansement en haut de son sein gauche, ne sentant même pas la douleur à ce geste.
« Regarde ! cracha-t-elle alors que Jeff fixait résolument ses yeux écarquillés sur son visage pour ne pas regarder la poitrine d'Eva seulement couverte de son soutien-gorge. Regarde, Jeff ! cria-t-elle. C'est ça qu'ils m'ont fait ! » cria-t-elle en frappant presque la cicatrice que Royce lui avait laissée sous les yeux d'Oliver Avery et d'Evan Rosier.
Lorsqu'enfin Jeff posa les yeux sur le B ̷̸ qui gardait une couleur noire, malgré que la plaie ait enfin cicatrisée après qu'Eva eut cessé de la gratter et ait appliqué religieusement la pommade de Pomfrey, Eva ne réalisa pas que des larmes striaient un chemin sur ses joues rouges d'émotion. Inconsciemment, son corps révélait tout le ravage que cette marque lui avait fait et l'agonie qu'elle causait toujours, mais Eva continua de crier avec force face à l'expression horrifiée de Jeff, à l'opposé du silencio qui l'avait rendu muette lorsque Royce l'avait marqué à vie :
« Qui m'a fait ça, tu penses ?! Ne va pas défendre Marlène alors qu'elle sait et qu'elle n'a jamais rien dit ! Tu crois que ça me fait plaisir d'être devenue comme ça ?! cracha-t-elle en s'essuyant rageusement son nez coulant. Tu crois que j'avais envie de devenir si –si… si laide que je me déteste ?! expulsa-t-elle en sentant son visage s'écrouler, ses ongles multicolores plantés vicieusement dans sa poitrine. Je suis désolée de ne plus être la Eva guillerette de nos 11 ans mais c'est eux qui l'ont détruit, pas moi ! cracha-t-elle en sentant de nouvelles larmes couler. Ne me dis pas que c'est à cause de moi !
– Eva, pou-pourquoi ?, » balbutia finalement Jeff, le mélange d'horreur et de choc lui rendant les yeux humides.
Eva avait honte, terriblement honte, de lui montrer la marque de tout son dégoût envers elle-même. Et si j'avais fait ça, et si j'avais dit ça, et si je leur avais balancé ce sortilège, c'était une spirale infinie qui avait rendu Eva incapable de vivre de juin à fin août, et c'était tout ce qu'elle voulait éviter à Jeff, ne souhaitant à personne un épisode dépressif à la limite du suicidaire. Et la plus grande question qu'elle s'était posée : pourquoi moi ?
« Pourquoi ? rigola-t-elle en essuyant rageusement ses nouvelles larmes avec son bras. Pourquoi ? Parce qu'à leurs yeux, je n'ai pas le droit de vivre, Jeff. C'est la seule raison qu'il leur faut alors qu'est-ce que tu crois que Evan Rosier te fera s'il apprend que tu fricotes avec sa fiancée ? Hein ? s'exclama-t-elle et Jeff cacha ses yeux derrière sa main, le bas de son visage tordu en une grimace. Tu parlais de bienveillance, moi aussi je croyais que c'était la meilleure manière de vivre. Comme toi avec Lizzie, j'ai cru que j'étais amie avec Oliver Avery et qu'est-ce que ça m'a valu en retour ? pesta-t-elle avec une grimace de rage, le souvenir de son affection pour le Serpentard la révulsant. Rien, cracha-t-elle. Il n'a rien fait pour me défendre et ne vas pas croire que Lizzie sera différente. »
Finalement, Eva se tut et, longtemps, on n'entendit que sa respiration haletante dans la pièce, la musique toujours tonitruante dans le jardin malgré la pluie qui avait recommencé à tomber un bruit de fond auquel ils ne prêtèrent aucune attention. Jeff resta caché derrière sa main mais ce n'était qu'une piètre protection qui n'empêcha pas à Eva de voir des larmes couler sur son menton. Il était le premier homme de sa vie qu'elle voyait pleurer.
Finalement, Jeff brisa le silence :
« Je suis si désolé, je te demande pardon, Eva, chuchota-t-il avec un tremblement qui révélait son désarroi. Je n'avais pas imaginé –
– Je ne veux pas tes excuses, l'interrompit Eva en clignant de nouvelles larmes à la vue de la réaction émotive de Jeff, la colère l'ayant quitté et laissant à la place de la chair de poule sur ses bras nus qu'elle croisa pour se réchauffer. Je veux que tu me promettes de te protéger. »
Lentement, ne quittant pas la barrière de sa main, Jeff se recula jusqu'à s'asseoir sur le rebord du lit dont il avait défait les draps dans sa frustration. Il planta ses poings dans ses yeux et dit :
« Est-ce que tu l'as dit à quelqu'un d'autre ?
– Les professeurs savent. »
Jeff prit le temps de réfléchir à cette révélation, ses accusations des Trois Balais sur le fait qu'Eva avait l'affreuse tendance de ne rien dire faisant silencieusement écho entre eux, avant de poser une deuxième question :
« Alors pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas été expulsés ?
– Pourquoi est-ce qu'on est incapable de mettre en prison Wilfred Rockwood ? » répondit Eva, faisant mention du meurtrier présumé du grand-frère de Meredith Ravencrest qui, malgré toutes les preuves accumulées, était toujours libre trois ans plus tard.
Ses émotions n'étant plus aussi à vif, Eva entreprit de ramasser son T-shirt abandonné sur le plancher, décidant d'outrepasser le bandage qu'elle mit dans sa poche de jean, se notant de le mettre à la poubelle plus tard.
« Lequel d'entre eux t'a fait ça ? dit Jeff une fois qu'Eva eut passé sa tête dans le col de son T-shirt rouge, la faisait réaliser que les yeux rougis de Jeff étaient de nouveau à découvert.
– Est-ce que c'est important ? lui dit Eva en glissant ses cheveux à l'extérieur de son vêtement, se remémorant soudainement de la défense répétée de Jeff des Serpentards qu'il ne supportait pas qu'on mette tous dans la même case.
– J'imagine que non…, » murmura Jeff en laissant son regard errer sur le tapis turc à ses pieds.
Incertaine face au silence qui prenait la suite de leurs cris, Eva se baissa pour ramasser son blouson en cuir. Délicatement, comme pour se faire pardonner ses manières de brute, elle le déposa sur son bras et le tapota pour faire partir des traces infimes de poussière.
« Tu sais, je ne suis pas naïf sur le monde qui nous entoure, reprit Jeff, s'attirant le regard incertain d'Eva. Je dirais plutôt que j'essaye d'être idéaliste, dit-il avec un sourire grimaçant avant de se prendre la tête dans les mains et de glisser lentement ses doigts dans ses cheveux. Je t'ai déjà dit que mes parents sont morts quand j'étais petit ? »
Eva hocha lentement la tête en réponse au regard de Jeff, dont le sourire grimaçant devint encore plus pénible à voir.
« Mon père, c'était un Sang-Pur, de la vieille famille Windsor dont il ne reste plus que ma grand-mère et moi, pouffa sardoniquement Jeff. C'était un Serpentard aussi, mais il est tombé amoureux d'une moldue. Il venait de commencer comme pigiste à la Gazette d'Edimbourg quand il a bousculé une jeune femme dans la rue. Ça a été le coup de foudre et un traditionnaliste comme mon père a réussi à tomber amoureux d'une femme qui venait d'un autre monde, sourit Jeff. Ils m'ont eu très tôt de ce que ma grand-mère m'a dit, mais ça n'a pas duré longtemps…Mon grand-père, il a eu vent de leur histoire qu'ils avaient gardé secret et…il les a tués. »
Les yeux d'Eva s'écarquillèrent et, la bouche entrouverte de choc, elle observa Jeff inspirer profondément, de sa posture cambrée sur le lit avec toujours ses mains dans ses cheveux. Sans réfléchir, Eva lança le blouson de cuir sur le lit et se glissa à côté de Jeff, entourant vivement sa taille de ses bras pour une accolade sur le côté, posant doucement sa tête dans le creux entre l'aisselle et l'épaule de son ami, prenant garde de ne pas effleurer la morsure d'Inferi qu'elle savait être sur son avant-bras.
Eva sentit Jeff se tendre, mal à l'aise face à ce geste affectif, mais Eva n'en avait que faire. Elle le serra plus fortement contre elle, voulant effacer toute la douleur à laquelle elle avait été ignorante pendant des années. Voyant qu'Eva restait silencieuse, Jeff soupira puis continua :
« C'est ma grand-mère qui a donné toutes les preuves nécessaires au Magenmagot pour qu'il soit incarcéré à Azkaban. Il est mort depuis.
– C'est tout ce que ce connard méritait, » dit férocement Eva, la certitude qu'elle était la porte-parole de leurs amis en le disant.
Jeff poussa une exclamation amusée et, alors que des cris se faisaient entendre par-dessus la musique dehors et qu'il pouvait voir des jets de lumière par la fenêtre, il continua :
« Merci. Mais ce que je voulais dire c'était que mon père, ma grand-mère, ils ont été baignés dans l'idolâtrie du vieux monde et pourtant, ils ne se sont pas laissés aveugler par ça. Les Serpentards…enfin, les Sang-Purs d'aujourd'hui, se corrigea Jeff, ils pourraient aussi basculer de ce côté si on leur laisse seulement la chance de le faire. Je veux croire que fondamentalement l'être humain est bon. »
Respirant l'odeur familière de Jeff, Eva le serra un peu plus fort lorsqu'elle murmura :
« Moi aussi… »
Il n'y avait pas de manière parfaite de terminer ce moment de confession que ni Eva ni Jeff n'auraient pensé avoir, leur amitié ayant pu rester à jamais à un stade superficiel si ce moment traumatique dans les Trois Balais ne les avait pas autant soudés. Même si Eva regrettait légèrement ses actions irréfléchies, elle n'arrivait pas à s'en vouloir totalement parce que, enfin, elle avait l'impression de connaître Jeff. Après quelques mots murmurés, Eva se leva pour le laisser enfin se reposer, la lettre pour Howard la dernière chose sur sa liste avant qu'elle ne puisse enfin fermer les yeux.
« Eva, l'appela Jeff alors qu'elle s'apprêtait à tourner la poignée de la porte. Ne le prends pas de la mauvaise manière, d'accord ? dit-il d'un air gêné qui lui valut le regard confus d'Eva.
– Okay… ? »
Jeff expira, puis, avec un début de grimace péniblement réprimé, il sembla se forcer à la regarder, sa main glissant en arrière les mèches sur son front :
« Tu n'es pas laide. Ce qu'ils t'ont fait, ce n'est pas de ta faute et ils ne t'ont pas rendu laide.
– Oh, » expira Eva, papillonnant des yeux face à la réaction émotive que l'affirmation surprenante de Jeff causa chez elle.
Entre eux deux, il était difficile de dire qui était le plus gêné lorsque Eva essuya avec empressement la larme qui lui avait échappé.
« J'espère que Sirius te le fera réaliser. »
Hochant la tête en gardant les yeux fermés, Eva se tourna pour ouvrir la porte, glissant un dernier « dors bien » à Jeff. Et, comme une partie d'elle s'y attendait, la vue de Sirius adossé contre le mur avec Harold, le hibou des Potter, sur le bras l'accueillit. Se frottant l'œil, Eva lui adressa un petit sourire, incertaine du tableau qu'elle lui offrait après sa crise de colère puis ses larmes qui avaient dû rendre un désastre son fards à paupières à paillettes argentés et son mascara si le sortilège de fixation qu'elle avait trouvé dans Sorcière Hebdo n'avait pas marché.
« Vous en avez pris du temps, j'ai cru que vous vous étiez endormis, » lui fit simplement Sirius et Eva n'eut pas de doute sur le fait que le dernier souhait exprimé par Jeff deviendrait réalité.
Peut-être pas demain ni le mois prochain, mais un jour, Eva n'aurait plus de mal à se regarder dans le miroir sans l'artifice du maquillage pour cacher sa laideur. Si Sirius lui faisait si facilement confiance malgré qu'elle ait passé une longue demi-heure seule dans la chambre d'un autre garçon, ça voulait dire qu'Eva était digne de la confiance qu'il lui avait accordée.
Eva n'avait pas voulu nommer ce sentiment qui la prenait à la poitrine pour lui chambouler le ventre et lui rendre la langue pâteuse, mais, à 2 heures du matin le 1er janvier 1977, Eva réalisa qu'elle l'aimait. C'était sans doute qu'un sentiment naissant, mais elle se laisserait le temps de le cultiver et de l'explorer avant de l'exprimer à voix haute. Elle n'avait pas besoin que Sirius lui affirme la réciprocité de ce sentiment, le seul fait de savoir qu'elle l'aimait était suffisant pour Eva car, l'amour, là, au chaud dans sa poitrine, était le signe que même avec un trou béant, on pouvait aimer. Ils l'avaient marqué à la magie noire, mais elle vivrait à 100% malgré ça.
Saluant Harold avec une légère gratouille sous le menton, Eva se tourna ensuite vers Sirius pour le prendre dans ses bras. Poitrine contre poitrine, elle posa son nez à la jonction entre son cou et son épaule, là où elle pouvait inhaler l'odeur masculine de Sirius (actuellement mêlant une odeur de transpiration et d'alcool) avec laquelle elle voulait devenir intimement familière. Elle sentit Sirius se tendre à cette affection soudaine, Harold agitant ses ailes en réponse, mais Eva ne s'en formalisa pas, sachant qu'ils apprenaient pas à pas ensemble. Pour avancer d'un pas supplémentaire, elle fut honnête avec lui une fois de plus :
« J'ai un peu pleuré, mais ça va.
– J'ai besoin d'aller lui casser le nez ? expira Sirius après une petite seconde d'hésitation, ses cheveux ébènes chatouillant le visage d'Eva, alors qu'il encerclait lentement le bas du dos d'Eva de son bras qui tenait en son bout une feuille de parchemin et une plume.
– Non, c'est plutôt moi qui le mériterais.
– Permets-moi d'en douter. »
Avec un esclaffement, Eva quitta son refuge nouvellement trouvé mais dont l'expérience agréable la ferait revenir. Aussi proches, même l'obscurité du couloir ne pouvait empêcher Eva de voir le gris des yeux de Sirius.
« Ne rajoute pas une bagarre à la longue liste d'évènements de ce Nouvel An, le prévint-elle sérieusement mais en souriant, je veux aller dormir maintenant.
– Je ne sais pas, je pense qu'accueillir Euphémia et Fleamont avec un œil au beurre noir serait la cerise sur le gâteau pour leur souhaiter une bonne année.
– Arrête de parler et viens plutôt dormir, s'exaspéra Eva en l'attrapant par la main pour le faire avancer, pressée de poser son visage sur un oreiller. Et puis, c'est quoi cette manie de vouloir te battre ? C'est la deuxième fois des vacances !
– Tu parles de la tête de cul du bal de solstice ? s'enquit Sirius en plissant les yeux, se remémorant le sourire irritant de Francis Mountbatten, le prétendu cousin de Royce. Ce connard aurait réellement mérité que je lui en foute une. »
Eva s'esclaffa doucement, ne pouvant pas le contredire sur ce point-là, et ils continuèrent à traverser tranquillement le couloir du 2ème étage où les portraits des ancêtres de James sommeillaient, nullement dérangés par les jets de lumière provenant de l'extérieur qui éclairaient de manière éparse le couloir.
« Marlène doit déjà dormir, fit remarquer Sirius alors qu'ils descendaient les escaliers en se tenant toujours par la main, Harold faisant bruisser ses ailes.
– Je pensais plutôt dormir dans ta chambre, dit Eva en jetant un regard du coin de l'œil à Sirius, la faisant voir dans la pénombre partielle l'écarquillement des yeux de Sirius avant qu'il ne se contrôle, la brève pression involontaire de sa main le trahissant également.
– Remus et Peter sont censés dormir dans ma chambre, crut bon de la prévenir Sirius.
– Ça ne me dérange pas. À moins que ça ne te dérange, toi ? » s'enquit Eva, une légère incertitude montant soudainement.
De nouveau, les yeux de Sirius s'écarquillèrent et, presque involontairement, il s'exclama :
« Non ! Non, ça ne me dérange pas, dit-il plus posément après s'être raclé la gorge.
– Ouf, se contenta de dire Eva, pas assez mesquine pour se moquer de la réaction du Gryffondor qui s'était montré étonnamment mature malgré la quantité d'alcool qu'il avait consommée en début de soirée. Par contre, commença-t-elle en baissant la voix alors qu'il ne leur restait que trois marches avant d'arriver au 1er étage, rassure-moi, on ne risque pas de tomber de nouveau sur tes copains Gryffondors ?
– Du type irlandais et gueulard ? répondit sarcastiquement Sirius. Non, pas de risque, j'ai jeté un sort pour que seuls mes chouchous soient autorisés à l'étage.
– J'espère que Peter et Remus sont inclus dans cette sélection.
– Eux, sans aucun doute, mais toi, c'est encore à décider. »
Eva lui donna une petite frappe en prenant garde à Harold, une précaution que Sirius lui accusa de ne pas avoir prise, et ils terminèrent leur chemin en se chamaillant, prenant garde de garder leur voix à faible volume. En arrivant dans la chambre, ils virent que Remus était déjà en train de dormir, leur tournant le dos alors qu'il était allongé sur un matelas au sol. Eva entreprit donc d'écrire un message rapide à Howard de son écriture ronde tandis que Sirius se chargeait de lui trouver de quoi faire pour un pyjama. Eva ouvrit la fenêtre en soufflant à Harold le destinataire et son adresse, espérant que les amis d'enfance de Howard seraient trop éméchés ou endormis pour se poser des questions sur l'arrivée d'un hibou.
Après une séance de toilettes dans la salle de bain rendue hilarante par le fait qu'ils doivent rester silencieux, et surtout que Sirius entreprit d'imiter un Liam Olsen bourré après qu'Eva l'ait informé que le capitaine de Gryffondor avait certainement baisé dans les toilettes à côté, ils grimpèrent enfin dans le lit de Sirius.
Répartis chacun sur un côté du lit, Eva dit « bonne nuit » et s'endormit deux secondes plus tard, inconsciente qu'elle laissait dans la solitude Sirius qui prit très longtemps avant de se détendre assez pour s'endormir, ses dernières pensées bloquant sur le fait qu'il partageait son lit avec Eva et qu'elle aurait pu demander à prendre le matelas prévu pour Peter par terre plutôt que de partager son lit. Elle ne l'avait pas fait et l'agitation de comprendre pourquoi resta avec Sirius jusqu'au lendemain matin où il se réveilla seul.
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Dimanche 4 janvier 1977
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La veille de la rentrée, James vint rejoindre Eva alors qu'elle s'était installée au fond du jardin, proche de l'endroit où ils avaient lancé les feux d'artifice du Nouvel An.
Sur une nappe de pique-nique que Possy lui avait déniché, emmitouflée sous des vêtements chauds, de la tisane fumante à bout de bras, et Oscar fourré sur son ventre qu'elle avait recouvert de son tas de couettes et de plaids, Eva admirait le ciel étoilé alors que, exceptionnellement, les nuages ne venaient pas gâcher le spectacle.
À l'intérieur, malgré le départ des parents de Marlène qui étaient venus dans le plus grand des secrets chez les Potter, Euphémia continuait de discuter avec Marlène et Sirius sur le comportement à adopter sur le quai 9 ¾ où il ne faisait aucun doute qu'ils seraient sous les feux des projecteurs. La presse ne serait peut-être pas présente mais les parents d'élèves ne manqueraient pas d'aller répéter ce qu'ils avaient vu à leur entourage.
Irritée à l'idée même de cette discussion qu'elle avait déjà entendue de long en large en travers pendant quatre jours, Eva avait préféré s'éclipser dans les ténèbres de la nuit, sachant que Sirius ne pourrait pas se libérer de sitôt. Elle ne s'attendait pas à ce que James la rejoigne, l'ayant vu s'enfermer avec Fleamont dans son bureau, en un rituel qu'ils avaient avant chaque rentrée.
« Laisse-moi de la place, » lui glissa James et Eva décala légèrement ses fesses pour qu'il puisse s'allonger à côté d'elle, guère étonnée lorsque James tira sans ménagement sur les couettes.
L'épaule de James cogna contre le sien alors qu'il se trémoussait pour se mettre à l'aise, se plaignant sur le fait qu'Oscar prenait toute la place comme d'habitude. Puis, James commença à questionner Eva sur ses connaissances en astronomie, trouvant suspicieux qu'elle s'intéresse aux étoiles ce soir. James était toujours aussi insupportable, mais Eva savait qu'il allait lui manquer une fois à Poudlard.
« T'as hâte de rentrer à Poudlard ? lui demanda finalement James une fois qu'ils eurent terminé de se chamailler après l'abdication d'Eva qui en avait marre d'argumenter avec James sur le fait que c'était bien la constellation du Taureau et non pas celle du scorpion.
– Pas vraiment, j'ai mes ASPICS blancs qui m'attendent.
– Ça devrait aller, tu as eu droit à un coaching poussé pendant les vacances. Si tu n'y arrives pas, c'est que tu es vraiment un cas désespéré. »
Eva donna un coup d'épaule à James pour se venger de son insulte lancée d'un ton nonchalant.
« Crétin, ça ne sera pas grâce à toi en tout cas.
– Tu parles, pas besoin d'être à deux sur ton dos. De toute façon, tu aurais été moins motivée avec moi.
– Tu avoues que tu es un mauvais tuteur ?
– Non, pouffa James, rejetant avec aisance l'idée qu'il puisse être médiocre dans un domaine. Parce que tu sais que tu n'as pas d'effort à faire avec moi.
– Qu'est-ce que tu racontes ? » le questionna Eva en fronçant les sourcils, tournant la tête pour voir James croiser les bras derrière sa tête, les yeux dirigés vers le spectacle étoilé au-dessus d'eux.
De nouveau, James pouffa moqueusement, ignorant le hululement d'un hibou, peut-être celui de Harold qui avait ramené le 1er janvier le message de Howard « OK. Ne le baise pas, stp. ». Entendant Eva pousser une exclamation outrée, Sirius n'avait pas tardé à lire par-dessus son épaule.
« Est-ce que je dois réellement m'inquiéter au sujet de Windsor ? », lui avait dit Sirius et, face au regard d'Eva, il avait ajouté avec un haussement d'épaules : « Je demande juste. Au bout d'un moment, je me pose la question de si je dois me résigner au fait que j'ai les mêmes goûts que lui. »
Non, Sirius n'avait pas à s'inquiéter car, après avoir aidé Eva à nettoyer la cuisine désertée et mangé un petit-déjeuner ensemble, Jeff avait semblé pressé de partir. Ils s'étaient quand même fait une brève étreinte pour se dire au revoir, mais Jeff avait eu la tête de celui qui avait beaucoup à réfléchir, pas celui qui repensait de manière perverse à la poitrine qu'Eva l'avait forcé à regarder.
« J'ai vraiment besoin d'expliquer ou c'est juste que tu me prends pour un idiot ? la questionna James d'un air qui voulait dire que c'était elle qu'il prenait pour une idiote.
– Tu es un idiot, fut obligée de l'insulter Eva et elle ne fut pas surprise de recevoir un coup de pied de sa part sous leurs couches de protection.
– Seulement à tes yeux, idiote, l'insulta James, sa branche de lunette s'enfonçant dans sa peau alors qu'il tournait la tête pour lui froncer les sourcils d'un air faussement sérieux. Franchement, tu crois vraiment que je suis sourd et aveugle ?
– Tu as cru que j'étais Marlène pendant 5 bonnes minutes jusqu'à ce que Remus ne te le dise, » fit remarquer Eva, faisant référence à la matinée du Nouvel An où, titubant suite à un réveil difficile, James était rentré dans la salle de bain et avait commencé à se laver les dents à côté de Marlène, se lançant comme à son habitude dans un monologue malgré le dentifrice dans sa bouche.
Ce n'était que deux minutes plus tard, lorsque Remus était rentré dans la salle de bain et avait salué avec surprise Marlène qui se brossait les cheveux (avec la brosse d'Eva) que James avait réalisé qu'il s'était trompé de fille. Heureusement pour lui, le fait que 90% de son monologue était indistinct avec autant de dentifrice dans la bouche fit que Marlène n'avait pas compris les détails de ses avancées avec Isis lors de la soirée du Nouvel An. Ça, plus le fait que Marlène avait accaparé l'attention de Sirius et d'Euphémia pour la fin des vacances de Noël avait rendu d'humeur contrariée Eva. Au moins, Oscar, lui, la collait constamment plutôt que d'aller voir la seule blonde du manoir. Peut-être était-ce parce qu'il sentait que son départ était imminent, mais Eva en avait bien profité pour le câliner et le sortir un maximum, James se joignant souvent à eux vu que son meilleur ami était embarqué dans des discussions de stratégie.
« J'avais la gueule de bois ! plaida James, le même argument qu'il sortait depuis quatre jours mais qui ne convainquait toujours pas Eva.
– Elle est blonde et je suis brune, souligna Eva, pas prête d'oublier cet affront.
– J'ai déjà dit que j'étais désolé ! »
Eva plissa les yeux dans la direction de James, son menton dans son épaule pour pouvoir toiser le Gryffondor allongé à côté d'elle :
« Non, tu ne l'as pas fait. »
James poussa un long soupir, roulant ses yeux avant de s'exprimer dramatiquement :
« Je suis désolé, O.K. ?
– C'est déjà un bon début, renifla Eva, assez immature pour le laisser mijoter encore un peu.
– En ma défense, avec la lumière de la salle bain, tu ressembles à une blonde, ne put s'empêcher d'ajouter James et, agacée, Eva lui donna un coup de poing sous les draps.
– Espèce de crétin ! siffla-t-elle sous les esclaffements de James, Oscar poussant un grommellement sur le ventre d'Eva. Si j'ai des reflets, c'est des reflets roux, pas blonds !
– Plutôt verdâtre, » la corrigea James avec son sourire mesquin incorrigible.
C'était la goutte de trop, Eva entreprit de lui arracher les couvertures qu'elle partageait bénévolement avec lui, le faisant pousser un cri de protestation alors qu'il était attaqué par le froid de la nuit. Ils se lancèrent des insultes dans le noir du jardin, tirant entre eux les couettes et couvertures alors qu'Oscar se mettait à aboyer pour faire entendre son mécontentement. Il fallut qu'Eva plante la tête de James dans l'herbe pour qu'enfin il retire ses propos diffamatoires et, avec un reniflement satisfait, Eva le laissa se réinstaller avec elle au chaud.
« Tu sais, reprit James après un moment de silence où ils reprenaient leur souffle en rigolant, tu n'as pas besoin de partir à chaque fois que Marlène parle à Sirius. »
Eva hésita à répondre à sa remarque, incertaine de vouloir entamer ce sujet de discussion alors qu'ils seraient de nouveau à Poudlard dans moins de 24 heures, mais c'était James et, même s'il se moquerait de ses décisions, elle savait qu'il resterait de son côté. Il avait été cordial avec Marlène McKinnon depuis qu'il avait capté qu'elle resterait pour un moment chez lui, mais Eva avait remarqué qu'il ne faisait pas tant d'effort que ça pour l'accueillir.
« Je ne pars pas seulement quand elle parle à Sirius, dit Eva, causant le pouffement moqueur de James. C'est vrai ! C'est juste que je n'ai pas envie de l'entendre parler.
– Et tu comptes m'expliquer pourquoi t'as une dent contre elle ? À ce que je sache, c'est les Serpentards qui te font chier, pas Marlène McKinnon la préfète modèle, » dit James, les mains jointes au-dessus des draps.
À l'entente du mot « Serpentard », Eva devint instantanément d'humeur plus sobre même si tout dans la posture détendue de James laissait penser que le sujet était quelconque, à l'opposé de son énervement lorsqu'il avait tenté auparavant de comprendre ce qu'Eva se bornait à lui cacher.
« Je croyais que Sirius t'en avait parlé, dit doucement Eva en observant l'œil marron-vert de James se tourner vers elle une seconde avant qu'il ne fixe de nouveau du regard le ciel étoilé au-dessus d'eux.
– Je voudrais que ce soit toi qui me le dises, Eva. On est des amis, non ? »
Oui, ils l'étaient, et même plus que ça. James était sa famille, son presque frère, se laissait-elle penser dans l'intimité de ses pensées. Alors, usant prudemment de ses mots, Eva donna à celui qui avait été tout son monde durant la période trouble de son enfance les contours de sa situation compliquée à l'école. Eva buta sur des mots et elle ne cessa de jeter des regards inquiets à James qui restait à fixer le ciel, bien que son corps s'était indéniablement crispé depuis leurs chamailleries, mais elle réussit à lui parler du harcèlement qu'elle subissait depuis l'année précédente – sans lui donner de noms précis, des rumeurs sur sa supposée tendance à baiser tous les garçons qu'elle fréquentait qui avait horripilé James en début d'année, son conflit grandissant avec Emmeline qui ne l'avait pas contacté pendant les vacances malgré sa promesse du jour de leur départ, sa rupture amicale avec Charlotte pour terminer par la mention de son accusation de triche.
À cette dernière révélation faite sous la constellation de l'ours, James réagit enfin par autre chose que des jurons et des grimaces rageuses. Prestement, James se mit en position assise et s'appuya sur sa main pour la fixer dans le noir, le blanc de ses yeux marrons-verts brillant derrière ses verres de lunettes.
« Tout ça, t'en as parlé à maman ? Elle est au courant de l'affaire de triche ? Ces connards auraient pu foutre en l'air ta scolarité ! »
Ne pouvant s'empêcher de le prendre comme des accusations, Eva grimaça et fuit le regard flamboyant de James pour jouer avec l'oreille d'Oscar.
« Non, elle ne sait pas. Je suis majeure maintenant, tu sais.
– Tu aurais dû le lui dire, lui dit franchement James, faisant grimacer Eva de plus belle car elle savait qu'il avait raison. Tu sais qu'elle m'a demandé de te laisser tranquille au début des vacances ? Même quand on ne lui dit rien, elle sait. Alors ne va pas croire qu'elle n'est pas déjà en train de mener son enquête de son côté.
– Je suis désolée, expira Eva, la seule chose qu'elle pourrait répéter à cause de ce silence qui l'avait rongée jusqu'à la moelle pour la recracher titubante dans le monde réel.
– Et moi je suis désolé de ne pas avoir été là pour toi. »
Expirant avec toujours une petite grimace, Eva leva les yeux vers James, ce garçon qui la surplombait avec son regard brûlant qui lui promettait silencieusement de la protéger jusqu'au bout.
« Tu me pardonnes ? chuchota-t-elle, l'impression de redevenir l'enfant qui chuchotait des secrets et des promesses à James sous les draps alors qu'ils étaient censés dormir.
– Seulement si tu me promets de venir me chercher quand ça ne va pas. »
Et Eva avait en horreur les promesses, mais celle-ci, elle ferait de son mieux pour y tenir, souhaitant désespérément se reposer sur celui qui avait incroyablement mûri en un an, peut-être plus qu'elle.
« D'accord, expira-t-elle.
– Tu viendras me chercher même dans la tour des Gryffondors, tu comprends ? Mon dortoir c'est le tien.
– D'accord, répéta Eva en riant cette fois-ci parce qu'il fallait toujours que James en fasse trop.
– Bien, » dit James avec satisfaction, se laissant retomber sur le dos maintenant qu'il jugeait qu'il avait dit ce qu'il devait.
Malheureusement pour Eva, il restait un sujet en suspens entre eux et, bien qu'elle serait plus tard reconnaissante que James ait eut le courage de mettre sur le tapis ce sujet qu'ils avaient tous les deux en tête depuis quelques jours, elle fut incapable de se retenir de rougir dans le noir lorsque, les bras de nouveau croisés derrière sa tête, James lui balança tout naturellement :
« Donc, Sirius et toi, c'est du sérieux ?
– Je crois, oui, dit Eva en se forçant à ne pas se cacher sous les couvertures, sa voix légèrement trop aiguë trahissant sa nervosité.
– Tu crois ? rigola James, lui faisant comprendre en un regard de biais qu'elle était stupide. T'as intérêt à être plus sûre de toi ou je vais devoir te casser le nez ! »
Cachant son visage dans ses mains, Eva poussa un long gémissement avant de laisser glisser ses doigts jusqu'à ses joues, se forçant à regarder James du coin de l'œil.
« Il t'a dit ?
– Que vous vous étiez enfin retiré le doigt du cul ? Non, rigola James. C'est juste que je le connais mon Patmol et, quand il ne me dit rien et qu'il te suit avec des yeux de chien battu quand tu l'abandonnes avec Marlène, c'est pas très difficile à comprendre.
– Des yeux de chien battu ? ne put s'empêcher de reprendre Eva d'un air pensif, ayant plutôt en tête l'air moqueur de Sirius devenu exaspéré à force qu'elle s'entête à quitter la pièce dès que Marlène entrait dans son champ de vision.
– Fais pas l'innocente, s'exaspéra James, en rejetant son questionnement pourtant réel d'un geste de la main dédaigneux. Ce que je veux dire c'est, s'il te plaît, essayez de pas tout foutre en l'air. J'ai pas envie de devoir choisir un camp, expira James en un soupir exaspéré, une crainte certainement très réelle pour lui.
– Tu n'auras pas besoin de le faire, » l'assura Eva, refusant d'imaginer une fin si dure avec Sirius qu'elle imiterait le comportement d'Amos et de Charlotte ou même de Lucy Emerson à l'égard de Jeff.
Et même si, dans le pire des cas, ils se sépareraient, Eva se fit la promesse qu'elle ne forcerait jamais James à faire un choix, et encore moins Euphémia et Fleamont qui les avaient accueillis dans leur famille. Après leur marché passé au bal du solstice, c'était impossible qu'Eva laisse une amourette gâchée la deuxième famille qu'elle et Sirius avaient réussi à trouver. Le cœur soudain lourd de cet amour pour sa deuxième famille qu'elle n'avait jamais avoué à voix haute, Eva reprit la parole :
« James.
– Quoi ? fit-il d'une voix fatiguée, les yeux fermés.
– Je t'aime. »
Comme si elle lui avait balancé un aguamenti à la figure, James s'éveilla en un sursaut, les yeux ronds de choc :
« Hein ?! s'exclama-t-il d'une voix aiguë qui causa le rire d'Eva. Mais ça va pas ?! continua-t-il de paniquer de sa voix aigüe, assez redressé pour lui adresser un regard horrifié. C'est pas à moi que tu dois dire ça !
– Mais je t'aime beaucoup, rit Eva et, exaltée d'avoir réussi à le faire grimacer si fort qu'elle lui découvrait un nouveau visage, elle se sentit obligée d'ajouter en souriant toujours : Tellement que ça me fait chaud au cœur. »
James posa ses mains sur ses oreilles, ses yeux toujours ronds d'horreur, et Eva sentit Oscar sur son ventre bouger à l'entente de tout ce raffut.
« Arg ! s'écria James. Mais arrête de dire ça ! Tu me donnes des frissons ! l'accusa-t-il, l'air incroyablement stupide avec sa posture.
– N'abuse pas, dit Eva en rigolant toujours. Ça reste purement platonique de mon côté alors ne tombe pas amoureux de moi, s'il te plaît. »
Au mot platonique, James cessa de plaquer ses mains sur ses oreilles et ses épaules se détendirent :
« Merci Merlin, expira-t-il comme s'il venait d'échapper de peu à la mort, j'ai cru que j'allais devoir me battre avec mon meilleur pote.
– T'es vraiment un crétin ! s'exclama Eva, continuant de rire au mécontentement d'Oscar qui décida de quitter les soubresauts qu'il subissait sur le ventre d'Eva pour s'installer à la place entre elle et James, un endroit presque aussi chaud. Mais, tu sais, ce que tu disais tout à l'heure : pour moi, c'est sérieux.
– Tant mieux, expira James en s'ébouriffant les cheveux, les coudes sur ses cuisses après le Levicorpus qu'il avait eu l'impression de subir. Il en a besoin. »
Il n'y avait que James qui pouvait parler ainsi de Sirius, le meilleur confident et la meilleure protection que Sirius aurait jamais. Loin d'être jalouse, le fait de savoir que James était aussi protecteur envers Sirius fit sourire Eva, qui ne put s'empêcher de le taquiner de nouveau, assurée qu'elle avait sa place dans ce duo inséparable :
« Je ne dirai pas que je te le rendrai en un morceau parce que je compte bien ne pas te le rendre.
– Ah ouais ? pouffa James en lui adressant un regard amusé par-dessus son épaule. Tu te comportes déjà comme la petite copine folle et obsessive ?
– Non, rit Eva, je voulais dire que je voudrais qu'on mette en place un plan de garde partagée. Le samedi, c'est toi qui l'a, puis, le dimanche, je le récupère.
– Tu prends en compte nos entraînements du Quidditch du samedi ? Ça me plait, marché conclu, lui sourit James et, leurs dents brillant dans le noir, ils se serrèrent la main pour conclure leur pacte ridicule. Plus sérieusement, reprit James en ne lui lâchant pas la main pour s'assurer qu'Eva le prenne au sérieux, j'espère que t'as compris que tu n'as pas besoin de faire ta jalouse avec Sirius. Marlène, c'est de l'histoire ancienne pour lui.
– Je sais, sourit Eva.
– T'es sûre ? » insista James en la fixant avec sévérité, maintenant sa prise sur sa main.
Eva hocha la tête, amusée mais également attendrie que James soit si sérieux lorsqu'il s'agissait du bien-être de ses amis, Sirius sans doute celui qu'il couvait le plus. James l'observa attentivement dans le noir, puis, hochant la tête d'un air satisfait, il lui laissa reprendre sa main :
« Tant mieux parce qu'il n'a pas besoin d'une autre folle dans sa vie.
– Heureusement que je suis de bon tempérament, je ne le prendrai pas pour moi, plaisanta Eva.
– Tu as compris ce que je voulais dire, lui dit James, son air entendu laissant planer entre eux la difficile relation entre Sirius et sa mère et, compliquée à un moindre degré, sa relation avec Lucy Emerson depuis la rentrée. Et une dernière chose, poursuivit James sans laisser le temps à Eva de répondre, je suis désolé pour mon comportement après le match de Quidditch. »
Cette fois-ci, ce fut Eva qui ouvrit des yeux ronds de surprise, n'ayant jamais imaginé que James repenserait à leur conversation sur le terrain de Quidditch après sa défaite contre Serpentard, ce moment après que Royce soit de nouveau réapparu dans la vie d'Eva pour la menacer.
« J'aurais pas dû jeter en l'air ce que tu disais sur ta mère. J'en ai reparlé avec Sirius puis tout à l'heure avec papa et j'ai réalisé que j'étais totalement à côté de la plaque. Ce n'était pas monté à la tête que ta mère s'est comportée comme une vraie conne avec toi, grimaça James comme une excuse. J'étais jeune et con, j'ai jamais capté jusqu'à ce que papa me le dise clairement que tu venais si souvent parce qu'elle n'était pas là. »
C'était de ça qu'il avait parlé avec Fleamont dans le bureau où Eva n'avait que rarement posé les pieds ? Eva sentit sa gorge se serrer, le sujet de sa mère et la posture accablée de James la rendant émotive. James ne lui laissa pas le temps de répondre, il continua sur sa lancée, lui adressant un regard déterminé par-dessus son épaule :
« Mais je le pense réellement : si Mary était en vie, elle serait avec nous, là, maintenant, appuya-t-il. Elle ne t'aurait pas abandonné aussi facilement, tu comptais pour elle, même si clairement elle ne gagnera pas de médaille de mère de l'année.
– James, croassa presque Eva.
– Je ne te l'ai jamais raconté, continua James en lui jetant un regard prudent qui ne lui ressemblait pas et la bouche d'Eva se referma, anxieuse qu'il lui révèle quelque chose sur sa mère, qui, même dans la mort, restait énigmatique : Une nuit, tu dormais mais j'avais mal au ventre du coup j'étais descendu en entendant la voix de maman. Elle se disputait à l'entrée avec Mary, c'était à propos de toi. En y repensant, je crois que Mary était éméchée, mais elle tenait absolument à ce que tu rentres avec elle, mais maman refusait. Ça a duré un petit moment, et franchement, elles n'y allaient pas de main morte toutes les deux, mais j'ai jamais su le fin mot de l'histoire comme papa m'a surpris à les espionner. En tout cas, t'étais toujours là au petit-déj, mais Mary est réapparue fraîche et classe comme d'habitude à midi pour te récupérer. »
Eva visualisait parfaitement la scène, sa mère l'ayant habituée à des épisodes d'ivresse ponctuels, mais qui ne tournaient jamais en la faveur d'Eva, le souvenir de propos méchants lui revenant plutôt en mémoire. Pour autant, Eva resta silencieuse pour que James termine sa pensée, s'ébouriffant les cheveux avec agitation :
« Ce que je veux dire c'est que si elle s'en foutait réellement, elle n'aurait pas insisté autant. Alors, si elle pouvait, je suis sûre qu'elle serait là, avec toi. »
Ses paroles restèrent en suspens entre eux, aucun d'eux n'ayant la volonté de blesser l'autre. Lentement, prenant le ciel étoilé et Oscar qui ronflait paisiblement contre sa côte comme seuls témoins, Eva souffla à James :
« Elle ne me manque pas vraiment.
– Si ça veut dire que tu vas bien, je le prends, » lui assura James et Eva lui adressa un petit sourire, soulagée qu'il ne commente pas ses yeux larmoyants.
Eva n'avait pas réussi à conclure l'année 1976 avec un réel tête-à-tête avec James, mais elle débutait 1977 avec une très bonne note et son anxiété à l'idée de retourner à Poudlard n'était qu'un lointain souvenir alors que Sirius se joignait à eux, les faisant sursauter en surgissant derrière leur dos avec un « BOUH ! ». Avec des rires et des exclamations, Sirius comprit que James savait pour lui et Eva et, exaspéré, Sirius demanda pourquoi James avait fait exprès de lui coller à la patte tous les soirs jusqu'à minuit dans ce cas.
« J'ai dit que j'étais au courant, pas que j'étais d'accord que vous redécoriez les draps.
– James ! s'écria Eva, définitivement rouge pivoine dans le noir, en décochant un coup de poing bien senti dans l'épaule du poursuiveur.
– Comme si ça t'avait dérangé de te dépuceler dans tes draps cette semaine, rétorqua Sirius et Eva poussa un cri aigu, imitant la réaction antérieure de James en se plaquant les mains sur les oreilles avec une expression horrifiée.
– Je ne voulais pas savoir ça ! » cria Eva, souhaitant juste qu'on l'achève en se rappelant qu'elle s'était assise sur le lit de James ce matin même.
Autant dire qu'il fallut que Euphemia vienne les chercher pour qu'ils montent enfin se coucher, inconscients de Marlène qui les observait du haut de sa chambre au 2e étage.
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titre du chapitre : la foi en l'humain
nombre de mots : 14 265
Comme le disait Akash, Eva aura finalement bien conclu avec les deux! Mais je sentais que c'était obligé de terminer ces vacances avec un tête à tête entre James et Eva. En espérant qu'ils vous aient amusé ! Autrement, méga moment de fierté de mon côté pour la scène entre Jeff et Eva (qui est pas mal en écoutant Everything Ends Here quand ça pète et un truc plus doux genre Mishri de Anuv Jain quand ça redescend) et que va-t-il advenir du conflit Marlène/Eva ? Mmm, that is the big question.
Des retours, des retours, pretty please, si vous voulez un cadeau de Noël le mois prochain (: 5 reviews, est-ce possible en retour de pas mal (bcp) de jours de travail ? Bisous, bisous !
