Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 42 : Retour aux sources
Avec un grand merci Celeste.B-7, Lauly1213, Guest et KorriganTanNoz (le grand retour, ouiii!) !
Lundi 5 janvier 1977
C'était à prévoir, mais Eva pleura lorsqu'elle dût dire au revoir à Oscar. C'était si dramatique que Euphémia, les larmes aux yeux à la vue d'Oscar qui léchait le visage rouge d'émotion d'Eva, ordonna à Eva d'aller se nettoyer la figure avant qu'ils ne transplanent à King's Cross. Recevant un regard de Sirius, James l'avait suivi jusqu'à la salle de bain pour réconforter Eva à sa manière, c'est-à-dire en se moquant de sa grimace laide de pleurs. En revenant dans le hall d'entrée où Sirius gratouillait le menton d'Oscar, faisant taper joyeusement la queue du chien contre le parquet bien ciré, Eva prit sur elle pour faire un dernier bisou à Oscar avant de prendre le bras que lui offrait Euphémia, refusant d'avoir honte d'avoir offert ce spectacle à Marlène McKinnon qui ne s'avança que lorsque Euphémia lui fit signe. Fleamont se chargea de transplaner avec James et Sirius.
Moins prévu, Eva sentit de nouveau ses yeux s'humidifier lorsque Euphémia encercla ses joues de ses mains, la forçant à se baisser vers elle, et lui murmura des mots d'encouragement alors que James échangeait des pitreries avec son père. Sirius restait exceptionnellement discret alors que Marlène se tenait à côté de lui. Réalisant pour de bon qu'elle ne se réveillerait pas demain pour prendre un petit-déjeuner en compagnie d'Euphémia, Eva sentit une larme s'échapper, sa gorge se contractant de nouveau.
« Darling, ne pleure pas, on se reverra en un clin d'œil, la consola Euphémia en essuyant avec son pouce la larme qui avait échappé à Eva.
– Tu pourras essayer de venir avec Oscar si tu viens à Pré-au-Lard ? rit Eva en reniflant fortement, s'accrochant aux poignets d'Euphémia en sachant qu'il lui faudrait trouver la force de la quitter alors que le conducteur faisait siffler une première fois le train fumant.
– Je peux essayer, mais tu sais bien que le pauvre a le mal du transport, » sourit Euphémia de son sourire doux qui tranchait avec la sévérité qu'elle exprimait quotidiennement.
Poussant un rire sanglotant, Eva entoura le cou d'Euphémia de ses bras pour enfoncer son nez dans la fourrure du manteau de se marraine comme à son arrivée à Godric's Hollow, un souvenir qui semblait remonter à une éternité tellement son séjour chez les Potter lui avait fait un bien fou. Ce fut finalement Fleamont qui intervint pour les séparer l'une de l'autre et, prise par l'émotion, Eva étreignit également Fleamont même s'ils n'avaient jamais eu une relation aussi proche que celle qu'elle partageait avec Euphémia qui, en passant, en profita pour se tapoter discrètement les yeux. Amusé, Fleamont demanda à James de s'assurer qu'Eva ne reviendrait pas en courant chercher Euphémia et, soupirant avec exaspération, James glissa son bras autour des épaules d'Eva pour la diriger vers l'entrée du wagon du milieu, ignorant le bref regard que Sirius et Eva échangèrent alors qu'elle se frottait l'œil.
Bien entendu, il fallut qu'ils tombent presque directement sur Tony Valasquez alors que James faisait léviter devant eux leurs valises. Se plaquant contre le mur du couloir, Tony attendit que les valises passent devant lui avant d'accueillir Eva avec un rictus amusé. Sa peau avait bruni pendant les vacances malgré le temps pluvieux qu'ils avaient eu et Eva se rappelait vaguement que le Serdaigle avait parlé d'une virée en Espagne avec sa famille pendant la soirée du Nouvel An.
« Alors Eva, Potter est obligé de te réconforter alors que c'est toi qui as défloré notre pieux Jefferson ? »
Eva sentit derrière son dos la présence familière de Sirius qui avait galamment laissé Marlène McKinnon grimper le marchepied avant lui, et c'est lui qui répondit le plus rapidement à la remarque du batteur de Serdaigle que Eva savait être une boutade, un petit jeu auquel ils jouaient depuis des années mais avec lequel Sirius n'était pas familier :
« Je m'inquiéterais plutôt de ta défloraison prochaine, Valasquez, » dit Sirius de sa voix traînante qui annonçait le retour du Sirius impérieux qu'Eva avait de moins en moins fréquenté en l'espace de deux semaines.
Toujours en parfaite harmonie avec Sirius, à la gauche d'Eva, James poussa une exclamation amusée alors que Tony affichait un air surpris. Retenant un grognement, Eva qui avait compris où Sirius voulait en venir ne put que voir Tony tendre la perche métaphorique à Sirius :
« De quoi tu parles ?
– Sur le terrain de Quidditch, à ta place, je ferai attention à ta porte de secours. Il risque d'y avoir une entrée d'urgence. »
Incapable de se retenir plus longtemps, James éclata de rire et, lorsqu'Eva jeta un regard exaspéré à Sirius par-dessus son épaule où siégeait toujours le bras de James, elle ne put que voir le sourire carnassier de Sirius, indéniablement prêt à en découdre sur le terrain de Quidditch dans les mois à venir.
« C'est d'une vulgarité, commenta Marlène McKinnon derrière eux, son badge de préfète restant inutilisé bien qu'elle pourrait retirer des points pour ce rype de langage.
– Mais de quoi tu parles, putain ? répéta Tony Valasquez, les yeux encore plus ronds après avoir réalisé que sa camarade Serdaigle faisait partie de leur groupe improbable.
– Toi et moi sur le terrain, Valasquez. Prépare-toi, j'aurais des coups de batte en stock après que les blaireaux soient passés. »
Enfin, une lumière de compréhension éclaira les yeux noirs de Tony Valasquez qui était pourtant loin d'être idiot, chouchou de McGonagall qu'il était. Comprenant qu'il était question de rivalité de Quidditch, et que ce serait Sirius qui lui ferait face sur le match Gryffondor-Serdaigle en avril prochain, Tony bomba le torse, mettant en avant ses biceps qu'il entretenait avec beaucoup de diligence. Mais, après avoir vu de ses propres yeux le corps dénudé à l'exception d'un boxer de Sirius, Eva ne pensa même pas à jeter un coup d'œil appréciateur aux biceps de Tony, un geste qu'elle avait pourtant fait machinalement depuis la 5e année.
« C'est moi qui vais te défoncer, Black, renchérit Tony, son sourire sanguinaire le rival de celui de Sirius.
– Par Morgane, vous êtes devenus homosexuels pendant les vacances ? interrompit une voix féminine familière en arrivant du côté opposé du couloir, ses sourcils juchés bien haut sur son front cachés derrière ses boucles brunes qui n'étaient pas retenues par ses lunettes rondes posées, pour une fois, sur son nez. Si ce n'est pas le cas, il faut franchement se poser des questions sur votre sexualité refoulée. »
Eva elle-même fut surprise de la force de la joie qui la fit s'exclamer avec un grand sourire :
« Alice !
– Salut Eva, lui sourit Alice, toute aussi joyeuse à sa vue. Qu'est-ce que tu fais sous le bras de cette fripouille ? la questionna-t-elle en plissant son nez d'un air suspicieux en direction de James, un geste qu'Eva trouva très mignon. Il n'est pas en train de te harceler, dis-moi ? Sinon je n'hésiterai pas à lui mettre une retenue même si le train n'a pas encore démarré, menaça-t-elle James en agitant son index d'un air réprobateur.
– Moi ? Harceler Eva ? C'est mal me connaître, » se défendit James avec un air faussement offusqué.
Peu intéressé par le monologue que James pouvait déblatérer facilement, Eva se glissa en dehors de son bras pour fondre sur Alice Fortescue et la prendre dans ses bras avec excitation, leur différence de taille faisant que les bras d'Eva s'enroulèrent autour du cou de la Gryffondor qui rit avec surprise, n'hésitant pas à rendre avec force son étreinte à Eva. Les deux filles ignorèrent allégrement Tony Valasquez qui n'eut d'autre choix que de se reculer vers James s'il ne voulait pas être éborgné par la tresse longue d'Eva ou frappé par son coude.
« Eh bien, je ne pensais pas être accueillie si amoureusement, plaisanta Alice, hissant son menton sur l'épaule d'Eva après s'être mise sur la pointe des pieds.
– Parce que Frank ne l'a pas déjà fait ? rit Eva en prenant par les épaules Alice pour la regarder dans les yeux.
– Hum, disons qu'il n'a pas eu besoin de m'accueillir vu qu'il a passé la semaine chez moi, sourit Alice d'un air coquin avec des yeux bleus pétillants, causant le rire d'Eva.
– J'imagine que les vacances ont été très fructueuses alors, chuchota Eva.
– De même, glissa discrètement Alice en secouant suggestivement ses sourcils avant de lancer un regard entendu aux garçons derrière eux qui avaient repris leurs échanges de piques à l'apparente lassitude de Marlène qui était restée derrière. Tu me raconteras plus tard, j'ai une Marlène à sauver d'une overdose de testostérone, » lui fit Alice avec un clin d'œil, n'hésitant pas à passer à l'acte.
Toujours une force de la nature, Alice poussa sans ménagement le Serdaigle et les deux Gryffondors sur son passage au grand amusement d'Eva, ne tardant pas à attraper par le poignet Marlène pour la tirer vers elle. Revenant vers Eva, Alice lui demanda si elle voulait s'installer dans son compartiment. L'idée d'être dans un petit espace en compagnie de Carina Winnifred et de Darcie Larwood peu alléchante, Eva refusa avec un sourire, clamant qu'elle devait retrouver ses amis de Poufsouffle. Après un bref compliment envers les cheveux coupés plus courts de Sirius précédant une dernière insulte cachée sous couvert de bonhomie en direction des joueurs de Quidditch, Alice disparut en compagnie de Marlène.
Eva se demanda un instant si Alice avait fait exprès d'éloigner Marlène dans l'intérêt de la Serdaigle ou dans celui d'Eva ou juste parce qu'elle en avait l'envie. Récupérant sa valise que James avait cessé de léviter dans sa déconcentration, Eva annonça aux garçons qu'elle allait chercher un compartiment. À cette annonce, à la confusion de Tony rapidement distrait par James, Sirius se détacha de leur regroupement masculin pour rejoindre Eva en quelques rapides enjambées pour qu'ils se mettent d'accord en quelques chuchotis de se retrouver vers 14h, heure à laquelle débutait la réunion des préfets.
Eva eut une seconde où elle envisagea de déposer un baiser bref sur les lèvres attirantes de Sirius, mais elle se força à se concentrer de nouveau et lui dit à plus tard avec un sourire.
Inconsciente du sourire qui restait sur ses lèvres, Eva continua son chemin, se doutant qu'Akash leur aurait réservé leur compartiment habituel vu que la mère Banerjee forçait ses trois enfants à arriver une bonne heure en avance, toujours craintive d'une urgence de dernière minute. Une habitude qui ne surprenait pas vraiment Eva qui connaissait le chaos que Akash et sa sœur cadette, Shuri, laissaient sur leur passage. Quatre compartiments plus loin et un presque accident avec une cage de chouette, Eva trouva Akash au compartiment prévu. Elle était la dernière de leur groupe à arriver alors que même Meredith était juchée sur les genoux de Howard, une vue plus que banale.
Contrairement à ses retrouvailles avec Alice, il n'y eut pas d'étreinte joyeuse car Eva fut accueillie par les jasements des garçons, accompagnés du rire de Meredith. Le seul à ne pas se joindre aux railleries fut Jeff qui se cachait le visage, mortifié, alors qu'Eva était obligée de nier avec véhémence puis exaspération son supposé dépucelage de Jeff – qu'ils étaient pourtant tous conscients avoir été fait depuis longtemps, très probablement en compagnie de Lucy Emerson. Donnant un coup de pied à Howard qui, elle était sûre être celui qui avait lancé la rumeur après avoir reçu sa lettre, Eva fit glisser la fenêtre pour pouvoir passer sa tête à l'extérieur, souhaitant faire un dernier coucou à Euphémia et Fleamont alors que le train sifflait son dernier avertissement.
Lentement, le train prit de la vitesse et Eva prit un instant à trouver le couple Potter parmi la foule. Lorsqu'elle les trouva enfin, a contrario d'Amos qui faisait des grimaces à son petit frère, Eddy, dans les bras de sa mère, Eva lança des baisers aux Potter, causant la gêne camouflée d'Euphémia et le rire de Fleamont. Avec un rire, Eva lança un « je vous aime ! » qui se perdit dans le chaos et, de manière incompréhensible, son regard se bloqua sur une sorcière se tenant derrière le couple des Potter. Le train accélérait, mais Eva eut l'impression de voir au ralenti la dame au chapeau de sorcière distinguée relever le menton et la vue de son rouge à lèvres carmin stupéfia Eva. Paraissant voir son trouble, Euphémia se tourna pour voir qui avait capté son attention et ce fut la dernière chose qu'Eva vit avant que le train ne tourne dans l'angle, quittant pour de bon King's Cross.
Étourdie, Eva se rassit entre Akash et Amos, Akash ayant réclamé la place proche de la fenêtre en clamant qu'Aristote, son crapaud lové contre son torse, avait besoin du maximum de lumière naturelle. Eva prit un moment pour rationaliser ce qu'elle avait vu puis décida de se concentrer sur les jappements de ses amis.
Vendredi 15 janvier
Eva en avait terminé avec ses ASPICS blancs et elle aurait pu s'effondrer en larmes tellement la semaine avait été intense. À la place, elle sortit de l'épreuve pratique de Potions, dégoulinante de sueur, et attrapa vivement Charlotte pour glisser son nez dans ses boucles blondes pendouillantes après deux heures passées dans l'humidité et la chaleur. Avec un piaillement surpris de « Eva, t'es sale ! », Charlotte tenta de s'extirper de la prise d'Eva, qui fit exprès de resserrer son emprise pour bien frotter son visage transpirant contre le bandana de Charlotte. Finalement, après dix bonnes secondes à embêter Charlotte, Eva la relâcha avec un éclat de rire, son soulagement si fort d'avoir enfin terminé ces foutus ASPICS qui l'avaient empêchée de s'atteler à son activité préférée avec Sirius lors de leurs rendez-vous secrets, qu'elle accueillit Emmeline avec un sourire lorsque celle-ci se détacha de Ronan Parkinson pour venir leur demander comment s'était passée leur épreuve.
À première vue, tout indiquait qu'avec la nouvelle année, tout était redevenu aussi simple qu'au début de la 6e année. Eva était heureuse de faire de son mieux pour assurer ce tableau idyllique.
Dans le train, Eva s'était demandée si elle devrait parcourir les compartiments pour trouver Charlotte ; elle ne l'avait pas fait. À l'arrivée à Poudlard, elle avait laissé son regard arpenter le paysage où se mêlaient étudiants excités et Sombrals attendant patiemment devant les calèches, mais elle n'avait pas réussi à trouver la chevelure blonde de Charlotte, remarquant au contraire avec une jalousie qu'elle ravala férocement Marlène McKinnon en compagnie d'Astrid Matthews et de Kate Godfried monter dans la même calèche que Sirius et son quatuor de Gryffondor. Finalement, au festin de la rentrée, Eva avait senti la panique monter lorsque Emmeline s'était assise entre elle et Pénélope Schoonmaker de 6e année, une place qui lui assurait aucune tension mais qui soulignait l'absence de Charlotte (sans parler de l'absence de Hannah Abbott qu'Eva apprit avoir quitté Saint-Mangouste pour le domicile familial).
À la fin du repas, Eva n'avait pu s'en empêcher et elle était allée à la rencontre de Chourave pour lui parler de l'absence inquiétante de Charlotte, Emmeline la suivant en laissant un espace entre elles qui n'aurait pas existé trois mois plus tôt. Alors que Chourave expliquait à Eva que Charlotte ne reviendrait qu'au début de la semaine prochaine pour les ASPICS blancs après s'être totalement remise d'une maladie, Eva n'avait pas remarqué Amos traîner des pieds pour écouter discrètement ce qu'il se disait, ignorant la conversation entre Akash, Aaron Stone et Marc Stainton (décidément, le favori d'Eva dans la famille Stainton).
Le reste de la première semaine avait été étrange avec pour seule compagnie Emmeline dans leur dortoir fait pour trois, rendant ses rencontres clandestines avec Sirius une réelle bouffée d'air frais, même si l'approche des examens d'Eva leur avait forcé à reprendre la dynamique de tuteur-élève plutôt que de petit copain-petite copine. Maintenant que les ASPICS blancs étaient terminés, Eva comptait bien sauter sur Sirius dès qu'il apparaîtrait de la cape d'invisibilité de James dont on lui avait révélé l'existence la veille de la rentrée, sous couvert du ciel étoilé qui avait rendu de nouveau réjouissante sa relation avec James maintenant qu'il n'y avait plus de secret entre eux.
Le dimanche soir, en voyant la porte de la salle commune s'ouvrir pour laisser entrer Chourave suivie de Charlotte, Eva avait laissé en plan Howard avec qui elle révisait l'épreuve de Sortilèges du lendemain pour sauter au cou de Charlotte. Chourave avait ri jovialement en voyant l'étreinte féroce d'Eva, rouspétant ensuite contre Howard qui n'avait aucune raison d'être si négatif face à cette démonstration d'amitié, voyons ! Les ASPICS blancs n'étaient pas une raison valable de faire une grimace de gobelin, à moins que ce ne soit Meredith qui lui manquait ? Ignorant le chaos que Chourave causait auprès des garçons de 7e année, Eva avait voulu mettre dans son étreinte tout son amour pour Charlotte qu'elle avait récemment beaucoup trop mal exprimée.
« Tu m'as manqué, avait respiré Eva contre les cheveux de Charlotte, les vacances lui ayant appris qu'elle devait être plus honnête, même si le résultat lui déplairait.
– Toi aussi tu m'as manqué. »
Mais le résultat de son honnêteté avait énormément plu à Eva, la laissant même pantoise avant qu'elle n'étreigne encore plus férocement Charlotte, causant les grommellements de la blonde. Charlotte n'avait toujours supporté l'affection qu'en petite dose, une particularité que le grand baraqué qui était rentré dans le dos de Charlotte qui n'avait pas pu s'éloigner de l'entrée à cause d'Eva connaissait intimement.
Ce bousculement soudain aurait pu causer une dispute entre les deux anciens amoureux, mais, sous les yeux ronds d'Eva et des garçons toujours assis autour de leur table basse (sans compter le regard doucement curieux de Chourave), le contraire s'était produit. Surpris, Amos s'était excusé automatiquement et, avec un calme qui ne caractérisait plus la préfète depuis des mois, Charlotte lui avait dit que ça ne faisait rien. En reconnaissant la voix de son ancienne petite amie, Amos avait enfin réalisé qui il venait de bousculer et il était resté là, immobile, fixant avec incertitude et incompréhension Charlotte qui avait fini par pousser un petit soupir exaspéré, lui lançant un « Quoi ? Ta mère a enfin décidé de t'ensorceler d'un silencio à vie ? » plus taquin que méchant et elle avait tiré Eva à sa suite en direction du dortoir.
Et, là, sans se soucier du chaos qu'elle avait laissé derrière elle au grand amusement de Chourave, Charlotte avait guidé Eva sur son lit et les vannes avaient été ouvertes. Dans un premier temps, Charlotte avait sorti une feuille de parchemin froissée et, d'une petite voix, elle avait enjoint Eva à la lire, lui disant qu'elle n'avait pas trouvé la force de l'envoyer pendant les vacances. La gorge serrée d'appréhension, Eva avait lu la lettre qui avait apparemment torturé Charlotte et elle avait dû se pincer les lèvres d'émotion.
Chère Eva,
Jusqu'à présent, je me percevais comme une bonne correspondante mais les parchemins dans ma poubelle sont la preuve que non. Puisque je n'ai aucune idée de par où commencer et de par quoi terminer, ci-dessous ce que je veux te dire :
Merci pour ta lettre. J'aurais voulu être la première à le faire. J'aurais voulu réussir à te parler.
Je suis terriblement désolée pour ta mère. Aucun mot ne saurait compenser ta peine mais Dieu veille sur elle et elle continuera de veiller sur toi de là-haut. J'aurais aimé que tu me le dises directement pour sa disparition. Je suis blessée que tu ne l'ais pas fait et je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi tu ne me l'as pas dit dès que tu l'as su ? Pourquoi est-ce que tu ne m'as jamais parlé d'elle ? Je t'aurais écouté, je n'ai jamais compris pourquoi. J'ai peur de te parler. J'ai envie de te parler. Je ne sais plus comment te parler mais toi non plus.
Je sais que je suis une piètre amie. Ça fait des mois que je ne me sens pas bien. Depuis des mois, soit je suis terriblement en colère, soit je n'ai la force à rien. J'ai l'impression de vivre dans un brouillard. Tu as toujours été la plus résiliente d'entre nous mais tu es un mur. Tu ne me parles pas. Je ne comprends pas pourquoi.
Emmeline m'a écrit qu'elle passerait le Nouvel An à la réception des Rosier. Je pense qu'après Poudlard, elle ne m'enverra plus de lettres. On dirait qu'elle a fait son choix et elle ne nous a pas choisis.
J'espère que tu passes de bonnes vacances chez les Potter. J'ai hâte de te revoir à Poudlard. Je sais que Noël n'est pas le meilleur moment pour recevoir une lettre tachée de larmes mais ma résolution pour l'année 1977 est d'être plus honnête. Anthony me dit que c'est la première étape pour aller mieux.
Joyeux Noël à toi et Anthony te passe le bonjour,
Charlotte
Le temps qu'Eva lise, Charlotte s'était installée en tailleur face à elle et, avec appréhension, avait observé Eva poser délicatement la lettre à côté d'elle. Le cœur douloureux, Eva n'avait pu s'empêcher d'attraper les mains de Charlotte pour s'excuser de son mutisme existant depuis leur 1ère année mais aggravé depuis la 6e année, elle s'était excusée de ne pas avoir pu être là pour sa rupture avec Amos, s'était excusée pour les Serpentards qui – mais Charlotte l'avait coupée :
« C'est moi qui suis désolée, je me croyais forte mais…, chuchota Charlotte avec les yeux brillants d'émotion, j'ai l'impression d'être une coquille vide. Je ne me souviens pas de ce qu'il s'est passé dans les cachots, c'est le trou noir et je sais que je n'aurais pas dû m'en prendre à toi, mais je ne sais pas pourquoi, cette année, c'est contre toi que je me sens le plus en colère et je ne comprends pas pourquoi, avait avoué Charlotte avec une honte énervée. Tu n'as rien fait pour le mériter, insista Charlotte en voyant la bouche d'Eva s'ouvrir. Le problème vient de moi : la colère vient trop facilement à part durant les moments où il le faut, avait rigolé sombrement Charlotte, ses mains semblant terriblement fragiles dans celles d'Eva qui écoutait avec la gorge serrée. Je suis une vraie merde et quand ils s'en prennent à toi, je suis tétanisée, c'est comme si mon corps ne me répondait plus et je n'arrive pas à comprendre pourquoi ? termina Charlotte comme une question. Anthony a remarqué que j'étais dans un état lamentable quand je suis arrivée à la maison et il m'a forcé à rester une semaine de plus. Il avait raison, comme d'habitude, avait rigolé Charlotte. Maintenant, je m'entends penser, je n'ai plus ces pensées parasites merdeuses ou ce brouillard constant. Je vais faire mieux, Eva.
– On fera mieux, l'avait corrigé Eva. Ensemble, » avait-elle promis et Charlotte lui avait fait un petit sourire larmoyant en réponse.
Après cette conversation la veille de leur ASPICS blancs, Eva et Charlotte avaient repris avec prudence leur amitié, faisant attention de ne jamais être trop brusque dans leurs manières d'agir. Et ce changement de comportement de Charlotte ne fut pas seulement remarqué par ses camarades de Poufsouffle, mais également par Lily Evans qui les arrêta pour discuter dans le couloir et dit avec un sourire « Tu resplendis, Charlotte ! Ça fait plaisir à voir ! » et par Tony Valasquez qui, peu à peu en voyant la réception plutôt chaleureuse, initia de plus en plus la conversation avec Charlotte entre les épreuves.
Emmeline, voyant ce retournement de situation, avait fait plus d'effort pour passer du temps avec ses deux camarades de chambre, même si elle continuait de passer les trois-quarts de son temps avec les Serpentards. C'était un début, mais Eva ne pouvait pas demander plus alors que, en parallèle, le stress des épreuves blanches d'ASPICS l'avait drôlement impacté, au point où Sirius crut bon de lui envoyer un petit message par hibou au petit-déjeuner le mardi, n'ayant pas eu le temps de se voir le lundi soir alors qu'Eva tentait des révisions de dernière minute pour l'épreuve écrite puis pratique de métamorphose, soit la matière qui avait causé le plus d'anxiété à Eva pendant les vacances.
Tu vas tout défoncer. Si tu n'as pas confiance en toi, aies confiance en ton tuteur.
Avec un sourire difficilement contenu, Eva avait mis le message dans la poche intérieure de sa robe de sorcière, reprenant avec plus d'entrain le fil de la conversation entre Jeff et Howard. Le soir, elle avait trouvé le temps de retrouver Sirius, l'observant discrètement à travers la Grande Salle pour le suivre nonchalamment à sa sortie du repas, et, après avoir ri face à la grimace dramatique de James, Eva avait poussé Sirius dans le passage de Lancelot pour le remercier de son attention avec des baisers, se sentant beaucoup plus détendue alors que le lendemain se tiendraient les épreuves de Botanique et de Soins aux Créatures Magiques.
Mais le tableau idyllique avait encore des améliorations à faire pour atteindre réellement le statut d'idyllique. D'abord, il y avait tout un panel d'élèves qu'Eva devait se forcer à faire semblant de ne pas voir, en l'occurrence les Serpentards qui, dégoulinant de sueur comme le reste du bas peuple, étaient bien loin de leur posture distinguée habituelle. Regroupés, ils contribuaient au brouhaha d'élèves de 7e année en attendant qu'Amélia Avery daigne enfin sortir de la salle de classe. Ils ne jetèrent même pas un regard à Karen Dunn, la née-moldue de Serpentard, lorsqu'elle sortit discrètement de la pièce.
Reconnaissant la voix familière de James au-dessus du brouhaha du couloir des cachots, Eva se désintéressa de la conversation entre Charlotte et Emmeline. Le cœur battant d'excitation, elle chercha du regard les Gryffondors de 6e année qui sortaient de leur cours de Potions mené par Archibald Stinchcombe. Elle vit d'abord la chevelure de James, puis son regard fut attiré de manière machinale par celui à côté de qui James passait.
Eva sentit son cœur rater un battement en remarquant Royce les yeux rivés dans sa direction. Mais, elle prit deux secondes avant de réaliser que ce n'était pas elle qu'il fixait alors que Ronan et Adrian, les deux cousins Parkinson, discutaient à côté de lui. Non, c'était Charlotte que Royce observait d'un air stoïque.
Automatiquement, Eva se décala pour lui obstruer la vue de Charlotte et Royce sembla enfin la remarquer.
Royce dut comprendre la menace qu'Eva lui lançait mentalement, car il se redressa pour lui adresser un regard meurtrier.
Depuis la rentrée, il avait été incroyablement discret, certainement ulcéré qu'on le prenne de haut alors que la nouvelle du divorce de ses parents faisait toujours frétiller la sphère Sang-Pur. Eva avait entendu Corban Yaxley et Robert Parkinson se moquer de la mère Mulciber qui devait vraiment être d'un ennui total au lit pour se faire jeter aussi publiquement, même pas assez bonne pour le scénario habituel d'un mariage officiel agrémenté d'une maîtresse officieuse. Mais, Eva n'était pas dupe : Royce était toujours un sociopathe, un loup déguisé en agneau selon sa convenance.
Il était haineux, et même s'il ne l'avait pas approché depuis leur face à face dans les cachots il y a plus d'un mois, Eva savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne revienne tenter de la casser définitivement, attendant juste le moment opportun où l'attention de Dumbledore et du reste des professeurs serait détournée. Mais, Eva ne comptait pas lui laisser le champ libre, au contraire, elle comptait bien être la première à asséner un coup en cette année 1977, même si elle n'avait pas encore eu le temps de construire un plan précis avec Sirius, et, à moindre degré, James. Enfin, si, on pourrait dire que son premier coup de l'année était de ne pas laisser Royce détruire sa scolarité, c'est pourquoi Eva avait mis un point d'honneur à se concentrer sur ses ASPICS blancs. Elle espérait bien que son assiduité la ferait remonter dans l'estime de McGonagall et de Chourave, suite aux soupçons de tricherie.
Eva refusa d'être la première à détourner le regard bien qu'elle était consciente de James qui l'approchait. James haussa d'abord les sourcils en voyant le regard venimeux d'Eva avant de comprendre à qui il était adressé. Et Eva n'eut pas à le faire car Royce se fit bousculer, retrouvant son équilibre après s'être cogné contre Adrian Parkinson, le Serdaigle dont l'humeur noire ne s'était pas améliorée depuis la rentrée et qui ne fit que s'aggraver en voyant qui se tenait derrière l'épaule du fauteur de trouble.
Malgré la distance, Eva entendit parfaitement la voix traînante d'un mépris désintéressé d'un certain Gryffondor de 6e année qui lui avait adressé un hochement de tête encourageant lorsqu'ils s'étaient croisés dans leur groupe respectif avant de rentrer dans leur salle de Potions. Celui qui venait de donner un coup d'épaule bien senti à Royce, causant un léger atténuement dans le brouhaha du couloir des cachots.
« Ah merde, fit Sirius d'un air particulièrement je m'en foutiste en toisant avec hauteur le préfet de Serpentard de 7e année qui afficha d'abord un air surpris avant que son regard venimeux ne fasse son retour, ignorant la main inquiète de Ronan Parkinson, son meilleur ami. Je t'avais pas remarqué. Marlène, tu disais ? »
Sans rien ajouter de plus, son désintérêt hautain suffisant pour insulter Royce, Sirius continua son chemin à travers le couloir des cachots. Derrière lui, Marlène cacha stoïquement son agacement envers l'impulsivité de Sirius (Eva commençait à comprendre le masque de la Serdaigle) alors que tous les Serpentards de 7e année s'étaient tus, observant l'avancée du duo inter-Maison comme des prédateurs. Ayant observé par-dessus son épaule les actions de son meilleur ami, James se détourna avec un pouffement amusé et entreprit de glisser son bras autour des épaules d'Eva avant de le retirer prestement avec un :
« Mais qu'est-ce que t'as fait pendant l'épreuve ?! T'as pris un bain dans ton chaudron ? »
Poussant sans ménagement James en arrière, Eva lui adressa une grimace, refusant de se sentir honteuse alors que le volume de James attirait les regards sur la chemise blanche d'Eva qui, il fallait l'avouer, était devenue légèrement transparente avec sa transpiration mais qui restait modeste grâce au débardeur qu'elle avait mis en-dessous. Comme les autres 7e année ayant fait l'épreuve pratique de Potions, Eva avait retiré sa robe de sorcière – pour une fois cet hiver, beaucoup trop chaude – pour la ranger dans son sac à bandoulière, actuellement à ses pieds.
« Très drôle, et toi, t'as foutu un pétard dans tes cheveux ou c'est juste leur état naturel ? »
Refusant d'être humilié, James renifla d'un air hautain alors qu'il se glissait sa main dans ses cheveux que l'humidité de la salle de Potions avait fait doubler de volume :
« Toute ma beauté est naturelle, Eva. »
Eva était prête à de nouveau pousser James, sous le regard incertain de Charlotte et curieux d'Emmeline, mais Sirius apparut entre eux deux et, surprise de le voir si près, Eva en oublia James.
« Tu parles, tout ça c'est artificiel. Rappelle-moi, quels sont les produits qui pullulent dans la salle de bain ? dit Sirius avec un rictus amusé, offrant la vue de son profil bien ciselé à Eva.
– Je ne vois pas de quoi tu parles, se défendit avec assurance James.
– Je crois que ça commence avec un « E », fit Peter en apparaissant à la gauche de Sirius comme un petit diablotin.
– Et que ça termine par « son », ajouta Remus par-dessus l'épaule de Peter, Mary McDonald et Marlène McKinnon, à ses côtés.
– Vos gueules ! siffla James, perdant de sa superbe maintenant que ses trois meilleurs amis se liguaient contre lui, le trio féminin de Gryffondor de leur année ne tardant pas à arriver à hauteur de leur groupe soudainement très nombreux.
– Merci pour la publicité, James ! lança Lucy Emerson avec un rictus amusé, trop tranchant pour être réellement amical.
– Je t'avais dit que c'était une diva, » dit Saoirse Stewart en faisant mine de chuchoter à l'oreille de Lily Evans, mais en parlant assez fort pour que tout le monde l'entende.
Lily Evans leva ses yeux au ciel alors que James répondait par une insulte à l'attaque de Saoirse qui, fière de son effet, lançait un sourire moqueur à son camarade de Gryffondor. Dans la cohue, Sirius se tourna légèrement en direction d'Eva et, coïncidemment, de Charlotte sur qui il décida de se concentrer à la surprise des blairelles.
« Salut Tronsky, ton épreuve s'est bien passée ? »
En réponse à cette salutation, les sourcils de Charlotte se haussèrent jusqu'à se fondre dans sa frange blonde bien moins impeccable que ce matin lorsqu'elle l'avait lissée. Eva sentit un sourire lui relever les lèvres.
« Plutôt bien je crois, répondit Charlotte en ne se laissant pas déstabiliser par les yeux écarquillés d'Emmeline en face d'elle. Même si les instructions inversées de Slughorn m'ont un peu surprises.
– Des instructions inversées ? » demanda Sirius, ses mèches courtes depuis la nouvelle année glissant sur son front alors que son coude frôlait celui d'Eva.
Merlin, s'il continuait Emmeline se poserait des questions sur la place d'Eva dans la rumeur qui courait que Sirius Black avait rendu ses sentiments à Marlène McKinnon lorsqu'elle avait couru dans ses bras au Nouvel An après s'être enfuie de sa cérémonie de fiançailles. Eva avait fait des efforts pour s'effacer alors que Sirius et Marlène trainaient régulièrement ensemble depuis la rentrée a contrario de leur distance d'avant les vacances, mais lorsque Sirius était aussi près, Eva n'était pas certaine de l'expression qu'elle portait.
Pour autant, Eva ne pouvait pas trouver la force d'en faire le reproche à Sirius, pas alors qu'il tentait de créer une connexion avec sa meilleure amie, dont il avait appris avec surprise leur relation actuellement tendue, étant resté sur la complicité d'Eva et de Charlotte lors du match Gryffondor-Serpentard.
Charlotte répondit à la question de Sirius avec des précisions sur la potion qu'on leur avait demandé de concocter avec pour seule indication ses vertus, et, alors qu'Eva s'apprêtait à taquiner Sirius sur le fait qu'il commençait déjà à s'inquiéter de ses ASPICS, ce fut la Serdaigle qui ne perdait pas de vue leur plan approuvé la veille de la rentrée qui interrompit leur discussion, quittant le regroupement de griffons qui embêtaient joyeusement James :
« Sirius, on devrait y aller, dit Marlène McKinnon en posant délicatement sa main sur le bras de Sirius du côté opposé d'Eva, puis, captant le regard du griffon plus grand qu'elle, Marlène ajouta : Sinon, ça sera trop tard pour envoyer notre lettre. »
Les sourcils de Sirius se froncèrent légèrement alors qu'il restait les mains dans les poches, ne répondant pas physiquement au toucher de Marlène, et Eva se posa la question de s'il y avait réellement une lettre à envoyer ou si c'était un mensonge fabriqué de toute pièce par Marlène. Qu'importe, son intention était claire : ne pas le laisser proche d'Eva sous les yeux curieux d'Emmeline et certainement inquisiteurs de certains Serpentards, voire furieux d'Adrian Parkinson.
Lorsque Sirius partit en compagnie de Marlène, Eva regretta sa chaleur. Et, sentant une terrible jalousie la cribler à la vue de leurs dos côté à côté, Eva attrapa Charlotte et Emmeline, proclamant qu'elle avait besoin d'évacuer, une idée brièvement discutée avec Amos en tête.
Rapidement, un regroupement se fit dans le parc que les 7e année se chargèrent d'illuminer alors que la nuit tombait dès 17h, une obscurité qui ne refroidit nullement les étudiants de Poufsouffle, Gryffondor et Serdaigle qui profitèrent de leur expertise de sept années d'étude pour faire apparaître transats, bancs, tables, et même du sable au bord du lac. Avec un sourire malicieux, Francis Lockhart fit même apparaître des parasols pour compléter l'illusion qu'ils faisaient juste une fête un soir tardif d'été bien que la température dise le contraire. Puis après des négociations durement menées par Francis et Carina Winnifred de Gryffondor, Luke Carstein abandonna ses manières de préfet-en-chef pour faire apparaître des palmiers, causant un mouvement d'applaudissements que même ceux occupés à autre chose joignirent à distance. Plus soigneuse, Kate Godfried fit apparaître des lumières colorées ainsi que des nappes et couvertures fleuries. Les Poufsouffles, eux, furent sans surprise en charge de ramener le maximum de nourriture et boissons des cuisines proches de leur salle commune, une délégation dont Eva fit partie après s'être douchée et changée.
Ils étaient loin du couvre-feu alors, lorsque les professeurs sortirent leur nez du château pour voir quel était ce raffut qui faisait courir d'excitation les plus jeunes pour se mêler aux festivités à l'extérieur, ils les laissèrent avec amusement se défouler après leur semaine intense d'examens. Bien sûr, il fallut que Flitwick perfectionne les sortilèges autour des feux de camps qu'ils avaient créés et McGonagall ajouta sa touche en rendant plus confortable les sièges qu'ils avaient métamorphosés.
De manière tout à fait hilarante, le professeur Sinistra – que les garçons lui avaient assuré solennellement au Nouvel An être « diablement sexy » – et le professeur MacLeòir, le professeur de Défense pourtant perpétuellement revêche, se joignirent à leur partie de balle au prisonnier initiée par Howard et Charlotte.
Alors qu'Akash, Amos, Liam Olsen et d'autres fanas de Quidditch des années d'en-dessous s'essayaient à des tirs de cognards au-dessus du lac sous les critiques de McGonagall, Eva observait avec amusement Tony Valasquez faire de son mieux pour que Charlotte ne soit pas éliminée, allant jusqu'à tirer sur ses vêtements pour la faire trébucher loin de la balle que Howard lançait avec un sourire féroce, sous les rires d'Eva dans son équipe. Ne souhaitant pas couper court aux pitreries de Tony qui rendait Charlotte hilare, Eva focalisa ses efforts sur MacLeòir qu'elle n'avait pas pardonné pour son manque de tact après l'attaque de l'Inferi, encore moins après sa brusquerie cette semaine qui l'avait fait perdre ses moyens lors de l'épreuve pratique des ASPICS blancs.
Évitant de peu la balle qu'Eva avait lancée avec précision, MacLeòir afficha un air surpris, ce à quoi Eva répondit par un sourire joueur moqueur, indéniablement plus dans son élément que dans l'environnement rigide d'une salle de classe. Et, à force de bondir et de viser avec précision, ce fut Eva qui gagna ce duel à l'amusement de Sinistra qui glissa un commentaire à l'oreille de son collègue éliminé qui resta observer le reste de la partie à côté d'Archibald de Stinchcombe pour demander une partie revanche à la fin.
À l'entente d'une deuxième partie, James apparut, Isis à sa suite et c'est comme ça qu'Eva se retrouva dans une équipe d'enfer conclut par deux 5e année : Emma Stark, attrapeuse de Poufsouffle, et Jocelyn Tucker, poursuiveuse de Gryffondor. En face, Archibald de Stinchcombe fut le premier qu'ils éliminèrent, puis Charlotte puis Tony. Mais Grace Mosley, la fameuse rivale de Quidditch de James de Serdaigle, se révéla être la partenaire parfaite de MacLeòir, lui valant un « lèche-bottes ! » de James. Pour autant, sous les acclamations de Charlotte rejointe par Emmeline et les quolibets de Tony et Francis Lockhart, le duo précis que formèrent Eva et James réussit à gagner la manche. Dans l'excitation de la victoire, ils se prirent dans les bras et, en osmose comme lorsqu'ils étaient enfants, échangèrent un regard surpris après que MacLeòir leur ait adressé des félicitations sur leurs réflexes impressionnants et leur travail d'équipe, toujours avec son air terriblement sérieux qui virait au lugubre.
Peu après, Chourave apparut, les cheveux hirsutes et les joues et les ongles plein de terre, en compagnie des 2e année avec qui elle venait de terminer son cours et, alors que Meredith Ravencrest venait de lancer de la musique avec un regard innocent en direction de McGonagall qui soupira mais laissa faire, Eva tira joyeusement sa cheffe de Maison sur la piste de danse improvisée. Sur un coup de tête, Eva attrapa également Baley Finch-Fletchley.
« Allez, BFF ! cria Eva sous la musique en direction de son cadet de 2e année qui plantait ses pieds à terre pour qu'Eva cesse de le tirer à sa volonté, ses lunettes de travers par la force de sa grimace qui lui tordait le visage. Trop poule mouillée pour nous montrer ta meilleure danse ? »
Loin de gronder Eva pour ses taquineries, Chourave la supporta plutôt en gardant sa façade tout à fait innocente que ses élèves de Poufsouffle connaissaient bien, causant l'incrédulité puis l'expression scandalisée de Baley qui se faisait railler par ses camarades de 2e année, restés aux abords de la piste où seuls les plus âgés osaient se déhancher :
« Crois-moi Baley, il n'y a pas de manière plus efficace pour séduire la jeune Wendy. Un homme qui sait se déhancher, il n'y a rien de plus attirant. »
Voyant Baley virer au rouge écrevisse sous ses larges lunettes, Eva éclata de rire et resta à rigoler alors que, très sérieusement, Chourave montrait un déhanché à son petit blaireau, causant rapidement la cohue et rameutant de nombreux étudiants, pas seulement des Poufsouffles. Très sérieusement comme si elle était habituellement un professeur de danse, Chourave prit le contrôle de la foule de jeunes autour d'elle et entreprit de leur faire faire une chorégraphie de groupe. Hallucinant mais suivant avec enthousiasme sa cheffe de Maison, Eva leva un instant la tête et réalisa que McGonagall, un verre à la main, observait avec amusement la scène accompagnée de Dumbledore.
Comme attentive à l'attention dissipée d'Eva, Chourave lança à ce moment-là par-dessus la musique :
« Albus, venez-vous joindre à nous ! »
Et là, au choc des étudiants qui ne tardèrent pas à suivre l'exemple d'Akash (Astrid Matthews sous le bras), Amos et Liam Olsen, le directeur fut acclamé lorsqu'il vint se joindre à eux. C'était irréaliste, c'était hilarant, c'était légendaire et Eva applaudit avec enthousiasme, Wendy Woodward de 2e année collée à son ventre, jusqu'à ce qu'une voix familière ne glisse à son oreille :
« Sirius t'attend vers le saule cogneur. »
James lui fit un clin d'œil puis s'enfonça dans la foule captivée par Dumbledore et Chourave en poussant devant lui Peter qui protestait vivement alors que Remus, entouré de Mary McDonald et Lily Evans, et, en sécurité au bord de la piste, riaient de la panique de leur camarade.
Avec une pointe de déception mais également terriblement excitée d'avoir enfin un moment en tête à tête avec Sirius, Eva jeta un dernier regard en direction de Chourave et Dumbledore qui, à l'acclamation générale, tenaient Baley pour lui faire faire des pirouettes entre eux. S'il ne s'agissait pas de Baley qui lui en avait fait baver cette semaine dans la salle commune alors qu'elle était concentrée à réviser, Eva aurait eu pitié, mais, à la place, elle vit seulement l'hilarité du moment. Voyant Emma Stark passer à côté d'elle, toujours en compagnie de Jocelyn Tucker, Eva lui transféra la bernique qui s'appelait Wendy et partit s'aventurer dans la partie non éclairée du parc.
Ce fut seulement à ce moment-là qu'Eva réalisa que les Serpentards s'étaient joints aux festivités et accaparaient les transats sur la plage artificielle au bord du lac, leur posture bien loin du déchaînement d'énergie des autres Maisons mais l'atmosphère semblant détendue alors qu'Eva entendait d'ici des rires, notamment provenant du regroupement autour d'Evan Rosier.
Refusant de rester à les épier, Eva dévala avec plus d'empressement la partie surélevée du parc. Elle s'apprêtait à contourner le rocher qui indiquait qu'elle était proche de la hutte de Hagrid, le garde-chasse, lorsqu'elle entendit un bruit derrière elle puis un juron chuchoté. Elle n'hésita pas à dégainer sa baguette et, lançant un lumos maxima informulé, Eva éblouit les trois garçons derrière elle qui furent obligés de mettre leur main devant leurs yeux pour les protéger. Eva prit d'abord note de leur cravate verte et argentée puis elle ne prit pas longtemps avant de les reconnaître : Robert Parkinson menait la marche et derrière lui se trouvaient Rudolph Flint et Regulus Black, ses camarades de 5e année.
Merde, était-ce une tentative de guet-apens ? se dit Eva en réalisant à quel point elle s'était rendue vulnérable dans l'obscurité de l'hiver.
« Qu'est-ce que vous voulez ?! » dit-elle d'une voix forte, ne laissant pas paraître son trouble.
Elle vit Robert Parkinson amorcer un mouvement et, ne lui lançant pas le bénéfice du doute, Eva cria un « Expelliarmus » et enchaina avec un chauvefurie mêlé à un « avis ! » adressé aux trois. Elle était prête à les pousser en arrière avec un « aguamenti » violent, mais elle sentit une bourrasque de vent puissante venir de derrière elle qui lui secoua sa tresse de cheveux au passage avant de percuter de plein fouet les trois Serpentards qui se retrouvèrent propulsés loin en arrière, très loin.
Le chien de Hagrid se mit à aboyer, alerté par le raffut, et, les yeux écarquillés, Eva tourna pour poser les yeux sur Sirius qui apparut dans l'ombre de la nuit. Eva éteignit son lumos maxima puis, jetant un coup d'œil dans la direction où avaient volé les Serpentards, elle trottina jusqu'à Sirius.
Dans l'obscurité, Eva distingua le blanc des yeux de Sirius et, en entendant son « ça va ? », elle devina que, malgré la pénombre, il devait la détailler du regard, à la recherche d'une quelconque blessure. En un chuchotement, elle lui assura qu'elle allait bien, prête à l'étreindre et à cacher son visage dans son cou, mais il la devança en posant sa main dans le bas de son dos pour lui indiquer qu'ils feraient mieux de s'éloigner. Silencieusement, ils marchèrent ensemble, Eva profitant du cadre solitaire pour saisir la main de Sirius.
Ils s'installèrent à l'orée de la Forêt Interdite, leur position sur la colline surélevée leur donnant la vue sur la fenêtre éclairée de la hutte du garde-chasse où, après des ordres criés de Hagrid, son chien s'était finalement tu.
« Ils s'en sont déjà pris à toi ? lui demanda Sirius, sa cuisse réchauffant celle d'Eva alors qu'ils étaient assis côte à côte contre le tronc d'un arbre, si large qu'il supportait aisément leurs dos.
– Non, jamais, dit Eva en réprimant l'envie de poser sa tête sur l'épaule de Sirius collée à la sienne.
– Je vais leur faire regretter après le dîner, » promit Sirius avec une colère froide et Eva fit glisser ses doigts le long du bras de Sirius avant de se saisir de ses longs doigts qu'elle délia pour pouvoir les entremêler avec les siens.
Sentant Sirius se tendre à son geste, Eva décida de s'écouter et posa doucement sa joue contre l'épaule de Sirius. Il ne se détendit pas, mais Eva ne s'en formalisa pas, préférant lui parler :
« Je propose de transformer leur eau en de la bave de crapaud juste quand ils iront pour boire une gorgée.
– Difficile de tous les faire boire à la même seconde, fit remarquer Sirius, amplement plus expérimenté qu'Eva en matière de petites vengeances.
– Alors qu'est-ce que tu proposes, monsieur l'expert ? pouffa Eva.
– D'attendre qu'ils sortent de la grande salle pour les transformer en fouines.
– En fouines ? rigola Eva contre l'épaule de Sirius qui se détendit et fur et à mesure qu'ils parlaient. Pourquoi ?
– C'est ça ou des porcs, lâcha Sirius avec un dédain si prononcé qu'Eva en fut amusée.
– Des porcs ? Je croyais qu'on s'était mis d'accord que le titre était réservé à Billy Stainton, dit Eva en souriant, causant la grimace contrariée de Sirius qui n'avait pas apprécié l'anecdote du Nouvel An que James lui avait raconté à l'embarras d'Eva.
– Malheureusement, il n'y a pas que ce connard qui est capable de venir renifler de trop près, » grommela sombrement Sirius qui, peu discrètement, avait suivi Eva à l'extérieur du salon après la révélation de James pour avoir plus de détails et injurier amplement l'ancien capitaine de Quidditch avant de se calmer après qu'Eva lui ait attrapé la joue pour la picorer avec amusement, causant une séance d'embrassades plus poussées dans le couloir du rez-de-chaussée des Potter.
C'était guère étonnant que James ait deviné qu'Eva et Sirius avaient enfin passé un cap dans leur relation. Lorsque Marlène McKinnon avait été en compagnie d'Euphémia dans le manoir, ils avaient été beaucoup moins prudents. Pas que ça ait dérangé Eva qui était en partie soulagée qu'il n'y avait pas qu'elle qui était sujette à des crises de jalousie. Pour autant, Eva n'arrivait pas à voir dans ce cas-ci une raison d'être jaloux.
« Hum, j'en doute, » grimaça Eva, visualisant les regards peu amènes que lui lançaient de temps à autre le petit frère d'Ava Parkinson et la politesse neutre du petit frère de Sirius dans la bibliothèque.
Quant à Rudolph Flint, même s'il était le gardien de Serpentard, il était aussi discret que sa petite sœur Margaret de 1ère année qu'Eva avait rencontrée au bal du solstice. Elle n'avait aucune idée de quel côté du spectre des discriminations des Serpentards Rudolph Flint se trouvait : le passif qui reste muet mais n'en pense pas moins ou l'actif qui jette des maléfices et des injures ? Même si Euphémia s'entendait avec sa grand-mère, ça ne voulait pas dire qu'il n'était pas pourri.
Sirius poussa une exclamation guère amusée :
« Tu les surestimes et tu te sous-estimes. »
Incapable d'imaginer les Serpentards s'intéresser à elle de cette manière – en particulier après les remarques à répétition de Royce sur sa laideur, Eva préféra changer de sujet :
« Et pourquoi pas des moutons ?
– Des moutons, c'est trop gentil ça, refusa Sirius.
– Pas vraiment. Les traiter de moutons incapables de penser par eux-mêmes, ce n'est pas ce que j'appelle gentil. »
Sirius émit un son contemplatif, puis :
« Va pour le mouton pour mon crétin de frère. Le reste, on va partir sur des porcs.
– Ça tombe bien, j'ai justement révisé ma métamorphose animale cette semaine, » plaisanta Eva, satisfaite à l'entente du rire de Sirius qui fit trembler sa joue toujours posée sur l'épaule du Gryffondor.
Se sentant gloutonne d'affection alors qu'elle ne l'avait que très peu vu cette semaine, Eva prit leurs mains jointes pour les ramener contre sa poitrine, relevant ses genoux pour plus de solidité. Elle sentit Sirius tourner la tête à son geste, mais Eva n'osa pas le dire : « Tu m'as manqué. » Était-ce normal qu'il lui manque alors même qu'il était à côté d'elle et qu'elle sentait sa respiration sous sa joue ? Profitant de la quiétude, la fumée sortant de la cheminée de la hutte du garde-chasse le seul mouvement en vue, ils échangèrent sur leur semaine, Eva quelque peu honteuse de lui révéler qu'elle s'était emmêlé les pinceaux sur une métamorphose pendant l'épreuve pratique, mais après s'être moqué gentiment d'elle, Sirius la rassura en disant d'attendre les résultats avant qu'elle ne se démoralise :
« S'il y a bien une chose que j'ai appris en tant que ton tuteur attitré, c'est que ça cogite beaucoup trop là-dedans, ajouta Sirius en donnant une pichenette au front d'Eva de sa main libre. Et pas dans le bon sens, railla-t-il, causant la moue d'Eva.
– Je voudrais t'y voir face à l'air déçu de McGonagall, maugréa Eva.
– Jamais vu, » fit Sirius et Eva lui donna sans ménagement un coup d'épaule pour le bousculer, causant son rire.
Ils se chamaillèrent un petit moment, leur altercation physique tournant bientôt en une position devenue familière, mais en même temps pas assez, alors que depuis la rentrée Eva n'avait pas réussi à garder Sirius avec elle plus de 30 minutes. Et ce temps avait surtout été dédié à s'assurer que ses connaissances acquises pendant les vacances ne se soient pas soudainement évaporées (une peur qu'Eva admetttait maintenant avoir été irrationnelle). Il lui avait manqué et Eva ne put s'empêcher de glisser ses mains dans les cheveux ébènes de Sirius qu'elle cherchait constamment du regard dans les couloirs alors qu'elle l'embrassait avec entrain. Ses cheveux étaient plus courts que lorsqu'elle l'embrassait à Godric's Hollow, un changement qui datait du passage des parents McKinnon auquel Eva n'était pas encore habituée. Cependant, sa découverte curieuse parut plaire à Sirius, car il poussa une sorte de grommellement avant de poser ses mains sur les hanches d'Eva.
« Attends, mets-toi plutôt comme ça, » lui enjoignit Sirius de sa voix rauque qu'il avait à chaque fois qu'ils s'embrassaient longuement, commençant à la tirer vers lui.
Comprenant où il voulait en venir et malgré tout son enthousiasme d'apprendre plus sur leur activité de couple, Eva se sentit hésiter alors que Sirius l'aider à grimper sur ses cuisses. Les mains posées sur les épaules du Gryffondor et le fessier surélevé de peur de le poser sur les jambes du griffon, Eva commença doucement :
« C'est un peu…
– Embarrassant ? » termina Sirius avec un air taquin, le blanc de ses dents à découvert dans la pénombre. Pas plus que ce qu'on fait déjà, » l'embêta-t-il.
En position de hauteur alors que Sirius avait posé ses mains dans le bas de son dos, Eva adressa un regard peu amène à son petit ami :
« Est-ce que tu sous-entends que j'embrasse mal ? »
D'un air tout à fait relaxé a contrario d'Eva qui était tendue comme un pic depuis qu'elle avait posé ses genoux de part et d'autre des cuisses du griffon, Sirius lui adressa un sourire nonchalant, les yeux mi-clos :
« Hum, embrasse-moi un peu plus pour que je puisse en juger, » la provoqua-t-il, exprès pour la pousser à reprendre leur activité et Eva n'était pas assez résiliente pour résister.
Ils reprirent leur activité avec une touche d'agressivité de la part d'Eva qui fit sourire Sirius, obligeant Eva à s'éloigner de ses lèvres alors que Sirius était secoué par des rires. Il s'excusa face au regard incertain d'Eva qui, au bout de seulement deux semaines d'expérience, n'était pas vraiment sûre à 100% de son aptitude à embrasser, et se pencha vers elle pour lier leurs lèvres de nouveau.
« Touche-moi les cheveux, lui indiqua Sirius en un souffle, leurs lèvres à quelques centimètres l'une de l'autre, leurs bustes s'entrechoquant à chacune de leur inspiration erratique. J'aime bien quand tu le fais. »
Avec un pouffement de rire, Eva gratouilla exprès l'arrière du crâne de Sirius pour se moquer de lui, se faisant la réflexion qu'il était très honnête lorsqu'il s'agissait de baisers, mais beaucoup moins lorsqu'il s'agissait de câlins ou d'autres formes d'affection. Sirius poussa un grognement appréciateur, faisant de nouveau pouffer Eva avant qu'elle ne lui dépose un baiser bref sur les lèvres, ayant besoin d'exprimer à quel point elle le trouvait mignon.
« Tu préfères que je te fasse un massage du crâne ? la cajola-t-elle, sentant qu'il était totalement détendu sous ses doigts, l'image de la queue frétillante d'Oscar en tête lorsqu'elle lui administrait les mêmes soins.
– Hum, une prochaine fois, » finit par dire Sirius après un instant de réflexion et ils recommencèrent à s'embrasser avec entrain, Eva ne réfléchissant même plus au fait qu'elle déposait son poids sur Sirius.
Finalement, ce fut Sirius qui s'arracha le premier. Il laissa sa tête retomber en arrière, jusqu'à ce que l'arrière de celle-ci ne cogne doucement contre le tronc d'arbre, et, essoufflé, dit qu'ils feraient mieux d'arrêter maintenant, une sorte de grimace aux lèvres alors qu'il avait les yeux clos. Quelque peu désorientée après l'avoir tellement embrassé qu'elle sentait ses lèvres picoter et son buste se mouvoir presque aussi vite que lorsqu'elle faisait un jogging, Eva prit quelques secondes à comprendre qu'il voulait arrêter. Elle allait pour partir de sa position à califourchon sur lui, mais Sirius serra ses hanches qu'il n'avait pas lâché et Eva se figea alors qu'il lui disait :
« Donne-moi une minute. »
Dans le noir, Eva se sentit virer au rouge pivoine alors qu'elle remarquait enfin la pression contre son fessier. Totalement hors de son champ d'expertise, Eva cessa presque de respirer alors qu'elle attendait que Sirius retrouve le contrôle. Elle remercia la noirceur qui lui permit de se relever avec nonchalance lorsqu'il lui fit signe que c'était bon, mais Sirius se saisit en un éclair de la main d'Eva alors qu'elle s'apprêtait à reculer :
« Où est-ce que tu vas ?
– Hum, nulle part ? dit Eva, indéniablement comme une question.
– J'ai dit de me laisser une minute, pas de t'enfuir dès la première occasion, » railla Sirius et, sans ménagement, il la tira vers lui.
Trébuchant presque, Eva se retrouva de nouveau assise à côté de Sirius qui ne devait pas avoir apprécié son mouvement de fuite puisque, sans broncher, il ne lâcha pas la main d'Eva et la fourra dans sa poche de manteau avec la sienne. Lui qui n'avait que très peu initié ce genre de geste, Eva s'en retrouvait incapable de partir.
« Il n'est que 18h3. Avec la foire que t'as organisée, personne ne remarquera notre absence. Pas besoin de se presser de rentrer au château. »
Honnêtement, Eva doutait sur le fait que personne n'ait remarqué l'absence criante de Sirius, coqueluche de l'école qu'il était. La preuve, il était le sujet de conversation depuis son retour au château aux côtés de Marlène McKinnon.
Si la Serdaigle en question ne s'était pas jointe aux festivités dans le parc, peut-être que certains supposeraient qu'elle était en compagnie de Sirius, les imaginant certainement dans la position entremêlée d'Eva et de Sirius d'il y a trois minutes. Cette situation ne plaisait guère à Eva, mais elle tentait de se focaliser sur ce qui était plus important pour ne pas céder à la colère alors que, où qu'elle passait, elle entendait les spéculations du moulin à commérages de Poudlard sur la raison pour laquelle Marlène McKinnon avait abandonné Adrian Parkinson à l'autel, ou plutôt au pied du chêne le plus ancestral du domaine Parkinson puisque les Sang-Purs préservaient toujours quelques aspects de leur culture ancestrale proche de la nature. L'hypothèse la plus enrageante avait été celle que Sophia Rockwood, la fiancée d'Oliver Avery de 5e année, avait murmuré à l'oreille d'Orpha Malefoy : « Peut-être qu'elle est enceinte de Sirius Black ? ».
Mais Marlène avait pris sa décision et, suivant l'exemple de Sirius – qui était beaucoup plus à plaindre dans la situation –, Eva avait accepté que la décision de la Serdaigle de ne pas se mettre à dos la communauté Sang-Pur en révélant qu'elle rejetait leurs traditions impacterait son début de relation amoureuse pour un petit temps encore.
« Si vous voulez faire croire que cette décision a été prise par amour, il vous faudra apparaître en compagnie de l'un et l'autre jusqu'au mois de mars environ. L'affaire devrait s'être tassée d'ici là, » avait dit Euphémia, son regard se détachant de Sirius et de Marlène assis sur le canapé du salon des Potter lorsque Eva était sortie de la pièce, jusqu'alors écoutant avec James à l'embrasure de la porte.
Lorsqu'Eva avait mis Marlène au défi de faire passer un message de défiance, c'était exactement le scénario qu'elle avait prié de ne pas avoir. Qu'importe que Sirius et Eva ne révèlent publiquement leur relation que d'ici quelques mois, Eva était d'avance troublée par le fait qu'on allait la considérer comme la trainée qui avait volé à Marlène McKinnon son amour d'enfance pour qui elle avait bravé les diktats. Sans parler de la réputation de Sirius après que, dans l'opinion publique, on l'ait vu passer d'une fille à une autre en l'espace de quelques mois.
Dans l'affaire, c'était Marlène McKinnon qui s'en tirerait avec la meilleure réputation, celle d'une jeune femme prise en étau par la société patriarcale, mais ça, c'était une répercussion qu'ils connaissaient tous d'avance lorsqu'ils avaient accepté de jouer le jeu. Sans doute que si Euphémia avait eu vent de la relation naissante entre Eva et Sirius, elle aurait proposé une autre solution, mais Eva ne s'était pas sentie prête à mettre sous les projecteurs cette relation qu'elle voulait garder intime. Et puis, même s'il n'y avait pas eu l'interférence de Marlène McKinnon, Eva aurait voulu garder secret un petit temps le nouveau statut de sa relation avec Sirius, consciente de la furie des Sang-Purs du château lorsqu'ils comprendraient qu'elle avait bien réussi à mettre dans ses filets l'ancien héritier des Black, et pas que pour un coup d'un soir.
« J'avais oublié à quel point, Marlène pouvait être lourde, » finit par soupirer Sirius, apparemment légèrement sur la même longueur d'onde d'Eva.
C'est parce qu'elle est amoureuse de toi et jalouse, aurait dit Eva si elle écoutait la jalousie vrombissant en elle qui souhaitait utiliser l'honnêteté comme une arme aiguisée.
« Ça vous a permis de reconnecter un peu, non ? C'est ton ami d'enfance.
– C'est pas vraiment comparable à toi et James, dit Sirius avec une légère grimace. Toi et lui vous…
– On ne s'est jamais embrassé ? » termina Eva et d'accord, elle l'admettait, elle ne contrôlait pas totalement sa jalousie.
Un bref silence gênant s'installa entre eux, seulement entrecoupé par les bruits mystérieux de la forêt interdite avant qu'Eva n'assume son faux-pas.
« Pardon, je n'aurais pas dû dire ça, souffla-t-elle, serrant la main que Sirius maintenait au chaud dans sa poche.
– C'était quand on avait 14 ans, révéla Sirius, répondant à son geste dans l'intimité de sa poche de manteau ce qui soulagea Eva.
– Pas après ? demanda-t-elle doucement, consciente des efforts que Sirius menait pour être le plus honnête possible envers elle.
– Si, je dirais que ça a duré…jusqu'au début de la 5ème année ? soupira Sirius, laissant de nouveau l'arrière de son crâne se poser contre le tronc d'arbre. Quand je suis revenu des vacances de Noël, j'avais tellement l'impression de suffoquer que…Putain, je suis vraiment un connard, hein, s'esclaffa Sirius, loin d'être amusé, avant de persévérer en glissant sa main libre dans ses cheveux qui ne chatouillaient plus sa nuque : rien qu'en voyant Marlène j'avais l'impression d'être un prisonnier qu'on amenait à l'échafaud. C'est totalement con de ma part, mais elle ne me faisait plus penser qu'à mes parents. J'ai commencé à l'éviter, à être un connard avec elle et puis, tu sais, il y a eu la fête du mois de mars… »
Oui, cette fameuse fête dans la tour des Gryffondors où Eva avait été invitée puisque ça coïncidait avec l'anniversaire de James, Amos l'accompagnant grâce à son nouveau statut de capitaine de Quidditch qui lui laissait un passe-droit dans chaque Maison.
Eva avait l'impression d'être une autre personne quand elle repensait à la quantité d'alcool qu'elle avait bu, désespérée de s'amuser alors que le jeu de chat et de souris initié par Royce avait pris une tournure sinistre, et son ivresse lorsqu'elle avait grimpé sur les genoux de Sirius suite au gage d'Amos. Maintenant qu'elle y repensait, Eva avait au moins un point commun avec la Eva de 6e année : dès qu'elle sentait physiquement l'intérêt de Sirius, son premier instinct restait de prendre la fuite. Mais, contrairement à la Eva immature et bruyante de 6e année, Carina Winnifred, sa camarade de classe, elle, n'avait pas rechigné face à l'intérêt de Sirius. C'était terrible qu'Eva, tout comme le reste du château, soit au courant que ce soit avec la tête d'affiche de la chorale de Flitwick que Sirius avait perdu sa virginité, mais c'était la triste réalité d'une vie au château.
Sirius poussa de nouveau un soupir, une grimace lui tordant les lèvres, et du coin de l'œil, Eva observa le profil de ce garçon qu'elle n'avait jamais pensé un jour connaître aussi intimement :
« Et après ça, disons que Marlène ne voulait plus vraiment de moi, termina Sirius. Difficile de lui en vouloir, j'ai été un vrai connard envers elle, pouffa-t-il, un hululement se faisant entendre dans la forêt. Peut-être que tout ce cirque, c'est sa forme de vengeance. »
Eva émit un contemplatif, puis, elle glissa en dehors de la poche de manteau de Sirius leurs mains jointes pour de nouveau les serrer contre son torse, relevant ses genoux en une position de réconfort. Son geste lui valut un regard de Sirius alors que, la tête rentrée dans les épaules à cause du froid, Eva fixait devant elle l'ombre d'Hagrid dans la fenêtre de sa hutte.
« L'autre jour, tu me demandais qui d'autre m'avait intéressé à part Ted. Toi, je t'ai toujours trouvé mignon, dès que James t'a présenté dans la grande salle, révéla Eva en repensant avec affection à l'image bien lisse d'un Sirius qui venait d'intégrer Poudlard, ses yeux prudents alors qu'il l'écoutait se chamailler avec James.
– Ah oui ? dit Sirius et Eva entendit à sa voix qu'il souriait. Tu m'aimais bien ? C'est plutôt embarrassant, se moqua-t-il d'elle en lui donnant un coup d'épaule qui fit rire Eva.
– Crois-moi, il n'y a rien de plus embarrassant que de trouver mignon le jouet favori de James, plaisanta Eva, lui rendant son coup d'épaule en gardant lovée contre son buste la main de Sirius. Il m'aurait piqué une crise de jalousie ! Pas qu'il soit incapable d'en faire une maintenant, mais ça sera peut-être plus tard quand il ne sera plus aussi préoccupé par Isis.
– Je ne sais pas si je dois me sentir offusqué que tu me traites de joujou, railla Sirius et Eva lui adressa un sourire dans le noir.
– Du tout, tu devrais te sentir honoré, l'assura Eva et Sirius poussa une exclamation amusée.
– Si tu le dis, partons sur honoré alors. Et donc, il n'y eu que moi et Ted Tonks alors ? reprit Sirius. Si c'est le cas, on va rester sur le terme « honoré », même si c'est toujours dérangeant de me dire que je suis dans la même catégorie que Ted, grimaça Sirius.
– Non, il y en a eu un autre, mais je n'en suis pas fière du tout, dit Eva, son ton faisant disparaître l'atmosphère légère de leur échange.
– Ça ne peut pas être pire que Slughorn, » dit Sirius, dévoilant son incertitude par la lenteur de sa parole.
Eva poussa une exclamation méprisante qui lui valut le regard pénétrant de Sirius, peu habitué à l'entendre faire un tel son, mais Eva n'avait pas envie de lui parler de son dégoût envers son professeur de Potions qu'elle estimait être un lâche, incapable d'être tranchant avec ses élèves de Serpentard, de peur de se mettre à dos les sphères les plus influentes de la société. Comme Marlène, il pourrait faire passer un message de défiance, mais non, il préférait instaurer l'ordre seulement en dernier recours aux moments de crise.
« Non, ce n'était pas lui, nia Eva avec une grimace méprisante. Mais c'était un de ses élèves.
– Ce n'était pas…
– Non, encore moins Royce ! nia Eva avec cette fois-ci un dégoût bien prononcé. Il ne m'a jamais intéressé de cette manière.
– Dans ce cas, si c'est quelqu'un de ton année…, commença lentement Sirius et Eva ne fut pas surprise qu'il déduise rapidement la bonne réponse, même s'il ne put cacher sa répulsion face à cette conclusion : Ne me dis pas que c'était Avery ?
– Si on veut comparer notre stupidité à 15 et 16 ans, il faut que tu saches que je n'étais pas mieux que toi. Quand j'y repense, j'ai envie de me frapper de ne pas avoir vu dans son jeu. Il est un connard et un manipulateur et j'espère sincèrement qu'il crèvera seul et sans rien, » cracha presque Eva en gardant contre son buste la main de Sirius pour apaiser ses sentiments de haine (envers elle, envers l'Oliver de ses 15 ans qui la faisait rire et l'aidait à ranger ses affaires à la fin du cours de potions, et qui l'avait fait danser aux bals d'Halloween deux années de suite) qui lui rongeait la poitrine.
Bien loin d'être repoussé par cette facette sombre d'Eva, Sirius l'écouta et l'observa calmement avant de reprendre la parole :
« J'avoue que j'ai du mal à voir l'intérêt qu'on peut trouver à ce connard d'Avery, même si petit j'ai compris que c'était sa bouille d'ange qui excitait toutes les vieilles harpies. À part ça, déjà à l'époque, il n'avait pas de personnalité. Il se cachait toujours derrière Amélia et, avec Lizzie, on passait notre temps à lui flanquer la trouille. Il pleurait beaucoup trop facilement, c'était la victime parfaite. »
Sirius poussa une exclamation amusée :
« Lizzie, elle, par contre, c'était tout le contraire. Malgré ces airs angéliques, c'était déjà un volcan qui passait son temps à donner des ordres. J'ai jamais compris pourquoi est-ce qu'elle laisse Rosier lui chier à la figure.
– Parce qu'elle a peur des conséquences, dit Eva sans émotion particulière car parler des Sang-Purs de leur âge que Sirius avait côtoyé enfants et pas encore pourris revenait toujours à cette conclusion finale.
– C'est ce qu'ils disent tous, railla Sirius avec une exclamation moqueuse. S'ils étaient foutus de faire un doigt d'honneur collectif aux momies de leur famille, ils ne seraient pas tous aigris dès leur entrée à Poudlard, pesta Sirius. Et sans doute que ça leur ferait sortir leur doigt du cul et voir que le monde ne se résume pas au sang et aux coups de poignards dans le dos. »
Eva lova leurs mains jointes en-dessous de son menton, s'imprégnant des paroles pleines de sens de Sirius qui la faisait imaginer ce à quoi sa scolarité aurait ressembler si Sirius n'avait pas été l'exception à la règle, mais plutôt la norme. Prise d'un élan d'affection pour ce griffon et tout ce qu'il représentait, Eva se tourna vers Sirius et utilisa sa main libre pour tourner sa joue vers elle.
Souriant face au regard interrogateur de Sirius dans la pénombre, Eva déposa un baiser chaste sur sa joue où elle sentait le picotement d'une barbe naissante, la preuve de l'évolution de Sirius qu'elle n'aurait jamais pensé connaître, habituée qu'elle était à garder ses distances. Mais il n'était plus le petit garçon propre sur lui de la 1ère année, il devait maintenant se raser pour garder sa peau lisse.
« Je suis contente que tu l'ais fait, lui dit Eva et, restant à apprécier quelques secondes les yeux écarquillés de Sirius alors qu'elle sentait sa joue chauffer sous sa main, Eva se releva : On devrait y aller, on a deux cochons et un mouton à faire cuire. »
Eva aida Sirius à se remettre debout et, incapable de s'en empêcher, elle lui picora de nouveau les lèvres avant d'esquiver sa tentative de réciprocité, consciente qu'il était grand temps qu'ils refassent surface en public, ses amis devant se poser des questions sur là où elle était. En gloussant, Eva évita les mains demandeuses de Sirius jusqu'à celui-ci ne l'attrape et, avec des protestations grommelées, il l'embrassa plus convenablement dans la pénombre du parc.
Plus tard, Eva rejoignit James et Sirius sous la cape d'invisibilité qui dévoilait leurs pieds à cause de leur grande taille, mais qui était indéniablement pratique alors qu'ils se cachaient derrière une armure dans le Hall d'entrée. Les grognements de deux cochons (courtoisie de James et d'Eva) et le bêlement d'un mouton (courtoisie de Sirius en un geste tout sauf fraternel) terminèrent en beauté la cohue de la soirée. Le lendemain, alors qu'ils fêtaient dans le terrier des Poufsouffles les 18 ans de Howard et Jeff, nés à un jour d'écart, Eva sourit lorsque Howard, éméché, annonça qu'il embrasserait les pieds de celui qui lui avait offert ce cadeau d'anniversaire en avance.
Bien loin de l'atmosphère bon enfant de la salle commune jaune et noire où des traces des bougies d'anniversaire trouvées par Akash resteraient pour les générations à venir sur le plafond, l'humiliation subit par trois de leurs membres causa une réunion bien plus sinistre dans les cachots. Mais ça, les Poufsouffles l'ignoraient et Eva sourit à la vue d'Emmeline échangeant quelques mots avec Jeff qui, avec exaspération, avait accepté de porter le chapeau d'anniversaire en carton malgré le ridicule.
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