Sous les cerisiers en fleurs

Chapitre 1 : Le Refuge

Le bruit des gouttes de pluie contre la fenêtre rythmait le silence qui régnait dans la maison de Genzo Wakabayashi. Installée sur le canapé du salon, Marie observait le paysage japonais à travers les carreaux. La vallée était plongée dans une brume dense, et les cerisiers, dénudés par l'hiver, semblaient figés dans le temps.

Cela faisait deux semaines qu'elle avait quitté la France pour venir au Japon, répondant à l'invitation de Genzo. Après la mort de Taro, son petit ami, elle s'était sentie submergée par le poids des souvenirs. Rester à Paris, entourée des lieux où ils avaient vécu tant de moments heureux, était devenu insupportable.

Genzo, en apprenant son état, lui avait proposé de venir chez lui. « Le Japon te fera du bien », avait-il dit, d'une voix calme mais pleine de sollicitude.

Il était rare de le voir aussi expressif. Genzo était connu pour sa discipline de fer et son sérieux. Pourtant, avec elle, il avait toujours fait preuve d'une douceur surprenante.

Un quotidien silencieux

Les journées à la maison suivaient un rythme simple. Genzo s'entraînait le matin, lui laissant la maison pour se reposer. À son retour, ils partageaient un déjeuner préparé par ses soins. Il insistait pour cuisiner, disant qu'elle devait se ménager.

Marie appréciait ces gestes. Ils étaient simples, mais pleins de bienveillance. Pourtant, elle ne pouvait ignorer le fossé qui semblait s'agrandir entre eux. Genzo, d'ordinaire attentif et chaleureux, avait commencé à garder ses distances. Il évitait de la regarder trop longtemps, et ses phrases devenaient plus courtes, presque mécaniques.

Un soir, alors qu'elle s'apprêtait à monter se coucher, elle décida d'affronter ce malaise.

— Genzo, tu as cinq minutes ? demanda-t-elle timidement.

Il leva les yeux de son téléphone, surpris.
— Bien sûr. Qu'est-ce qu'il y a ?

Elle s'assit face à lui, cherchant ses mots.
— Est-ce que… Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?

Il fronça les sourcils.
— Non. Pourquoi tu dis ça ?

— Parce que j'ai l'impression que tu m'évites, répondit-elle, la voix tremblante.

Genzo détourna le regard, mal à l'aise. Il resta silencieux quelques secondes, cherchant une réponse qui ne trahirait pas ce qu'il ressentait.

— Ce n'est pas toi, Marie. C'est juste que… je veux te laisser de l'espace. Tu as besoin de temps pour toi, pour… pour faire ton deuil.

Ses mots étaient sincères, mais ils semblaient étrangement incomplets. Marie le sentait, mais elle choisit de ne pas insister.

— D'accord, dit-elle doucement. Merci de m'accueillir, en tout cas. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

Genzo hocha la tête, le regard fuyant.
— Tu n'as pas à me remercier.

La nuit trouble de Genzo

Plus tard dans la nuit, Genzo restait éveillé dans le salon, une tasse de thé refroidie à ses côtés. La maison était plongée dans l'obscurité, mais il n'arrivait pas à trouver le sommeil.

Sur la table, une photo de Taro attirait son regard. C'était une vieille image, prise lors d'un tournoi où ils avaient joué côte à côte. Taro souriait, rayonnant de son énergie habituelle.

Genzo soupira, posant son front contre sa main.
— Taro… Tu étais toujours celui qui trouvait les bons mots, toi. Moi, je ne fais que m'embrouiller.

Il resta silencieux un moment, puis ajouta, presque à voix basse :
— Je crois que je commence à l'aimer. Mais ce n'est pas ma place, pas maintenant… peut-être jamais.

Le poids de cette réalisation le terrassait. Pour Genzo, l'honneur et le respect comptaient plus que tout. Mais avec Marie, il se sentait vulnérable, partagé entre ce qu'il ressentait et ce qu'il savait être juste.

Un début fragile

Au petit matin, Genzo retrouvait son masque d'impassibilité. Il salua Marie avec un simple « Bonjour », comme si rien ne s'était passé. Elle lui répondit par un sourire discret, mais dans ses yeux, il percevait une fatigue qu'il ne pouvait ignorer.

L'équilibre qu'ils tentaient de maintenir était fragile, mais ni l'un ni l'autre n'était prêt à l'affronter directement. Pas encore.

Et pourtant, quelque part sous la surface, leurs cœurs commençaient déjà à changer.

Chapitre 2 : Les Silences Partagés

Le lendemain matin, la lumière d'un soleil timide se glissait à travers les rideaux. Marie s'était levée plus tôt que d'habitude et se trouvait déjà dans la cuisine, les mains autour d'une tasse de thé fumante. Genzo, toujours en tenue d'entraînement, revenait de son jogging.

— Tu es matinale aujourd'hui, remarqua-t-il en retirant ses chaussures près de l'entrée.

Marie haussa les épaules.
— Je n'ai pas beaucoup dormi.

Il s'arrêta un instant, prêt à poser une question, mais il se ravisa. À la place, il alla préparer son propre thé, respectant le silence qu'elle semblait vouloir préserver.

Ils s'installèrent tous les deux à table, face à face. La maison, habituellement si calme, semblait encore plus silencieuse ce matin-là.

— Tu t'entraînes aujourd'hui ? demanda Marie pour briser la glace.

— Oui, répondit-il simplement. Et toi ? Des plans pour la journée ?

Elle secoua la tête.
— Je pensais peut-être sortir un peu. Je ne suis pas encore allée au village.

Genzo hésita avant de proposer :
— Si tu veux, je peux t'y accompagner cet après-midi.

Elle sourit légèrement.
— Merci, mais je crois que j'ai besoin de marcher seule.

Il respecta son choix avec un hochement de tête.

Une promenade solitaire

Quelques heures plus tard, Marie quitta la maison, emmitouflée dans un manteau épais. Le village n'était qu'à une trentaine de minutes à pied, un chemin bordé de champs et de collines. La brise hivernale piquait son visage, mais elle appréciait le calme de l'endroit.

En arrivant, elle fut charmée par la simplicité du village. Les maisons traditionnelles, les lanternes suspendues devant les magasins, le bruit d'un ruisseau serpentant entre les ruelles… Tout cela contrastait avec l'agitation de Paris.

Elle s'arrêta devant un petit temple, attirée par l'atmosphère paisible qui s'en dégageait. Là, elle s'assit sur un banc, laissant ses pensées vagabonder.

Taro lui manquait terriblement. Chaque coin de son esprit semblait encore occupé par lui, par leurs souvenirs, leurs rires, leurs projets inachevés. Et pourtant, elle se surprenait à apprécier la tranquillité de ce nouvel environnement.

Mais une pensée troublante la rattrapa : était-ce injuste envers Taro de commencer à trouver un semblant de paix ?

Genzo face à ses doutes

Pendant ce temps, Genzo était resté à la maison. Il s'était entraîné plus intensément que d'habitude, espérant canaliser ses pensées dans l'effort physique. Mais même en frappant le ballon de toutes ses forces ou en se concentrant sur ses réflexes, il ne pouvait s'empêcher de penser à Marie.

Après une douche rapide, il s'installa dans le salon avec un livre. Mais les mots semblaient danser devant ses yeux, incapables de retenir son attention. Finalement, il posa le livre et fixa la fenêtre, le regard perdu.

Il se demandait si proposer à Marie de venir ici avait été une erreur. Pas parce qu'il regrettait de l'avoir aidée, mais parce qu'il craignait de ne pas être la personne dont elle avait réellement besoin.

« Elle mérite mieux que quelqu'un qui ne sait pas quoi dire ou quoi faire. Taro aurait su. »

Mais chaque fois qu'il pensait à s'éloigner, il se rappelait son sourire fragile, ses remerciements sincères, et la façon dont elle lui faisait confiance.

Une discussion à cœur ouvert

Lorsque Marie revint du village en fin d'après-midi, elle trouva Genzo assis sur le porche, une tasse de thé à la main.

— Tu as passé une bonne journée ? demanda-t-il.

Elle hocha la tête, s'asseyant à côté de lui.
— Le village est charmant. C'est calme… apaisant.

Un silence s'installa, mais cette fois, il semblait moins pesant qu'à l'habitude.

— Merci de m'avoir proposé de venir ici, dit-elle après un moment. Je sais que je ne suis pas toujours facile à vivre.

Genzo fronça légèrement les sourcils.
— Tu dis ça comme si tu étais un fardeau.

Elle détourna le regard.
— Parfois, c'est ce que je ressens.

Genzo posa sa tasse sur la table basse devant eux et se tourna vers elle.
— Tu ne l'es pas, Marie. Taro… aurait voulu que tu sois entourée de gens qui tiennent à toi. Je suis là parce que je veux l'être, pas parce que je m'y sens obligé.

Ses paroles étaient sincères, mais il sentit son cœur se serrer en prononçant le nom de Taro.

Marie, émue, le regarda avec gratitude.
— Merci, Genzo.

Ils restèrent là, côte à côte, regardant le soleil se coucher derrière les collines. Aucun mot n'était nécessaire pour combler le vide. Ce soir-là, ils partageaient quelque chose de plus profond : un silence empreint de compréhension mutuelle.

Chapitre 3 : L'Écho des Absents

Les jours passèrent dans une routine paisible mais teintée de mélancolie. Marie et Genzo trouvaient un équilibre fragile dans leurs échanges. Ils parlaient peu, mais chaque mot semblait pesé, comme pour ne pas briser la délicate atmosphère qui les entourait.

Un matin, alors qu'elle rangeait la cuisine après le petit-déjeuner, Marie trouva un carnet en cuir posé sur une étagère. La couverture, légèrement usée, portait des initiales gravées : T.M.

— C'était à Taro, expliqua Genzo, qui venait d'entrer dans la pièce.

Marie sursauta légèrement, surprise qu'il ait remarqué son intérêt.
— Un journal ?

Il hocha la tête.
— Oui. Il l'avait laissé ici la dernière fois qu'il est venu au Japon.

Elle caressa doucement la couverture, hésitant.
— Je peux… ?

Genzo acquiesça.
— Bien sûr.

Marie prit le carnet et alla s'installer sur le canapé. En l'ouvrant, elle retrouva l'écriture familière de Taro, pleine d'énergie et de spontanéité. Chaque page était remplie de récits, d'anecdotes et de réflexions. Elle se mit à lire, sourire aux lèvres, des passages où il évoquait leurs voyages ou des moments passés avec leurs amis.

Mais au détour d'une page, ses yeux s'arrêtèrent sur un passage inattendu :

« Genzo est un roc, mais il est trop dur avec lui-même. Parfois, j'aimerais qu'il apprenne à lâcher prise. Il a un cœur énorme, même s'il fait tout pour le cacher. »

Marie releva la tête et regarda Genzo, qui était assis près de la fenêtre, feuilletant un magazine sans vraiment y prêter attention. Elle ne put s'empêcher de sourire.

— Tu sais qu'il pensait beaucoup à toi, dit-elle.

Genzo releva la tête, surpris.
— Pardon ?

— Taro. Il écrivait que tu avais un grand cœur, mais que tu ne le montrais pas assez.

Genzo eut un léger sourire, mais son regard devint distant.
— Taro voyait toujours le meilleur chez les gens.

Marie referma le carnet avec soin.
— Il avait raison.

Le silence qui suivit fut rempli d'émotion. Genzo détourna les yeux, mal à l'aise sous ce compliment, mais touché malgré lui.

Une confession involontaire

Le soir même, après le dîner, Genzo et Marie restèrent dans le salon. Le feu dans la cheminée crépitait doucement, projetant des ombres dans la pièce.

Marie, assise près de la table basse, jouait distraitement avec une tasse vide. Genzo, lui, semblait absorbé par les flammes.

— Tu savais qu'il tenait un journal ? demanda-t-elle soudainement.

— Oui. Il m'en parlait parfois. Il disait que ça l'aidait à organiser ses pensées.

Marie hocha la tête.
— C'est drôle. Même dans ses écrits, il trouvait le moyen de nous faire rire.

Genzo sourit doucement.
— C'était sa façon d'être.

Un silence suivit, mais cette fois, ce fut Genzo qui le brisa.
— Marie… Je veux que tu saches quelque chose.

Elle releva la tête, intriguée par le ton sérieux de sa voix.
— Quoi donc ?

Il prit une profonde inspiration, ses yeux fixés sur les flammes.
— Je… Je ne veux pas que tu te sentes obligée de rester ici parce que tu penses que c'est ce que Taro aurait voulu.

Marie fronça légèrement les sourcils.
— Ce n'est pas le cas.

Il la regarda enfin, ses yeux exprimant une sincérité troublante.
— Tant mieux. Mais je dois être honnête avec toi… Ces dernières semaines, j'ai…

Il s'interrompit, cherchant ses mots. Marie attendait, son cœur battant un peu plus vite.

— J'ai réalisé que je tiens à toi, plus que je ne devrais.

Ses mots flottèrent dans l'air, lourds de sens. Marie ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.

Genzo baissa les yeux, honteux.
— Je ne veux pas te mettre mal à l'aise. Je te le dis seulement parce que je ne veux pas que mes sentiments te pèsent. Si tu veux partir ou prendre tes distances, je comprendrai.

Marie resta figée, la gorge serrée. Elle ne s'attendait pas à une telle révélation.

— Genzo… je ne sais pas quoi dire, murmura-t-elle finalement.

Il hocha la tête, l'ombre d'un sourire triste sur les lèvres.
— Tu n'as rien à dire.

Il se leva, prêt à quitter la pièce, mais elle le retint par le bras.

— Attends.

Il se retourna, surpris par la douceur de son geste.

— Merci d'avoir été honnête, dit-elle, la voix tremblante. Je ne sais pas où j'en suis encore, mais… je suis heureuse d'être ici, avec toi.

Ses mots, bien qu'hésitants, étaient sincères. Genzo sentit son cœur se serrer, mais cette fois, ce n'était pas de douleur.

Ils restèrent là, dans le silence, un silence différent de tous ceux qu'ils avaient partagés jusqu'à présent.

Chapitre 4 : L'Incertitude du Cœur

Les jours suivants furent marqués par une tension douce mais palpable. Marie et Genzo continuaient leur routine quotidienne, partageant des moments simples : des promenades dans les collines, des repas improvisés, et même une tentative ratée de faire un gâteau ensemble. Mais sous la surface, leurs émotions flottaient comme des courants imprévisibles.

Un après-midi, Genzo proposa de lui montrer un endroit qu'il appréciait particulièrement.

— Ce n'est pas loin, dit-il. Et je pense que tu aimeras.

Marie accepta, curieuse. Ils marchèrent en silence à travers un sentier bordé de pins, l'air chargé de l'odeur de la terre humide. Après une vingtaine de minutes, ils débouchèrent sur une petite clairière surplombant une vallée.

— Waouh… souffla-t-elle en découvrant la vue.

Le paysage était à couper le souffle : des montagnes qui s'étendaient à l'horizon, baignées par une lumière dorée, et une rivière scintillante serpentant en contrebas.

— C'est ici que je viens quand j'ai besoin de réfléchir, expliqua Genzo.

Ils s'assirent sur un rocher, côte à côte. Pendant un moment, aucun d'eux ne parla. Puis, Genzo se tourna vers elle.

— Comment te sens-tu… vraiment ?

La question, bien que simple, toucha Marie. Elle fixa l'horizon, cherchant ses mots.

— Parfois, je vais bien. Et d'autres fois… c'est comme si tout me rappelait Taro.

Elle baissa les yeux, jouant avec une mèche de ses cheveux.
— Je me demande souvent si je vais un jour réussir à avancer sans avoir l'impression de le trahir.

Genzo la regarda, le cœur lourd.
— Tu ne le trahis pas, Marie. Taro n'aurait jamais voulu que tu restes enfermée dans le passé.

Elle tourna la tête vers lui, ses yeux brillants de larmes retenues.
— Comment fais-tu, toi ? Pour avancer ?

Il hésita avant de répondre.
— Je ne suis pas sûr d'avoir vraiment avancé, avoua-t-il. Mais je me dis que la meilleure façon d'honorer sa mémoire, c'est de vivre pleinement.

Ses paroles résonnèrent en elle.

Une lettre oubliée

En rentrant chez Genzo ce soir-là, Marie se rendit dans la chambre d'amis qu'elle occupait et commença à ranger quelques affaires. En ouvrant un tiroir, elle trouva une enveloppe qu'elle avait complètement oubliée.

C'était une lettre de Taro. Il l'avait écrite pour elle avant sa mort et l'avait remise à Genzo, lui demandant de la lui donner si un jour il en ressentait le besoin.

Ses mains tremblaient légèrement alors qu'elle ouvrait l'enveloppe.

« Ma chère Marie,
Si tu lis cette lettre, c'est que je ne suis plus là, mais je veux que tu saches que je t'aime de tout mon cœur. Tu as été ma force, ma lumière, et ma raison de sourire chaque jour.
Mais je sais aussi que tu es forte, bien plus forte que tu ne le crois. Tu mérites d'être heureuse, même sans moi. Si un jour tu trouves quelqu'un qui te fait sourire comme je le faisais, ne laisse pas la culpabilité te freiner. Mon amour pour toi ne disparaîtra jamais, peu importe où je suis.
Vis, Marie. Pour toi. Pour nous.
Avec tout mon amour,
Taro »

Les larmes coulèrent sur ses joues alors qu'elle relisait les mots, la douleur se mêlant à une étrange chaleur.

Une décision

Le lendemain matin, Marie trouva Genzo dans le jardin, en train de s'entraîner. Elle l'observa un moment, fascinée par la précision de ses gestes, sa concentration.

Lorsqu'il la remarqua, il s'arrêta, essuyant la sueur de son front.
— Tout va bien ? demanda-t-il, remarquant son expression.

Elle hocha la tête, s'approchant de lui.
— Je voulais te remercier.

— Me remercier ?

Elle sourit doucement.
— Pour tout. Pour m'avoir accueillie ici, pour avoir été là quand j'en avais besoin… et pour m'avoir donné cette lettre.

Genzo parut surpris.
— Tu l'as lue ?

Elle hocha la tête.
— Oui. Et elle m'a fait réaliser que j'ai encore le droit de vivre.

Il resta silencieux, attendant qu'elle continue.

— Je ne sais pas encore ce que je ressens exactement, mais je veux essayer. Avancer.

Genzo sentit son cœur s'accélérer, mais il garda son calme.
— Prends tout le temps qu'il te faut.

Elle posa une main légère sur son bras.
— Merci, Genzo.

Ce simple geste, ce simple mot, valait plus que toutes les déclarations.

Chapitre 5 : Le Murmure des Jours

Le rythme de la vie chez Genzo continua d'évoluer doucement. Marie, peu à peu, retrouvait un semblant de sérénité. Elle passait ses matinées à lire ou à marcher autour de la propriété, parfois accompagnée de Genzo lorsqu'il n'était pas pris par ses entraînements.

Ils parlaient davantage, mais sans jamais précipiter les choses. Genzo respectait le besoin de Marie de prendre son temps, et elle appréciait son écoute et sa patience.

Un matin, après un petit-déjeuner partagé en silence, Marie posa une question inattendue :
— Tu as toujours voulu être gardien de but ?

Genzo, surpris, leva les yeux de sa tasse de thé.
— Oui, depuis que je suis enfant. J'aimais l'idée d'être celui qui protège, qui empêche les autres de marquer.

Marie sourit.
— Ça te va bien.

Il haussa légèrement les épaules, un peu gêné par le compliment.
— Et toi ? Tu avais des rêves avant de rencontrer Taro ?

Elle prit un instant pour réfléchir, jouant distraitement avec une miette de pain.
— J'ai toujours aimé dessiner. Quand j'étais petite, je voulais devenir illustratrice, mais… la vie a pris un autre chemin.

Genzo hocha la tête, comme pour absorber cette nouvelle information.
— Tu dessines toujours ?

Elle secoua la tête.
— Pas vraiment. Je suppose que j'ai perdu l'habitude.

Il resta pensif un instant avant de répondre.
— Tu devrais t'y remettre. Taro m'a souvent parlé de tes dessins. Il en était fier.

Marie sentit un pincement au cœur, mais aussi une pointe d'encouragement.

Les couleurs du passé

Plus tard dans la journée, alors qu'elle explorait l'une des pièces du rez-de-chaussée, Marie tomba sur une petite boîte en bois remplie de fournitures d'art : crayons, pastels, pinceaux, et une pile de feuilles blanches.

Elle hésita, mais prit finalement une feuille et un crayon. Après un moment d'hésitation, sa main se mit à bouger. Les premières lignes furent maladroites, hésitantes, mais peu à peu, les gestes lui revinrent, comme une vieille mélodie qu'elle redécouvrait.

Lorsque Genzo passa près de la pièce, il s'arrêta dans l'encadrement de la porte, silencieux. Il la regarda dessiner, captivé par son expression concentrée, presque apaisée.

— Tu as du talent, dit-il doucement, sans vouloir l'effrayer.

Elle sursauta légèrement, levant les yeux vers lui.
— Oh, je… Ce n'est pas grand-chose.

Il entra dans la pièce, regardant par-dessus son épaule. Le dessin représentait un paysage simple, mais chaque détail semblait empreint d'une certaine émotion.

— C'est magnifique, dit-il avec sincérité.

Marie baissa les yeux, rougissant légèrement.
— Merci.

Il s'assit sur une chaise proche, les bras croisés, l'observant.
— Tu devrais continuer. Je suis sûr que ça te ferait du bien.

Elle hocha la tête, touchée par ses encouragements.

Une proximité inattendue

Le soir venu, alors qu'ils étaient tous les deux assis près de la cheminée, une panne de courant plongea soudainement la maison dans l'obscurité.

— Eh bien, ça, c'est inattendu, dit Genzo en se levant.

— Tu as des bougies ? demanda Marie, légèrement amusée par la situation.

— Oui, dans la cuisine. Attends ici, je vais les chercher.

Alors qu'il s'éloignait, elle sentit une légère appréhension. L'obscurité totale lui rappela un souvenir douloureux : une nuit où elle et Taro avaient été coincés dans une tempête sans lumière ni chaleur.

Quand Genzo revint avec une bougie allumée, il remarqua son visage pâle.
— Marie, ça va ?

Elle hocha la tête, mais sa voix tremblait légèrement.
— Oui, c'est juste… des souvenirs.

Il posa la bougie sur la table et s'assit à côté d'elle.
— Tu n'es pas seule.

Ces simples mots suffirent à la rassurer. Elle se tourna vers lui, ses yeux rencontrant les siens dans la lumière vacillante de la bougie.

— Merci, murmura-t-elle.

Ils restèrent ainsi, assis côte à côte, une chaleur naissante entre eux, subtile mais indéniable.

Chapitre 6 : Le Coup du Destin

Quelques jours après leur soirée à la lueur des bougies, Genzo proposa à Marie de l'accompagner à une réception organisée par son club. Ce n'était pas son genre d'aimer ce genre d'événements, mais le directeur avait insisté sur sa présence.

— Ce sera assez détendu, lui avait-il assuré. Pas besoin de te sentir obligée, mais si tu veux sortir un peu, ça pourrait te changer les idées.

Marie hésita, mais finit par accepter. Depuis son arrivée, elle s'était beaucoup appuyée sur Genzo, et elle voulait lui montrer qu'elle appréciait ses efforts pour l'aider.

Une soirée mouvementée

Le lieu de la réception était somptueux, un grand hôtel en ville avec des lustres étincelants et des serveurs portant des plateaux de champagne. Dès leur arrivée, Marie sentit son malaise revenir.

— Je ne connais personne, murmura-t-elle à Genzo en se tenant près de lui.

— Pas de pression. Tu peux rester avec moi, dit-il en souriant doucement.

Ils furent bientôt entourés par des coéquipiers et des membres du club, tous curieux de rencontrer « l'amie de Genzo ». Marie répondit poliment à leurs questions, mais elle sentit rapidement le poids des regards sur elle.

— Tu veux qu'on sorte un moment ? lui demanda Genzo en remarquant sa gêne.

Elle hocha la tête avec soulagement.

Ils se retrouvèrent dans un petit jardin à l'arrière de l'hôtel. L'air frais était un véritable soulagement pour Marie, et elle inspira profondément.

— Merci, murmura-t-elle.

— Je sais que ce n'est pas évident, répondit Genzo. Mais tu t'en es bien sortie.

Elle sourit légèrement, mais avant qu'elle puisse répondre, un bruit soudain les fit sursauter. Un cri venait de l'intérieur.

— Qu'est-ce que c'était ? demanda Marie, alarmée.

Genzo fronça les sourcils.
— Attend ici, je vais voir.

Une intervention courageuse

Genzo disparut à l'intérieur, laissant Marie seule dans le jardin. Elle attendit quelques instants, mais la curiosité et l'inquiétude prirent rapidement le dessus. Elle retourna prudemment dans la salle de réception.

Un attroupement s'était formé autour d'un homme visiblement ivre, qui criait sur l'un des serveurs. L'atmosphère était tendue, et l'homme, furieux, semblait prêt à en venir aux mains.

Genzo, déjà sur place, tenta de calmer la situation.
— Monsieur, calmez-vous. Il n'y a pas de raison d'être violent.

L'homme se tourna vers lui, visiblement agacé.
— Et toi, t'es qui pour me dire quoi faire ?!

Malgré l'agressivité de l'homme, Genzo resta calme.
— Je suis quelqu'un qui préfère éviter que cette soirée se termine mal.

Mais la situation dégénéra rapidement. L'homme poussa un serveur, renversant un plateau de verres au sol. Instinctivement, Genzo s'interposa pour protéger les autres.

— Ça suffit ! cria-t-il fermement.

Marie, qui observait la scène de loin, sentit son cœur s'emballer. Elle n'avait jamais vu Genzo dans une telle situation. Malgré la tension, il restait maître de lui-même, utilisant son autorité naturelle pour désamorcer le conflit.

Après quelques minutes, la sécurité arriva et escorta l'homme hors de la salle. Un murmure de soulagement traversa la foule.

Genzo se tourna alors vers le serveur, visiblement secoué.
— Vous allez bien ?

— Oui, merci, répondit-il, tremblant légèrement.

Un nouveau regard

Quand tout fut rentré dans l'ordre, Genzo chercha Marie du regard. Elle se tenait près de l'entrée, les bras croisés, son visage exprimant à la fois soulagement et admiration.

— Désolé pour ça, dit-il en s'approchant.

Elle secoua la tête.
— Tu n'as pas à t'excuser. C'était impressionnant, ce que tu as fait.

Il haussa les épaules, visiblement gêné.
— C'était la chose à faire.

Mais pour Marie, ce moment avait été plus qu'un simple acte de bravoure. Elle avait vu une facette de Genzo qu'elle ne connaissait pas : sa capacité à protéger, à rester calme dans la tempête, et à prendre soin des autres sans attendre quoi que ce soit en retour.

Alors qu'ils quittaient la réception, Marie marcha à ses côtés, plus proche qu'elle ne l'avait été jusqu'à présent.

— Merci, Genzo, murmura-t-elle après un long silence.

Il tourna la tête vers elle, surpris.
— Pour quoi ?

Elle lui adressa un sourire timide.
— Pour être toi.

Ces simples mots restèrent avec lui, réchauffant son cœur bien plus qu'il n'aurait osé l'avouer.

Chapitre 7 : Les Premiers Frissons

Après cette soirée, quelque chose changea entre Genzo et Marie. Ce n'était pas immédiat ni flagrant, mais un lien plus fort semblait s'être tissé entre eux. Chaque regard, chaque échange devenait plus chargé de sens, comme si un fil invisible les rapprochait peu à peu.

Genzo, pourtant si sûr de lui sur le terrain, se trouvait parfois maladroit en sa présence. Il s'efforçait de ne pas franchir de limites, de respecter l'espace dont elle avait encore besoin. Mais l'image de son sourire après la réception hantait ses pensées, et il sentait son cœur battre plus vite chaque fois qu'ils étaient seuls.

Marie, de son côté, n'était pas indifférente. Elle se surprenait à attendre ses retours d'entraînement avec une impatience qu'elle n'osait admettre. Elle appréciait la manière dont il la faisait se sentir en sécurité, mais au-delà de cela, une chaleur nouvelle naissait en elle.

Une journée au grand air

Un dimanche, Genzo lui proposa une promenade dans un parc voisin. Le soleil hivernal éclairait doucement les paysages, et l'air frais rosissait leurs joues.

— C'est agréable ici, dit Marie en observant les arbres dépouillés et le lac gelé.

— C'est l'un de mes endroits préférés pour me vider l'esprit, répondit Genzo.

Ils marchèrent en silence pendant un moment, le bruit de leurs pas sur les feuilles mortes étant leur seule compagnie.

— Tu sembles plus sereine ces derniers jours, fit remarquer Genzo.

Marie hocha la tête.
— Je pense que c'est grâce à toi.

Il s'arrêta, un peu surpris, et tourna la tête vers elle.
— Moi ?

Elle esquissa un sourire timide.
— Tu es patient, attentionné… Tu m'aides à me retrouver, à reprendre pied.

Genzo resta silencieux, touché par ses paroles. Mais il ne voulait pas précipiter les choses, ni se méprendre.

— Je veux que tu saches que je ne fais rien en attendant quelque chose en retour, dit-il doucement.

Marie le regarda, ses yeux brillants d'une émotion qu'elle peinait à contenir.
— Je le sais. Et c'est pour ça que je te fais confiance.

Leur regard se fixa un instant, et un frisson parcourut Genzo. Il détourna finalement les yeux, reprenant leur marche.

Une confession inattendue

Plus tard, alors qu'ils s'étaient installés sur un banc, Genzo rompit le silence.
— Parfois, je me demande ce que Taro aurait pensé de tout ça.

Marie releva la tête, surprise.
— De quoi ?

— De toi, ici, avec moi… De la manière dont j'essaie de t'aider.

Elle baissa les yeux, jouant avec une mèche de ses cheveux.
— Je pense qu'il aurait été reconnaissant.

Genzo eut un léger rire, presque amer.
— Peut-être. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il ne m'aurait pas fait confiance pour te protéger comme il le faisait.

Marie posa doucement une main sur son bras, le forçant à la regarder.
— Tu fais plus que protéger, Genzo. Tu es là, et c'est tout ce dont j'ai besoin en ce moment.

Ses mots frappèrent Genzo en plein cœur. Il sentit son souffle se couper un instant, mais il se contenta d'un hochement de tête.

— Merci, murmura-t-il, sa voix légèrement rauque.

Une étape décisive

Le soir même, alors qu'ils partageaient un dîner simple, Marie brisa une nouvelle fois le silence.
— Genzo… Je voulais te dire quelque chose.

Il leva les yeux, intrigué par son ton sérieux.
— Je crois que je commence à aller mieux. Pas complètement, mais… j'arrive à sourire à nouveau.

— C'est une bonne chose, répondit-il avec un sourire sincère.

Elle baissa les yeux sur son assiette, hésitant. Puis elle reprit :
— Et je crois que c'est aussi parce que… moi aussi, je ressens quelque chose pour toi.

Genzo resta figé, ses yeux ancrés dans les siens.
— Marie, je…

Elle leva une main pour l'interrompre.
— Je ne dis pas ça pour te mettre mal à l'aise. Je voulais juste être honnête.

Il se passa une main dans les cheveux, cherchant ses mots.
— Ce que tu ressens… Tu sais que c'est réciproque. Mais je ne veux pas te brusquer ou te blesser.

Marie lui offrit un sourire triste mais compréhensif.
— Je sais. Et c'est pour ça que je ne regrette pas de t'avoir dit ça.

La soirée continua dans un mélange d'émotion et de silence apaisant, marquant une étape décisive dans leur relation.

Chapitre Final : Un Nouveau Départ

Les semaines qui suivirent leur promenade et leur conversation furent marquées par une évolution douce et progressive entre Genzo et Marie. Leurs sentiments, bien qu'encore teintés de prudence, s'intensifiaient. Ils n'avaient pas précipité les choses, préférant laisser leurs émotions suivre leur propre cours.

Mais un tournant décisif arriva un matin d'avril, lorsque le printemps commençait à réchauffer l'air. Genzo avait proposé à Marie de l'accompagner à une exposition d'art en ville. C'était un domaine qu'elle appréciait, et il savait que cela lui ferait du bien.

Une journée lumineuse

L'exposition se tenait dans un petit musée, niché au cœur d'une place bordée de cerisiers en fleurs. L'atmosphère y était paisible, et Marie se laissa happer par la beauté des œuvres exposées. Genzo, lui, observait discrètement ses réactions, un léger sourire sur les lèvres.

— Ça te plaît ? demanda-t-il doucement alors qu'elle s'attardait devant une toile représentant une mer agitée.

Marie hocha la tête.
— Oui, beaucoup. Je crois que je retrouve peu à peu ce qui me faisait vibrer avant… tout ça.

Elle parlait de Taro sans le nommer, et Genzo comprit sans avoir besoin d'explications.

Après leur visite, ils décidèrent de s'asseoir à la terrasse d'un café, profitant du soleil. Le vent léger faisait danser les pétales de cerisier autour d'eux, créant une ambiance presque irréelle.

— Marie, commença Genzo après un moment de silence.

Elle releva les yeux vers lui, intriguée par son ton sérieux.

— J'ai beaucoup réfléchi à nous deux, et à ce que je ressens.

Elle ne dit rien, le laissant continuer.

— Au début, je me suis interdit de penser à toi autrement qu'en tant que petite amie de Taro. Par respect pour lui, pour vous deux. Je sais que ce n'est pas simple, reprit-il. Mais je veux qu'on avance ensemble, à notre rythme. Je veux t'aider à retrouver ta joie, et je veux construire quelque chose avec toi, si tu es prête.

Marie lui prit la main, ses doigts tremblants légèrement.
— Je suis prête, répondit-elle avec un sourire doux.

Une nouvelle promesse

Quelques mois plus tard, un autre printemps avait fleuri, et la maison de Genzo était méconnaissable. Marie, toujours artiste dans l'âme, y avait ajouté sa touche personnelle : des plantes, des tableaux, des livres qu'elle aimait. Ce n'était plus seulement une maison de passage, mais un foyer.

Un soir, alors qu'ils dînaient ensemble, Genzo posa une boîte en velours sur la table. Marie, surprise, le regarda avec de grands yeux.

— C'est quoi ? demanda-t-elle, bien qu'elle devinât déjà la réponse.

Genzo sourit, un mélange de nervosité et de détermination dans le regard.
— Ouvre, dit-il simplement.

Elle ouvrit la boîte, découvrant une bague délicate, ornée d'un saphir étincelant.

— Marie, dit-il doucement, sa voix légèrement tremblante. Je ne te demande pas de réponse tout de suite. Mais je veux que tu saches que je t'aime et que je veux passer ma vie avec toi.

Les larmes montèrent aux yeux de Marie, qui resta un moment, silencieuse, émue.

— Genzo… Tu as déjà fait tellement pour moi. Mais je veux que tu saches… que ma réponse est oui.

Il sentit son cœur exploser de joie, et un sourire rayonnant illumina son visage.

L'écho du passé et la promesse du futur

Le jour de leur mariage fut simple mais émouvant. Entourés de quelques amis proches, ils s'unirent sous un cerisier en fleurs, symbole d'un nouveau départ. Genzo, pour la première fois, ne se sentait plus coupable de son bonheur. Il savait que Taro aurait été heureux pour eux.

Et lorsque le soir tomba, et que les premières étoiles apparurent, Marie leva les yeux vers le ciel.

— Merci, murmura-t-elle, comme une prière adressée à Taro.

Genzo la serra doucement contre lui, prêt à écrire ce nouveau chapitre de leur vie, ensemble.