Résumé : Il doit aller porter un petit pot de beurre et de la galette à sa grand-mère, mais pour ça il doit traverser les bois sombres et obscurs. Arrivera-t-il au bout de son dangereux périple ?

Note de l'auteure : Comme vous l'avez sûrement deviné en lisant le titre, il s'agit de ma version du conte du Petit chaperon rouge.

Trouverez-vous quels personnages se cachent sous les traits des différentes rencontres que fera Minoru ?

En espérant qu'elle vous plaira.

Bonne lecture.

Lili


~ Le petit chaperon violet.~

Il était une fois, dans de lointaines et sauvages contrées, un petit village en bordure de bois. Dans ce village vivaient Minoru, jeune homme de seize ans, et ses parents. Les parents de Minoru travaillaient dur et étaient souvent fatigués. Minoru les aidait autant qu'il le pouvait, mais étant petit pour son âge et pas très fort, il ne pouvait les seconder aux champs. Aussi s'occupait-il de tenir la maison et de faire la cuisine.

Ce jour-là, il avait d'ailleurs cuisiné une belle galette pour que son père l'apporte à sa propre mère qui vivait de l'autre côté du bois. Dans un petit panier d'osier, il déposa un petit pot de beurre et la galette. Il couvrit le tout avec un torchon à carreaux rouges et blancs et attendit patiemment que son père soit prêt à partir.

Hélas, le père de Minoru fut appelé en catastrophe aux champs, et Minoru dut se résoudre à porter lui-même le panier à sa grand-mère. Il aimait beaucoup sa grand-mère, aller lui rendre visite ne lui posait donc aucun souci. Sauf qu'elle vivait de l'autre côté du bois, que les bois étaient infestés de bêtes féroces et sanguinaires, et que Minoru n'était pas très courageux.

- Allons, allons, mon chéri, le rassura sa mère avant de partir aux champs, elle aussi, il fait grand jour. Tu ne risques rien. Et ta grand-mère attend sûrement avec impatience ta visite.

- Mais d'habitude, j'y vais avec papa ! protesta Minoru.

- Tu es un grand garçon maintenant, rit sa mère. Tout ira bien !

Nullement convaincu, Minoru se chaussa, enfila son chaperon violet et quitta la maison prenant la direction des bois tant redoutés, son panier d'osier sous le bras. Sa mère n'avait parlé que des loups, mais Minoru était persuadé qu'il y avait bien pire dans cette forêt. Il traversa le village pour atteindre l'orée du bois. Il souffla un grand coup et prit tout son courage pour avancer sur le petit chemin serpentant entre les arbres.

Aux abois, Minoru jeta frénétiquement des coups d'œil anxieux tout autour de lui, sursautant au moindre bruit et tremblant de peur à chaque frémissement dans les buissons sauvages bordant le sentier. Il ne put s'empêcher de crier quand un scarabée surgit sous son nez en bourdonnant allégrement. Il prit quelques minutes pour se remettre de sa frayeur, la main posée sur son cœur qui battait à tout rompre.

Mais même s'il n'était pas particulièrement courageux, Minoru n'avait qu'une parole, et il avait promis que sa grand-mère aurait sa galette et son petit pot de beurre aujourd'hui. Il se remit donc en chemin, tout en bougonnant après son père qui l'avait lâchement abandonné et après ces bois qui étaient infestés de créatures maléfiques. Et pourquoi sa grand-mère ne vivait-elle pas au village, comme tout le monde ? Saleté de vieille...

Perdu dans ses récriminations intérieures, Minoru ne vit pas les petites lumières flottantes qui le suivirent, se cachant derrière les feuilles des arbres dès qu'il tournait la tête dans leur direction. L'une des fées malicieuses réussit à se glisser dans le panier de Minoru, sa lueur traversant le tissu vichy le couvrant. Cela amusa ses acolytes qui rirent de bon cœur, le son cristallin sortant de leurs minuscules bouches attirant l'attention du jeune homme.

- Ah ! C'est quoi ça ! s'affola-t-il.

Mais il eut beau regarder à droite et à gauche, il ne vit rien. Soufflant pour se donner du courage, il resserra sa prise sur son panier qui bougea tout seul. Inquiet, il baissa les yeux et poussa un cri, lâchant la corbeille en reculant précipitamment. Surpris, il vit une minuscule chose lumineuse sortir de son panier, tirant derrière elle la galette faisant trois fois sa taille.

- Voleuse ! tonna Minoru en se jetant sur la fée pour reprendre son bien.

Quatre autres fées surgirent d'entre les branchages et vinrent prêter main-forte à leur amie. Chopant son panier, Minoru coursa les demoiselles en vociférant :

- Rendez-moi ça, bandes de canaille !

Mais il ne fut nullement écouté et poursuivit les petites gourmandes à travers les bois.

Le terrain accidenté et couvert de nombreuses embûches le ralentit, mais les demoiselles ailées portaient un poids bien encombrant et ne volaient pas bien haut. Aussi, alors qu'il venait d'escalader un tronc couché au sol, Minoru bondit-il pour récupérer son bien. Il réussit à s'en saisir et roula au sol en criant de joie.

- Ah ah ! Je vous ai eu !

Se relevant, il pointa un index fier vers les fées qu'il avait bousculées et envoyées au milieu des feuilles jonchant le sol. Voyant les lumières et poussé par la curiosité, il s'approcha, non sans avoir soigneusement rangé sa galette dans son panier. Il cligna des yeux, surpris, ne s'étant pas attendu à ça.

- Hé ! Mais c'est que vous êtes mignonnes tout plein ! lança-t-il.

Elles étaient cinq, toutes dotées d'ailes irisées et vêtues d'une petite robe bleue et blanche. Minoru se vantait haut et fort d'apprécier les courbes féminines, et aussi petites soient-elles, les demoiselles étaient bien faites de leur personne. Celle aux cheveux roses bouclés avait de belles hanches, presque aussi belles que la poitrine de la brune coiffée d'une queue de cheval. Son regard appréciateur erra sans vergogne sur le corps voluptueux de la blonde au teint si pâle qu'elle en était quasiment transparente, et sur les courbes gracieuses d'une demoiselle aux cheveux châtains coupés au carré.

Il posa les yeux sur la quatrième et ne put s'empêcher de faire la moue. Si elle n'avait pas ses cheveux noirs coupés au carré et la robe, il n'aurait jamais cru que c'était une femme.

- Toi, par contre, ricana-t-il, t'es aussi plate qu'une planche à pain.

À peine eut-il fini sa phrase que cinq furies se jetèrent sur lui, s'attaquant à ses yeux, ses oreilles, ses doigts et ses cheveux.

- Aïe ! Laissez-moi tranquille, bande de furies !

S'agitant pour chasser ses minuscules assaillantes, Minoru recula de plusieurs pas, finissant par trébucher sur une racine et tomber en arrière avec un grand cri. Il dévala une petite pente, s'accrochant à son panier en espérant ne pas perdre son précieux chargement. Il lui sembla qu'il roulait boulé durant des heures. Pourtant, quand enfin il cessa de glisser, il s'aperçut qu'il n'était tombé que de quelques mètres.

- Forêt de merde, bougonna-t-il en s'asseyant, prenant le temps d'arranger son chaperon violet et de vérifier si le contenu de son panier n'avait pas trop souffert.

Heureusement, le petit pot de beurre était intact. La galette était un peu abîmée en revanche, mais rien de bien dramatique. Se relevant, il observa son environnement, s'étonnant de se trouver aux abords d'un étang.

Il n'avait pas souvenir d'être déjà passé près d'un étang les nombreuses fois où il avait accompagné son père. Curieux, il s'approcha des berges, se demandant s'il y avait du poisson dans ces eaux. Il écarquilla les yeux de surprise quand il vit une grenouille presque aussi grosse que lui, sagement posée sur un nénuphar.

- Croa !

- C'est quoi ce truc ? souffla Minoru, inquiet en observant le batracien.

Vert, avec des grands verts, elle avait une touffe de longs poils noirs sur le haut du crâne, lui descendant tout le long du dos. Des rayures blanches étaient visibles sur son corps, comme si elle portait une combinaison moulante. C'était la première fois que Minoru voyait un spécimen pareil.

Pas très rassuré, il recula d'un pas, puis d'un deuxième quand la grenouille sortit une langue démesurée pour gober un moucheron passant par là. Finalement, elle était bien trop grosse, cette grenouille. Il n'aimait pas du tout cet étang. Il l'aima encore moins quand une énorme tentacule bleue sortit tranquillement de l'eau et se dirigea vers lui. Tournant les talons, il piqua un sprint pour s'éloigner le plus vite possible de la créature non identifiée. Il n'allait quand même pas se laisser bouffer par un truc à tentacules !

Il courut aussi vite que le pouvaient ses petites jambes, sans jamais jeter un regard en arrière. Après de longues minutes de course, il se laissa tomber au sol dans une petite clairière, à bout de souffle.

- Saleté de forêt ! râla-t-il, les yeux rivés vers la cime des hauts arbres.

Se relevant doucement, il examina les alentours, constatant avec consternation qu'il s'était perdu. Il n'avait pas la moindre idée d'où était le chemin menant chez sa mère-grand et encore moins celui menant au village.

- Comment je vais faire ? soupira-t-il, dépité.

Un trille mélodieux lui fit lever le nez, se demandant quel oiseau émettait un si joli son. C'était une perruche blanche et grise avec une crête jaune. Le volatile pencha la tête sur le côté, semblant l'observer avec attention. Un mouvement sur la branche au-dessus de l'oiseau attira l'attention de Minoru, qui se sentit soudainement un peu moins rassuré.

Alanguis sur une grosse branche, deux gros félins, probablement des chats sauvages, le fixaient de leurs yeux perçants. L'un d'eux, au pelage aussi noir qu'une nuit sans lune, bâilla largement, dévoilant des crocs de belles tailles. Son compère, à la fourrure étrangement violette, grogna vaguement en réponse. Soucieux de mettre un peu de distance entre lui et les deux chats, Minora recula un peu, cherchant une échappatoire.

À peine eut-il repéré ce qui ressemblait à un sentier forestier, qu'un cri strident le fit sursauter. Non sans crainte, il leva les yeux, voyant la perruche agiter ses ailes en criant avec une puissance étonnante pour un si petit corps.

- Saleté ! Tu vas alerter toutes les bestioles du secteur ! se plaignit Minoru en s'engageant sans attendre sur le sentier.

Pas question de traîner dans le coin. Cette foutue perruche allait rameuter tous les prédateurs du coin ! Et il ne tenait pas à servir de repas à des animaux à poils ou à plumes. D'un pas vif, il arpenta le sentier, sentant les larmes lui monter aux yeux quand il comprit qu'il s'était bel et bien perdu. Comment allait-il retrouver sa maison ? Ou celle de sa grand-mère ? Ou celle de n'importe qui ? À ce stade, il s'en foutait, il voulait juste sortir de ces bois infestés de bestioles toutes plus dangereuses les unes que les autres.

Un corbeau noir vint planer autour de lui, tel un vautour autour de sa proie, l'effrayant encore plus. Et le petit rouge-gorge qui chanta joyeusement en voletant auprès de l'oiseau noir, ne le rassura nullement. Sûr que même les rouges-gorges étaient de dangereux prédateurs dans cette forêt maudite ! Minoru agita les bras pour chasser les deux volatiles, qui finalement le laissèrent, non sans que le plus petit lui lance un "cui-cui" semblant réprobateur.

Râlant après les moineaux envahissants, Minoru poursuivit son chemin, tâchant de suivre le sentier malgré les feuilles, les branches et autres obstacles en tout genre le cachant régulièrement. Il ne savait pas depuis combien de temps il était parti, mais depuis suffisamment longtemps pour qu'une envie très naturelle commence à le tenailler. Après s'être assuré qu'il ne risquait pas de se faire agresser par un animal féroce sorti de nulle part, il s'approcha d'un arbre, posa son panier et entreprit de vider sa vessie le long de l'écorce.

Soulagé, il referma soigneusement son pantalon et reprit son panier, bien décidé à sortir de ce bois. Un grognement sourd et menaçant le figea sur place, un frisson d'angoisse lui hérissant l'échine. Lentement, et craignant le pire, il se retourna. Il se félicita d'avoir fait pipi juste avant parce que nul doute que sinon il aurait trempé son pantalon. Il savait bien qu'il y avait des loups dans ces foutus bois !

Et le loup au pelage blond et aux yeux rouges était bien plus haut que lui et n'avait nullement l'air bien disposé. Ses babines retroussées dévoilaient d'impressionnants crocs luisant de salive, ses poils hérissés comme une crête sur sa tête ne lui donnant qu'un air encore plus féroce. Immobilisé par la peur, Minoru vit le loup commencer à tourner dangereusement autour de lui, tel un prédateur autour de sa proie. Et c'était lui, la proie !

- Me mange pas ! tenta-t-il. Je suis pas bon, tu sais ! Tu vas avoir des aigreurs d'estomac !

Sa tentative désespérée ne fit ni chaud ni froid au canidé qui continua à grogner, s'abaissant même pour sûrement lui sauter dessus. Terrifié, Minoru crut sa dernière heure arrivée, maudissant sa grand-mère qui refusait d'habiter au village. Au moment même où le loup s'apprêtait à bondir, un second loup, noir aux yeux verts, surgit des fourrées, bousculant le canidé blond.

Ce dernier, déséquilibré, chancela et aboya sauvagement sur le nouveau venu qui baissa les oreilles et la queue en geignant en signe de contrition. Le loup blond ne sembla guère sensible au comportement de son confrère, soufflant fortement par le nez avant de se retourner vers Minoru qui n'avait pas osé bouger d'une oreille. Il fut certain de voir le loup sourire sadiquement quand il s'avança d'un pas vers lui.

Mais le loup noir intervint encore, venant frotter son museau contre le flanc du canidé blond, en geignant doucement. Le claquement de mâchoire et le jappement bref qui lui furent adressés ne le découragèrent nullement, il poursuivit son pleurnichement en se collant contre le corps massif de l'autre loup. Toujours immobile, Minoru assista à ce qu'il lui fit penser à ce que faisait sa mère pour calmer son père, quand elle le câlinait et le cajolait avec des yeux de biches éplorées, jusqu'à ce qu'il cède et se calme.

L'insistance du loup noir finit par avoir raison du loup blond qui répondit à ses câlineries avec un vague grognement. En voyant les deux canidés se frotter tendrement l'un à l'autre, Minoru réalisa soudainement que c'était sa chance. Faisant attention à rester discret, il recula aussi vite que possible pour s'éloigner rapidement du duo de loups. Dès qu'il ne les vit plus, il tourna les talons et déguerpit à toutes jambes, priant tous les Dieux qu'il connaissait pour que les deux animaux sauvages ne le prennent pas en chasse.

Il arriva finalement sur une pente herbeuse, coupant la forêt en deux. Il ralentit l'allure et s'arrêta à l'orée du bois, se demandant s'il était bien prudent d'avancer à découvert. Surtout qu'il n'avait aucun souvenir d'une colline dans les environs de chez sa grand-mère. Il était bel et bien complètement perdu. Sa seule chance de retrouver son chemin, c'était de rejoindre l'autre côté de la forêt et donc de traverser cette petite prairie.

Heureusement, il n'y avait aucun animal visible au milieu de l'herbe et la pente était douce. Prudent, il s'avança à découvert, jetant des coups d'œil frénétiques tout autour de lui. Il arriva au milieu du pré quand un mouvement sur sa droite attira son attention. À quelques mètres de lui, jugées sur un rocher, deux marmottes le regardaient avec attention. Minoru souffla de soulagement. Des marmottes... C'était gentil, les marmottes. Tout sauf agressif.

Il ne put s'empêcher de songer que les animaux du coin avaient tous des couleurs bizarres. Outre le chat violet, on n'avait jamais vu un loup blond, et encore moins une marmotte jaune et une marmotte rouge. Pourtant, les deux spécimens étaient bel et bien jaune pour l'un et rouge pour l'autre. Vraiment, c'était très inhabituel. Mais il supposa que s'il y avait des fées, il pouvait y avoir des bestioles aux couleurs étranges.

Nullement inquiet, il poursuivit son chemin. Mais un trille strident le fit sursauter et se retourner. Effaré, il vit les deux marmottes courir vers lui.

- Qu'est-ce que...

Mais il ne put finir sa phrase, la marmotte jaune lui sautant au visage toutes griffes dehors. Minoru réussit à se protéger d'un bras, mais cria quand les crocs de la marmotte rouge s'enfoncèrent dans son mollet.

- Lâche-moi ! rugit-il en agitant son mollet, espérant se débarrasser du rongeur.

Faute d'y arriver, il frappa la bête avec son panier, évitant de justesse l'assaut griffu de la marmotte jaune qui vint au secours de son comparse.

- Saleté ! cria Minoru en évitant l'éclair jaune qui fonça droit sur lui.

La marmotte rouge ayant enfin lâché son mollet, il partit en courant vers la forêt, poursuivi par les deux rongeurs déchaînés.

Il s'enfonça sous les arbres, jetant un dernier coup d'œil derrière lui, voyant que les deux rongeurs s'étaient arrêtés à la frontière entre le bois et la prairie, le suivant malgré tout des yeux en claquant des dents. Essoufflé, il prit quelques minutes loin des griffes et des crocs acérés des bestioles pour reprendre son souffle. Il examina aussi de près son mollet, constatant dépité qu'il avait la marque des deux canines pointues de la marmotte. Il espérait que sa mère-grand aurait de quoi désinfecter, il ne tenait pas à choper une cochonnerie à cause d'une marmotte rouge vorace.

Après dix bonnes minutes de pause, bien méritée selon lui, Minoru reprit sa route, son chaperon violet bien en place et son panier d'osier en main. Malgré ses déboires, le petit pot de beurre et la galette étaient presque intacts. Et sa grand-mère avait intérêt à les apprécier vu le mal qu'il s'était donné pour les lui apporter. En plus, il était toujours perdu. Il devait absolument retrouver son chemin avant la nuit. Si déjà en journée les animaux vivants dans cette forêt étaient aussi agressifs, il ne voulait surtout pas s'y retrouver la nuit tombée.

Reprenant son périple, en essayant de reconnaître quelque chose pouvant le mener sur le bon chemin, Minoru ne prêta guère attention à ce qui se passait au-dessus de sa tête. Jusqu'à ce que quelque chose ne tire sur sa capuche. Levant le nez, non sans crainte, il vit deux singes perchés sur des branches. L'un d'eux était aussi blond que le loup croisé précédemment et avait une houppette de poils sur le bout de sa queue. Le second, noir, rayé de jaune, avait des articulations difformes. Mais les deux ricanaient en regardant le pauvre Minoru.

- Foutez-moi la paix ! cracha ce dernier, commençant à en avoir sérieusement marre de ces rencontres inopinées.

Ignorant les singes, il reprit sa route, gardant précieusement son panier contre lui. Les singes étaient voleurs et taquins, c'était bien connu. Pas question de les laisser lui chiper sa galette et son petit pot de beurre.

Mais les singes ne semblaient nullement décidés à le laisser partir, le suivant en sautant de branches en branches, s'amusant à agripper son chaperon violet et à tirer dessus. Minoru serra les dents et continua à avancer. Ils allaient bien finir par se lasser. Hélas pour lui, l'un des deux primates lui abaissa la capuche sur le nez, le rendant aveugle.

- Lâchez-moi ! s'agita Minoru en essayant de retrouver la vue. Bandes de macaques pelés !

Hélas, dans son agitation, il ne vit point le petit ravin pierreux et y tomba sans aucune grâce. La chute ne fut pas longue, mais les cailloux le blessèrent et le firent gémir de douleur. Au sol, Minoru réussit à remettre sa capuche en place et darda un regard noir sur les deux singes restés en hauteur. Levant le poing vers les primates, Minoru les maudit en jurant d'en faire des couvertures pour l'hiver s'il les retrouvait.

Satisfait, il vit les deux singes quitter les lieux. Ah ! Lui aussi pouvait faire peur ! La preuve ! Un sifflement dans son dos le fit gémir autant de dépit que d'angoisse. En se retournant, il comprit que les singes n'avaient nullement eu peur de lui, mais bien plus sûrement de l'énorme serpent bleu foncé qui se dressait de toute sa hauteur. Des rayures plus claires entouraient ses yeux, donnant l'impression qu'il avait des lunettes et renforçant son air menaçant.

Minoru jugea plus prudent de reculer, surtout quand il remarqua un second serpent, plus petit, d'un beau jaune brillant à côté du premier. Si ce dernier se tenait très droit, sifflant sévèrement, sa langue fourchue pointant dans la direction de Minoru d'un air menaçant, le second se pavanait, exposant ses écailles brillantes où le soleil se reflétait. Minoru ne savait pas si c'était une manière d'hypnotiser sa proie, mais il ne comptait pas rester là pour le savoir.

Précipitamment, il entreprit de sortir du petit ravin, tremblant de peur. Le trou dans lequel il avait atterri n'était pas très profond, mais Minoru étant petit eut bien du mal à escalader la paroi rocheuse. Sous ses mains et ses pieds, les cailloux roulèrent, manquant plus d'une fois de le ramener vers les deux serpents toujours à l'affût. Heureusement, aucun des deux reptiles ne sembla vouloir le poursuivre, et Minoru réussit à s'extirper autant du fossé que de la situation périlleuse où il s'était retrouvé.

Mieux encore, dès qu'il eut atteint le haut du ravin, il vit à quelques mètres de là, une ruche. Une ruche ! Minoru en pleura de soulagement. Il y avait des ruches derrière chez sa mère-grand ! Il avait retrouvé son chemin ! Sans prendre le temps de souffler, il se redressa et courut en direction de la maisonnette en bois abritant des abeilles. Il n'était plus très loin ! Il allait enfin pouvoir souffler.

À peine eut-il pensé ça qu'un énorme ours brun surgit d'entre les arbres, se dirigeant tranquillement vers la ruche. Minoru poussa un hurlement sauvage et piqua un sprint pour atteindre la ruche avant le grand carnivore. Non, pas question de laisser un ours lui barrer la route ! Il était presque arrivé ! Et il n'était clairement pas de taille pour affronter un ours adulte... ni un ourson d'ailleurs.

L'ours ne sembla nullement agressif, se contentant de le regarder passer avant de reprendre paisiblement son chemin vers la ruche et le miel qu'elle contenait. Minoru put donc atteindre le chemin, qu'il avait perdu depuis belle lurette, en toute sécurité. Un rapide tour d'horizon, et le jeune homme repéra le toit rouge de la maisonnette de sa grand-mère. Sans attendre, il s'y dirigea d'un bon pas, heureux d'être enfin parvenu à son but, malgré quelques périlleux détours.

Tout concentré qu'il était sur la maison, il trébucha et s'étala de tout son long sur le chemin de terre et de graviers.

- J'en ai MARRE ! hurla-t-il en tapant des poings et des pieds sur le sol.

Tournant la tête, il chercha à identifier la chose l'ayant fait trébucher, voyant alors une tortue jaunâtre portant un lézard rouge et blanc sur son dos s'avancer lentement au milieu du chemin.

- Dégage saloperie ! s'énerva Minoru en se relevant. T'es au milieu du chemin, t'emmerde tout le monde !

Et sans aucune considération pour les deux animaux, il donna un grand coup de pied dans la tortue. Mais cette dernière rentra dans sa carapace et Minoru se retrouva à sautiller sur le chemin, son pied en main, en maudissant la bestiole qui lui avait cassé au moins deux orteils.

Impassible, le lézard bicolore observa la scène, sans bouger d'une écaille, enrageant un peu plus le jeune homme. Récupérant son panier, Minoru lança une bordée d'insultes sur les deux animaux si paisibles, et reprit son chemin vers la maisonnette au toit rouge. Quand il vit qu'il n'était plus qu'à quelques pas de la porte, il prit le temps de rajuster son chaperon violet et de vérifier le contenu de son panier. Bon, la galette avait souffert, mais le petit pot de beurre était intact.

Arrivé devant la porte, il tira la chevillette et la bobinette cherra, ouvrant le battant en bois brut.

- Bonjour mère-grand ! lança-t-il d'un ton jovial en pénétrant dans la modeste demeure.

Il fronça les sourcils en ne voyant personne dans l'unique pièce de la maison. Pris d'un doute, il s'approcha du lit, inquiet que son aïeule ne soit alitée.

Mais il n'y avait personne dans ce lit, juste le vieux chien malingre, aux poils d'un jaune pisseux et aux oreilles pendantes. Ignorant le toutou, Minoru se dirigea vers l'arrière de la maison, espérant trouver sa grand-mère dans le jardin. Et il l'y trouva. Assise sur une chaise en bois, attablée à la table de jardin, en compagnie d'un vieil ami à elle. Les deux octogénaires ne l'avaient visiblement pas entendu arriver, trop occupés à débattre de la bonne dose de beurre à mettre dans une galette.

- Mon petit-fils est adorable, mais sa galette est toujours bien trop sèche, assura Chiyo. Il ne met pas assez de beurre.

- Je ne l'aime pas trop beurrée, moi, répondit placidement Gran Torino.

- TROP SÈCHE !

Le rugissement offusqué fit sursauter les deux vieillards et dresser les oreilles du chien couché sur le lit.

Minoru n'en pouvait plus... Et entendre la critique de sa grand-mère le fit dégoupiller. Posant sans aucune douceur son panier sur la table, il en sortit avec des gestes brusques sa galette, un peu émiettée, et son petit pot de beurre. Petit pot de beurre qu'il ouvrit pour en tartiner le contenu sur la galette, tout en éructant, tremblant de rage.

- Je me suis fait chier à te faire cette foutue galette ! J'ai traversé ces bois maudits et infestés d'animaux sauvages pour te l'apporter ! Je me suis fait sexuellement harceler par des fées perverses ! J'ai failli mourir noyé, entraîné dans un lac immense par une grenouille géante et un monstre marin ! Je me suis fait percer le tympan par une connasse de perruche ! Pourchassé par deux tigres féroces ! Un corbeau a essayé de m'arracher un œil, sous les encouragements d'un rouge-gorge sadique ! Je me suis battu avec deux loups affamés ! Je me suis fait mordre par des marmottes carnivores ! Attaqué par des singes qui ont essayé de me voler mon panier ! J'ai échappé de justesse à deux énormes serpents venimeux et à un ours enragé ! Alors ta foutue galette... TU VAS LA BOUFFER VIEILLE PEAU !

Minoru sauta sur sa grand-mère pour lui enfoncer de force dans la bouche la galette beurrée. Chiyo tomba de sa chaise, mais Minoru la plaqua au sol pour l'étouffer avec la pâtisserie. Gran Torino vola au secours de son amie, attrapant Minoru pour le séparer de son aïeule. Le chien vint voir ce qu'il se passait et goba la galette en miette. Enragé, Minoru se débattit dans les bras de Gran Torino, hurlant à plein poumon :

- Je t'en ferai plus ! PLUS JAMAIS ! Et tu peux toujours crever pour que je revienne te voir ! VIEILLE PEAU INGRATE !

Voyant que le jeune homme ne décolérait pas, Gran Torino l'assomma d'un coup bien placé sur la nuque. Après une courte discussion avec Chiyo, qui allait bien malgré l'attaque de son petit-fils et sa chute, il allongea Minoru sur le lit de la vieille dame.

- Je ne comprends pas, dit-il, les sourcils froncés en voyant le jeune homme étendu. Par où est-il passé pour devoir traverser les bois ? Le chemin les contourne...

- Va savoir... soupira Chiyo. Il est adorable, mais n'a aucun sens de l'orientation.

Fin.


Commentaire de l'auteure :

Voilà, ma version du chaperon rouge. J'espère qu'elle vous a plus.

Avez-vous trouvé qui est qui ?

Au cas où, vous les auriez pas tous :

Les fées : Mina, Momo, Jiro, Toru, Ochaco (avouez qu'elles sont mimis en fées).

La grenouille : Tsuyu (facile ça, je vous l'accorde).

Le tentacule sortant du lac : Mezo (pareil, j'ai fait dans l'évidence).

La perruche : Present Mic (un grand classique).

Les deux gros chats : Aizawa et Hitoshi (ça leur va bien non ?).

Le corbeau : Fumikage (là encore, classique).

Le rouge-gorge : Hawks (pour changer du pigeon).

Les loups : Katsuki et Izuku (évidemment ! qui d'autres ?).

Les marmottes : Eijiro et Denki (des mignonnes petites marmottes).

Les singes : Ojiro et Hanta (là encore, du très facile).

Les serpents : Tenya et Yuga (ah ! Vous l'aviez pas vu venir celle là !).

L'ours : Rikido (très vite évoqué hein...).

La tortue : Koda (qui donc se fait frapper alors qu'il a rien fait).

Le lézard : Shoto (impassible et se baladant à dos de tortue).

Le chien : All Might (bon, lui il était pas prévu mais j'ai pas résisté).


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Pendant que Lili se félicite d'avoir, ENFIN, terminé cette petite histoire, Minoru se vante d'en être le héro sous les regards désabusés de ses camarades.

- Pourquoi lui ? demande Katsuki.

- Parce que tu voulais le rôle ? ricane Lili.

- Du tout ! confirme Katsuki. Un loup, ça me va très bien. Mais tu sais que dans le conte, le loup bouffe le chaperon rouge et sa grand-mère hein ?

- Oui, mais c'est nul, assure Lili en levant le nez d'un air hautain. Ce conte, c'est un truc anti-féministe au possible, apologie du patriarcat et du carcan empêchant les femmes de s'exprimer librement. Donc...

- Donc, tu as mis un mec en personnage principal et tu l'as ridiculisé en le foutant dans pleins de situations où il flippe, comprend Katsuki.

- Voilà ! sourit Lili. J'ai choisi Minoru, non seulement pour sa petite taille, mais aussi pour son côté pervers. C'est lui qui est harcelé maintenant...

- Du coup, intervint Izuku, pourquoi ne pas l'avoir fait mangé par un loup ?

- Aucun intérêt, affirme Lili. C'était bien mieux de montrer les dégâts psychologiques qui le mettent à bout de nerfs et lui font péter un plomb.

Pendant que les personnages s'extasie sur le génie de l'auteure, Aizawa se penche vers Hawks et souffle :

- Tu crois qu'ils se rendent compte qu'elle raconte n'importe quoi et qu'elle avait juste envie de faire des misères à Minoru ?

- Laisse la croire que son explication est crédible, répond Hawks sur le même ton. Va pas nous la mettre à dos.