Bonjour à toustes,
Voici une petite fic sans prétention pour une occasion toute spéciale.
Je vous souhaite une bonne lecture !
... ...
Chère Hydrus Maelstrom,
Enfin, mille ans plus tard, c'est fini !
Je te souhaite une fois de plus un bon anniversaire (ce n'est que le quatorzième jour finalement) et une bonne lecture !
Avec toute mon amitié,
Pouik
Promesse
— Potter ! Dans mon bureau !
Harry soupira et termina son café. Eurk, il était froid, c'était dégueulasse ! Il rejoignit Robards avant qu'il l'appelle une nouvelle fois. C'était sa manière de s'adresser à ses Aurors, mais qu'est ce que c'était pénible de l'entendre beugler vingt fois par jour. Il n'était pas un mauvais chef, il était simplement doté d'une délicatesse de troll.
— Oui, chef ?
— Nouvelle affaire, répondit Robards en tendant un dossier. Rien de très compliqué, mais ça pourrait être long.
— C'est quoi ?
— On a besoin d'agents sous couverture pour un trafic de potions qui pourrait se révéler plus dangereux que les trucs habituels.
— Potions frelatées ? Décès ? Ou autre chose ?
— Oui et non. Il y a en plus des rumeurs sur un retour du Mage Noir. Enfin, disons plutôt des gens qui essayent et qui causent des dégâts.
Harry éclata de rire. Ça ne serait que la millième en dix ans qu'ils démantèleraient un groupuscule de ce genre. Rien ne changerait jamais.
— Okay chef, je me mets dessus. J'pars avec qui ?
— Équipe réduite au minimum, tu imagines bien. Et je dois absolument t'envoyer avec un potionniste, exigence d'au-dessus.
La grimace de Robards ne plaisait pas à Harry. Il avait un mauvais pressentiment. Il jeta un œil à la pochette cartonnée qu'il tenait toujours. Les noms des équipiers étaient toujours indiqués sur la couverture. Ses yeux s'écarquillèrent.
— Malefoy ‽
— Navré, Potter, mais c'est le meilleur potionniste des Langues-de-plomb. Vous ne vous êtes pas si mal entendus la dernière fois.
Harry ne répondit pas. Ils avaient fait la paix depuis longtemps, évidemment. Il était impossible de continuer leur guéguerre d'adolescents après autant d'années, de multiples excuses et des groupes d'amis qui s'étaient mélangés. Ils se respectaient, ils pouvaient travailler ensemble. Pourtant, Harry préférait Angelica Cole à Malefoy. Avec elle, il n'y avait pas cette tension invisible qu'il ne savait pas expliquer. Il se disait que le passé laissait forcément des traces. Ça n'avait absolument rien à voir avec son intelligence, sa méticulosité ou son sourire charmeur.
— Okay. Il a eu le dossier ?
— En théorie, oui. Soyez prudent, pas de précipitation. Pas de délai pour cette mission, pas de rapport, ne vous mettez pas en danger. Vous devez tous les deux connaître vos profils par cœur. Personne d'autre ne saura où vous êtes, qui vous êtes, secret absolu. C'est compris, Potter ?
— Compris, chef.
Harry retourna à son bureau pour éplucher le dossier. Il tenta de le mémoriser et envoya une note ministérielle à Malefoy pour lui donner rendez-vous à la cafétéria.
La pièce était presque vide à cette heure et tant mieux. Malefoy était déjà là, assis raide comme une baguette, sa main aux ongles manucurés enroulée autour d'une tasse fumante. Harry prit un café avant de le rejoindre. Il s'installa, ajouta trois sucres, touilla puis releva enfin le regard.
— T'as eu le dossier ?
— Évidemment, Potter. Comment veux-tu procéder ?
— Disons, hm, rendez-vous dans deux heures à la maison de Falmouth ? Attends, c'est vrai que tu connais p'têt pas, j'vais te filer les coordonnées. C'est la planque la plus proche du lieu de l'enquête. Et là, on s'organise.
Harry griffonna des indications pour Malefoy et se leva, le dossier dans une main, son café dans l'autre. Il attendit un instant, le regard planté dans les iris orageux.
— D'accord. Dans deux heures, souffla Malefoy.
Harry se prépara et transplana à Falmouth. L'esprit occupé par l'enquête à venir, il avait failli oublier d'envoyer un hibou à Ron et Hermione. Il ne leur donna aucun détail bien entendu, mais il ne voulait pas qu'ils s'inquiètent de son absence et de toute façon quelqu'un devait s'occuper de Flash. Harry ne savait pas quand il pourrait de nouveau entrer en contact avec l'extérieur.
Travailler sous couverture était difficile et dangereux, Harry était parfois soulagé de ne pas avoir de famille quand il partait. C'était peut-être même pour ça qu'il était si souvent choisi pour ce type d'enquête : pas de femme, pas d'enfants. Il ne manquait à personne même s'il s'absentait pendant plusieurs mois.
La solitude lui pesait pourtant. Ses histoires ne duraient jamais et Ginny avait refait sa vie depuis longtemps. Tant mieux, elle ne méritait pas de rester seule et malheureuse parce que Harry avait mis trop de temps à s'extirper de sa dépression post-guerre. Elle l'avait soutenu de son mieux, mais ils étaient si jeunes… Elle s'était éloignée sans le vouloir, Harry l'avait repoussée sans l'avoir prémédité et ça s'était terminé. Comme la fermeture d'un livre qu'on venait d'achever. Ils étaient toujours amis et les Weasley restaient sa famille de cœur. Mais quand il rentrait chez lui le soir, il était seul avec sa chatte. Flash était une petite boule de poils tigrés qui avait fait chavirer le cœur de Harry un soir alors qu'il rentrait d'un rendez-vous foiré. Elle était roulée en boule sur son paillasson, maigre et tremblante. Comme lui, elle avait été abandonnée et laissée à la merci du destin. Il l'avait adoptée et, depuis, ils se tenaient compagnie.
Les barrières de la planque sonnèrent et Harry sortit vérifier que c'était bien Malefoy. Il lança une série de sorts pour s'assurer de son identité avant de lui adresser la parole :
— Pourquoi Hermione t'a frappé en troisième année ?
Malefoy roula des yeux et soupira.
— Parce que je me moquais de la sentence de mort de l'hippogriffe qui m'avait blessé.
— Okay, c'est bon. Merci. Entre.
Harry réactiva les barrières derrière eux.
— Mets ta main sur le panneau, s'te plaît.
Il obtempéra et Harry modifia les sorts pour qu'ils reconnaissent la magie de Malefoy et s'ouvrent pour lui à l'avenir. Les protections de cette maison très ordinaire, transformée en planque, étaient remises à zéro à chaque enquête. Seuls Harry et lui pourraient y accéder le temps de cette mission.
— Bon, il est pas super tôt, j'te montre vite fait la maison, on relit les dossiers et on va se coucher. Demain matin, premier débrief, tu pourras me poser toutes les questions que t'as.
— D'accord.
Malefoy était arrangeant, c'était déjà ça. Harry lui fit rapidement visiter les lieux. Il n'y avait qu'une pièce à vivre, deux chambres et une salle de bain, rien de très luxueux. Mais c'était fonctionnel et propre. Il ne fit aucun commentaire négatif et s'enferma dans sa chambre après s'être préparé un mug de tisane. Harry haussa les épaules et rejoignit la sienne. Il se jeta sur son lit et lut le dossier trois fois avant de s'endormir sans s'en rendre compte.
Harry se réveilla avec les lunettes tordues. L'une des branches lui rentrait dans la tempe et lui faisait mal. Avec un grognement, il se redressa et les répara. L'un des sorts qu'il utilisait le plus. Il fallait qu'il arrête d'oublier de les retirer pour dormir.
Le jour était à peine levé et les oiseaux piaillaient joyeusement au-dehors. Il ouvrit la fenêtre pour aérer et prit une grande inspiration. L'air salé lui piqua un peu les narines et un sourire étira ses lèvres. C'était un endroit agréable. En tout cas, quand on ne s'apprêtait pas à infiltrer une organisation de trafiquants qui se prenaient pour des mages noirs.
La salle de bains était disponible et sa douche fut expédiée, il avait du pain sur la planche. Le reste de la maison était silencieuse, mais une odeur de café lui titilla les narines quand il rejoignit la pièce principale. Malefoy était installé à table et deux mugs fumants attendaient. Harry avala une grande gorgée de café brûlant – sucré à la perfection – et soupira d'aise. Il attrapa quelques biscuits qui attendaient dans leur emballage et les enfourna avec un peu plus de café. Sa journée venait de s'améliorer d'un coup.
— Bon, commença-t-il en ouvrant le dossier, t'as tout mémorisé ?
— Je pense que oui. Même si je suis outré que mon personnage soit roux, qui a eu cette idée stupide ?
— Aucune idée, ricana Harry qui trouvait quand même ça plutôt drôle, mais c'est comme ça. Les agents qui créent nos identités secrètes font bien leur boulot, c'est tout ce qu'on leur demande.
— Je leur dirais bien deux mots, moi.
— Tu pourras pas, c'est une Langue-de-plomb.
Malefoy hocha sèchement la tête et porta le mug à ses lèvres. Ses longs doigts enroulés autour de la céramique attirèrent un instant le regard de Harry. Il secoua la tête et reporta son attention sur le dossier.
— J'ai le matériel et les compétences pour nous transformer. C'est semi-permanent pour éviter des accidents type fin de polynectar. On utilise ça depuis un moment et ça marche parfaitement.
— Donc je ne retrouverai pas mon apparence tant que tu ne l'auras pas décidé ?
— Exactement. Pareil pour moi, d'ailleurs. Des questions ?
Malefoy en avait beaucoup. Harry craignait que la mission soit trop complexe pour lui, mais il ne pouvait pas aller à l'encontre des ordres qui venaient directement du Ministre. Harry espérait que ce trafic ne serait que ça : des sorciers idiots qui vendaient des potions interdites. Cependant, si l'hypothèse des mages noirs se vérifiait, ça se compliquerait. Harry aurait vraiment préféré un autre Auror.
Harry expliqua avec patience, même si sa jambe tressauta tout du long. Les informations dont il disposait étaient le reflet du travail d'une autre équipe qui continuait son enquête en parallèle. Harry et Malefoy devaient infiltrer le groupe grâce à leurs investigations.
— Bon, j'vais nous transformer. Ensuite, repos pour quelques heures. Y a de quoi manger dans les placards si t'as faim. Et ce soir on transplanera à proximité de ce bar, indiqua Harry en pointant l'une des cartes du dossier. On sait qu'ils y sont souvent.
— D'accord. Est-ce qu'on revient ici tous les soirs ?
— En théorie. Mais il faut pas arriver juste devant la maison et jamais au même endroit. J'vais t'apprendre les charmes pour vérifier que tu n'as pas une trace quelconque sur toi. Ensuite, il faut rejoindre la planque à pied ou par transplanages de courtes distances.
— Ils ne vont pas trouver ça bizarre que deux types s'intéressent à eux d'un coup ?
— On est pas censés se connaître si t'as bien lu les fiches, Malefoy…
— Je sais, mais… Non, rien.
Harry se retint de rire. Malefoy avait l'air frustré de devoir se contenir. Il y avait un petit pli entre ses sourcils et sa bouche était pincée. C'était hilarant.
— Allez, crache le morceau.
— On pourrait essayer d'aborder les choses autrement ? J'arrive pas à croire qu'ils se douteront de rien. On peut faire croire qu'on est des amis de longue date ? Des amants, même ? Un couple de sorciers qui veut se procurer des potions pour leur propre affaire clandestine ? Un truc dans ce goût-là ?
Harry éclata de rire. Malefoy semblait sérieux, pourtant. Il le fixait comme si Harry avait perdu l'esprit, c'était le monde à l'envers. Son inexpérience était à la fois inquiétante et rafraîchissante.
— Nos identités ont été étudiées, Malefoy. On peut pas tout changer juste parce que t'as une intuition. Tu t'appelles Owen Viperyn, t'es potionniste diplômé à New York, t'as entendu parler d'eux grâce à tes contacts et tu veux rejoindre leur organisation. Point.
— Mais… si j'y parviens et toi non ? Je serais seul avec ces malades !
— T'inquiète pas, j'sais ce que je fais. Mon personnage est censé sortir d'Azkaban pour recel, j'aurai aucun problème. Tu seras pas seul.
L'enquête avançait. Lentement certes, mais elle progressait. Harry avait infiltré le groupe deux jours avant Malefoy et y prenait ses marques. Il notait chaque indice qui permettrait de statuer sur leur but réel. Malefoy avait vite trouvé sa place derrière des chaudrons et pestait chaque soir sur le fait qu'il brassait des poisons et potions interdites toute la journée. Pourtant, il tenait parfaitement son rôle pour ne pas éveiller les soupçons. Ils se croisaient plusieurs fois par jour dans des locaux incartables et continuaient à jouer l'ignorance. Malefoy avait de nouveau demandé un rapprochement de leurs personnages, Harry avait de nouveau refusé. Liam Bole était irascible et ne se liait d'amitié avec personne depuis sa sortie de prison, Harry ne voulait pas mettre en danger sa couverture.
Ils s'étaient séparés comme d'habitude dans la matinée, avaient rejoint l'entrepôt puis Malefoy s'était volatilisé. Harry ne l'avait pas croisé de la journée et quand il avait demandé où était le nouveau potionniste, on avait haussé les épaules. Harry ne pouvait pas poser trop de questions, mais un mauvais pressentiment l'avait immédiatement tiraillé. C'était comme un insecte qui grattait sous sa peau.
Les lumières étaient éteintes, Harry n'aimait pas. La porte claqua derrière lui.
— Malefoy !
Le silence lui répondit.
— Putain ! Malefoy !
Harry fit le tour de la maison en courant. Personne. Il aurait dû être là ! Il rentrait toujours le premier.
Harry s'agrippa la tête à deux mains et jura une nouvelle fois. Ses mèches blondes trop longues s'échappaient de la queue de cheval qui les retenait. Ne pas réussir à les attacher correctement le rendait fou, mais les mèches dorées comme les blés étaient trop fluides. Malefoy se moquait constamment de sa dégaine, mais Harry savait que c'était sans méchanceté. Il avait ce petit sourire en coin à peine visible et ses yeux bleus pétillaient de malice. En deux semaines à ne fréquenter que des petites frappes en dehors d'eux-mêmes, ils s'étaient rapprochés. Harry savait maintenant décrypter ce qu'il pensait rien qu'en l'observant. Enfin, parfois. Il était plus expressif et volubile que Harry l'avait pensé. Il avait un humour particulier, mais qui marchait beaucoup trop bien sur Harry. Et il était intelligent et malin. Ça faisait parfois frétiller le cœur de Harry.
Ce cœur qui frappait en ce moment ses côtes avec excès. Il se força à se calmer et à réfléchir. Il ouvrit le dossier et le carnet qu'il remplissait chaque soir et relut tout ce qui y était consigné. Il parcourut celui de Malefoy aussi, dans l'espoir de trouver des indices sur la cause de sa disparition.
Harry resta éveillé la moitié de la nuit à réfléchir et attendre un retour miraculeux. Non seulement il était inquiet, mais Malefoy lui manquait. Ils avaient pris leurs petites habitudes dans cette planque et c'était agréable de ne pas être seul le soir et le matin. L'odeur du café juste passé avant même qu'il se réveille. L'humidité résiduelle dans la salle de bain quand il s'y traînait. La façon dont Malefoy tapotait son menton avec le bout de sa plume quand il écrivait sur son carnet. Son regard trop bleu, beaucoup trop perturbant. Avec ses cheveux roux et bouclés, il avait un petit air de Charlie. Harry s'était bien gardé de lui dire, Malefoy se plaignait déjà assez de son apparence imposée.
Les jours suivants, Harry tint son rôle. Il récupérait des potions, les revendait sous le manteau et revenait. Il fouillait autant que possible, posait des questions au compte goutte, creusait les liens entre les membres du groupe et les anciennes familles. L'enquête avançait, mais toujours aucune nouvelle de Malefoy. Harry ne dormait presque plus et des cernes noirs s'étaient invités sur son visage. Il se sentait coupable et son estomac était si noué qu'il peinait à se nourrir.
Drago se réveilla en sursaut. Son corps hurlait de douleur : sa gorge était en feu, son ventre écrasé, ses muscles tétanisés, ses yeux remplis de sable, son cerveau prêt à exploser. Il inspira une grande goulée d'air, mais ses poumons ne se remplirent pas. Merlin… il était mort ‽ Est-ce que la mort était toujours aussi douloureuse ?
Les souvenirs affluèrent lentement à mesure que la souffrance refluait, petit à petit, bribe par bribe. Un éclair coloré l'avait percuté et il avait perdu connaissance. Il s'était réveillé dans une grotte humide qui sentait le moisi et la pourriture, la pénombre permettait à peine de distinguer les murs suintants. Il y avait eu l'ombre d'un corps un peu plus loin. La forme s'était rapprochée alors que la lumière du couchant disparaissait. Puis tout était devenu noir avant même qu'il ait le temps d'essayer de s'échapper. Dans l'obscurité, il avait tendu l'oreille, aux aguets, le cœur frénétique. Rien ne l'avait préparé à cette main qui s'était refermée sur sa gorge et l'avait presque étouffé. Rien ne l'avait préparé à la morsure dans sa jugulaire. Tout avait disparu.
Il était toujours dans la grotte et il l'apercevait dans son ensemble sans difficulté. Alors il n'était pas mort. Il tourna la tête en tous sens avec précaution pour chercher la source de lumière. Il n'en trouva pas. L'homme – non, le vampire – n'était plus là. Il se redressa et inspecta son corps du bout des doigts. Tout semblait normal, mais sa cage thoracique ne se soulevait pas et son cœur ne battait plus. Alors, il était mort, finalement. Un bref coup d'œil à ses mains et ses bras lui apprit que ses fausses taches de rousseur avaient disparu. Il était de nouveau lui et cela mettait l'enquête en péril. Il ne savait pas comment retrouver son apparence d'emprunt sans Potter.
Sa langue était parcheminée et il avait soif, tellement soif. Depuis combien de temps était-il là ? Faisait-il encore jour dehors ? Pouvait-il sortir au soleil sans danger ? Ses cours sur les vampires étaient bien loin, mais il lui semblait qu'il brûlerait aussitôt. Il inspira par réflexe et une bouffée d'odeurs emplit son nez et sa bouche. Animal mort. Pétrichor. Mousse. Moisissure. Lune. Lune ? Il ne savait pas comment, mais la lune était levée et son influence se sentait jusqu'à l'intérieur de la grotte. Il cessa de respirer, tout disparut.
Puis l'angoisse monta comme une marée en lui. Il était mort ? Merlin, mais pourquoi toujours lui ‽ Il savait qu'il avait mal agi dans sa vie, mais il en avait assez de continuer à payer ! Il voulait juste une vie tranquille, pas servir de repas à un suceur de sang et se réveiller sans pouls. Morgane, il ne sentait plus son pouls ! Ses mains le cherchèrent sans le trouver. La marée ne faisait que monter et menaçait de l'engloutir. Il ne respirait plus, son corps ne faisait plus le moindre bruit. Une brusque envie de pleurer le prit par surprise. Il la ravala en se secouant, Potter devait le chercher. Il n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son propre sort.
Une fois debout, Drago chercha sa baguette. Évidemment, elle n'était plus dans la poche de ses robes. Il sortit de la grotte sans attendre et inspira une nouvelle fois. Il avait plu et la lune presque pleine éclairait comme en plein jour. Des petits animaux dérangeaient les fourrés et une chouette cria en passant à deux mètres de lui. Il avait soif, terriblement soif.
Comment allait-il retrouver Potter sans sa baguette ? Il observa le ciel un instant, il était toujours dans l'hémisphère nord. La fraîcheur de la nuit et l'humidité étaient typiquement britannique, mais comment en être certain ? Avec un soupir, Drago commença à marcher. Les rongeurs nocturnes s'enfuyaient à son approche et il luttait pour ne pas se jeter sur l'un d'eux et le dévorer. Il ne voulait pas tuer d'animaux. Quelqu'un pourrait peut-être trouver une solution à sa nouvelle condition et le rendre de nouveau humain. Il avait un vague souvenir à ce propos : la transformation en vampire n'était définitive qu'après la consommation de sang. Il ne se rappelait pas si cela s'appliquait au sang humain, au sang animal ou aux deux. Par ailleurs, sa mémoire lui jouait peut-être des tours. Dans le doute, il préférait s'abstenir.
Drago n'avait pas pensé que la nuit finirait par se terminer. Il n'avait aucun abri pour se protéger du soleil et il sentait celui-ci poindre sous l'horizon. Il inspira – l'odeur était à la fois doucereuse et acide. Son corps hurlait au danger, ses instincts savaient. Il se mit à courir droit devant lui, en évitant les arbres qui semblaient l'agripper de leurs branches et les buissons de ronces qui déchiraient ses vêtements.
Une lueur perça vers l'Est, un simple miroitement qui lui fit plisser les yeux. Il savait qu'il devait trouver un abri, mais il n'y en avait pas. Il devait transplaner ! Il s'arrêta de courir et l'absence d'essoufflement le surprit. Il se souvenait plus ou moins d'un ouvrage sur la magie sans baguette, mais il ne l'avait jamais pratiquée. La lueur devint lumière. Drago se plaqua derrière le tronc d'un énorme chêne. Cette cachette ne durerait pas longtemps. Juste le temps nécessaire pour essayer de se souvenir de ce qu'il avait lu. Mais tout était flou, embrouillé.
L'odeur doucereuse augmentait et le soleil créait des points clairs sur les plantes autour de lui, la lumière se diffusait de part et d'autre du tronc. Drago était piégé. L'absence de son pouls était perturbante. Les doigts crispés sur l'écorce et la mousse qui la recouvrait, Drago se concentra. Il visualisa la petite maison en bord de mer dans laquelle il vivait depuis deux semaines avec Potter. Il se remémora l'odeur du shampoing de l'Auror lorsqu'il le frôlait en s'installant pour le petit-déjeuner, celle du café qu'ils buvaient ensemble en silence le matin. Il se souvint des ronflements qui traversaient les cloisons et qui le berçaient. Il sentit un picotement sous sa peau, il tourna sur lui-même avec désespoir et tout son corps se comprima. Un instant plus tard, il était devant la planque. Il tourna la poignée en espérant que sa magie n'avait pas été modifiée par la transformation. La porte s'ouvrit, il se précipita et mit le pied droit dans une flaque de soleil qui passait par la fenêtre.
— Malefoy ‽
La peau de Drago fumait et la douleur le transperçait comme autant d'aiguilles. Il courut dans le couloir et la relative pénombre le soulagea aussitôt.
— Malefoy !
Potter était là. Drago le regarda. Il entendait son pouls, trop rapide ; sa respiration, surprise. Il inspira par réflexe. Sa gorge se serra douloureusement, ses instincts lui donnèrent envie de lui sauter à la gorge. Il grogna et se détourna. Il fit plusieurs pas pour s'éloigner. Il avait soif, tellement soif.
— Ne t'approche pas.
— Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?
— Longue histoire, grinça Drago en se forçant à ne pas respirer. Un vampire m'a attaqué et je ne peux plus marcher au soleil.
— Oh putain de merde.
— Comme tu dis.
Drago osa se tourner vers Potter de nouveau. Il était resté au bout du couloir, mais tout son corps hurlait son envie de se précipiter vers lui, ses muscles étaient tendus, ses sourcils froncés.
— J'ai besoin d'être à l'abri du soleil.
— La salle de bains n'a pas de fenêtre. C'est pas très conforta-.
— Ça ira, grommela Drago en s'y engouffrant.
Il y voyait parfaitement sans allumer. Il prit une douche puis s'allongea sur une serviette. Le sol aurait dû être inconfortable, il ne l'était pas. Une sensation de torpeur l'étreignit et il sombra dans l'inconscience de nouveau.
Harry fixa la porte fermée pendant trop longtemps. Son cerveau turbinait, ses questions restaient sans réponses. Il voulait comprendre, il voulait savoir ce qui était arrivé, mais Malefoy s'était enfermé avant qu'il n'ait eu le temps de l'interroger. La douche avait coulé pendant un moment et maintenant, tout était silencieux. Il s'approcha lentement et tourna la poignée avec précaution, sa baguette serrée dans son autre poing.
Malefoy était allongé, raide et pâle sur le carrelage. Ses cheveux, de nouveau aussi clairs que la lune, étaient encore humides et l'air sentait le shampoing et le savon. Une odeur légèrement citronnée qui lui avait manqué. Il ne put s'empêcher de détailler son corps immobile. Aucune respiration, aucun frémissement, rien du tout. Sa peau habituellement blanche était crayeuse. Il avait l'air mort. Une bouffée d'angoisse le traversa et il posa les doigts sur son poignet pour chercher un pouls. Il resta longtemps à attendre. Il n'y avait rien !
Ah, mais si ! Si ! C'était infime et si lent qu'on pouvait aisément le rater. Son cœur battait moins d'une fois par minute. Est-ce que c'était normal ? Les cours sur les vampires de la formation d'Auror ne parlaient pas de ça. Juste des moyens de les reconnaître et de les neutraliser. Hermione aurait cherché seule de son côté des informations sur ces créatures, pour tout savoir à leur sujet, mais Harry n'était pas Hermione. Et il le regrettait.
Harry lâcha son poignet et son regard remonta le long de son bras nu. Les veines étaient particulièrement visibles. Il continua jusqu'à son épaule puis son cou. Deux marques ornaient le côté gauche, deux trous aux bords boursouflés. Est-ce que ça allait guérir ? Son torse et son bassin étaient couverts par une serviette, mais ses jambes minces dépassaient. Ses yeux les suivirent et Harry réprima un éclat de rire : même ses ongles de pieds étaient pédicurés !
Au-delà du ridicule de la situation, Harry était inquiet. Rassuré que Malefoy soit revenu entier, mais inquiet de cette histoire de transformation en vampire. Est-ce qu'ils allaient pouvoir poursuivre la mission ? Qui lui avait fait ça ? Par Merlin, il savait que cette enquête comportait des risques, mais pas à ce point !
Le temps filait et Harry se rendit compte qu'il ne servirait à rien de rester là toute la journée. Malefoy semblait inconscient. Il ne savait pas si c'était normal. Il fallait absolument qu'il se renseigne et le plus vite possible. En attendant, il referma la porte avec soin, roula une serviette pour en calfeutrer l'interstice et quitta la maison. La mission restait une priorité.
Harry rentra peu avant le coucher du soleil et n'osa pas déranger Malefoy. Il n'y avait aucun bruit, mais il ne voulait pas risquer de le surprendre lorsqu'il sortirait de sa transe bizarre. En attendant, il écrivait dans son carnet. Il avait appris des choses importantes, il fallait les consigner. Il mâchouilla sa plume en se demandant s'il devait contacter Robards. C'était un risque, mais le cas de Malefoy était préoccupant.
— Potter ?
Harry se redressa d'un coup, la baguette brandie. Malefoy se trouvait à côté de la table, il ne l'avait pas entendu arriver.
— Ah, c'est toi. Putain, tu m'as fait peur.
— Navré.
Il s'était habillé. Harry n'avait rien entendu.
— Des progrès pendant mon… absence ? Combien de temps s'est-il écoulé ? demanda Malefoy en s'asseyant à sa chaise habituelle.
— Heu. Presque une semaine. J'étais mort d'inquiétude ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
Malefoy fit une grimace, celle qu'il faisait toujours quand il était contrarié. Sa bouche se relevait d'un seul côté et son nez pointu se retroussait. C'était curieux de voir la même expression sur son vrai visage alors qu'il s'était habitué à ses traits d'emprunts.
— On m'a attaqué, je ne sais pas qui. J'étais devant un chaudron, comme d'habitude. J'ai juste eu le temps de percevoir un mouvement qu'un éclair rouge m'a atteint. J'ai perdu connaissance. Je me suis réveillé dans une grotte où un vampire m'a mordu. Et j'ai encore perdu connaissance. Jusqu'à hier matin où je suis revenu à moi dans cette… hm, condition.
— Donc c'est quelqu'un du groupe. Okay. Est-ce que t'as senti une odeur particulière avant d'être attaqué, un bruit quelconque ? demanda Harry en prenant une nouvelle page dans son carnet.
Sa plume prête, il observa Drago pencher la tête sur le côté et se tapoter le menton. Il réfléchissait.
— Je ne sais pas. Il y avait les vapeurs du chaudron, ça sentait la gentiane. Peut-être un vague frottement de chaussures ? Il est possible que la personne ait porté un vêtement clair.
Harry griffonna les indices. C'était trop peu pour retrouver le coupable, mais il ouvrirait l'œil. En plus de tout le reste. Maintenant il fallait décider quoi faire.
— J'hésitais à envoyer un Patronus à Robards. La situation s'est un peu complexifiée.
— Sans blague, Potter ?
— J'pense qu'il faut le prévenir. Il pourra nous aider à te faire revenir à Londres en sécurité.
— Je ne rentre pas, assena Malefoy en croisant les bras. On a une enquête à finir.
— Mais…
— Pas de mais, Potter. Je peux entendre que je ne puisse plus infiltrer le groupe comme avant, mais je ne suis pas inutile pour autant. Je peux travailler sur les rapports, je peux tenter d'y aller de nuit aussi.
Harry secoua la tête.
— À quel moment ta couverture est tombée ? Quelqu'un a pu te reconnaître ?
— Je ne sais pas. C'était semi-permanent alors j'imagine que seule ma transformation a pu l'altérer, non ?
— Possible, oui. Mais on peut pas prendre de risque. Tu peux plus y aller, ni en tant que Drago ni en tant qu'Owen. Il vaudrait mieux que tu rentres.
— Non. Crée-moi un autre visage.
— Impossible, tout est prévu par les agents. T'as bien vu, la potion et le sort sont différents pour chaque identité. J'ai rien d'autre sous la main et ça serait trop risqué de faire arriver une troisième personne de toute façon. Si ça se trouve, ils avaient des doutes à ton sujet et ont décidé de t'éliminer.
— Salazar, souffla Malefoy en se pinçant l'arête du nez. D'accord. Mais je ne rentre pas.
Il était plus buté qu'un hippogriffe récalcitrant. C'était insupportable, mais pas inattendu. Harry prit le temps de réfléchir alors que son regard se perdait sur son partenaire. Sa peau était vraiment beaucoup trop pâle. Il n'y avait plus la moindre rougeur sur ses pommettes qui se coloraient d'ordinaire avec une facilité déconcertante. Malefoy rougissait pour un rien et Harry trouvait que c'était adorable. Ça le rendait plus humain à ses yeux, plus faillible. Harry adorait découvrir ce genre de petits détails, il aimait trouver les défauts des gens ou leurs manies. Ça l'aidait à les comprendre.
— Tu t'es nourri ?
— Non. Je suis quasiment sûr que la transformation ne sera complète que si je bois du sang. Les médicomages pourront me rendre ma mortalité dès qu'on aura terminé ici.
Harry éclata de rire.
— Vraiment ? Parce que tu crois que ça va se finir quand ? Demain ? Dans trois jours ? Les enquêtes sous couvertures peuvent durer des mois, on vient juste d'effleurer la surface.
Malefoy pinça les lèvres et garda son air buté.
— Je ne peux pas mourir a priori. Donc, on continue.
Harry soupira et referma son carnet d'un geste brusque. Il ne le ferait pas changer d'avis, c'était évident. Tant pis pour lui s'il se desséchait comme une momie, après tout.
— J'vais me coucher. Me bouffe pas pendant mon sommeil.
— Ha ha. Très drôle.
Harry se brossa les dents et rejoignit son lit. Il s'endormit inquiet.
Drago se réfugia dans la salle de bain peu après l'aube. Il avait passé la nuit à lire leurs carnets et compléter ses notes. L'enquête avait progressé pendant son absence, mais il réalisait que Potter avait raison : ils étaient loin d'être au bout. Il avait tourné en rond pendant un long moment et s'était empêché de respirer par automatisme. Les odeurs de la maison le submergeaient et celle de Potter qui ronflait était presque insoutenable. Mais il avait de la volonté et tout se passerait parfaitement bien. Il avait dit qu'il ne boirait pas de sang et il s'y tiendrait. Peu importe que l'envie de plonger ses crocs dans une gorge – ou un poignet ou quoi que ce soit d'autre – commence déjà à le torturer. Il avait découvert pendant la nuit l'existence de ses canines et les avait observées pendant de longues minutes dans le miroir.
À travers les murs, Drago sentait le jour se lever et une sorte de torpeur l'envahir. Il était fatigué. Il n'aurait jamais pensé que les vampires avaient besoin de «dormir». La porte de Potter s'ouvrit. Il l'avait entendu se réveiller quand sa respiration avait changé, il s'était agité un long moment dans son lit avant de se lever. Il avait attendu le dernier moment avant de se cloîtrer, mais il ne pouvait pas repousser sa mise en sécurité plus longtemps. Il s'attendait évidemment aux deux coups sur le battant de bois.
— J'peux entrer ?
— Oui, grommela Drago.
La porte grinça. Ce petit bruit allait vite le rendre dingue et il n'avait plus sa baguette pour réparer les gonds. Il avait complètement oublié de le mentionner à Potter.
— Je… faut que je prenne une douche, balbutia-t-il alors que sa main se glissait dans ses cheveux blonds.
Malgré son apparence d'emprunt et la longueur de ses cheveux, le geste restait le même que lorsque sa tignasse en désordre surmontait son crâne.
— Il fait jour, Potter. Je ne peux pas aller ailleurs qu'ici.
— J'suis désolé, j'y avais pas pensé. Tu peux te tourner ?
— Pendant que tu prends ta douche ‽
— J'vais pas rester sale juste parce que t'es là.
Drago ouvrit la bouche pour répondre, mais Potter passa son haut de pyjama – un t-shirt détendu aux couleurs des Canons de Chudley – par-dessus la tête. Il glissa une nouvelle fois sa main dans sa tignasse avant de crocheter ses pouces dans la ceinture de son pantalon. Le regard de Drago, fixé sur son torse nu, s'en détacha avec un sursaut avant qu'il ait achevé son geste et il tourna sur lui-même. Il y eut un bruit de vêtements qui tombaient au sol et celui de pieds sur la faïence. Celui du rideau de douche et enfin l'eau qui commençait à couler. Tout était si bruyant désormais, ce n'était pas dérangeant, mais ça restait perturbant.
— Hey Malefoy !
— Quoi ?
— Prends ça, s'te plaît.
Drago se retourna et la main trempée de Potter dépassait du rideau avec sa paire de lunettes. Mais quel abruti ! Il s'en saisit d'un geste brusque et ses doigts frottèrent contre la paume de Potter. Elle paraissait brûlante.
— Putain, t'es froid ! ricana Potter en retirant sa main.
Drago regarda le rideau de douche reprendre sa place en guise de réponse. Il était froid. Une chose de plus à ajouter à la liste des bizarreries associées à sa nouvelle condition. Il pria les divinités que ce soit temporaire, il ne voulait pas vivre comme ça. Si on pouvait encore appeler ça vivre. Il n'avait pas fait tous ces efforts pour en arriver là, par Merlin ! Il avait fait de la prison, il avait passé ses ASPIC deux ans plus tard que tout le monde et s'était humilié en revenant à Poudlard, il avait affronté l'opinion publique quand il avait été outé par Sorcière Magazine, il avait réussi ses études de potionniste et il avait réussi à trouver un poste au Département des Mystères, tout en bas de l'échelle. Il s'était battu et sa vie commençait à retrouver un semblant de normalité, elle était plaisante même parfois. Il avait gravi quelques échelons, il était respecté dans son travail, il était autonome et avait même agrandi son cercle social. Tout n'était pas parfait, mais ça allait de mieux en mieux. Il ne voulait pas que ça s'arrête maintenant ! Il n'avait plus qu'à trouver quelqu'un pour partager sa vie et cette situation ne lui faciliterait pas la tâche.
Il soupira, la torpeur pesait de plus en plus lourd sur sa psyché. Potter n'avait pas encore fini, mais il se sentait décrocher de la réalité. Il s'assit dans un coin, sa paume fermée sur la paire de lunettes reposant sur ses jambes croisées aux chevilles. Sa tête bascula contre le mur carrelé. L'eau cessa de couler. Son regard brouillé perçut à peine que le rideau s'ouvrait et que Potter sortait pour attraper sa serviette. Il bascula dans l'inconscience.
Harry fallut une semaine pour enfin mettre un réveil avant le lever du soleil. Chaque matin, il avait dérangé Malefoy qui devenait catatonique pendant qu'il terminait sa toilette. Et pourtant, il ne l'avait jamais empêché de se laver. Harry avait presque l'impression qu'il en profitait pour le mater. L'idée était à la fois perturbante et excitante, Harry ne savait pas trop. Sa baguette le réveilla en sursaut et il jura avant de se rappeler la raison de cette alarme.
Un coup d'œil à la fenêtre lui permit de constater qu'il avait le temps, l'horizon n'était même pas encore éclairci. Il se traîna comme une âme en peine sous la douche et regretta un instant de ne pas trouver Malefoy dans la salle de bain. Il s'en rendit d'autant plus compte quand il se retrouva une fois de plus avec ses lunettes sous le jet. Il ressortit en mettant de l'eau partout et se surprit à regretter l'absence de remarque sarcastique. Harry oubliait un matin sur deux de poser ses lunettes avant de se laver et son partenaire avait compris dès la deuxième fois. Sa main s'était glissée à travers l'espace entre le rideau et le mur et Harry avait posé ses verres dans sa paume. La première fois qu'il avait vu ses doigts manucurés à quelques centimètres, il avait évité de les toucher en déposant ses lunettes. Celle d'après, il n'avait pas pu s'empêcher de les effleurer, pour voir s'il était toujours aussi froid. Il n'aurait jamais admis que les deux fois suivantes, il avait laissé traîner ses doigts exprès sur sa paume, par curiosité morbide sans doute.
Quand il rejoignit la pièce à vivre, elle sentait le café juste passé. Il faisait encore nuit et il n'y avait qu'une petite lampe allumée dans la cuisine. Malefoy était assis sur sa chaise habituelle et lisait son carnet.
— C'est pour moi ? demanda Harry en désignant le mug encore fumant.
— Oui, je t'ai entendu te lever.
— Merci. T'as eu le temps de lire mes notes d'hier ?
— Oui. Je vois que tu continues à chercher qui m'a attaqué.
Harry hocha la tête et but une gorgée de café. Il rouvrit son carnet, relut ses dernières notes et releva le regard sur Malefoy qui lui tendait son paquet de biscuits préférés.
— Merci. Ouais, je pose des questions. Je pense que j'ai compris.
La brûlure de la culpabilité donna la nausée à Harry. Il reposa son mug et observa un instant les biscuits. Il n'avait pas très faim finalement. Il raconta à Malefoy ce qu'il pensait avoir découvert.
Le groupe semblait avoir des liens avec certaines créatures considérées comme mauvaises par essence, telles que les vampires ou les géants. Il constituait une petite armée, comme l'avait fait Voldemort. Mais ça ne marchait pas aussi bien qu'ils le voulaient et ils devaient trouver des moyens de convertir ces créatures à leur cause. Nourrir un vampire pour le rallier à leur camp était l'un de ces moyens. Et c'était d'autant plus facile qu'ils pouvaient se débarrasser d'un nouveau membre sans lien ni famille. Harry s'en voulait d'avoir refusé d'accéder aux suggestions de Malefoy pour rapprocher leurs personnages de couvertures. Il termina son récit avec les joues en feu.
Malefoy eut la gentillesse de ne pas revenir dessus. Il lui adressa un léger sourire à la place et les entrailles de Harry firent un tour sur elles-mêmes. Il avait l'air épuisé et pourtant il était toujours beau. Des cernes noirs cerclaient ses yeux gris perçants. Un pli barrait son front, de l'inquiétude ou de la concentration ? Cela faisait plus d'une semaine qu'il était une créature de la nuit et il ne s'était pas nourri. Combien de temps est-ce qu'il tiendrait ainsi ? Est-ce que Harry risquait sa vie à dormir dans la même maison qu'un vampire novice affamé ? Probablement. Et pourtant, il lui faisait confiance. Il voulait le croire quand il disait qu'il attendrait, qu'il ne pouvait pas mourir. Mais, si son hypothèse était vraie sur la première consommation de sang, alors il n'était pas un vrai vampire, pas vraiment immortel non plus, n'est-ce pas ? À quel point ce détail pouvait être important pour sa survie ? La culpabilité et l'inquiétude se ravivèrent tel un petit feu dans son cœur.
— Tu devrais rentrer à Londres, essaya Harry pour la dixième fois depuis huit jours.
— Non. Mais j'aimerais tenter d'investiguer la nuit. Avec ta baguette de secours, je peux me désillusionner et je suis devenu très silencieux.
— Ouais, je sais. Mais j'suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
— On pourrait avancer plus vite, Potter. Je veux être utile.
— J'ai eu une idée il y a quelques jours, pour ça. Pour que tu sois utile. J'veux faire analyser toutes les potions qu'ils me demandent de vendre. On avait pu en avoir quelques-unes grâce à l'équipe de départ, mais j'ai bien vu qu'ils en ont carrément plus.
— Et avec quel matériel veux-tu que je fasse ça ?
— J'vais me débrouiller pour t'installer un labo. Dans ta chambre ça irait, non ? Vu que… bon bah…
— Oui, je ne l'utilise plus. J'ai saisi, Potter. Je suppose que ça pourrait convenir, en effet.
Le poids que Harry sentait sur ses épaules depuis le retour de Malefoy s'allégea quelque peu. Pas beaucoup, mais c'était mieux que rien. Son partenaire ne lui reprochait rien et ne semblait pas trop affecté par la situation. Mais Harry commençait à le connaître assez pour savoir que c'était une façade. Il était bon à ce petit jeu du visage de marbre, mais Harry était tout aussi bon pour trouver les failles et les tics. Et Malefoy en avait, lui aussi, comme tout le monde.
Le soleil se leva et Malefoy quitta la pièce alors que les premiers rayons traversaient les rideaux et éclairaient le sol. Il se déplaça avec rapidité, malgré la fatigue que Harry percevait chez lui. Il avait fini par comprendre que le soleil le rendait comateux. Une fois Malefoy en sécurité dans la salle de bain, il se rendit dans les locaux du groupe de trafiquants. Personne ne lui demandait d'être présent tous les jours et il prenait un repos par semaine, mais il voulait avancer dans l'enquête. Il n'y resterait pas longtemps ce jour-là, il avait des emplettes à faire.
La soif était permanente. Elle était sourde et lancinante, comme une migraine qui ne passait pas. Drago n'avait plus d'instant de repos, c'était devenu insupportable. Sa langue, son palais, sa gorge étaient desséchés. Il avait découvert qu'il pouvait absorber de l'eau, mais ça ne servait à rien. Ses muqueuses s'hydrataient, mais la soif ne disparaissait pas. Il avait complètement cessé de respirer, même quand Potter était absent. Son odeur était partout et elle l'attisait. L'envie de sang était irrépressible, mais il s'était juré de tenir. S'il y avait quelque chose qu'il avait apprise dès son plus jeune âge, c'était se contenir.
Son travail sur les potions tenait son esprit occupé lorsque Potter dormait. Mais c'était de plus en plus dur au fil des nuits. Une semaine s'était écoulée depuis l'installation de son laboratoire de fortune et il avait presque fini ses analyses. Bientôt, il serait sans occupation. Il connaissait le contenu de leurs notes d'enquêtes par cœur, avait lu deux fois les trois romans qu'il avait glissés dans sa valise. Il ne lui resterait plus qu'à compter le nombre de lattes de parquet de la maison. Quand il n'aurait plus rien pour se distraire, il allait s'ennuyer. Et il risquait de craquer. Cela ne pouvait pas arriver
Potter se levait de plus en plus tôt chaque matin et restait avec lui jusqu'au lever du soleil. Drago appréciait ses efforts, il se sentait visiblement coupable de ce qui lui était arrivé, mais sa présence rendait tout beaucoup plus difficile. Même s'il pouvait se couper de son odeur, il entendait son pouls lorsqu'il était assis dans la même pièce. Il percevait les infimes vibrations du flot de sang dans ses veines, comme le murmure d'une rivière dans son lit. Mais il n'y avait pas que ça. Depuis qu'il avait été contraint d'assister à ses douches, il s'était aperçu que Potter ne le laissait pas indifférent. Et pas seulement en tant que repas potentiel. Il se souvenait de la chaleur de ses doigts sur sa paume, à chaque fois que cet imbécile avait dû lui donner ses lunettes trempées. Il n'aurait pas été étonné qu'il l'ait fait à dessein, mais il était plus probable qu'il oublie vraiment. Ce crétin n'avait pas de cervelle. Il était bon dans son travail et pour plein de choses, mais nul quand il s'agissait de prendre soin de lui.
Drago avait remarqué ses allers-retours inutiles dans la cuisine pour préparer à manger, il éparpillait ses affaires personnelles partout – excepté le dossier de mission et sa baguette – il avait la trace de ses lunettes incrustée dans la tempe un matin sur trois et il ne nettoyait son linge que lorsqu'il n'avait plus le choix. Si Drago n'avait pas préparé le café tous les matins, Potter aurait sûrement mis la cuisine sens dessus dessous rien que pour ça. Il notait la liste des courses, pour lui éviter de mourir d'inanition. Et pire que tout, il avait réalisé que ça ne lui déplaisait pas. Leur routine avait changé depuis sa transformation, mais pas leur organisation générale. Et il appréciait sa compagnie, malgré l'envie de le dévorer, dans tous les sens du terme.
La nuit où Drago finalisa les analyses des potions, Potter se leva vers trois heures, en baillant à s'en décrocher la mâchoire. Il s'installa à table en traînant des pieds, la main enfouie dans sa tignasse, encore en pyjama. Quand Drago prépara son café, il sentit le regard de Potter suivre ses gestes. C'était curieux, agréable aussi. Il aurait aimé savoir ce qu'il pensait. Il glissa le mug de café et le compte rendu de ses analyses vers lui puis l'observa en sirotant sa boisson. Sa main libre pianotait sur la table pendant que ses yeux parcouraient les lignes serrées de l'écriture de Drago. Un pli de concentration barrait son front. Son nez et ses lèvres se retroussèrent plusieurs fois sur des rires brefs. Cela éclairait son visage, même lorsque c'était fugace.
— Super boulot, Malefoy. J'pense que je vais pouvoir faire un premier envoi à Robards. On a commencé il y a plus d'un mois, il faut que l'autre équipe soit au courant de notre avancée.
— Parfait. Mais ne lui dis pas pour moi.
Potter émit un grognement en fixant son regard dans le sien. Malgré la pénombre dans la pièce, Drago le distinguait aussi sûrement qu'en plein jour. Ses deux iris – qui auraient dû être émeraude – brillaient de fatigue, parce qu'il raccourcissait son sommeil pour lui. Il le faisait par culpabilité ou devoir, Drago n'était pas trop sûr. Cela le touchait et l'agaçait en même temps. Ces temps-ci, il y avait aussi autre chose dans ses yeux. Une lueur que Drago refusait de prendre en compte, quelque chose qui ressemblait à de l'envie ou du désir. C'était si perturbant.
— De toute façon, je ne rentre pas à Londres. Par contre, je veux bien une nouvelle baguette. Celle que tu m'as prêtée n'est pas parfaite et je préfère que tu gardes ta baguette de secours sur toi.
— Okay, accepta-t-il avec une mauvaise grâce palpable. J'm'occupe de ça aujourd'hui.
— Tu ne vas pas au local ?
— Nan. J'vais laisser passer deux jours. J'y suis sûrement déjà un peu trop souvent.
— Très bien. Je vais… hm. Je vais prendre un peu l'air sur la côte cette nuit. Promis, personne ne me verra.
Potter avait tenté de lui interdire de sortir, mais Drago devenait fou. Il le laissait donc longer la côte et respirer l'air marin une fois par semaine environ. Drago en avait besoin. Les embruns et le sel supprimaient toutes les autres odeurs et il pouvait de nouveau respirer pour le plaisir. Sur la plage, malgré sa soif dévorante, il ne risquait pas de sauter sur Potter.
Quand Drago revint, peu de temps avant l'aube, Potter était de nouveau dans son lit. Il avait laissé sa porte entrouverte et ses lunettes sur son nez. Drago poussa le battant d'une main légèrement tremblante pour l'observer. Il n'aurait pas dû être là. Il le savait, mais c'était plus fort que lui. Il avait soif, terriblement soif. Mais il pouvait résister, il savait qu'il pouvait. Il avait fait cela toute sa vie, se contrôler. Il n'était pas un animal, il n'était pas une créature maléfique guidée par ses instincts. Il ne voulait pas l'être. Il voulait croire qu'il ne l'était pas.
Et pourtant, son envie le fit pénétrer dans la pièce sombre. La baguette de Potter était posée sur la table de chevet, à côté de son mug de café à moitié plein. Une pointe de culpabilité l'envahit. Il la fit passer en retirant avec douceur les lunettes de Potter. Sa main jaillit et saisit son poignet avec force. Ses paupières se soulevèrent et il cligna des yeux.
— Ce n'est que moi. Tu t'es endormi avec tes lunettes, Potter.
— Oh. Pardon.
Sa main brûlante retomba sur le matelas dans un bruit sourd. Ses yeux le fixaient toujours et Drago sentait le soleil qui arrivait de l'autre côté de la maison. Il posa les lunettes et s'enfuit dans la salle de bain avant de se laisser envahir par ses instincts. Le front posé sur le battant fermé, il entendit Potter bouger dans son lit et soupirer. La torpeur commença à l'envahir. Il prit une douche et s'allongea sur le carrelage, puis il sombra.
Potter se leva encore plus tôt la nuit suivante. Drago l'avait à peine croisé après le crépuscule : il était parti se coucher peu de temps après qu'il était sorti de sa catatonie. Il avait dit que le compte rendu pour Robards était prêt et qu'il pouvait le lire. Drago l'avait fait. Puis il avait tourné en rond, inoccupé, envahi par la soif. Il avait mal à la gorge, il se sentait épuisé. Il devait tenir. Il tiendrait. Il n'avait qu'une envie : pousser de nouveau la porte de Potter.
— 'lut, Malefoy.
— Bonjour, Potter, répondit-il en serrant les dents. Café ?
— Ouais, merci.
Drago s'activa, heureux d'avoir les mains et l'esprit occupés quelques instants avant que la torture reprenne. Il devait tenir, il n'était pas un animal. Le café fut prêt beaucoup trop vite. Il le posa sur la table en même temps que les biscuits préférés de Potter.
— Ça peut plus durer.
— De quoi parles-tu, au juste ? demanda Drago en se rasseyant face à lui.
— Ton refus de retourner à Londres. Ton refus de te nourrir.
— Je vais bien, mentit Drago.
— Nan, absolument pas. Tu crois que j'suis aveugle ou quoi ?
Potter ferma les yeux un instant, tritura ses cheveux, les rouvrit.
— On vit ensemble depuis plus d'un mois, j'te connais maintenant. Je sais que tu vis l'enfer, là.
Drago tressaillit. Les mots de Potter, le regard de Potter, la voix de Potter. Il détourna la tête, il ne pouvait plus regarder Potter, il voyait sa carotide palpiter au-dessus du col de son t-shirt plus gris que noir.
— On approche de la fin, n'est-ce pas ? Je vais tenir.
— Non ! Putain, Malefoy, pourquoi t'es aussi buté ‽
Drago haussa les épaules. Il l'entendit se lever et marcher jusqu'à lui. Sa main brûlante attrapa sa mâchoire pour le forcer à lever les yeux. Drago accepta de se laisser faire, alors qu'il savait qu'il avait la force de résister. Ses iris le transpercèrent.
— Soit tu rentres avec le compte rendu, soit tu bois mon sang. J'te laisse pas d'autre choix.
— Je... Je ne peux pas faire ça, murmura Drago.
— Quoi ?
— Boire ton sang. Je... Je ne veux pas rester bloqué ainsi.
— Malefoy. J'ai enfin trouvé le livre que je cherche depuis que c'est arrivé. C'est déjà irréversible, ça fait trop longtemps.
Un cognard percuta Drago en pleine tête. Il ferma les paupières, Potter le lâcha, une larme involontaire coula du coin de son œil gauche. Des doigts brûlants la cueillirent et Drago prit une inspiration réflexe.
Café. Transpiration. Shampoing. Lune. Sang. Sang. Sang.
C'était doux et sucré, métallique et sirupeux. Les crocs de Drago jaillirent. Il serra les mâchoires et les poings, les yeux toujours fermés.
— Arrête de lutter, ça sert plus à rien, Drago.
— Je ne vais pas pouvoir m'arrêter, articula-t-il avec difficulté.
— Bien sûr que si.
La main de Potter saisit de nouveau son visage, avec plus de douceur. Son pouce caressa sa mâchoire. Si le cœur de Drago avait été encore humain, il aurait battu plus fort.
— J'ai confiance en toi.
Drago rouvrit les yeux pour y trouver ceux de Harry. Il avait l'air sûr de lui. Drago sentait irradier sa confiance, son assurance, mêlée d'humilité et d'un soupçon de timidité, comme un champ de force. Cette aura, que Drago percevait avec clarté depuis sa transformation, était parfois à peine tangible, mais elle pulsait avec insistance en ce moment.
Il attrapa la main qui encadrait son visage et la tourna. Elle était brûlante sous ses doigts. Il fixa la peau sous laquelle les veines bleues l'appelaient. Le ruisseau chantait pour lui. Il releva le regard, Harry hocha la tête, Drago plongea ses crocs dans sa chair.
Harry hoqueta. Cependant, la douleur disparut rapidement. La bouche de Drago était soudée à son poignet qu'il tenait à deux mains. Ses doigts glacés s'enfonçaient dans la chair de Harry, comme des serres autour d'une proie. Cela ne lui faisait pas peur. Les paupières de Drago s'étaient refermées dès la première gorgée, comme s'il ne pouvait plus soutenir son regard. La maison était silencieuse et les bruits de déglutition presque obscènes.
Son cœur battait un peu trop vite, il avait chaud et les lèvres de Drago contre son poignet lui donnaient envie de les sentir ailleurs. Est-ce qu'il avait rêvé cette tension entre eux, rêvé les regards appuyés de Drago dans la salle de bain, rêvé les frémissements de sa main contre ses doigts ? Un grognement à la limite du gémissement tira Harry de ses songes éveillés. Il se sentait comme ivre. Il tira sur son bras, mais Drago était bien accroché.
— Malefoy. Lâche-moi.
Les serres se refermèrent un peu plus. Il était certain qu'il en garderait les traces sur cette peau bien plus blanche que sa carnation habituelle.
— Drago !
Ses paupières se rouvrirent, Harry s'agenouilla tant bien que mal pour être à hauteur de ses yeux. Il lui sourit, malgré la douleur qui remontait dans son bras tordu dans cette position. Un voile quitta soudain le regard de Drago. Il desserra sa poigne et sa langue balaya sa peau avant que sa bouche ne se retire. Harry fixa, un peu hébété, son poignet orné de deux trous presque cicatrisés. Ceux de Drago avaient guéri en moins d'une journée, les siens en feraient certainement autant. Il regrettait presque de ne pas pouvoir garder la marque de cette morsure.
— Je suis désolé, murmura Drago en baissant les yeux sur ses plaies.
Ses longues mains aux doigts parfaits tenaient toujours son bras. Un pouce balaya sa peau et Harry frissonna. Puis il le lâcha.
— Tout va bien, pas besoin de t'excuser. C'est moi qui ai insisté.
Drago accepta enfin de le regarder de nouveau. Il avait retrouvé des couleurs et ses joues étaient ornées d'un rose que Harry n'avait pas vu depuis plus de quinze jours. Ses lèvres rouges étaient ourlées en un sourire triste.
— Je n'aurais pas dû. J'aurais pu te tuer…
Harry percevait la culpabilité dans sa voix à peine murmurée. Il avait appris à l'aimer, cette voix. Elle était toujours un peu nasillarde, mais elle était plus grave que lors de leur scolarité, plus agréable à entendre. Et surtout, elle avait perdu ce ton hautain, cet accent condescendant. Elle était fragile cette nuit-là, incertaine et douce aussi.
— Tu l'as pas fait, okay ? rétorqua Harry sur le même ton tout en glissant un doigt le long de sa mâchoire.
— Ne fais pas ça, l'arrêta Drago.
— Pourquoi ? J'en ai envie.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je ne suis plus humain.
— Ah bon ? J'avais pas remarqué, tiens, ricana Harry.
Drago sourit et leva les yeux au ciel. Harry rit pour de bon. Il passa une main dans sa nuque et le tira vers lui. Il résista. Mais pas longtemps. Ses lèvres n'étaient pas aussi froides que ce qu'il avait imaginé. En revanche, elles étaient aussi douces que dans ses fantasmes. Elles avaient un goût métallique. C'était bizarre, mais Harry en fit abstraction. Drago répondit à son baiser et ses doigts crochetèrent ses mèches trop longues. Harry raffermit sa prise sur sa nuque et glissa deux doigts dans le col de sa chemise. Puis Drago le repoussa d'un seul coup.
— Pas comme ça, murmura-t-il.
— Hein ?
— Je vois très bien où c'est en train de nous mener, mais je ne veux pas que ça se passe comme ça.
— Bordel, je comprends rien.
— Tu n'es pas vraiment toi, Harry. C'est tes yeux verts que je veux voir, ta tignasse en nid d'oiseau à laquelle je veux m'accrocher. Et j'ai… j'ai besoin de temps pour comprendre comment ce corps fonctionne après avoir bu du sang. Je me sens… Je…
— Okay, okay.
Harry se releva. Ses genoux craquèrent. Il réprima une grimace et lutta pour ne pas poser la main sur l'érection qui déformait son vieux pantalon de pyjama. Ce n'était pas le moment. Le regard de Drago avait suivi le sien et le regardait d'en bas. Il balaya le corps de Harry et un sourire narquois fleurit sur son visage.
— Après la fin de l'enquête.
— C'est une promesse ? taquina Harry.
— Ça l'est.
Harry ne put s'empêcher de passer sa main dans les courtes mèches de Drago. Elles étaient soyeuses. Il avait envie d'y enfouir le nez, d'y frotter sa joue.
— Tu refuseras pas de te nourrir, hein ?
— Il faudra peut-être m'y forcer à nouveau.
Le ton particulier de Drago et son léger sourire n'échappa pas à Harry. Il sourit en retour alors que son cœur palpitait, que son ventre papillonnait.
— S'il le faut… grommela-t-il en feignant l'agacement.
— C'est une promesse ? répliqua Drago avec un immense sourire cette fois.
— Ça l'est.
