Le couloir résonnait des murmures sourds des blessés et des bruits constants de mouvements. Des femmes passaient, portant des bassines d'eau ou des linges trempés de sang, leurs visages tendus, marqués par la fatigue et la tristesse. Les dalles froides du sol, tachées de poussière et de sang, semblaient imprégnées des échos de la bataille. L'odeur âcre de fer et de sueur saturait l'air, mêlée à celle des herbes médicinales écrasées par les soigneuses.

Aragorn était accroupi près de Calion, la mâchoire serrée tandis qu'il suturait délicatement la plaie profonde à la cuisse de son ami. Ses doigts, rugueux mais précis, manipulaient l'aiguille et le fil avec une habileté silencieuse, son visage concentré et empreint de gravité. Des ombres s'attardaient sous ses yeux gris, mais une détermination inébranlable brillait dans son regard. Malgré les traces laissées par les combats, son port restait fier, et son aura inspirait une confiance tranquille.

Alors qu'il travaillait avec soin, un mouvement attira son attention. Théoden, le roi du Rohan, apparut dans l'encadrement de la porte. Son pas était mesuré, presque solennel, et il avançait avec la dignité d'un souverain, bien que ses épaules fussent légèrement voûtées sous le poids des récents événements. Ses cheveux argentés, encadrant un visage buriné par les années et les responsabilités, flottaient doucement au gré des courants d'air. Ses yeux, perçants et d'un bleu profond, balayaient le couloir avec une attention paternelle, s'arrêtant parfois pour adresser des mots d'encouragement aux blessés ou poser une main ferme mais réconfortante sur une épaule.

En apercevant Aragorn au bout du couloir, Théoden accéléra légèrement le pas, son regard se fixant aussitôt sur Calion, étendu sur le sol. Les traits fatigués de Théoden se plissèrent davantage dans une expression d'inquiétude sincère.

«Aragorn, comment va-t-il?» demanda-t-il en arrivant à leur hauteur, sa voix grave adoucie par une note de compassion.

Aragorn, concentré sur ses soins, leva brièvement les yeux vers le roi. «Il vivra, mais il a perdu beaucoup de sang. La plaie était profonde, j'ai tout fait pour éviter l'infection. Avec du repos, il devrait s'en remettre.»

Théoden s'agenouilla légèrement, ses genoux craquant dans le silence oppressant, pour mieux examiner Calion. Ses yeux scrutèrent le visage pâle de l'homme. Théoden semblait impressionné par cet étranger qui, selon les récits de ses hommes, avait affronté un troll et inspiré des soldats à résister jusqu'au bout.

Il se releva avec lenteur, ses bottes de cuir crissant légèrement sur les dalles. Apercevant un soldat en meilleur état qui déambulait entre les bléssés, Théoden l'interpella d'une voix autoritaire: «Toi! Trouve une chambre propre avec des draps convenables. Aide le seigneur Aragorn à y emmener cet homme une fois que ce sera prêt. Dépêche-toi.»

Le soldat, visiblement impressionné par l'aura du roi, s'inclina rapidement et disparut dans un coin du couloir. Pendant ce temps, Théoden posa une main rassurante sur l'épaule d'Aragorn. Ce geste, bien que simple, semblait chargé de reconnaissance.

«Ne me remercie pas, Aragorn,» répondit-il avec fermeté avant même qu'Aragorn n'ouvre la bouche. «Les récits de ses actes se propagent déjà parmi mes hommes. Ils disent qu'il a sauvé des vies, repoussé des ennemis là où d'autres auraient reculé. C'est un honneur de combattre aux côtés d'un homme d'une telle bravoure.»

Aragorn, touché, hocha légèrement la tête. Les paroles de Théoden pesaient lourd de sincérité. «Je veillerai à ce qu'il se rétablisse,» murmura-t-il, sa voix pleine de promesse.

Théoden lui offrit un dernier regard empreint de respect avant de se détourner. Tandis qu'il retournait auprès des blessés, le soldat revint, essoufflé mais avec de bonnes nouvelles. Aragorn, aidé de Legolas, souleva Calion avec précaution, chaque mouvement mesuré pour ne pas aggraver sa blessure. Calion, totalement inconscient, se laissa manipuler sans opposer la moindre résistance.

Ils transportèrent Calion jusqu'à une petite chambre à l'écart, où un lit modeste mais propre avait été préparé. Le soleil de l'après-midi filtrait par une étroite fenêtre, baignant la pièce d'une lumière douce. Aragorn, posant Calion avec soin sur le lit, jeta un dernier regard à son ami avant de s'asseoir à ses côtés, un soupir de soulagement franchissant ses lèvres. À ses côtés, Legolas resta un moment silencieux, observant le visage endormi de Calion avec une curiosité respectueuse, ses yeux bleus pétillant d'une compréhension que seul un elfe pouvait avoir.

Dans la pièce faiblement éclairée, Calion reposait toujours sur la couchette, son souffle lent mais régulier, ses traits marqués par la fatigue et la bataille. Aragorn et Haldir se tenaient à ses côtés, silencieux, absorbés par leurs pensées. La lumière vacillante des torches accrochées aux murs projetait des ombres dansantes, comme si elles prenaient vie à travers la pierre. L'odeur des herbes médicinales ajoutait une note étrange à l'atmosphère oppressante.

Haldir, après un long moment de réflexion silencieuse, brisa finalement le silence. Sa voix douce et posée contrastait avec la tension qui planait dans l'air. « Je ne peux rester plus longtemps. Mon devoir m'appelle en Lothlorien. Nos frontières sont vulnérables, et mon peuple ne peut être privé de ses défenseurs. »

Aragorn, debout près de la couchette de Calion, hocha lentement la tête. « Je comprends, Haldir. Votre présence ici a été précieuse. Vous avez apporté espoir et courage aux hommes du Rohan. »

Haldir détourna un instant le regard, fixant le visage pâle de Calion. Une lueur de regret traversa son expression. « J'aurais voulu lui parler avant mon départ. Je lui dois bien plus qu'un simple au revoir. »

Aragorn, devinant l'inquiétude de l'elfe, posa une main sur son épaule dans un geste réconfortant. « Calion se relèvera. Il est plus résilient qu'aucun homme que je n'aie jamais connu. Un jour, vos routes se croiseront à nouveau, et vous aurez l'occasion de lui parler. »

Haldir, les yeux toujours fixés sur Calion, laissa échapper un soupir subtil avant de fouiller dans les plis de son manteau elfique. Il en ressortit un objet familier: le couteau de chasse de Calion, son manche usé mais solide, gravé de motifs simples et élégants. Aragorn reconnut immédiatement l'arme que son ami portait toujours à sa ceinture.

« Un de mes soldats a retrouvé cela, » dit Haldir, tendant le couteau à Aragorn. « Il était planté dans le crâne d'un uruk qui s'apprêtait à me frapper dans le dos. C'est à lui que je dois ma vie. »

Aragorn prit l'arme dans ses mains, la retournant lentement pour examiner la lame encore teintée du sang noirâtre de l'uruk. Ses doigts effleurèrent le manche, reconnaissant immédiatement sous ses doigts la douceur d'un bois usée par l'usage, il n'avait que rarement eu l'occasion de l'avoir entre les mains. Il leva les yeux vers Haldir, une gratitude silencieuse dans son regard. « Je suis sûr que Calion sera heureux de le retrouver, je ne l'ai jamais vu s'en séparer. »

Haldir hocha légèrement la tête. « Calion n'est pas un homme comme les autres. Il y a quelque chose en lui… quelque chose de puissant, mais qu'il retient encore. Je ne sais pas exactement ce qu'il est, mais je suis convaincu qu'il a le pouvoir de changer bien des choses. »

Aragorn, silencieux, garda le regard fixé sur le couteau, le pouce suivant machinalement les gravures du manche. Il ne répondit rien, conscient des secrets que Calion lui avait confiés et qu'il ne pouvait partager. Le poids de ces paroles semblait peser sur ses épaules, mais il releva les yeux vers Haldir avec un léger sourire. « Merci de m'avoir confié cela. Je veillerai à ce que Calion sache à quel point ses actions ont compté. »

Haldir acquiesça lentement, ses traits empreints d'un mélange de respect et de tristesse. Alors qu'il se tournait vers la porte, un soldat elfe apparut dans l'encadrement, informant Haldir que les blessés et les soldats étaient prêts à repartir. L'elfe jeta un dernier regard à Calion avant de serrer le bras d'Aragorn dans une accolade fraternelle.

« Prenez soin de lui, » murmura Haldir.

Aragorn répondit avec chaleur, ses mots empreints d'une sincérité profonde. « Vous avez ma parole, Haldir. Soyez prudent sur votre chemin. Et merci… pour tout. »

Haldir esquissa un sourire discret, avant de se détourner et de quitter la pièce d'un pas assuré. Son départ laissa un vide palpable, un écho de solennité dans l'air chargé d'émotion. Aragorn, restant seul aux côtés de Calion, s'assit près de son ami, le couteau toujours entre ses mains.

La lumière tamisée des torches dansait sur les murs rugueux du Gouffre de Helm, projetant des ombres changeantes autour de Gimli et de Calion. Allongé sur une couche de fortune, Calion semblait s'être apaisé un moment, mais maintenant, son corps s'agitait légèrement. Son visage couvert de sueur, marqué par la fatigue et la douleur, se crispait par instants, et un murmure faible mais constant s'échappait de ses lèvres.

Gimli, assis sur une chaise bancale non loin de lui, observait la scène avec une attention discrète. Le nain n'était pas connu pour son instinct de garde-malade, mais il avait accepté cette tâche sans rechigner, sa loyauté envers ses compagnons surpassant son inconfort dans ce rôle inhabituel. Cependant, l'inquiétude commençait à percer sous son regard bourru.

Pour occuper ses mains, il avait tiré sa hache de son dos et la tenait devant lui, la lame reposant sur ses genoux. Avec des gestes méthodiques et empreints d'une sorte de respect silencieux, il frottait la lame avec un chiffon, nettoyant chaque éclat de sang séché. Ses doigts puissants mais précautionneux semblaient presque caresser le métal poli, et à chaque coup de chiffon, la hache brillait davantage sous la lumière vacillante des torches.

Mais alors qu'il s'apprêtait à inspecter un dernier éclat sombre près du tranchant, un murmure faible, presque inaudible, détourna son attention. Gimli releva la tête, plissant les yeux en direction de Calion. L'homme, étendu sur la couche de fortune, s'agita légèrement, son visage pâle marqué par la fièvre. Ses lèvres remuaient faiblement, formant des mots indistincts, presque avalés par l'air lourd de la pièce.

Gimli fronça les sourcils et pencha légèrement la tête, tentant de saisir ce qui était murmuré. « Ron… Hermione… » La voix de Calion, bien que faible et entrecoupée, portait une charge émotionnelle qui piqua la curiosité du nain. Il posa sa hache sur le sol avec précaution, l'oubliant presque, et se pencha davantage vers Calion.

L'agitation de Calion s'intensifia légèrement. Ses mains se contractèrent sur le tissu rugueux de la couverture, et ses traits, d'ordinaire si maîtrisés, se crispèrent. Gimli, mal à l'aise devant cet état inhabituel, se leva avec un soupir et s'approcha de lui.

« Eh bien, mon grand, qu'est-ce que tu as dans cette tête qui ne connaît jamais le repos ? » marmonna-t-il en hésitant à poser une main sur son épaule.

À cet instant, des pas résonnèrent dans le couloir. Aragorn entra dans la pièce, son allure marquée par une sérénité retrouvée. Il portait désormais des vêtements plus propres, bien qu'un peu usés, et son visage avait été lavé de la crasse de la bataille, révélant un teint plus apaisé malgré les cernes sous ses yeux. Son regard s'arrêta immédiatement sur Calion, puis sur Gimli, qui se tenait près de lui avec une expression mi-intriguée, mi-inquiète.

« Comment va-t-il ? » demanda Aragorn, sa voix basse mais empreinte de sollicitude.

Gimli, les mains sur les hanches, haussa les épaules. « Il est toujours agité, mais ce ne sont pas des cauchemars. Il marmonne des mots… des noms étranges. Ron. Hermione. Pas des noms d'ici, ça, je peux te le dire. »

Aragorn, intrigué, s'approcha de Calion et s'agenouilla près de lui. Il posa doucement une main sur son épaule, tentant de discerner son état. « Il semble… profondément plongé dans ses souvenirs. Mais il n'a pas l'air de souffrir. »

Gimli grogna légèrement. «Que crois-tu que cela signifie ? »

Aragorn, sans cesser de surveiller Calion, répondit calmement, mais avec un air de mystère calculé. « Peut-être sont-ce simplement des noms venus d'un passé qu'il n'a jamais partagé. Ou peut-être ses pensées voguent-elles vers des souvenirs qui lui sont chers. Qui peut dire ce qui se passe dans l'esprit de Calion ? »

Gimli, bien qu'insatisfait de cette réponse, n'insista pas. « Hmph. Mystérieux comme toujours, cet homme. Mais il ferait bien de se réveiller et de nous expliquer quelques-uns de ces mystères un de ces jours. »

Aragorn esquissa un léger sourire, une chaleur familière adoucissant ses traits. « Peut-être le fera-t-il, un jour. Quand il sera prêt. Pour l'instant, laissons-le se reposer. Il a plus que mérité ce répit. »

Le nain, bien que toujours curieux, hocha la tête en signe d'accord. Tandis qu'il retournait à sa chaise, Aragorn resta un moment silencieux, ses yeux observant attentivement le visage de Calion. Dans ce sommeil agité, son ami semblait à la fois vulnérable et indomptable, un paradoxe qui définissait si bien celui qu'il connaissait depuis tant d'années.

« Repose-toi, mon ami, » murmura-t-il, plus pour lui-même que pour quiconque. Calion, même en silence, continuait à être une énigme, une énigme qui se déployait à son propre rythme.

La pièce, déjà exigüe sembla rétrécir davantage lorsque Gandalf entra d'un pas calme mais assuré. Sa silhouette imposante, enveloppée de sa robe blanche éclatante, capturait l'attention comme un phare dans une nuit agitée. Le bruissement de ses vêtements et le claquement léger de son bâton sur le sol de pierre firent tourner les têtes de Gimli et Aragorn vers lui.

Gimli, se redressant un peu, grommela : « Eh bien, si ce n'est pas notre magicien préféré. Peut-être avez-vous des potions ou des incantations pour ce pauvre Calion, hein ? »

Gandalf, un sourire presque imperceptible au coin des lèvres, fit un signe de tête en direction du nain avant de poser son regard perçant sur Calion, toujours allongé, ses traits marqués par la fatigue et ses murmures s'évanouissant peu à peu. « Comment va-t-il ? » demanda-t-il, sa voix basse mais empreinte d'autorité.

Aragorn, qui s'était relevé pour accueillir son vieil ami, répondit avec gravité. « Il récupère, mais lentement. Sa blessure est sérieuse, mais je crois qu'il s'en remettra. Cependant, son esprit semble agité.»

Gandalf, sans dire un mot, s'approcha de Calion et s'agenouilla à ses côtés. Il tendit une main vers son front, la posant délicatement. À cet instant, l'atmosphère changea subtilement. Une énergie apaisante, presque palpable, émanait de la présence du magicien. Calion, qui s'agitait encore légèrement, s'immobilisa soudainement. Sa respiration devint régulière, et son visage, tendu par l'inquiétude, s'adoucit visiblement.

Gimli, impressionné malgré lui, haussa les sourcils. « Par ma barbe, Gandalf, vous avez encore fait votre tour de magie, n'est-ce pas ? »

Gandalf ouvrit lentement les yeux, retirant sa main du front de Calion. Il répondit d'une voix calme mais chargée de conviction. « Pas de magie, Gimli. Juste une touche de réconfort. Son esprit est épuisé, mais il est fort. Et il devra l'être davantage dans les jours à venir. »

Aragorn, les bras croisés, se pencha légèrement vers Gandalf. « Pourquoi dites-vous cela ? Que savez-vous ? »

Gandalf se releva avec une grâce surprenante pour son âge apparent, son regard se durcissant légèrement. « Théoden est déterminé à ramener son peuple à Edoras au plus vite. Et il a raison. Ils ne peuvent rester ici plus longtemps. Ce lieu, bien que victorieux, est empreint de trop de souffrance. Mais notre tâche ne s'arrête pas là. »

Il s'interrompit un instant, comme pour mesurer l'impact de ses mots. Puis il continua, son ton devenant plus grave. « Maintenant que l'armée de Saroumane est vaincue, nous devons frapper rapidement. Saroumane est vulnérable, mais il ne le restera pas longtemps. Nous devons aller à Isengard. »

Un silence pesant s'installa dans la pièce. Gimli, toujours pragmatique, rompit le silence. « Et Calion ? Regardez-le, Gandalf. Pensez-vous qu'il soit en état de chevaucher jusqu'à Isengard ? »

Gandalf, un éclat de détermination dans les yeux, répondit sans hésiter. « Il devra être prêt. Ce n'est pas une question de choix, Gimli. Nous aurons besoin de lui. Mais donnez-lui encore un peu de temps. Le repos que je lui ai offert lui permettra de se remettre plus vite. »

Aragorn, malgré son inquiétude pour son ami, acquiesça. « Alors nous devons nous préparer. Nous avons peu de temps. Théoden voudra partir à l'aube. »

Gandalf hocha la tête, ses traits se radoucissant légèrement. Il posa une main sur l'épaule d'Aragorn, un geste à la fois réconfortant et encourageant. « Préparez tout ce qui est nécessaire. Et veillez sur lui, Aragorn. Plus que jamais, il aura besoin de vous à ses côtés. »

Un calme enveloppant berçait l'esprit de Calion, loin du tumulte et de la douleur de la réalité. Des images douces, presque irréelles, se succédaient dans un flot de souvenirs brumeux. Une chaleur familière émanait d'un feu de cheminée dans un âtre en pierre, projetant une lumière vacillante sur les murs d'une pièce qu'il ne reconnaissait pas, mais qui lui semblait étrangement accueillante.

Une horloge étrange attira son attention. Ses nombreuses aiguilles semblaient danser doucement, chacune ornée d'un visage dont les traits lui étaient vaguement familiers, bien que flous. La scène changea soudainement, et il se retrouva dans une grande salle remplie de lits à baldaquin rouge et or, baignés dans une lumière chaleureuse. Une sensation de confort et de sécurité imprégnait l'endroit, comme si c'était un refuge qu'il avait autrefois connu.

Puis, une salle encore plus grande apparut, ses murs de pierre rehaussés par un plafond qui semblait s'étendre à l'infini, parsemé d'étoiles scintillantes et de bougies flottantes. L'atmosphère était magique, vibrante, emplie d'une joie collective. Une famille de rouquins, dont les visages rayonnaient de bonheur, lui souriait. L'un d'eux, une femme aux traits maternels, tendit une main vers lui, mais avant qu'il ne puisse réagir, la scène changea à nouveau.

Un vaste terrain s'étendit devant lui, ses poteaux hauts dans le ciel surmontés d'anneaux dorés. Une petite balle ailée, scintillante, virevoltait à une vitesse incroyable, défiant le regard. Une joie enfantine monta en lui, une excitation inexplicable à la vue de ce jeu qu'il semblait connaître intimement.

Les images ralentirent, s'apaisant, pour laisser place à un souvenir plus précis. Il était entouré de visages familiers. Un jeune homme roux, son visage constellé de taches de rousseur, se tourna vers lui avec un sourire espiègle. « Tu viendras voir le prochain match des Canons de Chudley, pas vrai ? » demanda-t-il, ses yeux pétillants d'enthousiasme. Une jeune femme se tenait à son bras, ses cheveux châtains disciplinés en douces vagues. Elle tourna la tête vers lui, ses yeux emplis de douceur. « Tu n'es pas obligé, » dit-elle, un sourire amusé éclairant son visage. « On pourrait aussi aller voir la démonstration de duel de Kingsley. »

Il ouvrit la bouche pour répondre, mais avant qu'un mot ne sorte, une voix douce, féminine et pourtant vibrante d'émotion, s'éleva derrière lui. « Harry ? »

Le nom résonna comme un coup de tonnerre dans son esprit. Son souffle se coupa. Tout devint flou, les couleurs, les visages, les lieux, tout s'évanouit dans un éclat de lumière blanche.

Calion ouvrit brusquement les yeux, son corps tressaillant alors qu'il émergeait du rêve. Son souffle était haletant, son cœur battant à tout rompre contre sa poitrine. Une fine pellicule de sueur perlait sur son front, et son regard se perdait dans la pénombre de la pièce. Il porta une main tremblante à son visage, cherchant à calmer la tourmente intérieure qui l'avait envahi.

Gimli, qui veillait près de lui, se redressa d'un bond, sa pipe manquant de tomber de ses mains. « Eh bien, mon ami, tu te décides enfin à nous rejoindre parmi les vivants ? » grogna-t-il, tentant de masquer son inquiétude derrière son ton bourru.

Mais Calion ne répondit pas. Son esprit était encore figé sur ce mot. Harry. Le nom résonnait dans sa tête, clair, puissant, et profondément dérangeant. Il ne pouvait pas l'ignorer. Ce souvenir… cette voix… qui étaient-ils ?

Calion, toujours allongé, ferma un instant les yeux, tentant de calmer les pensées tumultueuses qui l'assaillaient. Harry. Ce nom avait été le sien autrefois, il le savait maintenant. C'était une vérité enfouie depuis si longtemps qu'elle semblait appartenir à un autre homme, à une vie perdue dans les méandres du temps. Les siècles écoulés avaient effacé bien des souvenirs, mais celui-ci, brusquement revenu, brûlait comme une flamme vive dans son esprit.

Son attention fut détournée par Gimli, qui se tenait à ses côtés, le visage marqué par une inquiétude mal dissimulée. « Alors, comment te sens-tu ? Tu as l'air d'avoir été piétiné par un warg et de t'en être sorti de justesse. »

Calion prit un moment pour faire l'inventaire de son corps. Il sentit la fatigue encore lourde sur ses membres, sa tête légère, presque flottante. Une douleur cuisante irradiait de sa cuisse, mais à part cela, il allait… bien. « Fatigué, et ma jambe me rappelle que je ne suis pas invincible, mais je suis encore debout… enfin, presque. » Un sourire ténu effleura ses lèvres, mais son regard restait lointain.

Gimli hocha la tête, son expression se détendant légèrement. « Bien. Tu vas avoir besoin de forces. Je vais te chercher un repas digne de ce nom. » Et, fidèle à son habitude, il ajouta en marmonnant : « Pas ces soupes fades qu'ils osent appeler nourriture ici. Un bon ragoût, voilà ce qu'il te faut. »

Alors que Gimli quittait la pièce, Calion ne resta pas seul bien longtemps. La silhouette blanche et imposante de Gandalf franchit doucement l'entrée. Ses yeux brillants s'illuminèrent lorsqu'il vit Calion éveillé. « Ah, te voilà enfin de retour parmi nous, mon ami. » Sa voix portait un mélange de chaleur et de soulagement.

Calion, cependant, n'attendit pas les formalités. Se redressant légèrement, il fixa Gandalf avec une intensité inhabituelle. « Des souvenirs me reviennent, Gandalf. Des souvenirs de ma vie d'avant… Quand mon prénom était Harry. » Sa voix tremblait légèrement, marquée par une fièvre autant mentale que physique.

Le vieil homme sourit doucement, un éclat presque malicieux dans ses yeux. « Oui, Harry. C'était ton nom autrefois. » Il s'installa sur la chaise occupée quelques instants plus tôt pat Gimli, prenant son temps pour observer Calion avec attention. « Retrouver ton identité oubliée est une étape essentielle. Cela t'aidera à comprendre, à reconnecter avec ce que tu es, ce que tu as toujours été. »

Calion, intrigué, fronça légèrement les sourcils. « Je… j'ai vu des choses dans mes souvenirs, Gandalf. Ce sont des bribes, mais elles ne ressemblent à rien de ce que j'ai connu ici. J'étais capable de faire des choses qui défient les lois naturelles de ce monde. »

Gandalf tapota doucement le bout de son bâton sur le sol, le son résonnant faiblement dans la pièce. « Ce que tu as vu est une partie de ce que tu étais. Mais écoute-moi bien, Calion : ne t'attends pas à ce que ces capacités prennent la même forme qu'autrefois. Le monde d'où tu viens et celui-ci sont tissés de fils différents. Ce qui était peut renaître, mais sous une forme que tu n'as pas encore imaginée. »

Les paroles du magicien résonnèrent dans l'esprit de Calion, comme des vagues frappant doucement une rive. Mais une autre pensée s'imposa à lui, aussi vive qu'un éclair. Il se rappela soudain la lumière dorée qui avait émané de Calimmacil pendant la bataille, un éclat qui semblait avoir une vie propre, une force qui répondait à sa volonté. Son regard se mit à chercher frénétiquement dans la pièce. « Mon épée… Où est-elle ? »

Gandalf, voyant le trouble de son ami, se redressa calmement. « Ton épée est là, Calion, elle est en sécurité, comme toi. » Il marcha lentement vers un coin de la pièce, où l'arme reposait soigneusement posée. La lame, désormais nettoyée, semblait briller légèrement sous la lumière vacillante, comme si elle avait été ravivée par une main experte. « Gimli s'est assuré qu'elle soit digne de toi. Il a dit qu'une lame de cette valeur ne pouvait rester souillée par le sang des orcs. »

Gandalf revint vers Calion, tenant l'épée avec une révérence inhabituelle, un geste qui reflétait le respect profond qu'il portait à cet homme et à ce qu'il représentait. Ses yeux gris, perçants et emplis de sagesse, se posèrent sur Calion avec intensité. « Cette épée n'est pas simplement un outil de guerre, Calion. Elle est bien plus. Elle est une extension de toi, une manifestation des énergies qui circulent en toi et dans Arda. »

Calion tendit une main légèrement tremblante vers l'arme, ses doigts se refermant sur la garde avec une familiarité instinctive. Lorsqu'il la souleva, une vibration subtile parcourut la lame, comme un écho silencieux répondant à son essence. Son regard s'attarda sur le métal sombre, presque comme s'il attendait une révélation.

« Ce que tu as ressenti pendant la bataille n'était pas un hasard, » continua Gandalf, son ton grave mais bienveillant. « Penses-tu vraiment que les vents du Caradhras se sont calmés d'eux-mêmes ? Que les batailles où tu as surmonté l'insurmontable étaient simplement des coups de chance ? Non, Calion. À chaque fois, les énergies d'Arda ont répondu à ton appel, qu'il ait été conscient ou non. Et chaque fois, tu as nié ces capacités, tu les as rejetées, comme si les accepter te condamnerait. »

Calion détourna un instant le regard, le poids des paroles de Gandalf pesant sur ses épaules. Ses doigts serrèrent un peu plus fort la garde de Calimmacil. « J'ai toujours cru que… que ce n'était qu'une coïncidence, » murmura-t-il. « Que ces choses arrivaient malgré moi. »

Gandalf posa une main légère mais ferme sur son épaule, son regard transperçant. « Il est temps d'arrêter de fuir, Calion. Ces capacités font partie de toi, elles l'ont toujours été. Les renier, c'est renier une part essentielle de ton être. Tu ne peux pas continuer à te cacher derrière cette illusion. Si tu veux réellement avancer, si tu veux protéger ceux qui comptent pour toi, tu dois embrasser ce que tu es. »

Les mots du magicien pesèrent lourdement sur Calion, mais il sentit aussi une étrange clarté s'installer en lui. Lorsqu'il leva de nouveau les yeux vers Gandalf, ce fut avec une lueur nouvelle. « Et si je n'en suis pas capable ? » demanda-t-il, presque en un murmure.

Gandalf, un sourire énigmatique sur les lèvres, recula légèrement et croisa les bras, son bâton incliné. « Tu l'as déjà fait, bien plus souvent que tu ne le réalises. Et tu le referas. Le temps te révélera ce que cela signifie réellement, Calion. Mais sache ceci : l'acceptation de soi est la première étape de la véritable force. »

Calion observa une dernière fois Calimmacil, ressentant comme une connexion plus profonde avec la lame qu'il n'en avait jamais eu. Il savait que Gandalf avait raison. Le chemin serait long et semé d'embûches, mais pour la première fois depuis des siècles, il se sentit prêt à affronter ce qu'il était réellement.

Calion ouvrit doucement les yeux, accueillant la lumière douce et dorée de l'après-midi qui baignait la pièce. Le silence régnait, seulement troublé par le murmure lointain des activités extérieures. Une fine poussière dansait dans l'air, illuminée par les rayons du soleil qui filtraient à travers une étroite fenêtre en pierre. L'atmosphère était paisible, presque irréelle après les tourments récents.

Il inspira profondément, son souffle encore un peu rauque. Il sentit ses muscles moins tendus, bien qu'une douleur persistante émanât toujours de sa cuisse. Lentement, il porta une main à la blessure, caressant doucement le pansement soigneusement refait. Aragorn ou peut-être Legolas, pensa-t-il. Leur minutie et leur attention étaient palpables dans chaque détail.

Il prit un instant pour faire état de son propre corps. Les tremblements avaient disparu, et la lourdeur qui avait alourdi ses membres semblait s'être dissipée. La douleur, bien qu'intense par moments, n'était plus qu'un arrière-plan, un rappel constant mais supportable de la bataille. Sa respiration s'était allégée, et son esprit, bien que toujours traversé par des pensées tumultueuses, paraissait moins embrouillé.

Calion se redressa lentement, s'appuyant sur ses avant-bras. La pièce, quoique austère, semblait presque chaleureuse dans cette lumière tamisée. Les pierres grises des murs reflétaient doucement l'éclat du soleil, et les modestes meubles disposés ça et là portaient des marques d'usure, témoins silencieux des siècles passés.

Il réalisa alors qu'il était seul. Cela ne l'inquiétait pas, mais le silence, après les jours de chaos, lui paraissait inhabituel. Il tourna lentement la tête, ses yeux explorant chaque recoin de la pièce. Son épée, Calimmacil, reposait dans un coin, appuyée contre le lit, son éclat sombre et mystérieux légèrement atténué par l'ombre.

Avec précaution, Calion balança ses jambes sur le côté du lit et se redressa un peu plus. Un étirement douloureux de sa cuisse le fit grimacer, mais il serra les dents. Il posa un instant sa main sur sa cuisse, sentant la chaleur de la blessure à travers les bandages, mais la douleur était supportable. Il prit cela comme un signe encourageant. Sa convalescence était rapide, et il sentait que ses forces revenaient.

Il se leva doucement, son équilibre légèrement vacillant, mais il parvint à se tenir droit. Le poids de son propre corps sur sa jambe blessée était un rappel qu'il devait encore être prudent, mais il était résolu à ne pas rester alité plus longtemps.

Il marcha lentement vers la fenêtre, posant une main sur le rebord froid et rugueux. La vue qui s'offrait à lui était celle du Gouffre de Helm, baigné dans les derniers éclats de la lumière du jour. En contrebas, il distinguait l'agitation des soldats et des villageois, chacun s'activant pour préparer le départ vers Edoras. Un mélange de fatigue et de détermination se lisait sur les visages qu'il pouvait entrevoir, mais un sentiment de soulagement planait également dans l'air. La bataille avait été remportée, et le pire semblait, pour l'instant, derrière eux.

Calion resta là, absorbé par le moment, ses pensées dérivant entre les souvenirs de la bataille et les bribes d'images qui continuaient de flotter dans son esprit, vestiges de vies passées. Il inspira profondément, se laissant porter par la tranquillité fragile de cet instant, conscient qu'elle serait de courte durée.

Calion resta un moment près de la fenêtre, son regard fixé sur l'horizon au-delà des murs du Gouffre. Le prénom Harry, résonnait encore dans son esprit, comme une mélodie familière mais lointaine. Il murmurait presque pour lui-même, ses lèvres formant silencieusement ce mot chargé de souvenirs perdus.

Il se rappela ensuite les paroles de Gandalf sur les énergies d'Arda, ce lien mystérieux qu'il semblait posséder avec ce monde. "Ces énergies ont toujours été en toi," avait dit le magicien, mais à cet instant, elles lui paraissaient inaccessibles, comme si elles se moquaient de lui. Fermant les yeux, il essaya de se concentrer, tentant de ressentir cette puissance que Gandalf disait en lui. Il se tint immobile, respirant lentement, cherchant un éclat, une vibration, une chaleur. Rien. Absolument rien.

Un soupir de frustration s'échappa de ses lèvres, et il posa ses mains sur le rebord de la fenêtre. "Peut-être que ce n'est qu'un mythe," pensa-t-il brièvement, avant de secouer la tête. Ce n'était pas le moment de se laisser happer par le doute. Il s'écarta du mur et, s'aidant de ses mains pour maintenir son équilibre, décida de sortir de la pièce.

Dès qu'il ouvrit la porte, une vague d'odeurs et de sons le submergea. Le couloir était empli d'une activité incessante. Les voix des blessés, les cris des guérisseurs, le bruit de pas pressés, tout formait un brouhaha oppressant. Mais c'était l'odeur qui l'assaillit le plus : un mélange lourd de plantes médicinales, de sueur et, surtout, de sang. Son estomac se contracta légèrement sous l'écœurement, mais il continua à avancer, s'appuyant contre le mur pour soutenir sa jambe encore faible.

Après quelques pas pénibles, il atteignit une des cours principales. Ici, l'agitation était encore plus marquée. Des soldats allaient et venaient, portant des caisses, des armes ou aidant les blessés. Des femmes distribuaient de l'eau ou s'occupaient des plus mal en point. Calion remarqua, au-delà des remparts, deux colonnes de fumée. L'une s'élevait sombre et épaisse, issue d'un amas informe de bras, de jambes et de torses d'orques et d'uruk-hai brûlant encore. L'autre, plus fine, provenait d'un bûcher funéraire dont le brasier s'était éteint mais qui continuait de fumer.

Il détourna rapidement les yeux de ces visions, préférant observer les pierres usées sous ses pieds. La guerre laissait des traces profondes, et ce spectacle était un rappel brutal de leur coût. Il continua de boiter, cherchant un endroit plus calme où reposer ses pensées.

C'est alors qu'il croisa Aragorn, qui portait un sac contenant des provisions et des bandages. En voyant Calion, debout et visiblement seul, Aragorn fronça immédiatement les sourcils, son expression mélangeant surprise et réprimande.

« Calion ? » dit-il en s'approchant, posant le sac pour le regarder de plus près. « Tu te lèves seul maintenant ? Je t'avais dit de te reposer. »

Calion, amusé par le ton autoritaire de son ami, leva une main apaisante. « Je vais bien, Aragorn. Bien mieux que ce matin. Je ne pouvais pas rester allongé plus longtemps. »

Aragorn, sceptique, le scruta attentivement. Les traits de Calion étaient encore tirés, et la pâleur persistait sur son visage. Pourtant, il semblait alerte, et son regard brillait d'une détermination retrouvée. Après un moment, Aragorn poussa un soupir, reconnaissant qu'il serait inutile d'insister.

« Très bien, » dit-il, adoucissant légèrement son ton. « Mais si tu es décidé à rester debout, au moins repose-toi un moment. » Il lui tendit un bras pour l'aider à marcher.

Ils avancèrent lentement jusqu'à une grosse pierre tombée d'un mur voisin. Calion s'y laissa tomber avec un soupir de soulagement, massant instinctivement sa cuisse blessée.

Après un instant de silence, Calion leva les yeux vers Aragorn. « Quelle est la suite ? Où allons-nous ? »

Aragorn croisa les bras, réfléchissant un instant. « Nous partons demain. Vers Isengard. Saroumane est vulnérable maintenant que son armée a été vaincue. »

Calion hocha la tête, ses traits marqués par la fatigue mais sa voix ferme. « Je serai prêt. »

Aragorn, un sourire amusé naissant sur ses lèvres, répondit avec une étincelle de taquinerie dans les yeux. « J'espère que Dréogan sera aussi prêt. Vu ton état, il pourrait refuser de t'approcher. Si ton apparence ne le rebute pas, ton odeur le fera fuir. »

Un rire léger s'échappa de Calion, le premier depuis longtemps. « Alors peut-être que je devrais aller me laver avant de lui demander de me porter, » répondit-il avec un sourire en coin.

Les deux hommes échangèrent un regard complice, et pour un instant, les tensions de la guerre semblaient s'éloigner, remplacées par cette camaraderie silencieuse qui les liait si profondément.

Le crépuscule enveloppait le Gouffre de Helm d'une lumière douce et vacillante, teinte d'or et de pourpre. La cour centrale, encore animée quelques heures plus tôt par le chaos des préparatifs et des blessés, était maintenant plus calme. Une brise légère soulevait la poussière du sol, tandis que quelques soldats terminaient leurs tâches, leurs silhouettes se fondant dans l'ombre naissante des remparts en ruine.

Calion se tenait près d'une fontaine à moitié effondrée, un vestige des temps anciens. Ses cheveux noirs, lavés de la crasse de la bataille, retombaient en mèches soyeuses, encadrant son visage. La fatigue était encore visible dans ses traits, mais quelque chose semblait s'être apaisé en lui. Ses épaules, d'ordinaire tendues, semblaient légèrement détendues, bien que son expression demeurât pensive.

C'était son regard qui captivait. Ses yeux verts, toujours aussi vifs, semblaient avoir gagné en profondeur. Une intensité calme et presque magnétique y régnait, attirant les regards sans effort, comme si une force invisible les habitait. Ceux qui croisaient ce regard en étaient marqués, mais sans pouvoir dire pourquoi. Ce n'était pas qu'ils brillaient ou qu'ils dégageaient une lumière surnaturelle, non. C'était une présence, une gravité, une force tranquille mais indéniable.

Quelques soldats, passant à proximité, ralentirent imperceptiblement, captés par l'aura qui émanait de lui. Ils échangèrent des regards, mais aucun ne prononça un mot, respectant un silence instinctif. L'un d'eux, un homme d'âge mûr au visage marqué par des années de combat, inclina légèrement la tête en signe de salut en croisant Calion, avant de poursuivre son chemin.

Aragorn arriva peu après, son pas assuré brisant le calme ambiant. Il portait des vêtements propres, et son visage, débarrassé de la crasse de la bataille, reflétait un mélange de sérénité et de fatigue. Il s'arrêta à quelques pas de Calion, l'observant un instant avant de lui adresser un sourire.

« Tu sembles aller mieux. » dit Aragorn, sa voix teintée d'un soulagement sincère.

Calion tourna la tête vers lui, une lueur d'amusement dans les yeux. « Mieux, oui. Disons que je me rapproche d'un état acceptable. »

Aragorn s'approcha, croisant les bras. « Je ne suis pas sûr que tu réalises à quel point tu as impressionné ceux qui t'ont vu te battre. Certains t'appellent déjà 'Lame d'or', d'autres parlent de toi comme d'un homme qui pourrait rallier une armée par sa simple présence. »

Calion haussa un sourcil, visiblement peu à l'aise. « Lame d'or ? » murmura-t-il, comme s'il goûtait les mots et les trouvait amers. « Les hommes ont tendance à exagérer, Aragorn. Je suis un homme, rien de plus. »

Aragorn éclata d'un rire discret. « Peut-être. Mais cela ne change rien au fait que tu es devenu, sans le chercher, un symbole pour beaucoup ici. »

Un silence s'installa, le vent jouant doucement avec les mèches de leurs cheveux. Calion détourna les yeux, fixant l'horizon. « Les symboles… » murmura-t-il, plus pour lui-même que pour Aragorn. « Ils finissent souvent par décevoir. »

Aragorn ne répondit pas tout de suite, le regardant avec une compréhension silencieuse. Finalement, il posa une main amicale sur l'épaule de Calion. « Peut-être. Mais ce n'est pas aujourd'hui que cela arrivera. »

Calion, malgré lui, esquissa un sourire presque imperceptible. Tandis qu'Aragorn s'éloignait pour retourner à ses propres affaires, Calion resta immobile, perdu dans ses pensées. Le crépuscule s'approfondissait, et les ombres s'allongeaient autour de lui, mais son regard, fixe et intense, semblait percer à travers l'obscurité.

Le vent léger du soir balayait la cour du Gouffre de Helm, emportant avec lui les derniers murmures de la bataille. Calion, adossé à un pan de mur à demi effondré, observait les préparatifs qui s'activaient autour de lui. Les soldats nettoyaient leurs armes, des femmes vérifiaient les chariots pour les blessés, et quelques chevaux, dont Dréogan, étaient pansés avec soin non loin de là. L'atmosphère était calme mais tendue, marquée par le poids de ce qui avait été accompli et l'appréhension de ce qui restait à venir.

Une silhouette familière se détacha parmi les soldats. Théoden, droit et digne malgré les épreuves, traversa la cour en direction de Calion. Les hommes autour de lui s'inclinaient légèrement à son passage, et certains adressaient à Calion des regards respectueux ou curieux, comme si sa simple présence inspirait une admiration silencieuse.

Le roi s'arrêta à quelques pas de Calion, son regard scrutateur balayant l'homme qui avait été un pilier dans la bataille. « Calion, » dit-il avec chaleur, sa voix portant une autorité naturelle adoucie par la gratitude. « Je voulais te remercier personnellement. J'ai entendu de nombreux récits de tes exploits. Ta bravoure et ta ténacité ont sauvé bien des vies aujourd'hui. »

Calion redressa légèrement la tête, ses yeux verts rencontrant ceux de Théoden. Il inclina respectueusement la tête. « C'est un honneur de combattre aux côtés des Rohirrim, mon roi. Mais je n'ai fait que ce qui devait être fait. »

Théoden esquissa un sourire en coin et lui donna une claque vigoureuse sur l'épaule, un geste empli de camaraderie. « Toujours modeste, je vois. Mais crois-moi, hommes et femmes parlent de toi comme d'un allié précieux. C'est un soulagement d'avoir un homme de ta trempe parmi nous. »

Il s'approcha d'un pas, son expression se faisant plus sérieuse. Ses yeux semblaient chercher quelque chose dans ceux de Calion. « Dis-moi, Calion, es-tu suffisamment remis pour chevaucher jusqu'à Isengard ? »

Calion hocha lentement la tête, son visage calme et assuré. « Je suis prêt. Dréogan est une monture digne des éleveurs du Rohan. Il me portera sans éveiller ma blessure. »

Théoden hocha la tête, satisfait, mais resta silencieux un instant, comme s'il hésitait à formuler ses prochaines paroles. Finalement, il brisa le silence, se rapprochant encore légèrement. Sa voix baissa d'un ton, comme pour s'assurer que personne d'autre n'entende. « Je vais être franc, Calion. Des hommes de ma confiance m'ont rapporté des faits… inhabituels te concernant. Tes prouesses sont celles d'un guerrier accompli, certes, mais certaines choses… » Il marqua une pause, son regard scrutant Calion. « Certaines choses semblent au-delà des capacités humaines. Ta lame, qui brillait d'une lueur dorée, et la force que tu as déployée pour abattre ce troll. Cela m'a fait me demander : n'es-tu pas un Istari, toi aussi ? »

Calion, pris au dépourvu, sentit un frisson d'inconfort parcourir son échine. Son regard, d'ordinaire si perçant, se détourna légèrement. « Les hommes aiment enjoliver les récits, » répondit-il doucement, pesant ses mots. « Je ne suis qu'un rôdeur, rien de plus. Ce que vous décrivez… ce sont sûrement des embellissements des témoignages. »

Théoden, bien que dubitatif, observa Calion un long moment, comme s'il cherchait à déceler une faille dans ses paroles. Mais il finit par hocher la tête, un sourire étirant légèrement ses lèvres. « Peut-être. Mais si c'est là la version enjolivée, alors que les Dieux nous gardent si elle s'avère vraie. »

Un silence respectueux s'installa entre eux, avant que Théoden ne recule d'un pas, redevenant le roi pragmatique et résolu. « Repose-toi bien, Calion. Nous partons à l'aube, et le chemin vers Isengard sera long. »

Calion hocha la tête, le suivant du regard tandis que le roi s'éloignait pour superviser les derniers préparatifs. Une légère tension restait dans ses épaules, comme un vestige de l'échange. Le murmure de son prénom ancien, enfoui dans son esprit, semblait se mêler aux derniers mots de Théoden.