Chapitre 68: changements de vie

Tranquillement, j'écrivais de moins en moins. Ma capacité et ma volonté d'écrire avaient toujours varié en fonction du temps que j'avais, mais aussi en fonction de mon humeur. Au début de notre relation, j'avais une envie intense d'écrire tout ce qui m'arrivait, mais, plus le temps passait, moins j'avais cette envie. Cela ne m'empêchait pas d'adorer écrire lorsque j'avais le temps et de trouver des moments pour le faire.

Cependant, les dernières semaines avaient été empreintes de tellement de tristesse que je n'avais simplement plus envie d'écrire. En plus, je n'avais pas le temps, alors ça adonnait bien.

Si mes écritures avaient parfois servi à adresser un stress et à l'enlever, je savais bien que ce n'était plus le cas. Tout ce qui avait à être dit avait été dit et il ne restait plus qu'à attendre.

Mage allait déménager. Il allait déménager plus près de chez moi. Pour n'importe qui cela aurait dû être positif, mais pas pour moi. Ce déménagement semblait être tranquillement le premier pas vers la fin de notre relation. En se rapprochant de chez moi, il s'éloignait de tous les gens qui lui tenaient à cœur, dont son autre partenaire.
Il avait donc envisagé inviter cette partenaire à dormir chez lui pour faciliter leurs déplacements et leurs vies par le fait même. Cependant, moi, ça me dérangeait profondément qu'elle dorme chez lui.

Après de longues réflexions, j'en étais venu à l'idée que si elle dormait chez lui, ça me ferait trop de peine et je ne voudrais plus le voir. En ce sens, ses choix – sachant qu'il planifiait qu'elle dorme chez lui éventuellement – combinés à mes propres limites allaient faire en sorte que notre relation se terminerait. Je ne savais pas ce qui me rendait le plus triste : savoir qu'il faisait des choix qui me faisaient de la peine sans que ça ne semble le déranger, savoir que la fin de notre relation ne semblait pas le déranger ou simplement savoir que notre relation allait se terminer (puisqu'il ne semblait rien faire pour qu'il y ait une autre issue).
Les semaines passèrent et tranquillement j'acceptais la situation qui était dans ma vie comme une épée de Damoclès qui attendait simplement cette unique fois où elle dormirait chez lui pour détruire notre relation. C'était ce que je pensais, mais je me rendis compte que, même sans qu'elle n'ait dormi chez lui, sa simple réaction par rapport à la situation me faisait prendre de la distance par rapport à lui et par rapport à notre relation.
J'avais l'impression, par ses choix ou ses paroles, qu'il n'était pas prêt à faire des efforts pour conserver notre relation, alors soudainement, je m'étais aussi mise à ne plus vouloir faire d'effort.
Et c'était même plus que ça : il y avait plusieurs choses que je faisais avec plaisir parce que je savais que ça lui faisait plaisir. Au fond, j'avais toujours aimé lui faire plaisir. Certains disent que de pensé aux autres c'est un geste altruiste, mais, dans mon cas, c'était toujours égoïste parce que c'est moi qui en retirais le plus de positif lorsque je le voyais heureux.
Mais, avec tout ce qui s'était passé, soudainement, toutes ses choses ne me tentaient plus vraiment. C'était un amalgame de choses banales et diverses comme simplement cuisiner lorsqu'il allait venir ou bien des relations sexuelles anales. Autant que j'avais aimé ces choses, soudainement ça ne me tentait simplement plus. (Bon, c'est certain qu'il y avait tout de même un minimum de cuisine que je devais faire pour ma propre famille, mais je n'allais certainement faire aucun effort en particulier pour lui.)

Un jour, je me demandais si j'étais en amour avec lui. J'en étais venu à la conclusion que je ne pourrais le savoir que si notre relation changeait, que mes sentiments changeaient. Je ne pensais jamais que ça arriverait, mais ça arrivait doucement. J'étais entrain de « grow out of love ». Ceci dit, ça ne changerait pas notre relation – de son point de vue du moins. On allait simplement avoir des sentiments plus près l'un de l'autre.

J'allais toujours l'aimer et il allait toujours avoir une place importante dans ma vie, mais peut-être qu'un jour je ne serais plus en amour avec lui. À priori, cela ne changeait rien. J'allais continuer à vouloir le voir comme on se voyait déjà et faire toutes les activités que l'on faisait. Donc, au final, d'une vue externe, ça ne changeait rien du tout. Cependant, ça faisait en sorte que j'allais de plus en plus faire uniquement les choses que je voulais faire en considérant de moins en moins ses volontés. Mais cela n'allait pas changer grand-chose non plus puisque nos volontés étaient tellement alignées que, de toute manière, on n'avait jamais grand effort à faire pour s'entendre sur ce qu'on voulait.

C'était drôle, la veille de son déménagement il m'avait rappelé la voyante qui avait dit que l'on n'était pas fait pour être ensemble. Il semblait trouver cela absurde qu'elle dise qu'on ne devrait pas être ensemble. J'avais aussi toujours dit, et je le disais encore, que je ne voudrais jamais qu'on ne se voie plus. J'aurais plutôt dû dire que je ne prévoyais pas faire des choix qui feraient en sorte qu'on ne se voit plus. Il avait donc critiqué la voyante qui disait qu'on ne devrait pas être ensemble, mais il semblait plutôt enclin à faire des choix qui allaient mener vers la fin de notre relation. Je trouvais la chose plutôt paradoxale. Ceci dit, je restais sur ma position : je n'allais jamais choisir volontairement de mettre fin à notre relation et j'allais toujours espérer qu'on se fréquente encore longtemps. Mais je ne pouvais pas non plus accepter des situations qui dépassaient ma limite de peine/des situations qui me faisait trop de peine.
Je repensai aussi à l'autre « voyante » (appelons là ainsi à défaut d'avoir un mot pour le décrire) qui m'avait dit de faire mes choix et que Mage suivrait; que de toute façon il avait juste ça à faire de suivre. C'était très intense comme formulation et j'avais trouvé ça à la limite du non-respect de Mage. Drôlement, ces paroles devenaient tout de même un peu vraies : je trouvais peu à peu mes limites, ce qui m'amenait à faire des choix du type « je choisis ce que je veux et me suivra qui voudra ». J'avais de toute manière cette mentalité dans toutes les sphères de ma vie. Ceci dit, je considèrerais toujours les volontés de Mage et, même si certaines choses qu'il aimait me tentaient moins, j'allais toujours vouloir viser son bonheur.

J'allais toujours vouloir faire des choix qui le rendraient heureux. Simplement, lorsque quelque chose me demandait un effort, j'allais peut-être le faire moins souvent ou simplement plus jamais.

Notre relation à ce moment était en ajustement. On naviguait chacun dans nos changements de vie (que ce soit le déménagement ou le travail) et en même temps on naviguait dans une transformation de notre relation.

Et malgré tous ces changements, quand on se retrouvait ensemble, tout était toujours parfait. Je crois que c'est ce qui faisait en sorte que notre relation était durable. J'osais espérer qu'il se sentait aussi bien en ma présence que moi en la sienne. Je ne pourrais jamais me passer de ma relation avec lui, mais je savais tout de même qu'il allait faire des choix qui mèneraient probablement vers une coupure de cette relation. Et cette idée même me rendait triste et faisait certainement que je n'avais plus envie d'écrire.
Est-ce que j'allais continuer de documenter notre relation ou est-ce que mon prochain chapitre en sera un de clôture de cette histoire : seules ses actions le détermineraient.