Stiles avait du mal à se positionner sur ce qu'il voyait. La maison de son enfance, de son adolescence… Elle était toujours là et en apparence pareille à ce qu'elle était lorsqu'il l'avait laissée. Elle tenait encore debout, au contraire de lui, qui avait encore besoin d'aide pour faire quelque pas. Sans l'adrénaline pour le pousser, il n'arrivait pas bien à garder son équilibre. Ainsi, il avait un bras autour des épaules de son père et y mettait une grande partie de son poids tant il était peu sûr de lui. Chaque pas qu'il faisait était hésitant même si, il pouvait le dire, ça allait mieux. Peu à peu, il sentait un semblant de forme lui revenir mais ce n'était pas encore suffisant pour qu'il puisse se débrouiller comme il le voudrait.
L'intérieur de la maison lui rappela un nombre conséquent de souvenirs… D'autant plus que la décoration n'avait pas changé: elle était toujours aussi simple mais chaleureuse, un savant mélange que Noah avait gardé malgré la mort de sa femme tant aimée, Claudia. Un style qu'aimait également beaucoup Stiles. Il eut cependant l'impression que l'ambiance, elle, n'était pas la même et qu'elle rendait tout ce décor quelque peu… Etranger à lui. Il était pareil, quasiment identique, tout en lui apparaissant différent. Ainsi, il lui parut à la fois normal et difficile de se dire qu'il s'agissait de chez lui, de sa maison, du foyer dans lequel il avait grandi.
- Tu n'auras pas de mal à retrouver tes marques, fiston: rien n'a changé à part peut-être deux ou trois bricoles.
La voix de Noah était enjouée et c'était d'ailleurs exactement ce que reflétait son visage. Et Stiles partageait sa joie, bien sûr… A un degré différent. Disons qu'il avait un peu de mal à se faire à tout ça, à réaliser, à se dire… Que son cauchemar était peut-être définitivement terminé. Il acceptait, petit à petit, le fait que son paternel était en vie et là aussi, c'était difficile, parce que cela voulait dire que ces dernières années, les pires de sa vie, s'étaient construites sur des mensonges – et il savait que c'était le cas. Malheureusement, il ne pouvait pas les envoyer valser aussi simplement que cela: il lui faudrait du temps, mais déjà… Déjà, il pouvait le prendre sans craindre que l'on profite de lui, qu'on l'épuise pour son bon plaisir. Parce que son père le protègerait et qu'il ne laisserait personne lui faire à nouveau une chose pareille.
- Ma chambre aussi? S'enquit timidement Stiles.
Il n'aimait pas sa voix actuelle, celle qui, par son côté enroué, faisait état de son utilisation. Avant de se réveiller dans cet étrange loft à quelques kilomètres d'ici, Stiles ne s'en servait que trop peu. Elle ne lui était d'aucune utilité dans la mesure où on ne l'écoutait pas. Alors à force, il avait adopté un silence partiel. Ainsi donc, s'en servir à nouveau au loft lui avait fait tout drôle et cela continuait – il fallait qu'il s'y habitue. Et à force, il retrouverait un semblant de voix qui correspondrait davantage à celle dont il se souvenait.
Noah eut soudainement l'air un peu gêné, comme s'il n'était pas certain de lui apporter une réponse satisfaisante.
- Elle a un peu vieilli, avoua-t-il. Je n'y ai pas beaucoup touché ces dernières années.
Mais elle était toujours là et c'était ça le plus important. Voilà ce qu'entendait Stiles… Et ce qu'il voulait comprendre. Parce que dans un sens, Noah avait gardé sa chambre figée dans le passé, dans l'espoir de vite le retrouver, incapable de passer outre sa disparition. Stiles n'allait néanmoins pas se plaindre de ce fait: dans un sens, il était heureux que son père ne soit pas complètement passé à autre chose, qu'il ne l'ait jamais… Oublié. Dans un sens, cela lui faisait chaud au cœur. Contrairement à ce qu'on lui avait dit là-bas, on l'attendait ici. Car même si Noah avait cru à sa potentielle mort… Il n'avait jamais pu s'y faire et au final, il avait bien fait de ne pas insister plus que de raison là-dessus car les voilà finalement réunis dans la maison familiale, prêts à former à nouveau la famille qu'ils avaient été malgré la mort de Claudia.
- Ce sera justement l'occasion de la mettre au goût du jour, reprit Noah en souriant cette fois-ci vraiment.
Il avait enfin une raison d'entrer à nouveau dans cette chambre, de la rafraîchir. Deux ou trois jours plus tôt, en rentrant du loft après l'avoir vu, il y avait fait un brin de ménage et mis des draps propres… Parce qu'il avait été décidé – par son initiative – qu'une fois ceci fait, Stiles retournerait tout simplement vivre avec lui. Quoi de plus normal? Il était son père et… Il était temps qu'ils se retrouvent. Mais, puisqu'ils n'étaient plus habitués à la présence de l'autre, il allait falloir qu'ils travaillent dessus – et sans doute sur tout un tas d'autres choses encore.
Stiles sourit alors en retour. Si on lui avait dit, quelques mois auparavant, qu'il retrouverait son père grâce à sa fuite… Il n'y aurait pas cru. Il se serait même moqué de la personne qui lui aurait dit cela… Ou alors il l'aurait tout simplement mal pris. Il n'aimait pas que l'on joue avec ses espoirs et sentiments. Rien ne pouvait égaler l'effet destructeur que pouvait avoir une grande déception suite à un espoir créé.
- Je suppose que tes goûts ont changé, mais j'espère qu'elle t'ira le temps qu'on la rafraîchisse.
- On verra, fit le jeune homme sur le ton de la plaisanterie.
Monter les escaliers s'avéra plus long que réellement compliqué: Stiles n'arrivait pas à aller vite et ses jambes lui donnaient l'impression d'être faites de guimauve. Il fallait dire qu'entre son gros manque d'activité physique lié à l'état dans lequel on l'avait mis, il y avait de quoi s'affaiblir sérieusement. Naturellement, son père se montra fort patient avec lui et ne le pressa d'aucune manière. Il sentait, à la façon dont Stiles s'appuyait sur lui, qu'il en avait véritablement besoin. Demander et utiliser l'aide qu'on pouvait lui apporter, ça n'avait jamais été son truc, alors lorsqu'il le faisait, c'était parce qu'il n'avait pas d'autre choix que celui-là -autrement, il s'en passerait bien volontiers.
Il trouva effectivement sa chambre inchangée par rapport à ses souvenirs. Elle sentait un peu le renfermé, mais ça allait – Noah avait justement pensé à ouvrir la fenêtrerégulièrement, histoire de limiter cet effet et de rendre l'air bien plus respirable. Enfin, il avait pour cela tout de même fallu qu'il apprenne que son fils était en vie. Sinon, il ne venait que très peu ici, deux ou trois fois en plusieurs mois, tout au plus. Le brin de ménage qu'il avait fait un peu partout dans cette chambre suffisait néanmoins à la rendre déjà disponible, occupable. Elle faisait encore un peu enfantine, avec certains des jouets qu'il avait gardés, mis sur ses étagères lorsqu'il était encore là. Les voir lui fit quelque chose… Surtout sa figurine Batman, celle que son père lui avait offert lors du dernier Noël qu'il avait passé chez lui avant de se faire attirer dans le piège qui avait constitué le début de son cauchemar… Dans une meute qui avait très vite montré son vrai visage.
Stiles contint l'émotion au mieux mais ne résista pas à l'étreinte que lui offrit naturellement son père.
Bordel, il lui avait manqué.
