Chapitre 2 : L'ombre des choix
La journée commença comme toutes les autres, froide et monotone, bien que la neige tombait en abondance à l'extérieur du MACUSA. Camille, comme à son habitude, se rendit au département de Recherche, les pensées un peu en retrait, son esprit encore hanté par la lettre qu'elle avait reçue la veille. Mais une fois au bureau, la routine prit le dessus. Elle s'assit à son bureau, un grand pupitre en bois clair, couvert de dossiers et d'ouvrages anciens. Elle attrapa son carnet et se mit à prendre des notes, mais elle savait que l'idée de cette lettre se frayait un chemin derrière chaque page qu'elle tournait.
Le dossier qui trônait devant elle concernait ses recherches sur la lycanthropie, sujet qui l'obsédait depuis des années. La lycanthropie n'était pas seulement un phénomène mystérieux, mais un enchevêtrement de magie et de biologie complexe. Camille avait toujours été fascinée par la manière dont les maladies magiques affectaient le corps humain. Elle s'était plongée dans l'étude des transformations physiques et mentales causées par les sorts et malédictions, des implications génétiques et des traitements possibles. Le sujet était ardu et difficile, mais c'était là qu'elle trouvait une partie de son salut. La magie, l'étude des métamorphoses, l'impact des potions et des remèdes : tout cela lui permettait de se concentrer sur quelque chose de tangible, quelque chose qui ne pouvait pas la trahir.
Elle échangea quelques mots avec ses collègues, des discussions banales sur les progrès de leurs travaux respectifs. Ils étaient agréables, mais personne n'était un ami ici. Camille était respectée pour ses connaissances et son expertise, mais ses relations restaient superficielles, comme une barrière invisible qu'elle n'avait jamais franchie. Les collègues étaient cordiaux, mais Camille n'avait jamais cherché à approfondir quoi que ce soit. Uniquement des relations professionnelles, et cela lui convenait parfaitement. Les discussions se tournaient toujours autour des projets et des problèmes techniques, et elle se contenta d'être la voix calme au milieu du bruit.
Mais en arrière-plan, la lettre revenait sans cesse la hanter. Camille n'arrivait pas à oublier la question qui tournait dans sa tête :Pourquoi maintenant ?Pourquoi quelqu'un – quelqu'un qu'elle ne connaissait pas, ou du moins, qu'elle n'avait jamais connu – l'avait-il retrouvée et avait décidé de lui écrire ? Les mots dans la lettre étaient clairs, sans équivoque. Quelqu'un, probablement un proche de sa famille, lui avait écrit pour lui révéler que l'un de ses parents n'était pas mort comme elle l'avait toujours cru. Mais pourquoi, après tant d'années ? Pourquoi quelqu'un qui ne l'avait jamais recherchée, viendrait soudainement lui dire la vérité ? Camille ne pouvait s'empêcher de se sentir réticente. Les questions se bousculaient dans son esprit.
Et si ce n'était qu'un piège ? Et si la vérité derrière tout ça n'était que du mensonge et de la manipulation ? Pourquoi voudrait-elle renouer des liens avec une famille qui l'avait laissée dans l'oubli ? Des souvenirs surgissaient de son enfance, de son abandon dans l'orphelinat, et cette idée de revenir dans cette vie qu'elle avait laissée derrière elle lui semblait absurde. La magie, l'amour, tout ça n'avait-il pas disparu avec la neige fondue du Canada ?
Il était tard lorsque Camille termina enfin ses recherches, épuisée. Elle avait passé la journée à se concentrer sur des données, des faits et des analyses pour occulter tout ce qui la rongeait intérieurement. Mais le retour chez elle semblait inévitable. Alors qu'elle se levait de son bureau, son esprit déjà fatigué, elle croisa Lola dans le couloir. Elle ne savait pas si c'était le bon moment, mais la voir ici, dans le même bâtiment, raviva le flot de souvenirs et de questions qui l'avaient accompagnée toute la journée.
"Camille, "Lola la salua, d'un air préoccupé mais bienveillant. "On se retrouve ce soir ? Je voulais te parler, à propos de… ce que tu as vu hier."
Camille s'arrêta, son regard se durcit en réponse à la mention de ce qu'elle avait découvert. Cette discussion semblait inévitable, mais elle n'était pas prête. Cependant, un mélange de curiosité et d'impuissance l'empêcha de répondre d'une manière trop acerbe.
"Pas maintenant, "répondit Camille d'une voix rauque, mais Lola insista. Elle voulait des réponses.
Au moment où Camille se dirigea vers la sortie, elle aperçut Sam, qui était en pleine discussion avec Lola. Il sourit, puis, d'un geste rapide, serra la main de Lola, lui signalant de partir.
"Lola, tu peux y aller. J'ai besoin de parler à Camille."
Le regard de Camille se fit dur. Sam, son petit ami, son partenaire depuis deux ans. Il lui avait dit qu'il était fatigué, qu'il avait besoin d'un peu d'espace. Mais tout ça semblait si faux maintenant. Ses yeux se posèrent sur lui, attendant une explication.
Lola se tourna, échangeant un regard lourd de sens avec Sam avant de s'éloigner en silence. Camille n'eut pas le temps de réagir, la colère et la déception se mélangeant en elle. Elle se tenait là, les bras croisés, attendant que Sam prenne la parole. Mais au lieu de lui expliquer, il se contenta de murmurer quelque chose, d'un ton trop calme pour être sincère.
"Camille, je… je sais que tu es en colère, mais ce n'est pas ce que tu crois." Il s'arrêta, cherchant ses mots, mais ils n'étaient que des excuses maladroites.
Camille fixa ses yeux sur lui, et dans son regard se lisait un océan de désillusion. Elle attendait, le regardant sans dire un mot, les bras toujours croisés. L'unique vérité était qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'il allait dire.
"Je n'ai jamais voulu que ça se passe comme ça…"Sam se lança dans une explication décousue, mais il savait au fond de lui qu'aucune de ses paroles n'effacerait ce dont elle avait été témoin. Il savait qu'il avait brisé quelque chose de précieux, quelque chose de fragile entre eux.
Mais Camille n'écoutait plus. Son esprit était ailleurs, noyé sous le poids de la trahison, des questions sans réponse. Après cette première tentative d'explication elle n'avait même plus envie de l'entendre. Elle ne voulait plus de ses justifications. Elle avait déjà décidé que son cœur ne pourrait plus supporter ces mensonges.
Elle le laissa parler, mais rien ne l'atteignait plus. La réalité était qu'elle n'avait plus de place pour lui dans sa vie. Son regard se perdit dans l'ombre du hall du MACUSA, son cœur se serrant sous le poids de ce qui venait de se briser.
Elle n'avait pas besoin d'entendre d'explications. Elle savait ce qu'elle ressentait.
Elle ne pouvait pas rester ici.
C'était fini.
