Ecrit pour Amethyst pour un mème de Noël sur le thème "Fake dating"


Charles avait ressenti un frisson, l'ombre d'un danger alors qu'il faussait compagnie à ses élèves pour aller visiter Erik. Mais c'était un progrès par rapport au passé. Ils avaient peu à peu réussi à se convaincre mutuellement que Charles n'agripperait pas le cerveau d'Erik pour le laisser mort sur le sol, et qu'Erik n'écraserait pas Charles entre les roues de son fauteuil roulant pour le même usage.

Bien sûr, ils allaient probablement avoir des mots. Mais de façon mature, sans violence ; et puis, parfois, il était sain d'être en vif désaccord avec quelqu'un de suffisamment intelligent pour que cela soit intéressant.

Mais cela en valait la peine, pour raviver leur ancienne amitié.

Le rendez-vous était dans un parc, devant les jeux d'échecs en usage libre ; avec un peu de chance, une partie préliminaire épongerait le plus gros de leur antagonisme, avant de pouvoir passer à d'autres sujets. Charles faisait de gros efforts pour ne pas tricher, même par accident.

C'est alors qu'il entendit une pensée flotter dans l'espace astral autour de lui.

Immédiatement, il interrompit le temps ; ou plutôt, il accéléra la vitesse de l'esprit d'Erik, et la sienne, pour avoir une conversation sans avoir à se soucier du temps.

Mauvaise nouvelle, informa-t-il télépathiquement. Je viens juste d'entendre quelqu'un se réjouir de pouvoir vendre des photos de nous ensemble à une quelconque feuille de chou.

Qui ? demanda Erik, véhément, même en pensées.

Je n'ai malheureusement pas pu l'identifier. Il y a trop de gens ici, trop de pensées parasites. Même si notre stalker n'a pas d'entraînement psychique, j'aurais besoin de Cerebro. Charles eut une très brève pause, se demandant comment tourner la suite de la conversation. Il va sans dire que de telles nouvelles seraient désastreuses pour l'image de l'Institut. Sans vouloir t'offenser. On nous accuserait probablement de promouvoir la révolution mutante en secret.

Je suppose que ce serait de la moins mauvaise publicité pour moi.

Voire de l'avoir manipulée dès le début pour nous faire bien voir.

Je le confesse, je le prendrais très mal. Et la Fraternité le prendrait très mal. Qu'en est-il de tes élèves ?

Ils seraient probablement contrariés, déçus, mais pas surpris. Ils ont des complaintes à mon sujet autrement plus graves assez régulièrement.

Erik ne pouvait pas lever les yeux au ciel à ce rythme, mais il transmit très clairement le sentiment.

Tu es sûr que tu ne peux rien y faire ?

Je peux nous rendre invisibles à tous les regards, certainement. Mais la personne aura tous ses souvenirs de ce qu'elle a vu, sans compter plusieurs photos. Et effacer les souvenirs spécifiques serait... eh bien...

Aussi difficile que si je voulais identifier de loin l'appareil qui a pris des photos de nous avant d'en ruiner le disque dur. Je vois ce que tu veux dire.

Bien sûr tu pourrais ruiner tous les appareils photos dans le kilomètre le plus proche, et je pourrais effacer la mémoire immédiate d'au moins autant de personnes, si nous nous soucions peu de viser. Mais outre la moralité douteuse de la chose, je suis certain qu'un tel évènement ne serait pas la meilleure option pour convaincre les media que nous ne complotons pas ensemble.

J'espère que tu as une idée, Charles, et que tu fais la liste de ce qui ne marcherait pas juste pour me convaincre de l'adopter à la fin.

Un soupçon d'idée, admit Charles, qui préférait ne pas aller trop vite pour annoncer de mauvaises nouvelles. Comme je connais les journalistes, si nous faisions passer cela pour un rendez-vous galant, cela éclipserait immédiatement la possibilité d'une collusion politique.

Erik ne répondit pas, et Charles craint d'avoir été trop audacieux.

Cela arrangerait ma partie de l'incident diplomatique, dit-il avec précaution, mais bien sûr, si cela rend les choses pires pour toi.

Non, dit Erik. Vu le nombre de fois où certains d'entre eux ont eu des... aventures avec tes élèves, ils n'auraient rien à dire.

Charles aurait pu rire doucement, sauf qu'il sentait un frisson d'anticipation et d'inquiétude lui parcourir l'échine.

Il faudrait, je pense, préparer une histoire plausible...

Mais Erik ne l'écoutait plus, et Charles avait beau essayer de tout planifier, il se retrouva entièrement surpris alors qu'Erik se penchait vers lui et l'embrassait.

Charles aurait dû penser en premier à rendre cela crédible ; il avait oublié cela, alors qu'Erik l'embrassait comme si c'était vrai, avec l'intensité d'un homme qui n'avait jamais embrassé autrement que par désespoir. Il leva la main, la posa sur l'avant-bras d'Erik, et parvint à reprendre le contrôle de lui-même. Erik, certainement, comprenait sa faiblesse interne ; il l'avait senti dans le frémissement de ses lèvres, dans le vacillement de leur conversation télépathique.

Erik en souriant dans sa tête, un peu moqueur, ce qui était certainement mieux que n'importe quelle alternative. Charles caressa le poignet d'Erik, le dos de sa main ; sincèrement avide de gestes d'amitié, hésitant avec les gestes d'amour, alors que c'était leur plan, et que ce n'était pas si différent. Ils avaient été dans cet entre-deux, il y a longtemps.

Peut-être ses souvenirs devaient-ils rester contenus. Non, pensa Charles, avec une pointe d'hypocrisie. Il faut être convaincants.

Il se demanda quand Erik ferait remarquer que cela avait assez duré. Il se demanda s'il ne devait pas le faire en premier.

Il se rapprocha du banc d'Erik, contournant la table d'échecs, tout près maintenant. Erik se rassit. Sa main sur celle de Charles bougeant sans cesse, comme une caresse, ou comme si elle voulait s'enfuir et était rattrapée par une puissante gravité.

Que faisons-nous après ? demanda Charles.

Il laissa flotter la question entre eux, trop d'options potentielles sur ce qui signifiait le après, et il en aurait peut-être choisi une en premier, si Erik n'avait pas répondu.

Nous avons joué notre tour. Il ne nous reste plus qu'à voir comment le scandale se déroule, personnellement et politiquement.

Sa main sur celle de Charles bougeant sans cesse, comme une caresse, ou comme si elle voulait s'enfuir et était rattrapée par une puissante gravité.

Au cas où il y aurait besoin de répondre à des interviews, dit Charles, peut-être devrions-nous nous mettre d'accord sur quelques points d'histoire.

Je ne suis pas certain de vouloir cette conversation.

Je voulais suggérer, au cas où nous serions confrontés à un des télépathes qui ne respectent pas toujours la vie privée, - Erik eut un ricanement que Charles avait amplement mérité autrefois - d'implanter de faux souvenirs à ce sujet. Ils seraient très clairement faux de notre point de vue, juste pas pour des indiscrets. C'est une... astuce classique.

Et tu proposes de les créer toi-même ?

Je propose. répondit Charles, se forçant à un peu de sincérité, juste un peu, avant de dévier. Tu sais à quel point je suis doué pour cela.

Erik ricana et c'était, presque sûrement, la réaction attendue.

Mais il redevient sérieux, lui aussi. Montre-moi.

Charles était doué pour cela, créer des souvenirs suffisamment nets et suffisamment épars pour qu'ils semblent réels, et peut-être était-il trop doué pour imaginer ce qui se serait passé s'il ne s'était pas brouillé avec Erik.

Il était aussi très doué, à force d'entraînement, pour transmettre facilement et rapidement une grande quantité d'informations. Un résumé d'une situation critique. Une langue entière. Toutes les applications connues du pouvoir d'un ennemi.

Il eut l'impression, pourtant, cette fois, que cela durait une éternité. Le contenu en était trop intime et trop faux, et la confiance d'Erik, qui le laissait accéder à son esprit, presque étouffante. A cet instant, il se demanda si tout ce plan en valait la peine, s'il n'aurait pas dû être honnête avec la presse tout de suite (mais non, il avait eu tant de fois cette tentation, et n'y avait jamais succombé)

Erik appuya son front sur ses mains, un sourire fragile sur les lèvres. Il tenta de maîtriser ses pensées avant de les envoyer à Charles.

Je n'aurais pas dû douter de tes talents, finit-il par conclure, juste pour cacher le reste des pensées qui bouillonnaient.

Charles ne regarda pas ce qui s'y passait réellement ; il se heurta au mur des faux souvenirs, comme il était censé le faire. Cela semblait, de l'extérieur, un autre mensonge, un qui n'était pas le sien.

J'ai prévu à plus court terme, répondit Erik. Plus nous restons, plus le risque de, ah, nous trahir devient grand. Il est temps de faire comme si nous venions juste de repérer notre intrus.

C'était extrêmement raisonnable, et pourtant, un moment trop vulnérable pour se quitter, pensa Charles. Mais ce n'était pas le moment de

Il pressa la main d'Erik, et souhaita que l'embrasser soit aussi facile que d'imaginer le faire et de le partager ensuite.

Il admira, cependant, la façon dont il quittait la scène, comme s'il avait effectivement été surpris dans une situation gênante, mais refusait de s'excuser pour cela.

Charles pensa à l'avenir, aux mensonges qu'il allait devoir dire à ses élèves si le plan marchait, et combien ce serait pire s'il ne marchait pas. Il se demanda s'il parviendrait à ne pas transformer cela en désastre pour la cause mutante et les droits des homosexuels réunis.

Il se demanda ce qui se passerait la prochaine fois qu'il reverrait Erik.

Tout cela aurait dû être un poids, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir une joie pure devant l'absurdité de la situation.

C'est avec un sourire au coin des lèvres qu'il se retint d'invoquer les faux souvenirs qu'il avait créés pour vérifier leur qualité - pas tout de suite.