Chapitre 3: Niwe anginn
Il fallut une bonne semaine pour qu'Harry parvienne à tolérer, sans trembler de peur, la présence d'autres personnes que Salazar ou Helga. Ce progrès, bien que modeste, fut accueilli comme une grande avancée par les deux fondateurs, qui redoublaient d'efforts pour offrir à l'enfant un environnement apaisant. La chance était de leur côté : les élèves étaient en vacances, ce qui évitait à l'infirmerie d'être envahie par des jeunes curieux ou distraits en chemin vers leurs cours de médecine magique, qui avaient également été suspendus. Ainsi, le jeune garçon pouvait se remettre doucement, à son rythme, sans subir la pression d'une foule inquisitrice.
Malgré ces progrès, Harry restait extrêmement sélectif dans ses interactions. Il supportait à peine la présence de Godric, dont la carrure imposante et l'énergie vibrante semblaient le submerger. Toutefois, il montrait une tolérance surprenante envers Thalion, le fils de Godric, bien que cette acceptation soit arrivée après un incident qui avait fait craindre à tous de devoir recommencer encore plus loin que zéro.
Comme tous les soirs après le repas, Thalion se rendit à l'infirmerie pour tenir compagnie au petit garçon. Même si ce dernier dormait profondément, Thalion espérait qu'une présence silencieuse et rassurante pourrait apaiser ses cauchemars ou simplement lui offrir un peu de réconfort. La veille, la nouvelle année avait été célébrée dans une ambiance de joie et de magie. Il pouvait encore sentir dans l'air les rémanences de cette énergie festive, douce et enveloppante. Cette sensation le plongea progressivement dans un état cotonneux, ses pensées s'embrouillant doucement alors qu'il s'appuyait sur le dossier de la chaise près du lit.
C'est un gémissement faible, presque inaudible, qui le ramena brusquement à la réalité. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre d'où provenait le son, son esprit encore engourdi luttant pour s'éveiller pleinement. Quand son regard se posa sur Harry, agité dans son sommeil, son cœur se serra. Sans hésiter, il se redressa et s'approcha lentement du lit, craignant de brusquer le garçon.
Il posa une main fraîche sur le front de l'enfant pour vérifier s'il faisait de la fièvre. Mais à peine son geste accompli, deux yeux d'un vert émeraude hypnotique s'ouvrirent soudainement, transperçant les siens d'un regard vif et alarmé. Il n'eut pas le temps de dire un mot ni même de retirer sa main. Une vague de magie brute explosa autour de lui, le projetant violemment en arrière. Son dos heurta le lit voisin avec une force qui lui arracha un grognement de douleur, la résonance du choc vibrant dans tout son corps.
Encore étourdi, il releva doucement la tête, juste à temps pour entendre le bruit d'un objet qui tombait au sol, suivi d'un léger bruissement. En ajustant son regard, il vit Harry, petit et vulnérable, ramper jusqu'au mur le plus proche. Le garçon s'y pressa comme s'il cherchait à s'enfoncer dans la pierre froide, ses tremblements trahissant une peur viscérale. Il était recroquevillé sur lui-même, ses bras frêles entourant ses jambes tandis que des sanglots étouffés secouaient son corps.
Thalion, le souffle court, ignora la douleur lancinante dans son dos et se redressa lentement, veillant à ne pas effrayer davantage l'enfant. Il tendit les mains, paumes ouvertes, dans un geste apaisant, avançant de quelques pas à genoux.
— Hey, c'est bon… calme-toi. Ce n'est rien, je te le promets. C'est ma faute, je n'aurais pas dû être aussi proche, je suis désolé. Mais tu es en sécurité, je te le jure. Laisse-moi juste m'assurer que tu ne t'es pas blessé en tombant… d'accord ?
Sa voix, d'habitude si vive et enjouée, était douce, presque murmurée, teintée d'une sincérité désarmante. Il espérait que ces mots suffiraient à percer le mur de panique qui semblait enfermer le garçon. Mais Harry ne répondit pas. Pas un mot dans leur esprit, pas un signe de cette connexion magique qu'il partageait parfois avec Helga ou Salazar. Il continuait à trembler, ses sanglots se mêlant à une série de secousses nerveuses, sa tête bougeant frénétiquement de gauche à droite, comme pour nier tout ce qui se passait autour de lui.
Thalion s'approcha prudemment, réduisant lentement la distance qui les séparait jusqu'à être à un peu plus d'un mètre de l'enfant. Ses mouvements étaient mesurés, calculés, presque instinctifs, comme s'il tentait de ne pas effrayer un animal blessé. Il continua à murmurer des mots rassurants, même si ses phrases, décousues, semblaient parfois n'avoir ni queue ni tête. Il espérait que, derrière le brouillard de panique, Harry parviendrait à entendre au moins le ton apaisant de sa voix.
Le roux resta ainsi, immobile et patient, jusqu'à ce que les sanglots du garçon diminuent peu à peu en intensité. Lorsqu'il sentit le moment opportun, il s'avança de quelques centimètres de plus et tendit lentement la main, s'arrêtant juste dans le champ de vision d'Harry. Thalion pria intérieurement que ce geste ne déclenche pas une nouvelle vague de terreur.
Harry releva la tête, un gémissement de peur franchissant ses lèvres. Ses grands yeux verts s'ancrèrent dans ceux de Thalion, cherchant désespérément un signe d'intention. Y avait-il danger ou répit ? Thalion, le cœur serré, ne bougea pas davantage, se contentant de lui adresser un petit sourire encourageant. Il réalisa alors à quel point ils avaient été chanceux la première fois que l'enfant s'était réveillé. À cette époque, les potions anti-douleur dans son système avaient suffisamment émoussé sa vigilance pour qu'il se laisse approcher, et sa curiosité naturelle leur avait permis de créer un premier contact fragile.
Depuis, les choses s'étaient compliquées. Harry refusait presque systématiquement les potions, surtout celles contre la douleur. Salazar s'était mis à les intégrer discrètement dans des aliments, mais cette méthode réduisait considérablement leur efficacité. Le fondateur travaillait sans relâche pour modifier la recette et la rendre plus compatible avec différents supports, mais les résultats tardaient à venir.
Revenant au moment présent, Thalion s'efforça de rester concentré. Il accentua légèrement son sourire, espérant qu'un geste de confiance naîtrait. Il parla d'une voix basse et vibrante, pesant soigneusement chacun de ses mots.
— J'aurais besoin de vérifier si tu ne t'es pas fait mal en descendant du lit. Je sais que le sort de diagnostic n'est pas des plus agréables, mais c'est important, dit-il doucement. Et il faudra que tu retournes dans ton lit. Le sol est glacial à cette saison, ce n'est vraiment pas bon pour toi.
Sa voix, douce et enveloppante, sembla enfin franchir les barrières de la peur. Il dut cependant attendre encore de longues minutes avant de sentir une petite main hésitante se poser sur la sienne. Un frisson d'émotion parcourut Thalion, mais il le réprima pour ne pas effrayer l'enfant. Il se redressa lentement, veillant à ne pas brusquer le plus jeune, et l'aida à regagner son lit en douceur.
— C'est bien, murmura-t-il en guise d'encouragement. Tu fais beaucoup d'efforts, petit. Je suis fier de toi.
Une fois le garçon installé sous les couvertures, Thalion prit sa baguette et tapota délicatement la tête d'Harry pour lancer un sortilège de diagnostic. Il attendit les résultats avec une tension palpable, scrutant l'expression du garçon pour détecter le moindre signe de détresse.
— Bien, annonça-t-il après un moment. Tu n'as pas de nouvelles blessures. Ta température est encore trop basse, surtout au niveau des extrémités, mais le sort de chaleur va t'aider à te réchauffer. Maintenant, il faut que tu te reposes. Si tu veux, nous avons une potion de sommeil. Malheureusement, elle ne chasse pas toujours les mauvais rêves. Salazar travaille à l'améliorer, mais ce n'est pas facile.
Sa voix se teinta d'une légère note d'humour, un effort pour alléger l'atmosphère pesante. Il s'assit de nouveau près du lit, attendant patiemment une réaction de la part du garçon. Harry resta silencieux, mais son regard émeraude, bien que toujours méfiant, semblait légèrement apaisé. Après quelques instants d'hésitation, il finit par hocher la tête, donnant son accord pour la potion.
Thalion se hâta de la préparer, veillant à ne pas paraître trop brusque. Une fois la fiole prête, il la tendit à l'enfant. Harry la prit avec des gestes hésitants et avala le liquide d'un coup sec. Une moue de dégoût traversa son visage, qu'il tenta tant bien que mal de dissimuler.
— Je suis complètement d'accord avec toi, les potions de Salazar sont absolument ignobles, pouffa doucement Thalion, un sourire malicieux sur les lèvres. Allez, maintenant, il faut te coucher.
Avec des gestes mesurés, il aida délicatement Harry à se glisser sous les couvertures, les remettant soigneusement en place autour de lui. Il resta assis près du lit, veillant sur lui jusqu'à ce que sa respiration devienne régulière, signe qu'il s'était enfin endormi. Une fois sûr qu'il dormait profondément, Thalion se releva doucement, grognant de douleur alors qu'une vague aiguë traversait son côté droit et son dos. Il avait réussi à cacher son état devant l'enfant, mais il était certain qu'il arborerait un magnifique bleu d'ici peu.
Rassemblant son courage, il quitta la pièce à pas feutrés et prit la direction des appartements de Serpentard. Il était à peu près sûr qu'il se ferait passer un savon mémorable pour son imprudence. Pire encore, il imaginait déjà son père, Godric, recevoir des réflexions pour un incident dans lequel il n'avait absolument rien à voir.
Et il ne se trompa pas.
Dès son arrivée, Salazar l'incendia d'une voix tranchante, allant et venant dans la pièce pour rassembler de quoi soigner les blessures. Le sermon dura un bon quart d'heure, ponctué par des éclairs d'exaspération dans ses yeux sombres.
— Tu es inconscient, Thalion ! Non seulement tu risques de te blesser davantage, mais tu mets l'enfant en danger avec tes imprudences ! fulmina Salazar en appliquant un baume froid sur ses côtes.
Il diagnostiqua rapidement une côte fissurée et un léger tassement vertébral. Tout en lançant des sorts de soin pour atténuer la douleur, il s'arrêta un instant, observant Thalion avec une intensité qui semblait vouloir pénétrer son âme.
— Et ne crois pas que tu t'en tireras à si bon compte, continua-t-il avec une pointe d'ironie acerbe. Je soigne la douleur, mais je laisse ce bleu. Que ça te serve de rappel à l'ordre.
Thalion, bien que meurtri physiquement et moralement, ne protesta pas. Il savait que les mots de Salazar, bien que durs, étaient porteurs d'une inquiétude sincère. C'était la manière du fondateur de montrer qu'il se souciait de lui.
— Merci, murmura Thalion après un moment, une main posée sur ses côtes pour tester les soins.
Salazar ne répondit pas tout de suite. Il rangea les potions et ustensiles avec un soin méticuleux, avant de se tourner de nouveau vers lui, plus calme.
— La prochaine fois, réfléchis avant d'agir, lança-t-il d'un ton plus posé mais toujours empreint de fermeté.
Thalion acquiesça, un sourire contrit sur les lèvres. Il savait qu'il venait de gagner une leçon mémorable... à plus d'un titre.
Après cet incident, Thalion avait pris l'habitude de venir à l'infirmerie en pleine journée, veillant à éviter tout risque de reproduire la panique de la dernière fois. Cette initiative permit de tisser un lien, fragile mais réel, entre lui et le jeune garçon. Ce lien, bien que timide, marquait une progression que Thalion n'aurait pas osé espérer.
Quatre jours s'étaient écoulés depuis cette nuit mouvementée, et le bleu imposant qui s'étendait de son dos à ses côtes commençait à s'estomper, virant par endroits à des teintes plus sombres, signe qu'il guérissait doucement. Durant ces jours, une petite victoire inattendue avait marqué leur relation : Harry lui avait confié son prénom.
Le souvenir de ce moment était encore frais dans l'esprit de Thalion. Dès qu'il avait franchi la porte de l'infirmerie, le prénom avait résonné avec force dans son esprit : Harry. Pas un mot de plus, mais cette simple déclaration avait suffi à illuminer sa journée. Il n'avait rien répondu, se contentant de lui adresser un sourire chaleureux avant de sortir un livre qu'il avait emprunté à sa mère. C'était un ancien recueil qu'elle lui lisait lorsqu'il était enfant, conçu pour initier les jeunes sorciers aux coutumes et traditions magiques.
Thalion avait passé tout l'après-midi à lire pour Harry, modulant sa voix pour donner vie aux histoires et anecdotes du livre. Il sentait le regard émeraude de l'enfant fixé tour à tour sur lui et sur les pages qu'il tournait, brillant d'une curiosité insatiable. Parfois, une lueur d'interrogation traversait ses yeux, et Thalion s'interrompait alors pour expliquer, avec des mots simples et des gestes illustratifs, ce qu'il venait de lire. Chaque éclair de compréhension sur le visage de Harry était pour lui une petite victoire, une preuve que leur lien se renforçait doucement.
L'année 997 avait maintenant commencé depuis presque une semaine. Après de longues discussions, et avec l'accord d'Helga et Salazar, il fut décidé d'attribuer à Harry des quartiers privés comprenant une chambre, un petit salon et une salle de bain. Physiquement, il était assez remis, bien que certaines blessures nécessitaient encore l'application régulière de baumes pour achever leur cicatrisation. Avant de le laisser s'installer, Helga lui avait donné une longue liste de recommandations, terminant en lui rappelant que les appartements de Salazar étaient les plus proches des siens. Elle insista sur le fait qu'il pouvait aller frapper à sa porte en cas de besoin. Harry, n'osant rien dire, se contenta d'acquiescer, bien qu'il n'ait aucune idée d'où se trouvait cette fameuse porte.
Lorsqu'il se retrouva enfin seul, il prit le temps d'examiner ses nouveaux quartiers. Une sensation étrange l'envahit, comme s'il se retrouvait dans une petite salle commune, chaleureuse et apaisante. Les meubles, bien qu'évidemment plus sobres que ceux de son époque, dégageaient une élégance discrète et semblaient incroyablement confortables. Merci la magie, pensa-t-il avec une pointe de gratitude.
Le salon était décoré dans des teintes crème, agrémentées de touches de vert forêt qui lui rappelaient vaguement les serres de Poudlard. Les coussins moelleux et le tapis épais invitaient au calme et à la détente. Après avoir fait le tour de cette pièce, il passa à la salle de bain.
Harry fut surpris de découvrir qu'elle ressemblait à une version miniature de la salle de bain des préfets qu'il avait utilisée avant son entrée officielle en première année. Les murs et le carrelage arboraient des teintes gris bleu, adoucies par des touches argentées qui captaient la lumière des bougies enchantées. L'atmosphère y était apaisante, très différente des tons criards rouge et or qu'il avait dû endurer dans la tour de Gryffondor. Déjà peu fan de ces couleurs à l'origine, il avait fini par en faire une véritable overdose dès sa première année.
Enfin, Harry poussa la porte de la chambre et un sourire sincère étira ses lèvres. Le grand lit rond, au centre de la pièce, était recouvert de coussins et de couvertures qui semblaient d'une douceur incroyable. Les murs, peints dans des teintes bleu pâle et noir, offraient une ambiance à la fois intime et apaisante. Sans perdre une seconde, il s'approcha pour tester le lit. Il s'y laissa tomber avec un soupir d'aise, s'enfonçant dans le moelleux du matelas, de la couette et des coussins. Tout était si doux, si confortable… un véritable cocon de bien-être.
Allongé là, Harry sentit pour la première fois depuis longtemps une pointe de soulagement. Cet espace, bien qu'encore étranger, semblait prêt à devenir un refuge. Peut-être même un chez-soi.
Le jeune garçon se retourna sur le dos, les bras croisés derrière sa tête, et ferma les yeux. Enfin seul, il pouvait réfléchir à tout ce qui s'était passé depuis son arrivée ici. Si la magie n'avait pas déjà fait partie de sa vie depuis quelques années, il lui aurait fallu bien plus de temps pour assimiler l'idée qu'il avait soit remonté le temps, soit basculé dans une ligne temporelle complètement différente.
Il repassa en mémoire les visages et les comportements des adultes qui l'entouraient. Malgré toutes ses lectures — de nombreuses heures passées à dévorer des livres dans la bibliothèque de Poudlard entre ses entraînements — il n'avait jamais trouvé de mentions concernant les épouses ou époux des fondateurs. Quant à l'existence d'un éventuel enfant de Godric Gryffondor, c'était un mystère total. Il se rappelait avoir entendu ses camarades de Gryffondor évoquer les héritiers légendaires des fondateurs : des histoires parfois embellies, souvent floues. Par exemple, Helena, la fille de Rowena Serdaigle, un personnage central dans ces récits.
Il l'avait d'ailleurs croisée récemment. Elle était passée dans l'infirmerie un jour où Helga discutait avec Rowena, apparemment pour rapporter quelque chose. Harry se souvenait de cette rencontre avec une netteté surprenante. Helena était encore jeune, peut-être avait-elle son âge, ou était-elle légèrement plus âgée. Pendant quelques jours, il avait presque cru qu'elle n'était même pas encore née, ce qui l'avait laissé perplexe.
L'époque dans laquelle il se trouvait était si lointaine que tout semblait baigner dans l'incertitude. Les dates des événements relatifs aux fondateurs, qu'il avait consultées dans les livres avant d'arriver ici, n'étaient que des approximations. Les auteurs parlaient de décennies, sans jamais offrir la moindre certitude. Pourtant, tout ici était indéniablement réel.
Penser à son arrivée le ramena à la bataille qui avait marqué la fin de Voldemort. Une larme solitaire franchit ses cils, qu'il essuya rapidement avant de renifler. Selon Dumbledore, s'il n'avait pas fait exploser la maison de son oncle à cause d'un accès de magie accidentelle, jamais le directeur n'aurait dû changer ses plans. Et pourtant, l'homme lui avait fait comprendre, à force de sorts bien ciblés, que tout était de sa faute, ou du moins que c'est ainsi qu'il le voyait. Chaque fois qu'Harry osait se rebeller ou contester, il en subissait les conséquences.
Le pire moment de cette relation tordue avait été lorsque le cambriolage de Gringotts avait fait la une des journaux. Ce jour-là, la colère noire de Dumbledore s'était abattue sur lui avec une intensité inimaginable. Les douleurs infligées avaient duré des heures, le laissant brisé et incapable de se souvenir clairement de l'intégralité de cette journée. Tout ce dont il se souvenait, c'était des semaines qui avaient suivi, marquées par des entraînements de plus en plus brutaux.
Il avait espéré, naïvement, que sa première année à Poudlard lui offrirait un semblant de normalité, comme pour tous les autres enfants. Mais cela n'avait été qu'une illusion. Ses journées étaient occupées non seulement par les cours réguliers, mais aussi par des leçons particulières imposées, même les week-ends. L'été suivant, que l'on lui avait promis plus léger, avait été encore pire. Lorsque Dumbledore avait appris, par un espion, le retour de Voldemort et son projet d'attaquer Poudlard, sa fureur avait éclaté de manière encore plus violente.
Ce fut le début des séances d'entraînement au Doloris. Jour après jour, Harry subissait ce sort, censé « l'habituer » selon les dires du vieil homme. La douleur devenait une compagne quotidienne, au point qu'il avait fini par croire que le moindre coup de vent suffirait à le faire tomber, tant cet entraînement insensé sapait ses forces.
La rentrée de sa deuxième année avait marqué une trêve temporaire dans cet enfer, et heureusement. Car il lui avait fallu toute l'énergie qu'il avait pu récupérer lorsque Voldemort avait attaqué Poudlard le jour d'Halloween. Malgré cela, la bataille avait été effroyablement difficile.
La bataille faisait rage tout autour du château, les hurlements de sortilèges et les éclats de combats résonnant jusque dans ses murs ancestraux. Harry avançait aussi vite qu'il le pouvait, chaque pas le rapprochant un peu plus de la Grande Salle, là où Voldemort l'attendait pour leur ultime duel. La peur l'étreignait, glaciale, une certitude l'envahissant à chaque instant : il risquait d'échouer. De mourir. Et si cela arrivait, le monde magique sombrerait dans les ténèbres sous le règne du mage noir.
Il déglutit difficilement, la gorge sèche, et se força à continuer. Au détour d'un couloir, il trouva un passage secret qu'il connaissait bien et s'y engouffra. Ce détour était l'occasion d'économiser un peu de magie et, surtout, de trouver un court répit. Appuyé contre le mur de pierre froide, il tenta de calmer son souffle erratique.
Ce répit, pourtant, lui rappela des vérités douloureuses.
Quelques semaines plus tôt, Dumbledore lui avait clairement annoncé qu'il ne pourrait jamais vaincre Voldemort. Sa mission était de l'affaiblir, rien de plus, au prix de sa vie. Harry frappa violemment le mur du passage, la douleur se répercutant dans ses phalanges. Puis il s'écroula au sol, tremblant de rage et d'amertume.
Il l'avait toujours su, au fond. Il avait été élevé pour mourir. Une marionnette façonnée pour le sacrifice. Mais l'entendre explicitement de la bouche du directeur avait été un coup de poignard.
Il respira profondément, essayant de chasser l'obscurité qui menaçait de l'engloutir. Dans son esprit, les pièces d'un puzzle macabre se mettaient en place. Dumbledore, croyant qu'il était évanoui pendant un entraînement particulièrement éprouvant, avait laissé échapper une information cruciale : le véritable nom de Voldemort. Tom Elvis Jedusor. Un sang-mêlé déguisé en sang-pur, utilisant son héritage de Serpentard comme un masque.
À partir de là, Harry avait plongé dans une recherche frénétique. Il avait découvert les horcruxes. Des fragments d'âme enfermés dans des objets par des rituels d'une cruauté inimaginable. L'idée que Voldemort avait pu en créer plus d'un le hantait, mais cela expliquait son invincibilité apparente. Grâce à la Salle sur Demande, qui lui avait offert une bibliothèque immense, il avait eu accès à des ouvrages interdits, notamment sur la magie noire.
C'est là qu'il avait trouvé le premier sort : Anima Excidium. Un sort ancien et terrifiant, capable de détruire l'âme d'une cible, mais à un prix effroyable. Le lanceur devait sacrifier une partie de sa propre âme pour annihiler celle de sa victime. Harry avait vite abandonné cette option, incertain de son efficacité contre les morceaux d'âme dispersés dans les horcruxes.
Il s'était tourné vers une autre voie : la magie blanche et ancienne. Quelques jours auparavant, il avait trouvé un sort différent. Plus lumineux, mais tout aussi exigeant. Ce sort nécessitait un lieu saturé de magie ancestrale, et Poudlard était explicitement mentionné dans l'ouvrage. Le prix à payer, cependant, était immense : sa propre vie ou sa magie.
Harry avait pris sa décision. Si cela signifiait briser les chaînes qui faisaient de lui une marionnette, alors il l'accepterait. Mais un problème demeurait : la condition essentielle pour lancer le sort impliquait des artefacts ou des runes spécifiques. Des choses qu'il n'avait pas.
Il serra les poings, les articulations blanchies. Sa seule chance était de miser sur la richesse magique de Poudlard, espérant que le nombre d'artefacts disséminés dans le château suffirait à combler ce vide.
Harry se redressa, son cœur battant à tout rompre, et sortit du passage secret pour enfin atteindre la Grande Salle. Là, au centre, trônait Voldemort, assis sur le siège imposant du directeur. Il semblait presque satisfait, un sourire cruel tordant ses lèvres serpentines. La vue de cette figure ténébreuse, prétendant déjà posséder Poudlard, fit bouillir le sang de Harry.
— Me voilà, Tom !
Le mage noir releva paresseusement la tête, ses yeux rouges étincelant d'un mélange de haine et d'amusement.
— Ah, Harry Potter... Le garçon-qui-survit. Enfin, nous allons mettre un terme à cette comédie.
Les Mangemorts se tenaient à distance, formant un cercle autour de la salle. Certains ricanaient en silence, persuadés que leur maître allait écraser cet adolescent en un instant.
Harry inspira profondément, ses mains tremblant légèrement avant de se raffermir. Il pouvait sentir la magie du château autour de lui, comme une force ancienne prête à répondre à son appel.
— Si quelqu'un va mettre fin à cette comédie, c'est moi, Tom.
Voldemort plissa les yeux à l'usage de son ancien nom et leva sa baguette. Le combat commença.
Harry eut tout juste le temps de lever sa baguette pour parer un Avada Kedavra fulgurant. Le rayon vert fut dévié dans un grondement qui fit trembler les murs. Voldemort enchaîna immédiatement avec un Diffindo, visant la gorge de Harry, mais celui-ci roula sur le côté, le sort explosant contre une table.
Harry répliqua avec un Confringo, envoyant une onde d'explosion qui fit reculer le mage noir. Les deux adversaires se déplacèrent rapidement dans la Grande Salle, leurs baguettes traçant des arcs de lumière dans l'air.
— Tu penses pouvoir me vaincre, misérable enfant ? cracha Voldemort. Tu n'es qu'un outil, une arme forgée par ce vieil imbécile de Dumbledore !
— Peut-être, répondit Harry en esquivant un Serpensortia. Mais même une arme peut se retourner contre son créateur.
Il contra un Crucio avec un bouclier de magie pure qu'il avait appris à maîtriser lors de ses heures passées dans la Salle sur Demande. La pression de l'affrontement se faisait sentir ; chaque sort lancé par Voldemort semblait plus puissant et plus sombre que le précédent.
Harry, malgré la fatigue, ripostait avec une détermination féroce. Il utilisa un Protego Horribilis pour neutraliser un nuage d'énergie noire qui aurait pu le dévorer vivant. Mais il savait qu'il ne pourrait pas tenir éternellement.
Voldemort commença à rire, un rire glacial qui résonnait dans la salle.
— C'est inutile, Potter. Tu ne peux rien contre moi. Mon âme est immortelle, divisée en des fragments que tu ne peux détruire.
Harry recula, essoufflé, mais un sourire amer se dessina sur son visage.
— Tu te trompes, Tom. Tu es déjà mort. Tu ne le sais juste pas encore.
Le jeune sorcier leva sa baguette, la pointant vers le ciel. Il murmura alors l'incantation qu'il avait répétée encore et encore dans sa tête :
"Anima Purificare Totale !"
Une lumière dorée jaillit de la baguette de Harry, illuminant toute la Grande Salle. La magie ancienne et blanche pulsait, irradiant une chaleur réconfortante mais implacable. Les pierres du château semblèrent vibrer à l'unisson, répondant à l'appel du sort.
Alors que la magie se déployait, un événement inattendu se produisit. Les quatre sabliers des maisons de Poudlard, placés dans le hall d'entrée, se brisèrent simultanément, leurs éclats résonnant dans tout le château. Les gemmes représentant les points accumulés par chaque maison se mêlèrent, créant une cascade de lumière qui se dirigea vers la Grande Salle.
Sur les murs de pierre, les blasons des quatre fondateurs s'illuminèrent. Chacun d'eux brillait d'une couleur vive : le rouge ardent de Gryffondor, le bleu profond de Serdaigle, le vert éclatant de Serpentard, et le jaune chaleureux de Poufsouffle. Ces lumières convergèrent vers Harry, chacune apportant une force particulière :
Le courage de Gryffondor renforça son esprit et sa volonté.
La sagesse de Serdaigle éclaira ses pensées, rendant ses décisions plus claires et assurées.
La ruse de Serpentard affûta son instinct, lui permettant de manœuvrer avec précision.
La loyauté de Poufsouffle insuffla en lui une résilience inébranlable, le liant davantage au château.
Le château tout entier sembla se réveiller. Les murs émirent une lueur douce et vibrante, comme si la magie qui les habitait depuis des siècles se concentrait pour protéger Harry. Les artefacts anciens cachés dans les recoins du château libérèrent leur énergie, alimentant le sort.
Harry, au cœur de cette tempête de magie, sentit que Poudlard elle-même venait à son secours. La magie du château se lia à la sienne, formant un bouclier protecteur. Une chaleur bienveillante l'enveloppa, l'empêchant de perdre sa vie ou sa magie, comme si les fondateurs eux-mêmes veillaient sur lui.
Voldemort hurla, levant sa baguette pour contrer cette force, mais son pouvoir semblait impuissant face à l'union des forces de Poudlard. Les fragments de son âme, cachés dans les horcruxes, furent arrachés un à un, ramenés à lui par la lumière dorée. Son corps commença à se fissurer, chaque éclat révélant la noirceur qui l'habitait.
— NON ! hurla-t-il, sa voix déformée par la douleur et la peur.
Les sabliers, les blasons et les murs scintillèrent une dernière fois, libérant une onde d'énergie pure qui traversa Voldemort. Dans un cri déchirant, son corps explosa en une vague de lumière, emportant avec lui les ténèbres qui s'accrochaient à la Grande Salle.
Harry tituba, tremblant, mais vivant. Les éclats des sabliers s'étaient reformés, les gemmes retournées à leur place, comme pour signifier que l'équilibre avait été rétabli.
Un silence profond régnait. Poudlard semblait apaisée, son énergie magique résonnant doucement autour de Harry, comme une berceuse. Il leva les yeux vers les blasons, qui brillaient encore faiblement, témoignant de la force des fondateurs qui avait permis cette victoire.
Un sourire triste étira ses lèvres. Il avait gagné. Non pas seul, mais avec l'aide du château, des fondateurs et de la magie elle-même.
Enfin, la guerre était terminée.
Harry rouvrit doucement les yeux, ses cils encore humides de larmes qu'il essuya d'un geste tremblant. Ses pensées étaient un mélange de gratitude et de douleur, un tourbillon d'émotions qui lui serrait le cœur. Penser au sacrifice de Poudlard, ce lieu qu'il avait toujours considéré comme un refuge, ravivait une profonde tristesse en lui.
Il pouvait encore sentir l'écho de la magie du château dans son être, comme une empreinte indélébile laissée par un ami cher. Ce n'était pas juste un bâtiment ou des murs remplis de magie : Poudlard avait été vivant, conscient, veillant sur lui et les générations d'élèves avant lui. Mais dans un ultime acte d'amour et de protection, le château avait choisi de se sacrifier, dissipant les dernières étincelles de sa puissance pour l'envoyer dans cette époque lointaine, là où il pourrait espérer vivre une vie qu'il n'avait jamais vraiment connue.
Une inspiration saccadée échappa à ses lèvres, brisant le silence de la pièce. Il se redressa légèrement, ses mains tremblantes posées sur ses genoux, cherchant à se raccrocher à la réalité. Ses yeux parcoururent la pièce, mais son esprit était loin, dans les couloirs du château qu'il avait tant aimé, les souvenirs des rires, des luttes et de la chaleur qu'il y avait ressentis.
Une douleur sourde se propageait dans sa poitrine, non pas physique, mais émotionnelle. Il serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes, comme pour ancrer en lui la réalité de ce qui s'était passé. Poudlard, son refuge, n'était plus.
Et pourtant, il savait, au plus profond de lui, que ce sacrifice n'était pas vain. Le château s'était éteint pour lui offrir une chance. Une chance de vivre, une chance de connaître autre chose que la guerre et la souffrance.
Les étoiles semblaient briller plus intensément dans le ciel magique au-dessus, ou peut-être était-ce son imagination. Il leva les yeux, ses lèvres légèrement entrouvertes, incapable de prononcer un mot. Mais dans ce silence, une promesse naquit en lui, silencieuse mais vibrante.
Ses yeux s'illuminèrent d'une détermination nouvelle. Poudlard s'était donné pour lui, et même s'il ne pouvait pas mettre cette gratitude en mots, son cœur criait qu'il ne laisserait pas ce geste être vain.
D'un mouvement lent, Harry posa une main sur sa poitrine, là où il sentait encore l'écho de la magie du château. Il ferma les yeux une dernière fois, laissant ce lien unique s'ancrer profondément en lui, avant de relâcher un souffle long et apaisé.
Il n'avait pas de mots, mais il n'en avait pas besoin. Chaque battement de son cœur était une réponse au sacrifice de Poudlard. Il vivrait. Il avancerait. Et il honorerait cette seconde chance.
Un sourire triste, mais empli de gratitude, passa sur ses lèvres avant qu'il ne lève les yeux à nouveau, prêt à affronter ce qui viendrait ensuite.
Bonjour ou Bonsoir.
Je m'excuse pour le retard. Il se trouve que je me suis endormie sur mon pc durant la dernière correction que je fait toujours le jour même de la publication. J'espère sincèrement que ce chapitre vous a plus. Avec ce chapitre on peut avoir l'impression que Harry est plus vieux mais je confirme qu'il a 12 ans. Il faut juste prendre en compte que son enfance n'a pas été des plus heureuse et qu'en plus de cela dés qu'il a connu la magie on lui a mit le poids de la guerre sur les épaules. Ca fait grandir trop vite n'importe qui.
A dans 2 semaines.
