Chapitre 3: Un détour inattendu
La journée de travail de Camille s'était écoulée dans un enchevêtrement de réflexions et de recherches sur les potions curatives. La science magique derrière la transformation des loups-garous l'avait toujours fascinée. Cependant, malgré l'intérêt que lui portait ce domaine, elle sentait que ses travaux au MACUSA étaient limités. Les budgets restaient serrés, et le soutien qu'elle recevait ne répondait pas à ses ambitions. Elle savait que pour avancer, elle aurait besoin de plus de ressources, plus de liberté dans ses recherches. Mais le MACUSA n'avait pas les moyens d'offrir tout cela. C'était frustrant, mais Camille s'y était résignée. Sa passion pour la lycanthropie et la magie des métamorphoses restait intacte, mais elle se sentait de plus en plus isolée dans ce monde institutionnel.
L'énigme de la lettre qu'elle avait reçue quelques jours auparavant pesait lourdement sur son esprit. Elle n'arrivait pas à en décoder toutes les implications. Qui avait bien pu lui envoyer cette lettre ? Quel intérêt aurait quelqu'un à l'informer que l'un de ses parents, qu'elle croyait disparu à jamais, se trouvait au Royaume-Uni ? Pourquoi un tel message, après toutes ces années ? Il y avait des détails qu'elle n'arrivait pas à comprendre, et sa curiosité grandissait. Peut-être qu'en explorant de nouvelles pistes, elle pourrait enfin résoudre cette énigme.
Sa journée s'était prolongée entre les piles de documents et les analyses de ses recherches. Tout semblait si impersonnel. Ce n'était pas un travail insurmontable, mais un travail de routine. Camille n'était pas de ceux qui se contentent de peu. En tant que sorcière puissante, elle savait qu'elle avait les capacités de faire plus, d'aller plus loin. Mais ici, dans le cadre rigide du MACUSA, ses ailes semblaient coupées.
Le soir, quand la lumière dorée du coucher du soleil effleurait les hauteurs des gratte-ciel de New York, Camille avait besoin de se changer les idées. Elle se leva de son bureau, jetant un dernier coup d'œil aux dossiers devant elle avant de sortir de son bureau. En traversant les couloirs du bâtiment, elle ressentait cette lourdeur dans l'air, comme si la réalité du MACUSA la suivait à chaque pas.
Elle traversa les portes du bâtiment avec un soupir, respirant l'air frais de la ville, avant de transplaner en direction de la Rue d'Argentum, un lieu qu'elle affectionnait particulièrement. Bien que New York soit à quelques kilomètres, cette petite rue magique semblait être un monde à part. Perdue entre les rues animées de la ville, la Rue d'Argentum était un havre de paix, préservé de l'agitation extérieure, où la magie opérait encore de manière subtile, presque imperceptible pour les non-initiés. Camille adorait s'y rendre, même si elle n'avait pas de véritable but précis. C'était son refuge, un endroit où elle pouvait se reconnecter avec la magie dans son essence la plus pure.
La Rue d'Argentum était une petite artère magique, plus calme que les rues commerçantes du quartier sorcier de la ville, mais pleine de vie pour ceux qui savaient où regarder. La lumière tamisée des lampadaires en cuivre caressait les pavés usés, et les magasins aux façades anciennes regorgeaient de merveilles magiques. À droite, une librairie aux fenêtres en bois, La Librairie des Ombres, dégageait une odeur de parchemins anciens et de poussière magique. À gauche, Le Miroir des Mages, une boutique de potions rares, attirait les passants avec ses fioles scintillantes. Camille se sentit immédiatement apaisée en franchissant les limites de cette rue, comme si elle entrait dans un monde où les lourdeurs de la vie quotidienne s'évanouissaient, et où elle pouvait respirer pleinement.
En flânant dans la rue, Camille s'arrêta quelques instants pour admirer une étagère remplie de fioles multicolores. Des potions aux propriétés mystérieuses qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion d'étudier. Le parfum de l'air lui rappela une époque plus sereine à l'académie de Salem, quand elle explorait de nouveaux objets magiques sans jamais se soucier des tracas du monde extérieur.
C'est alors qu'elle aperçut une silhouette familière au détour de la rue. Un homme grand, aux cheveux bruns poivrés de gris, portant des lunettes rondes et un sourire : Leclair, son ancien professeur d'Histoire de la magie. Un homme qu'elle avait beaucoup apprécié pendant ses années à Salem, un homme calme et passionné par la magie ancienne, et surtout, un homme d'une grande érudition qui s'était toujours montré d'une extrême gentillesse avec elle.
— "Camille !" s'exclama-t-il avec un sourire chaleureux, ses yeux pétillants de bienveillance. "Cela faisait longtemps ! Comment vas-tu ?"
Il semblait sincèrement heureux de la voir, son ton accueillant et son regard attentif trahissant une affection discrète. Camille sourit en retour, un léger soulagement l'envahissant en retrouvant cette vieille connaissance.
— "Ça va bien, merci. Et vous ? Vous semblez en forme," répondit-elle, touchée par l'enthousiasme et la bienveillance qu'il dégageait.
Ils échangèrent quelques nouvelles, leur conversation naturellement fluide, sans pression. Mathieu évoqua son dernier poste à l'académie, et Camille lui parla de ses recherches sur la lycanthropie, de sa passion pour la magie des métamorphoses et pour les potions curatives, de son souhait d'aller plus loin, d'explorer de nouvelles pistes. Mais à chaque mot, elle se sentait toujours plus prisonnière.
Puis, sans préavis, Mathieu lui parla de l'opportunité qui s'offrait à elle. Il avait entendu parler de son travail, avait eu vent de ses recherches, et connaissait personnellement le responsable du département de la recherche au ministère de la magie britannique, un homme et une historien de la magie d'une grande renommée dans leur milieu. "Ils sont en quête de chercheurs dans ton domaine, Camille," expliqua-t-il avec une douceur qui la toucha. "Je peux te mettre en relation avec lui. Il pourrait t'offrir les ressources que tu n'as pas ici, et tu pourrais poursuivre tes travaux dans un environnement plus… propice."
Un léger frisson parcourut Camille. Le Royaume-Uni. Cette opportunité semblait irréelle, et pourtant, les mots de Mathieu résonnaient dans son esprit. Elle se sentit hésitante. L'idée de quitter le MACUSA, de quitter son pays, de quitter tout ce qu'elle connaissait, pour partir à la recherche d'un parent qu'elle ne connaissait même pas, lui paraissait à la fois excitante et effrayante. Mais à cet instant précis, tout ce qu'elle savait, tout ce qu'elle avait construit semblait dérisoire face à l'opportunité qui s'offrait à elle.
Elle n'avait plus rien à perdre.
— "Je… je vais y réfléchir," dit-elle d'une voix douce, mais déterminée.
Mathieu lui adressa un dernier sourire, une chaleur discrète dans ses yeux. "Tu sais où me trouver, Camille. Je suis heureux de t'avoir croisée. Et si jamais tu as besoin de conseils ou de soutien, n'hésite pas." Ses paroles étaient pleines de chaleur, et même si rien n'était explicitement dit, Camille sentit une affection sincère émaner de lui, un soutien silencieux qu'elle n'avait pas anticipé.
Ils se séparèrent, Camille se dirigeant vers le reste de la rue, son esprit en proie à mille pensées. La possibilité de quitter les États-Unis semblait soudainement devenir une option très réelle. Et peut-être, juste peut-être, la solution à toutes ses interrogations.
