Chapitre 4 : La Décision

Camille se tenait seule dans son appartement, son regard perdu dans le vide. Elle avait posé la lettre sur la table, juste devant elle, sans pouvoir détacher ses yeux du papier. La lumière pâle du matin traversait les rideaux blancs, baignant la pièce d'une atmosphère douce et indolente. Le parfum du café froid à côté d'elle se mélangeait au silence lourd qui l'entourait. Elle l'avait lue plusieurs fois, mais à chaque lecture, le même tourbillon de questions l'envahissait.

Elle tendit la main et prit à nouveau la lettre, ses yeux glissant sur les mots qui la hantaient depuis qu'elle l'avait reçue. La proposition de rejoindre un département de recherche au ministère de la magie britannique. Un appel à quitter le MACUSA, à quitter l'Amérique, pour un endroit totalement inconnu, un lieu où tout pourrait recommencer. Mais pourquoi, après tout ce temps, ce parent, cet inconnu, l'avait-il contactée maintenant ? Pourquoi ne l'avait-il pas cherché lorsqu'elle était enfant ? Lorsqu'elle aurait eu besoin de réponses, de l'affection d'une famille qu'elle ne connaissait pas ? Il avait bien dû savoir qu'elle existait, qu'elle avait été là, dans ce monde parallèle, vivant sans elle.

Les questions ne cessaient de s'ajouter aux précédentes, chaque réponse manquante en provoquant une nouvelle. Était-ce une simple coïncidence ? Un désir sincère de renouer les liens ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi avait-il attendu si longtemps pour chercher quelqu'un qu'il avait abandonné ? Elle voulait croire à cette démarche, mais quelque chose au fond d'elle l'empêchait de faire le premier pas. Camille se demanda si cette personne, dont elle ignorait l'identité et l'intention, ne lui offrirait qu'une fausse promesse, une autre déception. Et pourtant… quelque chose en elle la poussait à vouloir savoir.

Un bruit de fond dans l'appartement la ramena à la réalité. Le monde n'arrêtait pas de tourner. Les trahisons passées, les regards pleins de reproches qu'elle n'avait pas pu prononcer à Sam ou à Lola, ses deux proches, se mélangeaient à ces réflexions. Elle savait ce qu'ils avaient fait. Leurs actions avaient suffi à briser l'image qu'elle avait eue d'eux, même si elle n'avait pas voulu les accabler de mots durs. Ses pensées s'étaient cristallisées en un fait évident : leurs actes parlaient plus que mille mots. Elle n'avait plus besoin de leur expliquer quoi que ce soit. Elle n'attendait plus de justifications, juste qu'ils assument leurs erreurs. Camille, elle, voulait avancer.

Pourtant, elle ne pouvait ignorer que, à travers toute cette douleur, une question persistait : pourquoi ne pas saisir l'opportunité de changer de vie ? De partir ailleurs, dans un endroit où personne ne la connaissait encore, où tout était à découvrir. Un départ vers l'inconnu, où elle pourrait peut-être enfin obtenir les réponses qu'elle cherchait depuis si longtemps.

Les pensées de Camille se tournèrent vers le MACUSA. Elle s'y sentait à l'étroit. Ses recherches sur les potions curatives avançaient lentement, mais le soutien financier et la reconnaissance étaient insuffisants. Elle n'avait jamais été pleinement satisfaite de ses conditions de travail, mais elle avait trouvé un certain réconfort dans l'habitude et dans la structure de l'institution. Cependant, elle savait au fond d'elle qu'elle était prête à franchir un nouveau cap. Le ministère de la magie britannique semblait offrir une ouverture qu'elle ne pouvait plus ignorer.

Elle jeta un regard sur la ville depuis sa fenêtre, observant la brume du matin qui enveloppait l'horizon. Elle savait qu'elle n'avait plus rien à perdre ici. Sam et Lola l'avaient trahie, et bien que ces liens ne soient pas faciles à briser, elle ne voulait plus vivre dans l'ombre de ces échecs. Peut-être que l'Angleterre, cette terre pleine de mystères et d'opportunités, serait un endroit où elle pourrait se reconstruire, aller au-delà de ce qu'elle avait connu. Et si ce parent, cette personne de son passé, était réellement là-bas, peut-être qu'elle pourrait enfin comprendre ce qui l'avait poussée à l'abandonner.

Le cœur lourd mais résolu, Camille saisit sa plume. L'encrier devant elle semblait l'attendre, comme si l'encre contenait toute la décision qu'elle était sur le point de prendre. Elle n'avait pas besoin de plus de temps. Ses pensées étaient claires maintenant. Elle rédigea une lettre courte, mais décisive, pour Mathieu Leclair. Elle y exprimait son enthousiasme pour l'opportunité qu'il lui avait présentée et confirmait son intérêt pour entrer en contact avec son contact au ministère de la magie britannique.

Une fois la lettre scellée, elle s'élança hors de l'appartement. Il était temps de passer à l'action. Le vent frais de la rue effleura son visage alors qu'elle se dirigeait vers l'arrière-cour de son immeuble, où elle savait que l'un des hiboux stationnait sur un perchoir. Il était rapide, sûr de lui. Camille saisit le rouleau de parchemin et fixa un regard déterminé sur la patte de l'animal, qui s'envola dans un souffle d'air, emportant avec lui la promesse de son avenir.

Elle observa la silhouette du hibou disparaître dans l'obscurité du ciel. Un sentiment étrange, entre soulagement et anxiété, l'envahit. Mais, pour la première fois depuis longtemps, elle avait le sentiment de ne plus être une spectatrice de sa propre vie. Elle avait pris une décision. Il n'y avait plus de retour en arrière.

Le soir venu, alors qu'elle s'allongeait pour dormir, Camille ferma les yeux avec un sentiment d'inconfort mêlé à une forme de calme. Ce n'était pas la fin du chemin, mais peut-être un commencement. Un commencement vers l'inconnu, vers la découverte de soi, des liens familiaux oubliés, et peut-être d'une toute nouvelle vie.

Le lendemain serait un autre jour, et elle l'aborderait avec une détermination qu'elle n'avait pas eue depuis longtemps.