Chapitre 3: Pensées obscures


La situation était catastrophique et accablante. C'étaient les mots qui tournaient en boucle dans la tête du loup-garou alors qu'il courait à travers les arbres environnant le terrain du festival. Ses sens étaient chamboulés alors qu'il fuyait. Fuyait cette odeur enivrante, cette odeur entêtante qui enchantait son loup et lui faisait perdre tout sens de la mesure. S'il n'y avait pas son esprit réticent, Teddy aurait pu se jeter sur la sorcière, l'enlacer comme s'il la connaissait et l'attendait depuis toujours.

Jamais. Il ne voulait pas ressentir ça. Pas pour une inconnue. Et encore moins pour une sorcière qui semblait si différente de lui en tout point. Qu'était-il censé faire ? Cette situation n'avait aucun sens. Il avait rêvé, supplié pour n'être lié à personne. Teddy avait déjà tant de problèmes, il avait déjà tellement de mal à se gérer lui-même. Il n'était pas prêt à se lier à quelqu'un. Teddy ne voulait pas de ce lien stupide. Il voulait vivre sa vie comme un long fleuve tranquille. Il voulait faire ses propres choix sans que cela ne soit dicté par un quelconque devoir ou caprice du Destin. Il n'en avait pas la force. Et même s'il tombait amoureux de cette sorcière, est-ce qu'il pourrait vraiment vivre ensemble ? Le loup-garou ne savait pas s'il resterait toujours au sein de la meute ! Les larmes lui montaient aux yeux alors qu'il courait et que son loup intérieur criait, hurlait, se débattait pour qu'il retourne auprès de son âme-sœur. Ses mains griffues se mirent à lacérer la peau de ses bras alors qu'il tentait de couper les hurlements de l'animal à l'intérieur de lui qui se mêlaient aux commentaires de la meute. Teddy voulait que tout ce bruit cesse une bonne fois pour toute. Il se souvint que chaque nouveau membre de la meute était présenté instinctivement à tous ses membres. Cette sorcière, étant sa compagne, avait dû être aperçue, à travers ses yeux par tout le monde, y compris Maria. Et les commentaires désobligeants fusaient déjà.

« Une femme noire ! Surprenant...

— Oh je suis excitée de rencontrer un nouveau membre de la meute...

— Très à mon goût...un peu d'exotisme...

— C'est une sorcière !

— Une sorcière ?!

— Est-ce qu'il va rester... »

Ces voix l'étouffaient déjà et il s'y substitua sans plus attendre. Teddy finit prostrer contre un arbre. Il ne savait pas depuis quand, ni combien de mètres il avait parcouru. Il ne voulait pas qu'on le voit, qu'on remarque ses anomalies, ses oreilles de loup qui étaient apparues au-dessus de sa tête. Le jeune homme se sentait épuisé. Ce fut l'odeur puis la main de son Alpha qui le réveilla.
« Teddy, pourquoi tu as coupé toute communication ! On a galéré à te trouver ! s'exclama Jane inquiète. — Pourquoi ton âme-sœur n'est pas avec toi ?» demanda Henri perplexe.
Cette remarque, de toutes les autres, eut le don d'agacer Teddy. Bien sûr que pour le parfait loup qu'était Henri, c'était inconcevable qu'il ne puisse être accroché comme un fou furieux à l'amour de sa vie ! Rien que ce terme lui donnait envie de fuir.
« Tout le monde n'est pas obligé de se comporter comme un petit chiot ! s'agaça Teddy alors que sa voix grondait à l'intérieur de sa gorge.

— Ne parle pas à ton Bêta comme ça Ted ... soupira Jane.

— Pourquoi est-ce qu'il serait surpris ?! Henri sait très bien que je n'en voulais pas de ce lien stupide ! enragea-t-il alors que sa voix perdait peu à peu de son humanité. — Je comprends mais...

— Non tu comprends pas parce que tu n'as pas d'âme-soeur, Jane !» s'énerva Teddy.

Son loup se tendit face à cet accès de rage mais la partie plus consciente de lui-même n'en avait rien à faire. Il voulait disparaitre, détruire quelque chose, tout faire pour que cette sensation de vide s'efface une bonne fois pour toute. Lorsqu'il sentit le regard rouge de fureur de son amie, une seule partie de lui ploya. L'autre ne cessa pas de se poser d'innombrables questions toutes plus angoissantes les unes que les autres.

Teddy pouvait-il tout faire pour ignorer cette fille ? Ou alors serait-il incapable d'échapper à la douleur de la séparation ? Maria n'avait-elle pas raison ? Voulait-il que sa descendance échappe à sa condition au point qu'il soit lié à une sorcière ? Pourrait-elle l'aimer de son côté alors que toutes les informations qu'elle avait sur lui ne devait venir que des livres de Défense contre les forces du mal ? Même si elle avait vécu en Grande-Bretagne est-ce qu'elle pourrait s'imaginer vivre avec lui, même dans le monde des moldus ? Comment sa famille réagirait ? Face à cette avalanche de questionnements sans réponse, Teddy fit la seule chose qui pouvait le libérer de tous ces sentiments contradictoires, il se transforma.


L'eau froide qui coulait sur sa peau était comparable à une gifle. Ayaba se rendit compte qu'elle avait été plongée dans une baignoire remplie d'eau en tee-shirt. Ses amies ne s'étaient pas préoccupées de la déshabiller complètement et ses jambes nues contrastait avec sa culotte et son haut immergés dans l'eau claire. Elle frissonna au moment où tout lui revint en tête. Lorsque le loup-garou s'était dérobé à sa vue, la jeune femme avait tenté de le poursuivre, mue par un instinct qu'elle ne comprenait pas. Elle ne l'avait pas retrouvé. Elle était tombée sur son foulard abandonné au sol. Elle s'y était accrochée avec difficulté avant d'être rattrapée par ses amies, inquiètes. Pour être honnête, Ayaba ne savait pas comment elle aurait pu se déplacer sans elles. Elle avait été si faible après cette première rencontre, si démunie alors que la raison de sa perdition s'était enfuie. Tellement faible que Grace et Zaynab avaient pensé à l'amener à l'hôpital. Si la sorcière n'avait pas insisté pour qu'elles la déposent dans leur appartement, cela aurait été encore plus compliquée. Et Ayaba ne voulait pas déranger son parrain inutilement et retrouver ses parents impliqués dans cette histoire foireuse. Sa mère n'était déjà pas très rassurée à l'idée qu'elle voyage dans le monde moldu britannique sans aucun adulte pour la surveiller. Si cela s'était produit au Nigeria, sa génitrice n'aurait pas été aussi réticente, la sorcière en était certaine.

Quelle serait la réaction de sa mère en découvrant qu'elle était liée à un loup? Même Ayaba en était déçue. Ce n'était pas juste lié au fait que ce n'était pas un sorcier et qu'Ayaba ne connaissait guère ces créatures. C'était surtout qu'elle se découvrait incapable de décider de son destin. Ce n'était pas ce dont elle avait rêvé, ce qu'elle avait espéré et organisé dans sa tête. Comme toute Serpentard qui se respecte, Aya était ambitieuse. Elle rêvait grand. Et même si elle ne savait pas à seulement dix-huit ans avec quel type d'homme elle voulait être, hésitant entre un moldu ou un sorcier, entre un occidental ou quelqu'un qui aurait vécu sur son continent d'origine, elle savait ce qu'elle ne voulait pas. Avoir à se plier, à se dévouer corps et âme par amour. À devoir fournir des efforts insoutenables pour supporter des choses qu'elle ne voudrait pas par amour. Aya se l'était juré. Elle n'était pas faite pour prendre soin des autres, pour rester à leurs côtés pour toujours même si elle les aimait. Petite, elle n'avait jamais rêvé d'un prince charmant mais d'un homme d'honneur ou d'un voyage qui ne s'arrêterait jamais dans le ciel ou sur des étendues à en perdre haleine. Pas d'une âme-sœur. Qu'était-elle censée faire de ça? Elle ne savait même pas quelles étaient les caractéristiques propres aux âmes-sœurs chez les loups-garous mais si c'était comme chez les vélanes, la sorcière était mal barrée.

Ayaba se rappela les mots de Victoire décrivant cette condition: «Une personne avec qui tu partages le restant de ta vie, si elle meure ou refuse ce lien, la vélane peut finir par devenir folle. Cependant, cela n'arrive que dans des cas exceptionnels car les deux liés finissent dans la majorité des cas par s'aimer ou par s'oublier le cas échéant.».

Victoire trouvait ça romantique mais pour Ayaba, c'était semblable à un malheureux enchantement dont on ne pouvait se défaire, surtout du point de vue de la personne liée contre son gré.

À qui pouvait-elle en parler? Quasiment toutes ces cousines étaient des sirènes à la recherche d'une personne avec qui partager leur destinée. Dans le meilleur des cas, Omilaye et Oyeniran tenteraient de la réconforter mais il y avait plus de chances qu'elles la considèrent comme chanceuse plus qu'autre chose.

Le dépit envahit le cœur de la sorcière alors qu'elle s'extirpa de son bain catastrophe. Elle attrapa au vol la serviette laissée par Zaynab et s'y enveloppa avec négligence. Puis Ayaba décida d'appeler la seule personne à qui elle pouvait se confier:

«Allo…? questionna la voix ensommeillée de Famuyiwa à l'autre bout du fil.

— Famu, c'est pour ça que tu m'as demandé de prier Eshu…? demanda Aya, lasse.

— Aya…Qu'est-ce qui se passe… ? soupira son interlocutrice.

— Je suis dans la merde. Je suis liée à un loup-garou… Je ne sais même pas comment s'est possible… J'ai jamais demandé un truc pareil! Tu penses que c'est parce que je n'ai pas un lien assez fort à Eshu… Qu'il a voulu me punir pour ça… Ou peut-être que c'est lié à ce qu'a fait Grand-Mère…

— Aya, calme-toi. Si c'était vraiment à cause à de Grand-Mère, il aurait attaqué ton père et pas toi. Et tu sais bien qu'on ne peut jamais prédire ce que fait l'orisha messager, maitre du destin… Peut-être que ce ne sera pas une si mauvaise chose…

— Pas une si mauvaise chose ?! Je n'ai jamais voulu me trouver dans un bourbier pareil avec un gars qui doit vivre au milieu de nulle part loin de Lagos, de Londres et de tout ce que j'aime… s'emporta la Serpentard en manquant de perdre à nouveau le contrôle de ses pouvoirs, à fleur de peau.

— Aya, je peux comprendre que ce soit difficile mais il faut que tu te calmes. Tu as parlé avec ce garçon? demanda la divinatrice avec un calme olympien.

— Non! Il s'est barré !

— Eh bien peut-être que ce lien ne l'arrange pas forcément aussi…

— Sans doute qu'il me trouvait pas son goût, il attendait peut-être une petite princesse fragile au pied blanc. Qu'il aille se faire foutre! s'écria la jeune femme sur les nerfs. C'est pas comme si c'était mon type! Il avait vraiment une couleur de cheveux stupide! Comme celle des ados en pleine crise un peu à part qui se sentent tellement différents et seuls au monde! C'est ridicule! Tu vois de quoi je parle?

— Pour être honnête, non…

— Laisse tomber…»

Parfois, Ayaba oubliait qu'elle n'avait pas toujours les mêmes références culturelles que ses interlocuteurs.

« Je ne veux pas de ce lien Famu… soupira la jeune femme.

— Je sais ma belle mais si pour l'instant tu ne ressens pas trop d'effets physiques, c'est peut-être qu'il n'est pas si puissant que ça chez les…

— Les loups-garous, comme dans les séries américaines des Petites-flammes…

— Tu sais bien que je ne regarde pas trop de films… Bref… Dans tous les cas, ça ne sert à rien de te faire un sang d'encre et d'espérer trouver une solution à trois heures du matin…

— Trois heures ?! s'écria la jeune femme qui ne pensait pas avoir passé autant de temps à barbotter dans l'eau.

— Ne me dis pas que tu n'as pas fait attention ?! s'agaça Famuyiwa.

— Désolé… J'essaierai de voir plus tard… Tu penses que je pourrai trouver une solution à la maison ?

— On verra quand tu rentreras… Là dors…

— Okay… Merci Famu…

— T'es sûre que tu ne veux pas que je prévienne ta mère ?

— Hors de question! Je vais essayer… D'abord on verra ensemble et si vraiment c'est la merde, on lui en parlera…

— Très bien. Essaie de dormir un peu, Aya…

— D'accord… Merci encore désolé de t'avoir réveillée…

— Hmm… bonne nuit… »

Le silence de la nuit entoura à nouveau Ayaba. La sorcière était plus placide mais pas pour autant soulagée. Elle avait hâte de pouvoir rentrer à Lagos pour tenter de trouver une solution avec sa cousine.

Alors qu'elle allait enfin regagner sa chambre pour trouver un semblant de repos, ses pieds se prirent dans le foulard du loup.

L'étoffe était délavée. Le bleu, le rose et l'indigo formaient un mélange étrange et vieillot, semblable à de l'aquarelle abandonnée sur une toile.

Lorsqu'Ayaba ramassa le châle, elle fut transportée à travers le temps, ses pouvoirs divinatoires plus instables que jamais.


L'endroit où elle atterrit après avoir senti un souffle froid derrière son cou la prit par surprise. Il s'agissait d'un cimetière. Des feuilles orangées tapissaient les lieux qui ne semblaient pas avoir été visité depuis plusieurs mois au moins. Aucune fleur n'était posée sur aucune des stèles. Alors qu'Ayaba avançait dans ces lieux avec lesquelles elle ne pouvait interagir, elle tomba sur une affiche accrochée à un chêne.

La photographie de trois adolescents étaient présentées. Un garçon à lunettes avec une cicatrice en forme d'éclair bien visible, un autre aux yeux plus lumineux et une fille avec une volumineuse chevelure. Au-dessus de leur tête était inscrit en lettres noires capitales: «Ennemis à abattre numéro 1». Toute personne ayant suivi un tant soit peu les cours d'histoire de la magie ou n'étant pas un ermite saurait qu'il s'agissait des trois héros du monde sorcier. Si cette affiche était présente, cela signifiait qu'Ayaba observait une scène qui se passait durant la Deuxième Guerre des Sorciers aux alentours de 1997 ou 1998.

Un vent frais souffla dans ses cheveux et Ayaba intercepta la voix de deux individus un peu plus loin. Un homme longiligne aux cheveux châtains et aux yeux miels. Les mêmes yeux que ceux du loup. Non. Il n'y avait pas que ses yeux qui étaient semblables au loup, ses traits du visage aussi. Il observait une stèle, l'air pensif et empli d'une peine indicible. Sa cadette d'une dizaine d'années arborait une chevelure violette chatoyante et avait son bras accroché à celui de son compagnon. Elle portait l'écharpe multicolore et alors qu'ils se recueillaient, la femme scrutait les lieux pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis. Ce fut sa voix qu'Ayaba entendit en premier:

«Nous devons partir Remus, je suis désolée…

C'est rien Dora… Merci…

J'avais aussi besoin de me recueillir, tu sais? souris avec tristesse la femme plus jeune avant de lui caresser le dos.

Il me manque tellement… Tu ne peux pas savoir… Parfois je me réveille et je me dis qu'il… Qu'il devrait être avec nous… Notre relation est tellement différente depuis que Sirius n'est plus là…

Je sais…Je sais à quel point vous vous aimiez tous les deux…

Tu ne comprends pas… Je ne sais pas si je pourrais être un bon père sans lui si… Il était mon tout comme tu es le mien… C'est… C'était l'homme de ma vie… comme toi tu es la femme que j'aime le plus au m…»

La sorcière coupa son élan brisé d'un baiser. Un baiser auquel répondit son amant avec désespoir en s'accrochant à sa taille.

« Je sais… Je sais tout ça… Mais Sirius aurait voulu qu'on continue de se battre… On fait tout ça pour les enfants Remus…Pense aux enfants, déclara la jeune femme en posant son front contre le sien.

Désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris… J'ai craqué… Tu ne devrais pas partir en mission… Pas alors que tu es dans cette condition… soupira l'homme en caressant son ventre encore plat.

Tu sais que je me bats aussi pour lui, n'est-ce pas ? Il doit naitre dans un environnement où il pourra s'épanouir… murmura avec tendresse la dénommée Dora en caressant les pommettes saillantes de son mari.

Oui mais ça reste trop dangereux…

Je suis une auror. Je suis bien plus entrainée que toi…

Tu dis ça alors qu'à ta dernière filature, tu as osé porter cette fichue écharpe! Tu te rends compte que cet accessoire coloré en plus de tes cheveux manquent de crédibilité lors des affrontements… se moqua l'homme, un sourire un brin espiègle sur son visage étiré par la fatigue.

Sirius a toujours dit que toutes ces couleurs me rendaient encore plus belle! Il était peut-être chiant mais il avait raison sur un point. Il faut toujours se battre avec classe et élégance…»

Les deux amants ricanèrent avant de faire un dernier adieu à l'être à qui était dédiée la stèle. Puis ils disparurent par transplanage.


Le lien d'Ayaba avec Eshu était dû à son affinité avec les domaines magiques proches du hasard, de l'utilisation de la magie noire et de la maitrise du temps. Il lui était plus facile de faire des prédictions du futur ou de voir dans le passé par rapport à d'autres sorciers. Et même si ses dons ne pourraient jamais surpasser ceux des disciples d'Orunmila car elle ne pouvait les contrôler avec autant de précision. Eshu était un orisha d'une volatilité sans pareil. Il lui arrivait néanmoins de voyager à travers les lignes du temps. C'est pour cette raison qu'Ayaba avait pris les cours de divination pour ses ASPIC.

Cependant, cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas erré contre son gré. Et la sorcière savait que cette scène de laquelle elle échappait n'était pas une illusion. Tout semblait s'imbriquer à la perfection.

Ayaba comprit que ce bout de tissu était trop important pour ne pas être rendu à son propriétaire. La sorcière devait retrouver le loup pour lui rendre cette écharpe, dernière témoin d'un temps à jamais perdu dans les tréfonds de mémoires oubliées.

Le voyage de retour jusqu'à chez eux était plus long que ce qui avait été prévu. Puisque Teddy n'avait pas repris forme humaine depuis leur altercation, il leur avait été difficile de passer inaperçu. Teddy était beaucoup trop imposant pour se faire passer pour un chien ou même pour un loup normal. Avec son pelage brun clair tendant vers le beige au niveau de son poitrail et ses yeux miel si expressifs et presque dorés au soleil, il était impossible de ne pas attirer l'attention. Jane et Henri avaient dû cacher leur ami dans un coin reculé et ramener la voiture chargée de toutes leurs affaires jusque dans les bois. Jane s'était inquiétée que son ami ne soit pas assez obéissant mais il avait accepté toutes leurs directives sans broncher.

Assise sur la banquette arrière du véhicule de Henri, la jeune femme passait la main entre les oreilles de Teddy endormi pour le câliner alors que sa tête était posée sur ses genoux et qu'il occupait une bonne partie de l'espace.

Jane se demandait quand est-ce qu'il se déciderait à reprendre forme humaine. Il n'était jamais bon de rester en loup trop longtemps car cela renforçait la sauvagerie de l'individu au point qu'il ne réussissait parfois plus à reprendre forme humaine dans le meilleur des cas. Le pire qu'il pouvait advenir était de perdre le contrôle au point d'attaquer des êtres humains pour assouvir ses pulsions sanguinaires. Et le Gamma faisait partie de ces loups à avoir une prédisposition à ces accès de fureur.

Le fait que Teddy s'était éloigné de sa liée qui n'avait pas pris la peine de le rechercher ne soulageait pas Jane, au contraire. L' Alpha avait pensé qu'il rencontrerait une compagne qui lui permettrait de mieux supporter sa condition et de l'ancrer à la meute. C'était tout le contraire qui s'était produit. Il s'agissait d'une femme noire ne semblant pas vivre à la campagne et qui était une sorcière. Elle ne savait pas ce qui était le pire entre le fait que la fille savait manier une baguette ou qu'elle refuserait sans doute de rester vivre dans leur petite ville, coupée des siens. D'après certains commentaires de sa meute, la sorcière devrait peut-être même supporter quelques commentaires désobligeants. La situation était inextricable parce que Teddy prendrait surement son parti. Enfin, Jane ne savait pas puisque son ami s'était éloigné sans plus attendre. Malgré tout, il était possible que cette fille finisse par éloigner leur trio plus vite que cette cérémonie pour choisir le futur Alpha de la meute qui se profilait.

Ce fut en repensant à la situation de Teddy que Jane se souvint des mots dures qu'il lui avait assénés. S'il n'avait pas été aussi agité, Jane aurait pu lui mordre le cou pour qu'il s'excuse de cet affront.

Même si cela ne lui avait rien fait au départ, le fait que Jane n'eut pas d'âme-sœur était un frein pour son statut d'Alpha. Qui voudrait d'une Alpha qui n'aimait pas les hommes et dont Dame Nature n'était même pas de son côté en termes d'amour puisqu'elle ne lui avait offert aucun lien auquel s'accrocher? Aucune ancre qui l'empêcherait de sombrer dans la folie. Jane était capable de s'en sortir seule, d'aimer qui elle voulait mais tout le monde n'était pas de cet avis. Alors le fait que Teddy puisse l'envier la mettait en rogne et ce, malgré l'affection profonde qu'elle lui portait. Elle le considérait comme son grand-frère tout comme Henri. Et surtout, c'était son premier subordonné, le premier à avoir décidé de faire partie de la meute par son intermédiaire. Ce serment qui les liait en plus de leur amitié était indescriptible.


Avril 2005

Jane suivait son père à travers la forêt en prenant soin de ne pas montrer que son souffle était court à cause de la vitesse de sa marche. Depuis quelques jours, un événement avait secoué toute la meute et même si la petite fille avait essayé de tirer les vers du nez de Henri, il avait osé lui dire qu'elle était trop petite pour comprendre! Jane était tout à fait capable de comprendre que de nouvelles personnes s'étaient installées dans leur forêt et qu'il ne s'agissait pas de simples humains. C'était une femme et un homme sorciers. Et ils avaient un loup avec eux. Loup qui ne faisait pourtant pas partie de la meute. Ce déménagement violait les règles des loups. Jane était assez grande pour saisir la gravité de la situation. Si elle était ignorante, son père ne l'aurait pas invité à le suivre!

Père et fille marchaient donc dans la forêt d'un pas précipité. Et la cadence agaçait Jane qui craignait de déchirer les autocollants qu'elle avait accroché sur ses jambes.

« Papa ! Pourquoi on se transforme pas en loup pour aller plus vite ?Papaaaa ! renchérit la petite fille de cinq ans.

— Il ne pourra pas nous comprendre sinon.

— Qui ? »

Jane n'eut pas besoin d'attendre puisqu'un homme apparut juste en face d'eux, comme par enchantement. Il était grand, il portait un long manteau noir même s'il faisait plutôt bon. Il avait des lunettes rondes et ses yeux étaient très verts. C'était la première fois que la fillette voyait un sorcier en vrai. Il ne ressemblait pas à ceux des contes.

«Je te présente Monsieur Harry Potter, déclara son père. Monsieur Potter, voici ma fille, Jane.

— Enchanté, dit avec politesse le jeune homme qui avait l'air gentil. Assez gentil pour qu'elle ose être indiscrète.

— Pourquoi vous avez pas de cape?» demanda Jane sans se démonter.

Monsieur Potter éclata de rire à sa demande mais répondit sans se faire prier:

« Il ne faudrait pas que les moldus me reconnaisse… expliqua-t-il.

— Les moldus?

— Les humains. » expliqua son père avant de se mettre à parler avec le sorcier.

Jane ne comprit rien à leur discussion jusqu'à ce qu'elle entende:

«Je crains qu'il ne puisse pas se retransformer. Ginny essaye de lui parler mais il ne répond plus. Cela fait trois jours depuis la pleine lune et…

— S'il est réticent à rentrer dans la meute, je ne pourrai rien vous proposer d'autre, Monsieur Potter. Votre filleul n'a pas voulu que je sois son Alpha…

— Y a un nouveau loup alors? Mon nez avait bien senti?! s'extasia Jane. Pourquoi il veut pas faire partie de la meute ? On est gentils…

— C'est parce que… commença gauchement son père.

— Il a peur. Très peur, expliqua le sorcier d'une voix douce avant de s'agenouiller pour se mettre à sa hauteur. Tu vois, c'est le seul de sa famille à être un loup-garou et il a encore du mal avec ça…

— Papa dit toujours qu'il faut pas avoir peur de son loup. C'est une partie de soi, scanda la petite fille. Il faut lui dire ça, pas vrai?»

Les deux hommes sourirent avec tristesse à sa question.

«Je peux le voir? demanda Jane alors qu'un silence étrange les enveloppait.

— Il n'arrive pas très bien à se contrôler… déclara Monsieur Potter gêné.

— J'ai ramené ma fille exprès pour que Teddy puisse se sentir à l'aise avec d'autres enfants, expliqua son père avant de lui frotter la tête. Il se trouve dans la petite grotte juste derrière le ruisseau, C'est à une centaine de mètres de la maison juste là…

— Elle est très jolie la maison. C'est comme dans les livres!» s'extasia Jane avant de courir vers le lieu indiqué par son paternel sans se démonter.

Lorsqu'elle arriva aux abords de la grotte, Jane aperçut deux yeux dorés menaçants qui l'observaient dans la pénombre. L'enfant ne se démonta pas et avança la tête haute vers le petit loup caché, activant sa vision nocturne pour mieux le voir. C'était un loup très mignon mais qui grogna alors qu'elle s'approchait de lui avec lenteur.

« Il faut pas grogner devant ses compagnons comme ça. C'est pas poli! déclara Jane. Je m'appelle Jane. Tu es Teddy, c'est ça? Ton papa a peur parce que tu ne te retransformes pas… »

Seul un grognement fit office de réponse mais le loup semblait moins agressif. Prostré dans le noir, il restait aux aguets mais semblait écouter ses babillements.

Alors que Jane parlait de ses journées d'école qu'elle avait trouvées éreintantes et ennuyeuses, le fameux Teddy avait fini par s'asseoir à côté d'elle. Elle en était ravie car peu de monde aimait écouter ses élucubrations. A la fin de sa session, elle avait fini par s'endormir sur son flanc. À son réveil, un garçon un peu plus grand qu'elle se trouvait à ses côtés et lui proposa une tranche de bacon avec un morceau de pain. Sans se poser de questions sur l'identité de la personne qui leur avait apporté ces mets, Jane accepta avec gloutonnerie sa part tandis que le garçon restait silencieux.

« Tu t'es retransformé! Ton papa sera content!

— Ce n'est pas mon papa. C'est mon parrain, corrigea le garçon de sept ans.

— Il est où ton papa?

— Il est mort quand j'étais bébé, expliqua Teddy en s'assurant qu'elle ne s'étouffe pas avec son jus de fruits.

— Moi, c'est ma maman qui est morte quand j'étais bébé, répondit Jane.

— Oh…

— Tu sais on est gentil dans la meute… Tu devrais rester avec nous comme ça on t'aidera à contrôler ton loup. Mon papa est le meilleur Alpha de l'Univers! s'écria-t-elle avant d'attraper le bras frêle de Teddy.

— Je… J'ai pas réussi à créer de lien avec ton papa… je veux… Je veux rester avec Harry et Ginny…

— Pourtant tu as réussi à te retransformer quand j'étais là! Tu peux être dans plusieurs meutes tu sais?! expliqua Jane

— Non je ne savais pas… Mais même, la meute de ton papa est trop grande… se renfrogna Teddy.

— Dans ce cas, on peut faire une meute tous les deux! s'excita Jane.

— C'est possible? demanda le plus âgé, perplexe.

— C'est possible! Mais il faut qu'on décide de qui veut être l'Alpha… Je peux être l'Alpha?! JE PEUX?!

— Pour être honnête je n'y connais pas grand-chose donc vas-y…» déclara avec timidité Teddy.

Jane ne laissa pas le temps au garçon de se préparer. Elle se mit debout et colla son front contre le sien. Elle pouvait sentir l'odeur de fruits qui émanait de la bouche de son compagnon, muet sous son geste. Elle récita l'incantation qu'elle avait entendue son père réciter aux rares cérémonies d'entrée dans la meute et une sensation étrange parcourut leurs veines respectives. C'était comme de la magie.

En ouvrant ses yeux, Jane entraperçut une lueur vive traverser les iris de Teddy avant qu'il ne murmure dans un souffle: «Alpha».

Son cœur se gonfla alors, empli d'une sensation un peu trop lourde à porter. C'était comme si elle avait trop mangé. Elle fondit en larmes, soulagée et émue d'avoir réussi à former un lien aussi puissant avec quelqu'un. À présent, Jane comprenait pourquoi son père était aussi étrange après ces cérémonies. Elle se laissa bercer par son Gamma avant qu'ils ne décident de quitter tous les deux le refuge, main dans la main.

Ce jour-là, Jane avait su qu'elle voulait garder Teddy à ses côtés pour toujours.


Ron grattait sa plume avec vélocité sur son parchemin, espérant ainsi se débarrasser de toute la paperasse qui s'entassait sur son bureau. Être le chef du département de rang cinq n'était pas de tout repos. Son département traitait des affaires de crimes civils ou de guerre réputés pour leur violence et il lui arrivait souvent d'être sur des affaires qui l'empêchaient parfois de dormir la nuit. Malgré tout, Ron aimait son travail. Il aimait ce qu'il faisait. Il se battait pour vivre dans un monde où ses enfants seraient un tant soit peu en sécurité, un monde où la justice pourrait avoir un peu de place. L'auror s'accrochait à ce maigre espoir lorsqu'il assistait aux pires horreurs pouvant être perpétrés par ses congénères.

Son travail n'était pas inutile mais parfois, il lui arrivait de se demander s'il n'aurait pas été mieux pour lui de choisir une profession où il n'aurait pas à arrêter des personnes les mains souillés du sang d'innocents. Une profession qui permettait de réparer, comme celle de sa femme. Le métier de médicomage allait bien à Hermione. L'auror observait les photographies sur son bureau pour se donner du courage pour finir sa longue journée. Son épouse et lui se tenaient bras dessus, bras dessous devant leur maison nouvellement construite. Une autre datait de la dernière rentrée scolaire de ses enfants. Rose et Hugo faisaient un sourire gêné à la caméra, brillants, vêtus de leur nouvelle cape. Une, accrochée au mur, représentait toute l'équipe du département. Seamus tirait la gueule dessus car il n'avait pas récupéré de sa cuite de la veille. Une autre plus loin représentait toute sa famille au Terrier, avant que certains ne finissent par les quitter pour de bon. Et une dernière photographie, prise par sa fille espiègle alors que Hermione, Harry et lui discutaient dans le salon. Son meilleur ami semblait détendu, moins épuisé que d'habitude et un doux sourire éclairait son visage alors que Ron lui racontait sans doute une bêtise.

Toutes ces photographies étaient son refuge dans ce bureau un peu trop formel à son goût. Un moyen de ne pas être trop hors-sol et de ne pas oublier de rentrer à la maison lorsqu'il était impliqué dans une affaire capitale. Une affaire comme celle de la disparition de tous ces Cracmols.

La situation était préoccupante. Les familles étaient mortes d'inquiétude. Et aucun indice ne pointait l'horizon si ce n'était la vision étrange de Varnham. Cette histoire ne concernait pas uniquement le monde des sorciers mais celui des loups-garous. Et s'il se référait aux mots de la voyante, Teddy était impliqué dans cette histoire.

Ron savait que Harry serait furieux si on tentait d'utiliser son filleul dans une affaire macabre. Et l'auror comprenait cette prise de position. Lui-même n'accepterait pas que ses enfants soient mis en danger. Il ne savait que trop bien la peur que pouvait ressentir un adolescent ou un jeune adulte jeté dans une bataille qui le dépasse.

Malheureusement, cette histoire mettait en jeu la vie de trop d'innocents pour se couvrir de bonnes intentions. L'auror devait trouver un moyen de les retrouver et s'il devait utiliser des méthodes plus que discutables en impliquant des jeunes gens, il le ferait.

Après tout, Ron était connu pour ses façons de faire peu orthodoxes. Il a été le premier à accepter de travailler avec des médicomages en collaboration lors des premiers essais. Et même si beaucoup de ses collègues l'avaient charrié en disant que c'était seulement le fait de partir en mission avec sa fiancée qui l'intéressait, ils s'étaient vite rendus compte avec l'abondance de détails de leurs rapports et de leurs analyses que le couple chevronné ne batifolait pas dans les champs lors de leur mission, au contraire.

De plus, lors de son entrée dans le département tant redouté, ce fut Ron qui fit les propositions les plus audacieuses. Lors d'une mission complexe où il fallait réquisitionner d'anciens artefacts de magie noire, il fut le premier Draco Malfoy comme consultant.

A ce moment, on l'avait pris pour un écervelé mais le jeune homme de vingt-cinq ans qu'il était à cet époque était certain que demander de l'aide à cet apprenti chef de potions qui avait trempé dans des affaires louches jusqu'à côtoyer le mage noir de près pourrait être un élément décisif. Cet homme était le mieux placé pour les aider. Draco était un des seuls Mangemorts à avoir réussi à se racheter une conduite. Après avoir plongé une peine de deux ans d'emprisonnement à Azkaban, peine bien trop faible si on avait demandé l'avis de Ron, mais que Harry s'était empressé d'approuver. Son ancien camarade avait été assigné à résidence mais avait pourtant pris en distanciel des cours auprès de grands maitres de potion pour se perfectionner dans cet art.

Ron avait souvent été en contact avec l'un des derniers descendants Malfoy. Il faisait partie de l'équipe en charge de venir faire un tour de ses propriétés chaque année et d'accepter ou non, ces demandes de déplacements à travers le Royaume-Uni ou l'étranger.

Ronald avait vu que le sang-pur avait changé même s'il ne l'appréciait pas plus que ça. Hermione avait même déjà travaillé avec lui lors de son cursus. Et cette année-là, il avait donné naissance à un enfant, comme Harry et lui. Et Ron savait que le Serpentard devait tenir à ce gosse un minimum et accepterait un job si en échange on lui donnait un peu plus de liberté. C'était pour cette raison qu'il avait fait cette proposition à son chef de l'époque. Pour protéger la population et aider un snob à s'insérer avec plus de facilité dans sa vie civile.

A sa grande surprise, Draco et lui avaient formé une équipe plutôt compétente. Et malgré les bévues de départ, les disputes et les rancunes qui n'avaient pas disparu, leurs envies respectives de justice et de liberté leur avaient permis de boucler leur première affaire à laquelle succédèrent bien d'autres.

Draco Malfoy était un sorcier et un maitre de potions compétent. Un as de la magie noire, muet comme une tombe et un excellent consultant. C'était la raison pour laquelle Ron l'avait convoqué. Il voulait qu'il fasse partie de l'équipe en charge de cette affaire. Mais cette fois, Draco devrait aussi se mouiller. Teddy n'était pas le seul descendant Black et même s'il n'était mentionné nulle part, peut être que la boule de cristal perdue dans le département des Mystères aurait plus de choses à dire à son toucher.

Quelqu'un frappa alors à la porte de son bureau. Ron pourrait reconnaitre le rythme des coups sourds entre mille. Son invité venait enfin de faire son apparition.

«Entrez.» s'éleva la voix de l'auror alors qu'il sortait le dossier qu'il voulait montrer à son collègue.

Malfoy pénétra à l'intérieur du bureau avec la même aisance avec laquelle il se mouvait habituellement. Il avait pris la peine de se débarrasser de sa cape de chimiste pour enfiler une élégante tenue d'extérieur et s'assit en face du bureau de Ron, une mine agacée sur la figure.

« Weasley, pourquoi est-ce que tu m'as convoqué la veille de mon départ en vacances avec mon fils? nasilla le maitre de potions sans préambule.

— J'ai une offre à te faire Malfoy, déclara Ron en posant un regard acéré sur le consultant.

— Dans quel bourbier veux-tu me plonger exactement? Tu ne me parles jamais de l'offre avant une mission à part lorsqu'il s'agit d'une affaire dangereuse ou vouée à l'échec, dit Draco soupçonneux.

— Tu es un citoyen exemplaire qui a réussi à purger sa peine et même si tu es libre de tout mouvement sur notre territoire et que ta maison n'est plus fouillée, tu as galéré à ce que ton visa soit validé pour partir avec Scorpius, je me trompe? » demanda Ron.

L'employé du ministère savait qu'il posait une question rhétorique mais il faisait toujours ce type de coup de bluff lors de négociations serrées.

« Tu pourrais me permettre d'être libre de circulation à l'International? Quelle mission assez folle me donnerait cette possibilité? questionna Malfoy alors que ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

—La disparition inexpliquée des Cracmols, expliqua Ron avant de lui tendre le dossier recueillant toutes les informations les plus importantes de l'affaire. Je suis en train de monter une équipe. Hermione est déjà sur le coup et j'hésite encore à impliquer à nouveau mon escouade. »

Un silence de marbre se répandit dans la pièce, entrecoupé par les tournes de pages d'un Malfoy attentif. Ron lui laissa prendre connaissance du dossier et se demanda quelques instants si le sorcier refuserait.

« Alors?

— Il n'y a quasiment pas d'informations à part la prophétie étrange du professeure de divination. Et cette histoire, si elle implique des loups-garous risque d'être tendue. En plus elle semble impliquer Edward et Harry…

— Est-ce que tu accepterais de prendre part à l'enquête? Nous aimerions que tu essaies de lire la prophétie au Département des Mystères.

— Bien sûr que j'accepte. Je n'ai pas d'autres choix pour me débarrasser une bonne fois pour toute des sales pattes du Ministère! déclara Malfoy sardonique. Mais comme je disais avant que tu ne me coupes, Harry n'acceptera pas qu'on implique mon petit cousin surtout s'il y a une prophétie.

— Je sais. Mais avant même de lui en parler, je voudrais que tu me dises si tu acceptes de nous accompagner. Ce sera peut-être…Non…cela ressemble à une guerre. Et même si elle ne nous concerne pas directement, des membres de notre communauté sont des dommages collatéraux de celle-ci.

— Scorpius ne peut pas passer le restant de sa vie dans l'ombre de mon nom.» déclara simplement Malfoy avant de signer le contrat d'un coup de baguette.

L'auror prit les documents satisfait alors que le blond se préparait à partir.

«Bon voyage avec Scorpius. Les aurores boréales magiques sont vraiment magnifiques dans cette région…

— Hgnnn… C'est sans doute toi qui as dû t'occuper de ma demande. C'est agaçant, remarqua Malfoy. Peu importe, envoie-moi mon planning par chouette à mon retour Monsieur l'auror. Et fais un peu d'exercice sinon Granger devra limiter ta consommation de sucre. »

Après ses mots acerbes, le blond quitta la pièce avant que Ron n'ait le temps de l'insulter comme il le méritait. Même s'ils travaillaient ensemble et que sa compagnie était potable, le Serpentard snob restait putain d'agaçant.


Le Terminal 2 de l'aéroport de Heathrow était rempli de Nigérians ressortissants prêts à retourner au pays pour les vacances d'été. Ayaba accompagnait Grace et Zaynab vers les portes d'enregistrement, distraite.

A la fin de leur périple en trio, la jeune sorcière avait été incapable de se concentrer, dormant d'un sommeil agité et sa magie à fleur de peau. Elle avait remarqué que le couple la surveillait de près et que Zaynab avait même réciter des versets pour la protéger une soirée où elle avait somnolé sur le canapé de leur appartement loué.

Ayaba s'en voulait un peu d'avoir perturbé l'ambiance mais elle ne pouvait pas leur dire la vérité. Malgré elle, la Serpentard était soulagée qu'elles se séparent ici. À Londres, la sorcière pourrait remettre de l'ordre dans ses idées et rendre le bout de tissu encore dans ses bagages.

Grace et Zaynab avait déposé leurs valises pleines à craquer en soute et se tournaient à présent vers elle.

« Je suis ravie de t'avoir rencontré Aya. Prends-soin de toi, déclara la future ingénieure en la serrant dans ses bras.

— Moi aussi, j'étais heureuse de te rencontrer. Aies plus confiance en toi, t'es incroyable. Grace a de la chance de t'avoir.» lui chuchota Ayaba sans mâcher ses mots.

La Petite-flamme rougit sous le compliment et répondit avec un doux sourire:

«Tu es une amie importante pour Grace. Sache que tu peux compter sur nous quoi qu'il arrive. »

Zaynab laissa place à Grace et s'éloigna un peu pour laisser plus d'intimité aux deux amies.

« Fais attention, Aya. Tu sais, je t'en veux pas que tu ne me dises rien…

— Je…

— Quoi que tu caches, si ça va vraiment pas, promets-moi que tu m'en parleras, sale égoïste… Sinon j'ai l'impression de toujours être la seule galérienne, bougonna Grace, faisant éclater de rire son amie.

— Ouais… Je te fais confiance Grace même si je ne te dis pas tout, c'est juste que… Bref… Prenez soin l'une de l'autre et ne fais pas de bêtises.

— C'est moi qui devrais te dire ça… On prendra le temps de se revoir quand tu rentreras à Lagos ! » finit l'étudiante avant de lui faire une dernière bise.

Les deux Petites-flammes finirent par s'éloigner du champ de vision d'Ayaba. À cet instant, une étrange solitude pesa sur ses épaules et elle ne pensa qu'à une chose : remplir sa mission.


Sa chambre d'hôtel était si étroite que la sorcière se dit qu'elle aurait pu économiser de l'argent en se logeant dans une auberge de jeunesse. Malheureusement, son père était plus que réticent à ce qu'elle utilise ce moyen d'hébergement. Sans se faire prier, Ayaba sortit de son sac le foulard laissé par le loup-garou lors de sa fuite.

Elle devait le lui rendre, malgré ses réticences à le revoir, pour toute l'histoire qui se cachait derrière ce misérable bout de tissu coloré.

Transplaner dans un lieu qu'on ne connaissait pas était toujours compliqué. Cependant, si elle arrivait à se plonger dans les souvenirs liés au foulard, Ayaba pourrait trouver le lieu adéquat où le déposer. Elle n'était pas très douée mais la sorcière avait l'impression que le lien étrange qu'elle avait avec le garçon lui permettrait de se téléporter à bon port avec plus de facilité.

La jeune femme se saisit du tissu pour l'enrouler autour de son cou afin de ne pas le perdre lors de son déplacement. Puis elle serra sa baguette et son opele dans la poche de sa jupe avec fermeté avant de fixer son esprit vers cet endroit inconnu et de décoller.

Ayaba atterrit dans une forêt aux immenses pins et chênes. Elle semblait s'y être enfoncée assez profondément. Les odeurs de chèvrefeuille et de bois imbibaient l'air. Elle ne put s'empêcher de pester en se rendant compte que ses baskets neuves blanches seraient tâchées par la terre sous ses pieds.

La jeune sorcière aurait dû se douter qu'elle atterrirait dans ce genre de lieu. L'autre était un loup après tout. Dans cette forêt fantasmagorique, où était-elle censée trouver la demeure d'un loup-garou? Si elle finissait par perdre le fil de ses pas, sera-t-elle capable de sortir de cet espace sauvage qui semblait coupé du monde?

Ayaba entendit un cours d'eau et se mit à le suivre. Elle tomba sur un ruisseau qui brillait sous les rayons du soleil qui traversaient le feuillage épais des arbres. Quelques papillons butinaient çà et là les fleurs colorées qui peuplaient les alentours de la source. La sorcière prenait garde à ne pas se prendre les pieds dans un obstacle qui la ferait s'écraser au sol. Celle-ci avait eu la mauvaise idée de porter une mini-jupe à carreaux. Alors qu'elle marchait depuis plusieurs minutes, la sorcière finit par apercevoir une maison cachée par certains arbustes, à quelques pas de l'eau et accessible via un petit pont en bois adorable.

Une vraie maison de contes de fée moldus qui semblait inaccessible depuis son point de vue. Dans tous les cas, la sorcière sentait que c'était là qu'elle devait déposer le foulard autour de son cou.

La nigériane avança jusqu'à la maison mais fut surprise de se rendre compte qu'à une cinquantaine de mètres de la barrière en bois qui protégeait le domaine dont elle ne pouvait déterminer la taille, une barrière invisible l'empêcha de continuer sa route.

Était-ce la maison de sorciers? Avant même qu'elle n'eut le temps de réagir, Ayaba sentit la pointe d'une baguette sur son dos et se figea.

« Qu'est-ce que vous faites sur mon domaine exactement? Est-ce que c'est la Gazette des sorciers qui vous envoie ? » demanda une voix grave et menaçante.

La sorcière se retourna affolée et tomba nez à nez sur un homme qui pointait sa baguette sur elle. Le sorcier approchait de la quarantaine, portait une tenue de moldu et avait sous les bras plusieurs morceaux de bois.

Ayaba reconnut son visage qu'elle avait déjà vu dans ses manuels ou dans les journaux people. N'importe quel sorcier britannique reconnaitrait les yeux verts et les lunettes du héros du monde sorcier. Néanmoins, la sorcière se retrouva sans voix face à l'ancien agent d'élite, incapable de lui répondre à l'instant où elle se rendit compte qu'elle avait été stupéfixé à son insu.

« Où est-ce que vous avez trouvé cette écharpe ? » demanda le sorcier soupçonneux en s'approchant de son corps figé.

La panique prit Ayaba aux tripes alors qu'elle se rendit compte qu'elle n'avait aucun moyen de défense et qu'elle perdrait le tissu sans le donner à son destinataire. Ce sont des pas de course qui stoppèrent le sorcier.

« Papa !

— ALBUS NE T'APPROCHE PAS! intima l'homme une lueur menaçante dans le regard, en pointant à nouveau sa baguette sur la sorcière figée.

— Mais… Attends Papa! C'est Ayaba! s'exclama une voix familière à la jeune sorcière. Lorsqu'elle aperçut Albus Potter accourir vers eux avec un panier plein de fruits et d'herbe, un soulagement indicible la prit en pleine poitrine.

— Qui ? demanda son père désarçonné.

— L'ancienne attrapeuse de l'équipe de Quidditch des Serpentards, Papa! L'amie de Victoire ! expliqua le plus jeune. Tu peux la lâcher. »

D'un seul coup, le sort qui l'empêchait de se mouvoir se desserra de son corps et Ayaba manqua de s'étaler sur l'herbe. Lorsqu'elle reprit ses esprits, Ayaba eut plus de temps pour détailler le grand Harry Potter. C'était la première fois qu'elle pouvait l'observer ainsi. Il n'avait pas beaucoup changé part rapport à ses photographies de jeunesse. Si ce n'était les fines rides qui avaient commençait à apparaitre au niveau de ses yeux et la dureté de sa mâchoire d'adulte. Sa peau légèrement halée contrastait avec la pâleur de son fils dont la chevelure était aussi éparse. Tout chez cet homme montrait qu'il était celui qui avait vaincu le redoutable Voldemort.

« Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda Monsieur Potter avec une pointe de soupçon.

—Papa… Arrête de l'interroger comme si elle avait fait quelque chose de mal… soupira Albus. Je ne pensais pas te croiser ici Ayaba, tu fais quoi dans le coin?

—Je… J'ai trouvé cette écharpe lors d'un festival, se reprit Ayaba. Si vous ne m'aviez pas ensorcelée aussi vite, j'aurais pu m'expliquer.»

Ce n'était pas dans sa nature d'être aussi perturbée et mal habile mais le héros du monde sorcier était sacrément intimidant.

« Après avoir reçu ses ASPIC, il est tout à fait possible de sentir un ennemi arrivé par derrière… rétorqua le sorcier.

— Papa… gémit son enfant.

— Arrête de te plaindre Albus… Je vais m'excuser, je ne suis pas un malpropre mais d'abord j'aimerais bien savoir comment vous avez fait pour venir jusqu'ici jeune fille, déclara Harry avec une expression plus avenante.

— J'ai utilisé les émotions liées à l'écharpe. Technique familiale, expliqua Ayaba évasive. Je… Je cherche le loup-garou auquel elle appartient pour la lui rendre.

— Vous vous êtes bien débrouillée. Teddy habite bien ici. Il tenait vraiment à cette écharpe. Merci pour tout, déclara Monsieur Potter ,soudain plus ouvert. Encore désolé pour la frayeur mais j'ai tendance à faire attention aux journalistes.

— Je comprends mais vous auriez pu attendre quelques années de plus avant de m'attaquer. » répondit-elle avec sarcasme pour détendre l'atmosphère.

Pour la première fois depuis le début de la conversation, le survivant sourit et ses yeux luirent de malice.

« Je saurais être plus prudent pour nos potentielles prochaines rencontres. Est-ce que vous voulez prendre du thé à la maison? Sinon, je passerai vraiment pour quelqu'un d'indécent.

— Tu peux tutoyer Ayaba, Papa, déclara Albus en se rapprochant de son ancienne camarade.

— Je peux ? demanda le sorcier.

— Cela ne me dérange pas, Monsieur, répondit Ayaba qui ne savait pas sur quel pied danser.

— Tu peux m'appeler Harry. Tu es la personne qui a engagé Scorpius dans l'équipe de Quidditch si je me rappelle bien, c'est ça?

— Oui! C'est même grâce à elle qu'on a gagné la coupe cette année ! s'excita Albus.

— Ce n'est pas nécessaire de balancer tout mon CV chuchota la plus grande à l'adolescent alors que Harry Potter s'éloignait d'eux pour rejoindre son logis.

— C'est tout ce que j'ai dit. C'est juste qu'il a bonne mémoire… Je ne te pensais pas gênée aussi facilement…

— Sale petit morveux…

— Hééé

— Alors Ayaba ? Tu veux un thé ? » s'écria Monsieur Potter près du pont.

Ayaba aurait sans doute accepté la demande amicale si elle n'avait pas compris que le loup était sans doute tout proche. Qu'il vivait sous ce toit. Si elle retombait sur ce fameux Teddy, Ayaba ne savait pas comment elle réagirait. La jeune femme voulait encore garder un semblant d'emprise sur son destin. Donc elle prit la décision la plus simple. Elle rendit le foulard à Albus avant de s'excuser auprès de son père, prétextant un rendez-vous avant de quitter cette forêt aux auras mystiques.


Lorsqu'il était enfant et adolescent, Harry détestait l'été. Pour lui cette saison était synonyme d'enfer. Rester tout l'été de plus en plus caniculaire à la merci des Dursley qui lui faisaient vivre un véritable calvaire était difficile à supporter.

Mais à présent, cette saison ensoleillée signifiait passer du temps avec son fils qui vivait tout le reste de l'année à Poudlard. Même s'ils ne partaient pas forcément ensemble en vacances chaque année à cause de son travail, le sorcier tentait toujours de leur faire passer des moments de qualité.

Depuis la veille, son esprit était néanmoins préoccupé. La rencontre avec Ayaba lui avait mis la puce à l'oreille. Même si Albus lui avait dit de ne pas s'inquiéter pour des futilités, le héros du monde sorcier ne pouvait s'empêcher de se ronger le sang pour Teddy. Son filleul tenait énormément à ce foulard qui appartenait à Tonks. Il ne l'aurait pas perdu si quelque chose de grave ne lui était pas arrivé. De plus, Jane l'avait appelé deux jours plus tôt pour lui dire qu'ils arriveraient en retard à cause d'un léger contretemps.

Harry avait appris en élevant quatre gosses qu'utiliser le mot «léger» pour décrire un événement n'était jamais de bon augure. Il soupira avant d'être sorti de ses pensées par une cliente venue réglée sa tarte aux fruits confits.

La jeune cliente munie d'un énorme sac à dos de randonnée se rendrait sans doute dans la forêt calédonienne qui faisait partie du domaine de la commune Faol. L'affluence de touristes dans la région venait principalement des paysages à couper le souffle que l'on pouvait rencontrer et de cette forêt digne d'un conte de fée et protégée depuis des siècles par la famille de Timothy Smith. Les moldus ne savaient pas que ces gardes-forestiers si performants et proches de la nature étaient des loups-garous. Les habitants du village ne remarquaient pas non plus qu'il y avait un nombre si important de lycanthropes parmi eux et que le lycée de la région comptait autant d'autres créatures comme des vampires, des démons et quelques goules.

En tant que sorcier, avant de finir par s'installer dans le monde des moldus, Harry lui-même avait trouvé amusant l'aveuglement de ses voisins. Ce n'était pas comme si ces créatures avaient pris la peine de créer un autre monde comme leurs congénères à baguette.

Le sorcier avait ouvert ce café-librairie aux abords de la forêt afin de se donner une couverture expliquant sa source de revenus. L'emplacement était également idéal pour les habitants du coin ou les touristes car il n'était pas très loin du sentier qui permettait de se rendre au centre-ville ou bien de continuer sa route vers la forêt de pins.

Harry s'était même mis à apprécier son travail. Elaborer des menus avec des ingrédients frais et remplir ses étagères de livres en tout genre étaient apaisants et lui permettaient également d'exercer sans trop de difficultés ses activités magiques parallèles. L'année dernière, il avait sorti un livre de sortilèges de défense revisités pour permettre une meilleure prise en main pour de jeunes enfants ou des sorciers moins doués dans ce type de sorts. Poudlard lui avait d'ailleurs commandé une ribambelle d'ouvrages et l'Association des créateurs de sortilèges lui avait décerné le prix de créateur le plus prolifique de la dernière décennie.

Cet après-midi, le café était calme et seule une cliente âgée régulière prenait son thé habituel en lisant un livre à l'eau de rose qu'elle avait empruntée à la boutique. Harry se lançait donc dans l'élaboration des recettes nécessaires pour les talismans qu'il voulait tenter de créer. Il travaillait depuis son ordinateur à la caisse proche de l'arrière-boutique qui était aussi vaste que l'espace boisé disponible pour la clientèle.

Harry allait continuer son travail avant d'être arrêté par des coups à le fenêtre de derrière. C'était la chouette de Hermione . Il ferma la porte derrière lui avant d'aller ouvrir à la petite créature qui tenait entre ses pattes un parchemin. Le sorcier n'avait pas besoin de le lire pour savoir qu'il s'agissait des indications pour la prochaine réunion du Conseil Sorcier. La chouette avait sans doute fait un long chemin pour atterrir sur son lieu de travail et pour se faire pardonner, il la conduisit à la mangeoire proche de la forêt. Sa surprise fut grande lorsqu'il tomba nez à nez sur une petite chouette blanche tachetée de noir qui picorait déjà dans celui-ci.

«Qu'est-ce que tu fais ici, Melody? Tu ne devrais pas être chez ton maitre, toi?»

Le petit animal lui répondit avec un roucoulement satisfait et laissa gentiment sa congénère se repaitre de la nourriture. Comme à son habitude, Melody vint se poser sur l'épaule du brun comme si c'était sa place attitrée et bougeait sa tête en rythme avec ses mouvements.

«Draco sera agacée de ne pas te trouver dans sa volière, tu sais?»

Faisant fi de la remarque du sorcier, l'animal se délecta des caresses reçues alors que Harry reprenait sa place au comptoir. Le gérant se demandait s'il devait envoyer une lettre à Draco pour le prévenir que sa chouette était avec lui. Après tout, il était parti avec son fils s'il avait bien suivi. C'était inutile de le déranger pour si peu.

Une professeure d'anglais du village d'une trentaine d'année apparut alors devant le comptoir, un sourire avenant sur le visage.

«Bonjour, Monsieur Potter. Ce sera la même chose que d'habitude.

— Bonjour, Madame Roy. Vous n'êtes pas encore partie? demanda-t-il avec un sourire professionnel tout en préparant la concoction.

— La semaine prochaine. Mais je ne pensais pas partir sans passer par mon café préféré. J'ai vu que vous avez ajouté de nouveaux ouvrages en poésie.

— J'ai suivi vos conseils. Il est vrai que je n'avais pas lu les poèmes d'Emily Brontë et ils sont… touchants, déclara Harry ne voulant pas s'attarder plus que ça sur ses sentiments.

— Morbides par moment mais ils sont emplis d'amour, de désir d'avancer malgré le poids de l'existence. On peut ressentir le poids de la solitude de cette femme. Mais l'amour, l'amour a toujours fait partie de sa vie.

— Hmm… Tenez votre café. Est-ce que vous voulez vous installer à votre place habituelle? demanda Harry, distrait en partie à cause de la chouette sur son épaule.

— Je ne pensais pas que vous remarquerez, déclara la femme alors que du rouge se répandit sur ses joues pâles.

—Bien sûr que je m'en souviens! Vous passez régulièrement ici! s'amusa Harry avant que le volatile ne décide de se poser sur sa tête. Melody!»

La brune éclata de rire à cette image au grand dam du sorcier qui n'arrivait pas à se débarrasser de l'oiseau aux plumes aussi douces que du coton.

«Vous devriez peut-être travailler dans la réserve. Les animaux ont l'air de vous apprécier.

— Non, c'est juste que cette demoiselle n'a aucune limite, soupira le propriétaire en déposant la boisson sur la table proche des rayonnages spécialisés dans les romans victoriens. Voici.

—Vous parlez d'elle comme s'il s'agissait d'un animal de compagnie.» fit remarquer la femme avec un sourire malicieux.

Harry éclata de rire et se gratta la tête d'embarras avant de détourner son attention avec ses nouvelles trouvailles littéraires. À l'instant où il allait reprendre son poste, la femme l'arrêta.

« Monsieur Potter, j'ai deux places pour aller voir une pièce au Traverse Theatre ce samedi soir. Une de mes amies a déprogrammé à la dernière minute. Est-ce que ça vous intéresserait ? » demanda-t-elle une lueur pleine de détermination dans ses iris caramel.

Harry la trouvait charmante ainsi. Il n'était pas stupide, il avait compris où la professeure de littérature voulait en venir. La femme divorcée espérait peut-être créer un lien sentimental entre eux. Un lien qui leur permettrait d'avoir une belle histoire, de se reconstruire peut-être. Harry aurait dit oui. Après huit ans, il était peut-être prêt à tenter une aventure qui serait plus qu'une simple nuit. Les enfants étaient grands à présent. Harry ne se sentait pas sur le point de flancher à chacun de ses inspirations.

Emily Roy était une femme passionnée, amusante, ouverte et elle se donnait à fond dans son métier d'institutrice, aidant du mieux qu'elle pouvait ses élèves. Harry aurait peut-être réussi à rallumer les flammes éteintes à l'intérieur de lui pour les transformer en un feu neuf. Malheureusement, il savait qu'il ne pouvait pas faire ça. Tenter cette expérience serait jouer avec cette femme exceptionnelle. Le sorcier se voilerait la face continuellement.

Harry pensait trop à une rose rouge, à une chevelure blanche aussi pure que la trainée laiteuse que formait la Voie Lactée dans le ciel pour commencer une autre histoire.

« Je suis désolé… Je serais occupé ce samedi… Pour être honnête, je préfère rester plonger dans mes livres généralement…» répondit-il, incommodé.

—Ah… Une autre fois peut-être.» déclara la professeure déçue avant de se replonger dans son bouquin.

Harry était pétri de gêne et pensa à retourner dans son arrière-boutique pour continuer son travail et se débarrasser de Melody juchée sur sa tête. Lorsqu'il rejoignit son comptoir, la chouette se décida enfin à revenir sur son épaule. À cet instant, Jane et Henri entrèrent en trombe.

Harry soupira. Il avait beau leur avoir dit à maintes reprises que son lieu de travail était censé rester paisible, les deux amis de son filleul n'avaient jamais compris.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda le sorcier agacé. Pourquoi est-ce que vous avez mis autant de temps à rentrer? Je commençais à m'inquiéter et ton père est même passé me demander Jane…

— Euhhh… Teddy est transformé en loup depuis qu'il a rencontré son âme-sœur… chuchota la jeune lycanthrope en se penchant vers lui.

— QUOI ‽ s'exclama Harry, faisant sursauter tous les clients dans la boutique.

— On a essayé de le calmer mais ça n'a pas marché, expliqua dans un murmure Henri. Et il n'écoute pas vraiment Jane. Donc avant de le ramener à Maria, on aimerait savoir si tu pourrais pas lui parler…

— Où est son âme-sœur ? questionna le sorcier, surpris de ne pas voir une troisième personne à leur côté.

— Il s'est enfui avant même de lui parler donc on l'a perdue de vue, expliqua l'adolescente avec une mine contrite.

— Jane, reste tenir la boutique. Henri, tu m'accompagnes. Il est allé dans la grotte, c'est ça? demanda Harry en quittant son tablier.

— C'est moi qui devrais y aller. Je suis son Alpha.

— Tu connais les étales par cœur puisque tu passes ton temps à coller Lily pendant son service, rétorqua le sorcier pour ne laisser aucune place à la discussion au grand dam de l'adolescente qui rougit à son assertion. Tu restes.

— Okay, soupira Jane.

— Sois gentille avec Melody. Elle est de passage mais ne la laisse pas jouer avec la clochette.

— Je pensais qu'elle habitait ici… Cette chouette est toujours là…déclara-t-elle, surprise.

— Henri… coupa Harry, pressé de retrouver son filleul inconscient.

— Oui ».

L'adolescent le conduisit à sa voiture et ils partirent vers le lieu où était caché Teddy. Le jeune homme restait silencieux lors du trajet tandis que Harry fulminait à cause de l'angoisse. Cela faisait des années qu'une situation comme celle-ci ne s'était pas produite. Teddy était du genre à vouloir toujours gérer tout seul jusqu'à ce qu'il craque. Il avait remarqué que son filleul s'était renfermé ces derniers temps, en ne passant même plus à la maison, mais le sorcier ne pensait pas qu'il se laisserait à nouveau dévorer par son loup.

Harry ne pensait pas que c'était un pas en arrière. Il craignait juste de finir par le perdre un jour. Teddy était profondément gentil mais il avait du mal avec sa condition malgré tous ses progrès sur lui-même. Cela attristait beaucoup Harry. Et il ne savait pas toujours comment lui parler. Ginny aurait su quoi faire. Elle savait toujours quoi dire dans ce genre de situation. Son flot de pensées se stoppa lorsqu'ils arrivèrent enfin devant la grotte.

« Bon, j'y vais. Tu restes dans la voiture. Je t'enverrai un message lumineux ou transplanerait au moindre problème.

—Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'accompagne au cas où? Il était assez violent quand il s'est enfui du véhicule, demanda Henri.

—Teddy ne me fera pas de mal et je peux me débrouiller tout seul. Je ne suis pas un moldu. » répondit le plus vieux avant de quitter le véhicule.

Le sorcier s'engouffra dans la grotte dont il connaissait les moindres recoins. Il entendait par intermittence un gémissement au fond de celle-ci et s'approcha du bruit. L'homme finit par tomber sur son filleul. Il était recroquevillé dans un coin, ses yeux miels étaient presque dorés dans la pénombre et il montra des dents à son approche, prêt à bondir pour qu'on ne l'approche pas.

« Teddy… C'est Harry… Je sais que c'est difficile et fatiguant mais il faut que tu te retransformes. » commença avec calme le sorcier avant de s'asseoir à quelques pas de lui.

Seul un grognement menaçant lui répondit. Et comme Teddy était un animal blessé qui ne voulait pas faire de mal à un membre de sa meute, il montra des dents sans s'approcher.

« Je ne suis pas en colère que tu n'arrives pas te retransformer. Et tu ne devrais pas l'être non plus… Le principal est que tu retrouves ta forme humaine…» continua Harry, la bouche sèche. Le héros était à court de mots.

«Tu n'es même pas obligé de retrouver ton âme-sœur si ça te dérange vraiment. Dis, Teddy? Pourquoi tu ne m'as pas dit que cette histoire te gênait tant…On t'aurait soutenu à la maison… Albus a hâte de te voir… Et il y a le foulard de Tonks à la maison aussi… Donc tu n'as pas à t'inquiéter de ne pas le retrouver…»

À ses derniers mots, le loup releva la tête et le sorcier put lire du soulagement dans ses yeux sauvages. D'un seul coup, la transformation inversée commença sous ses yeux et après des gémissements de douleur dont se détourna Harry, le corps nu de son filleul finit par apparaitre sur le sol terreux. Il tremblait par soubresauts.

Sans attendre, le sorcier fit apparaitre une couverture, une serviette humide et des vêtements. Il s'approcha du corps fébrile de Teddy pour l'essuyer un peu. Très vite, il fut arrêté dans ses gestes par le jeune homme.

« D-désolé… Je… Je vais m'occuper du reste…» murmura Teddy sans le regarder dans les yeux. Ainsi, Harry ne pouvait voir quelles émotions traversaient son visage.

— D'accord, soupira-t-il. J'attends que tu te changes…»

Après que Teddy eut repris contenance avec une tenue présentable, Harry se retourna et cela lui fit mal de voir le visage bouleversé du garçon.

« Qu'est-ce qui ne va pas? demanda le brun préoccupé.

— Je suis désolé Harry… Je… Je ne sais pas ce qui m'a pris…J'ai cru que j'avais perdu le foulard de ma mère et je…» commença le jeune homme honteux avant que des larmes ne s'échappent de ses yeux malgré lui.

Teddy voulut se détourner mais Harry le prit dans ses bras comme lorsqu'il était enfant. Même s'il avait grandi, cela n'avait aucune importance. Il lui murmura des paroles de réconfort et le laissa se vider contre lui.

Puis filleul et parrain quittèrent ce lieu sombre pour retrouver les rayons du soleil.


Teddy se sentait désarmé. Et il avait honte. Tellement honte. Après que les larmes finirent de souiller son visage et le haut de Harry, il rejoignit son ami qui l'attendait avec un sourire plein de compassion et de réconfort. Les mots qu'il lui avait jetés à la figure lui revinrent en tête et l'étudiant eut encore plus honte.

Il n'avait pas perdu le contrôle ainsi depuis longtemps. Il ne voulait plus être cet enfant, cet adolescent parfois instable qui préférait se recroqueviller à l'intérieur de son loup lorsque l'extérieur devenait trop difficile à gérer. Toute la meute devait être au courant si cela se trouvait et il passerait encore pour l'enfant indomptable et incorrigible qu'il avait toujours été.

Son parrain lui avait dit que ce n'était pas grave mais il avait embêté ses amis et l'avait éloigné de son travail. Harry était toujours beaucoup trop gentil avec lui. Malgré le poids qu'il était parfois pour lui. Teddy n'arrivait pas à comprendre pourquoi il ne l'avait pas abandonné depuis le temps. Lui-même se fatiguait parfois. Si on n'avait pas retrouvé l'écharpe de sa mère, l'orphelin se serait senti tellement mal. Il avait été si stupide de la perdre lors de son accès de panique. Teddy n'était pas prêt pour un grand amour. Il n'était déjà pas capable de se porter lui-même. Comment pourrait-il vivre avec quelqu'un d'autre? Pris dans une spirale infernale de pensées négatives qui relançaient sa fébrilité, le lycanthrope sursauta en entrapercevant dans le reflet de la fenêtre sur laquelle son front était posé, son propre reflet déformé. Cet autre lui lui lança un sourire sardonique, ensanglanté. Et il ne reconnut pas son propre regard. Froid, glacial, avide de sang et de chair. Face à lui se trouvait un monstre. Un monstre qui n'attendait qu'un instant pour frapper et l'entraîner dans sa folie meurtrière. La mort. Il n'y avait que la mort qui l'attendait.

«Teddy? le réveilla la voix soucieuse de Harry.

— Pardon… Je… J'étais dans mes pensées…

— Je disais que tout le monde serait excité de te voir à la maison. En plus, je n'ai même pas pu te féliciter pour ta première place aux examens… Tu ne m'as pas raconté.» se plaignit Harry.

Teddy comprit que son parrain lui tendait une perche plus ou moins subtil pour le sortir de ses idées moroses. Le jeune homme s'y accrocha et s'en sans rendre compte se mit à parler des plaisirs et des joies de sa vie estudiantine et des nouvelles œuvres que Harry devrait ajouter à son commerce.

Lorsqu'ils atterrirent enfin à la maison, Teddy ressentit un soulagement indicible. Il se demanda même pourquoi il n'avait pas fourni un effort pour revenir plus souvent. Maria ou pas, la louve aurait de quoi le critiquer après le fiasco qu'il avait créé.

«Merci Henri et encore désolé… murmura Teddy à son meilleur ami qui aidait Harry à monter les affaires à l'intérieur de la maisonnée.

— Ne t'inquiète pas, je sens que t'étais pas bien. Par contre pas sûr que ce soit aussi simple avec Jane… Vieux, on a vraiment eu peur pour le coup. On a cru que tu nous reviendrais pas, déclara le bêta alors qu'ils traversaient tous deux le petit pont.

— Qu'est-ce que je lui ai dit déjà…

— L'histoire d'âme-sœur…

— Merde... soupira Teddy le cœur lourd.

— Tu nous avais dit que tu ne voulais pas d'âme-sœur mais je pensais pas que tu réagirais aussi violemment. Je veux dire c'est pas normal… Normalement en tant que loup tu devrais ne plus lâcher ta liée d'une semelle. Après peut-être que le fait qu'elle soit sorcière change la donne je sais pas mais…Teddy ? »

Le jeune homme se stoppa à l'instant où il posa un pied dans la demeure. Il n'entendit pas la salutation engagée d'Albus dans le salon, ne se préoccupa pas de la querelle des deux jumeaux dans la cuisine. La seule chose qu'il remarqua, qui le bouleversa était l'odeur qui s'était introduite au sein de la meute. Au sein de sa maison. Au sein de sa tanière. L'odeur de sa liée.

En pilote automatique, Teddy courut jusqu'au salon et se saisit du foulard abandonné sur un des fauteuils. Le foulard de sa mère sur laquelle les traces du parfum de la sorcière était apposée, tel le souvenir de son image indélébile dans les circuits de sa mémoire. L'odeur d'hibiscus était encore latente et le loup s'y perdit, malgré lui. Teddy en voulait à la sorcière d'avoir mis un pied dans son monde car il lui serait beaucoup plus difficile d'ignorer ce lien qui le tiraillait. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de la remercier pour ce geste qu'elle avait fait. Malgré sa peur, malgré ce lien sans doute morbide pour elle, la jeune femme était venue lui rendre ce qui ne devait être qu'un vieux bout de tissu pour une inconnue.

Teddy enveloppa le foulard autour de son cou, prenant soin qu'un pan puisse frôler son nez aux sens aiguisés. Il se sentait si étourdi et si bête.

« Elle est venue jusqu'ici? s'étonna Henri alors qu'il entrait dans la salle de séjour.

— Tu ne dis même pas bonjour Teddy, se plaignit Albus avec emphase. C'est qui elle?

— Bonjour Al', c'était bien Poudlard? demanda le concerné un peu dans les vapes.

— L'âme-sœur de Teddy, répondit son meilleur ami, perplexe.

— C'est impossible, déclara Albus en fermant l'ouvrage sur ses genoux. C'est une sorcière de ma maison qui l'a ramenée.

— Qui? demanda Teddy perdu.

— Ayaba. C'était l'attrapeuse de l'équipe de Quidditch, déclara Albus. J'ai dû en parlé sur notre groupe Insta et..

— Ayaba? répéta Teddy. Ce nom sonnait d'une manière si particulière dans sa bouche. Une partie de son esprit, aimerait le répéter encore et encore.

— Au moins on a un nom maintenant, se réjouit Henri dans un soupir avant de s'asseoir, rincé.

— Attend parce que c'est vraiment ta liée?! s'étonna Albus. Une sorcière ?!

— Apparemment…» répondit Henri.

Teddy n'écoutait plus. Tous ses repères étaient chamboulés. Et déjà il pensait à la difficile confrontation avec les membres de la meute. Alors que son cœur tambourinait dans sa poitrine, il s'accrocha à cette étoffe sans savoir si c'était l'idée de sa mère disparue ou le parfum si entêtant d'Ayaba qui tempérait ses émotions éparses.


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