Chapitre 8 : Carnage
Grace, Nick et Will marchaient sur l'une des baies qui faisait face à l'océan Atlantique. L'océan était une entité qui effrayait un peu la jeune femme. Alors qu'ils avançaient et discutaient, elle s'arrêtait souvent pour prendre des photographies. Will voulait montrer une vue intéressante à son frère, non loin d'un chantier de construction qui poussait dans un coin de la crique. Ne souhaitant pas abimer ses chaussures en s'aventurant vers les rochers, Grace les attendit plus loin. Alors qu'elle les observait discuter, la situation devint surréaliste.
L'énorme grue à une trentaine de mètres d'eux s'effondra et dans sa chute, entraina les tours et raffineries de fortune. La secousse fut si brutale et violente que les roches sur lesquelles étaient les deux hommes s'écroulèrent. En une fraction de secondes, leurs deux corps furent emportés par les vagues en contre-bas. Ils avaient été avalés par la mer monstrueuse.
Non. Non. Cela ne pouvait pas être vrai. Nick ne pouvait pas mourir ! Son frère ne pouvait pas être englouti par les vagues. Pas ici, pas ailleurs. Ils avaient encore tant de choses à accomplir ensemble. Leurs rêves. Voir leurs parents revenir au pays une bonne fois pour toute. Se soutenir quoi qu'il se passait dans leur existence. Nick avait toujours été là pour elle. Prenant parfois les attentes de la famille en pleine face avec son sourire, sa sagacité, son intelligence. Son grand frère avait eu sa période agaçante mais il avait toujours été là pour elle. Il avait travaillé sur son homophobie lorsqu'il avait appris pour elle. Il l'avait secoué lorsqu'il avait l'impression qu'elle s'effondrerait alors que lui-même angoissait par rapport à ses bourses d'étude. Il s'était tellement tué au basket, en cours pour obtenir sa bourse pour l'université. Il était si doué malgré tout ce qui aurait pu le faire ployer. Il était tellement beau. C'était son grand-frère, qui l'énervait mais pour qui elle pourrait donner un rein. C'était son frère avec qui elle s'était battu tant de fois qu'elle savait exactement ou taper pour le faire gémir ou le mettre K.O. Sans lui, elle ne pourrait jamais revenir au Nigeria parce qu'elle n'était pas sûre de pouvoir appeler cette endroit sa maison. Parce qu'elle se sentait toujours en décalage ici ou aux Etats-Unis. Elle se sentait toujours aussi seule malgré la présence d'Ayaba et Zaynab ici. C'était lui et son amour franc pour leur culture, son attachement à cette terre qui lui rappelait que malgré son orientation sexuelle, malgré le fait qu'ils aient tous les deux grandis ailleurs, ils n'étaient pas que deux étrangers sans ancrage. C'était Nick qui lui avait donné une lueur d'espoir, qui lui avait parlé des histoires pré-coloniales et de toutes les identités et histoires qui avaient été effacées par cette catastrophe.
S'il disparaissait, ses parents ne s'en remettraient jamais. Elle ne voulait pas revoir son père se cacher derrière un mur qui serait sans doute cent fois pire qu'à la mort de son grand-père. Grace ne voulait pas voir sa mère hurler de douleur. Car elle n'était pas bonne pour rassurer et consoler ses parents. C'était toujours Nick qui s'occupait de ce genre de de choses. S'il disparaissait, Grace ne s'en remettrait jamais.
Il ne pouvait pas mourir ici. À Lagos. À cause de cette construction bancale qui s'était effondrée. Une construction inutile pour rechercher quoi ? D'autres puits de pétrole qui profiteraient à des entrepreneurs véreux plus qu'à la population ?
Grace courut alors que des gens se mouvaient autour d'elle et que des cris fusaient dans ses oreilles. Partout. Elle devait retrouver Will et Nick. Elle hurla à l'aide. Elle entendit à peine les mots de réassurance des étrangers autour d'elle. Il parlait d'aller chercher des secours qui prendraient sans doute trop de temps à cause de la circulation. Certains parlaient d'étranges ombres qu'ils auraient vu en bas de la construction avant sa destruction.
Il y avait beaucoup de blessés sur la crique mais aucune trace de Nick et Will. Elles n'avaient que l'image de leurs deux corps dans l'eau. Grace s'entendit à peine supplier qu'on retrouve son frère. Certains se mirent à l'eau pour chercher, sans succès.
Les ambulances n'arrivaient toujours pas. Et Grace pensa alors à Keysha, aux Etats-Unis. Qu'était-elle censée dire à Keysha si Nick ne revenait jamais ? Pour la première fois depuis longtemps, elle supplia Dieu et ses ancêtres de tout son cœur .
Alors que Grace pensait que tout était perdu, des cris retentirent de l'autre côté. Ses pieds la portèrent sans qu'elle ne sache comment. Et lorsqu'elle tomba sur Will et Nick, retrouvés par la cousine d'Ayaba, son soulagement fut si puissant qu'elle manqua de s'effondrer.
L'océan était à la fois une source de vie intarissable et un linceul dans lequel les corps de tous les êtres vivants pouvaient dériver sans fin. Omilaye nageait dans les profondeurs, loin de la cité des sirènes, de plus en plus proche des terres des Petites-flammes. Elle n'avait pas le droit de s'approcher de leurs rivages par sécurité mais Omilaye avait besoin de sentir les rayons du soleil qui pouvait percer la barrière aqueuse qui la séparait du ciel. Et elle ne voulait pas profiter de la douceur de l'eau et de la chaleur du soleil dans le monde magique. Elle tomberait sur une camarade ou une de ses connaissances. Or, Omilaye avait besoin d'être seule. Pour se recentrer et tenter d'oublier Sani dans la nuit et les reflets colorés des spots qui épousaient son visage. Elle s'était enfuie mais la sorcière n'était pas certaine que c'était suffisant pour ne pas qu'elle retourne vers lui.
Omilaye se sentait seule et minable. Minable parce qu'elle avait tout de même blessé ses deux sœurs dans le processus. La solitude était évidente. Elle n'avait même pas besoin d'être questionnée. La solitude était tout simplement là et malgré son poids, Omilaye ne pouvait pas noyer cette partenaire de mésaventures.
Alors qu'elle nageait, la sirène sentit une pression inconnue et pesante s'engouffrer dans l'eau. Elle pouvait sentir l'odeur de l'acier. Et d'étranges ombres se mouvoir dans l'eau.
Était-ce un bateau qui avait échoué en mer ? Omilaye s'apprêtait à détaler comme on lui avait toujours appris dans ce genre de situation où les machines finissaient par tout polluer,même l'eau. Mais elle fut arrêtée dans sa course par deux corps d'hommes qui s'enfonçaient dans les profondeurs. Ces deux Petites-flammes mourraient sans doute. Les vagues seraient leur dernier berceau après s'être battus comme des forcenés.
Pourquoi étaient-ils là, eux ? Pourquoi se noyaient-ils ? Alors qu'Omilaye pensait qu'ils étaient déjà morts, elle vit l'un d'eux continuer à se débattre tout en retenant son camarade.
Une partie d'elle fut alors prise d'un saisissement instinctif. Ils n'étaient pas encore morts. La Grande-flamme se jeta sur eux et les saisit à même le corps pour les ramener à la surface. Dans sa course, elle pria Yemaya, la mère de l'océan de les laisser en vie. De leur donner une chance.
Lorsqu'ils arrivèrent enfin sur le rivage, une crique à quelques mètres d'un grand bassin, Omilaye soupira de soulagement alors qu'elle sortait les deux corps hors de l'eau. Dès que les deux hommes furent sains et saufs, elle tenta de voir s'ils respiraient et fut effarée en n'entendant pas le moindre souffle. La sorcière sortit de l'eau, fit apparaître ses jambes et se mit à leur prodiguer les premiers soins. Leur souffle de vie n'était pas encore éteint mais chancelant.
Omilaye fit du bouche à bouche sur le garçon le plus robuste en intermittence avec ses massages de poitrine et les sorts qu'elle procurait à l'autre. C'était à peine suffisant pour les maintenir en vie. Elle entendit des cris au loin et la sorcière se souvint alors qu'elle n'était pas seule. Elle appela à l'aide.
Elle prit soin de faire apparaitre un pagne sur ses hanches et à son grand soulagement, une dizaine de Petites-flammes accoururent pour l'aider. Dans la horde, elle aperçut l'amie d'Ayaba: Grace. Et elle comprit. Elle comprit au moment où elle accourut en larmes et terrorisée pour s'accrocher au bras d'un des garçons qui commençait à être transporté vers une voiture pour l'hôpital. C'était son frère. Omilaye ne sut pas pourquoi mais elle décida de suivre tout ce monde en prenant soin d'envoyer un message à sa cousine pour la prévenir.
Grace avait appelé Zaynab pour lui expliquer la situation. Sa petite amie avait laissé ses cours en plan pour la retrouver à l'hôpital. Sa main sur la sienne lui permettait de garder un contact avec la réalité. Dire qu'ils avaient trouver une place rapidement grâce à leurs papiers américains. La somme de leur chambre double aurait été impossible à payer pour Will qui avait pourtant sauvé la vie de son frère. C'était ironique et terriblement injuste. Il était si simple de mourir comme un moins que rien. Sa mère et son père étaient en route mais n'arriveraient pas avant plusieurs heures. La situation était beaucoup trop violente pour Grace qui s'égara. Il était quinze heures. À cette heure-là, Nick essayait toujours d'écrire ou d'appeler à Keysha ou ses deux meilleurs amis.
Au bout d'un moment, Ayaba s'assit juste à côté d'elle, du jus de bissap dans la main. C'était sans doute sa cousine qui l'avait appelée. La boisson passait dans la gorge de Grace avec difficulté alors qu'elle fixait le visage inerte de son frère.
À seize heures et demie, le deuxième miracle de la journée se produisit et les deux garçons ouvrirent les yeux. Nick reprit conscience avec plus de difficulté. Et lorsqu'il fixa enfin le monde autour, Grace fut si heureuse, si soulagée, si reconnaissante qu'elle ne retint plus ses larmes et se jeta dans les bras de son frère.
Depuis l'accident qui s'était finalement bien terminé pour les deux hommes qu'elle avait sauvés, Omilaye avait réfléchi. Beaucoup réfléchi.
La sirène avait encore mal. Cette séparation avec Sani la blessait tel un couperet. Elle avait toujours l'impression de ne pas savoir que faire de son corps et de sa vie qu'elle trouvait morne, insipide et un brin pathétique. Mais revoir cette rage de vivre chez les Petites-flammes lui avaient rappelé qu'elle ne pouvait pas oublier les personnes importantes malgré sa peine. Elle ne pouvait pas ignorer que la cérémonie de sa grande-soeur approchait.
Omilaye avait un peu abusé au diner catastrophique. Elle avait aidé sa mère plusieurs jours au restaurant pour se faire pardonner. Oyeniran ne voulait pas lui parler depuis leur dispute mais elle comprenait. Ce n'était pas très sympathique de lui avoir jeté à la figure ses propres déboires. Famuyiwa, après deux jours, avait fini par se comporter comme si rien était arrivé, se plongeant dans son travail.
Vêtue de la tenue de cérémonie, un iro et une buba dans des tons bleus en référence à l'opele de son ainée, Omilaye mit une dernière touche à son maquillage extravagant.
L'esthéticienne et coiffeuse se décida alors à aller frapper à la porte de sa sœur. Famuyiwa n'avait jamais été très douée pour prendre soin d'elle mentalement et physiquement. Elle pouvait rester des jours sans manger, ou à se goinfrer, aider des personnes en oubliant le temps qui passait et se plonger avec félicité dans la magie. Si leur mère n'était pas aussi psychorigide sur l'apparence, Omilaye était certaine qu'elle pourrait sortir sans même être coiffée. Famuyiwa n'avait jamais su se mettre en valeur. C'était donc le rôle d'Omilaye de la rendre la plus rayonnante possible pour ce jour si important. Le maquillage et la coiffure n'étaient pas que des passions superficielles sans aucun sens. C'étaient des moyens d'expression flamboyants qui permettaient à n'importe qui de devenir une étoile.
Lorsque Famu lui ouvrit enfin la porte, ses cheveux crépus divisés en deux par un énorme peigne, Omilaye demanda avec un sourire timide :
« Besoin d'aide ? »
Tandis qu'Omilaye s'affairait sur sa chevelure volumineuse, Famuyiwa fit apparaitre une boule d'énergie dans sa main. La sorcière avait toujours aimé faire de la magie et apprendre à l'utiliser avec finesse. Se connaitre et avoir la capacité d'interagir avec l'environnement et les roues du temps indicible étaient un trésor. Un cadeau qu'elle n'avait pas arrêté de travailler à partir du moment où elle avait appris à exécuter ses premiers sorts. La magie était plus qu'un élément utilitaire, c'était une énergie, une discipline dans laquelle on pouvait se plonger pour repousser les limites de l'univers et du temps. Ce lien privilégié avec les orishas étaient un trésor de la nature qu'elle explorait avec passion. Famuyiwa n'avait jamais regretté de s'être lancée dans sa formation de prêtresse malgré les difficultés. Elle n'avait jamais voulu abandonner l'étude de la magie ou arrêter de perfectionner ses capacités de divinatrice.
Peu importait l'être supérieur qui lui avait offert ce souffle de vie qui lui permettait de créer d'aussi beaux phénomènes de ses mains, Famuyiwa l'en remerciait.
Parce que la magie, le pouvoir pouvaient changer n'importe quelle existence. Et elle avait donné du sens à la sienne. Lorsqu'elle travaillait, qu'elle se hissait avec ambition à ce poste où personne ne l'attendait, Famuyiwa le faisait pour elle et pour personne d'autre. Lorsqu'elle entrait dans le temple d'Orunmila, elle n'était plus la fille, l'amie, la soeur ou la figure d'aide qu'on attendait. Famuyiwa était juste elle-même, face à ses pouvoirs, face à l'orisha. Elle se perdait dans la magie de son plein gré pour tenter d'approcher le rôle de prêtresse qu'elle désirait tant.
C'était un rêve, une source de joie incommensurable de pouvoir occuper ce poste si prestigieux et significatif. Elle accompagnerait les plus jeunes, serait envoyé au palais royal lors des conseils, gagnerait sa vie et aurait un impact sur la cité. Même si le travail était stressant, il en valait la peine parce qu'elle le désirait plus que tout.
Famuyiwa n'avait jamais rêvé d'amour. Elle ne courait pas après beaucoup de choses, avait toujours eu du mal à comprendre tous les codes, les paroles, les traits d'humour des membres de son entourage.
Mais toutes ses particularités gênantes étaient sans importance lorsque l'on usait de magie. La sorcière n'avait qu'une hâte : se rendre à la cérémonie et affronter son destin.
Omilaye avait fini sa coupe de cheveux. Elle avait dressé des nattes sur sa tête pour former plusieurs arcs se mêlant du haut de son crâne à son occiput. Solidement et élégamment dressée sur sa tête, la coupe de cheveux fut recouverte délicatement par le foulard gele. Sa sœur le noua de telle sorte qu'il ne ruinait pas sa création.
Lorsque Famuyiwa l'enlèverait pour faire face à la prêtresse en chef, elle le ferait la tête haute, avec cette coupe qui lui ressemblait tant.
L'ainée laissa la plus jeune maquiller ses lèvres et ses yeux avec des couleurs légères. Famuyiwa n'avait jamais été une grande adepte du maquillage, trop ennuyé par ses sensations étranges posées sur sa peau. Omilaye le savait très bien et avait choisi les produits qui la gênerait le moins.
Lorsque Famuyiwa s'observa dans le miroir, elle sourit. Elle avait craint le pire mais elle se reconnaissait. Elle ne s'était jamais trouvée aussi belle. Et c'était Omilaye qui lui avait offert ce cadeau. Peut-être bien qu'elle lui en voulait encore un peu pour sa crise de nerf et son comportement. Mais Famuyiwa pouvait lui pardonner. Elle avait bien remarqué que sa famille avait fait des efforts maladroits après sa demande énervée.
Famuyiwa avait toujours eu de la patience mais cette fois elle n'en pouvait plus d'attendre. Elle se leva, sûre d'elle, prête à franchir la dernière ligne droite de son marathon pour atteindre ses rêves.
Le tour de Femuyiwa arrivait bientôt. Ses trois compagnons avaient tous réussi. Orunmila les avaient acceptés. Elle était pétrifiée. Elle imaginait déjà le pire. Et si elle n'était pas assez bien et l'orisha ne l'acceptait pas ? Elle était tellement angoissée que la présence du père d'Akinola dans la garde ne lui faisait ni chaud, ni froid.
Lorsque son tour vint, Famuyiwa marcha tel une automate, se forçant à inspirer dans un cycle de quatre pour ne pas paniquer. La prêtresse principale du temple lui sourit alors qu'elle défaisait d'une main souple son gele. La tête nue, Famu délassa ses sandales et posa ses pieds à l'intérieur du cercle magique. Dès qu'elle fixa la statue de bronze à l'image fantasmée de l'orisha, l'extérieur n'eut plus d'importance. Seule cette statue et l'énergie magique de sa famille, de la sienne et de cette source intarissable de vie comptaient.
Famuyiwa prononça les incantations qu'elle avait apprises et qui était presque une évidence tant elle les avait répétées pour les retenir. Lorsqu'elle se mit à chanter à la fin, ces vers qu'elle sortait de son cœur, elle crut qu'elle allait fondre en larmes. Elle sentait qu'elle quittait le vulgaire et le sol. Que son corps n'avait plus d'importance. Elle se sentit partir avec plus de fulgurance et de force que lors de n'importe laquelle de ses séances oratoires. Elle était emportée par une force plus grande qu'elle alors qu'un tourbillon s'élevait autour d'elle.
Famuyiwa voyageait loin dans le temps et dans l'espace. Elle entrait à l'intérieur d'une goutte de pluie qui parvenait des cieux, se migrait en poussière d'étoiles dans une galaxie inconnue, redevenait un enfant blotti au creux du sein de sa mère. Elle redevenait de la terre, disparut face à la brûlure de ces souffles de vie et partout dans ce cercle infini, Famuyiwa finit par se voir elle. La personne qui lui faisait face dans ce tourbillon, c'était elle. Elle en mieux. Libre, réelle, détachée de toutes ses craintes, ses attentes et ses peurs qui l'empêchaient d'avancer. Cette personnification de ce qu'elle pouvait être. Son essence lui sourit avant de l'enlacer dans cet ouragan implacable. Elle revit. Et dans cet instant de communion, elle sentit les deux mains d'Orunmila sur ses épaules. Une explosion de pouvoirs et d'euphorie pure l'envahirent. Sa puissance n'avait jamais été aussi importante. Elle ne s'était jamais sentie aussi forte. Elle fixa son elle potentielle, son elle rêvée, s'abandonna à ses deux mains sur ses épaules. Et Famuyiwa sourit jusqu'aux oreilles. Ce n'était qu'un avant-goût de la suite de son voyage. Une consécration qui la mènerait encore plus loin que tout ce chemin spirituel qu'elle avait déjà parcouru.
Elle avait été choisie. Orunmila l'avait acceptée. Elle était devenue une prêtresse.
Lorsque la deuxième reine s'effondra, que ses yeux injectés de sang éclaboussèrent le carrelage et qu'elle s'affaissa au sol. On ne put accorder du temps à Famuyiwa pour reprendre ses esprits. Leur monde s'effondrait à nouveau, tremblant sur ses bases fragiles.
La nouvelle prêtresse suivit les ordres des soldats de manière mécanique. Elle put à peine répondre à Akinola qui lui demandait comment elle allait alors qu'il réfugiait tout leur petit groupe dans une des salles.
Elle croisa le regard d'Enitan et lui serra la main.
Famuyiwa serait-elle capable de suivre sa mission d'éclaireur alors qu'une crise d'une telle ampleur sortait des tréfonds de l'obscurité ?
