Chapitre 7: L'Océan entre Deux Mondes

Assise sur le tapis moelleux de son salon, Camille Dufresne laissait son regard errer sur les objets familiers qui peuplaient son appartement. Une vieille lampe à huile achetée lors d'une sortie à Salem. Une écharpe aux couleurs de l'Académie. Des livres empilés un peu partout, témoins de ses années passées à se perdre dans la lecture.

Chaque objet avait une histoire. Chaque recoin portait les traces de ses souvenirs. Pourtant, elle envisageait la possibilité de tout quitter. Encore une fois.

Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait ses adieux à un lieu qui avait façonné sa vie.

Camille se leva doucement et s'approcha d'une petite boîte en bois sculpté posée sur une étagère. Elle l'ouvrit délicatement, dévoilant une plume d'aigle attachée à une lanière de cuir. Son regard s'adoucit. C'était un talisman qu'elle avait fabriqué lors d'un projet à Salem, inspiré des traditions autochtones de ses ancêtres. Elle n'en connaissait pas tous les détails, mais cet objet représentait une part d'elle-même qu'elle ne voulait pas perdre.

Son enfance, elle l'avait passée dans un orphelinat de la région de l'Estrie, au Québec. Un endroit calme, entouré de forêts denses et de lacs tranquilles. Sa vie là-bas avait été marquée par la simplicité… et parfois par un sentiment d'isolement. Les autres enfants la regardaient souvent avec curiosité à cause de ses traits aborigènes. Rien d'explicite, rien de méchant — mais suffisamment pour qu'elle comprenne qu'elle était différente.

Le jour où elle avait reçu sa lettre d'admission à l'Académie des Sorcières de Salem avait changé sa vie. Quitter l'Estrie pour la Nouvelle-Angleterre, passer d'un petit coin tranquille à une école prestigieuse dans une ville en effervescence, avait été un choc. Mais elle s'y était adaptée. Salem était vite devenu un refuge.

Elle s'approcha d'une photo encadrée sur la commode. La remise des diplômes… Ce jour-là, elle portait fièrement sa robe noire, entourée de ses camarades de promotion. Son sourire était radieux. À cet instant, elle avait ressenti une immense fierté.

New York avait été l'étape suivante. Le passage à la vie adulte. Son premier appartement, ses premiers pas au MACUSA… Sa vie professionnelle et ses premières amitiés en dehors du cadre scolaire.

Mais aujourd'hui, tout semblait basculer. L'idée de tout quitter à nouveau était intimidante.

Elle se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit, laissant l'air frais s'infiltrer dans la pièce. Le bruit des rues animées de New York résonnait en contrebas.

— Ça ne sera pas facile, murmura-t-elle. Mais je l'ai déjà fait une fois. Je peux le refaire.

Reprendre tout à zéro. Encore une fois.

Un bruit léger attira son attention. Un hibou grand-duc, aux plumes sombres et aux yeux dorés perçants, attendait sur le rebord de la fenêtre.

Camille ouvrit doucement la fenêtre et l'oiseau sauta à l'intérieur, tenant une enveloppe scellée dans son bec.

Elle se saisit de la lettre, son cœur battant un peu plus vite. L'en-tête du ministère de la Magie britannique apparaissait clairement sur le papier épais.

Délicatement, elle brisa le sceau et déplia la lettre.

"Chère Mademoiselle Dufresne,

Suite à l'entretien que vous avez eu au sein de notre département de la recherche magique le 30 mars dernier, j'ai le plaisir de vous informer que nous serions honorés de vous compter parmi nos nouvelles recrues.

Votre profil, vos compétences, ainsi que votre démarche analytique ont particulièrement retenu notre attention. Votre curiosité intellectuelle et votre rigueur seront des atouts précieux pour le développement de nos projets.

Vous êtes attendue au ministère de la Magie britannique le 1er juin prochain afin de finaliser votre intégration. Des informations pratiques vous seront envoyées sous peu.

Au plaisir de vous accueillir parmi nous.

Cordialement,

Henry Wilcox, Chef du Département de la Recherche magique

Camille sentit un mélange d'excitation et d'appréhension l'envahir.

C'était réel.

Elle allait partir.

Camille déposa la lettre avec précaution sur son bureau, ses mains légèrement tremblantes. Les mots d'Henry Wilcox le chef du Département de la Recherche magique, s'imprimaient dans son esprit. Le 30 mars, son entretien avait été une réussite. Elle avait déployé ses connaissances et ses recherches avec passion, mais elle n'avait jamais imaginé qu'une telle réponse viendrait si vite. Elle relut la lettre une seconde fois, puis une troisième. Chaque mot prenait un poids particulier, résonnant dans son esprit. Il n'y avait plus de doute. Le ministère de la Magie britannique voulait d'elle. Elle avait réussi.

Elle prit une profonde inspiration et s'assit sur son canapé, sa tête plongée dans ses pensées. Un poids, qu'elle n'avait même pas remarqué jusque-là, s'était envolé. Mais en même temps, un autre était venu se poser sur ses épaules : la réalité de ce déménagement vers l'inconnu. La prochaine étape ne serait pas simple. Elle était sur le point de quitter tout ce qu'elle avait connu depuis si longtemps, l'Amérique, et de s'installer dans un pays étranger. Un grand saut dans l'inconnu.

Avec un sourire malicieux, elle se leva brusquement, cherchant un moyen d'organiser le chaos qui s'empara d'elle. Elle attrapa sa plume et plongea la pointe dans l'encrier. Un tour de main et voilà qu'une liste s'écrivait toute seule, guidée par la plume magique qui dansait avec la douceur d'un mouvement parfait.

S'installer à Londres :

• Réserver un Portoloin.

• Trouver un logement.

• S'adapter au climat (penser aux vêtements et à la météo britannique).

• Acheter les livres de recherches spécifiques à la magie britannique.

• Prendre rendez-vous avec un guérisseur magique pour les premiers contrôles de santé.

Elle s'arrêta un instant, lisant et relisant cette liste d'un air songeur. Puis, elle ajouta, d'un geste rapide :

• Contacter le MACUSA et les collègues pour annoncer mon départ.

Elle soupira. Il fallait aussi s'organiser pour la logistique, la paperasse, et s'assurer de quitter New York dans les meilleures conditions possibles. Elle ne se permettait pas de savourer pleinement la joie de la réussite encore. Les préparatifs prenaient le dessus, inévitables.

Pourtant, dans son cœur, il y avait cette petite lueur d'excitation. Un nouveau départ. Une aventure à venir.

Les heures passèrent vite alors qu'elle se perdait dans ses pensées et dans l'écriture. Elle savait qu'elle était prête à prendre cette décision. La magie de la recherche, la possibilité de s'épanouir dans un environnement plus ouvert et plus soutenant… C'était plus qu'une simple opportunité de carrière. C'était le début d'une nouvelle vie.