Stiles n'était pas sûr de bien savoir interpréter ce qu'il avait sous les yeux. En même temps, il n'avait pas l'habitude de saigner – pas en bas, en tout cas. Pas de cette façon non plus. Non parce qu'il ne pouvait pas comparer ça à un saignement normal. Ce n'était pas comme s'il s'était coupé le doigt en gérant mal la trajectoire de son couteau lorsqu'il sectionnait une tomate. Là, ça coulait… Doucement et c'était pâteux.
On en revient à ma question de départ: qu'est-ce que je fais? se demanda le jeune homme, désespéré. Puis, il s'exhorta à réfléchir le plus posément possible – le plus qu'il pouvait en tout cas faire dans la situation présente. Il avait en effet une tache d'une certaine taille dans la couche mais elle ne s'approchait toutefois pas des bords. La situation n'était donc, techniquement, pas critique, s'il en croyait le peu qu'il savait sur les règles – c'est-à-dire pas grand-chose. Il était donc bien tenté de demander à Lydia et en même temps… Non, parce qu'elle voudrait sans doute voir. Or, lui, ne serait certainement pas d'accord étant donné qu'il avait foutrement honte et que… Merde, c'était intime. Pour lui, en tout cas. Peut-être que les filles, entre elles se montraient moins gênées par rapport à ce problème… Mais lui, il n'était qu'un mec, un jeune homme découvrant ce monde pour la première fois… Et la dernière, techniquement.
Quoique connaissant sa chance légendaire, il s'imaginait bien souffrir d'un autre cycle de menstruations à un moment ou à un autre de sa vie. Non parce que le sorcier qui lui avait jeté ce foutu sortilège avait été sacrément sadique… Ce qu'il lui imposait n'était pas une «sanction» décidée au hasard: il y aurait forcément quelque chose d'autre. La question, c'était: quoi donc? Et Stiles était bien tenté de répondre «rien» mais puisque ce serait mentir, il préférait ne pas s'avancer trop vite. Mieux valait pour lui partir du principe qu'il n'avait jamais de chance – ainsi, rien ne pourrait le décevoir, techniquement.
Juste l'agacer davantage.
Lorsqu'il remit sa couche puis son pantalon en place, Stiles grimaça: il n'avait, de mémoire, jamais connu de sensation plus désagréable que celle-ci. Pas la plus douloureuse, non. Ce côté-là, c'était réservé aux crampes qui prenait son bas-ventre à des moments aléatoires et qui n'hésitait pas à s'étendre jusqu'en haut de ses cuisses. Mais bordel, il n'aurait jamais imaginé que ce côté-là des règles existait. Dans sa couche, c'était mouillé, c'était pâteux… Rien n'allait dans cet épisode infect qu'il n'était même pas censé vivre. Lui, ce qu'il produisait, c'était du sperme et non des ovules! Alors bien sûr, si on lui avait gentiment proposé d'inverser les rôles pour lui, il aurait accepté, pour l'expérience… Mais pas aussi violemment, pas sans qu'on le lui ait demandé! Quel enfer… D'autant plus que ses douleurs reprenaient. Il n'était pas sorti de l'auberge.
On toqua alors à sa cabine de toilettes. Il se crispa et articula, gêné, un pauvre «c'est occupé».
- Je sais, Stiles, entendit-il.
La voix, féminine, lui confirma ainsi qu'il n'était effectivement pas sorti de l'auberge. Stiles se sentit soudainement désespéré au point de se considérer comme fini.
- Dépêche-toi de sortir.
Lydia ne comptait vraisemblablement pas se montrer patiente… Sans doute attendait-elle depuis un moment de pouvoir lui parler, mais le précédent cours l'en avait empêché. Là, elle avait sa chance… Et savait qu'il ne pourrait pas l'éviter en sortant. Stiles réalisa alors quelque chose.
- Mais qu'est-ce que tu fous dans les toilettes des mecs?!
La réponse, il la connaissait mais espérait que sa question, posée ainsi, ferait réagir Lydia. Elle partirait et de là et Stiles aurait peut-être une chance de… Fuir. C'était là tout ce qu'il pouvait s'imaginer faire. Encore que connaissant son ami, elle aurait sans doute prévu quelque chose.
- J'attends la princesse que tu es, répondit calmement la banshee, derrière la porte.
- Mais t'es pas censée être là! Tu n'as pas vu le panneau?
- Tu penses sincèrement qu'un panneau va m'arrêter? Sors de là avant que je m'énerve, Stiles.
Le jeune homme frissonna: il était rarement bon signe de recevoir des menaces de la part de la banshee qui n'avait pas l'habitude de monter dans les tours. De même, sa voix restait parfaitement calme – un peu trop, peut-être. Est-ce précisément cela qui le motiva? Peut-être, peut-être pas. Le fait est qu'une fois son pantalon parfaitement remis, il déverrouilla la porte et… Celle-ci lui fut aussitôt arrachée des mains et la mine renfrognée de Lydia lui apparut. Mais il remarqua rapidement le visage détestable de Jackson, qui se tenait en retrait.
- Ah non, pas lui!
Son mécontentement n'était pas feint… Peut-être même était-il exacerbé par la douleur qui renaissait à nouveau – un plaisir. Jackson et sa souffrance intérieure dans la même pièce… Charmant. En plus, cet empaffé lui fit un signe de salut de la main… Avec un air clairement moqueur. Oh l'enfoiré, je vais me le faire, pensa très fort Stiles en serrant les poings.
- Dégage! Lui envoya-t-il directement.
Il n'avait pas envie de prendre de pincettes ni même de dissimuler la très légère rage que Jackson avait fait naître en lui. Sa présence seule pouvait presque suffire à lui donner de l'urticaire. Quoique son sourire… En avait sans doute également la capacité tant il était détestable.
- Il ne s'en ira pas, lui indiqua Lydia en le prenant par le poignet. Maintenant, viens.
Jackson avait finalement peut-être été utile à Stiles pour une chose: il avait remplacé son désespoir par une colère telle qu'elle mettrait un moment avant de s'évaporer. Mais il n'irait certainement pas le remercier pour autant. Il avait cafté, manqué de discrétion à son égard sciemment. Et maintenant, voilà que Stiles avait des comptes à rendre à Lydia alors qu'il était parti pour se faire le plus petit possible, histoire que l'on ne découvre pas son petit problème…
Stiles fut donc obligé de suivre Lydia et Jackson, tandis que la première l'amenait dans la cour du lycée. Lorsqu'elle leur eut dégoté un coin tranquille ainsi qu'un banc, elle fit assoir l'hyperactif et se plaça face à lui.
- Tu m'expliques? Fit-elle alors, les poings sur les hanches.
Stiles ne put s'empêcher de lancer un regard noir à l'enfoiré qui s'était adossé à un arbre juste à côté d'eux. Il serra alors la mâchoire. Ce qu'il haïssait cette situation… Au lieu de courir aux toilettes, il aurait dû directement fuir vers le portail et sauter à l'intérieur de Roscoe: il aurait ainsi pu repousser la confrontation. Inutile de rêver l'éviter complètement étant donné que Lydia était connue dans la meute pour toujours obtenir ce qu'elle voulait, à raison.
Ainsi, il choisit de coopérer rapidement… Dans l'espoir d'être vite «relâché». Cette fois, il fuirait et il cesserait de contenir cette douleur qui grandissait doucement – elle lui faisait là la plus sympathique des faveurs.
- Y a un connard de gosse qui m'a lancé un sort, bougonna-t-il.
- Et depuis, il a ses règles, termina Jackson, son atroce sourire arrogant toujours présent.
- Mais ferme-la, toi! Explosa l'hyperactif.
- On se calme, tempéra Lydia en faisant signe à Jackson de se taire.
Et sur un ton autoritaire, elle demanda à l'humain assis face à elle, lequel dissimulait au mieux ses crampes au bas-ventre, de tout lui dire.
