Le temps que Nami aille s'enfiler la chemise dans la salle de bain, Ann avait commencé à préparer une soupe de tomate avec du pain grillé à l'ail. Quand la jeunette revint, elle fut clairement rassurée de voir qu'on n'avait pas touché au butin de son vol, avant de reprendre son expression neutre pour se rasseoir avec hésitation sur sa chaise.

- Que aproveche, souhaita la yôkai en lui posant l'assiette de pain devant le nez avec le bol de soupe.

- Dis, nee-chan, je peux avoir un bol aussi, s'il te plaît ? demanda Luffy.

- Me dit pas qu'en revenant ici, tu as retrouvé ton estomac de monstre ou je te noie.

- Non, c'est juste que j'adore ta soupe.

Ann soupira et servit un bol à son frère.

- Tant que j'y suis et puisqu'il en reste, quelqu'un en veut ?

- Sers moi un bol, s'il te plait, dit Carmen en prenant place.

- Ça va pour moi, répondit Marina à côté de la médecin.

Le simple fait que Kali pointe le bout de son nez était en soit une réponse, et trois bols de plus apparurent sur la table. Luffy savoura une première gorgée de sa soupe avant de sourire grandement à sa sœur.

- Suis certain que si t'avais sorti ta recette de soupe à la zorra, elle serait pas parti avec ce Draer.

Cela lui valut une tape de son aînée, derrière la tête, qui se rassit en croisant les jambes, un bras sur la table.

- Et si tu commençais depuis le début, Nami ? On est pas là pour te juger ou te jeter la pierre, juste pour t'aider, encouragea avec une voix douce Ann. Alors, vas-y, on t'écoute.

La demoiselle de bientôt quinze ans soupira et prit son bol. Elle hésita un instant, puis y trempa ses lèvres. Elle ferma les yeux et but une petite gorgée, avant de reposer le bol pour le regarder sans le voir.

- Je… je suis originaire de l'archipel de Konomi. Du village de Kokoyashi, pour être plus précise. J'ignore qui sont mes parents biologiques. Bellmer-san nous a trouvé, Nojiko et moi, au milieu d'un champ de bataille durant sa carrière dans la Marine. Je n'étais qu'un bébé, à l'époque. Alors, elle nous a adopté. Elle s'est retirée du service pour venir avec nous sur son île natale. Elle nous faisait vivre, ou plutôt survivre, avec la culture des mandarines. Elle se privait pour nous, mais on était une famille.

Quelques larmes tombèrent des yeux de la rouquine qu'elle essuya immédiatement.

- Elle est morte pour nous. Il y a quatre ans, Arlong et sa bande sont arrivés. Ils ont pris toute notre île en otage. Nous devions payer pour nos vies. Cent milles pour un adulte, cinquante milles pour un enfant. Si nous ne pouvions pas payer, la punition pouvait aller jusqu'à la destruction totale d'un village.

Kali se leva de la table et alla chercher un bâton d'encens qu'elle alluma pour essayer d'apaiser un brin les nerfs de la demoiselle. La rousse l'ignora. Maintenant qu'elle avait commencé, elle n'arrivait plus à s'arrêter, comme si un barrage venait de céder.

- Bellmer-san n'avait que cent milles en poche. Et elle les a dédiés à nos vies, à Nojiko et moi. Arlong l'a tué d'une balle dans la tête. Elle aurait pu survivre en prétendant qu'elle n'avait pas d'enfants, parce qu'on était caché et personne ne pouvait savoir qu'on était lié, mais elle a accepté le sacrifice en souriant.

Le poing d'Ann se referma avec le léger raclement de ses griffes sur la table.

- Ils... elle morte, ils se sont permis de fouiller chez nous. Et… et ils ont vu que malgré mon jeune âge et mon manque de formation, je savais dessiner des cartes marines, souffla Nami en crispant sa main sur son tatouage. Ils m'ont enlevé pour me forcer à faire des cartes pour eux. Alors… j'ai passé un marché avec eux. Je leur ramenait cent millions de berrys et ils s'en iraient.

Luffy abandonna son bol et alla la prendre dans ses bras. Elle se raidit un instant avant de se relaxer.

Ann soupira et se pencha vers l'avant pour lui prendre ses mains.

- Je suis désolée, Nami… vraiment désolée. Mais il se fout de toi. Il ne te relâchera pas. Il ne partira pas. Et avant que tu ne protestes, tu es forte en math, non ? Alors, fait juste une estimation de combien il peut gagner par an avec sa taxe pour la survie des tiens. Compare-le au prix qu'il t'a réclamé.

- Je sais… mais je n'ai que ça… s'étrangla Nami dans un sanglot.

- Plus maintenant, lui promit Luffy. Je vais lui botter le cul.

- Redescend sur terre un instant, Joy Boy, réclama Kali. On ne sait rien des obstacles et je te rappelle que tu n'as pas encore quatorze ans. Tout l'entraînement du monde ne sert à rien sans un plan et quand on est un gosse. Ne fonce pas tête baisser.

Carmen regarda la cigarette qu'elle avait tiré de son paquet. Elle avait tellement été en colère que le papier était en morceau sur la table. Elle se redressa et se dirigea vers le placard des dendens.

- Je vais sonner les cloches d'un idiot fini. Il va m'entendre. Et Kali a raison, Luffy. C'est un homme-poisson, pas une ballerine. Une seconde.

Elle composa un numéro et attendit un instant, les doigts tapotant sur le bois avec l'agacement qu'elle ressentait.

« Allo ? Aladdin à l'appareil... ? »

- C'est Rhyddid Carmen ! Où est ton imbécile de capitaine que je vais définitivement transformer en SUSHI !

Ann se mordit une phalange pour ne pas rire alors que Luffy ne se privait pas de se tordre d'hilarité sur sa chaise. Nami regarda la scène sans comprendre. Surtout que le dénommé Aladdin passa le denden à quelqu'un d'autre avec une claire inquiétude. Une personne avec une voix plus profonde.

« Bonjour Rhyddid, que puis-je faire pour ... ? » demanda le nouveau.

- Arlong.

Ouh, pas contente la Carmen.

Kali prit les devant et se mit à fouiller autour pour du kairoseki alors que le Calypso commençait à s'agiter sous la fureur de leur amie.

Le simple nom fit se tendre la personne de l'autre côté du fil.

- Je vais te donner un putain de conseil pour la prochaine fois. Si un de tes membres d'équipage devient un putain de connard fini, METS LUI UNE LAISSE ! BORDEL ! Je viens d'apprendre que cet extrait de raclures se la joue Tenryuubito en EAST BLUE ! Alors, je te fais une édition spéciale et tu viendras pas me chercher pour ça. Il va finir en cendre prochainement. Alors, si tu veux venir régler ta merde, tu te déplaces. Si je te vois pas, je considère que l'on peut s'en occuper et que l'on a ton aval. Pigé ?

« ... Il a fait quoi ?» dit alors la personne à moitié scié et horrifié par ce qui venait de lui être dit.

- Informe-toi. Bonne Soirée !

Et Kali lui passa un des bracelets de kairoseki. Au moins plus de risque de chavirer. Elle redressa la tête vers les autres, frottant alors ses yeux.

- Pardon. Mais notre petite rousse projette un peu trop et je suis assez crevée pour ne pas faire la différence entre ma colère et la sienne. Merci Kali.

- Si je l'avais moi aussi connu personnellement, je serai tout aussi en colère. Bien. Nous sommes face donc à des Gyojins organisés qui connaissent donc le terrain… comment gérer… réfléchi Ann.

- Gérer quoi ? demanda Nami sans comprendre.

- Le temps que le Shichibukai se sorte le doigt du cul, on aura le temps de retourner huit fois East Blue, annonça Kali en s'asseyant sur la banquette avec son bol de soupe.

- Donc, on va t'aider, et je sais comme procéder ! sourit largement Luffy. J'peux dire mon plan ! Parce que j'ai une bonne idée pour me venger au passage !

Ann sentit une goutte de sueur sur sa nuque. Luffy avec un plan…

- Fais pas cette tête, elle est vachement bonne mon idée ! protesta le jeunot.

- Même Carmen a un mauvais pressentiment.

- Elle devrait pas, je vais même aider son petit-copain, le marine de Loguetown, là !

Comment diable Luffy savait-il que le petit-ami de Carmen était le Marine de Loguetown ?

La médecin attrapa l'arête de son nez puis regarda à nouveau Luffy.

- Luffy. Il y a des fois où même la folie de Grande Line semble parfaitement saine d'esprit à coté de toi, sache-le. Et peux-tu laisser ma vie privée, comme c'est indiqué par définition, privée ?

- Je dis juste qu'il peut en tirer un truc comme de l'avancement.

- On se fiche de la vie sentimentale de Carmen, passe au plan, avant que je ne cherche à te noyer, coupa Ann.

- Qui a une armée, ici, en East Blue ? demanda avec un air machiavélique Luffy. La Marine et…

- L'Armée Révolutionnaire aussi, mais on vient de fuir Dragon en se cachant East Blue, tu veux vraiment qu'on aille lui demander de l'aide ? demanda d'un air dubitatif sa sœur. Il doit nous croire encore en South Blue.

- Pas tout à fait. On peut avoir quelqu'un qui demande de l'aide à… c'est qui en charge d'East Blue, déjà ?

- Belo Betty.

- Voilà ! On peut envoyer quelqu'un la rencontrer et lui dire que les habitants de Konomi ont besoin d'aide, non ? Et en même temps, on peut avertir le gars de Loguetown que l'armée Révolutionnaire va intervenir sur Konomi pour s'attaquer à Arlong. Lui et ses gars auront du mal à s'en sortir pris entre deux feux.

Son frère… voulait déclencher une foutue guerre en fait. Il voulait faire une guerre par simple envie de vengeance et pour aider une demoiselle qu'il venait tout juste de rencontrer et qui le regardait comme s'il avait deux têtes.

La médecin grinça à l'idée. Certes, cela pourrait fonctionner mais ça pourrait mettre pas mal de personne en danger si ça dérapait. Il y avait trop de risque pour les civils. Mais il avait le début d'une idée.

- Tiens. Il y a donc un trait génétique dans le déclenchement de conflit. Bon à savoir. Et on ajoute à ça l'éducation de ta mère, commenta Carmen en direction de Ann. On est rendu avec ton frère.

- Ouf. Ça brûle, grinça Luffy.

- Tu l'as cherché, mais tu as un début d'une idée, pointa Ann. T'as déjà vue une présence Marine dans les environs, Nami-chan ?

- Jamais… vous… vous avez vraiment l'intention d'aider ? souffla la voleuse.

- Va falloir que tu écoules rapidement ton butin, par contre, mais oui, on peut le faire.

Ann se tourna vers Marina.

- Tu as le numéro du service d'enquête interne directement, ou juste personnel de quelques officiers ?

- J'ai juste quelques lignes principales des secrétaires pour les services au QG. Mais ça peut suffire pour atteindre ce dont on a besoin. Enfin... s'ils ont pas changé les numéros. Sinon, je peux toujours aller directement sur Tsuru ou encore J'rem.

Kali tiqua au nom de son frère mais n'eut aucune réaction en plus.

- C'est déjà ça, soupira Carmen. Et pour l'argent de la miss, j'ai aussi une solution. J'ai trois hôpitaux plus ou moins loin qui pourraient bénéficier d'argents et qui sont habitués à traiter avec de l'argent sale légalement.

- HEY ! C'est mon argent ! Tu comptes faire quoi avec ! protesta Nami.

- Occupez-vous de vos affaires de frics en silence, j'appelle le bureau de Loguetown. Bon sang, je hais la Marine mais je fais leur boulot à leur place, soupira Ann en allant reprendre le denden.

Ses oreilles tiquèrent sous le rire de Luffy et Roger alors qu'elle composait le numéro.

« Tashigi de la base de Loguetown, j'écoute. » annonça la voix de la seconde de Smoker.

- Bonsoir, Tashigi… sourit aigrement Ann.

« Ace-san ! Je suis heureuse de vous entendre ! Loguetown vous manque déjà ? » salua joyeusement la marine.

- J'appelle pour affaire. Pas besoin de réveiller Smoker, du moins, pour l'instant, je vous laisse voir ça entre vous après, parce que je voudrais pouvoir aller me coucher sous peu. J'aimerai savoir si tu connais le nom de l'officier en charge de la zone de l'archipel de Konomi.

« Konomi… Konomi… ce n'est pas très loin… donne-moi un instant, je vais chercher. »

Elle posa le denden et s'éloigna. Un gros bruit leur annonça qu'elle venait de se ramasser.

- Tout va bien Tashigi ? appela Ann.

« Parfaitement ! » assura la marine avec une voix lointaine.

- Mets tes lunettes, ça ira mieux comme ça.

- Tes lunettes sont sur ta tête, Tashigi, rappela Carmen.

On entendit la femme grommeler à l'autre bout et une porte s'ouvrir pour se refermer. Ann se mit à humer doucement une musique d'attente alors que Nami était retournée à sa soupe. Iro et King décidèrent de servir de pantoufle à Carmen.

Finalement, leur correspondante revint en ligne.

« Konomi fait partit de la seizième branche, sous les ordres de l'officier Nezumi. »

- Fais remonter son nom aux affaires internes fissa. Soit il a besoin de lunettes, soit il se fait graisser la patte. On a Arlong qui fait de la merde là-bas. Et y'a aucun risque que Jimbe prenne sa défense. Par contre, l'info, c'est pas gratuit. Je veux couvrir l'intervention, tu t'en doutes.

« Je… bon sang, Smoker-san a raison à ton sujet, il est impossible d'avoir une conversation avec toi sans avoir la migraine. On te tient au courant. Promis. »

- Y'a intérêt, sinon, c'est la dernière fois qu'on bosse ensemble.

« Nous n'avons qu'une parole, à Loguetown. Je t'assure que je vais tirer Smoker-san du lit pour le mettre au parfum. »

- Aucun risque à ouvrir sa porte, cette fois, sourit d'un air entendu Ann.

Tashigi fut prise d'une rougeur incroyable en engueulant la yôkai et raccrocha brutalement. Au moins, cela faisait rire Carmen.

- Bon, toi, tu finis ta soupe et dodo, annonça Ann en rangeant le denden.

- Tu me donnes des ordres ? demanda Nami.

- Je suis certaine que madame la docteur est d'accord avec moi. Alors, fini-moi cette soupe.

Luffy avait déjà engloutit la sienne et se léchait les babines.

- Je le suis, confirma Carmen. Surtout avec tes blessures. Et moi, je suis crevée. Je n'ai pas la patience de poursuivre une idiote qui veut se faire du mal en allant courir la lande.

- Patiente ? Vous ? Laissez-moi rire.

Nami se mit à gémir de douleur lorsque Carmen lui attrapa le bord de l'oreille en la regardant avec un air plutôt avenant si ce n'est l'aura sombre qui émanait de la logia.

- Tu disais ?

- … Pardon... pardon !

- J'aime mieux.

- Je vais chercher son navire pour le ramener par ici, qu'il se fasse pas prendre, avertit Luffy.

- Prend King, je veux pas aller te repêcher.

Luffy eut une moue en regardant son compagnon qui ronronnait sur les chevilles de Carmen.

- King, s'il te plaît…

Son compagnon lui jeta un dernier regard avant de se réenrouler avec Iro sur les pieds de la médecin.

- Tu es populaire aujourd'hui, Carmen, sourit Ann.

- Semblerait. Bon. Je vais me coucher, pour ma part. À plus tard.

- Je vais ramener le navire, se désigna Marina.

Ann reprit son courrier alors que Kali sortait sur le pont avec son bol pour prendre le premier quart.

- Soit tu prends la couchette de la cuisine et on te sort une couverture, soit tu nous rejoins dans le nid.

- …le nid ? demanda Nami en se massant l'oreille.

Ann montra Carmen qui se glissait dans le nid pour dormir, ce qui tira un air perplexe à la petite rousse.

- C'est plus sympa et Luffy a arrêté de s'agiter n'importe comment dans son sommeil, alors, aucun risque de se prendre une baffe. Allez, fini de manger.

Et elle retourna à son courrier.

.


.

Ils étaient en route pour Cocoyashi. Nami les suivait sur son petit navire.

Et elle avait du talent. C'était incroyable. Elle sentait l'océan. Elle percevait la météo et les courant comme si c'était un morceau d'elle. Et elle avait vite perçu que quelque chose n'allait pas avec Kali et Carmen qui étaient aptes à influencer les vents. Elle leur avait aussi montré une de ses cartes pour qu'ils comprennent par où ils devaient passer pour ne pas alerter Arlong et ses sbires.

Pour éviter de se faire avoir, il avait été décidé qu'ils allaient jeter l'ancre sur une île déserte, sur laquelle ils passèrent deux jours, à attendre le signal. Il fallait attendre le signal de Smoker avant d'intervenir. Ann n'avait pas pris le risque de prévenir Nojiko par un coup de denden. Qui disait si Arlong pouvait envoyer quelqu'un pour les surveiller. Elle avait juste demandé à une des mouettes de livraison des journaux. Qu'elle puisse faire passer discrètement le mot et mettre tout le monde à l'abri. Mais pendant l'attente, la grande-sœur avait vu quelque chose de très intéressant.

- C'est le destin, se contenta de dire Roger alors que sa fille regardait son petit-frère discuter avec Nami. Et elle a un beau rêve. Elle trouvera l'île, j'en suis certain.

- Meh. Je sais à qui confier l'idiot.

Luffy se retourna vers sa frangine, l'entendant parler de lui, puis retourna à sa conversation avec Nami.

C'est là que le denden sonna. C'était l'occasion qu'ils attendaient et Carmen le leur confirma en sortant du trimaran avec sa garde animal permanente.

- Bon, les jeunes, on y va, annonça Ann.

- D'accord vieille peau, pas la peine de t'étouffer avec une boule de poil, répondit Luffy à sa sœur.

- T'as bientôt l'âge de l'orphelinat, tu te rappelles.

- Trop tard, 'suis plus à Baterilla.

Voyant l'air assassin de son aînesse, il se dépêcha d'aider Nami à mettre son navire à l'eau alors que King sautait sur le pont du petit sloop. Le trimaran se retrouva lui aussi à l'eau et ils prirent bientôt la route pour Cocoyashi.

- On passera par derrière, à l'opposé d'Arlong Park, leur dit Nami alors qu'ils faisaient voiles vers l'île. On pourra jeter l'ancre à l'abri des regards, derrière les mandariniers. Il faudra quand même traverser le village pour rejoindre la base d'opération d'Arlong. Et…

Elle soupira et regarda les quatre femmes.

- Vous êtes certaines que ça va bien se passer ? Que la Marine va bien venir ?

- J'ai personnellement parlé avec l'un des officiers de la marine qui vient de Loguetown. Et, à ce que j'ai entendu derrière, ils étaient assez nombreux et sur des navires. Et Smoker n'est pas du genre à mentir, sourit Carmen. On a des personnes qui arrivent. Et Arlong ne va pas aimer les inviter. Pas du tout.

- Et au pire, on peut leur botter le cul. Je me fais Arlong, perso ! Et tu te grattes pour l'avoir, petit chat ! annonça Luffy en souriant en frappant son poing dans sa main.

- T'es invivable depuis qu'on est en East Blue, nota la journaliste en travaillant sur une voile. Je te rappelle que tu as treize ans, et que Arlong, il est dans le métier depuis un bon bout de temps.

- M'en fou.

- Je ramènerais pas ta dépouille à Baterilla.

- Allez, tous les deux, garder votre énergie pour plus tard, coupa Marina.

Cela brisa la dynamique de la dispute.

Le reste du voyage se fit en silence.

C'est en milieu de journée qu'ils arrivèrent enfin à l'île. Ils repérèrent d'abord une simple croix de bois, au bord d'une petite falaise. Puis, ils virent une jeune femme faisant les cent pas devant celle-ci, clairement nerveuse. En la voyant, Nami laissa le gouvernail de son sloop à Luffy et alla faire de grands gestes des bras. La demoiselle répondit au geste avec un clair soulagement avant de faire signe des bras pour leur dire d'aller plus loin sur la côte, avant de se diriger à l'opposer pour disparaître de la vue. La réponse leur vint bien vite quand une ligne de fumée apparut, montant au ciel. Certainement un message, un avertissement pour le village. Ils finirent par arriver sur un petit ponton qui menait, par un chemin de terre, à des belles rangées de mandariniers en fleurs. Les amarres furent jetées, leur permettant de débarquer. Le temps qu'ils amarrent les navires et la demoiselle de tout à l'heure les avait rejoints.

- Nojiko ! s'exclama Nami en se jetant dans ses bras.

- Dieu merci, Nami, je suis heureuse que tu ailles bien, souffla la bleue qui devait avoir presque le même âge qu'Ann.

Carmen posa la main sur son tricorne pour se présenter à la jeune femme.

- Bore da, Rhyddid Carmen, capitaine du Calypso et médecin. Ravie.

- De même, je suis Nojiko, Nami est ma petite-sœur.

- Je suis Ace, très jolie tatouage, salua Ann avec un geste de la main.

- Enchantée de vous rencontrer enfin, merci d'essayer de nous aider.

- On essaye pas, on le fait, rectifia leur devineresse locale. Je suis Kali.

- Marina, salua simplement la nièce du Chien Rouge.

- Moi, c'est Luffy, et je serai le Roi des Pirates ! salua joyeusement Luffy. Bon, il est où le requin qui doit passer au grill ?

Nojiko perdit son sourire et le regarda avec perplexité.

- Mon petit-frère, justifia Ann. J'ai dû le récupérer pour des raisons familiales. Si j'en crois la fumée, vous avez pris vos précautions, dans le coin, n'est-ce pas ?

- Oui. Nous attentions ça depuis longtemps. Arlong a failli détruire un village hier, par simple amusement, raconta Nojiko avec un ton grave.

- Nous connaissons personnellement l'un des officiers qui va venir, tout se passera bien. Et au besoin, on a un as dans notre manche. Nami, tu veux nous guider ? Ou au minimum, nous dire par où on doit aller ?

La rousse sembla hésiter avant de carrer les épaules et de se détacher de bras de sa sœur.

- Par ici.

Elle embrassa Nojiko sur la joue et leur fit signe de la suivre.

Ils marchèrent à pas rapide jusqu'à un village déserté. Nami jeta des regards autours avant de continuer à avancer sur le chemin de terre. De là, Ann pouvait enfin sentir ce qui devait être Arlong Park. Elle percevait des présences puissantes, mais rien à voir avec ce qu'elle avait senti en South Blue ou sur la Grand Line. Et déjà, on entendait des bruits de combats. Sans se consulter, le groupe accéléra au point qu'ils puissent arriver au niveau des murs de ce qui ressemblait à Arlong Park. Déjà, des marines étaient en train d'envahir les lieux.

- Reste en sécurité, Nami ! demanda Luffy. Et garde-moi ça !

Il laissa son chapeau de paille à l'adolescente.

- Je suis la seule qui a l'impression de revoir Shabaody Park ? demanda Ann en se dépêchant de sortir son denden de sa sacoche.

- Non. Maintenant, je sais pourquoi c'est familier. Marina, avec moi, remarqua Carmen.

- Ça marche, assura la susnommée.

- On te laisse à ton show. Moi, je vais récupérer les bras cassés.

Et les deux femmes se faufilèrent pour l'évacuation des blessés.

- Tu veux qu'on se case où ? demanda Kali en prenant le denden.

- On va se mettre devant l'entrée, et lancer le denden devant les portes, pour bien montrer la ressemblance avec Shabaody Park.

- C'est important ? se renseigna Nami.

- La marque en forme de soleil sur les pirates, elle est très importante. Et elle est liée à la ressemblance de cet endroit avec Shabaody Park.

Les trois femmes se dirigèrent vers l'entrée de l'endroit, évitant les combats au mieux, puis, une fois devant les portes, Kali fit un signe à Nami de rester derrière elle, avant de lancer le denden, avec Ann restant hors champ.

Il n'y avait que les cris de combats et le plan de la totalité d'Arlong Park.

Un petit geste de la main de la journaliste fit signe à la cameraman improvisée d'avancer lentement pour traverser les portes.

- Pour ceux qui ont visité Shabaody, le parallèle est immédiat. Pour les autres, laissez-moi vous apprendre quelque chose, commença Ann dans son micro.

Elle vint se mettre devant les yeux du denden avec un air grave.

- Pour faire un tour du monde, il faut traverser deux fois la Red Line. La première fois, c'est par Reverse Mountain. La seconde, c'est soit au-dessus par MariGeoise, ou par en-dessous, sous la Red Line, par l'île Gyojin. Mais l'escale d'avant, c'est Shabaody, une archipel mangrove très touristique. Si touristique qu'un parc d'attraction est installé là-bas. Shabaody Park, justement. Et la ressemblance entre les deux lieux est flagrante. Et là est, dans un sens, l'origine de tout le conflit qui explique pourquoi aujourd'hui, deux officiers de la Marine font une descente sur l'archipel de Konomi, en East Blue, pour procéder à l'arrestation du capitaine pirate Arlong, ex-membre des Taiyou Kaizoku.

Ann se retira à nouveau du passage et montra discrètement Smoker à Kali qui fit un gros plan sur lui alors qu'il jurait violemment en voyant Carmen passer devant son nez pour porter assistance à un blessé (accessoirement, cela appuyait un peu plus tout ce que la Marine avait mis au placard en faisant de la Rhyddid une paria).

- Ici, Smoker-taisa, en charge de Loguetown, accompagnée par sa fidèle seconde Tashigi.

Le denden fut orienté vers la sabreuse qui ferraillait contre un homme poulpe.

- Et là-bas, nous avons le lieutenant Fullbody, termina Ann en montrant un blond avec des poings américains.

Kali eut un rictus en orientant l'objectif du denden vers l'homme en question.

- C'est l'heure pour la leçon d'Histoire, Nami, souffla Ann hors micro avant de repasser devant l'objectif.

Il était temps de transmettre ce qu'elle avait appris de partout. Que ce soit de Rayleigh et Marco, que de la part de divers morts.

- Comme je l'ai dit, pour comprendre ce qu'il se passe aujourd'hui, il faut revenir en arrière. Et à de gros problèmes de société. Le racisme, la xénophobie et l'esclavage, reprit la journaliste en se remettant dans le champ de vision du denden. Les hommes-poissons sont différents, exotiques, alors, là où tout est permis, ils font de la marchandise de choix en tant qu'esclave pour ceux qui ont de l'argent. On parle aussi de cannibalisme pour les acquéreurs les plus tordus. Pourtant, outre qu'ils peuvent vivre sans difficulté sous l'eau, ils ne sont pas si différents de nous, puisqu'il est tout à fait possible pour un humain et un gyojin d'avoir des enfants ensemble, enfants fertiles, preuve que génétiquement parlant, nous sommes très proches. Bien plus que le sont un âne et un cheval, par exemple. Les gyojins et les sirènes parlent, pensent, vivent et ont des rêves. Et l'un d'eux, c'est de pouvoir arpenter la surface comme n'importe qui. Mais cela leur est refusé, puisqu'ils sont traités comme des bêtes par tout un chacun. C'est pour ça qu'un jour, un gyojin s'est levé et a dit stop. Son nom était Fisher Tiger. Il y a un peu plus d'une dizaine d'années, il s'est élevé dans le milieu de la piraterie comme capitaine des Taiyou Kaizoku. Il se retrouva, en une seule action, avec une prime de deux cent trente millions de berrys. Pourquoi ? Parce qu'il avait attaqué la Terre Sainte, lieu de la plus grosse concentration d'esclaves au monde. Et il les a tous libérés. Sans distinction de races, de sexes et d'origines. Et il a compris quelque chose que beaucoup refuse d'admettre encore aujourd'hui. La violence n'est pas une solution. Que l'ex-officier Strawberry me pardonne, et tous les membres de la Marine, mais les ordres de Fisher Tiger étaient simples pour son équipage : pas de violence inutile. Certes, les navires étaient coulés, mais le sang ne devait pas couler gratuitement. Il est finalement mort au combat alors qu'il ramenait chez elle une fillette humaine ancienne esclave. Pourquoi je vous parle de ceci ? Parce qu'Arlong était dans l'équipage. Quand le Shichibukai Jimbe a repris les commandes à la suite de la mort de Fisher Tiger, puis accepté d'entrer au Gouvernement pour permettre aux anciens esclaves de l'équipage de pouvoir rentrer chez eux sans peur, Arlong a déserté. Le premier a compris, même si avec peine et difficulté, le message de ce héros de la liberté, l'autre n'a fait que nourrir une haine encore plus dure pour les humains.

Ann montra du bras tout Arlong Park.

- Ils voulaient marcher parmi nous, comme nos égaux. Leurs enfants avaient pour rêve de se balader dans le parc de Shabaody. Mais cela leur ait refusé. Il est donc malheureusement logique que des individus emplis de haines, de rages et de frustrations envers les humains, choisissent de se venger. Et malheureusement, ce sont les habitants de cet archipel qui en ont payé le prix. Ma mère m'a toujours dit que le sang appelait toujours le sang et que la haine ne faisait qu'engendrer toujours plus de haine.

Elle retira sa casquette, dévoilant ses oreilles de chats qu'elle avait commencé à se décorer avec des anneaux en argent et en or en guise de boucles d'oreille.

- Sans le racisme constant envers les habitants du royaume Ryugu, on n'en serait certainement pas là aujourd'hui. Alors, un peu d'acceptation envers la différence, qu'est-ce que ça coûte, outre des litres de sang qu'on économise et des vies que l'on sauve ?

Kali claqua des doigts et montra du côté des prisonniers de la Marine. Ann tourna la tête dans cette direction et ouvrit les yeux ronds d'horreur.

- Et je pense que le Lieutenant Fullbody va perdre le peu de grade qu'il a. Kal', filme ça.

L'elfe tourna le denden pour que tout le monde puisse voir ce qu'il se passait. Fullbody était en « duel » contre Arlong. Ou plutôt, il essayait de rester en vie face à l'arme monstrueuse du gyojin requin. Et dans ce semblant d'affrontement, il s'était rapproché du coin où on avait réuni les prisonniers et les blessés. Arlong fini par le saisir dans une de ses mains et l'enfonça avec violence dans le sol, avant de sortir de son short de plage un flingue qu'il utilisa sur un tonneau de poudre à proximité. Ann se changea sous sa forme animale pour s'accrocher dans la pierre avec ses griffes pour ne pas se faire embarquer. Nami s'accrocha à un pan de mur avec Kali pour résister au souffle de l'explosion.

Arlong ne demanda pas son reste et se mit à courir.

Dziiiing !

Une fenêtre venait de se briser à l'étage du QG de Arlong.

Vouff !

L'appel d'air fit jaillir des flammes de la pièce en question. Et cela immobilisa juste un instant Arlong. Avant qu'il ne se remette à courir, livide de rage.

- C'est… c'est la salle des cartes… reconnu Nami en portant une main à sa bouche sous le choc.

Luffy.

C'était un coup de Luffy, Ann en était certaine. Elle se redressa en reprenant sa forme humaine. C'était le chaos pour le coup. Arlong avait réussi son coup, s'il cherchait à prendre la fuite, sauf que Luffy avait détourné son attention. Des bruits de combats finirent par sortir du bâtiment, avec les hurlements de rages du gyojin. Smoker avait repris le combat après un petit séjour sous l'eau. Il réunit quelques hommes encore valides pour le suivre dans le bâtiment… quand un pied gigantesque en perça le toit pour s'abattre comme une masse sur Arlong Park. Un nuage de poussière de pierre et de béton s'éleva quand le monument s'effondra en un tas de gravats. On ne pouvait que voir une petite silhouette debout sur les ruines, avant qu'elle ne tourne les talons et prenne la fuite.

Quand Smoker arriva sur les ruines, il ne pouvait que ramasser le corps brisé et inconscient d'Arlong. Qui avait donc pu faire ça ?

- Euh… eh bien, nous avons un troisième joueur qui vient de mettre fin au conflit. A étudier, dit Ann avec un ton qu'elle chercha à conserver neutre.

Elle ramassa sa casquette, la remit sur son crâne en rangeant ses boucles brunes dans le couvre-chef, puis reprit son micro.

- C'était Ace, en direct pour le SEKEI. Et réfléchissez bien à la façon dont vous voyez la différence, à présent.

Et Kali éteignit le denden.

Nami avait glissé au sol, pleurant en silence, comme si on avait coupé les ficelles d'une marionnette. Ann se frotta le visage en soupirant.

- Je la gère, va chercher ton frère, encouragea avec amusement Kali.

- Heureuse de voir que tu trouves ça drôle, Grognonne. Bon sang, c'est pas à treize ans qu'il doit se faire remarquer par les autorités, mais à dix-sept et sur la route de la Grand Line.

Et elle voyait déjà l'engueulade monumentale de sa mère pour avoir eu l'idée de laisser son frère se mettre ainsi en danger. Kali récupéra de la main de son amie le micro et la poussa un peu pour lui faire comprendre de partir.

Ann n'attendit pas plus et rapidement, la nekomata se mit en marche et disparu sous une illusion pour partir à la recherche de son petit-frère. Elle le trouva dans les bois environnants, avachi face contre terre, avec l'air d'être passé sous une moissonneuse batteuse. Il était inconscient mais il respirait toujours et c'était le seul point positif.

- Je suis certaine que j'ai déjà des cheveux blancs par ta faute.

King s'approcha délicatement de son camarade et lui renifla la tête.

- Je le ramène au Calypso. Allons-y.

Sans s'occuper du fait qu'elle mettait du sang sur son jolie costume marron, elle hissa délicatement son frère dans ses bras, faisant reposer la tête de son petit-frère sur son épaule. Elle souffla doucement sur les cheveux du plus jeune pour lui dégager son visage qui souriait même dans son état et le ramena au trimaran. Il allait la rendre chèvre avant l'heure, elle plaignait quiconque oserait accepter de se joindre à lui dans sa quête pour devenir le Roi des Pirates.

- Il a déjà une camarade, on le sait tous les deux, pointa Roger en marchant à côté d'eux.

- Je sais oui, mais il n'empêche qu'il faut vraiment avoir des cases en moins pour vouloir le suivre… mais on l'aime pour ça, ce petit idiot.

.


.

Les compétences médicales d'Ann n'était pas au top, mais elle savait déjà nettoyer des plaies et reconnaître des blessures ne nécessitant pas des points de sutures. En attendant Carmen, elle avait donc avancé dans les soins de son frangin endormi. Endormi, parce qu'il avait repris connaissance (l'effet de l'eau de la douche quand elle l'avait nettoyé) pour râler et se moquer de son aînesse avant de se rendormir. C'est pour ça qu'il était à présent allongé sur la banquette de la cuisine en caleçon long, la yôkai lui enroulant des plaies dans un bandage.

Elle releva la tête quand les filles arrivèrent.

Carmen alla se changer avant de venir l'aider.

- Eh bien... Et dire qu'il n'est pas encore rentré dans le circuit, nota la médecin.

Elle tira le matériel et commença par les sutures qui devaient être faites après avoir désinfecté et nettoyé les plaies qu'Ann n'avait pas encore touchées.

- Pedro a pris au sérieux son désir de devenir le Roi des Pirates. Et Rayleigh aussi, vu les conseils qui lui donnait dans ses lettres.

Elle caressa avec affection les cheveux courts de son petit-frère.

- Ann. T'as des poils blancs sur l'arrière des oreilles, pointa avec amusement Kali qui se tenait derrière la yôkai.

- Pas surprenant, soupira la journaliste. Avec un frère pareil, c'est inévitable. Et je réalise à quel point ma mère est patiente pour avoir réussi à le supporter sans faiblir.

- On lui enverra un cadeau pour la féliciter, assura Carmen. Bon. J'ai terminé. Le laisser dormir et qu'il mange quelque chose pour reconstruire son énergie.

Carmen jeta dans la poubelle ses gants et s'étira. Elle se tourna vers les autres alors que Marina faisait déjà cuire des spaghettis à la bolognaise et une tarte aux pommes pour chacun.

On toqua à la porte du trimaran et Kali alla ouvrir, montrant Nami sur le seuil.

- Je… je voulais vous remercier… dit-elle en tordant le bord de son tee-shirt entre ses mains. Et… Et rendre à Luffy son chapeau. Sans vous tous… cela aurait duré encore bien longtemps… et je ne suis pas certaine que j'aurais eu assez de force pour survivre jusque-là.

- Luffy dort encore, pointa Ann en montrant son frère à côté d'elle. Et c'est normal.

- Je suis en train de faire à manger, reste avec nous pour le repas.

- ...merci.