Note de l'auteure : Comme le laisse deviner le titre, l'OS qui suit est très largement inspiré par Blanche-Neige et les sept nains, version Disney.
C'est du Yaoi ! Je préviens ! Non amateur... la sortie est en haut à droite (ou à gauche si vous voulez juste faire marche arrière). Après on reste sur du soft... Non, ce n'est pas la version pornographique de ce grand classique !
Pour les autres : Bonne lecture !
Lili
1. Izuku et les sept nains.
Il était une fois, il y a fort longtemps, dans le royaume fort lointain de Mustaphu, un roi et une reine qui étaient très aimés de leur peuple. Ils étaient bienveillants et soucieux du bien-être de leurs sujets et sous leur règne, le royaume prospérait en paix. Le jour où la reine mis au monde un héritier fut jour de liesse sur toutes les terres du royaume, chacun fêtant l'arrivée du prince héritier.
Mais ce bonheur fut de courte durée, la reine mourant quelques jours après la naissance de son fils. Le roi, dévasté par la perte tragique de son épouse qu'il adorait, délaissa le nourrisson, le laissant aux bons soins d'une vieille nourrice. Cette dernière s'occupa du garçon comme s'il était son propre enfant, lui contant des légendes et lui chantant des chansons.
Quand le petit prince eut cinq ans, la vieille nourrice, sentant sa fin approcher à grand pas, alla trouver le roi pour lui dire qu'il devrait bientôt s'occuper d'éduquer son fils comme il se devait. La nouvelle inquiéta fortement le roi qui décida de se remarier. Ainsi, sa nouvelle épouse pourrait s'occuper de l'enfant pendant que lui gérerait les affaires du royaume. Son fils ressemblait bien trop à sa défunte épouse et le roi ne supportait pas de le regarder trop longtemps, encore trop attristé par la perte de celle qu'il considérait comme l'amour de sa vie.
Quelques mois plus tard, le roi épousa en grande pompe une jeune demoiselle de bonne famille, faisant d'Himiko Toga sa nouvelle reine et la belle-mère de son fils. La nouvelle reine était blonde, aimable, très jolie et appréciée de tous. Elle se prit très vite d'affection pour le petit prince pour le plus grand bonheur de la vieille nourrice qui rendit son dernier souffle rassurée sur l'avenir de son petit protégé.
Hélas, la jeune reine était surtout une fine manipulatrice avide de pouvoir, et était issue d'une longue lignée de sorcières malfaisantes. Quand le roi mourut, quelques mois après son mariage, Himiko pleura toutes les larmes de son corps et porta fièrement le deuil de son époux, trompant tout le monde avec talent. En effet, nul ne se douta une seule seconde que la jeune reine avait elle-même empoisonné son mari, lentement, petit à petit, dans l'unique but d'être la seule à régner.
Himiko sur le trône, le royaume ne tarda pas découvrir le véritable visage de la jeune femme. Despotique et malveillante, elle plongea le royaume dans une ère de terreur et de misère. Et tous ceux qui osèrent se plaindre un peu trop fort furent décapités, pendus, brûlés vifs, écartelés ou jetés dans les sombres cachots du château où ils furent oubliés. Effrayé, appauvri et maltraité, le peuple s'accrocha à l'espoir qu'un jour le jeune prince, alors âgé de six ans, prendrait le trône à sa marâtre et rendrait sa prospérité au royaume.
Le jeune prince était une épine dans le pied d'Himiko. Il portait l'espoir d'un peuple qu'elle voulait servile à ses pieds. Mais il eût paru trop suspect que le petit garçon meurt de la même manière que son père. Aussi prit-elle son temps pour trouver comment s'en débarrasser sans attirer les soupçons sur elle. En attendant, elle le traita comme son domestique personnel, lui confiant de basses besognes, le frappant quand il n'allait pas assez vite ou ne faisait pas assez bien à son goût.
Rien ne réjouissait plus Himiko que de voir le prince héritier couvert de saletés, des bleus sur les bras, les jambes ou le visage. Et quand elle arrivait à le faire saigner, elle riait comme une démente, la vue du sang sur la peau pâle la faisant frémir de plaisir. Ce fut dans cette ambiance lourde et malaisante que le petit prince grandit et que le royaume sombra dans les ténèbres.
~oOo~
Debout à la fenêtre de sa chambre, Himiko darda un regard noir sur le jeune homme qui récurait la cour. Izuku Midoriya, prince héritier du royaume de Mustaphu, avait quinze ans. Dans un an, il pourrait prétendre au trône, et cela n'arrangeait nullement la reine qui comptait bien rester en place. Mais Izuku ne faisait rien comme elle l'entendait et cela la contrariait fortement.
Himiko avait espéré détruire le prince, le battant et le traitant comme un moins que rien avec l'espoir qu'il finirait par mourir d'une manière ou d'une autre sans qu'elle ait besoin de se salir les mains. Suicide, mort de faim, infection due aux nombreuses blessures qu'elle lui infligeait sans jamais le soigner, maladie, elle n'était pas difficile et aurait accepté n'importe laquelle de ces solutions.
Mais Izuku était toujours là, bien vivant. Et pire que tout, il n'avait rien perdu de son innocence enfantine, souriant toujours à tout le monde, y compris à elle, ne se plaignait jamais et se pliait docilement à ses moindres désirs. Vider son pot de chambre ? "Bien sûr, mère." disait-il avec son éternel sourire. Elle avait besoin d'orties fraîches ? Il allait lui en cueillir à mains nues pour les ramener en souriant, les mains pleines de cloques.
Quoiqu'elle dise, quoiqu'elle fasse, il acceptait tout et souriait largement. Ce matin, elle avait exigé qu'il récure la cour intérieure, avec pour seuls outils une brosse et un seau. Depuis sa fenêtre elle le voyait faire, à genoux sur le sol, vêtu d'un vilain pantalon marron et d'une chemise blanche de mauvaise qualité, seuls vêtements qu'elle l'autorisait à porter. Il était pieds nus, Himiko estimant qu'il était inutile de le chausser.
Le visage aux traits fins de la blonde se tordit en une très vilaine grimace quand la voix du jeune prince lui parvint :
" Un jour, mon prince viendra... Un jour, il m'aimera...".
Il chantait !
- Un vrai rossignol, grinça-t-elle agacée.
Izuku Midoriya était un beau jeune homme, malgré sa mise miteuse. Son visage avait des traits fins et réguliers, ses lèvres étaient pleines et d'un rose soutenu, son nez était parfaitement droit et ses joues étaient parsemées de tâches de rousseur. Il avait de grands yeux aussi verts que les prés au printemps, parfaitement assortis à ses cheveux ondulés. Ses vêtements, de mauvaise facture, mettaient pourtant en valeur sa silhouette parfaitement musclée par les nombreux travaux manuels qu'il exécutait.
Histoire de bien compléter le tableau, il était doté d'une voix douce et mélodieuse. Il avait aussi un certain talent pour s'attirer la sympathie des animaux, lapins et oiseaux venant régulièrement lui tenir compagnie quand il était à l'extérieur. Bref, le prince était un rayon de soleil, innocent et pur, et Himiko l'exécrait de toute la force de son âme. Quittant sa fenêtre, elle s'approcha de son miroir magique d'un pas rageur.
Le miroir était un bien légué par sa mère, passant de génération en génération, et avait le pouvoir de dire la vérité, rien que la vérité. Se plaçant devant l'objet, Himiko dit la formule magique :
- Miroir ! Oh mon beau miroir !
Un visage apparut dans le verre teinté, un visage d'homme coiffé d'une crête blonde, portant des lunettes jaunes et un casque sur les oreilles.
- OH YEAH ! vociféra le miroir faisant reculer Himiko d'un pas. Are you ready ?!
- Dis-moi qui est la plus grande beauté de ce royaume ? demanda la reine sûre d'elle, et trop habituée aux cris du miroir pas du tout discret.
Depuis des années qu'elle posait cette question, le miroir, nommé Présent Mic, lui avait toujours répondu la même chose. C'était elle, la plus grande beauté de ce royaume et elle avait envie de se l'entendre dire. Cela chasserait son agacement envers ce prince trop souriant et gentil. Et cela faisait maintenant quelques mois qu'elle n'avait plus posé la question.
- My Queen, commença le miroir de sa voix mielleuse, vous êtes incontestablement d'une grande beauté, mais une autre personne en ce royaume vous surpasse.
- Quoi ?! rugit Himiko aussi surprise que furieuse. Qui ? Dis-moi qui ose ?
- Un jeune homme, My Queen. Avec des yeux aussi verts qu'une forêt au printemps, des cheveux aussi verdoyants qu'un buisson de brocolis, la voix d'un ange, le teint aussi...
- Je te demande un nom ! rugit la reine. Pas une description détaillée !
- Le prince, Izuku Midoriya, répondit Présent Mic d'un ton boudeur.
Le miroir vit la reine blêmir avant de quitter brusquement sa chambre, claquant violemment la porte derrière elle.
- Tsss... marmonna le miroir. J'essaye de faire dans la poésie et elle comprend rien. C'est bien une blonde tiens...
Puis, ayant fait son ouvrage, et sa maîtresse n'étant plus là, il s'éteignit, retournant à ses occupations.
Arpentant la salle du trône d'un pas rageur, Himiko attendait avec impatience celui qu'elle avait fait mander de toute urgence. La porte s'ouvrit et elle tourna immédiatement son attention vers le nouveau venu. L'homme, qui posa un genou à terre devant elle en signe de respect, était tout vêtu de noir, ses longs cheveux bruns masquant son visage hâlé. Seule une écharpe blanche venait trancher l'uniformité de sa tenue.
- Ma reine, dit-il. Vous m'avez fait mandé ?
- Oui Aizawa, j'ai une mission de la plus haute importance pour toi ! Ce soir, tu emmèneras le prince dans les bois de Yuei.
- Pourquoi ? s'enquit platement le chasseur.
- Tu lui arracheras le cœur et tu me l'apporteras ! exigea la reine avec un sourire fou. Je veux qu'il souffre ! Qu'il saigne ! Tu me décriras la scène avec les détails hein ! Je compte sur toi !
- Bien ma reine.
Sans un mot de plus, le chasseur prit congé, emportant avec lui le coffret et le poignard que la souveraine lui confia.
Izuku sautilla gaiement sur le chemin, s'extasiant sur chaque fleur et chaque insecte qui croisa sa route. La reine lui avait confié une mission de la plus haute importance : accompagner Aizawa, le meilleur chasseur du royaume, pour apprendre à chasser. Pour ce faire, elle lui avait donné de beaux habits qu'il s'était empressé d'enfiler. Avec ravissement, il regarda son pantalon bleu-gris, sa chemise parfaitement blanche, son petit gilet sans manches vert, et surtout ses magnifiques chaussures rouges. Jamais, il n'avait eu d'aussi beaux atours.
- Où allons-nous ? s'enquit-il avec une curiosité non feinte.
- Dans les bois de Yuei, lui répondit platement Aizawa.
Les yeux émeraudes du jeune prince s'écarquillèrent largement, un grand sourire éclairant son visage. Il n'était jamais allé aussi loin du château, mais avait beaucoup entendu parler des bois de Yuei par sa nourrice et les autres domestiques du château.
Les légendes racontaient que les bois étaient habités par d'innombrables créatures magiques, parfois bienveillantes, d'autres fois malfaisantes, selon les contes. Même si Izuku n'était pas assez naïf pour croire aux fées ou aux farfadets, il ne pouvait s'empêcher d'espérer que certaines légendes étaient au moins un peu vraies. Il adorerait rencontrer des licornes ou des leprechauns. En revanche, les loup-garous et les vampires le tentait bien moins.
Ce fut donc avec impatience qu'il s'engagea dans le bois, délaissant la beauté du crépuscule pour observer avec attention son nouvel environnement. Une moue déçue tordit ses traits quand il constata que ce n'était rien de plus qu'une forêt comme les autres. Il y avait des arbres de toutes sortes et de toutes tailles, des buissons ici et là, des fougères et des ronces. Rien de bien extraordinaire donc.
Aizawa s'enfonça lentement dans les bois, jetant de temps en temps un coup d'œil au prince qui le suivait en trébuchant régulièrement sur des racines. Le chasseur n'avait rien contre le jeune homme qu'il connaissait peu. Comme à peu près tout le monde, Aizawa exécrait la reine. Il n'était cependant pas persuadé que le prince serait un bon roi, mais le jeune homme pouvait difficilement faire pire que sa belle-mère.
Aussi n'avait-il aucune intention de mettre à exécution les ordres de sa souveraine. Il était un chasseur, pas un assassin. Et il connaissait bien les bois de Yuei et les légendes les entourant. Il savait que bons nombres de ces légendes n'étaient que des racontars fait pour effrayer ou émerveiller les enfants. Non, il n'y avait pas d'elfes ni de sirènes dans ces bois. En revanche, il y avait une chaumière où le jeune prince pourrait trouver refuge.
Mais il ne pouvait pas l'y conduire lui-même. Il n'aurait pas le temps de rentrer au château à temps pour présenter à la reine le cœur qu'il comptait prélevé sur un des cochons du porcher du village. Aizawa s'arrêta quand il fut à proximité d'un ruisseau et se tourna vers le prince.
- Bon, soupira-t-il. Vous allez continuer sur ce chemin, en suivant le ruisseau. Vous trouverez une petite clairière et une chaumière. Les habitants sont... vous verrez bien. Dites leur que vous venez de ma part, que vous êtes le prince Izuku, et ils devraient vous aider.
Surpris, Izuku jeta un regard dubitatif sur le chemin sinueux que lui désignait le chasseur.
- Pourquoi ? demanda-t-il. Ne devions-nous pas chasser ?
- Si, confirma Aizawa en lançant un regard désolé au jeune homme. Et ça devait être vous ma proie.
- Oh, soupira Izuku en comprenant.
Il n'était pas stupide, loin de là. Et même s'il souriait en permanence et acceptait son sort sans rechigner, il avait parfaitement conscience que sa belle-mère ne le traitait pas comme un prince héritier. Les autres domestiques le lui avaient souvent dit, lui assurant que la reine ne cherchait qu'une occasion de se débarrasser de lui, voulant garder le trône pour elle et elle seule. Et même si Izuku avait pris la défense de la souveraine bien souvent, lui trouvant tout un tas d'excuses ou de bonnes raisons, il n'avait pu s'empêcher de craindre le jour où Himiko attenterait à sa vie.
Il semblerait que ce jour soit finalement venu. Izuku fit un pâle sourire au chasseur qui tournait déjà les talons, non sans lui avoir vaguement souhaité bonne chance et lui conseillant de ne pas reparaître au château.
- Merci, dit-il à l'homme.
- Restez en vie, ce sera mon meilleur remerciement, lui répondit le chasseur en disparaissant derrière un arbre.
Laissé seul, Izuku frissonna. Sans la présence rassurante du chasseur, les bois semblaient soudainement bien menaçants et sombres. Le jeune prince se morigéna lui-même en remarquant que l'obscurité ambiante était surtout due à la tombée de la nuit. Courageusement, il s'avança sur le chemin sinueux, remerciant la lune d'éclairer ses pas de ses pâles rayons.
Mais rapidement, de lourds nuages noirs et les frondaisons épaisses masquèrent l'astre lunaire aux yeux du jeune prince, le plongeant dans une nuit noire. Un hululement sinistre résonna, faisant frissonner le jeune homme qui accéléra le pas. Ses yeux errèrent autour de lui, guettant un danger quelconque et il se figea en voyant des prunelles jaunes le fixer d'un air dangereux.
De moins en moins à l'aise dans cet environnement obscur, Izuku commença à courir. Il poussa un cri quand quelque chose s'agrippa à son gilet. Il se débattit férocement contre l'étreinte et réussit à s'en dégager non sans déchirer son vêtement. Sans se retourner, il reprit sa course affolée. Les monstres des contes vivant dans ces bois lui revinrent en mémoire, et il sentit les larmes lui monter aux yeux.
Il était seul, perdu dans des bois hostiles, peuplés de vampires, de loup-garous, de fantômes, d'arbres maléfiques et d'esprits diaboliques. Quelque chose s'enroula autour de sa cheville le faisant trébucher, et Izuku cria paniqué. Il se releva tant bien que mal, la chose non identifiée voulant le garder au sol. Le hurlement d'un loup au loin acheva de chasser le peu de sang froid et de raison qu'avait le jeune prince.
Il courut à perdre haleine, des flots de larmes coulant sur ses joues, cherchant désespérément l'aide qu'Aizawa lui avait promise. Mais il était seul, cerné par des ombres menaçantes et des bruits méphistophéliques. Il se débattit contre les doigts crochus qui tentèrent de l'arrêter, trébucha plus d'une fois à cause de mains osseuses sorties du sol pour l'attraper, mais il poursuivit sa course effrénée.
Il arriva finalement dans une clairière, à peine baignée par la pâle lueur de la lune. Affolé, il chercha des yeux la chaumière promise, mais ne put que constater son absence. Comprenant qu'il s'était perdu, Izuku s'effondra au sol, se recroquevillant autant qu'il put en pleurant. Il allait mourir ici, dévoré par des loup-garous féroces ou vidé de son sang par un vampire assoiffé. Ce fut en sanglotant qu'il s'endormit finalement, terrassé par la peur et sa course frénétique.
Tsuyu était une grenouille bienheureuse. Elle vivait paisiblement dans une mare nichée au cœur d'une clairière ensoleillée du bois de Yuei. Elle avait ses petites habitudes qui lui convenaient très bien. Tous les matins, elle était réveillée par les grognements et éclats de rire des sept nains vivant dans la clairière. Ils étaient bruyants, surtout le matin et le soir, mais Tsuyu les aimait bien.
Chaque matin la petite troupe partait gaiement au travail, et revenait le soir en chantant joyeusement. La clairière était bien calme en l'absence de ses plus bruyants occupants. Mais tous les animaux vivant à proximité appréciaient ces petits hommes, tous si différents les uns des autres, mais tous bienveillants et soucieux du bien-être de la faune et la flore les entourant.
Se posant sur les feuilles d'un nénuphar, Tsuyu assista avec amusement au départ des nains, à la file indienne, chacun portant son outil sur l'épaule. Ils étaient tous vêtus de manière semblable : un pantalon gris, des chaussures marrons et une chemise colorée. Chacun d'eux portait une couleur différente. Pas qu'ils aient besoin de ça pour être différenciés, leur physique étant très différent les uns des autres.
Suivant les ordres du premier de la file, les six autres suivaient, le second ronchonnant parce que justement il était le second et ne supportait pas de marcher derrière quelqu'un, le dernier sautillant joyeusement un sourire béat aux lèvres. Le troisième de la file tentait de calmer les ronchonnements de son compère le précédant, en vain. Le quatrième baillait à s'en décrocher la mâchoire, regrettant à voix haute d'avoir été tiré de son si beau rêve. Impassible, le cinquième suivait ses camarades sans un mot, pendant que le sixième retenait difficilement un éternuement. Et c'était ainsi tous les matins.
La petite troupe partie, le calme s'imposa en maître dans la jolie clairière. Tsuyu en profita pour faire trempette et gober quelques moustiques passant par là. Elle était en pleine discussion avec Koda, un lapin blanc, quand une moufette rose déboula ventre à terre dans la clairière.
- Vite ! s'exclama celle-ci. Venez vite voir ! Il y a un intrus !
Immédiatement en alerte, les animaux se cachèrent dans leurs maisons respectives. Tous sauf Tsuyu, Koda, un chat sauvage nommé Ojiro et un moineau portant le doux nom de Fumikage. Eux quatre suivirent Mina, la moufette, curieux de voir l'intrus. Vu l'immense sourire de la demoiselle, il ne semblait pas y avoir de danger, mais il valait mieux aller voir. Au pire des cas, Fumigake et Koda étaient assez rapides pour prévenir rapidement les nains qui viendraient à leur rescousse, ces sept là n'ayant pas peur de se battre quand besoin était.
Mina se précipita entre les arbres, jetant de temps en temps un regard derrière elle pour s'assurer que ses amis la suivaient. Comme tous les animaux des bois, elle connaissait les sept nains et leur petite, mais chaleureuse, clairière. Et si bon nombre des habitants des bois préféraient éviter la compagnie des hommes, grands ou petits, la moufette rose faisait partie de ceux qui s'étaient pris d'affection pour la petite troupe.
Mais rares étaient les humains qui se perdaient aussi profondément dans cette forêt. Les seuls à s'y risquer étaient des chasseurs, et étaient généralement bien mal reçus par les sept nains qui n'hésitaient pas à les chasser à leur tour. Le seul qui avait réussi à gagner la confiance des petits hommes était Aizawa, le chasseur de la reine, reine que le chasseur détestait profondément mais dont il n'avait pas peur, n'hésitant pas à contourner les ordres de la souveraine pour les accommoder à sa sauce.
C'était d'ailleurs ce dernier point qui avait valu à l'homme d'être accepté par les gardiens des lieux. Sans être amis, les deux côtés avaient trouvé un terrain d'entente. Aizawa pouvait chasser dans les bois à l'unique condition de ne tuer que des bêtes vieilles ou mourantes. Et le chasseur s'y pliait docilement, arguant que de toute façon c'était pour satisfaire les caprices de la reine et que si elle pouvait s'empoisonner avec de la viande infectée cela l'arrangerait bien.
Mais l'intrus n'avait rien d'un chasseur, ne portant aucune arme visible, et n'était définitivement par Aizawa, et cela attisait la curiosité des animaux. Mina ralentit sa course à proximité de l'espace dégagée où se trouvait le corps roulé en boule à même le sol, surveillé par d'autres animaux de sa connaissance.
- Vous voyez ? dit-elle avec excitation.
Tsuyu approuva d'un hochement de tête, avant de demander :
- Que fait-il ?
- Je crois qu'il dort, souffla Ojiro en s'approchant à pas feutré de l'intrus.
Ce dernier profita de cet instant pour s'étirer langoureusement, faisant fuir les bestioles autour de lui. Bien planqués dans les buissons, ceux-ci observèrent l'individu qui se redressait en baillant fort élégamment. Ils le virent regarder autour de lui, puis se mettre à sangloter en marmonnant des mots incompréhensibles. Courageusement, Tsuyu sortit de sa cachette, s'approchant de l'intrus en quelques bonds.
- Oh ! Une grenouille ! renifla le jeune homme en la voyant.
- Qui es-tu ? s'enquit Tsuyu.
L'air surpris de l'individu devant elle la fit croasser. Mina se rapprocha rapidement, suivit des autres plus prudents.
- Une grenouille qui parle ? s'étonna le jeune homme.
- T'en avais jamais vu ? demanda Mina avec un grand sourire. Je suis Mina, et elle c'est Tsuyu, le chat c'est Ojiro, le moineau Fumikage, le lapin Koda, la biche Momo, et...
- Vous parlez tous ? s'écria l'intrus interrompant la demoiselle.
- Ben oui, tu viens d'où pour pas savoir ça ? répondit avec ahurissement Hanta le furet.
- Du château, expliqua le jeune homme. Je ne suis jamais venu dans ces bois. J'ignorais que les animaux pouvaient parler ! Il y a-t-il d'autres choses incroyables ici ?
La petite troupe d'animaux échangea des regards soucieux. L'intrus venait du château, cela ne présageait rien de bon. Jiro, petit écureuil brun à la queue touffue, s'avança un peu et intervint :
- Qui es-tu et que fais-tu ici ? Les gens du château ne sont pas les bienvenus ici.
- Oh ? Pardon, je suis désolé, bafouilla le jeune homme. Je m'appelle Izuku Midoriya, et c'est Aizawa qui m'a amené ici. Il m'a...
- Pourquoi Aizawa amènerait-il quelqu'un ici ? l'interrompit Momo. Il sait que nous n'aimons pas les intrus.
Izuku tordit ses doigts, embarrassé, ses grands yeux verts passant d'un animal à l'autre. D'une petite voix il répondit, chassant l'impression surréaliste de rêver les yeux ouverts. Il parlait avec des animaux ! Dont une moufette rose !
- En fait, la reine a demandé à Aizawa de me tuer, mais lui ne voulait pas. Il m'a amené ici en me disant de suivre le ruisseau et que je trouverais une chaumière où on m'aiderait. Mais il faisait nuit, et il y avait pleins de bruits bizarres et des trucs effrayants... J'ai eu peur et je me suis perdu.
Surpris, il vit les animaux s'éloigner un peu de lui et se réunir en cercle, semblant discuter entre eux, jetant de temps en temps un œil vers lui. La discussion semblait animée, mais Izuku se garda bien de les interrompre. Les contes entendus dans son enfance lui revinrent et il sourit, se demandant si par hasard ces adorables bestioles étaient à l'origine de ces contes.
Finalement, la petite troupe se tourna vers lui et Tsuyu prit la parole.
- Nous pouvons te guider jusqu'à la chaumière dont Aizawa t'a parlé.
- C'est vrai ? s'exclama Izuku ravi. Je vous en serai infiniment reconnaissant.
- Les habitants sont actuellement absents, reprit la grenouille, ils reviendront ce soir. Ce sera à toi de les convaincre de t'aider. Nous ne pourrons pas t'être d'une grande aide.
- Ils sont si terribles que ça ? s'inquiéta le jeune prince.
Les pouffements et ricanements de ses interlocuteurs ne le rassurèrent pas beaucoup.
- Dans l'ensemble non, rit Mina. Mais il y en a un qui est plus... difficile que les autres. Mais si tu gagnes la confiance des autres, alors il suivra le mouvement.
- Tout en te gardant à l'œil, précisa Ojiro. Il est assez méfiant.
- Je ne leur veut aucun mal, assura Izuku. Et je sais faire plein de choses, je pourrai leur apporter mon aide.
- Tu verras ça avec eux, assura Mina avec enthousiasme. Suis-nous !
Izuku se leva et emboîta le pas de ses guides particuliers. Il discuta joyeusement avec ceux-ci, s'extasiant de tout ce qu'ils savaient sur la forêt. Il tenta de questionner ces compagnons de route sur ces fameuses personnes supposées l'aider, mais il n'obtint rien d'autre que des sourires en coin et malicieux. Quand ils arrivèrent dans la clairière, Izuku s'émerveilla devant celle-ci.
Un petit ruisseau coupait la clairière en deux, un petit pont en bois enjambant une mare fleurie de nénuphars roses et blancs. Et de l'autre côté du pont, blottie entre les arbres, une petite maison aux murs beiges, aux volets en bois et au toit de chaume.
- Oh ! Que c'est joli ! s'exclama Izuku en s'approchant de la maisonnette.
Il examina, les yeux brillants de ravissement, la petite porte en bois surmontée d'une marquise cachée par des plantes qu'il ne reconnut pas.
- Je peux ? s'enquit-il en désignant la porte.
- Vas-y, l'encouragea Mina avec un grand sourire.
Izuku poussa la porte pénétrant dans une grande salle au parquet brut, aux murs beiges et aux poutres apparentes. Une grande table siégeait en plein cœur de la pièce, entourée de sept chaises en bois aux dossiers sculptés. Sur le mur à gauche de la porte d'entrée, le jeune prince vit une grande cheminée en pierre où un crochet pendait soutenant une marmite en fonte.
A droite de la porte, un évier et des meubles de rangement semblaient faire office de cuisine. Izuku s'avança dans la pièce, notant la présence de fauteuils d'allure confortables à proximité de la cheminée et d'une bibliothèque bien garnie sur le mur du fond en face de la porte. Caché par une antique armoire, un escalier montait à l'étage. Curieux, Izuku grimpa les marches en bois qui craquèrent sous ses pieds.
L'étage ne se composait que d'une seule et unique pièce, tout comme le rez-de-chaussée. La pièce était meublée de trois commodes, de deux grandes armoires, de sept lits et de sept tables de chevet. Izuku sourit en voyant les couvre-lits colorés, seules touches de couleur dans la pièce au parquet brut, aux murs beiges, aux poutres apparente et aux meubles en bois.
Un détail attira son attention, et le jeune prince s'approcha des lits. Sur les têtes de lit étaient gravés des noms, un différent sur chaque tête de lit.
- Prof, lut-il à voix haute, Timide, Joyeux, Atchoum, Dormeur... Simplet... Grincheux ? Que voilà des noms étranges.
- Ce ne sont pas leurs vrais noms, rit Hanta qui avait suivi le jeune homme avec ses amis animaux.
- Des surnoms alors ? insista Izuku. Ceci dit, ajouta-t-il en se penchant sur un des noms en particulier notant les nombreuses éraflures sur les lettres gravées, celui nommé Grincheux n'a pas l'air d'aimer ce surnom.
- Ne t'avise surtout pas de l'appeler comme ça ! s'écria Koda d'un ton terrifié. Jamais !
Surpris, Izuku tourna la tête vers ses petits compagnons et les vit hocher vigoureusement la tête.
- D'accord, dit-il. Mais si ça n'est pas leur vrais noms, ni des surnoms c'est quoi au juste ?
- Une blague, avoua Ojiro en ricanant. L'un d'eux à fait une blague aux autres...
- Blague qui lui a valu de manquer mourir noyé dans la baignoire, rit Jiro. Cet imbécile !
- Il y a une baignoire ? s'écria Izuku enchanté. Vous croyez que je pourrais m'en servir ?
Les petits animaux s'empressèrent de montrer la baignoire à Izuku. Ce dernier fut grandement déçu de voir qu'il s'agissait en fait d'une sorte d'abreuvoir en bois installé dans le jardin à l'arrière de la maison, mais il ne dit rien. Il n'était certainement pas en position pour faire le difficile. Suivant les instructions de ses compagnons, il alluma la cheminée, tira l'eau du puits qu'il fit chauffer avant de remplir la fameuse baignoire.
Tsuyu lui apporta un savon, Mina une serviette de toilette et Fumikage et Jiro lui apportèrent des vêtements propres. Izuku remercia chaleureusement ses amis avant de se glisser, entièrement nu, dans le baquet d'eau fumante. Il se délecta de son bain aussi longtemps qu'il le put, finissant par sortir à contre cœur quand l'eau eut refroidit. Il se sécha rapidement et prit les vêtements préparés par le moineau et l'écureuil.
- Ils sont trop petits, soupira-t-il en étendant les morceaux de tissus devant lui.
- Oh, c'est vrai que tu es grand, s'affola Momo. Il n'y aura rien à ta taille.
- Ce n'est rien, la rassura Izuku. Je vais remettre les miens, ils ne sont pas si sales que ça.
Aussitôt dit aussitôt fait, et le jeune prince se demanda quoi faire de l'eau de la baignoire, la versant finalement dans la rivière sur les conseils de Tsuyu.
- Mais avec le savon ça ne va pas vous déranger ? s'inquiéta le jeune homme.
- Non, le rassura Tsuyu. Au contraire, on aime bien faire des bulles.
Un gargouillement peu discret rappela au prince qu'il n'avait rien avalé depuis la veille, et il se décida à aller inspecter le garde-manger de la chaumière. Ce ne fut que quand il voulut s'installer à table, après s'être préparer un frugal repas à base de pain, de fromage et de fruits, qu'il remarqua que tous les meubles étaient fort bas. Les sourcils froncés, il se remémora la chambre, la taille des vêtements et arriva à une conclusion qui fit hurler de rire le bestiaire qui le suivait toujours.
- Ce sont des enfants ?
- Non ! pouffa Momo. Ils sont tous adultes...
- Même si mentalement pour certains on peut se poser la question, rit Jiro.
- Ce sont des personnes de petite taille alors ? s'enquit Izuku.
- Oui, confirma Tsuyu d'un ton tranquille. Ce sont des nains, donc des personnes de petite taille.
Izuku hocha la tête en finissant son repas, comprenant mieux pourquoi tout lui donnait l'impression d'être un géant. La maison était adaptée à la taille de ses occupants, et s'il vivait là durant quelque temps, il devrait s'adapter. Décidant qu'il n'était pas question d'attendre ces futurs hôtes en se tournant les pouces, Izuku entreprit de faire le ménage, même si la maison était étonnamment propre et rangée.
Bien loin de se douter de ce qui se tramait chez eux, les nains travaillaient d'arrache-pied dans leur mine, extrayant les minerais et les pierres précieuses qu'ils revendraient au bijoutier du royaume voisin, un certain Rikido. Ils refusaient de traiter avec la reine Himiko, préférant que le fruit de leur dur labeur aille dans les mains de Rikido et dans les coffres des nobles du royaume voisin. Ils avaient cessé tout commerce avec leur propre souverain après le couronnement de la reine actuelle.
Ils gardaient pour leur usage personnel quelques pierres, les vendant ou s'en servant comme monnaie d'échange au marché où trois ou quatre d'entre eux allaient quatre fois par an. La capitale du royaume voisin était à cinq jours de voyage avec Toru leur ponette. Aussi y allaient-ils peu souvent, n'aimant pas se séparer durant une si longue période. Ils profitaient de leur voyage pour faire des provisions de tout ce dont ils avaient besoin au quotidien, uniquement des choses qu'ils ne pouvaient pas fabriquer par eux-mêmes.
Ils vivaient simplement, cultivant leurs propres légumes, faisant leur propre pain et fromage grâce à leur petite chèvre Shoji. Shoji et Toru étaient les seuls animaux domestiqués des environs, les nains les laissant cependant gambader à leur guise dans les bois, ne les mettant à l'abri dans leur petite étable que la nuit tombée pour éviter que les loups ne les attaquent. Étable que les deux mammifères partageaient avec quelques poules et de nombreux oiseaux sauvages venant y faire leur nid.
Le crépuscule teinta le ciel d'orangé et de rose, attirant l'attention du nain vêtu d'une chemise bleue marine. Se tournant vers l'entrée de la mine, il mit ses mains en porte voix et lança :
- Hey ho !
Des profondeurs de la mine d'autres voix lui répondirent :
- Hey ho !
- Hey ho !
- Hey ho !
- Ça va on a compris les mouettes !
- Je ne crois pas que les mouettes fassent un cri semblable, intervint un nain vêtu d'une chemise blanche.
- Parce que tu as déjà entendu des mouettes ? rugit celui vêtu d'une chemise orange.
- Non, admit son comparse.
- Alors ta gueule !
Tout en se disputant, sous l'œil hilare des cinq autres, les deux nains rangèrent leur matériel, et emboîtèrent le pas aux autres. En file indienne, dans le même ordre qu'à l'aller, au grand damne du second qui râla tant et plus. Habitués aux protestations bi-quotidiennes de leur ami, les six nains entonnèrent leur chanson fétiche :
- Hey ho ! Hey ho ! On rentre du boulot !
Le chemin n'était pas très long, et ils le parcoururent rapidement. Cependant, alors qu'ils entraient dans leur clairière, le second de la file, vêtu d'une chemise orange, se figea et claqua d'un ton inquiet :
- Y'a un truc qui cloche !
- Tu es parano, bougonna le troisième.
- Quelqu'un a allumé la cheminée, répondit le second, ses sourcils se fronçant. Et a pris un bain, les poissons font des bulles !
Notant soudainement tous ces petits détails, preuve que leur ami avait raison, les nains prirent leurs outils à pleines mains et s'approchèrent à pas de loup de leur demeure, suivant celui vêtu d'orange. De tous il était le plus bagarreur, et le meilleur combattant. En cas de danger, c'était toujours lui qui prenait la tête des opérations, les autres le suivant et lui obéissant aveuglément, lui faisant totalement confiance pour trouver la meilleure solution dans ces moments là.
Cachés dans les buissons, Mina et Ojiro suivirent du regard la petite troupe qui pénétra prudemment dans la maison. Discrètement, ils leur emboîtèrent le pas, craignant leur réaction quand les nains découvriraient celui qui dormait paisiblement à l'étage. Après avoir fait le ménage, et préparé le repas du soir, Izuku était épuisé et s'était allongé dans la chambre pour se reposer. Il avait dû, pour se faire, coller les uns aux autres trois des petits lits pour s'y installer confortablement.
La moufette et le chat ne purent retenir une grimace en entendant le plus grincheux des sept nains râler à voix basse sur l'intrus qui avait osé toucher à sa précieuse cuisine et n'avait même pas fait la vaisselle. Et en plus, l'intrus n'était pas foutu de remettre le balai à sa place après usage ! Les deux animaux échangèrent un regard inquiet. Au cours de la journée ils avaient apprécié Izuku, mais vu la réaction du second de la troupe rien n'était gagné pour le jeune homme.
Constatant qu'il n'y avait personne au rez-de-chaussée, les nains montèrent à l'étage et se figèrent sur le seuil de leur chambre en voyant la forme endormie sur leurs couches. Sa pioche tendue au-dessus de sa tête, prête à s'abattre, "Grincheux" s'avança jusqu'aux lits occupés, "Joyeux" le suivant de près. Ce dernier souleva brutalement les couvertures, dévoilant le corps étendu d'un jeune homme. Surpris, celui-ci se redressa d'un coup, se trouvant nez à nez avec deux iris carmins et furibonds.
La pioche s'abaissa brutalement, mais fut arrêtée avant d'atteindre sa cible par un cri :
- Attends !
- Attendre quoi ? rugit le nain armé sans quitter des yeux sa cible. Qu'il nous attaque en premier ?
- Non, lui répondit son ami en remontant ses lunettes sur son nez. C'est... le prince... Enfin, je crois.
- Et alors ? cracha le plus vindicatif. Qu'est-ce que ça peut foutre que ce soit le prince ? Il n'a rien à foutre ici !
Choqué, Izuku ne pouvait quitter des yeux celui qui avait une pioche pointue, très pointue, entre les mains, le bout pointu, vraiment très pointu, suspendu à quelques centimètres de son crâne. Il ne savait pas s'il devait garder le regard sur l'outil menaçant ou sur son utilisateur qui le fixait furieusement. Dans le doute, il laissait ses iris passer de l'un à l'autre. Il entendait bien des voix s'élever près de lui, voyait les lèvres de son assaillant bouger, mais était incapable de se concentrer sur autre chose que la menace imminente du métal effilé et l'agonie promise par les prunelles écarlates.
Soudain, la pioche, ainsi que le propriétaire des iris écarlates, fut éloignée par deux mains secourables, soulageant grandement Izuku. Doucement, il se redressa pour s'asseoir et fit face à sept nains, dont un qui était solidement maintenu à distance par un autre.
- Bon... Bonjour, bafouilla-t-il intimidé devant les quatorze prunelles posées sur lui, dont deux le fusillant sur place.
- Bonsoir, lui répondit un des nains. Vous devez être le prince Izuku, n'est-ce pas ?
- Oui, sourit Izuku. Je suis vraiment désolé de m'être introduit chez vous en votre absence, mais on m'a dit que vous pourriez m'aider.
Devant les regards interrogatifs de ses hôtes, Izuku s'empressa de leur raconter sa soirée de la veille, leur rapportant les propos d'Aizawa, sa nuit mouvementée et son arrivée dans la clairière, guidé par des animaux fort sympathiques. Mina et Ojiro eurent la bonne idée de se planquer sous une commode quand ils se firent incendier du regard par le nain le moins complaisant de la troupe.
Ce dernier avait été relâché par son ami, mais si celui-ci s'était approché du prince pour l'écouter raconter ses mésaventures, lui était resté en retrait, appuyé sur le mur le plus proche de l'escalier, sa pioche toujours en main, prête à servir. Conscient du regard lourd de menaces et de soupçons posé sur lui, Izuku évitait avec soin de regarder le nain aux prunelles sanglantes et vêtu d'une chemise orange.
- Si Aizawa vous envoie, nous vous aiderons évidemment, assura le nain aux lunettes. Je vais faire les présentations.
Izuku écouta attentivement, s'amusant intérieurement à faire coller chaque nain aux surnoms gravés sur les têtes de lit. Pour certains, c'était facile et il n'eut aucun doute. Tenya, brun avec des lunettes et portant une chemise bleue marine, était sans nul doute possible Prof.
Eijiro, avec ses cheveux rouges dressés en piques vers le ciel, ses yeux tout aussi rouges, son grand sourire et sa chemise rouge, était très certainement Joyeux. Shoto avec son air impassible, sa chevelure blanche et rouge, ses yeux vairons et sa chemise blanche ne pouvait être que Timide, même si Izuku songea qu'il devait être plus introverti que réellement timide.
Yuga, qui éternua bruyamment en s'excusant d'être allergique au pollen, un blond aux grands yeux mauves et à la chemise rose, était sûrement Atchoum. En revanche, Izuku du réfléchir pour déterminer si Denki, blondinet aux yeux dorés et à la chemise jaune, était Dormeur ou Simplet. Il en conclut que c'était la seconde solution en voyant Mineta bailler largement. C'était le plus petit de la troupe, avec des cheveux étrangement coiffés en boules, et une chemise violette.
En revanche, Izuku n'eut aucune hésitation sur l'identité de Grincheux. C'était sans l'ombre d'un doute celui qui le menaçait du regard depuis le mur où il était adossé. Il apprit par Tenya que son agresseur s'appelait Katsuki. Prenant le risque de le détailler un peu, Izuku nota qu'il avait des cheveux blonds cendrés ébouriffés, portait une chemise orange, et qu'il avait toujours sa pioche à la main. Et ses yeux écarlates promettaient mille morts au jeune prince. Ce dernier se leva doucement de sa couche, pas très rassuré, et suivit ses hôtes au rez-de-chaussée, ceux-ci lui assurant qu'ils seraient ravis de le cacher chez eux.
- Ça sent drôlement bon, s'exclama Denki en arrivant au bas des escaliers. C'est quoi qui sent ça ?
- Oh, répondit Izuku avec un sourire. J'ai préparé le repas de ce soir. J'espère que cela va vous plaire.
- Je suis sûr que ce sera super bon, lui assura Eijiro.
- Et pour une fois ça ne sera peut-être pas trop épicé, rit Mineta. N'est-ce pas Katsuki ?
- Ce sera peut-être empoisonné, rétorqua ce dernier avec hargne.
- Je suis sûr qu'Izuku ne va pas nous empoisonner, tempéra Tenya.
- Si Aizawa l'a envoyé vers nous, il n'y a aucune raison de ne pas lui faire confiance, confirma Yuga en éternuant.
- Il va falloir une chaise supplémentaire, intervint doctement Shoto qui dressait la table.
- Vous êtes complètement inconscients ! rugit Katsuki. Quelle preuve avons-nous que c'est bien Aizawa qui l'envoie ? Pourquoi il ne nous l'a pas amené lui-même ? Ou au moins lui donner une lettre pour nous assurer de la bonne foi de cet abruti ? Aux dernières nouvelles, le prince était à la botte de cette salope de reine ! Qu'est-ce qui nous prouve que c'est pas elle qui l'envoie pour se débarrasser de nous et mettre la main sur notre mine ?
- Katsuki, gronda Tenya, s'il voulait nous duper...
- Il s'y prendrait exactement de cette manière ! l'interrompit Katsuki furieux. Vous êtes tellement cons qu'il suffit d'une histoire pathétique et d'un repas pour vous amadouer ! Vous me faites chier putain ! Si vous crevez empoisonnés comptez pas sur moi pour vous pleurer, bande de tocards !
La porte d'entrée claqua rageusement, faisant sursauter Izuku. Il avait assisté à la dispute sans mot dire, tiraillé entre l'envie d'intervenir pour se défendre et la raison qui lui soufflait que Katsuki n'avait pas totalement tort dans son raisonnement. Il s'en voulait d'avoir provoqué une querelle entre les nains. Une main se posant sur son bras attira son regard vers Eijiro qui lui sourit d'un air rassurant.
- Ne t'inquiètes pas, Katsuki crie fort mais il mord peu. Il finira par accepter lui aussi.
Un peu rassuré, Izuku prit place sur la chaise que lui désigna Shoto, celle de Katsuki, autour de la table. Rapidement les discussions reprirent joyeusement et Izuku s'intégra naturellement dans les conversations, faisant plus amples connaissances avec la petite troupe. Il apprit ainsi que les sept petits hommes n'étaient en aucun cas frères ou cousins. Ils avaient tous été abandonnés, à cause de leur nanisme, par leurs parents respectifs et avaient été recueillis par un vieil homme nommé All Might.
Ce dernier vivait en ermite dans cette chaumière et avait élevé les sept garçons jusqu'à sa mort quatre ans auparavant. Ces derniers avaient tous sensiblement le même âge qu'Izuku, Shoto, le plus jeune de la troupe, ayant tout juste seize ans, alors que Katsuki, le plus âgé, avait fêté ses dix-huit ans quelques mois auparavant. Ils travaillaient tous ensemble dans une mine de pierres précieuses, mine qui appartenait à All Might et qu'il avait légué à ses pupilles.
Izuku apprit aussi que les noms gravés sur les têtes de lit étaient une idée de Denki, et que c'était Katsuki qui avait tenté de le noyer dans la baignoire pour se venger avant de graver Simplet sur le lit du blond. Le repas se déroula dans une bonne ambiance, entre rires, questions et anecdotes sur l'enfance des sept jeunes hommes. Le prince rit avec eux, ravi de se retrouver dans une ambiance si chaleureuse et si animée bien différente de celle sinistre et silencieuse du château.
A la fin du repas, Shoto, Yuga et Mineta se dévouèrent pour faire la vaisselle, laissant Tenya, Eijiro et Denki chercher une solution pour qu'Izuku puisse dormir confortablement installé. Ce dernier protesta, assurant à ses hôtes qu'il pouvait parfaitement dormir dans un des fauteuils devant la cheminée, se sentant mal de priver ses nouveaux amis de leur lit alors qu'ils travaillaient dur chaque jour.
Cependant, Izuku ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour celui qui était absent. Il s'en voulait d'être la cause d'une discorde entre les nains, et se demandait comment faire pour se faire accepter par Katsuki. Ses fréquents coup d'œil par la fenêtre ne passèrent pas inaperçus aux yeux des autres.
- Il doit être derrière, l'informa Yuga avec un sourire. En train de couper du bois...
- Il fait souvent ça quand il est énervé, confirma Mineta.
- Tiens, lui dit Shoto en tendant une assiette pleine du ragoût fait par Izuku. Va le lui porter, il doit avoir faim.
Comprenant qu'il tenait là une occasion d'aborder le blond grincheux et de, peut-être, réussir à lui parler sans risquer un coup de pioche entre les deux yeux, Izuku se saisit de l'assiette creuse, de couverts et sortit de la maison. Il n'eut qu'à suivre les bruits caractéristiques d'une hache s'abattant fortement sur du bois pour le trouver, à l'arrière de la chaumière, comme prévu par Yuga.
S'approchant doucement, Izuku finit par se figer devant le spectacle qui se présenta sous ses yeux. Éclairé par la flamme d'une torche, Katsuki coupait du bois avec une aisance qu'Izuku lui envia. Le nain était torse nu, son buste musclé luisant de sueur sous la lueur orangée de la torche, sa chemise orange reposant sur un tas de bûches. Derrière lui, mâchonnant une pâquerette, une chèvre bleue posait un regard placide sur le blond grincheux.
- Hum... Hum... tenta Izuku en restant à une distance raisonnable. Kat... Katsuki ?
Le prince ne s'estimait pas lâche, mais après avoir été menacé par une pioche, il n'avait nullement envie de se retrouver avec une hache sous la gorge. Et Katsuki avait une hache dans les mains... Ce dernier releva la tête, fusillant des yeux le nouveau venu sans pour autant arrêter sa tâche.
- Je t'ai apporté ta part, souffla Izuku prenant un peu d'assurance. Tu n'as pas mangé, tu dois avoir faim. Je t'assure que ce n'est pas empoisonné.
- Aucun de nous n'est encore mort, ni malade, hurla une voix depuis l'intérieur de la chaumière faisant sursauter Izuku et grimacer le blond.
- Tsss, grogna Katsuki. Je dois couper du bois et rentrer Shoji et Toru dans l'étable. Pose ça là, je verrai plus tard.
Izuku fronça les sourcils et s'avança plus près de l'entêté.
- Je peux le faire le temps que tu manges, assura-t-il. Il vaut mieux manger pendant que c'est chaud.
- Parce que tu vas me faire croire qu'un prince ça sait couper du bois et s'occuper d'animaux ? tonna Katsuki.
- J'ai travaillé comme un domestique toute ma vie, contra Izuku d'un ton ferme et résolu. Je peux le faire !
Il soutint sans faillir le regard suspicieux de Katsuki qui l'examina de la tête aux pieds.
- Je ne compte pas profiter de votre hospitalité et de votre gentillesse sans rien faire, assura le prince. Je sais faire plein de choses et je compte bien me rendre utile.
A quelques pas de lui, Katsuki fronça les sourcils, semblant douter de ses paroles. Bien décidé à faire comprendre au nain grincheux qu'il était sincère dans ses propos et ses intentions, Izuku franchit la distance les séparant, fourra l'assiette encore fumante dans les mains du blondinet et se saisit de la hache.
Sans hésiter, il remonta ses manches, dévoilant ses avant-bras, et posa une bûche sur le billot de bois. Il leva la hache et l'abattit avec force et conviction. Malheureusement pour le jeune prince, la hache évita habilement la bûche et alla se nicher dans le billot de bois. Izuku fixa l'outil d'un air trahi et se crispa en entendant un ricanement moqueur juste à côté de lui.
- Ah ouais ! T'es vraiment doué... Deku !
Gonflant les joues comme un enfant boudeur, Izuku se tourna vers Katsuki qui se foutait ouvertement de lui.
- Je m'appelle Izuku ! protesta-t-il.
- Je t'appelle comme je veux... Deku ! rétorqua le nain blond.
- Dans ce cas je t'appellerai... Kat... Chan ! Kacchan ! décida Izuku avec un grand sourire.
- Tu veux vraiment crever ?! rugit Katsuki outré.
Les deux jeunes hommes se toisèrent longuement, et même s'il faisait bien deux têtes de plus que Katsuki, qui lui arrivait à peine à la poitrine, Izuku se sentit bêtement petit face au regard écarlate qui le fusillait littéralement d'un air rageur. Le prince finit par abdiquer, détournant les yeux. Il se saisit du manche de la hache et tira avec force dessus pour la déloger du billot, bien décidé à reprendre sa tâche et montrer ainsi à Katsuki qu'il pouvait lui faire confiance.
Le voyant faire, Katsuki s'éloigna, allant s'asseoir sur un tronc d'arbre posé un peu plus loin. D'un air suspicieux, il renifla son assiette. Ça sentait bon, mais rien ne lui assurait que ce n'était pas empoisonné. Une léchouille sur sa joue attira son attention sur Shoji. En silence, Katsuki tendit son assiette à la chèvre qui la renifla avant de plonger le nez dedans.
- Hey ! protesta le nain en repoussant l'animal. C'est mon repas, espèce de morfale !
Shoji le fixa placidement de ses grands yeux noirs et Katsuki soupira lourdement.
- Tu pourras lécher l'assiette après, bougonna-t-il en plongeant sa cuillère dans la pitance.
Il mâcha la première bouchée lentement, pas plus rassuré que ça malgré tout. Il trouva que c'était pas si mauvais que ça et la seconde bouchée fut avalée plus rapidement. Tout en vidant son assiette, le petit homme observa le prince qui venait encore une fois de planter la hache dans le billot, ratant la bûche.
Les sourcils blonds se froncèrent quand Katsuki remarqua un détail. Ayant fini son repas, il laissa son assiette à Shoji qui s'empressa de la lécher avidement. Sans un mot, il s'approcha d'Izuku et se saisit d'un de ses bras. Du bout des doigts, Katsuki passa sur les nombreuses cicatrices qui parsemaient la peau pâle des avant-bras découverts.
- Ah, euh... bafouilla Izuku en tentant de récupérer son bras. C'est rien...
- Rien ? grogna Katsuki. Même Denki, qui n'est pas le plus adroit d'entre nous, n'en a pas autant. Soit tu es vraiment pas doué, soit...
Katsuki laissa sa phrase en suspens et darda un regard perçant sur le prince qui grimaça de gêne comprenant ce que le nain sous-entendait. Visiblement, Katsuki était loin d'être stupide et avait reconnu les marques laissées par la colère fréquente de la reine pour ce qu'elles étaient : des cicatrices dues à la maltraitance. Devant la gêne plus que visible d'Izuku, Katsuki décida de laisser tomber le sujet pour ce soir. Il avait sa réponse de toute façon, la mortification et la honte dans les yeux émeraudes du prince parlait pour lui.
- Laisse tomber le bois, t'es pas doué pour ça, grogna-t-il. Viens m'aider à rentrer Toru et Shoji !
- Oui, Kacchan ! s'exclama Izuku en suivant le blond.
Après avoir mis les bêtes à l'abri dans l'étable, et récupéré l'assiette et la chemise orange, Katsuki et Izuku rentrèrent dans la maison, le nain restant plutôt silencieux, ne parlant que quand c'était nécessaire.
- Izuku, l'interpella Tenya dès qu'il eut franchi le seuil. Nous t'avons aménagé un lit pour ce soir. Ce n'est pas parfait, mais je te promets que nous trouverons une solution plus confortable très bientôt.
- Je vous ai dit que je pouvais dormir dans un fauteuil, se défendit Izuku. Vous ne m'avez pas laissé vos matelas quand même ?!
- C'est avec plaisir, assura Denki.
- Katsuki ! Qu'est-ce que tu fais ? s'inquiéta Eijiro en voyant son ami monter à l'étage.
- Vérifier ce que vous avez branlé, rétorqua ce dernier en disparaissant en haut de l'escalier.
Dans la chambre, trois des sept lits étaient collés les uns aux autres, formant ainsi une couche assez grande pour le prince, les quatre autres étant sagement alignés les uns près des autres le long du mur en face.
Au rez-de-chaussée, Shoto demanda à Izuku comment ça s'était passé avec Katsuki, le débarrassant de l'assiette pour la laver.
- Bien... enfin je crois... soupira Izuku. Il m'a surnommé Deku...
- C'est bon signe, assura Mineta. Katsuki donne des surnoms à tout le monde, sauf à ceux qu'il aime pas.
- Ah ? s'étonna Izuku.
Mais les hochements de tête des autres lui confirmèrent que Mineta avait raison. Un bruit de meuble se déplaçant se fit entendre depuis l'étage, attirant l'attention de tous vers le plafond.
- Qu'est-ce qu'il fout ? soupira Eijiro.
- Il y a un truc qui ne doit pas lui convenir, expliqua Yuga.
- Mais on s'était donné du mal pour tout mettre en place, protesta Denki.
Quelques minutes plus tard, Katsuki reparut dans les escaliers, des couvertures et des oreillers dans les bras.
- Qu'est-ce que tu as fabriqué ? le questionna Eijiro.
- Pikachu tu dors dans ton lit, claqua Katsuki sans répondre à son ami. Tu as mal au dos, dormir dans un fauteuil n'arrangera rien !
Puis, sans un mot de plus, il tendit à Shoto et Tenya des couvertures et des oreillers avant d'aller s'installer dans un fauteuil, s'y allongeant en travers. Il se cala avec un oreiller et se couvrit avec une couverture.
- Et faites pas de bordel ! grogna-t-il. On bosse demain, alors dormez !
- Tu lui as laissé ton lit, compris Eijiro avec un grand sourire. Ça c'est viril !
- Va dormir tête d'ortie ! rugit Katsuki depuis son fauteuil.
Izuku fut entraîné à l'étage par Denki, saluant les trois nains qui restaient dormir au rez-de-chaussée, Shoto et Tenya imitant Katsuki en s'installant dans les fauteuils devant la cheminée. Sur les trois lits réunis, il trouva une grande couverture et une chemise de nuit.
- Oh ! fit Yuga en voyant les deux morceaux de tissus. On n'y avait pas pensé. Heureusement que Katsuki est là, sinon tu aurais dormi dans une chemise trop petite.
- Ah ? s'étonna Izuku en prenant la chemise de nuit bleu et rouge et constatant qu'elle était presque trop grande pour lui. C'est à qui ?
- C'était à All Might, l'informa Mineta. La couverture aussi. C'est vrai que ces vêtements t'iront mieux que les nôtres.
Non sans remercier ses nouveaux amis de leurs attentions, et en se promettant de remercier de vive voix Katsuki dès le lendemain, Izuku se changea et se glissa dans la couche. L'air de rien la journée avait été riche en émotions et il était épuisé. Il ne tarda pas à s'endormir, la tête sur le matelas de Katsuki, les pieds sur celui de Shoto, bien emmitouflé dans une grande et épaisse couverture jaune, bleue et rouge.
- Tu ne laisses personne entrer ! Et si tu vois quelqu'un arriver dans la clairière, tu t'enfermes à l'intérieur. Prend Shoji avec toi, cette chèvre est aussi hargneuse que Katsuki, énuméra Tenya d'un ton sérieux à un Izuku dubitatif.
- Pour le repas, il y a le garde-manger et le potager à l'arrière de la maison, intervint Denki en souriant. Mais ne t'aventure pas dans la forêt, tu pourrais te perdre.
Avec un sourire, Izuku écouta les nombreuses recommandations des nains. Ces derniers s'étaient levés bien tôt, avant même le lever du soleil. Nullement gêné, Izuku s'était levé en même temps qu'eux, habitué à se réveiller aux aurores pour effectuer les diverses tâches que la reine lui confiait. De plus, il avait extrêmement bien dormi, bien mieux que sur la paillasse miteuse qui lui servait de couche au château.
Les sept nains s'apprêtaient à quitter leur demeure pour aller à la mine, comme chaque matin. Shoto avait bien suggéré que l'un d'eux reste avec Izuku pour la journée, mais ce dernier avait protesté assurant qu'il pouvait se débrouiller seul demandant juste à ses hôtes s'il y avait quelque chose de particulier qu'il pouvait faire pour les aider. Yuga l'avait traîné jusqu'à l'étable pour lui montrer comment traître la chèvre et s'occuper de la ponette, lui donnant les consignes pour la journée des animaux.
Debout devant la porte, Izuku écoutait Tenya et son interminable liste de recommandations d'une oreille. Son attention était plus concentrée sur un blond à l'air mal aimable qui bougonnait dans son coin. Depuis le réveil, Katsuki n'avait pas adressé un mot à Izuku et ce dernier n'avait toujours pas trouvé le temps de le remercier pour la couverture et la chemise de nuit.
- Ça va aller, finit par dire Eijiro en interrompant Tenya. De toute façon, je suis sûr que Koda, Tsuyu, Ojiro et Fumikage vont le garder à l'œil et nous préviendrons en cas de problème.
- On va être en retard, râla Katsuki en s'avançant jusqu'à Tenya. Bouge le bigleux !
- Kacchan ! l'interpella Izuku en s'approchant.
- Quoi ?! rugit ledit Kacchan en fusillant des yeux le prince.
- Merci, souffla Izuku soudain intimidé par le regard colérique du nain. Pour la chemise de nuit et la couverture...
- Tsss... fut la seule réponse qu'il obtint, mais elle suffit pour faire sourire Izuku.
Non sans un certain amusement, Izuku remarqua que Katsuki avait légèrement rougi avant de tourner la tête vers l'opposé du prince. Sans réfléchir, il se pencha vers le petit homme et lui embrassa la joue, comme le faisait sa nounou quand il était enfant.
- Tu crois faire quoi là ?! tonna Katsuki plus surpris que furieux.
- C'est pour être gentil, se justifia Izuku un peu embarrassé par son geste irréfléchi.
- Moi aussi je veux un bisou ! s'écria Denki en se précipitant vers Izuku, lui tendant sa joue.
- Moi aussi ! intervint Eijiro en imitant son camarade.
En riant, Izuku embrassa donc les deux nains, puis Shoto quand ce dernier s'avança en silence jusqu'à lui en présentant sa joue. Ne voulant pas faire de jaloux, Izuku en fit de même avec Mineta, Tenya et Yuga.
- Quand vous aurez fini de vous léchouiller la tronche, on pourra peut-être y aller ! râla Katsuki un peu plus loin.
- On arrive ! Bonne journée Izuku !
Izuku répondit aux grands gestes enthousiastes de Denki et Eijiro, et à ceux plus discrets des autres, regardant la petite troupe partir.
- Ouah ! Tu es courageux ! fit une petite voix à côté de lui le faisant sursauter. Embrasser Katsuki !
- Ah ? s'étonna Izuku en fixant un regard surpris sur Jiro l'écureuil. Je n'ai pas réfléchi en fait. C'est venu naturellement. Il est gentil même s'il fait un peu peur...
Jiro fut rapidement rejointe par Mina, Hanta et Momo, ainsi que par Koda, Ojiro, Tsuyu et Fumikage. Ce fut aidé par ce petit bestiaire qu'Izuku entreprit de faire les diverses tâches qu'il avait décidé de faire, même si les nains ne lui avaient demandé que de s'occuper de Shoji et Toru, et de faire le repas du soir. Izuku fit donc un grand ménage et plusieurs lessives, le tout en discutant avec des petits animaux tout prêts à l'aider.
Le soir venu, les nains revinrent chez eux en chantant, comme d'habitude, pour trouver leur demeure parfaitement propre et rangée, le repas du soir au chaud et même un bain chaud déjà prêt pour eux. Même l'exigeant et râleur Katsuki ne trouva rien à redire, signant par son silence l'acceptation du prince au sein de la chaumière, pour le plus grand plaisir des autres, et d'Izuku.
~oOo~
Une petite routine s'installa rapidement au cœur de la clairière. Tous les matins, les sept nains partaient travailler, non sans avoir reçu un bisou sur la joue du jeune prince. Même Katsuki avait arrêté d'essayer de fuir ce rituel, qu'il jugeait enfantin, et s'y pliait en râlant certes, mais s'y pliait quand même. Avant leur départ, les nains répétaient à Izuku toujours les mêmes consignes de sécurité : ne laisser personne entrer, et si quelqu'un venait rester caché à l'intérieur.
En l'absence des nains, Izuku faisait le ménage, s'occupait de Shoji et Toru, prenait soin du petit potager, coupait du bois (Katsuki lui ayant appris avec moultes cris et jurons comment faire pour ne plus rater la bûche un coup sur deux), faisait les lessives, préparait les repas. Mina et les autres venaient lui tenir compagnie et lui prêtaient occasionnellement main forte, discutant joyeusement avec lui de choses et d'autres.
Le soir venu, les nains revenaient chez eux, y trouvant un bain et un repas chauds prêts pour eux. Les huit habitants de la chaumière dînaient tous ensemble dans une ambiance conviviale et chaleureuse, à l'image des sept nains. Après la vaisselle, ils passaient le reste de la soirée paisiblement, lisant pour certains, d'autres s'occupant autrement, d'autres encore discutant joyeusement.
Izuku s'était fait sa place au sein de la petite troupe, les nains s'étant donné du mal pour aménager des meubles adaptés à la taille du prince. Katsuki et Eijiro avaient construit un lit en bois, où Denki avait gravé DEKU sur la tête de lit, amusant Izuku habitué à entendre Katsuki l'appeler de cette façon. La tête du lit du blond s'était d'ailleurs retrouvée elle aussi avec une nouvelle gravure, KACCHAN trouvant sa place sous GRINCHEUX. Encore une fois, Denki avait bien failli mourir noyé dans la mare par un Katsuki énervé.
Shoto et Mineta s'étaient chargés de fabriquer un matelas pour aller sur le lit, Denki s'étant occupé de fabriquer une chaise pour le prince. Tenya avait trié les anciennes affaires d'All Might, soigneusement conservées dans une commode, pour trouver des vêtements de rechange pour Izuku. Yuga avait raccommodé et ajusté ceux-ci, constituant ainsi une garde robe modeste mais bien fournie pour le nouveau venu.
Ce dernier n'avait su comment remercier les nains, n'ayant jamais eu autant de vêtements à sa disposition. L'aveu avait bien évidemment interrogé les nains qui ne s'étaient pas gênés pour questionner le jeune homme. Izuku avait donc raconté la manière dont il était traité au château, taisant cependant les coups et les nombreuses blessures qui en avaient résulté. Seul Katsuki avait compris, son regard carmin fixant intensément Izuku. Mais il n'avait rien dit.
Izuku aimait beaucoup sa petite vie ici. C'était paisible, et il était entouré de gens gentils, sincères et bienveillants. Il s'entendait très bien avec chacun des nains et avait appris à les cerner de mieux en mieux au fil du temps. Denki était un éternel blagueur, toujours prêt à faire des farces aux autres ou à se moquer d'eux. Ce n'était cependant jamais fait méchamment.
Eijiro portait particulièrement bien le surnom de Joyeux. Toujours le sourire aux lèvres, toujours prêt à aider les autres, il riait beaucoup, et lui et Denki faisaient une paire redoutable quand ils avaient une idée en tête pour embêter leurs amis, surtout quand leur cible était Katsuki. Tenya, sous ses airs un peu coincé, prenait très à cœur son rôle de chef de troupe, rôle que les autres lui avaient attribué sans mal. Il était le plus sage et le cartésien de tous.
Comme l'avait pensé Izuku dès le premier jour, Shoto était plus introverti que réellement timide. Il ne s'exprimait que peu, ne parlait que rarement de lui mais quand il le faisait, il le faisait avec une naïveté touchante. Ainsi, Izuku avait bien cru s'étouffer avec sa soupe quand Shoto avait lâché à table qu'il n'aimait pas regarder les dessins de Mineta parce que ça lui donnait de la fièvre. Le jeune prince avait été infiniment reconnaissant à Katsuki, de traîner Shoto dehors pour une conversation "éducative", et vu la tête des autres nains, ils étaient ravis que le blond grincheux se charge de ladite conversation.
Mineta était, lui, le plus pervers de la petite bande. Il rêvait de grand amour avec une belle femme à la poitrine généreuse et aux hanches pleines. Il dessinait beaucoup de corps féminins nus, regrettant souvent qu'ils vivent si isolés, ce qui l'empêchait de pouvoir voir de ses propres yeux de belles femmes dénudées autant qu'il le souhaitait. Il ne comprenait d'ailleurs pas qu'Izuku ne soit nullement emballé à l'idée d'épouser une princesse à l'avenir.
Yuga non plus ne comprenait pas le manque d'enthousiasme du prince à ce sujet, sujet apparu par hasard au détour d'une discussion au dîner. Mais pour des raisons différentes de Mineta. Yuga s'intéressait plus aux beaux atours des dames qu'à leurs corps. Izuku avait simplement expliqué qu'il ne voyait pas l'intérêt de se marier sans amour et qu'il préférait rester seul que de partager sa couche avec quelqu'un qu'il n'aimait pas. Et il n'avait jamais rencontré de princesse et ne voyait pas comment il pourrait en rencontrer une dans cette forêt.
Les nains avaient longuement discuté du romantisme du coup de foudre et de tous les moyens pour rencontrer une princesse, même au fond des bois. Izuku les avaient laissé fantasmer à voix haute sur une potentielle princesse en détresse à sauver, mais n'avait pas changé d'avis sur la question pour autant. Pour son plus grand plaisir, il avait bien vu que le seul à le partager était Katsuki.
Il aimait beaucoup Katsuki. Malgré son caractère emporté et ses manières brusques, Katsuki était perspicace, empathique, et attentionné. Il comprenait bien plus de choses que ce qu'il ne voulait bien dire, et à sa manière il prenait soin de ses camarades et d'Izuku. C'était lui qui avait, lors d'un des rares jours de repos des nains, appris à Izuku à faire des gâteaux et à différencier les champignons comestibles des vénéneux. Il lui avait même appris quelques astuces pour ne pas se perdre dans les bois. Et Izuku avait adoré apprendre tout ça et passer un peu de temps avec le moins sociable des nains.
Quelques semaines après son arrivée, Aizawa arriva dans la clairière à la nuit tombée. Izuku accueillit celui-ci avec plaisir, ravi de revoir l'homme qui lui avait sauvé la vie et les nains lui offrirent un toit pour la nuit. Aizawa leur apprit qu'il quittait ses fonctions et partait rejoindre le royaume voisin, craignant que la reine ne finisse par découvrir la supercherie et la survie du prince.
Himiko avait été ravie de voir le cœur niché dans le coffret qu'Aizawa lui avait rendu, prétendant que c'était le cœur d'Izuku. Depuis la reine était encore pire qu'avant, plus personne ne pouvant la déloger de son trône. Elle avait bien sûr annoncé la mort du prince à l'ensemble de la population, laquelle en avait été fort affligée. Mais Aizawa sentait que la duperie finirait par être découverte et préférait fuir. Il comptait trouver des alliés dans le royaume voisin pour tenter de renverser la despotique reine, mais ne savait pas combien de temps cela lui prendrait.
Le chasseur quitta la chaumière au petit matin, non sans recommander à Izuku d'être prudent. Si la reine apprenait qu'il était encore vivant, nul doute qu'elle le pourchasserait. Izuku ayant refusé d'accompagner Aizawa, préférant rester avec les nains, promit qu'il serait prudent. Il assura qu'il ne voulait pas créer de problèmes à ses petits amis, lesquels lui avaient assuré qu'il ne leur posait aucun souci, tous étant ravis qu'il reste avec eux.
Le seul qui n'avait pas exprimé sa joie était Katsuki. Il n'avait pas dit un mot, écoutant en silence les dernières nouvelles apportées par le chasseur. Ce ne fut que le soir, après une journée de travail à la mine, qu'il se décida à parler au prince. Il l'entraîna à l'arrière de la maison, loin des oreilles indiscrètes des autres.
- Quelque chose ne va pas, Kacchan ? s'inquiéta Izuku en voyant l'air sérieux du blond.
- Tu es le prince héritier, commença Katsuki sans relever le surnom, trop habitué maintenant. Et cette salope de reine ne sait faire que le mal. Si tu étais allé avec Aizawa, tu aurais pu trouver des alliés pour lui prendre le trône et régner sur ce royaume.
- Je sais, grimaça Izuku. Mais...
- Mais quoi ? grogna Katsuki. Tout le monde dans ce foutu royaume souffre de la situation, tout le monde veut que ça cesse. Et toi, tu préfères te la couler douce ici plutôt que de prendre tes responsabilités !
Izuku fronça les sourcils, déçu que son ami le prenne ainsi.
- Je n'ai pas l'intention de régner ! décréta Izuku. Je n'ai pas demandé à être prince ! Je n'ai jamais été éduqué dans ce sens ! Je n'ai pas le moindre début d'idée de comment on dirige un royaume ! Je serai obligé de prendre des conseillers, qui profiteront de mon ignorance pour faire n'importe quoi. Et je doute que ce soit dans l'intérêt du peuple !
- Si tu épouses une princesse, elle pourrait t'épauler, t'aider ! contra Katsuki. Et tu n'as qu'à bien choisir tes conseillers.
- Je croyais que toi plus que tout autre tu comprenais que je ne veux pas me marier sans amour ! s'énerva Izuku. Et les seules personnes que je connaisse et à qui je fais confiance sont un chasseur et sept nains, dont un caractériel !
- Le caractériel t'emmerde, Deku ! cracha Katsuki. Et même si je comprends, en tant que prince tu n'as pas le choix malheureusement.
- Je ne veux pas être prince ! hurla Izuku de plus en plus énervé. Je veux juste être heureux et libre !
- Et tu l'es là, peut-être ? rugit Katsuki tout aussi énervé.
- Oui !
La réponse péremptoire surpris Katsuki qui se figea, fixant Izuku d'un air choqué.
- Comment... souffla-t-il incrédule. Comment peux- tu être heureux en vivant si chichement, entouré d'une bande de bras cassés, dont un caractériel comme tu dis ?
- Parce que tu ne l'es pas toi peut-être ? soupira Izuku.
- Si, mais moi je ne suis pas né avec une petite cuillère en argent dans la bouche, je sais que je n'aurai jamais mieux. Je ne demande pas mieux non plus, expliqua Katsuki calmé. J'aime pas qu'on m'emmerde, alors vivre dans les bois sans d'autres obligations que celles que j'ai ça me suffit amplement.
- En quoi est-ce si surprenant alors que moi aussi je sois heureux ainsi ? demanda Izuku. Tu sais, j'ai croisé pas mal de nobles au château, et ils avaient tous l'air de faire semblant en permanence. Devoir faire attention à chacun de ses gestes ou de ses mots à chaque instant, ça doit être épuisant. Je préfère vivre ici...
- Où tu peux dire n'importe quelle connerie et être aussi maladroit que possible, ricana Katsuki.
- Je ne suis pas si maladroit que ça, protesta Izuku avec un sourire. Et puis, je suis bien entouré.
- Même avec le caractériel ? grinça moqueusement le blond.
- Surtout avec lui, confirma Izuku en riant. Mais ne le lui répète pas.
- T'es con, soupira Katsuki en levant les yeux au ciel.
Les deux jeunes hommes rirent finalement de bon cœur, Katsuki râlant quand même sur la bêtise de Deku qui taquina gentiment Kacchan. Et la routine reprit son cours, sous les regards bienveillants et amusés de Tsuyu, Ojiro, Fumikage, Mina, Momo, Jiro, Hanta et Koda.
Le printemps laissa place à l'été, puis à l'automne et à l'hiver. Un an passa dans la clairière, la petite chaumière et l'ensemble du monde dont elle se tenait bien loin. Au château, Himiko riait comme une démente après avoir vu un homme se faire longuement torturer. L'homme avait osé lui vendre de fausses émeraudes, et elle lui en avait fait payer le prix fort. En sautillant, elle rejoignit sa chambre.
Tout se passait comme elle le voulait. Ce satané prince enfin mort, elle avait le champ libre pour des années, et ne comptait pas se priver. Elle travaillait activement sur une potion de jeunesse éternelle, bien décidée à régner en maîtresse totale et absolue sur le royaume durant plusieurs siècles. Et si elle s'ennuyait elle pourrait peut-être déclencher une guerre avec les royaumes voisins.
En entrant dans sa chambre, elle vit son miroir magique qui prenait la poussière. Il y avait bien longtemps qu'elle ne l'avait pas questionné, ayant tout ce qu'elle désirait en ce bas monde. Prise d'une envie subite elle se dirigea vers le miroir et l'interpella :
- Miroir ! Oh mon beau miroir !
- OOOOOH YEAAAAAAH ! rugit Present Mic. J'ai cru que vous m'aviez oublié My Queen !
Sans tenir compte du reproche de l'objet magique, Himiko se pavana devant lui, prenant des poses aguicheuse et demanda :
- Dis moi, qui est la plus grande beauté de ce royaume ?
- My Queen, répondit le miroir. Vous embellissez chaque année un peu plus. Mais il y a une plus grande beauté que vous dans ce royaume.
Voyant que la reine ne répondait pas, visiblement profondément choquée, Present Mic poursuivit.
- Ses cheveux sont aussi verts qu'un buisson au printemps, ses yeux émeraudes aussi brillants que mille étoiles, ses lèvres ont la douce couleur du pois de senteur...
- Qui ? QUIIII ! DIS MOI QUI, FOUTU MIROIR ! rugit la reine en secouant ledit miroir.
- Le... prince ! Izuku... Midoriya ! bafouilla Present Mic.
- C'est impossible ! contra Himiko. Il est mort !
- Il est bel et bien vivant, assura Present Mic un peu plus serein maintenant que sa propriétaire avait cessé de le secouer.
- J'ai vu son cœur ! rétorqua la blonde.
- Oh, ça, soupira le miroir. C'était le cœur d'un porc. Vous avez été dupé My Queen.
Furieuse, Himiko fit les cent pas dans sa chambre, s'arrachant les cheveux tout en rageant sur ce traître de chasseur qui l'avait trompé de la pire des façons.
- Où est Aizawa ? demanda-t-elle au miroir.
- Il a quitté le royaume depuis de longs mois, répondit placidement Present Mic.
- Et Izuku ? Où est-il ?
- Au fin fond des bois de Yuei se trouve une chaumière habitée par sept nains, commença le miroir avec emphase. Nichée au cœur de la forêt...
- Je te demande pas un descriptif, l'interrompit Himiko d'un ton menaçant. Je veux une localisation exacte !
Obéissant, Present Mic donna des explications claires et précises pour rejoindre la petite chaumière. Il informa aussi la reine que si elle voulait y aller seule, il valait mieux pour elle y aller en journée quand le prince serait seul, sous peine d'avoir à faire à sept nains protecteurs et bagarreurs. Prenant bonne note de ces précieuses informations, Himiko délaissa l'objet magique et activa la porte secrète menant à son antre de sorcière.
Elle avait un prince à annihiler, et puisqu'on ne pouvait compter sur personne elle allait le faire elle-même. On était jamais mieux servi que par soi-même lui disait sa grand-mère, et celle-ci avait bien raison. Feuilletant son livre de potions, Himiko chercha ce qui lui permettrait d'évincer le prince. Elle trouva finalement son bonheur et entreprit de réunir les ingrédients nécessaires à la décoction.
A mille lieues de se douter de ce qui se tramait dans son dos, Izuku était en ce moment même en train de se disputer avec Katsuki. Le nain avait attrapé un méchant rhume qui l'avait cloué au lit pendant deux jours, et il trouvait qu'il avait bien assez glandé comme ça, et tenait absolument à rejoindre les autres à la mine. Bien sûr, Izuku le lui avait formellement interdit, et cela avait dégénéré en dispute comme souvent entre eux, le prince bloquant la porte pour garder le petit blond à l'intérieur.
- Tu iras demain ! tempêta Izuku. Mais aujourd'hui tu restes ici et tu te reposes ! Tu ne seras utile à rien si tu rechutes !
- Je suis pas une petite chose fragile ! protesta Katsuki. Je n'ai pas besoin qu'on me couve comme tu le fais ! Laisse-moi passer !
- Je te laisse sortir uniquement si tu restes dans la clairière !
- Je fais ce que je veux, Deku de pacotille !
- Promet le Kacchan !
Comprenant que cette fois il n'aurait pas le dernier mot, chose rare, Katsuki grimaça et promit du bout des lèvres et avec une mauvaise volonté plus qu'évidente. Izuku se décala de la porte pour le laisser sortir, exigeant qu'il se couvre correctement avant. Tout en bougonnant, le nain blond contourna la chaumière et alla retrouver Toru qui broutait tranquillement.
- Tssss... râla-t-il. Il m'énerve ! Il se prend pour qui hein ?!
Mais Toru ne répondit qu'en levant les yeux et venant renifler le visage grincheux de Katsuki.
Ce dernier continua à râler, tempêter et bougonner, mais ne tenta pas de rejoindre la mine. Katsuki n'avait qu'une parole, et il s'y tenait. Il avait promis de rester dans la clairière, il allait y rester. N'ayant pas grand chose à faire, et ne supportant pas de rester inactif quand tout le monde travaillait, il se dirigea vers le potager et se mit à arracher les mauvaises herbes ayant poussées là.
A l'étage, Izuku profita que Katsuki ait quitté son lit pour changer les draps et en remettre des propres. Chargé du linge sale, il descendit dans le séjour, prit le grand baquet pour le linge et sortit pour aller faire la lessive. Il était en train de frotter vigoureusement un drap quand il sentit une présence près de lui. Levant les yeux, il vit Katsuki qui le fixait en silence.
- J'ai refait ton lit, l'informa Izuku.
- Je l'aurai fait, bougonna Katsuki.
- Je sais, soupira Izuku. Mais c'est toujours toi qui veille sur tout le monde, alors ça me fait plaisir de prendre un peu soin de toi pour une fois.
- Tsss... lacha Katsuki avant de s'installer près du prince et de se saisir d'un autre drap.
Les deux jeunes hommes firent la lessive en silence, enfin en silence pour l'un et en discutant joyeusement avec Tsuyu et Mina pour l'autre. Le linge étendu, Izuku et Katsuki firent le ménage ensemble, le plus jeune s'assurant que le plus âgé n'en faisait pas trop malgré tout. Le soir venu, les six autres occupants de la maisonnette furent ravis de voir que Katsuki allait mieux et remercièrent chaleureusement Izuku pour avoir pris soin de leur irascible camarade.
Le lendemain, ce fut avec grand plaisir que Katsuki emboîta le pas de Tenya pour rejoindre la mine, non sans avoir reçu le traditionnel baiser sur la joue de la part d'Izuku. Une fois les sept nains partis, Izuku se sentit étrangement seul. Il s'était habitué à la présence permanente de Katsuki durant les jours précédents, même si ce dernier n'avait pas été de très bonne compagnie, dormant la plupart du temps et râlant tant et plus dès qu'il était réveillé.
Pas décidé à se laisser abattre, Izuku se lança dans le ménage, s'occupa de Shoji et Toru, commença à retourner la terre du potager en vue des prochaines plantations, et décida de faire une tourte aux pommes pour le dessert du soir. Il fit tout ça en chantonnant et en discutant avec les petits animaux venus lui tenir compagnie, les écoutant leur raconter les dernières nouvelles des bois. C'était le printemps et la saison des amours avait débuté, de ce fait il y avait beaucoup de ragots.
La journée était bien avancée quand Izuku sortit la tourte aux pommes du four, la posant sous la fenêtre pour qu'elle refroidisse. Il fronça les sourcils en voyant une vieille dame s'approcher de la chaumière, marchant difficilement en s'appuyant sur une canne en bois tordu.
- Reste à l'intérieur, souffla Mina à Izuku. On va aller prévenir les nains.
- Mais non, rétorqua Izuku. C'est juste une vieille dame, il n'y a aucun danger. Inutile de les déranger pour si peu.
La vieille dame, vêtue d'un manteau noir à capuche d'où s'échappait de longues mèches blanches, s'approcha lentement en toussant. Elle trébucha et manqua tomber, ce qui fit sortir Izuku de la maison.
- Ça va Madame ? s'inquiéta-t-il en lui proposant son bras comme soutien. Vous allez bien ?
- Merci jeune homme, répondit la vieille dame en s'appuyant sur le bras d'Izuku. J'ai fait une longue marche et je me suis perdue dans ces bois.
- Venez vous asseoir, l'invita Izuku en l'entraînant à l'intérieur.
Mina échangea un regard inquiet avec Ojiro en voyant Izuku et l'intruse pénétrer dans la maison.
- Je ne la sens pas, pépia Fumikage perché sur le bord de la fenêtre de la cuisine.
- Oui, affirma Jiro. Il y a un truc qui me gêne chez elle.
Tsuyu, Hanta et Momo confirmèrent d'un hochement de tête s'approchant de la demeure pour surveiller les faits et gestes de la vieille dame.
Assise sur une chaise, celle-ci remerciait Izuku pour le verre d'eau qu'il lui avait offert. Elle avait l'air d'une petite vieille ordinaire, mais les animaux frémirent en voyant la lueur diabolique luisant dans ses yeux noirs dès qu'Izuku lui tourna le dos pour lui resservir un peu d'eau.
- Il faut les prévenir, décréta Mina d'un ton affolé. Elle est mauvaise !
- On y va ! décida Ojiro. Vous, restez avec Izuku et assurez-vous qu'elle ne lui fasse rien.
Sur ces mots le chat sauvage partit ventre à terre en direction de la mine, suivit de près par Koda, Momo, Fumikage et Toru. Même si elle ne parlait pas, la ponette était suffisamment intelligente pour comprendre le danger et l'urgence de la situation. Mina, Tsuyu et Hanta se précipitèrent dans la maisonnette pour surveiller de près l'intruse, Jiro allant chercher Shoji. La chèvre bleue était particulièrement hargneuse quand on s'attaquait à ses propriétaires et serait un atout non négligeable s'il fallait éloigner la vieille femme d'Izuku.
Totalement inconscient de ce qu'il se passait, Izuku servit un nouveau verre d'eau à son invitée surprise, s'enquérant de sa santé et de sa présence en ces lieux.
- Je cueillais des fruits sauvages, expliqua cette dernière en buvant son verre. Mais je me suis perdue. Je ne suis plus aussi jeune qu'avant, et je me fatigue vite.
- Reposez-vous, lui dit Izuku avec un grand sourire. Mes amis vous indiquerons la route à prendre pour rentrer chez vous dès que vous irez mieux.
- Quel jeune homme charmant, souffla la vieille avec un sourire édenté. Tiens, pour te remercier, voici une belle et juteuse pomme.
Tout en parlant, elle sortit de sa large manche une pomme d'un rouge brillant et la tendit au jeune prince. Ce dernier s'en saisit en la remerciant. Il allait la poser sur la table quand son invitée l'enjoignit d'y goûter dès maintenant.
- Tu verras, elle est délicieusement fruitée et sucrée, assura-t-elle.
Ne voulant pas vexer la vieille dame, Izuku porta le fruit à sa bouche. Mais son geste fut interrompu par une moufette rose qui lui vola la pomme avant de s'enfuir.
- Mina ! protesta Izuku en se précipitant à la poursuite de la moufette. Rends-moi ça !
- Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! s'exclama une voix chevrotante attirant l'attention d'Izuku sur la vieille dame.
Cette dernière se débattait contre un furet, un écureuil, une grenouille et une chèvre qui chacun la tirait semblant vouloir la faire tomber de sa chaise.
- Mais enfin, s'offusqua Izuku en éloignant les animaux de la vieille dame. Qu'est-ce qu'il vous prend ?! Allez oust ! Dehors !
Si Hanta, Jiro et Tsuyu n'eurent d'autre choix, Izuku les ayant saisis à pleine main pour les mettre dehors, Shoji résista vaillamment à la poigne du jeune prince. Mais celui-ci eut finalement gain de cause et tous les animaux se retrouvèrent devant une porte close.
- Izuku ! cria Hanta. C'est un piège !
Mais Jiro, Tsuyu et Mina eurent beau se joindre à lui pour prévenir le prince, celui-ci ne les entendit point trop occupé à s'inquiéter de son invitée et à lui présenter des excuses pour le comportement de ses petits compagnons. Cette dernière le rassura rapidement, elle n'avait rien.
Voulant faire plaisir à la vieille dame, Izuku prit la pomme qu'elle lui avait offerte, qu'il avait récupérée avant de mettre Mina dehors, et mordit dedans. Agglutinés contre la fenêtre de la cuisine, les animaux virent avec affolement le jeune prince s'effondrer, inconscient, dès la première bouchée prise.
- Ah ah ah ah ! Enfin ! s'écria la vieille dame en se levant, Adieu mon Prince !
Avec un rire machiavélique, elle quitta la chaumière, laissant derrière elle le corps inanimé d'Izuku.
Ojiro, Koda, Momo, Toru et Fumikage arrivèrent à la mine au moment où Izuku jetait leurs amis hors de la chaumière. Sans attendre, ils se précipitèrent sur les nains, leur hurlant de venir vite, qu'il y avait une intruse à la clairière, qu'Izuku était en danger, qu'il fallait faire vite ! Tenya agita les bras sous les assauts de Fumikage, peinant à comprendre ce que pépiait le moineau paniqué. Shoto se laissa tirer par le bas de son pantalon par une Momo insistante, tout en tentant de calmer la biche affolée.
Les nains étaient perdus. Ils avaient du mal à comprendre l'attitude des animaux et encore plus ce qu'ils disaient. Toru, elle, s'était enfoncée sans réfléchir jusqu'au plus profond de la mine, allant chercher celui qui comprendrait et réagirait le plus vite : Katsuki. Ce dernier surgit brutalement du long tunnel obscur où il œuvrait, chevauchant la ponette, sa pioche fermement tenue en main.
- Izuku est en danger ! rugit-il en dépassant ses amis encore aux prises avec les petites bêtes.
Sans attendre, Shoto sauta sur le dos de Momo qui galopa après Toru et son cavalier qui disparaissaient déjà, la ponette allant au triple galop vers la clairière. S'armant de leurs outils, les autres suivirent le mouvement en courant aussi vite qu'ils le pouvaient, leurs visages fermés par l'inquiétude, Koda et Ojiro sur leurs talons.
Fumikage vola de toutes ses forces pour rejoindre Katsuki, afin de lui expliquer rapidement la situation. Ayant entendu le récit du moineau, et maudissant le prince trop gentil et naïf, le blond enfonça les talons dans les flancs de Toru, la poussant à aller plus vite, celle-ci accélérant l'allure autant qu'elle le pouvait. Quand Katsuki surgit dans la clairière tel un diable hors de sa boîte, ce fut pour voir Jiro s'élancer dans les bois dès qu'elle le vit arriver.
Sans s'arrêter, il précipita Toru à la suite de l'écureuil, apercevant au loin une silhouette humaine zigzagant rapidement entre les arbres. Fou de rage, il vociféra de toute la force de ses poumons :
- Raméne toi, vieille sorcière de merde ! Si tu as touché à un seul de ces putains de cheveux je vais te faire bouffer ton dentier !
La vieille dame se retourna rapidement, ses yeux s'agrandissant d'effroi en voyant le blond enragé qui la poursuivait. Elle accéléra sa course, maudissant son corps perclus de rhumatismes qui la ralentissait.
Quelques mètres derrière Katsuki, Shoto suivait, chevauchant Momo, son visage habituellement inexpressif tordu par une fureur sourde. Et encore en arrière, les cinq autres couraient, la même rage brillant dans leurs yeux, leurs outils bien en main. Cette femme allait payer ! Personne ne touchait à l'un d'eux sans en payer le prix ! Et Izuku faisait partie de leur drôle de famille.
Aucun d'eux n'avait pris le temps d'entrer dans la maison. Mais tous en passant avaient vu les grands yeux noirs de Mina empli de larmes, et c'était amplement suffisant pour comprendre qu'un drame s'était produit. Cette femme allait le leur payer ! S'accordant avec l'humeur des nains, le ciel se couvrit brusquement de lourds nuages noirs et déversa des trombes d'eau en grondant d'une manière menaçante.
La vieille femme se retrouva devant une montagne escarpée et s'engagea rapidement sur le petit sentier rocailleux. Elle espérait trouver un moyen de se débarrasser de ses poursuivants rapidement. Elle sentait le souffle chaud de la chèvre bleue sur ses mollets, nus sous sa pelisse, la bête enragée étant juste derrière elle. Shoji claqua furieusement des dents, attrappant un morceau de tissu noir. Un violent coup de pied lui fit lâcher prise, et la chèvre se retrouva projetée sur la paroi rocheuse de la montagne.
- Salope ! rugit Katsuki en voyant Shoji ainsi maltraité, ayant presque rattrapé la fuyarde.
Mais Shoji se releva immédiatement, s'élançant de nouveau à la poursuite de la vilaine femme. Sur ses talons, Toru galopait aussi vite qu'elle le pouvait, ses yeux luisant de rage. Sur le dos de la ponette, Katsuki ressemblait à un démon, ses yeux écarlates lançant des flammes démoniaque, son visage entier défiguré par une ire diabolique.
La vieille femme réussit à atteindre un plateau sur la montagne. Affolée, elle vit qu'il n'y avait plus le moindre chemin. Elle était coincée. Se penchant par-dessus le bord du plateau, elle vit la troupe de nains sur le sentier en dessous. Prise d'une idée machiavélique, elle se saisit de sa canne et tenta de faire tomber un gros rocher sur ses poursuivants. Mais un choc brutal la projeta loin du rocher avant qu'elle ait pu mettre son plan en œuvre.
Se redressant elle se retrouva nez à nez avec une chèvre bleue menaçante. Cette dernière ne lui laissa pas le temps de réagir, lui mordant fortement l'épaule. La vieille femme hurla et donna des coups de pieds à la chèvre. Elle réussit à projeter l'animal au loin, y laissant un morceau de sa pelisse sans remords.
- Saleté ! cracha-t-elle en se relevant un peu.
- C'est toi la saleté, vieille sorcière ! rugit une voix juste devant elle.
Elle eut à peine le temps d'esquiver la pioche qui s'abattit sur elle avec force. Affolée, elle leva les yeux, tombant sur le visage déformé par la fureur d'un nain blond armé d'une pioche. Ce dernier ne lui laissa pas le temps de réfléchir revenant à l'assaut. Désarmée, et enfermée dans son corps d'ancêtre, la vieille femme recula, esquivant une nouvelle attaque.
Elle hurla quand la pioche atteignit une de ses jambes, s'y plantant profondément. Un coup sur ses chevilles la déséquilibra et elle se sentit chuter en arrière. Ses yeux s'agrandirent d'horreur quand elle comprit. Elle était au bord de la falaise... Elle tombait dans le vide... Elle allait mourir... Et ce nabot blond le savait parfaitement ! Alors qu'elle chutait, elle sentit son corps changer, reprenant sa forme initiale. Himiko Toga ne pu souffler qu'un "merde" à peine audible avant de s'écraser au sol, plusieurs dizaines de métres plus bas.
Shoto était arrivé sur le plateau quelques secondes après Katsuki, et s'était précipité vers Shoji s'assurant que la courageuse chèvre n'avait rien de grave, sachant que son camarade était tout à fait capable de tenir tête seul à son adversaire. Les autres arrivèrent juste à temps pour voir Katsuki faire une balayette à la vieille femme, la faisant ainsi tomber dans le vide. Tous se précipitèrent au bord du plateau pour s'assurer que la chute allait bel et bien être fatale à la vieille femme.
Et tous assistèrent choqué à la transformation de la vieille femme.
- Katsuki... souffla Denki. Tu viens de tuer la reine...
- Bon débarras ! claqua l'interpellé.
Les autres approuvèrent tous d'un hochement de tête. Aucun d'eux n'avait le moindre remords.
- Izuku ? demanda Katsuki en se tournant vers Jiro.
- Il a mangé une pomme qu'elle lui a donnée, avoua d'une voix tremblante le petit écureuil. Et il est tombé inconscient.
Sans un mot, Katsuki se réinstalla sur le dos de Toru qui partit immédiatement ventre à terre vers la clairière. Les trombes d'eau qui tombaient du ciel et l'orage grondant au-dessus de leurs têtes ne ralentirent nullement la course de la ponette et de son cavalier. Shoto installa Shoji sur le dos Momo, la courageuse chèvre ayant été blessée à une patte, et la petite troupe de nains et d'animaux redescendit de la montagne.
Quand ils arrivèrent à la clairière, Toru était déjà là, la porte ouverte laissant entendre les sanglots de Katsuki. En courant, les nains se précipitèrent dans leur demeure, y trouvant le blond à genoux au sol, tenant dans ses bras le buste du prince. Ce dernier semblait dormir, mais très vite les nains comprirent qu'il dormait d'un sommeil éternel. Depuis la porte et la fenêtre, les petits animaux virent leurs amis de petites tailles pleurer la perte de celui qu'ils aimaient comme un frère.
Aucun d'eux ne put se résoudre à enterrer ou incinérer Izuku. Ce dernier semblait si paisible dans la mort, son visage parsemé de tâches de rousseur détendu et serein, qu'on pourrait croire qu'il dormait simplement. Les nains se mirent à la tâche, bâtissant un magnifique autel décoré d'émeraudes, de diamants et de rubis, juste sous les arbres. Ils y installèrent un matelas confortable et un oreiller moelleux avant d'y allonger le jeune prince.
Une semaine passa, et plus rien n'était pareil dans la petite clairière. Les nains n'allaient plus à la mine, les pleurs avaient remplacé les rires, le silence n'était plus chassé par les cris. La clairière était en deuil. Les petits hommes se relayaient auprès de l'autel, incapables de laisser Izuku seul. Chaque jour, Shoto déposait un bouquet de fleurs fraîches dans les mains jointes sur la poitrine du prince.
Chaque jour, Tenya arrangeait l'oreiller sous la tête aux cheveux verts. Chaque jour, Mineta dessinait encore et encore l'autel et son occupant. Chaque jour, Yuga coiffait soigneusement les cheveux ondulés d'Izuku. Chaque jour, Denki changeait la couverture couvrant partiellement le corps immobile, craignant qu'il ait froid. Chaque jour, Eijiro lavait avec précaution le visage paisible parsemé de tâches de rousseur.
Et chaque nuit, Katsuki veillait sur Deku. En silence... Assis à même le sol, son regard carmin posé sur l'autel éclairé par deux torches enflammées. Et si parfois quelques larmes roulaient sur ses joues, nul ne disait rien. Les petits animaux ne quittaient plus la clairière, tenant compagnie aux nains dans leur deuil, partageant leur chagrin et leur souffrance. Et une semaine passa ainsi.
Eijiro releva brutalement la tête en entendant des bruits de sabots se rapprocher. Immédiatement il prévint ses camarades. Ceux-ci ne furent pas longs à le rejoindre, chacun d'eux armés d'un outil, entourant l'autel de leur prince, prêts à en découdre avec les intrus quels qu'ils soient. Il ne fallut pas longtemps pour voir surgir dans la clairière deux chevaux. Sur l'un d'eux se trouvait une demoiselle, vêtue d'une robe rose et blanche, un diadème posé sur sa chevelure châtain.
Sur le second cheval, les nains furent surpris de voir nul autre qu'Aizawa. Ce dernier mit pied à terre et s'approcha des petits hommes, son regard se portant rapidement sur l'autel dans le dos de ceux-ci.
- Qu'est-ce que vous foutez là ? grogna Katsuki.
- Je vous présente Ochako, la princesse du royaume voisin, dit le chasseur. Nous sommes venus, avec toute une armée, pour défaire la reine. Mais quand nous sommes arrivés au château, nous avons appris qu'elle avait disparu. Je suis donc venu aux nouvelles... Je vois que j'arrive trop tard.
- Cette sale sorcière est morte ! claqua Katsuki tout en dardant un regard réfrigérant sur le chasseur.
- Comment ? s'enquit le chasseur.
- Elle est tombée du haut d'une falaise, répondit placidement Shoto.
- Elle n'y a pas réchappé, assura Eijiro. Nous nous sommes assurés qu'elle était bel et bien morte.
- Et nous avons brûlé son corps, renchérit Denki.
- Ces cendres ont été dispersées aux quatre vents, ajouta Mineta.
- Malheureusement... souffla Yuga.
- Nous ne sommes pas arrivés à temps, avoua Tenya.
Aizawa vit les sept nains baisser la tête, la culpabilité parfaitement visible sur leurs traits. Il ne dit rien, conscient que rien ne pourrait apaiser leur chagrin à part le temps. Jusque là en retrait, la princesse Ochako descendit de cheval et s'approcha de l'autel, inconsciente du regard écarlate et suspicieux qui la suivit.
- C'est le prince ? s'enquit-elle en observant le visage paisible.
Devant l'assentiment silencieux d'Aizawa, elle reprit :
- Il est beau...
Puis, sans un mot de plus, elle se pencha pour déposer un doux baiser sur la bouche close d'Izuku. Mais avant qu'elle ait atteint sa cible, elle fut brutalement repoussée, tombant assise les fesses dans l'herbe.
- Tu crois faire quoi là ? rugit le nain blond sans aucun doute responsable de sa chute.
- J'allais l'embrasser, répondit-elle en se relevant.
- Et pourquoi ça ? tonna Katsuki. Tu te prends pour qui ?
- Je suis une princesse, décréta Ochako énervée d'avoir été interrompue. Il est un prince !
- Et alors ? tempêta le blond furieux. Ça t'autorise à poser ta sale bouche sur la sienne ?!
- Parfaitement, assura Ochako les poings sur les hanches, sûre d'elle. Seul un premier baiser d'amour peut le sortir de son profond sommeil. Et donc moi seule peut le réveiller !
- Euh... intervint Denki. Un premier baiser d'amour ?
- Ça peut marcher ? demanda Eijiro surpris.
- Oh ! C'est tellement romantique, s'extasia Yuga.
- Ça vaut la peine d'essayer, remarqua Tenya en remontant ses lunettes.
- Et après ? s'enquit Shoto plus pragmatique.
Avec un grand sourire, Ochako répondit :
- Après, je l'emménerai au château sur mon beau cheval blanc, nous nous marierons, nous aurons beaucoup d'enfants et nous serons heureux pour toujours.
- Le veinard, souffla Mineta les yeux rivés sur la poitrine généreuse de la jeune femme.
- Foutaises ! cracha Katsuki.
Sans laisser le temps à Ochako de protester, il reprit :
- Un premier baiser d'amour hein ? Comment tu peux prétendre l'aimer sans même le connaître ? Juste parce que c'est un prince et toi une princesse ?! C'est des conneries ! Et lui, tu crois qu'il t'aime ? Il ne te connaît même pas ! Il ne t'a jamais vu ! Tu crois qu'il serait d'accord pour se laisser embrasser par une inconnue ?!
- Tu as mieux à proposer ? s'agaça Ochako.
- Oui, rétorqua Katsuki d'un ton bravache. Moi, je peux le faire !
Sa déclaration fut suivie d'un long silence choqué. Ochako fixa, abasourdie, ce petit homme qui venait de dire qu'il...
- Oh, souffla finalement Shoto, brisant le silence. Tu es amoureux.
- Ta gueule putain ! gronda Katsuki ses joues se teintant d'une délicate couleur cerise.
- Ben du coup, ça marcherait mieux si c'est Katsuki qui l'embrasse, intervint Eijiro.
- Oui, Izuku le connaît et il l'aime bien, confirma Denki.
- Peut-être même plus que bien, affirma Yuga. Il lui a donné un surnom !
- Ça ne veut rien dire, souligna Tenya. Katsuki nous donne des surnoms à tous, et il n'est pas amoureux de nous tous.
- Mais Katsuki n'a pas de poitrine ! pleura Mineta.
Aizawa soupira lourdement, se demandant s'il serait rentré à temps pour le repas du soir, peu intéressé par la discussion. A ses côtés, Ochako imitait à la perfection la carpe hors de l'eau, n'en croyant ni ses yeux, ni ses oreilles.
- Mais... bafouilla-t-elle. Tu es un homme... Pire ! Tu es un nain !
- Et alors ? rugit Katsuki.
- Un prince doit épouser une princesse ! assura-t-elle péremptoire. Pas un autre homme ! Et encore moins un nain !
Avant que Katsuki puisse répliquer d'une quelconque manière, ses six camarades se jetèrent sur la princesse, la plaquant sauvagement au sol et l'y maintenant avec force, Mineta profitant de l'occasion pour coller sa tête dans la généreuse poitrine de la demoiselle.
- Vas-y ! cria Eijiro. On la tient !
- Fonce Katsuki ! confirma Tenya.
Figé sur place, Katsuki cligna deux fois des yeux, surpris par le geste de ses amis. Ce fut en voyant Shoto se prendre un coup dans le nez, de la part de la princesse qui se débattait, qu'il réagit enfin. En quelques pas rapides il rejoignit l'autel, et se pencha sur le visage paisible d'Izuku.
- T'as intérêt à te réveiller, Deku ! souffla-t-il juste avant de poser ses lèvres sur celles du prince en un chaste baiser.
- Noooooonnnnn ! vociféra Ochako toujours maintenue au sol par six nains sous le regard légèrement amusé d'Aizawa.
Après quelques secondes, Katsuki se recula doucement, et ouvrit les yeux qu'il n'avait pas souvenir d'avoir fermé. Avec anxiété il guetta le moindre signe de réveil de celui qui avait capturé son cœur.
- Kacchan ?
C'était un souffle, à peine un murmure, mais tous l'entendirent. Izuku ouvrit les yeux, tombant sur le visage dudit Kacchan. Sans réfléchir, le jeune prince tendit la main et la posa sur la joue du blond l'attirant à lui pour un autre baiser tout aussi chaste auquel Katsuki se plia docilement.
- Ça a marché ?
La voix de Denki tira les deux amoureux de leur bulle. Katsuki se recula, un sourire fier étirant ses lèvres, laissant Izuku se redresser lentement.
- Ouais, confirma le blond avec arrogance.
- Euh... Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit Izuku qui ne comprenait pas pourquoi il était allongé sur un lit à l'extérieur, ni pourquoi Aizawa était là, ni pour quelles raisons les six autres nains maintenaient une inconnue au sol, ni qui était cette inconnue.
- IZUKU !
Lâchant leur prisonnière, les nains sautèrent sur le prince pour l'étreindre avec force, pleurant de joie dans les bras de ce dernier qui ne comprenait pas une telle démonstration.
- C'est pas possible... pleurnicha Ochako depuis le sol.
- On a pas besoin de toi, alors dégage ! lui répondit d'un ton dur Katsuki en la fixant avec animosité.
- Il faut qu'on discute avant, soupira Aizawa en aidant la princesse à se relever.
Bien plus tard, une fois l'histoire pleinement contée et les décisions prises, Ochako et Aizawa repartirent, l'une mortifiée d'avoir été évincée au profit d'un nain, l'autre fatigué d'avance par la quantité de travail qui l'attendait. Izuku avait abdiqué, laissant le trône à Aizawa sûr que l'homme serait un très bon roi. Et dans la chaumière, Izuku se prit la soufflante du siècle par son amoureux pour avoir laissé entrer une vieille sorcière dans la maison, allant à l'encontre de toutes les recommandations de prudence qu'il recevait chaque matin.
La nouvelle de la mort de la reine fit rapidement le tour du royaume, et l'avènement sur le trône d'Aizawa fut accueilli avec joie. Le chasseur s'entoura de nombreux ministres, créa un système de consultation du peuple qu'il nomma référendum, et le royaume retrouva sa prospérité et sa tranquillité. Le miroir magique de la reine fut donné aux fournisseurs officiels de pierres précieuses du royaume, une petite troupe de sept nains et un jeune homme inconnu de la majorité du peuple, seuls les domestiques du chateau l'ayant reconnu quand il vint en visite au château.
Une fois de retour dans son royaume, Ochako décida de faire abolir les lois empêchant une femme d'accéder au trône sans être mariée. Elle se révéla être une bonne souveraine, et tint tête sans faillir à tous ceux qui eurent l'outrecuidance de croire qu'une femme n'était pas faite pour régner sans un homme à ses côtés. Elle évinça de nombreux prétendants avant de finalement épouser Rikido, son bijoutier personnel, provoquant un scandale l'homme étant d'origine modeste. Mais Ochaku n'en eût rien à faire et fut très heureuse auprès de son époux.
Dans la clairière, la vie reprit son cours sans changement majeur. Chaque matin, les sept nains partaient travailler en discutant joyeusement, non sans avoir reçu un baiser sur la joue de la part d'Izuku. Seul Katsuki avait droit à un chaste baiser sur les lèvres. La petite troupe revenait en chantant le soir, retrouvant leur chaumière avec plaisir. Izuku occupait ses journées comme avant, prenant soin des animaux, du potager, de l'intérieur de la maisonnette et préparant les repas. Le soir venu, tout ce petit monde allait se coucher à l'étage où une seconde chambre avait été aménagée pour laisser un peu d'intimité au seul couple de la maison.
Quelques années plus tard, Shoto eut la surprise de découvrir qu'il avait une sœur aînée, celle-ci débarquant un beau jour dans la clairière. Fuyumi avoua chercher son petit frère depuis des années, son père ayant reconnu avoir abandonné l'enfant en pleine forêt quelques mois après sa naissance. Fuyumi décida de rester vivre dans la clairière, et les nains secondés par Izuku lui construisirent une petite maison, petite maison où elle emménagea avec Eijiro, tous deux étant tombés amoureux.
Une autre maisonnette vint rapidement s'ajouter aux deux autres, Tenya épousant une adorable bergère, Kinoki, rencontrée au marché. D'autres chaumières complétèrent la clairière, la transformant en petit village au fil des unions des nains. Yuga tomba éperdument amoureux de Reiko, lavandière qu'il rencontra lors d'une livraison au château. Mineta fut séduit par Mei, une énergique forgeronne venue rencontrer les nains pour leur acheter du minerai. Ibara, une fleuriste du royaume voisin, épousa Denki. Et Shoto s'unit à la douce Nejire, la couturière qui fit la robe de mariée de Fuyumi.
De ces unions, de nombreux enfants virent le jour, et tout ce petit monde vécut en parfaite harmonie durant de très longues années. Katsuki et Izuku restèrent dans la chaumière d'origine, chaumière qui fut quotidiennement assaillie par les autres membres de la communauté, étant la plus grande du hameau. Izuku et Katsuki se disputèrent régulièrement, mais rien ne put jamais les séparer. Ils n'eurent jamais d'enfants, mais s'occupèrent souvent de ceux de leurs amis, et ils vécurent heureux et amoureux pour toujours.
Present mic assista à tout ceci avec beaucoup d'émotions diverses et variées, ayant trouvé sa place dans la chaumière principale et ayant le droit de rester allumé en permanence. Il ne regretta jamais d'avoir changé de propriétaires et bien des siècles plus tard il contait encore l'histoire d'amour improbable, mouvementée mais passionnée, entre un prince et un nain. La légende raconte que les soirs de pleines lunes, dans le fond des bois de Yuei, on peut entendre Deku et Kacchan se disputer avec toute la passion amoureuse qui les unissait.
FIN.
Commentaire de l'auteur :
Et voilà, Blanche-neige et les sept nains revisité par moi même... J'espère que ça vous a plu. Vous en pensez quoi de ma répartition des nains ? Pour rappel :
- Prof = Tenya (avouez que ça lui va bien).
- Grincheux = Katsuki (mais tellement !)
- Joyeux = Eijiro (on est tous d'accord je crois)
- Dormeur = Mineta (un peu tiré par les cheveux j'avoue)
- Timide = Shoto (là encore un peu tiré par les cheveux)
- Atchoum = Yuga (j'ai hésité à lui faire éternuer des paillettes)
- Simplet = Denki (facile... j'avoue !).
