Résumé : D'un côté le couple Bakugo, de l'autre Inko Midoriya, et au milieu trois bonnes fées et une méchante. Qui va donc endosser les rôles de Pimprenelle, de Flora, de Paquerette et de Maléfique ?

Note de l'auteure : Comme le laisse deviner le titre, et le résumé, il s'agit de mon humble version de La Belle au bois dormant. En espérant que cela vous plaise.

Bonne lecture.

Lili


~ Katsuki au bois dormant.~

Il était une fois, un royaume prospère et paisible où vivaient en parfaite harmonie les hommes, les êtres magiques et les animaux. Ce royaume était régenté par le roi Masaru et son épouse Mitsuki. Tous deux étaient des souverains aimés et respectés de leur peuple et de leurs voisins. Le royaume voisin le plus proche était gouverné par la reine Inko, veuve et mère d'un petit garçon, le Prince Izuku.

Quand Mitsuki tomba enceinte, Inko et elle firent immédiatement de grands projets pour le futur bébé et le Prince Izuku. Des fiançailles entre les deux enfants, dont un pas encore né, furent signées, les deux reines voyant dans ce futur mariage la parfaite union de leur deux royaumes. Masaru tenta bien de tempérer les ardeurs maritales de son épouse et de son amie, mais en vain hélas.

Quand par une belle nuit de printemps, Mitsuki accoucha, Masaru pleura de joie devant l'adorable nouveau-né, avant de rire aux éclats en apprenant que le bébé était un garçon.

- Voilà qui compromet fort les fiançailles avec le Prince Izuku, rit-il.

- Mais pas du tout, décréta Mitsuki en serrant son fils dans ses bras. Regarde comme il est beau notre bébé. Qui ne le voudrait pas comme mari ?

A peine remise de son accouchement, Mitsuki organisa en grande pompe le baptême de son petit garçon, invitant tous les hauts dignitaires du royaume, tous les habitants magiques et, bien sûr, la reine Inko et son fils le Prince Izuku. Masaru glissa dans l'enveloppe destiné à son amie et voisine un petit mot pour l'informer du sexe du nouveau-né, espérant qu'Inko se montrerait plus raisonnable que Mitsuki.

Masaru n'avait rien contre les mariages entres personnes du même sexe. Mais un couple royal se devait d'avoir une descendance, chose qui serait impossible pour les deux princes. Il jugeait donc préférable de rompre les fiançailles entre les deux enfants. Il serait toujours temps d'unir leurs deux royaumes quand lesdits enfants seraient eux-mêmes père. Avec un peu de chance, ils auraient l'un une fille, l'autre un garçon qu'il serait tout à fait possible d'unir.

Deux semaines après sa naissance, le Prince Katsuki fut donc officiellement présenté à l'ensemble de la cour, à tous les hauts dignitaires et à tous les êtres magiques du royaume. Au grand désespoir de Masaru, Inko s'extasia sur la beauté du nourrisson et abonda dans le sens de Mitsuki, ne voyant pas en quoi le fait qu'il soit né garçon empêcherait un mariage avec son propre fils.

Le petit Izuku, alors âgé de quatre ans, regarda avec un intérêt mitigé le tout petit truc gigotant dans son berceau. Il savait, sa mère le lui ayant dit, que quand il serait plus grand il se marierait avec. Mais à l'heure actuelle, il ne voyait qu'un bébé. Et s'il était intrigué par le nourrisson, comme tous les enfants devant un bébé, il ne se voyait pas l'épouser.

- Il va grandir et devenir un très beau jeune homme, le rassura Inko d'une voix douce. Tout comme toi.

Inko et Izuku prirent place aux côtés de Mitsuki et Masaru, et laissèrent s'avancer les trois fées que le couple royal avait choisies comme parrains pour leur héritier. Le premier à s'avancer était grand, tout maigre, blond et avait des yeux bleus lourdement cernés. Il portait une longue robe rouge brodée de bleu et de jaune.

- La cavalerie arrive pour faire son vœu ! s'exclama All Might, ainsi se nommait la fée.

La tradition voulait que chaque parrain ou marraine fasse un don au nouveau-né, don devant l'aider dans sa vie future.

- Jeune Katsuki, déclama d'une fois forte et déterminée All Might, en ce jour je te fais don d'une voix douce et mélodieuse qui enchantera quiconque l'entendra !

Agitant sa baguette magique avec emphase, All Might déclencha une pluie d'étincelles dorés qui firent éternuer le petit prince endormi.

- Merci All Might, sourirent Masaru et Mitsuki.

All Might se recula, laissant la place à son confrère et ami, le second parrain : Hawks. Hawks était une fée dotée de grandes ailes rouges. Il était aussi blond qu'All Might, mais bien plus petit et bien moins maigre. Sa longue robe noire brodée d'or faisait parfaitement ressortir ses grands yeux dorés.

- Prince Katsuki, dit Hawks en se penchant sur le berceau, En ce jour, je te fais don du courage.

Se penchant un peu plus sur le berceau, il souffla pour que seul le nourrisson l'entende :

- Et il t'en faudra beaucoup pour supporter ta mère. Elle est adorable hein, mais têtue comme une mule et un peu castratrice.

En se redressant, Hawks fit un grand sourire innocent aux deux souverains qui le fixaient avec curiosité. Il fit un léger geste avec sa baguette magique et une pluie d'étincelles rouges tomba sur le berceau. Hawks se recula, rejoignant All Might, et laissa le dernier parrain s'avancer. Mais avant que celui-ci ait eu le temps de faire un seul pas, les portes de la salle de réception s'ouvrirent violemment et une voix forte s'écria :

- Veuillez excuser mon retard, Mon Roi et Ma Reine !

Toutes les têtes se tournèrent vers le nouveau venu et tous frémirent. Vêtu d'une longue robe noire rapiécée, ses longs cheveux blancs tombant librement sur ses épaules, Shigaraki, la fée solitaire, venait d'arriver. Tous redoutaient cette fée réputée pour sa cruauté et son goût pour la destruction et le chaos. Shigaraki vivait reclus dans un manoir en ruine aux confins du royaume et sa venue n'était jamais de bon augure.

Masaru frémit d'horreur, mais se leva pour accueillir l'invité, non prévu et non désiré, comme tout bon roi se devait de le faire.

- Shigaraki, salua-t-il. Votre retard est tout excusé.

- Heureusement, ricana Shigaraki, vu que je n'ai jamais reçu d'invitation.

- Sûrement ce sera-t-elle perdue en route, mentit Masaru avec aplomb.

- Sûrement oui, répondit Shigaraki avec un sourire mesquin, pas dupe. Puis-je voir l'adorable héritier ?

- Bien évidemment, assura Masaru en invitant d'un geste la fée à s'approcher du berceau.

Sur son trône Mitsuki se tendit, prête à sauter à la gorge de l'importun s'il tentait quoi que ce soit contre son bébé. Inko agrippa la main de son amie, comprenant son angoisse, et de son bras libre serra contre elle son fils, lequel cru étouffer dans l'étreinte maternelle. Shigaraki s'avança et se pencha sur le berceau, observant le Prince Héritier. Un sourire hypocrite se dessina sur ses lèvres.

- Quel petit ange, souffla-t-il en se redressant.

Oui, avec ses cheveux blonds et son visage poupin, le Prince Katsuki avait tout du petit ange.

- Qu'en penses-tu Spinner ? demanda Shigaraki à son lézard de compagnie.

Spinner était un lézard vert doté d'une touffe de poils violets sur le haut de son crâne, et il était réputé pour être aussi mauvais que son maître. Le reptile chatouilla la joue de Shigaraki avec sa langue, faisant pouffer ce dernier.

- Oui, un adorable petit ange, souffla Shigaraki. Il aura la beauté, à n'en point douter, les gènes ne sauraient mentir.

Il lança un regard équivoque à Mitsuki qui frémit de dégoût. Elle savait qu'elle était belle, mais le voir dans le regard de la fée la répugnait profondément.

- Il aura le courage, et une voix mélodieuse, poursuivit Shigaraki. Et il fera la joie et la fierté de ses parents.

Masaru, toujours debout, se tendit un peu plus en voyant le rictus machiavélique qui se dessina sur les lèvres trop fines et craquelées de l'indésirable.

- Oui, ce garçon fera de grandes choses, continua Shigaraki. Mais à son seizième anniversaire, il se piquera le doigt sur une quenouille et en mourra !

- Non ! hurla Mitsuki en se jetant sur Shigaraki.

Mais ce dernier disparu dans un nuage de fumée, seul son rire diabolique résonnant dans la salle de réception.

Masaru se précipita et prit son épouse dans ses bras, cette dernière pleurant toutes les larmes de son corps.

- Mon bébé, sanglota-t-elle. Non, mon bébé...

S'appuyant sur son mari, elle alla vers le berceau, prenant son fils dans ses bras et le berça tout contre son cœur de mère effondrée.

- Ma Reine, Mon Roi, intervint alors une voix grave.

Tout le monde tourna la tête vers celui qui venait de parler, la dernière fée, le troisième parrain : Aizawa. Brun aux longs cheveux, le teint fatigué, des yeux noirs, vêtu d'une simple robe entièrement noire avec une écharpe grise autour du cou, il n'était pas aussi flamboyant que ses deux amis et collègues et passait bien plus inaperçu.

De nature discrète, Aizawa restait souvent en retrait, laissant les deux blonds attirer l'attention sur eux. Il n'en demeurait pas moins une fée puissante et appréciée de ses pairs et de ses concitoyens. Il s'avança jusqu'au couple royal, leur lançant un regard désolé.

- Je ne peux malheureusement défaire entièrement le maléfice, mais je peux l'atténuer.

Tendant sa baguette vers le nourrisson toujours blotti dans les bras de sa mère, il reprit :

- A ton seizième anniversaire, tu te piqueras le doigt sur une quenouille. Mais tu n'en mourras pas. Tu t'endormiras d'un profond sommeil dont seul un baiser d'amour pourra te réveiller.

Une pluie d'étincelles argentées sortit de la baguette magique de la fée et tomba sur le petit prince, endormi, nullement conscient de ce qu'il se passait autour de lui.

- Merci Aizawa, souffla Masaru soulagé que son fils n'ait pas à vivre sa vie avec une date butoir si proche de sa naissance.

Mitsuki enlaça Aizawa qui grimaça, appréciant moyennement les effusions de ce genre.

Hélas pour lui, à peine fut-il libéré de l'étreinte de la reine qu'il se faisait sauter au cou par la Reine Inko, puis par ses deux comparses All Might et Hawks, le premier sanglotant sans aucune retenue sur son épaule.

- Bien, intervint finalement Masaru. Que cet incident ne vous empêche nullement de profiter des festivités !

D'un geste il signala à l'orchestre de jouer et une musique joyeuse retentit dans la salle, invitant les convives à danser et à se sustenter au buffet préparé pour l'occasion. Les trois fées profitèrent de l'occasion pour s'éclipser dans un des petits salons attenants à la salle de réception.

- C'est terrible ! sanglota All Might à peine la porte refermée derrière Aizawa.

- Pas tant que ça non, soupira Aizawa. Il va grandir paisiblement. Et comme il est fiancé au Prince Izuku, il y a fort à parier qu'il passera beaucoup de temps avec lui. Quand la malédiction se produira, le Prince Izuku n'aura qu'à l'embrasser et ce sera réglé.

- Rien n'assure que le Prince Izuku tombera amoureux du Prince Katsuki ! fit remarquer Hawks. Idéalement, il faudrait le tenir éloigné de la moindre quenouille jusqu'après son seizième anniversaire.

- C'est un Prince, grogna Aizawa. Je doute qu'il soit en contact régulier avec des rouets. A moins qu'il ne lui prenne l'envie de se mettre au tissage.

- Certes, soupira All Might, mais Shigaraki est vicieux. Qui sait de quoi il est capable pour arriver à ses fins ?

Une même grimace déforma les traits des deux autres fées. Ils avaient, hélas, conscience qu'All Might avait parfaitement raison.

- Idéalement, soupira Hawks, il faudrait garder le Prince Katsuki caché jusqu'au lendemain de ses seize ans. Alors la malédiction serait caduque et il pourrait vivre le reste de sa vie en paix.

- Ça ne va pas être simple de le cacher alors que tout le royaume sait où il vit et qui il est, fit remarquer Aizawa d'un ton plat.

Les trois fées discutèrent longuement des diverses possibilités pour cacher l'héritier du royaume aux yeux de Shigaraki. Modifier son apparence ? Aucun intérêt. Il resterait malgré tout le Prince et donc serait facile à trouver. Le transformer en animal ? Dangereux. Seize ans à vivre comme une bête, aussi bien traitée soit-elle, ne serait nullement bénéfique pour le futur roi. Le rendre invisible à ses ennemis ? Même à eux trois ils n'avaient pas assez de puissance pour réussir un tel sortilège.

- Et si... souffla All Might, nous l'élevions nous même ?

- Quoi ? rit Hawks. Enfin, All Might, tu n'y penses pas ?

- Cela me semble difficile, fit remarquer Aizawa.

- Je sais, ça parait fou, confirma All Might. Mais réfléchissez-y ! Si vous emmenions le Prince Katsuki avec nous, nous pourrions vivre dans un endroit reculé, loin de tout. Nous pourrions faire son éducation, et Shigaraki...

- Nous retrouvera au premier sortilège que nous lancerons, l'interrompit Aizawa.

- Sauf si nous renonçons à faire de la magie tant qu'il est sous notre garde, contra All Might. Nous pourrions le ramener au château le jour de son seizième anniversaire, et il reprendrait sa place parmi les siens. Et surtout, il serait vivant et éveillé !

Aizawa et Hawks se regardèrent longuement, pesant le pour et le contre de cette solution. All Might attendit en silence, se tordant les mains d'angoisse, le verdict de ses amis.

- Et où irions nous ? demanda Aizawa. Shigaraki connait parfaitement l'emplacement de nos demeures.

- Mais il n'a pas connaissance de celle de notre regretté Gran Torino, assura All Might.

- Personne n'a jamais su où il vivait, fit remarquer Hawks.

- Si, contra All Might. Moi, je sais. Et ce serait parfait pour nous dans cette situation.

- Vivre sans magie ? souffla Hawks. Je ne veux pas t'inquiéter All Might, mais personnellement je ne sais pas faire grand chose sans magie.

- Nous apprendrons, décida All Might avec un grand sourire. Après tout, si des humains y arrivent, pourquoi pas nous ? Nous ne sommes pas plus bêtes qu'eux quand même ?!

Aizawa fronça les sourcils en voyant les deux blonds se lancer dans une liste, assez inquiétante, de tout ce qu'ils devaient apprendre à faire par eux même sans compter sur la magie. L'idée d'All Might n'était pas bête. Elle avait cependant un point faible de taille !

- Sans vouloir doucher votre enthousiasme, lâcha-t-il finalement, comment comptez-vous expliquer à Masaru et Mitsuki qu'ils ne pourront pas voir leur précieux fils pendant seize longues années ?

La grimace qui déforma les traits des deux blonds fut une réponse en soi. Ils n'y avaient pas pensé. Aizawa se retrouva face à deux regards de chiots éplorés et grinça des dents.

- Non ! Pas question que je m'y colle seul ! Ou vous venez avec moi et vous m'aidez à les convaincre, ou vous abandonnez cette idée ! Et avant de partir où que ce soit, on doit prendre des cours auprès de la nourrice pour savoir comment s'occuper d'un bébé !

All Might et Hawks acquiescèrent, conscients que quelques conseils ne seraient pas de trop pour leur ambitieuse entreprise.

Convaincre Masaru et Mitsuki ne fut pas chose aisée. Surtout que Masaru avait ordonné la destruction immédiate de tous les rouets et quenouilles du royaume, pensant ainsi écarter le danger. Mais une nuit, Mitsuki vit Spinner, l'horrible lézard de Shigaraki, près du berceau de son fils. Comprenant que le danger ne résidait pas qu'en la malédiction elle-même, le roi et la reine acceptèrent, le cœur lourd, de confier leur précieux Katsuki aux trois fées.

Ce fut donc deux semaines après le baptême qu'All Might, Hawks et Aizawa quittèrent en catimini le château, vêtus comme de simples paysans, au beau milieu de la nuit. Ils passèrent par la porte de la cuisine, la cour arrière et prirent les petites routes, s'éloignant à chaque pas un peu plus du palais. Dans les bras d'Aizawa, bien emmitouflé dans une chaude couverture, le Prince Katsuki dormait profondément. Dans la nurserie désormais vide, Masaru et Mitsuki pleurèrent longuement le départ de leur enfant, s'accrochant à l'espoir de le revoir dans seize ans.

~oOo~

Quinze longues années passèrent dans la paix et la tranquillité pour le royaume. La mystérieuse disparition du Prince Katsuki avait bien évidemment fait pleurer dans les chaumières, mais le Roi avait rassuré tout le monde en affirmant que le Prince reviendrait bientôt. Inko rendit souvent visite à ses amis, les soutenant autant que possible face à cette absence qui les chagrinait énormément. Le Prince Izuku grandit et devint un beau jeune homme, fort et intelligent, pour la plus grande fierté de sa mère.

Bien loin du palais, aux confins du royaume, dans les profondeurs d'une immense forêt, se trouvait une petite chaumière. Cachés de tous, y vivaient trois hommes et leur neveu. Les premières années n'avaient pas été simples pour les trois hommes. Outre aménager la chaumière délabrée, ils avaient dû s'occuper d'un bébé chose inédite pour eux. Changer les couches, donner le bain, les biberons, tout ceci était nouveau pour eux, et ne se fit pas sans difficultés. Mais le temps passant, ils trouvèrent leurs marques et virent grandir l'adorable petit bonhomme dont ils avaient la lourde charge.

Tout en préparant le petit déjeuner, All Might essuya une petite larme nostalgique aux souvenirs des premiers pas de celui portant le doux nom de Kacchan. Le bruit d'une porte qui claque le fit sursauter, le sortant de ses souvenirs émus.

- Kacchan ! réprimanda Hawks. Ne claque pas les portes !

- Ça va, répondit une voix grave et rauque. Cette foutue baraque va pas s'effondrer pour une putain de porte qui claque !

All Might soupira discrètement et posa un regard désabusé sur les deux blonds qui se disputaient à quelques pas de lui. Kacchan, surnom donné au Prince Katsuki par les trois fées, avait bien grandi depuis son départ secret du château royal. Il était devenu un beau jeune homme, ressemblant énormément à sa mère. Il avait les même cheveux blonds cendrés, même si les siens étaient courts et ne connaissaient visiblement pas les lois de la gravité, contrairement à la Reine qui les portaient longs.

Il avait aussi les mêmes yeux rouges écarlates que sa mère et les mêmes traits fins et harmonieux. Mais, Kacchan avait surtout le même caractère explosif que la Reine, au grand désespoir de ses parrains qui auraient largement préféré qu'il hérite du calme et de la diplomatie de son royal paternel.

- Dis à Aizawa de nous ramener des mûres, lança Hawks au moment où Kacchan quittait la chaumière.

- Va lui dire toi-même, l'emplumé ! rugit Kacchan.

Hawks sourit moqueusement et se tourna vers All Might qui soupira lourdement.

- Ce gamin...

- C'est pas toi qui lui avait fait don d'une voix douce et mélodieuse ? s'enquit Hawks avec un rictus sarcastique.

- Si, admit All Might. J'ai du raté quelque chose dans le sortilège hein...

- Ça c'est sûr, confirma son ami en riant.

Oui, All Might l'admettait sans mal, son don n'avait pas été une franche réussite. Kacchan avait certes une jolie voix, grave et un peu rauque, mais elle n'était ni douce, ni mélodieuse. Mais peut-être était-ce parce que le jeune homme ne s'exprimait qu'en bougonnant, râlant ou vociférant que le côté enchanteur de sa voix n'était pas audible.

Bien loin de se douter de ce qui se passait dans la tête de ses oncles, Kacchan courut dans les bois pour rejoindre Aizawa. Ce matin, son oncle brun devait l'aider à s'entraîner au combat à l'épée. Bien que le jeune homme ai grandi au fond des bois, ses trois oncles avaient toujours eu à cœur de faire son éducation. Ainsi, il savait parfaitement lire, écrire, compter, dessiner, se battre au corps à corps ou avec des armes et chevaucher.

Et ça s'était les connaissances de base. Kacchan étant naturellement curieux, il avait aussi appris à cuisiner, à coudre, à jardiner, à chasser, à pêcher. Il s'était aussi intéressé à l'histoire, à la géographie, à la magie, à la musique, et à bien d'autres choses encore. Il savait parfaitement grimper aux arbres, connaissait toutes les plantes poussant dans la forêt et leurs propriétés, et avait une excellente connaissance de la faune environnante.

Bref, Kacchan était un jeune homme intelligent, instruit et athlétique. Vivre dans les bois ne l'avait jamais gêné, il n'avait jamais ressentit le besoin de rencontrer d'autres personnes que ses oncles. Il avait accompagné une fois, une seule fois Aizawa et All Might au marché, et il n'avait pas du tout aimé ni le bruit, ni la foule. Oui, Kacchan était un sauvage qui se satisfaisait pleinement de sa vie telle qu'elle était. Enfin presque... Il ne comptait pas rester éternellement ici.

Le jeune homme voulait voyager, voir du pays, d'autres paysages, découvrir de nouvelles choses. Les gens ne l'intéressaient pas, mais la faune et la flore si. Il rêvait d'escalader des montagnes, de découvrir la neige, de côtoyer des ours et des loups, de nager avec les dauphins et les requins. Mais, il ne partirait pas tant que ses oncles seraient de ce monde. Malgré les prises de bec, quotidiennes, et les disputes, régulières, au sein de la chaumière, Kacchan aimait ses oncles.

Il les aimait comme on aime des parents. C'était eux qui l'avaient élevé, qui lui avaient appris tout ce qu'il savait, ou presque. Eux aussi qui l'avaient consolé quand, enfant, il pleurait. Eux qui l'avaient rassuré quand il faisait des cauchemars. Eux aussi qui l'avaient encouragé, soutenu, avec patience et bienveillance à chacun de ses pas. Pourtant, rien n'obligeait les trois hommes à s'occuper de lui ainsi.

Kacchan ne savait pas vraiment comment il s'était retrouvé à leur charge. Hawks lui avait dit qu'ils étaient ses parrains et que suite à divers évènements, il avait été jugé préférable que ce soient eux qui l'élèvent. All Might avait pleuré en disant que c'était une histoire tragique, mais que tout irait bien, ce qui n'avait nullement éclairé le jeune homme. Aizawa, plus pragmatique, lui avait promis de tout lui expliquer plus tard.

Le jeune homme, en absence de réponse claire, en avait tiré ses propres conclusions. Pour une raison ou pour une autre ses parents l'avaient abandonné, et les trois hommes l'avaient pris sous leurs ailes. Il n'en voulait pas à ses parents, et au contraire les remerciait de l'avoir confié à ses trois parrains. Avec eux, il menait une vie tranquille, à l'écart du monde et il en était pleinement satisfait. Il ne s'imaginait pas une seule seconde vivre en ville, ou pire, dans un château !

- Tu es en retard !

L'assertion le fit grimacer et Kacchan répondit en bougonnant que c'était la faute de l'autre emplumé qui lui avait tenu la jambe pendant trois plombes. Aizawa soupira, amusé par les bougonnements de son filleul, et l'entraînement commença. Aizawa était très satisfait de son élève, ce dernier apprenait vite et était très doué au combat, quel que soit le combat.

Cependant, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Le seizième anniversaire de Kacchan approchait à grands pas, et avec lui le prochain retour au château du Prince héritier. Et Aizawa n'était pas sûr que Katsuki soit prêt pour ça. Le jeune homme était un sauvage, plus heureux dans la nature avec les animaux qu'en compagnie des humains. Reprendre son rôle de Prince ne serait pas simple, et ne se ferait certainement pas sans heurt.

Et pour compléter le tout, il y avait le Prince Izuku, le fiancé de son filleul. Fiancé dont ledit filleul n'avait jamais entendu parler, et Aizawa n'était pas sûr que la nouvelle passerait sans cris et et vociférations diverses et variées. Bref, Aizawa voyait se profiler à l'horizon un nombre dangereux de crises en tous genres, et il ne voyait aucun moyen de les éviter. Quel dommage qu'aucun d'eux n'ait le pouvoir d'arrêter le temps.

- Ça suffit pour aujourd'hui, annonça finalement Aizawa après de longues heures d'entraînement.

- Je peux encore tenir ! protesta Kacchan.

- Toi sûrement, confirma Aizawa, mais moi non. Et je dois rejoindre All Might.

- Ok, on se retrouve tout à l'heure alors, soupira le jeune homme. Je vais aller chercher des mûres pour le blond ailé.

Aizawa salua Kacchan d'un geste de la main, lui rappelant d'être prudent et de ne pas faire n'importe quoi, ce qui bien évidemment fit râler le blond. Resté seul, ce dernier enfonça les mains de les poches de son pantalon noir, et quitta la clairière où il se trouvait pour s'enfoncer dans les bois. Il savait très exactement où trouver des mûres. Il siffla entre ses dents, et très vite les bruits d'un galop se firent entendre.

Un cheval entièrement rouge surgit entre les arbres, allant immédiatement frotter ses naseaux dans les cheveux blonds ébouriffés de Kacchan.

- Ramène ta fraise Eiji, on va chercher des mûres ! annonça le jeune homme en flattant l'encolure de l'équidé.

Souplement, il monta sur le dos du cheval, qui se lança immédiatement au galop parmi les arbres, son cavalier s'accrochant d'une main à la crinière flamboyante.

En quelques minutes, la monture et son cavalier atteignirent un petit coin de forêt où se trouvait plein de mûres, juste à côté d'une petite rivière. Kacchan sauta agilement au sol, et laissa Eijiro se désaltérer pendant qu'il s'attelait à la délicate tâche de tresser des fougères ensembles pour former un petit panier. Une fois son panier de fortune achevé, il entreprit de le remplir avec les petits fruits noirs et juteux qu'Hawks aimait tant.

- Attends ! Pas si vite !

Le cri, accompagné d'un bruit de galop, attira l'attention de Kacchan et Eijiro vers la rivière. Ils virent arriver à toute allure un cheval blanc avec sur son dos une silhouette vociférant à tout va. Le cheval pila net quand il arriva devant la rivière, et son cavalier effectua un magnifique vol plané avant d'atterrir la tête la première dans l'eau.

L'équidé blanc eut le bon ton de prendre un air penaud quand son maître se releva en le fusillant des yeux. Face à cette scène, Kacchan ne put se retenir et éclata d'un rire franchement moqueur, Eijiro pouffant sans aucune discrétion à ses côtés.

- Oh putain ! haleta difficilement le jeune homme blond. Ce plongeon !

Il riait tellement qu'il se roula au sol, Eijiro l'imitant son corps massif et puissant secoué de tremblements hilares.

L'équidé blanc émis un hennissement désapprobateur, dardant un regard noir vers le duo riant sans vergogne. Loin de calmer l'amusement de ceux-ci, cela déclencha une nouvelle vague de rires.

- Quand vous aurez fini de vous foutre de nous, vous pourrez nous dire qui vous êtes et ce que vous faites là !

Le ton réprobateur du malheureux cavalier trempé fit tiquer Kacchan, qui se releva d'un bond, tout rire envolé.

- C'est plutôt à moi de demander ça, le looser ! T'es qui ? Et qu'est-ce que tu fous là ?! Hein ?!

Les deux hommes se fixèrent longuement, l'un attendant une réponse que l'autre tardait à lui donner, se fusillant des yeux.

Fidèles à leur maître respectif, les deux chevaux se fixèrent avec animosité, tout en soufflant bruyamment.

- Je m'appelle... Deku, répondit finalement le nouveau venu. Et mon cheval s'appelle Tenya. Et nous sommes venus pour nous promener.

Kacchan plissa les yeux avec suspicion. Il avait noté la légère hésitation sur le nom donné, et n'avait pas raté le coup d'œil surpris du cheval blanc à son cavalier.

- T'es un putain de chasseur ? grogna-t-il accusateur, cherchant des yeux une arme quelconque pouvant accréditer ses craintes.

- Quoi ? Non ! s'offusqua Deku. Je suis juste venu me balader, et peut-être ramasser quelques baies sauvages ou des champignons, c'est tout !

Kacchan n'était nullement convaincu. Ce type était trop bien habillé, avec des fringues bien trop luxueuses pour être un simple promeneur.

Il détailla rapidement son vis-à-vis. C'était un homme assez jeune, n'ayant ni rides, ni cheveux grisonnants. Une touffe de cheveux verts ondulés surmontait son visage assez rond, quelques mèches encadrant deux grands yeux verts. Il semblait bien propre sur lui, si on excluait son visage constellé de tâches brunâtres. Il portait un pantalon noir, avec une chemise blanche et une veste verte brodée de gris.

Un coup d'œil vers le cheval blanc suffit à Kacchan pour confirmer que Deku n'était pas un simple villageois venu se balader dans les bois. La selle sur le dos de l'équidé était décorée de motifs creusés dans le cuir, les étriers étaient ornés de discrètes pierres précieuses et les rênes étaient brodées de fils d'or. Bref, le jeune homme était clairement de bonne naissance, et Kacchan se méfiait des bourgeois et des nobliaux comme de la peste.

Sous prétexte d'être nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche, ceux-ci se considéraient au-dessus des lois de la nature, tuant sans vergogne tout animal croisant leur chemin. Et non content de tuer plus que de raison, ils chassaient parfois juste pour le plaisir, laissant leurs proies agonisantes sur place, sans même les achever. Kacchan ne comptait plus le nombre de fois où il avait lui-même tenté de soigner les animaux blessés, malheureusement pas toujours avec succès.

Lui-même et ses parrains chassaient de temps en temps, mais jamais plus que ce dont ils avaient besoin pour se nourrir. Et ils respectaient les périodes de reproduction, laissant ainsi à la faune le temps de s'agrandir et d'ainsi préserver chaque espèce existante. Mais les riches n'en avaient rien à faire de tout ceci, seul comptait leur petit plaisir personnel, et ça Kacchan ne le digérait pas.

- Et toi ? Comment t'appelles tu ?

La question sortit Kacchan de ses ruminations intérieures et il darda un regard sombre sur ce Deku de pacotille qui venait de l'interpeller.

- Kacchan, répondit-il finalement. Et lui, c'est Eijiro, ajouta-t-il en désignant le cheval rouge à ses côtés.

Ce dernier releva fièrement la tête, se pavanant sans aucune honte devant son homologue blanc et le cavalier de celui-ci.

- Vous avez rien à foutre ici, reprit Kacchan d'un ton dur. Alors dégagez !

- La forêt est à tout le monde, contra Deku avec force. On ne fait rien de mal, je veux juste des champignons et des baies sauvages.

- Parce qu'un bourge dans ton genre ça s'y connait en champignons et en baies sauvages ? ricana Kacchan. Tu vas juste t'empoisonner. Remarque, tu débarrasseras le plancher comme ça.

Le nommé Deku fronça les sourcils, vexé. Certes, il n'y connaissait rien, mais la cuisinière ferait le tri dans ses trouvailles. Il darda un regard noir sur le blondinet moqueur de l'autre côté du ruisseau. Vêtu d'un pantalon noir, d'une chemise orange dont les manches retroussées dévoilaient des avant-bras musclés, et chaussé de bottes en cuir brun, le blond avait tout d'un sauvage. Le fait que son cheval ne porte ni selle, ni mors, ni rênes, ni aucun accessoire, renforçait cette impression.

Mais si le Prince Izuku se trouvait dans les bois en ce moment-même, c'était justement parce qu'il n'en pouvait plus des grands airs de la cour, et de fréquenter en permanence des nobles trop protocolaires. Bien évidemment, il n'était pas question qu'il se présente comme étant le Prince héritier du Royaume de Midoriya, aussi avait-il donné un faux nom au dénommé Kacchan. Par chance, ce dernier ne semblait pas l'avoir reconnu.

Bref, Izuku n'avait nullement envie de dégager ou de débarrasser le plancher, comme l'y avait si gentiment invité son interlocuteur. Bien au contraire ! Son envie de rébellion l'avait mené jusque là, et lui avait fait rencontrer un jeune homme, peu sympathique au premier abord, et à mille lieues de ceux qu'il fréquentait quotidiennement, il n'allait pas s'arrêter en si bon chemin.

- Et si toi tu m'apprenais à reconnaître les champignons et les baies sauvages, finit-il par suggérer.

- Et pourquoi je ferai ça ? s'étonna Kacchan. C'est pas moi qui risque de finir avec la chiasse ou de crever.

- Je peux t'offrir quelque chose en échange ? proposa Izuku, nullement décidé à laisser passer une telle occasion.

- J'ai déjà tout ce dont j'ai besoin, rétorqua Kacchan.

- Je peux peut-être t'apprendre quelque chose en échange ? tenta Izuku un peu désespéré.

Kacchan plissa les yeux, évaluant son interlocuteur avec suspicion. Pourquoi ce bourgeois tenait-il tant à rester en sa compagnie ? Où était l'entourloupe ? Et depuis quand les bourgeois venaient-ils faire la cueillette dans les bois ? Sa suspicion dû se voir sur son visage, Deku s'empressant de se préciser :

- Je te jure que je n'ai aucune mauvaise intention !

- Ça c'est à moi d'en décider ! claqua Kacchan méfiant.

Pendant que Deku tentait d'obtenir quelque chose de Kacchan et que Kacchan cherchait où était le piège, Eijiro se rapprocha de Tenya, allant le renifler avec intérêt. Tenya recula, soufflant, offusqué, par les naseaux. De quel droit ce sauvage osait-il l'approcher ainsi, lui un pur sang issu d'une longue lignée d'équidés royaux ? Mais Eijiro prit cela pour un jeu et se rapprocha à nouveau du cheval blanc, frottant son museau contre l'encolure parfaitement entretenue.

Tenya jeta un regard circonspect sur son maître, qui débattait toujours avec le blond débraillé, et voyant qu'il n'aurait aucun secours de ce côté, tenta d'éloigner l'importun un peu trop collant à son goût. A son grand désespoir, son homologue rouge ne comprit nullement son léger hennissement, venant se coller un peu plus à lui. Embarrassé, Tenya laissa finalement Eijiro se frotter contre lui, ne sachant comment s'en défaire sans risquer de se ridiculiser et, par voie de conséquence, de ridiculiser son maître.

Il l'avait déjà bien assez fait en jetant son cavalier dans la petite rivière. Tenya avait eu peur d'une guêpe et était parti au triple galop, affolé, sans tenir compte des ordres du Prince. Résultat, le Prince avait atterri dans la rivière, où il se tenait toujours, l'eau lui arrivant aux genoux, toujours en train de parlementer avec le blond. Bref, Tenya se résigna à subir les câlineries d'Eijiro, qui s'en trouva ravi. Il n'avait pas si souvent que ça l'occasion de croiser un congénère, et celui-ci était tout à fait charmant de son point de vue.

- D'accord, finit par céder Kacchan agacé par la persévérance de Deku. Je t'apprends à reconnaitre les champignons et les baies sauvages.

- Et en échange je t'apprendrais à danser ! sourit Izuku ravi d'être arrivé à un arrangement avec le blondinet.

Kacchan hocha la tête, signant là leur étrange accord et enjoignit Deku à le rejoindre sur la rive pour commencer dès maintenant son apprentissage.

La nuit était tombée depuis un moment quand Kacchan rejoignit finalement la chaumière où il vivait. Il ne savait pas quoi penser exactement de ces heures passées en compagnie de Deku. Ce dernier n'était pas aussi désagréable qu'il l'avait craint. Totalement infoutu de différencier un cèpe d'une amanite jonquille, et une myrtille d'une baie de lierre, mais pas si chiant que ça.

Kacchan avait été agréablement surpris de constater que Deku était réellement désireux d'apprendre, et attentifs à ses explications. En revanche, il avait la fâcheuse manie de marmonner dans sa barbe inexistante, ce qui avait le don d'agacer Kacchan. Il n'avait aucune discrétion, et tous les animaux du coin l'avaient entendu arriver à trois kilomètres minimum. Mais il avait de l'humour, de la conversation, du répondant et semblait foncièrement gentil.

Deku avait cependant des réactions que Kacchan ne comprenait pas. Quand il s'était approché pour ôter les taches brunâtres bizarres que Deku avait sur les joues, ce dernier avait rougit furieusement et s'était mis à bafouiller en postillonnant. Kacchan ne voyait pas pourquoi son geste avait déclenché une telle réaction. Selon ses lectures, seules les jouvencelles amoureuses rougissaient ainsi. Et Deku n'avait rien d'une jouvencelle...

Il s'était avéré que les fameuses taches bizarres n'étaient pas de la saleté, mais des tâches de rousseurs. C'était la première fois que Kacchan en voyait, et il avait trouvé ça mignon. Quand il l'avait dit, Deku avait à nouveau rougit et bafouillé Ce mec était bizarre... Il avait d'ailleurs décrété que lui et Kacchan étaient désormais amis, choquant le blond qui n'avait certainement pas envisagé la chose de cette façon.

Bordel, il ne savait pas ce que c'était qu'un ami. Enfin, si en théorie il savait. Il avait lu des trucs sur l'amitié dans les livres de ces oncles. Mais il n'avait jamais eu d'ami jusqu'ici et doutait qu'on puisse considérer quelqu'un comme ami après juste quelques heures passées ensemble. Surtout qu'ils avaient passé une bonne partie de ces heures à se disputer pour tout et n'importe quoi. Bref, Kacchan n'était pas convaincu.

En léger coup sur son épaule attira son attention que Eijiro. Il flatta le museau du cheval qui partit satisfait se réfugier dans le petit abri construit pour lui par les quatre occupants de la clairière. Eijiro n'avait pas lâché Tenya d'une semelle, malgré les rebuffades plus ou moins offusqués du cheval blanc. Kacchan regarda l'équidé rouge disparaître, songeant que ce dernier semblait avoir décidé que Tenya était son ami, sans tenir compte de l'avis dudit Tenya. Finalement, Deku et Eijiro se ressemblaient un peu.

- C'est à cette heure là que tu rentres ? soupira une voix grave devant lui.

Kacchan tourna la tête vers la porte d'entrée de la chaumière où Aizawa se tenait l'air blasé. Il n'eut pas le temps de répondre à son oncle, ce dernier se faisant violemment bousculé par une tornade blonde qui sortit en braillant :

- Kacchaaaaaannnnnnnn !

En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, Kacchan se retrouva dans l'étreinte puissante et étouffante d'un All Might sanglotant qu'il s'était tellement inquiété et qu'il avait eu si peur qu'il lui soit arrivé quelque chose.

- Et si tu le laissais respirer voir ? se moqua Hawks en sortant à son tour de la maisonnette.

- Tu étais où ? Tu faisais quoi ? Tu t'es blessé ? s'affola All Might en se détachant de son filleul pour mieux l'examiner. Rentre vite, tu vas attraper froid à rester dehors !

Sans laisser le temps au jeune homme de répondre, All Might le traîna à l'intérieur, le poussant vers la cheminée pour qu'il se réchauffe et lui posant sur les épaules un plaid bien chaud. Blasé, mais ayant l'habitude, c'était la même chose à chaque fois qu'il rentrait un peu tard, Kacchan se laissa faire. Il profita que son parrain soit dans la petite cuisine pour lui préparer son assiette, pour tendre à Hawks son panier rempli de mûres et de baies sauvages.

Il rassura ses trois oncles en leur expliquant qu'il n'avait juste pas vu le temps passer, et que s'étant un peu trop éloigné dans la forêt il avait pris un peu de temps pour revenir. Il ne leur parla pas de sa rencontre avec Deku, ne voulant pas donner aux trois hommes des raisons de plus de le gonfler. En effet, ceux-ci lui avaient toujours fortement déconseillé de parler à des étrangers, lui certifiant que tout le monde n'était pas doté de bonnes intentions. Et après on s'étonnait qu'il soit méfiant !

~oOo~

- Un, deux, trois... un, deux, trois... Voilà, c'est très bien ! Tu t'en sors très bien Kacchan !

- Évidemment ! grogna Kacchan en réponse. Je suis pas débile non plus, hein ! Abruti de Deku !

Ledit Deku rit un peu tout en faisant tournoyer Kacchan du bout des doigts avant de le ramener contre son corps. Sa main trouva naturellement sa place dans le dos du blond, lequel glissa son bras autour de ses épaules.

Tout en broutant les touffes d'herbes agrémentant la clairière, Eijiro et Tenya assistèrent au cours de danse. Les deux équidés s'entendaient étonnamment bien, Tenya s'étant habitué à la nature joviale et câline d'Eijiro, et se permettant même de se laisser un peu aller en présence du cheval rouge. Il n'avait de toute façon pas eu d'autre choix que de s'y faire, son maître venant plusieurs fois par semaine dans ces bois pour retrouver Kacchan.

Cela faisait maintenant plusieurs mois que cela durait. Les deux jeunes hommes se retrouvaient entre trois et quatre fois par semaine pour échanger leurs savoirs respectifs. Avec Kacchan, Deku apprenait à reconnaître les diverses plantes de la forêt, à savoir lesquelles étaient comestibles, et les habitudes de la faune environnante. Le Prince avait pleuré d'émotion le jour où Kacchan lui avait montré une renarde et ses petits jouant près de leur terrier.

Izuku n'avait jamais été un grand adepte de la chasse, supportant mal de voir d'innocents animaux souffrir. Et aux côtés de Kacchan, il avait compris que si chasser pouvait s'avérer nécessaire, cela ne devait pas se faire n'importe comment ni à n'importe quel moment. L'équilibre de la nature était fragile et il fallait le respecter. Fort de ces nouvelles connaissances et convictions, il avait fait des pieds et des mains pour limiter la chasse au sein même de son royaume, au grand damne des amateurs de la chasse.

Au fil de leurs rencontres, Izuku avait appris à connaître le sauvage Kacchan, et à l'apprécier de plus en plus. Il l'appréciait tellement, qu'il ne pouvait s'empêcher de penser à lui en permanence, se demandant ce qu'il faisait, où il était, et ce qu'ils feraient ensemble la prochaine fois qu'ils se verraient. Il lui arrivait même de rêver de Kacchan la nuit, seul dans son grand lit à baldaquin.

Izuku avait fini par admettre, en son for intérieur, qu'il était tombé amoureux du blond qui passait pourtant beaucoup de temps à se moquer de lui ou à l'engueuler pour diverses raisons. N'ayant jamais ressentit le besoin de séduire qui que ce soit jusqu'à présent, Izuku s'était discrètement renseigné sur la question. Hélas, aucune de ses tentatives n'avait porté ses fruits.

Lui offrir des fleurs ? Kacchan l'avait regardé surpris, avant de lui demander où il les avait eu et comment on les cultivait. Et l'engueulant parce que qu'est-ce qu'il voulait qu'il fasse de fleurs sans racine ? Comment allait- il pouvoir les replanter hein ? Abruti de Deku ! Bref, les fleurs n'avaient eu aucun succès. Les chocolats n'en avaient pas eu plus. Après avoir examiné avec suspicion la boîte et son contenu, le blond avait consenti à y goûter, pour tout recracher immédiatement.

Les merdes trop grasses et trop sucrées, dixit le blond difficile, avaient fait le bonheur d'Eijiro sous le regard horrifié d'Izuku. Izuku qui s'était pris une soufflante quand il avait expliqué que le chocolat n'était pas bon pour les animaux. Si c'était pas bon pour les animaux, pourquoi se serait bon pour les humains ? Crétin de Deku ! Le temps qu'il lui avait fallu pour convaincre Kacchan qu'il n'avait pas tenté de l'empoisonner avait dissuadé Izuku d'offrir quelques nourritures que ce soit à celui qui avait volé son cœur sans le savoir.

Comprenant que les présents ne lui seraient d'aucune aide pour séduire Kacchan, Izuku avait tenté de le complimenter. Mais là encore, ce ne fut pas chose aisée. Pas qu'Izuku n'avait pas mille et une choses à complimenter chez le blond, mais celui-ci se montrait peu réceptif aux éloges, surtout quand il ne les pensait pas méritées. Pour lui ça n'avait rien d'extraordinaire de savoir monter aux arbres, de chevaucher à cru, ou de s'orienter sans jamais se perdre dans les bois.

Bref, Izuku était un peu désespéré, et ne savait plus comment faire comprendre ses sentiments à l'objet de ceux-ci. Aussi avait-il trouvé un moyen pour se rapprocher de lui, se servant de l'unique chose que Kacchan semblait attendre de lui : la danse. Que le blondinet sauvage veuille apprendre à danser avait surpris le Prince, mais il avait accepté avec plaisir dès le début. Et sentir le corps musclé de Kacchan si proche du sien lors de leurs leçons décuplait le plaisir qu'Izuku prenait à enseigner son savoir dans ce domaine.

Le Prince avait bien tenté de proposer d'autres activités, mais avait vite compris que Kacchan savait se battre au moins aussi bien que lui, sinon mieux, et était un cavalier bien plus doué que lui. Le blond avait fini par lui avouer que la danse était le seul domaine où ses oncles étaient totalement ignorants et donc qu'ils ne lui avaient jamais enseigné. Leur rencontre était pour lui l'occasion de combler cette lacune. Kacchan était naturellement curieux et avait envie de tout savoir.

Après le menuet, le quadrille, la tarentelle, et la gigue, Izuku enseignait donc actuellement la valse à Kacchan.

- Ne regarde pas tes pieds, le disputa-t-il. Regarde moi !

- Comment je fais pour faire les même pas que toi sans regarder mes pieds hein ?! bougonna Kacchan en relevant la tête. Viens pas te plaindre si je t'écrase les orteils !

- Fais moi confiance, je guide, sourit Izuku. Et promis je ne me plaindrais pas. Tu t'en sors très bien jusqu'à maintenant.

- Mouais...

La moue peu convaincue de Kacchan donna l'envie à Izuku de l'embrasser, mais il se retint.

- Après je t'apprendrai la gaillarde, repris le Prince, chassant son envie malvenue.

- C'est moins chiant j'espère, râla Kacchan. Parce que là on tourne en rond !

Deku éclata de rire, faisant râler un peu plus son élève. Il lui expliqua que c'était un peu le principe même de la valse : tourner en rond.

- C'est vraiment dommage qu'il n'y ait pas de musique, soupira Deku.

- Je connais deux trois morceaux de valse, répondit Kacchan. Je peux les chantonner si tu veux. Mais t'as pas intérêt à te foutre de ma gueule sinon je te jette dans les ronces !

Agréablement surpris par la proposition, Deku s'empressa de promettre de ne pas se moquer et d'accepter. Il savait que Kacchan avait appris la musique avec ses oncles, mais n'avait encore jamais jusqu'à présent eu l'occasion de l'entendre chanter ou jouer d'un instrument.

Un peu gêné, Kacchan commença à chantonner, tout doucement d'abord, guettant du coin de l'œil la réaction de son cavalier. Si ce dernier avait ne serait que le début d'un frémissement d'un sourcils ou d'une lèvre, il le jetait directement dans la touffe d'orties à quelques mètres d'eux. Kacchan aimait bien chanter, mais seul Eijiro avait le privilège de l'entendre. Même ses oncles ne l'avaient jamais entendu chanter.

Dès les premières notes, Izuku fut subjugué. S'il avait toujours trouvé la voix de Kacchan très belle, là elle était tout simplement enchanteresse. Ne voyant aucune trace de moquerie ou d'amusement sur le visage de Deku, Kacchan prit de l'assurance et se mit réellement à chanter un morceau de musique qu'il avait appris il y a longtemps. Il savait avec certitude que c'était une valse parce que c'était le titre du morceau : La valse de la chauve souris.

Tout en chantant, Kacchan se laissa guider par Deku, ce dernier suivant le rythme de la musique. En bordure de leur piste de danse herbeuse, Eijiro tourna autour de Tenya, suivant la voix de son maître. Tenya le regarda faire, dubitatif, avant de le rejoindre dans cette ronde équine. Deku ne quitta pas des yeux Kacchan, émerveillé tant par sa voix que par son visage. C'est la première fois qu'il le voyait aussi détendu, sans cet éternel froncement de sourcil qui durcissait ses traits fins et harmonieux.

- Tu es si beau...

Les mots quittèrent les lèvres d'Izuku, sans l'accord de celui-ci, en un souffle ébloui. Les rougeurs qui s'étalèrent à vitesse grand V sur les joues pâles de Kacchan rompirent le peu de contrôle que le Prince avait encore. Quand sa bouche se posa avec une infinie douceur sur celle de Kacchan, un délicieux frisson le traversa, le poussant à faire perdurer ce si merveilleux contact.

Le crépuscule teintait le ciel de rose et d'orangé quand Kacchan rentra dans la chaumière. Il salua à peine ses trois oncles qui le regardèrent surpris. Jamais encore ils n'avaient vu le jeune homme avec un tel sourire rêveur et les joues délicatement rougies.

- Kacchan, l'interpela Hawks. Tout va bien ?

Kacchan cligna des yeux, semblant sortir d'un monde merveilleux et se rendre compte d'où il était exactement.

- Ouais, sourit-il.

Les trois fées virent un éclair de détermination joyeuse passer dans les prunelles écarlates de leur pupille, et All Might s'avança vers lui, la main tendue. Mais il se figea sur place quand Kacchan leur annonça :

- Je suis amoureux !

Devant le silence et les airs surpris, presque choqués, de ses trois oncles, le jeune homme entreprit de s'expliquer :

- On s'est rencontré par hasard... et au début, je me méfiais. Mais on s'est revu... souvent ! Et... tout à l'heure... on s'est embrassé... Je... Je suis sûr que vous l'aimerez aussi ! Je l'ai invité demain soir, pour mon anniversaire... comme ça vous pourriez faire sa connaissance...

Au fur et à mesure de son discours, Kacchan était un peu redescendu du petit nuage où il flottait depuis que les lèvres de Deku s'étaient unies aux siennes. Devant le silence qui perdurait, il jeta un rapide coup d'œil aux trois hommes qui l'avaient élevé comme des pères. All Might avait les yeux brillants de larmes et un sourire timide aux lèvres, Hawks semblait catastrophé et Aizawa désespéré.

- Dites quelque chose putain ! grogna-t-il sa voix un peu trop suppliante à ses propres oreilles.

Sans lui avoir formellement interdit de fréquenter qui que ce soit, ses oncles l'avaient toujours mis en garde contre les inconnus. Aussi ne s'attendait-il pas à ce que ceux-ci sautent de joie à la nouvelle. Il ne s'attendait cependant pas non plus à ses mines là.

Le premier à réagir fut All Might. Prenant Kacchan dans ses bras en une étreinte réconfortante, il souffla :

- C'est merveilleux que tu sois tombé amoureux, Kacchan ! Comment s'appelle l'heureuse élue ?

- Il s'appelle Deku, avoua Kacchan, un peu rassuré par l'attitude du grand blond.

- Il ? reprit Hawks d'un ton cachant mal son inquiétude.

- Oui, confirma Kacchan en se détachant d'All Might. Je sais que vous m'avez toujours dit de me méfier. Mais c'est un mec bien, vraiment. Il est gentil, un peu con parfois, mais gentil, et il me fait marrer et il m'a même appris à danser !

- Kacchan, soupira All Might, nous sommes sûrs que ce garçon a pleins de qualités. Et dans d'autres circonstances, nous aurions été ravis de le rencontrer. Mais...

- Mais quoi ?! s'énerva Kacchan qui ne comprenait pas la réaction des trois hommes. Quelles circonstances, hein ?! C'est pas comme si j'avais une fiancée qui allait débarquer en hurlant à la trahison !

- Une fiancée, non, confirma Aizawa. Mais UN fiancé oui...

Kacchan manqua s'étouffer sous le coup de la surprise.

- Quoi ? C'est quoi ce bordel ? Je le saurai quand même si j'étais fiancé !

Il ne comprenait plus rien. C'était quoi cette histoire ?! Il était déjà promis à un autre ? Depuis quand ? Et pourquoi il n'en avait jamais entendu parler ? Et dire que moins de deux heures auparavant, il dansait avec Deku ! Il embrassait Deku ! Certes, c'était ce dernier qui avait initié le premier contact, mais Kacchan n'avait pas hésité à le renouveler avec ferveur. Il avait compris depuis plusieurs semaines qu'il était amoureux de ce crétin aux cheveux verts, mais n'avait rien tenté ne pensant pas ses sentiments réciproques.

Les deux garçons avaient longuement discuté, ponctuant leur conversation de chastes baisers et de douces étreintes. Kacchan s'était senti un peu con quand Deku lui avait avoué avoir tenté de la séduire en lui offrant fleurs et chocolats. Et dire que lui avait râlé sur ses présents, ne les ayant pas compris. Ils en avaient finalement rit ensemble et Deku lui avait promis de lui offrir des fleurs à planter et des chocolats. Kacchan avait alors proposé à Deku de venir fêter ses seize ans avec lui et ses oncles, dans leur chaumière. Deku avait accepté et ils s'étaient quittés sur cette promesse de retrouvailles prochaines et un dernier baiser.

Et là... il apprenait qu'il était déjà fiancé ! Son cerveau intégra finalement l'information, et Kacchan s'énerva :

- Pas question ! Putain, j'épouserai pas un mec que je connais pas, que j'ai jamais vu ! J'aime Deku ! Alors ces fiançailles de merde, elles vont allées de faire foutre !

- Malheureusement, c'est impossible, contra Aizawa d'un ton ferme. Elles ont été décidées avant même ta naissance, et il n'y a aucune clause de rupture possible. Même le fait que tu sois né garçon n'a rien changé à cette décision.

Voyant la colère et la détresse de son pupille, All Might l'incita à s'asseoir dans le canapé devant l'âtre. Il s'assit à ses côtés, Aizawa et Hawks prenant place dans les fauteuils entourant le canapé.

- Kacchan, souffla All Might. Je suis vraiment désolé mon garçon, mais tu ne pourras jamais revoir ce jeune homme.

- Il doit venir demain soir, contra Kacchan pas décidé à laisser tomber sans se battre. Et je n'ai aucun moyen de le prévenir du changement de programme. Donc, vous allez faire avec et...

- Kacchan, l'interrompit Hawks. Il viendra sûrement, mais nous, nous serons partis. Il ne trouvera personne ici...

- Quoi ? s'offusqua le jeune homme. Vous allez carrément nous obliger à déménager pour être sûr que je le revois pas ?!

- Si ça ne tenait qu'à nous, tu serais libre de faire ce que tu veux, intervint Aizawa. On t'a élevé ces quinze dernières années...

- On t'aime comme un fils, ajouta All Might.

- On ne souhaite que ton bonheur, confirma Hawks.

- Mais, dès le départ nous savions que nous devrions te ramener à tes parents le jour de tes seize ans, reprit Aizawa. Nous partons demain matin... Tes parents t'attendent avec tellement d'impatience. Ça fait quinze ans qu'ils attendent ton retour auprès d'eux.

- Je suis désolé Kacchan, souffla All Might. Mais rien, pas même ton amour pour ce garçon, ne nous empêchera de te ramener à tes parents, comme nous le leur avons promis.

Bien évidemment, cette explication ne plut nullement à Kacchan qui s'énerva, hurlant qu'il n'en avait rien à foutre de ses connards de parents qui l'avaient abandonné. Les trois fées eurent bien du mal à raconter toute l'histoire au jeune homme qui pleurait tout à la fois de rage et de désespoir. All Might pleura beaucoup également, incapable de cacher son chagrin face à la détresse de son pupille adoré.

Hawks et Aizawa réussirent un peu mieux à cacher leurs propres sentiments. Tous comprenaient le jeune homme. Oui, c'était profondément injuste de l'empêcher de vivre pleinement son premier amour pour une promesse faite il y a quinze ans. Mais c'était ainsi, ils avaient donné leur parole, ils ne pouvaient revenir dessus.

- En fait, tout ça... sanglota Kacchan... C'était des conneries c'est ça hein ! Vous n'en avez jamais rien eu à foutre de moi ! J'étais juste un putain de devoir !

- Quoi ?! Non, bien sûr que non ! Kacchan ! s'exclama All Might en se jetant sur le jeune homme pour l'enlacer avec force.

Kacchan se trouva pris dans un étau, ses deux autres parrains venant se joindre à All Might pour un câlin général, tous lui assurant qu'ils l'aimaient véritablement comme un fils. Longtemps les quatre hommes restèrent enlacés, les trois plus âgés consolant le plus jeune, ce dernier pleurant autant sur son amour interdit que sur les révélations choquantes entendues ce soir.

Depuis le rebord d'une fenêtre, bien caché entre deux jardinières, un lézard vert avec une touffe de poils violets sur son crâne ne rata rien de la scène. Enfin, il l'avait trouvé ! Et il avait plein d'informations toutes fraîches à transmettre à son maître. Celui-ci serait ravi, lui qui désespérait un peu de voir sa vengeance lui échapper. En silence, Spinner quitta son poste d'observation et se précipita vers la lugubre demeure de Shigaraki.

Shigaraki était un homme patient, vraiment très patient. Il avait attendu presque seize ans pour avoir sa revanche sur le couple royal qui avait eu l'outrecuidance de ne pas l'inviter au baptême de leur rejeton. Ayant rapidement appris la disparition mystérieuse du jeune prince, il avait ordonné à ses sous-fifres de le retrouver et de le surveiller. Il s'était bien sûr étonné de n'avoir pas encore eu de retour, mais ne s'en était pas formalisé outre mesure, ayant bien d'autres plans pour l'occuper.

Il y a environ six mois, il s'était cependant inquiété de savoir où en étaient les recherches sur ce sujet. A sa grande horreur ses sbires n'avaient rien trouvé. Et pour cause... Depuis plus de quatorze ans, ils cherchaient un nourrisson ! Aucun d'eux n'avait songé que le nourrisson avait grandi. Shigaraki avait fait une crise mémorable, détruisant bon nombre des incapables sous ses ordres au passage.

Il avait alors confié la délicate mission de retrouver le Prince Katsuki à son plus fidèle et intelligent compagnon : Spinner ! Ce dernier avait arpenté en long, en large et en travers le royaume, surtout les coins déserts, se doutant que les trois bonnes fées n'avaient sûrement pas caché le Prince à la vue de tous. L'échéance approchant à grand pas, Spinner commençait à sérieusement craindre d'échouer dans sa mission quand il était tombé sur cette petite chaumière au fond des bois.

Entendant des éclats de voix, il avait escaladé le mur et s'était faufilé entre deux jardinières. Il avait frissonné de plaisir en reconnaissant Aizawa et Hawks à l'intérieur de la maisonnette. Et quand les deux blonds s'étaient détachés l'un de l'autre, le lézard avait reconnu All Might. Quant au plus jeune des habitants, Spinner n'eut aucun doute sur son identité. Le Prince était le portrait craché de la Reine Mitsuki.

- Spinner ! Mon si précieux ami... le salua Shigaraki en le voyant arriver. Dis-moi que tu es porteur de bonnes nouvelles.

Spinner s'empressa de partager, par télépathie, les informations qu'il avait recueilli avec son maître qui éclata d'un rire mauvais.

- Oh Spinner ! C'est merveilleux ! Non seulement tu me l'as retrouvé, mais en plus tu me dis tout ce que j'ai besoin de savoir pour mettre mon si génial plan à exécution. Demain soir, le Prince Katsuki ne sera plus une menace pour nous !

Le rire diaboliquement malsain de Shigaraki résonna dans son lugubre château, faisant trembler de peur tous ses occupants.

Dans le royaume voisin, Izuku rejoignit sa mère pour le repas du soir, après avoir confié Tenya aux bons soins d'un palefrenier du palais. Inko accueillit son fils avec joie, lui demandant comment s'était passé sa journée. La Reine savait qu'Izuku passait beaucoup de temps à se promener dans le royaume pour en apprendre plus sur ses sujets. Du moins, c'était ce qu'il lui avait dit pour justifier ses absences régulières.

- Demain nous sommes attendus chez Masaru et Mitsuki, annonça-t-elle entre le fromage et le dessert.

- Je suis obligé d'y aller ? s'enquit Izuku non sans une grimace. J'avais d'autres projets pour demain.

- Mon chéri, tu es plus qu'obligé de venir, répondit Inko avec un sourire. Demain, le Prince Katsuki, ton fiancé, revient au palais ! Tu dois être là pour l'accueillir !

Izuku manqua s'étouffer avec son morceau de camembert. Il avait totalement oublié cette histoire de fiançailles avec le Prince du royaume voisin. Ledit Prince ayant disparu depuis longtemps, il était persuadé que ce projet de mariage était tombé à l'eau.

- Mais, vous êtes sûre qu'il reviendra ? protesta-t-il finalement quand il eut retrouvé assez de souffle pour le faire. Depuis le temps, il est peut-être mort, ou marié à une autre !

- Si quoique ce soit de ce genre était arrivé, nous en aurions été informés, le rassura Inko.

Inko commença à expliquer en long et en travers tout ce qu'Izuku devrait faire pour se montrer à la hauteur de son futur époux, sous le regard catastrophé de son fils. Elle en était à débattre avec elle-même de la couleur des nappes pour le repas de mariage, quand Izuku sortit enfin de la léthargie horrifiée.

- Il n'est pas question que j'épouse le Prince Katsuki, assura-t-il en se levant d'un bond.

- Quoi ? Mais enfin Izuku, protesta Inko surprise. C'est décidé ainsi depuis...

- Je m'en fiche ! l'interrompit Izuku. J'ai rencontré quelqu'un, et je l'aime ! C'est lui et personne d'autre que je veux épouser ! Et je dois le voir demain soir ! Je n'irai pas au château des Bakugo !

Et sans attendre la moindre réponse, il tourna les talons et courut jusqu'à sa suite personnelle pour s'y enfermer. Il n'était pas question qu'il épouse quelqu'un d'autre que Kacchan. C'était ce sauvage blond et braillard qui avait volé son cœur, et Izuku en était pleinement satisfait. Ça lui était complètement égal que Kacchan ne soit ni noble, ni bourgeois. Il l'aimait tel qu'il était, avec son ignorance totale des protocoles et sa spontanéité. Il n'était pas question qu'il renonce à Kacchan au profit d'un Prince coincé et pédant.

Izuku aurait bien voulu pouvoir ignorer sa mère quand elle vint taper à sa porte, mais il ne put s'y résoudre. Après tout, il lui devait quelques explications. En mère attentive et aimante, Inko écouta son fils unique et adoré lui parler de Kacchan, ce mystérieux jeune homme dont il était tombé amoureux. Elle apprit ainsi que les deux garçons se voyaient depuis des mois, et s'étaient déclarés l'un à l'autre le jour même.

La Reine ne douta pas une seule seconde des sentiments de son fils pour ce Kacchan. Les étoiles qui brillaient dans les yeux verts de son héritier et le sourire lumineux qui éclairait son visage étaient suffisamment parlants par eux-mêmes. Aussi se résigna-t-elle. Elle accepta qu'Izuku rejoigne celui qu'il aimait tant le lendemain, lui promettant de tenter d'expliquer les choses à Masaru et Mitsuki.

Elle y songea longuement cette nuit-là dans ses propres appartements. Il lui serait sûrement facile de faire repousser le mariage entre les deux Princes. Masaru et Mitsuki n'avaient pas vu leur fils depuis plus de quinze ans, ils ne seraient sûrement pas pressés de s'en séparer si vite après son retour. Le temps ainsi gagné permettrait aux deux jeunes hommes de faire connaissance, et peut-être à Katsuki de supplanter Kacchan dans le cœur d'Izuku. Oui, c'était une bonne idée. Satisfaite de sa solution, Inko s'endormit paisiblement.

Le matin arriva, le soleil surprenant trois hommes blonds et un brun, endormis pêle-mêle sur un grand lit. Après une soirée riche en émotion, un repas assaisonné de nombreuses larmes et cris, ils s'étaient retrouvés à discuter tous les quatres dans la chambre d'All Might et avaient fini par s'y endormir. Aizawa fut le premier à ouvrir un œil, gêné par un rayon de soleil lui tombant pile dans les yeux.

Se redressant, il bougonna discrètement contre le crétin qui n'avait pas fermé les volets la veille, avant de poser un regard tendrement amusé sur le trio à ses côtés. Heureusement qu'All Might, aimant son petit confort, avait un très grand lit. Parce qu'entre les ailes de Hawks, la manie de Kacchan de faire l'étoile de mer, et la haute stature d'All Might, il ne lui restait à lui qu'une toute petite place.

- Vire tes plumes, le poulet, grogna mollement une voix ronchonne.

Aizawa assista amusé, au lent mouvement d'ailes de Hawks, lent mouvement qui dévoila vaguement la silhouette de Kacchan avant de retomber dessus comme une couverture.

- La flemme, soupira Hawks.

- Tu fais chier...

- Rrrrrrrrrzzzzzzzzz...

Aizawa eut bien du mal à ne pas rire devant ce dialogue hautement philosophique de si bon mâtin. Les trois blonds qui partageaient sa vie depuis plus de quinze ans n'étaient pas des lèves-tôts, et ils avaient le réveil grognon. Son cœur se serra à la pensée que c'était le dernier matin qu'il vivrait ce genre de scène. Ce soir, Kacchan redeviendrait Katsuki Bakugo, fils unique du Roi Masaru et de la Reine Mitsuki, héritier du royaume de Bakugo et fiancé du Prince Izuku Midoriya. Ce soir, cette petite vie paisible au fond des bois serait finie. Ce soir, lui et ses collègues, et amis, redeviendraient simplement les parrains de celui qu'ils avaient élevé et aimé comme un fils.

Peu désireux de sortir ses comparses et son filleul de leur sommeil, Aizawa quitta la couche bien encombrée et descendit préparer le petit déjeuner. Les bagages étaient prêts depuis la veille, rétrécis grâce à la magie, et attendaient sagement l'heure du départ. Aizawa s'assit à la petite table ronde du séjour, sirotant son café bien chaud. Un grand boum lui fit lever les yeux au plafond, un rictus étirant ses lèvres.

- Kacchaaaan ! Pourquoi tant de haine !

- Je t'ai dit de dégager tes ailes, putain ! Tu me tiens trop chaud, le pigeon !

- Vous pourriez ne pas crier dès le matin ?

- La ferme !

- Il m'a jeté par terre !

Les cris et protestations diverses résonnèrent dans la paisible chaumière, au plus grand amusement d'Aizawa. Oui, ce genre de moment allait lui manquer. Il n'était nullement pressé de retrouver le silence, le calme et la solitude de sa propre demeure. Des pas rapides se rapprochèrent et la fée brune vit un adolescent blond hilare surgir dans le séjour, poursuivi par un blond ailé furax et trempé. La porte d'entrée claqua avec force au passage des deux tornades, faisant soupirer All Might :

- C'est un véritable miracle que cette porte ait survécu aussi longtemps.

Quelques heures plus tard, la fameuse porte se referma une dernière fois, signant la fin d'une époque. Quatre silhouettes encapuchonnées et un cheval rouge prirent la route du château. Seul le silence accompagnait leurs pas. Couvert d'une cape noire dont la capuche était rabattue sur sa tête, le cachant aux yeux du monde, Eijiro marchant au pas à ses côtés, Kacchan suivit le mouvement la tête basse et le cœur lourd.

Il était le Prince héritier du royaume, avait vécu caché depuis son plus jeune âge pour être protéger d'une méchante fée lui voulant du mal. Ses parents ne l'avaient pas abandonné, ils l'avaient confié à ceux les plus à même de le garder en sécurité, renonçant à le voir grandir. Ses parents l'attendaient, et d'ici quelques heures il reprendrait sa place à leurs côtés. L'ironie de la situation ne lui avait pas échappé. Lui qui détestait les nobles et les bourgeois était le plus noble et le plus bourgeois de tous !

Eijiro, sentant la détresse de son maître, vint se frotter contre lui, lui soutirant un léger sourire et une caresse sur son flanc musculeux. Au moins, Kacchan ne serait pas seul dans ce château inconnu. Eijiro serait là. Ensemble ils pourraient s'échapper de temps en temps pour retrouver cette liberté dont ils allaient être privés. Kacchan ne se faisait aucune illusion, il ne pourrait certainement pas agir à sa guise dans le palais. Il y avait sûrement tout un tas de protocoles à suivre à la lettre, des trucs bien chiants qui le gonfleraient en moins de deux minutes. Ses parrains l'avaient prévenus, en tant que Prince il aurait une certaine étiquette à suivre. L'idée lui filait déjà de l'urticaire.

Et pire que tout, en quittant cette clairière, il quittait Deku. Deku et ses grands yeux verts qui brillaient comme des joyaux quand il était heureux. Deku et ses tâches de rousseurs qu'il adorait suivre du bout des doigts, imaginant des dessins abstraits sur les joues pâles. Deku et son rire si communicatif, Deku qui boudait comme un gamin quand il se foutait de lui... Un lourd soupir tremblant s'échappa des lèvres de Kacchan qui refoula ses larmes. Il avait un peu trop pleuré depuis la veille, de son humble avis.

Il n'avait jamais vraiment cru à l'amour. Il n'avait jamais imaginé que cela lui arriverait un jour. Il s'était toujours imaginé son futur assez simplement. Il aurait vécu avec ses oncles jusqu'à leurs morts, puis serait parti découvrir le monde. Seul. Et pourtant, il était tombé amoureux. Et sans vraiment le vouloir, il avait commencé à inclure Deku dans ses projets d'avenir. Mais voilà, tout ça tombait à l'eau.

Il était déjà fiancé à un autre, un Prince, sûrement un coincé du cul adepte de la chasse à cour et sans aucun intérêt. Intérieurement, Kacchan se promit de tout faire pour dégoûter son futur époux avant même le mariage. Il savait qu'il avait un caractère bien trempé, et il comptait bien pousser son débile de fiancé jusqu'à ce qu'il fasse une crise de nerf. Une fois celui-ci rayé de la carte, il retrouverait Deku et l'épouserait. Voilà, ça s'était un bon plan !

Le jour touchait à sa fin quand le petit convoi arriva sur les terres du palais. Empruntant le même chemin que presque seize ans plus tôt, mais en sens inverse, les fées guidèrent leur petit protégé jusqu'à sa chambre. Eijiro fut laissé dans la cour arrière, avec la promesse chuchotée de son maître de revenir très vite le chercher.

- Bien, nous allons prévenir tes parents de ton retour, soupira Aizawa une fois arrivée dans la suite princière.

- Pendant ce temps, tu peux te changer, ajouta All Might.

- Je t'ai posé des habits plus appropriés sur le lit, conclut Hawks.

Les trois hommes partirent et Kacchan fit le tour de l'immense pièce. Ça ? Une chambre ? La pièce à elle seule pouvait contenir l'intégralité de la chaumière où il avait grandi. Tout lui semblait démesuré. Que ce soit le lit à baldaquin dans lequel dix personnes pouvaient tenir, les immenses fenêtres par lesquelles trois chevaux pouvaient passer de front, ou la cheminée où on pouvait caser un arbre entier, tout était bien trop grand à son goût.

Curieux, il poussa les portes, découvrant une pièce entière remplie de vêtements divers et variés, une terrasse surplombant des jardins luxuriants et un cabinet de toilette avec une baignoire presque aussi grande que la mare où il avait appris à nager. De la terrasse, il siffla Eijiro qui surgit rapidement sous ses fenêtres, piétinant sans vergogne les parterres parfaitement entretenus.

Après un profond soupir, il se décida à se préparer pour la suite des événements. Bientôt ses parrains viendraient le chercher pour l'amener à ses parents. Bientôt, il endosserait son rôle de Prince, pas de gaité de cœur, mais il le ferait quand même. Et puis qui sait, peut-être que ses parents seraient plus sympathiques et compréhensifs qu'il ne l'imaginait. Après tout, ses oncles lui avaient assuré que c'était par amour que ses parents s'étaient séparés de lui. S'ils l'aimaient autant que ça, ça ne pourrait pas être si terrible que ça.

Pendant que Kacchan se préparait dans sa chambre, Masaru faisait les cent pas dans la salle de réception du palais. Bientôt, très bientôt, il reverrait son fils ! Presque seize ans qu'il attendait ce moment. Des milliers de questions tournaient sans fin dans sa tête. Comment était-il ? Quel genre d'homme était-il devenu ? Etait-il grand ? Petit ? Mince ? Musclé ? Intelligent ? Ou pas ? Non, son fils était forcément intelligent ! C'était une évidence !

Assise l'une à côté de l'autre à la table bien garnie, Mitsuki et Inko discutaient avec entrain. Enfin, Mitsuki discutait et Inko tentait désespérément d'aborder le sujet délicat du prochain mariage entre Katsuki et Izuku, et l'avis de ce dernier à ce sujet. Mais Mitsuki était inarrêtable, exprimant avec verve sa hâte de revoir son fils chéri, persuadée qu'il serait le plus beau, le plus fort, le plus génial de tous !

Kacchan refermait son pantalon noir, quand un éclat lumineux attira son attention. Curieux, il s'approcha de la cheminée, éteinte, se demandant pourquoi il y avait de la lumière, verte, de l'autre côté de l'âtre. Il ne mit pas longtemps à trouver le système faisant basculer le pan de mur et dévoilant un long couloir sombre.

- Kacchan...

Ses yeux s'écarquillèrent quand il reconnut cette voix.

- Deku ? appela-t-il en s'engouffrant dans le couloir. Qu'est-ce que tu fous là ? Comment tu m'as retrouvé ?

- Kacchan !

Ledit Kacchan accéléra le pas, suivant l'appel de son amoureux, se demandant par quel miracle ce dernier était au château.

- Oï ! Réponds moi ! Deku ! Tu es où putain ?! râla-t-il après un énième croisement.

- Kacchan !

Cette fois, il en était sûr, l'appel venait du couloir de gauche. Quelques mètres suffirent pour qu'il trouve une porte close. Sans attendre, il la poussa et entra dans la pièce à peine éclairée par un feu de cheminée.

- Deku ? appela-t-il en apercevant une silhouette dans la pénombre.

- Désolé, Prince Katsuki, il y a méprise.

La silhouette s'avança et Kacchan fronça les sourcils un mauvais pressentiment lui tordant les entrailles. Il ne connaissait pas ce type au teint gris et aux longs cheveux blancs, et il ne lui inspirait rien qui vaille.

- Où est Deku ? exigea de savoir Kacchan.

- Sûrement là où vous l'avez abandonné, sourit moqueusement l'homme. Je comptais aller le retrouver. Je vous promets de ne pas lui faire le moindre mal, si...

Kacchan se tendit un peu plus, conscient de la menace et de l'aura malsaine qui se dégageait de l'homme face à lui.

- Si quoi ? râla-t-il.

- Si vous vous piquez le doigt au bout de cette quenouille.

- Quoi ? Juste ça ? Je me pique le doigt avec cette merde et vous me promettez de pas faire de mal à Deku ?

L'homme éclata d'un rire diabolique, se grattant le cou dans le même geste.

- Tout à fait, confirma-t-il.

- Pourquoi je vous ferai confiance pour tenir votre promesse ? grogna Kacchan.

- Allons, mon Prince, cajola l'homme. Une simple piqûre ne vous retardera pas trop pour le rejoindre. Si ? Vous pourrez ainsi vérifier par vous-même que je tiens parole.

Kacchan pris quelques secondes pour réfléchir. Il ne lui faudrait pas plus de cinq minutes pour regagner sa chambre. Eijiro répondrait immédiatement à son appel quand il le sifflerait. En bref, il lui faudrait moins d'un quart d'heure pour quitter le château et se précipiter vers la forêt. L'homme face à lui semblait vieux, et mal en point. Il n'aurait aucun mal à le devancer et arriver à Deku avant lui. Il n'avait donc, à priori, aucune raison de se piquer volontairement le doigt sur la merde rouillée que lui tendait l'autre débile.

- J'ai oublié de préciser un détail, soupira l'homme d'un ton dramatique. Je suis une fée, et je possède le pouvoir de me transformer en animal.

Kacchan grimaça. Si cet abruti prenait la forme d'un oiseau, il n'arriverait jamais à le devancer. Le jeune homme jeta un œil dubitatif sur la quenouille et décida de se plier à la demande étrange de l'autre. Si cela pouvait lui permettre de protéger son amoureux, il le ferait.

Il tendit la main vers la quenouille, s'avançant d'un pas raide. Il perçut vaguement un brouhaha dans le couloir, mais n'y prêta pas attention, trop concentré sur l'homme et la quenouille.

- Oui, vas-y, souffla ce dernier extatique.

Le bout de son index effleura la pointe de la quenouille, une goutte de sang perla de la blessure. La dernière chose qu'entendit Kacchan avant de s'effondrer inconscient fut le hurlement de trois voix bien connues :

- Kacchan ! Non !

Aizawa, All Might et Hawks virent leur précieux filleul s'effondrer au sol, inconscient, avec horreur. Le rire de Shigaraki leur fit froid dans le dos, mais avant qu'ils ne puissent se jeter sur l'horrible fée, celui-ci disparu. Les trois hommes se précipitèrent vers le corps étendu au sol, l'angoisse et la culpabilité leur tordant les entrailles.

- Dis moi qu'il est vivant ! supplia All Might à Aizawa.

- Il est vivant, confirma Aizawa après avoir vérifié le pouls et la respiration du jeune homme.

- On n'aurait jamais dû le laisser seul, se lamenta Hawks.

- Comment va-t-on expliquer ça au Roi et à la Reine ? sanglota All Might. Oh mon Dieu, Kacchan !

- On ne va rien expliquer du tout, annonça Aizawa d'un ton ferme. Aidez-moi à le ramener dans sa chambre.

All Might souleva le corps inconscient de Kacchan, et les trois fées retournèrent dans la chambre. Kacchan fut étendu sur l'immense lit à baldaquin, sa tête blonde reposant sur les oreillers moelleux, ses mains soigneusement posées sur son torse. Depuis la fenêtre ouverte, ils entendirent Eijiro piaffer pitoyablement, ayant sûrement senti que son maître avait des problèmes.

- Quelle est ton idée ? demanda Hawks d'un ton triste à Aizawa.

- On va endormir tout le palais, répondit Aizawa. Et on va aller trouver le Prince Izuku pour qu'il le réveille.

- Pourquoi endormir tout le monde ? s'enquit All Might en reniflant pitoyablement.

- Pour éviter d'avoir à gérer une crise plus grande, grogna Aizawa. Si on peut éviter d'avoir à gérer Masaru et Mitsuki, ce sera plus simple.

Les trois fées se répartirent la tâche, et s'éparpillèrent dans le palais. Aizawa s'occupa de l'extérieur, All Might de tous ceux allant et venant hors de la salle de réception et Hawks de ceux présents dans la salle de réception elle-même. Voulant être discret, le blond ailé se rétrécit à la taille d'une mouche et voleta dans la pièce, agitant sa baguette magique au-dessus des têtes qui dodelinèrent rapidement, les convives plongeant dans un profond sommeil.

Au moment où il passait au-dessus la table royale, il capta les derniers mots que prononça la Reine Inko avant de tomber dans les bras de Morphée.

- ... mariage. Izuku... amoureux... Kacchan... Rrrrrrrrzzzzzzz

Hawks écarquilla les yeux et se jeta sur la Reine, reprenant sa taille normale, pour la secouer :

- Qu'est-ce que vous avez dit ? Kacchan ? Izuku ? Répétez ça !

Inko papillona difficilement des yeux avant de baragouiner :

- Izuku... rencontré... Kacchan... forêt... amoureux...

Le cœur de Hawks se mit à battre à toute allure alors qu'il faisait fonctionner son cerveau à plein régime. Le Prince Izuku avait rencontré Kacchan dans la forêt et en était amoureux. Il était prêt à parier ses deux ailes que le Deku qu'aimait son filleul était rien de moins que le Prince Izuku. Pourquoi le Prince n'avait pas donné sa réelle identité à Kacchan était le dernier des soucis de Hawks à l'heure actuelle.

Sans attendre il quitta la salle de réception, où tout le monde ronflait joyeusement, rejoignant les jardins où l'attendaient déjà ses deux amis.

- Je n'ai pas trouvé le Prince Izuku, s'affola All Might en le voyant. Il paraît qu'il...

- Il est à la chaumière, l'interrompit Hawks d'un ton urgent.

Devant les airs surpris des deux autres, il leur expliqua rapidement ce qu'il venait d'apprendre.

- Mais c'est merveilleux, s'exclama All Might avec un grand sourire. Nos deux petits princes s'aiment !

- Tu t'extasiera plus tard, gronda Aizawa en sautant sur le dos d'Eijiro qui s'impatientait près d'eux. Il faut filer retrouver Izuku et le ramener ici le plus vite possible.

All Might approuva et s'installa lui aussi sur le dos de l'équidé qui partit immédiatement au triple galop, Hawks suivant en volant.

Bien loin de se douter du drame qui se déroulait au palais, Izuku et Tenya parcoururent la forêt, suivant les indications données par Kacchan pour trouver la chaumière où ils étaient conviés. Bien calé dans le sac accroché à la selle de son cheval, il y avait un petit rosier en pot et une boîte de chocolats, cadeaux qu'Izuku comptait bien offrir à son amoureux. Il était un peu stressé à l'idée de rencontrer les oncles de son blond adoré, mais était aussi pressé de retrouver Kacchan.

La nuit commençait à étendre ses ombres obscures quand Tenya et son cavalier arrivèrent à la petite chaumière. Izuku descendit de cheval et laissa Tenya contourner la maisonnette pour retrouver Eijiro. Les deux chevaux s'étaient liés d'amitié et avaient plaisir à se retrouver. Un peu intimidé, Izuku frappa à la porte. Une voix grave l'invita à entrer et il poussa le battant, pénétrant dans la demeure.

- Bonsoir, dit-il avec un grand sourire, un peu surpris cependant de la pénombre de la pièce.

A peine eut-il fait deux pas qu'il se fit assaillir de toutes parts, et il se retrouva ligoté et bâillonné au sol avant même d'avoir compris ce qui lui arrivait. Izuku se tortilla sur le plancher, essayant de voir qui l'avait ainsi attaqué, tout en taisant sa profonde déception. Il s'attendait à un accueil un peu meilleur que ça quand même.

- Mais que vois-je ? ricana une voix grave attirant son attention. Le Prince Izuku Midoriya ! Rien que ça ! Et moi qui m'attendais à trouver un vulgaire paysan ! Quelle bonne surprise !

Les yeux du Prince s'écarquillèrent largement quand il reconnut celui qui venait de parler ainsi. L'affolement le prit soudainement à la gorge. Qu'est-ce que Shigaraki faisait là ? Qu'avait-il fait à Kacchan et ses oncles ? Où était Kacchan ?

Shigaraki s'approcha en jubilant de son prisonnier. Il n'était venu ici que dans le but de capturer l'amoureux du Prince Katsuki, bien décidé à le garder dans ses cachots jusqu'à sa mort, pour être sûr que personne ne réveillerait le Prince. Il était bien évidemment au courant de la modification qu'Aizawa avait faite à sa malédiction. Et en lieu et place d'un pauvre hère mal dégrossi, il trouvait rien de moins que le Prince héritier du Royaume de Midoriya, et accessoirement fiancé officiel du Prince Katsuki. La situation était absolument délectable pour lui. Il faisait ainsi d'une pierre deux coups, mettant à ses pieds deux royaumes.

- Embarquez le ! ordonna-t-il à ses sbires. Et jetez-le dans notre plus belle cellule. C'est un invité de marque.

Izuku se débattit, tenta de protester, mais les cordes étaient solides et les nœuds bien serrés, et il ne put rien faire, se laissant emporter loin, bien loin, de la petite chaumière. Grâce à la magie, il ne fallut que quelques minutes pour qu'il passe du plancher en bois de la maisonnette au sol en pierre froide et humide des cachots de Shigaraki.

Laissé seul, Izuku se tortilla désespérément, cherchant à se libérer de ses entraves. Il ne comprenait pas pourquoi Shigaraki s'en était pris à Kacchan et ses oncles. Pour l'atteindre lui ? Mais dans ce cas, où était Kacchan ? Était-il lui aussi prisonnier ? Blessé ? Ou pire encore ? Pourtant Shigaraki avait été surpris quand il l'avait reconnu dans la chaumière. Donc, non, la méchante fée n'en avait pas après lui, le Prince Izuku. Il en avait après Kacchan et ses oncles. Pourquoi ?

Pendant qu'Izuku tentait de délier autant les cordes qui l'enserraient que les questions martelant son esprit, Tenya galopait à bride abattue dans la forêt. Il avait été surpris de ne pas trouver Eijiro dans la petite étable à l'arrière de la maisonnette. Le temps de faire le tour de l'endroit pour chercher la moindre trace de son ami rouge, il n'avait pu qu'assister impuissant à l'enlèvement de son maître par les sbires de Shigaraki.

Ne sachant que faire, Tenya fit alors ce qui lui semblait la meilleure chose à faire : galoper vers le château pour prévenir les secours. Il accéléra l'allure en apercevant une lumière s'approcher à vive allure dans sa direction. Il pilla net en reconnaissant Eijiro, portant deux hommes que Tenya n'avaient encore jamais vu, accompagné d'un troisième qui volait. Eijiro l'imita et les deux chevaux se frottèrent immédiatement les museaux communicant à leur façon.

- C'est le cheval du Prince Izuku, lâcha Hawks qui s'était approché de Tenya pour examiner la selle. Je reconnais les armoiries.

- Pourquoi fuit-il à l'opposé de la maison ? s'inquiéta immédiatement Aizawa. Et pourquoi est-il seul ? Où est le Prince Izuku ?

Les deux équidés répondirent à leur façon, Tenya venant tirer le pantalon d'All Might pour l'inciter à descendre. Après quelques secondes de flottement, le grand blond obéit, sautant du dos d'Eijiro, pour mieux remonter sur celui de Tenya quand Eijiro lui poussa les fesses du bout des naseaux.

Une fois All Might installé, les deux chevaux repartirent à vive allure dans une direction ne menant ni au palais royal, ni à la chaumière. Hawks fut le premier à comprendre où les deux chevaux les menaient :

- La forteresse de Shigaraki !

- Merde, grogna Aizawa. Il aurait capturé le Prince Izuku ?

- Ceci expliquerait l'attitude de ce brave cheval, confirma All Might agrippé à la crinière blanche.

La nuit commençait à pâlir quand la petite troupe arriva aux abords de la lugubre bâtisse. Ayant pris le temps de discuter des divers plans possibles durant le trajet, les trois fées ne perdirent pas une minute pour agir. Hawks se rétrécit et partit en reconnaissance, cherchant à localiser le Prince Izuku. Pendant ce temps, All Might lança de nombreux charme sur la petite dague soigneusement rangée dans une encoche de la selle de Tenya, la transformant en épée magique. Aizawa s'occupa de protéger grâce à sa magie les deux chevaux.

Dans sa cellule, Izuku avait finalement réussi à se débarrasser du bâillon, il avait mal à la mâchoire mais au moins il pouvait parler. Même si pour l'instant cela ne lui était d'aucune utilité puisqu'il était seul dans sa cellule. Il ignorait encore pour quelle raison Shigaraki en avait après Kacchan et ses oncles, mais il était bien décidé à retrouver rapidement son amoureux et à le sortir des griffes de l'infâme fée.

Soudain, une petite lueur voleta près de lui, attirant son attention. A peine eut-il le temps de se demander ce que c'était que la lueur grandit et laissa place à un homme blond avec une immense paire d'ailes écarlates dans le dos.

- Fée Hawks ? souffla Izuku aussi surpris qu'incrédule, la fée Hawks n'ayant plus été vue dans le royaume depuis plus de quinze ans.

- Moi-même, confirma Hawks. Je viens vous sortir de là, Prince Izuku.

- Oh, merci, souffla Izuku quand d'un sortilège ses liens tombèrent, le laissant enfin libre de ses mouvements.

- Vite, nous devons partir, assura Hawks en jetant un œil par la porte.

- Attendez, souffla Izuku. Shigaraki a fait d'autres prisonniers ! Nous devons les délivrer !

- Combien et qui ? s'enquit la fée soucieuse.

- Quatre, répondit Izuku. Kacchan et euh... ben je sais pas comment ils s'appellent, mais ses trois oncles.

- Ah eux, rit doucement Hawks. Bon, j'ai pas le temps de tout vous expliquer en détail là maintenant tout de suite, mais pour faire simple, je suis un des oncles de Kacchan. Les deux autres, Aizawa et All Might nous attendent avec votre cheval et Eijiro à l'extérieur. Et nous allons justement vous mener jusqu'à Kacchan. Alors, hop, hop, on se bouge, et on y va !

Complètement perdu, mais faisant confiance à la fée, Izuku sortit donc sa cellule, se faufilant à la suite du blond ailé dans les dédales sombres de la bâtisse aussi sympathique que son propriétaire. Les deux fuyards atteignirent sans trop de mal l'extérieur et réussirent à rejoindre le reste de la petite troupe. Tenya salua chaleureusement son maître, Eijiro se joignant sans complexe aux retrouvailles.

- Vous allez m'expliquer ? demanda Izuku après avoir salué Aizawa et All Might.

A ce moment un hurlement de rage se fit entendre, résonnant jusque dans les tripes des quatre hommes.

- Je crois qu'avant, il va falloir affronter Shigaraki, soupira Aizawa blasé.

- Tenez, cette épée vous aidera à l'emporter, assura All Might en tendant l'arme au Prince.

- Nous allons nous occuper du menu fretin, ricana Hawks, on vous laisse le gros morceau, Sire !

Les trois fées firent apparaître leurs armes de prédilections : un arc pour Aizawa, des dagues pour Hawks et une énorme masse pour All Might. All Might se lança un sortilège lui faisant gagner une impressionnante masse musculaire et s'élança dans l'armée de sbires de Shigaraki, balançant sa masse en hurlant :

- STRIKE !

Perché sur le dos d'Eijiro, Aizawa décocha flèches sur flèches, abattant sans aucun scrupule tous ceux qui se dressaient sur sa route. Depuis le ciel, Hawks lança ses nombreuses dagues, épinglant avec une précision remarquable la vermine sous les ordres de la mauvaise fée. Installé sur le dos de Tenya, Izuku assista médusé au combat des trois fées, constatant de ses propres yeux que les rumeurs disant qu'ils étaient de redoutables combattants ne mentaient pas.

- Je comprends mieux pourquoi Kacchan est si bon au combat avec des professeurs pareils, souffla-t-il admiratif.

Mais il n'eut pas le temps de s'extasier plus, d'immenses ronces poussant soudainement tout autour de lui, menaçant de l'engloutir. Levant le bras, Izuku coupa les plantes épineuses, ouvrant un passage à Tenya qui s'y engouffra rapidement. Le Prince et son cheval luttèrent un long moment contre les ronces enchantées, avant d'arriver devant la bâtisse qu'ils venaient de quitter.

- Prince Izuku, gronda Shigaraki en se grattant frénétiquement la gorge, vous n'êtes qu'un vulgaire moucheron. Je ne vous laisserai pas vous mettre en travers de mon chemin !

- Qu'avez-vous fait à Kacchan ? rugit Izuku en brandissant son épée, toujours inquiet du sort de son amoureux.

Le rire de Shigaraki fut si lugubre qu'il fit froid dans le dos du jeune homme. Et sous ses yeux horrifiés, la fée se transforma en un immense dragon gris et noir.

- Oh merde, souffla Izuku. Un dragon ! Comment je bat un dragon moi ?

Mais il n'eut guère le temps de se lamenter sur son sort, une gerbe de flamme venant rapidement dans sa direction. Tenya fit un habile saut de côté, évitant que lui et son cavalier ne finisse en grillades.

- Essaye de t'en approcher le plus possible, sans nous faire cramer, souffla Izuku à son courageux cheval.

Tout en esquivant les flammes que Shigaraki crachait avec fougue, Tenya se rapprocha petit à petit de l'immense silhouette reptilienne. Couché le plus possible sur l'encolure de l'équidé, Izuku chercha la faille qui lui permettrait de vaincre un foutu dragon. Arrivé tout prêt, il sauta de cheval et laissa Tenya faire diversion, remerciant intérieurement celui-ci d'être si intelligent, et donna un premier coup d'épée dans ce qu'il supposa être une cheville de la bestiole.

Mais ce fut sans effet, son épée ripant sur les épaisses écailles sans même les érafler. Roulant sur lui-même, Izuku passa entre les monstrueuses pattes. En relevant la tête, il vit alors un petit orifice juste sous la queue du reptile. Doutant de pouvoir tuer la bête par là, mais décidant que c'était un point faible à exploiter, le Prince s'élança et enfonça son arme jusqu'à la garde dans le fondement du dragon.

Ce dernier hurla de douleur, et se retourna brutalement pour écraser le responsable d'une telle souffrance. Izuku n'eut que le temps de récupérer son épée avant de faire face à la gueule fumante de Shigaraki. Sans réfléchir, le jeune homme planta son arme dans la bouche béante, y enfonçant aussi son bras, forçant jusqu'à sentir sa lame ressortir de l'autre côté du crâne reptilien.

Shigaraki s'effondra, mort, son corps de dragon se dissipant pour redevenir humain. Les ronces disparurent et Izuku se retrouva rapidement entouré par les trois fées et les deux chevaux.

- Bravo mon Prince, le félicita Aizawa. Shigaraki et son armée ne seront plus un souci à l'avenir.

- Il ne nous reste plus qu'à rentrer au château, conclut All Might.

- Au château ? Non ! Je dois retrouver Kacchan ! s'écria Izuku.

Surpris, Izuku vit Aizawa et All Might poser un regard interrogatif sur Hawks qui se défendit immédiatement :

- Quoi ? J'avais pas de temps à perdre à tout lui expliquer ! J'ai paré au plus pressé.

Aizawa soupira lourdement, avant de finalement décider :

- Prince Izuku, montez à cheval. On vous expliquera en chemin. Kacchan est au château.

Conciliant, Izuku obéit et s'installa sur le dos de Tenya, All Might et Aizawa prenant place sur celui d'Eijiro. Les deux chevaux partirent au galop, Eijiro pressé de retrouver son maître, Tenya suivant le rythme imposé par son ami. Durant le trajet, les trois fées expliquèrent toute l'histoire au jeune Prince. A leur arrivée au palais royal, ils trouvèrent tout le monde profondément endormis, seuls les ronflements des uns et des autres rompant le silence de mort.

Entre le combat et le trajet, une journée entière était passée, et le crépuscule teintait le ciel de rose et d'orangé quand Izuku pénétra dans la chambre du Prince Katsuki. Encore sous le choc des diverses révélations, son amoureux le sauvage Kacchan était nul autre que son fiancé le Prince Katsuki disparu depuis presque seize ans, il s'approcha de l'immense lit à baldaquin.

Il était là, paisiblement étendu sur les draps bleus nuits, vêtu d'un pantalon à pince noir et d'une chemise à lacets blanches. Ses cheveux blonds cendrés s'étalaient tels une auréole autour de son visage aux traits fins et détendus. Aucune grimace, aucun froncement de sourcils, aucun rictus ne venait rompre sa beauté. Subjugué, Izuku avança doucement sa main, allant caresser une joue pâle à la douceur soyeuse.

- Un baiser et il se réveillera, expliqua Aizawa en s'approchant dans le dos du jeune homme. Et avec lui, tout le château.

- Un baiser ? souffla Izuku sans détacher son regard ébloui du visage endormi de son amoureux.

- Oui, un baiser d'amour, confirma Hawks.

- Sur la bouche, ajouta All Might.

Izuku se tourna vers les trois fées avec une moue soucieuse.

- Mais il dort ! Vous trouvez ça bien, vous, d'embrasser quelqu'un sans qu'il puisse dire s'il est d'accord ou pas ?

- Hein ? s'exclama Aizawa agacé. Vous vous êtes déjà embrassés ! Et c'est le seul moyen de le réveiller !

- Alors oui, certes, on s'est déjà embrassés, confirma Izuku, mais il était conscient et donc en capacité de refuser. Là, ce n'est pas le cas !

- Je suis sûr qu'il n'y verra aucun inconvénient, affirma All Might. Il vous aime, il nous l'a dit.

- J'ai quand même quelques scrupules, contra Izuku. Il n'a peut-être pas envie que je l'embrasse là maintenant tout de suite !

- Il ne peut pas dire s'il en a envie ou pas, il dort ! rugit Aizawa désespéré.

- Justement, c'est bien là tout le problème ! s'entêta Izuku.

- Je vais le trucider, souffla Aizawa entre ses dents, ses longs cheveux bruns s'élevant autour de son crâne, preuve de sa colère.

- Prince Izuku, tempéra All Might, vos scrupules vous honorent. Mais, dans la situation actuelle, le seul et UNIQUE moyen de réveiller Kacchan s'est de l'embrasser. Vous pourrez toujours lui demander son avis... après !

Voyant qu'Izuku ne semblait toujours pas convaincu, Hawks prit les choses en main. Il s'approcha à grand pas du Prince et, sans aucune douceur, se saisit d'une bonne poignée de ses cheveux. Izuku se retrouva soudainement le visage plaqué contre celui de son amoureux, ses lèvres posées sur celles closes de celui-ci, une poigne ferme le maintenant en place avec force.

- Voilà ! C'était pas bien compliqué si ? s'agaça Hawks en relâchant sa prise sur la chevelure d'Izuku.

- Non mais ça va pas ? tonna le jeune homme. J'ai failli me casser une dent ! Et j'aurais pu lui faire mal !

- On vous aurait soigné avec un bon petit sortilège, contra Hawks. Vous allez pas nous en faire un fromage non plus ! C'était juste un petit bisou de rien du tout ! Je suis sûr que vous avez fait bien pire !

- Non mais je ne vous permet pas ! protesta Izuku. Kacchan et moi ne sommes pas des dépravés ! Et puis j'allais le faire hein, ce baiser ! Je tenais juste à signaler...

- Oui, oui, on a bien compris votre point de vue, l'interrompit Hawks. Mais vous ruinez tout le romantisme et la magie de l'instant là !

- Où est le romantisme à voler un baiser à quelqu'un qui n'est pas en mesure de dire s'il est d'accord ou pas ?

- C'est le but même du baiser volé !

- Mais vous avez pas bientôt fini de gueuler ! C'est quoi ce putain de bordel !

La voix grave, un peu rauque, et particulièrement énervée qui interrompit la dispute entre Izuku et Hawks attira l'attention de tous sur le lit où le Prince Katsuki se tenait assis et bien réveillé.

- Kacchan !

- Deku ?! Qu'est-ce que tu fous là ? Et pourquoi tu t'engueules avec Hawks ?

- Ton amoureux est plus têtu qu'une mule, affirma Hawks d'un ton narquois.

La dispute reprit immédiatement sous les regards blasés d'All Might et Aizawa et celui surpris de Kacchan. Ce dernier hésita à faire cesser les hostilités entre son oncle et son amoureux, mais renonça finalement, préférant se tourner vers ses autres parrains pour avoir des explications plus que nécessaire. A peine ces derniers eurent-ils le temps de finir leur histoire que la porte de la chambre claqua violemment, Mitsuki entrant comme une furie dans la pièce et se jetant dans les bras de son fils en pleurant, trop heureuse de le retrouver.

Masaru et Inko qui avaient suivi regardèrent surpris la petite assemblée réunie dans la chambre, Inko se précipitant vers son fils pour savoir ce qu'il faisait là. Les retrouvailles durèrent longtemps, les trois fées devant raconter pour la énième fois toute l'histoire, et Izuku devant confirmer à sa mère que Kacchan était bel et bien Katsuki, donc que le mariage n'était nullement mis en péril.

Masaru estima qu'il était plus que temps de rejoindre la salle de réception où tout le monde les attendaient quand Mitsuki et Katsuki commencèrent à se disputer à propos de la date du mariage, Mitsuki voulant qu'il ait lieu le plus tôt possible et son fils décrétant que cela pouvait bien attendre un peu. Le Prince Katsuki fut accueilli comme un Prince par son peuple, ravi de le voir de retour et surtout en pleine forme.

Dans les mois qui suivirent, la vie au palais royal fut bien mouvementée. Katsuki dut apprendre toute l'étiquette liée à son rang, ce qui provoqua bien des cris de la part du jeune homme et des larmes de la part de ses professeurs. Parallèlement à ça, Katsuki avait décidé de faire construire une grande maison à mi-chemin entre le palais des Bakugo et celui des Midoriya, pour s'y installer avec Izuku le plus vite possible. Il n'était pas question qu'il vive dans un château !

Bien évidemment cela donna lieu à des disputes entre Mitsuki, Izuki, Inko et Katsuki.

- On voit que c'est pas toi qui fera le ménage, Deku !

- Ce ne sera pas toi non plus, Kacchan ! On aura des domestiques pour le faire !

- Il n'est pas question d'en avoir des centaines ! Je veux pouvoir me promener chez moi sans tomber à chaque coin de couloir sur quelqu'un !

- En tant que futur roi, tu dois vivre dans un palais, Katsuki !

- En tant que futur roi, je fais ce que je veux, maman !

- Pourquoi une si petite maison ? Vous aurez à peine de quoi accueillir vos invités !

- On fera les réceptions dans l'un ou l'autre de vos châteaux, Inko. La maison c'est pour nous. Il y a une chambre pour vous, une pour mes parents, et une pour les trois mousquetaires, All Might, Aizawa et Hawks. Il n'y a pas besoin de plus.

- N'empêche que...

- Regarde un peu au lieu de râler ! Ce sera entre chez ta mère et mes parents, donc ils pourront facilement venir et nous aussi. En plus quand nos deux royaumes seront réunis, ce sera pile au milieu !

Ce fut ces derniers arguments qui firent finalement céder tout le monde, Katsuki obtenant gain de cause.

Le mariage fut grandiose et les festivités durèrent toute une semaine, au grand désespoir de Katsuki qui n'en pouvait plus de tous ces nobles insupportables. Ce fut avec une joie infinie qu'il quitta le palais de ses parents pour rejoindre sa propre demeure, enfin achevée. La dizaine de domestiques qu'Izuku avait réussi à imposer à son cher et tendre, les accueillirent avec le protocole habituel. Mais Katsuki mis rapidement les choses au clair. Ici, pas de protocole à la con, juste des bonnes manières et de la politesse suffiront !

La nuit tombée, épuisés par une semaine intense, les jeunes mariés rejoignirent leur chambre. L'immense lit fut le témoin discret de leur amour, des "Kacchan" tendrement sussurés, des "Deku" passionnément chuchotés, et des mots d'amour onctueusement murmurés.

- Au fait, souffla Katsuki entre deux baisers post-étreintes, tu ne m'as toujours pas raconté comment tu as tué l'autre enfoiré.

Izuku eut une légère moue, conscient qu'il ne pourrait pas repousser éternellement la question, son époux étant curieux et plus têtu que lui. Il se résigna à raconter son combat contre Shigaraki-dragon, sûr et certain de la réaction qu'aurait son blond. Aussi ne fut-il ni surpris, ni vexé quand celui-ci hurla de rire, se tordant d'hilarité dans le lit, ses joues couvertes de larmes d'amusement.

Pendant qu'Izuku hésitait entre bouder, parce que Kacchan se moquait de lui, ou rire avec lui, le rire de Kacchan étant communicatif, dans l'écurie à l'arrière de la maison, Tenya et Eijiro s'installaient tranquillement pour la nuit, heureux d'être ensemble. Les deux équidés ne s'étaient plus séparés depuis que leur maître respectif s'étaient retrouvés, et la situation leur convenait parfaitement.

Moins de deux mois plus tard, All Might débarquait avec armes et bagages pour passer quelques jours avec son filleul adoré. Hawks et Aizawa suivirent moins d'une semaine plus tard. Les vacances des trois fées durèrent si longtemps qu'ils ne repartirent jamais. Inko, Mitsuki et Masaru vinrent eux aussi s'installer définitivement chez leurs fils après leur avoir passé la couronne.

Quand la question d'un potentiel héritier fut soulevé par Masaru lors d'un dîner, les trois fées proposèrent un sortilège permettant à l'un des deux époux de porter un enfant, comme le ferait une femme. Mais la proposition ne rencontra aucun succès auprès des deux rois, ceux-ci ne souhaitant ni l'un ni l'autre se dévouer ainsi. L'idée fut donc abandonnée au grand damne de Mitsuki et Inko qui se disputaient déjà pour savoir lequel de leurs deux garçons serait le plus beau "enceinte". Finalement, le couple royal adopta une petite fille ayant perdue toute sa famille dans l'incendie de sa maison, faisant d'elle la future reine de leur royaume.

Sous la gouvernance des deux rois, le royaume prospéra dans la paix et l'harmonie. Les trois fées et les anciens souverains coulèrent des jours heureux jusqu'à leur dernier souffle. Tenya et Eijiro vécurent une belle vie de cheval, choyés par leur maître adoré, et toujours ensemble. Katsuki et Izuku vécurent heureux et amoureux de très longues années, entourés par l'amour de leurs proches. Au fil des ans, la maison du couple Bakugo-Midoriya se remplit de joies, de peines, de cris, de rires, de disputes et de réconciliations, comme toutes les demeures où on s'aime.

Fin.


Commentaire de l'auteure :

Et voilà, j'espère que cette version de La belle au bois dormant vous a plu.

Petite précision : je n'ai rien contre les bons chasseurs, en revanche j'ai une certaine aversion envers les mauvais, je plaide coupable.

Pour le combat entre Izuku et Shigaraki-dragon, on parle toujours du manque de point faible des dragons, sauf que d'un point de vue anatomique, ceux-ci ont forcément un orifice anal (ou alors ce sont des constipés chroniques et ce n'est pas étonnant qu'ils n'existent pas ou plus hein), et ce point fragile de leur anatomie est bien trop inexploité à mon humble avis. J'ai donc corrigé ce fait.

Pour le coup du bisou, je vois déjà ceux qui approuveront vivement Izuku, et j'entends déjà soupirer les autres. Mon avis personnel sur la question : il est effectivement mal venu d'embrasser quelqu'un d'endormi quand on n'est pas en couple avec cette personne. Au sein d'un couple, là c'est en fonction de l'avis de chaque membre du couple. Avis qui peut parfaitement être exprimé après le bisou-pendant-que-l'autre-dort. La communication c'est un peu la base.

J'attends avec impatience vos avis sur ce nouvel opus.

Lili