LE CONCEPT ANIMAL
Chapitre 10
Le verre de Drago était vide. Gregory l'avait forcé à le boire en entier et était déjà en train de le lui remplir. Lui-même avait vidé le sien, mais avec sa carrure et ce qu'il avait enduré dans les tréfonds d'Azkaban, il semblait imperméable à l'effet de l'alcool. Drago, en revanche, sentait une nausée lancinante s'installer.
— Tiens, bois, dit Gregory en tendant le verre, rempli presque à ras bord.
Drago regarda le liquide ambré, hésitant. Sa main tremblait légèrement alors qu'il attrapait le verre.
— Je n'ai pas soif, murmura-t-il.
Gregory éclata d'un rire léger, comme s'il venait d'entendre une plaisanterie particulièrement drôle. Il se pencha en avant, rapprochant son visage de celui de Drago, son sourire carnassier dévoilant une satisfaction cruelle.
— Ce n'est pas une question de soif, Drago. Bois.
Il appuya son ordre en posant une main ferme sur celle de Drago, guidant le verre vers ses lèvres.
— Non…
— Bois, insista Gregory, sa voix douce mais impérieuse.
— Je vais vomir, finit-il par avouer, espérant que cette vulnérabilité pourrait désamorcer la situation.
Gregory haussa un sourcil, son sourire s'élargissant.
— Alors vomis. Mais bois avant.
Il grimaça et porta malgré lui le verre à ses lèvres. Sous la pression de Gregory, il avala une nouvelle gorgée brûlante. L'alcool lui arracha la gorge, et il repoussa le verre, toussant violemment.
— Quelle petite nature ! lança Gregory, une moquerie teintée de dédain.
Il reprit délicatement le verre et, à la surprise de Drago, glissa une main dans ses cheveux, les caressant avec une fausse tendresse.
— Lâche-moi, grogna Drago en se dégageant.
Il se leva précipitamment pour courir jusqu'aux toilettes. Le peu d'alcool qu'il avait ingéré remontait déjà, et il vomit, pris de spasmes incontrôlables. Après un moment, il se leva, le souffle court et s'appuya contre le bord du lavabo. Il se rinça la bouche d'une main tremblante, buvant de grandes gorgées en même temps, cherchant à reprendre le contrôle. Rapidement, il souffla un sortilège pour effacer le goût âcre de l'alcool dans sa bouche, pour ne laisser qu'en lieu et place, une haleine mentholée qui le revigora au moins un peu.
Drago resta comme ça un moment, adossé au lavabo, tentant de calmer son esprit et son corps. Mais Gregory ne lui laissa pas de répit.
— Si j'avais su que l'alcool te rendrait plus mal qu'un Doloris, je ne me serais pas embêté avec la magie, lança-t-il en entrant dans la salle de bain, une nonchalance calculée dans sa démarche.
Drago lui lança un regard terrible à travers le miroir, avant de se tourner franchement vers lui.
— Qu'est-ce que tu veux encore ?
Gregory haussa les épaules et réduisit totalement l'espace entre était penché en arrière, en déséquilibre contre la vasque.
— Tu crois que ta salle de bain va faire office de nouveau refuge ? demanda Gregory en jetant un bref coup d'œil autour de lui. Ton petit sanctuaire ? Tu pensais vraiment être en sécurité ici ?
Drago ne répondit pas, mais son silence était parlant. Il regrettait, terriblement, d'avoir cru que son appartement pouvait être un bouclier contre lui. Ici, tout ce qui l'entourait était à lui : ses affaires, ses souvenirs, son intimité. Et maintenant, Gregory s'insinuait dans chaque recoin avec une présence impossible à ignorer.
— Tu réalises, pas vrai ? poursuivit-il. Tu réalises que tu viens de faire l'erreur de ta vie ?
Il leva une main, mais cette fois-ci, il ne se contenta pas de frôler Drago comme à son habitude. Ses doigts s'enroulèrent autour de sa mâchoire avec une fermeté qui broyait toute tentative de protestation.
— Regarde-moi, Drago, dans les yeux.
Drago hésita, mais Gregory resserra sa prise, le forçant à bien lever la tête. Ce qu'il vit dans ce regard le glaça. Ce n'était pas juste de la colère ou de la vengeance. C'était plus profond, plus tordu. Une fixation, une obsession qui brûlait avec une intensité presque chose qu'il souhaitait ardemment ignorer.
— Je vais te dire un truc, reprit Gregory, ses yeux plantés dans les siens. Pendant un an, à Azkaban, il n'y avait que deux choses dans ma tête : la haine, et toi.
Drago sentit son estomac se nouer. Il comprenait d'instinct.
— Tu comprends, hein ? Je pensais à toi, tout le temps. Pas juste à te briser. Pas juste à te faire payer…
Il se pencha un peu plus, si proche maintenant que Drago pouvait sentir son souffle contre sa peau.
— À toi, murmura-t-il, sa voix basse, menaçante. Et pas de la façon dont tu crois.
Cela fut comme un signal, Drago le repoussa aussi fort que possible et tenta de quitter la salle de bain, avant d'être rattrapé et jeté contre le mur, comme un poids plume.
— Ne joue pas à ça avec moi, gronda Gregory, son visage se durcissant. Tu n'es pas idiot, Drago. Tu sais très bien que tu ne peux rien faire pour l'instant.
Le cœur de Drago battait à tout rompre, une panique viscérale s'emparait de lui. Il perdait le contrôle de tout. Il n'aurait jamais dû le laisser venir, pensait-il en boucle. Gregory allait le détruire dans tous les sens possibles et inimaginables. Il se demanda s'il ne préférait pas le Doloris à ce qui était en train de se profiler.
— Tu es malade, siffla Drago, sa voix tremblante mais acérée.
Gregory plaqua sèchement la main à la droite de son visage.
— Malade ? Peut-être. Azkaban fait du mal, rétorqua-t-il, ses lèvres se tordant en un sourire amer. Mais tu vas m'appartenir, Drago. Tu le savais dès le moment où tu as ouvert cette porte ce soir.
Il se pencha encore, son visage si proche que Drago n'eut d'autre choix que de détourner la tête.
— Regarde-moi, ordonna Gregory, sa voix tranchante comme une lame.
Drago obéit et c'était une erreur. Le regard de Gregory brillait d'un mélange déconcertant d'avidité et de satisfaction.
— Voilà, c'est mieux, dit-il doucement, presque pour lui-même.
Quelques longues secondes s'écoulèrent sans bruit. Drago retenait son souffle à s'en étouffer.
— Tu aurais préféré que ça soit juste de la vengeance ? poursuivit Gregory, son ton presque moqueur. Mais non, Drago, non, ce n'est pas ça. C'est toi, juste toi. Tout entier. Il n'a toujours été question que de toi.
Drago déglutit difficilement, incapable de bouger, incapable de parler.
Gregory laissa son regard glisser sur le visage de Drago, ses traits tendus, ses lèvres pincées, son souffle court. Tout en lui criait la révolte, mais aussi l'impuissance, et cela semblait galvaniser Gregory davantage. Il relâcha son menton et son pouce traça un chemin lent et délibéré le long de sa mâchoire.
— Regarde comme tu es beau, murmura Gregory, son ton délibérément provocateur. Même en te débattant, même en me haïssant, tu restes… parfait.
Drago détourna violemment la tête, mais Gregory ne lui en laissa toujours pas l'occasion. Ses mains reprirent leurs positions dominantes, fermes mais pas brutales, et il ramena le visage de Drago vers lui.
— Tu peux essayer de fuir, de te cacher derrière tes airs de martyr, continua-t-il. Mais ça ne changera rien.
Il se pencha enfin, franchissant cette dernière frontière qu'il semblait savourer depuis le début. Ses lèvres effleurèrent celles de Drago, une caresse d'abord mesurée, comme pour jauger sa réaction.
Ce fut suffisant pour que Drago réagisse. Un éclat de rage traversa son esprit, et avant même d'avoir conscience de son geste, il mordit violemment la lèvre de Gregory. Ce dernier recula de quelques centimètres, son souffle haché, sa main portant instinctivement à sa bouche.
Une goutte de sang perlait sur sa lèvre inférieure. Gregory la goûta du bout de la langue, puis éclata de rire, un son rauque et chargé de quelque chose de profondément déséquilibré.
— Ah, Drago… susurra-t-il, sa voix vibrante d'une satisfaction perverse. C'est ça. Continue. Montre-moi cette petite flamme.
Il attrapa brutalement son poignet et le plaqua contre le mur avec assez de force, lui arracher un tremblement douloureux. Drago jura que son os avait cogné jusqu'à l'implosion. Et Gregory souriait avec un pur triomphe.
— Tu crois que ça va me faire reculer ? poursuivit-il, ses yeux brillant d'une intensité fébrile. Tu crois que je vais te lâcher parce que tu te débats ?
Il se pencha de nouveau, ses lèvres effleurant cette fois l'oreille de Drago, son souffle brûlant contre sa peau.
— Au contraire, murmura-t-il. Ça me donne juste encore plus envie de te briser.
Drago tenta de se dégager, tirant sur son poignet emprisonné, mais Gregory raffermit sa prise, l'autre main venant s'appuyer contre son torse pour le maintenir en place.
— Lâche-moi, cracha Drago, sa voix pleine de défi malgré le tremblement perceptible.
Gregory haussa un sourcil, amusé, puis il inclina légèrement la tête, étudiant Drago comme on évalue une œuvre d'art.
— Lâche-moi, répéta Drago, plus fermement cette fois.
— Et si je n'ai pas envie ? répondit Gregory avec une douceur qui sonnait faux.
Il se pencha lentement, ses lèvres s'arrêtant presque contre celles de Drago. Ce dernier détourna la tête, mais Gregory le força à revenir en face de lui d'un geste sûr, ses doigts libres s'insinuant sous son menton pour le maintenir en place.
— Ne détourne pas les yeux, comme un lâche.
Ils se fixèrent, Gregory cherchant quelque chose au-delà de la surface, une vulnérabilité, un éclat de soumission. Ne vit que son méprit et sa crainte de l'humiliation. Pour l'instant, cela lui suffit. Il lâcha son menton et lui pinça les nez, jusqu'à qu'il soit obligé de reprendre son souffle. Alors il l'embrassa d'une manière plus langoureuse, l'étouffant sous ce baiser. De sa main libre, Drago essaya de le repousser, mais ce fut comme s'attaquer à un roc.
Gregory recula légèrement, rompant le baiser mais sans desserrer complètement son emprise sur Drago. Il respirait difficilement, sa poitrine se soulevant sous l'effort et la tension.
— Tu es terriblement combatif, constata Gregory avec un sourire tordu. Mais je te propose un marché.
Drago fronça les sourcils, son poignet toujours emprisonné dans la poigne implacable de Gregory.
— Par Merlin, lâche-moi, ordonna-t-il d'une voix rauque, bien qu'il sache pertinemment que ses mots n'avaient aucun poids.
— Si tu veux que ça s'arrête ici ce soir, murmura-t-il, tu vas devoir faire un effort.
Drago sentit son ventre se crisper davantage, une boule de peur montant dans sa gorge.
— Quel genre d'effort ? osa-t-il, sa voix à peine audible, son ton chargé de méfiance.
Gregory eut un sourire qui n'avait rien de chaleureux.
— Tu vas m'embrasser. Volontairement, cette fois. Et pas juste un baiser de façade. Non, je veux que tu te montres… conciliant.
Le silence qui suivit s'étira, lourd et oppressant, alors que Drago restait figé, son esprit battant à tout rompre contre l'idée même de céder à une telle humiliation.
— Tu es malade, murmura-t-il, son ton teinté de dégoût.
— Sans doute, répondit Gregory avec un haussement d'épaules nonchalant. Mais la question n'est pas là, n'est-ce pas ? La question est : jusqu'où es-tu prêt à aller pour que je m'arrête ce soir ?
Drago déglutit difficilement, son regard oscillant entre la porte et Gregory. La panique s'insinuait dans ses pensées, mais il tenta de se raccrocher à la colère qui grondait en lui, à ce semblant de dignité qu'il essayait de préserver.
— Tu sais quoi, continua Gregory, sa voix plus douce mais toujours tranchante, tu n'as même pas besoin de me répondre tout de suite. Prends ton temps.
Il leva une main et, avec une lenteur exaspérante, effleura sa joue, son oreille. Ce dernier tourna la tête pour esquiver le contact, mais Gregory resserra son emprise sur son poignet, le forçant à rester immobile.
— Si tu continues à te débattre, je pourrais décider que tu as besoin de quelque chose de plus... persuasif.
Drago ferma les yeux un instant. Il avait l'impression d'étouffer, d'être incapable de réfléchir correctement. L'alcool qu'il avait bu devait lui retourner le cerveau.
— Alors ? insista Gregory, son ton plus tranchant.
Il rouvrit les yeux, y laissant filtrer toute la haine qu'il pouvait encore rassembler malgré la peur.
— Vas te faire foutre, articula-t-il avec défi, sa voix cassée mais ferme.
Gregory éclata d'un rire froid et bref.
— Mauvaise réponse, souffla-t-il.
Gregory lui envoya un coup de poing si brusque et violent dans le ventre, que Drago en eut le souffle coupé. Il s'écroula à moitié contre lui, se raccrochant presque à son pull.
— Ça fait mal un refus hein ? Mais ce n'est pas trop tard encore. Mon marché tient toujours. Alors ?
Drago se contenta de secouer la tête. Gregory ne montrait aucun signe de pitié, bien au contraire. Ses yeux brillaient d'un éclat presque démentiel, entre satisfaction et impatience.
— Donc tu préfères t'obstiner. Comme tu veux, murmura-t-il avec un sourire mauvais.
Sans prévenir, il frappa à nouveau. Un coup de poing sec dans les côtes cette fois, un coup précis là où le médicomage était précédemment intervenu pour le guérir. Drago ne put réprimander son gémissement, malgré ses efforts pour rester silencieux.
— Allez, Malefoy, tu peux faire mieux que ça, non ? Où est passé ce foutu sang-pur si fier ? lança Gregory, moqueur, tout en le secouant légèrement par le bras qu'il tenait toujours emprisonné.
Drago serra les dents, refusant de lui donner la satisfaction de l'entendre supplier. Mais Gregory, loin d'être découragé, continua son attaque, envoyant un autre coup, cette fois dans l'estomac.
Drago plia en deux, ses genoux menaçant de céder sous lui. Chaque respiration devenait un supplice, un effort douloureux qu'il devait arracher à son propre corps.
— Tu vois, ça pourrait s'arrêter maintenant, souffla Gregory, sa voix presque douce, contrastant terriblement avec la brutalité de ses actions.
Il relâcha légèrement son emprise pour le laisser glisser à moitié au sol, mais Drago n'eut pas le temps de trouver son équilibre que Gregory lui saisit violemment le menton, le forçant à relever la tête et à le regarder.
— Écoute-moi bien, reprit-il, ses mots coupant l'air comme un couteau. Si tu refuses encore, je vais devoir employer d'autres moyens.
Son ton devint plus bas, presque un murmure conspirateur, mais chargé de menace.
— Tu sais ce que je veux dire, pas vrai ? Un simple Doloris fera bien plus mal que mes poings. Et crois-moi, je n'hésiterai pas à le charger de tous les maux.
Drago vacilla, son cœur battant à tout rompre. Lui qui pensait que le sort interdit serait mieux que l'humiliation phyique, craignait pourtant de perdre l'esprit maintenant. Il n'avait pas envie de devenir complètement fou, de perdre davantage encore de sa lucidité. Les documents qu'il avait reçu sur les effets secondaires du Doloris tournaient dans sa tête. Il était mortifié.
— Alors, qu'est-ce que ça sera ? continua Gregory, relâchant son menton mais restant accroupi devant lui, son regard planté dans le sien. Un baiser et je m'arrête. Ou bien on continue.
Le silence s'étira dans la salle de bain, seulement interrompu par les respirations haletantes de Drago.
— Je… je ne… balbutia-t-il, incapable de formuler une réponse.
Gregory pencha légèrement la tête, l'exaspération perçant dans son sourire en coin.
— Tu sais, Malefoy, ce que je déteste, c'est l'hésitation.
Ses doigts vinrent se refermer autour de son col, tirant légèrement pour le forcer à se pencher en avant.
— Tu dis oui, ou tu dis non. Mais choisis vite, ou c'est moi qui choisirai pour toi.
Drago détourna les yeux, son visage brûlant d'humiliation et de peur. Il avait l'impression que les murs de la salle de bain se refermaient sur lui, l'air devenu lourd, irrespirable.
Comment en est-il arrivé là ?
Il voulait crier. Hurler. Faire quelque chose pour briser cet instant insupportable. Mais il restait là, incapable de bouger, comme un animal pris au piège. Et le pire, c'est qu'il n'osait même pas utiliser de magie pour l'envoyer paître. Il avait peur que cela alerte les Aurors du coin, que quelqu'un le découvre dans cette situation catastrophique. Si quelqu'un comme Potter le voyait dans cet état, Gregory aurait tout gagné, vraiment. Il avait déjà gagné d'ailleurs, non ? Si confiant, à attendre sa réponse, qu'il saurait positive…
— Oui, murmura Drago après ce qui sembla une éternité, sa voix brisée par la honte.
Gregory se pencha légèrement, comme pour savourer sa réponse.
— Je n'ai pas entendu.
— Oui, répéta Drago, les dents serrées, le regard fixé sur le carrelage.
Un silence s'installa, puis Gregory relâcha enfin son col. Drago inspira profondément, croyant à un instant de répit, mais c'était une erreur. Gregory attrapa son visage à deux mains et, sans attendre, captura ses lèvres.
Le baiser fut brutal, envahissant, et Drago sentit l'horreur l'envahir. Il tenta de se reculer, mais Gregory raffermit sa prise, ses doigts s'enfonçant dans ses joues pour l'empêcher de bouger.
C'est irréel. Ce n'est pas en train d'arriver. Pas à lui.
Il voulait croire qu'il allait se réveiller, que tout cela n'était qu'un cauchemar. Mais le goût amer du whisky sur les lèvres de Gregory et la douleur de ses doigts sur sa peau rendaient la réalité inévitable.
Quand Gregory s'écarta enfin, Drago tenta de détourner la tête, mais une main ferme le ramena face à lui.
— On n'a pas fini, souffla Gregory, un sourire carnassier étirant ses lèvres.
Avant que Drago ne puisse répondre, Gregory l'embrassa à nouveau, cette fois avec une lenteur calculée, explorant chaque résistance, chaque hésitation. Drago serra les poings si fort qu'il sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes.
Le pire, c'est qu'il n'arrivait même pas à bouger. Il était tétanisé.
L'humiliation brûlante monta en lui, étouffée par une peur sourde, un instinct viscéral qui lui criait de ne pas aggraver les choses.
Gregory s'écarta à nouveau, mais seulement de quelques centimètres.
— Tu vois, ce n'est pas si difficile, murmura-t-il.
Il passa une main dans les cheveux décoiffés de Drago, comme pour le récompenser. Drago resta immobile, les épaules tendues, les larmes brûlant derrière ses paupières fermées.
— Encore, ordonna Gregory.
Drago ouvrit les yeux, son regard brillant de haine et de désespoir.
— Je ne peux pas, souffla-t-il.
Gregory éclata d'un rire bref.
— Tu viens de prouver que tu peux. Ne brise pas tes maigres efforts maintenant pour éviter le Doloris, hm ? Ça serait bête, tu ne crois pas.
Lentement, Drago hocha la tête, sentant son corps trembler malgré lui. Gregory le captura encore, son baiser devenant plus dominateur, plus envahissant. À chaque instant, Drago sentait un peu plus de lui-même s'effondrer.
Il n'était plus rien.
Il ne comprenait plus ce qui lui arrivait, pourquoi il se sentait si impuissant, si incapable de résister. Les larmes commencèrent à couler, silencieuses, brûlant ses joues, mais Gregory ne s'arrêta pas. Il avait l'air d'avoir attendu ça, cet instant où Drago montrerait un réel signe de faiblesse.
Quand il s'écarta enfin, un sourire satisfait sur les lèvres, Drago s'écroula contre le mur, le souffle court, les épaules se redressa légèrement, observant Drago avec une intensité presque tendre. Son sourire s'adoucit, mais ses yeux brillaient toujours d'une satisfaction cruelle.
— Tu vois, murmura-t-il, presque affectueusement, ce n'est pas si difficile.
Il passa une main dans les cheveux de Drago, comme pour le rassurer, ses doigts jouant doucement avec quelques mèches blondes éparses. Drago, toujours assit contre le mur, ne bougeait pas. Sa poitrine se soulevait encore sous l'effet de sa respiration rapide, ses mains tremblaient légèrement, mais il n'essayait plus de lutter.
Gregory se pencha à nouveau, posant son front contre celui de Drago.
— Tu as été... obéissant, finalement.
Il recula à peine, ses lèvres frôlant celles de Drago dans un baiser léger, presque chaste, mais suffisamment calculé pour appuyer sa domination. Drago ne réagit pas.
Je suis fini, pensa-t-il, une sourde douleur traversant son esprit. Il avait l'impression d'être brisé, comme si chaque partie de lui-même qui lui donnait de la force s'était évaporée. Tout semblait flou, irréel.
Gregory reprit son exploration, déposant de petits baisers sur les coins de ses lèvres, sur sa joue humide de larmes, jusqu'à sa mâchoire.
— Tu es si calme, maintenant, chuchota-t-il, sa voix douce, presque moqueuse. C'est agréable, tu ne trouves pas ?
Les larmes continuaient de couler sur les joues de Drago, mais il n'émettait aucun son. Ses yeux fixaient un point invisible sur le mur en face de lui, son esprit tourbillonnant dans un mélange de honte, de haine et de confusion.
Il le laissait faire, ne réagissait pas, n'était plus en mesure d'évaluer la situation.
Il sentit une main se poser sur son épaule, légère, presque protectrice. Gregory appuya doucement, se penchant à nouveau pour murmurer à son oreille.
— Tu vois, tout ça aurait pu être tellement plus simple pour toi si tu avais courbé l'échine dès le début. Mais je suppose qu'il fallait ça pour te remettre à ta place.
Un rire discret s'échappa de Gregory, tandis qu'il continuait ses baisers, descendant lentement jusqu'à la base du cou de Drago. Chaque geste était mesuré, précis, un mélange troublant de douceur et de contrôle.
Drago sentait son corps se raidir et se relâcher tour à tour, comme si ses instincts se débattaient contre sa propre soumission. Il était à deux doigts de l'hystérie, mais tout restait coincé dans sa gorge.
— Pourquoi tu fais ça ? souffla-t-il enfin, sa voix rauque et faible.
Gregory s'arrêta, levant les yeux vers lui, un sourire amusé sur les lèvres.
— Pourquoi ? répéta-t-il. Parce que je le peux.
Il inclina la tête, déposant un nouveau baiser sur la tempe de Drago avant de reculer, s'asseyant à même le sol en face de lui.
— Par contre… murmura-t-il, ça aurait pu s'arrêter là. Mais ce n'est pas ce que j'ai demandé, n'est-ce pas ?
— Quoi ? articula-t-il faiblement, comme s'il espérait avoir mal entendu.
Gregory s'accouda à ses genoux, son sourire carnassier revenant sur ses lèvres.
— Je t'ai montré le chemin Drago. Mais je veux que tu viennes à moi. Tu dois le vouloir. Enfin, tu dois me prouver que tu veux éviter le pire.
Il pencha légèrement la tête d'un côté puis de l'autre, ses yeux s'assombrissant alors qu'il observait Drago avec une patience inquiétante.
— Alors ? continua-t-il doucement, presque comme s'il donnait une leçon. Embrasse-moi. De toi-même. Montre-moi que tu as compris où est ta place.
Drago ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son ne sortit. Il s'imagina l'envoyer voler à travers les murs grâce à un sortilège, éclater son visage contre le carrelage, puis fuir, du moins ne pas céder davantage, mais son corps semblait ne plus lui appartenir.
Fini. Tout ce qui le composait était complètement fini.
Il inspira profondément, mais même cela était douloureux, comme si chaque bouffée d'air lui rappelait son impuissance.
— Gregory… s'il te plaît… tenta-t-il dans un murmure.
Gregory fronça légèrement les sourcils, une expression feinte de déception se peignant sur son visage.
— Tu sais, les supplications sont charmantes, mais ce n'est pas ce que je veux. Je t'ai donné un choix. Alors, Drago, prends-le.
Le silence retomba, pesant, brisé seulement par les respirations hachées de Drago. Son esprit tourbillonnait.
Il releva lentement les yeux vers son ancien camarade, cherchant désespérément une échappatoire dans son regard, mais il n'y trouva qu'une froide détermination.
Gregory haussa légèrement les épaules, comme pour signifier qu'il avait tout son temps.
— Je ne suis pas pressé, mais toi, peut-être que si, murmura-t-il en tapotant distraitement sa baguette contre sa paume.
Le geste était subtil, mais suffisant pour raviver en Drago le souvenir des sorts qu'il avait endurés. Il serra les poings.
— D'accord… souffla-t-il enfin, du bout des lèvres.
Gregory pencha la tête, feignant de ne pas avoir entendu.
— Qu'est-ce que tu as dit ? Parle plus fort, par Merlin.
Drago déglutit, son visage brûlant d'humiliation.
— D'accord, répéta-t-il, cette fois plus fort.
Un sourire satisfait étira les lèvres de Gregory, mais il ne bougea pas.
— Alors fais-le.
Drago sentit ses muscles se tendre alors qu'il luttait contre lui-même et son dégoût. Lentement, il se pencha en avant, son cœur battant si fort qu'il lui semblait qu'il allait exploser.
Le premier contact fut hésitant, un effleurement maladroit. Gregory ne bougea pas, se contentant de le regarder avec son air supérieur, emprunter à quelques camarades d'Azkaban sans doute. Cela n'avait rien de noble. Gregory était sale, abject, terrible.
— Encore, murmura Gregory, sa voix douce mais implacable. Et mieux que ça.
Drago ferma les yeux, les larmes coulant à nouveau sur ses joues, et recommença. Ce baiser-là dura plus longtemps, mais il était empreint de désespoir, une reddition silencieuse.
Gregory prit les devants, ses doigts se glissant sur sa joue, alors qu'il approfondissait le baiser sans hésiter, dominant chaque instant, tandis que Drago restait immobile, comme figé dans son humiliation.
Quand Gregory s'écarta légèrement, il resta à proximité, leurs visages à peine séparés.
— C'est un début, souffla-t-il, son ton moqueur. Mais je pense que tu peux mieux faire.
Drago sentit ses épaules s'affaisser davantage, sa volonté réduite en miettes. Il ne lui restait plus rien, pensa-t-il, son esprit vidé par la honte et la peur. Plus rien.
Les fois précédents il avait au moins le plaisir de rentrer jusqu'à chez lui, son cocon pour fuir ces moments avec Gregory, mais là non. Il était déjà chez lui. Il n'arriverait plus jamais à être dans cette salle de bain sans penser à tout ça. Il avait envie de déménager. Le ferait, oui. Dès le lendemain.
Gregory resta accroupi devant Drago, ses doigts jouant distraitement avec les liserés vert et or du col de sa chemise, un geste anodin si ce n'est qu'il montrait à quel point Drago avait abandonné toute idée de s'extraire de cette situation.
— Ce col te va à ravir, fit-il remarquer, son ton presque rêveur. C'est un vestige d'une époque où tu pensais encore avoir du pouvoir. Ironique, n'est-ce pas ?
Drago serra les dents, juste ça. Il était épuisé, apeuré malgré lui. Gregory remarqua, bien sûr, et cela sembla l'amuser davantage.
— Tu sais, continua-t-il, je me suis souvent demandé si tu avais encore cette marque. Si elle te brûle parfois, si elle te rappelle à quel point tu as échoué.
Il tendit une main et, lentement, retroussa la manche droite de la chemise de Drago. Ce dernier n'émit aucun mouvement.
La manche glissa, dévoilant la peau pâle de son avant-bras, jusqu'à laisser la Marque des Ténèbres apparaître, noircie et légèrement estompée avec le temps. Gregory resta silencieux un moment, contemplant le symbole comme s'il s'agissait d'un trophée.
— Voilà, dit-il enfin, un sourire glacial étirant ses lèvres. Toujours là, fidèle à toi-même.
Il posa ses doigts sur la Marque, traçant les contours du serpent et du crâne avec une lenteur presque révérencieuse. Drago retint son souffle, comme si quelque chose aller se passer. Mais rien. Voldemort était mort, plus rien ne se passerait avec cette marque.
— Ce qui est marrant c'est que ce symbole, il est censé représenter ta loyauté à un homme, à une cause. Mais cet homme est mort, cette cause anéantie. Et toi, tu es là, réduit à…
Il s'interrompit, ses yeux se relevant pour croiser ceux de Drago, vidés de tout. Juste tout.
— À ça, conclut-il, un soupir presque déçu dans la voix.
Avec lenteur, Gregory souleva son bras et se pencha pour appuyer ses lèvres sur la Marque. Drago sentit une nausée profonde le submerger, comme si tout l'air de la pièce avait été aspiré.
Gregory resta ainsi un instant, ses lèvres appuyées contre la Marque, avant de reculer légèrement, un sourire satisfait éclairant son visage.
— Tu sais ce que ça signifie, n'est-ce pas ? souffla-t-il.
Drago secoua imperceptiblement la tête, incapable de parler, ses mains se contractant en poings serrés sur le carrelage froid.
— Ça signifie que tu m'appartiens plus que tu n'as jamais appartenu à Voldemort, dit Gregory, sa voix basse et menaçante. Lui t'a marqué pour ses ambitions, moi… je t'ai marqué par ta soumission.
Il effleura la Marque du bout des doigts une dernière fois avant de relâcher la manche de Drago, la laissant retomber sur son bras comme un linceul.
— N'oublie pas ça, Drago. La prochaine fois que tu penses pouvoir te dresser contre moi.
Il se redressa alors, le dominant une fois de plus, et lui lança un dernier regard avant de tourner les talons et de quitter la salle de bain, sa démarche tranquille, presque nonchalante.
Le silence retomba dans la pièce, oppressant. Drago resta immobile, son regard fixé sur le sol. Il n'avait plus rien. Plus aucune force.
Vincent n'avait été qu'un prétexte pour l'approcher. Gregory s'en fichait de venger son ancien camarade. Il voulait simplement jouer de ce nouveau pouvoir acquis par la force durant son incarcération à Azkaban. Et quoi de mieux que Drago Malefoy, ancien leader d'un groupe d'adolescents pour tester ses nouvelles limites.
Au coin de ses yeux, Drago devina la silhouette de Vincent. Lui-même paraissait déçu de l'attitude de Gregory. Dans les hallucinations du Doloris, Drago le vit s'approcher et s'accroupir près de lui. Son visage à demi-brûlé, l'odeur du feu… Et Vincent qui soupira.
— Gregory est devenu une vraie bête. Plus terrible que quand on avait dix-sept ans.
Drago hocha la tête, sans rien dire.
— Pauvre de toi Drago. Même moi j'ai pitié. Gregory a toujours été fasciné par la noirceur. Maintenant que tu lui as a fait prendre conscience qu'il est capable de quelque chose, plus rien ne l'arrêtera.
Vincent rigola et tapota son épaule. Tout ceci était irréel, pourtant Drago eut la sensation de sa main sur lui.
— T'es pas dans la merde, hein ?
Et Drago appuya son crâne contre le mur, regardant en l'air. Il avait des envies de mort dans la bouche.
