- Bon, vous vous rappelez de la route, tous les deux ? demanda Lambert aux deux autres mutants.

Le Chat Noir lui adressa un regard tout sauf amusé alors que Geralt commentait qu'elle était difficile à oublier la route en question.

- "Celui qui reviendra avec son médaillon aura prouvé qu'il était digne de s'élancer sur la Voie", dit Lambert dans une belle imitation de Vesemir en se remettant en marche.

- Ah… Vesemir t'a déjà entendu l'imiter ? s'enquit avec un vague amusement Geralt.

- Ouais. Le vieux le supporte pas. J'imite aussi très bien Portgas.

- Fais une démonstration et tu te manges un Aard dans la gueule, Lambert, averti Ace. Et je le ferais juste devant le cyclope, on rira bien.

Et ils se dirigèrent vers la brèche dans la muraille.

- /Kiyan est avec nous ?/ demanda Ace en regardant Mandos qui venait de remettre sa capuche sur son crâne.

Mandos regarda sur le côté avant de confirmer la présence du mort.

- Un problème ? se renseigna Geralt.

- Non, je me dis seulement que l'Epreuve de la Montagne change énormément de la stupide Epreuve de la Corde. "Si tu tombes, c'est fini. Tu peux t'asseoir sur tes neufs vies, gamine." Putain de Schrödinger de merde.

Et ils enjambèrent la brèche dans la muraille.

- Tu vois, Portgas, si on devait réparer la brèche de Savolla, on devrait faire le grand tour pour rejoindre l'étang. Je pense même qu'ils auraient dû finir leur besogne en réduisant cette ruine en miettes, commenta Lambert.

- Je vais t'en coller une, Lambert, vraiment.

Cet endroit était le seul lieu où il avait pu se laisser aller, baisser sa garde et se sentir accepter, chez lui, dans un monde qui n'était pas le sien et qui le traitait comme un monstre ou un morceau de viande. Lambert n'appréciait peut-être pas l'endroit, mais pour Ace, c'était son chez lui, dans un sens et il y tenait.

- Nii-chan ? appela doucement Luffy.

L'aîné secoua la tête.

Ils descendirent quelques rochers et rejoignirent un petit sentier de montagne qu'ils suivirent au trot toujours plus bas, se rapprochant d'une chute d'eau qui rendait une large zone sur leur droite totalement floue.

- Dis-moi, tu comptes traverser le lac à la nage ? demanda Geralt durant la descente.

Si c'était le cas, Luffy allait avoir un souci. Le jeune capitaine ne réagit pas, outre sourire à son frère aîné qui se contenta d'une grimace.

- Non, j'ai une barque pas loin. Pour la pêche.

- Toi ? Tu pêches ?

Ace était d'accord sur ce coup-là avec le Loup Blanc. Lambert qui fait un truc aussi paisible que la pêche où la patience est de mise… c'était comme Luffy qui devient végétarien. Quoiqu'Ace était mal placé pour dire quoique ce soit. Il avait été aussi bouffe-tout et carnivore que son frère, et le voilà raisonnable et végétarien.

- A la bombe, précisa le Loup Noir. Je jette une bombe et je ramasse tout ce qui a le ventre à l'air.

Vu comme ça, c'était plus du Lambert.

- Mhmh… je comprends mieux, nota Geralt d'un ton blasé.

- Personne n'a délogé les harpies, à ce que je vois, nota Ace en tirant son glaive d'argent. /Luffy, n'utilise pas ton akuma no mi./

Luffy tira la langue d'un air contrarié alors qu'une nuée de harpies fonçait sur eux.

Ils étaient trois sorceleurs, un supernova et un éclaireur/guérisseur Scoia'tael. Autant dire que c'était une attaque vaine. Pour les loups qu'ils croisèrent sur le reste du chemin, ils les regardèrent passer sans réagir, voire s'éloigner avec méfiance. Au moins, ça permettait de se mettre en forme pour ce qui allait venir.

Ils continuèrent leur descente jusqu'à l'étang et la ruine de ce qui fut, à une époque, une cabane de pêche. Ils s'avancèrent derrière Lambert sur le ponton… mais pas de barque.

- J'étais pourtant sûre de l'avoir amarré ici, nota le jeune Loup en fronçant les sourcils.

- L'amarre a dû lâcher. Cet idiot nous a fait perdre une vingtaine de barques de pêche avant d'apprendre à faire des nœuds correctes, marmonna Ace en montrant son petit-frère du doigt qui se contenta de rire.

- Les pêcheurs de Goa ont jamais capté qu'on les volait ! ricanait le jeune pirate.

- Vous croyez ? Moi, je dis que le bateau s'est détaché tout seul pour aller faire un tour, ironisa Lambert. Et avec ce brouillard, jamais on le retrouvera.

- Et les possibles brumelins, soupira Ace. Bon, Lu' on va chercher les emmerdes pour retrouver la barque de monsieur grognon ?

- OUAIS ! s'enthousiasma le jeune D.

- Ton frère va se faire tuer, averti Lambert.

- Il a boxé le géant des glaces de Undvik ! sourit fièrement l'aîné avant de suivre son petit-frère qui allait droit vers les noyeurs qu'on entendait plus loin. Restez ici, on revient.

Les deux D. disparurent dans la brume. Et quelques instants plus tard, on pouvait littéralement entendre le rire machiavélique du duo dans le brouillard avec les cris de terreurs de noyeurs et de ce qui devait être une guenaude aquatique.

Puis le silence.

Jusqu'au paisible son d'une barque qui glissa dans l'eau jusqu'au ponton, portant deux D. avec de grands sourires innocents un peu trop identiques pour ne pas être louche.

- Vous êtes certains d'avoir des parents différents ? se fit confirmer Geralt.

- Par rapport à Dragon qui a abandonné Lu' pour faire sa révolution à la con, mon géniteur a l'excuse d'être mort avant ma naissance, donc, oui Geralt, on n'a pas de sang en commun. Peut-être un ancêtre, mais c'est tout, confirma l'aîné en grimpant sur le ponton. Mandos, tu te sens de surveiller cet idiot ? La barque sera trop étroite pour tout le monde, donc, Geralt et moi, on va nager vu que Lambert ne voudra pas se mouiller.

Cela lui valut un regard noir du propriétaire de la barque.

Mandos s'avança. Il devenait de plus en plus pâle au fur et à mesure que le temps avançait. Il monta dans la barque avec Luffy et Lambert.

- Reste sage le temps de la traversée, s'il te plait, réclama Mandos en regardant le pirate du coin de l'œil.

Luffy hocha la tête avec gravité.

Ace et Geralt déposèrent le gros de leur équipement dans la barque avant de descendre dans l'eau.

- L'entrée de la caverne est juste en face, leur dit Lambert en prenant la barre de sa barque alors que Luffy s'emparait des rames. Il suffit de franchir l'étang, de traverser une grotte puis d'escalader la Tête-de-troll… Quand j'y repense… de mon groupe, seuls deux gars sont revenus.

- C'est le groupe qui est tombé sur le vieux Fer-de-lance dans les cavernes, non ? se fit confirmer Geralt en s'accrochant un instant au bord de la barque.

- Allez, en route. Si mon frère fait le con, j'vous donne l'autorisation de le foutre à la flotte. J'ai l'habitude de le repêcher, soupira Ace.

Et il s'enfonça sous l'eau pendant quelques instants pour refaire surface plus loin après être passé sous la barque. Sans un regard derrière, il partit dans un crawl énergique. Geralt suivit le mouvement, mais bien entendu, la barque les rattrapa très vite, pour ensuite, les laisser derrière.

Bientôt, ils furent sur l'autre rive, juste devant les grottes. Ace et Geralt s'ébrouèrent en sortant de l'eau et reprirent leur équipement pendant que Lambert donnait un conseil aux deux jeunes :

- Une fois dans les grottes, silence absolu. Vous marchez dans nos pas. Sauf si le vieux Fer-de-lance nous a fait la grâce de calancher de son plein gré, il peut nous sauter dessus à tout moment.

- Lu' est là pour lui, assura Ace.

- Oh ? Un truc que tu peux pas faire toi ? sourit largement le plus jeune.

- J'ai castré le cyclope en question, ça répond à ta question ?

Luffy eut un air choqué à l'annonce.

Beaucoup de choses qui lui aurait semblé inadmissible était devenu un moyen de survie depuis qu'Ace subissait la malédiction de Eilhart. Et le castrage de beaucoup de trucs faisait partie du lot.

- Maintenant que j'ai ton attention, sache que je suis certain que tu peux pas te retenir de frapper tout ce qui est hostile. T'as pas la patience pour ça.

- Tu veux parier ?

- D'accord. Arrive à tenir six heures en esquive contre le cyclope et je te ramène l'ours le plus gras de la région.

- C'est bon pour moi !

Ils échangèrent une poignée de main. Luffy avait tout gobé. Il serait suffisamment occupé pour ne causer de soucis à personne mais pas trop loin pour qu'Ace puisse le garder un peu à l'œil. Ceci étant fait, il se tourna vers Mandos.

- Tu veux un peu de repos ?

Il montra son dos, l'air de proposer au jeune elfe de le porter s'il le souhaitait. Il avait l'air d'être sur le point de s'effondrer d'un instant à l'autre.

- Ça ira encore pour l'instant. Je vais réussir à avancer là-dedans malgré tout. Mais, après, on verra, refusa Mandos.

- N'hésite pas si tu le sens pas, wakkatta ?

Ace regarda Mandos dans les yeux pour bien insister. Il était question de sa santé, sa survie. La fierté ne devait pas entrer dans la ligne de compte à cet instant.

Son mouvement de tête confirma qu'il demanderait si c'était réellement nécessaire.

- C'est quoi le proverbe déjà ? soupira Ace en débouchant une fiole de Chat.

- Fer-de-lance ronfle comme un sonneur… commença Gerald avant d'enfiler le même élixir.

-... le réveiller sonnera ta dernière heure, compléta Lambert qui avait déjà bu sa dose.

- AAAAAAAAAAAH ! AU SECOURS ! hurla un petit garçon dans le brouillard.

Luffy allait voler au secours de l'enfant mais Ace le rattrapa.

- Personne ne vit ici, Luffy. Les sorceleurs sont les seuls habitants outre les monstres. C'est certainement une illusion faite par un monstre.

- Aaaaah...AAAAH ! continua l'enfant dans le brouillard.

- Brumelin. Kiyan me l'a précisé tout à l'heure. Un traîne dans le coin, précisa Mandos.

- Je l'ai entendu mais je sais pas ce qu'est un Brumelin, avoua Luffy.

- Kiyan ? C'est qui celui-là ? demanda Lambert.

- Un gars qui aurait bien voulu être à ta place, Lambert, et non, ne dis pas que tu es d'accord pour échanger les rôles. On parle d'un Chat mort de la pire façon qui soit et ce, pas parce qu'il était un Chat et donc, l'aurait cherché, mais parce qu'il était un sorceleur et que des cons qui trouvent nos mutations dignes d'intérêts, il y en a encore beaucoup. Donc, si tu as un mot contre lui, tu auras affaire à moi, feula le Chat Noir.

Lambert leva les mains pour dire qu'il n'allait pas faire de commentaire.

- Le brumelin est une créature du brouillard, résuma Geralt alors que Lambert avançait dans la grotte. Plus ils sont vieux, plus ils deviennent puissants. Les plus anciens sont capables de faire des illusions précises. Faire croire qu'il y a un mur là où il n'y en a pas, ou créer des illusions auditives comme le garçon qui hurle.

- D'accoooord… dit le jeune pirate en penchant la tête sur le côté avec perplexité.

- Simple, Lu'. Tu vois le brouillard qui bouge bizarrement ou qui devient brusquement épais, tu utilises une bonne dose d'Armement pour frapper autour de toi. Si tu es assez rapide, tu devrais choper le monstre avant qu'il ne bouge, recommanda Ace.

- D'accord. Donc, y'a pas d'enfant?

- Aucun, rassura son frère aîné. Allons-y.

Et ils pénétrèrent dans les profondeurs obscures de la caverne. Presque immédiatement, le Chat Noir attrapa le poignet de son frère. Lambert leva un sourcil d'interrogation, prêt à sortir une moquerie que le Chat lui coupa sous les pieds :

- Il ne voit pas dans le noir.

C'était l'excuse mais Luffy avait les bases en Haki pour se déplacer en les suivant avec. La réalité est qu'Ace l'utilisait comme ancrage. Faire la traverser la première fois avait été une épreuve pour son Haki et ses mutations. La vallée n'était pas hantée parce que les Loups conservaient un souvenir qu'ils chérissaient de leurs morts, apprentis inclus. Mais leur peur, leur appréhension, leur terreur était toujours là, dans les murs de ce qui avait été la dernière épreuve de leur formation. Si Ace avait bien appris une chose à Undvik, c'est que Luffy était un faiseur de miracle. Alors, il pourrait lui servir de rempart, lui permettre de ne pas réagir aux émotions enfermées dans cet endroit. Tant de gosses avaient péri ici. Alors, pour traverser l'endroit, il prendrait toute l'aide accessible.

Comme on pouvait s'y attendre pour une caverne donnant sur un étang, une partie du sol était vaseux et humide. Même s'ils marchaient, ils avançaient à pas rapide. Jusqu'à un mur de pierre assez haut. Trop haut.

- Pas si je te fais la courte échelle, nota Lambert avant d'imiter de nouveau Vesemir : "Le sorceleur est un chasseur solitaire…"

- "...Mais même un chasseur solitaire peut avoir besoin d'un coup de main.", compléta Geralt.

Luffy sauta agilement sur le sommet du mur en profitant de l'élasticité de son corps. Puis, il tendit une main à Mandos pour l'aider à monter à son tour. Ace ignorait les deux loups pour faire l'escalade de la paroi rocheuse comme si c'était une promenade de santé.

Lambert se mit en position et Geralt prit appuis sur lui pour se hisser à son tour alors qu'Ace s'asseyait au sommet sur le rebord. Il attrapa Geralt au vol et l'aida à se hisser sur les deniers mètres.

- Espèce de gros lard, grommela Lambert.

Geralt s'agenouilla sur le rebord et attrapa son camarade quand il sauta à son tour pour le hisser en haut.

- T'es pas franchement un poids plume non plus, commenta le Loup Blanc.

Il allait ouvrir la route quand il s'arrêta et se tourna vers Ace.

- Tu permets ?

- De ? s'enquit le Chat Noir.

Le Loup Blanc le saisit à la taille et le souleva aisément.

- Mais tu fabriques quoi ? Repose-moi ou je hurle et je te laisse gérer avec le cyclope, gronda le D.

- T'es vachement léger et t'as envoyé valser le gros tas tout à l'heure… C'était avant ou après les Herbes, cette force?

- Avant, maintenant, poses-moi ou c'est ma botte dans le pelvis.

Geralt ne se le fit pas dire deux fois et reposa le pirate à terre qui arrangea son armure de cuir d'un air irrité. Qui s'accentua quand Luffy retint un rire. Son frère aîné lui attrapa l'oreille et l'embarqua avec lui pour passer devant dans la grotte. Avec le vieux Fer de Lance, la lumière n'était pas une bonne idée, d'où le pourquoi ils y allaient avec les élixirs. Luffy allait finir par se perdre dans les couloirs.

Ils arrivèrent devant un autre mur. Plus bas cette fois, avec une zone clairement friable et affaiblie.

- Le mur n'a pas l'air solide. Un petit coup de Aard ? proposa Lambert.

- Au risque de réveiller le vieux Fer-de-lance ? lui reprocha Geralt.

- Quoi ? T'as les foies ?

- Non, contrairement à toi, je réfléchi avant d'agir.

- Bon, Lu'. Ton cyclope, tu le veux furieux et éveillé, ou surpris et endormi ? se renseigna Ace.

- Réveillé, sinon, ça sera sans intérêt, bouda le plus jeune.

Ace posa sa main sur la pierre friable.

- Aard.

Elle explosa. L'onde fit voler un instant sa cape, avant qu'elle ne retombe lentement avec la poussière.

- Voilà, le cyclope est réveillé. Maintenant, on arrête de perdre du temps et on y va.

Et il passa devant.

- Ah et attention aux cailloux, Lu', va pas glisser, recommanda le Chat Noir sans regarder son jeune frère.

Qui pour le coup, glissa et se fit rattraper par Geralt qui le remit debout.

Ils continuèrent leur marche, Ace cessant toute discrétion, poussant le vice jusqu'à siffloter. Les rochers sur la route volaient avec son signe. La seule chose qu'il fit, ce fut s'arrêter en voyant des ossements au sol.

- Ils ont été pulvériser, nota Geralt en voyant le pirate s'arrêter.

- Toujours aussi accueillant ce Fer-de-lance, grommela Lambert.

Ace décrocha sa cape et déposa délicatement les ossements dedans, avant de la refermer précieusement et de tendre le paquet à Mandos.

- Tu le portes ? Je te porte en sortant d'ici.

- Donne-le-moi… je vais le garder pour l'instant jusqu'à ce qu'il soit loin d'ici.

Et ils reprirent leur route, les pierres continuant de valdinguer sous les signes quand elles leur bloquaient la route. Quand l'odeur de moisi se fit plus forte, on pouvait en déduire que le gardien des lieux n'était plus très loin.

Mais ce qui fit que tout le monde s'immobilisa… c'est parce que le cyclope était en vue, tout au fond d'une large et haute salle de la caverne et il pionçait toujours.

- Il est devenu sourd pendant qu'on regardait pas ? supposa le Chat Noir en refaisant son chignon avec ses baguettes et ses dreads.

- Ou alors, t'es pas assez bruyante à son goût, lança Lambert. Je le trouve plutôt mignon quand il dort. On voudrait presque qu'il ne se réveille jamais.

- Tu le perçois avec ton Haki, à défaut de le voir ? se renseigna Ace à son petit-frère.

- Hmhm !

- Alors go. Tu te souviens du pari, pas d'attaque, juste de l'esquive, sinon, c'est de la triche.

- Ouais, c'est bon, j'ai compris.

Et le jeune pirate alla à la rencontre de Fer-de-Lance qui se réveilla quand Luffy shoota par accident dans un caillou qui atterrit sur la paupière du monstre. Avec un mugissement terrible, il se releva d'un bond et fonça à l'assaut. Le jeune pirate au chapeau de paille passa aisément entre ses jambes avant de commencer à l'asticoter, les mains dans le dos pour résister à la tentation.

- T'es certaine de ce que tu fais, Portgas ? Tu te souviens du nombre de gosses que Fer-de-lance a écrasé ? se fit confirmer Lambert en portant par réflexe une main à son glaive d'argent.

- Qu'il essaye avec Luffy, c'est physiquement impossible. Je le récupèrerais au retour.

- Profitons de la distraction pour passer en douce, encouragea Geralt.

Ils filèrent vers la sortie, Ace conservant une main sur Mandos plus pour avoir quelque chose de mentalement stable pour son Haki que pour ne pas perdre le petit elfe. Ils escaladèrent deux autres murs moins hauts que les précédents et jaillirent enfin à l'air libre, sur de l'herbe, un beau ciel bleu et une vue impayable sur les montagnes. Un trio de trolls les virent sortir, mais ils reconnurent très vite Ace. Résultat, ils prirent fissa la fuite.

- J'aime traumatiser les monstres, sourit paisiblement le Chat Noir à ses collègues.

- La seconde dose d'Herbe t'a clairement bousillé le cerveau, commenta Lambert.

Ace ne releva pas. C'était la vérité après tout. Sans la seconde dose, il n'aurait pas besoin d'un traitement ultra toxique pour avoir les deux pieds sur terre. Il s'accroupit devant Mandos, prêt à le porter sur son dos. Qu'il économise son énergie et se concentre sur sa magie pour le reste du voyage. Il n'y avait plus rien pour les inquiéter et à défaut, Geralt et Lambert pouvaient gérer. Doucement, le pirate se redressa et ils prirent la route. Les trolls continuèrent de fuir, clairement traumatisés par le seul passage du D. même si c'était il y a des décennies en arrière. Et à côté, Lambert commençait à avoir le souffle court, ce qui lui valut quelques moqueries de Geralt.

- T'as pas intérêt de clamser sur mon dos, d'accord, tête de nœud ? souffla Ace à son passager en ignorant la chamaillerie des deux loups à côté. On est presque au cercle, Mandos. T'as tenue jusqu'à maintenant, prouve à Gaunter que tu survivras. Que tu es pire que de la mauvaise herbe. Qu'on ne te met pas dans la tombe comme ça, d'acc ?

Non, il n'avait pas peur. Non, il n'était pas inquiet. Si on le lui demandait, Ace nierait ces deux points.

- J'en sortirais si tu m'y colles avant l'heure, Black Cat, répondit Mandos.

- J'y compte bien.

Quand ils arrivèrent en haut et aux ruines qui correspondaient au vieil autel en pierre circulaire correspondant au Cercle des Éléments, Kali et Marco y étaient déjà. Et avec eux, on avait Triss et Yennefer. L'elfe noir était occupé à inscrire au henné des mots magiques en Laith aen Undod sur la peau du dos du pirate et sur ses bras, pendant que les deux magiciennes préparaient le cercle magique pour le reste du processus.

- Vous en avez mis du temps, nota Yennefer. Triss a eu le temps de nous rejoindre.

La rousse magicienne se redressa de là où elle faisait des inscriptions sur le sol, esquissa un sourire tendu et retourna à son ouvrage en passant une mèche châtain derrière son oreille.

- Tu aurais pu faire le voyage avec nous, pointa Lambert à Kali.

- Et perdre du temps précieux. Au moins, ça t'aura laissé l'occasion de décuver, contra l'elfe noir.

Elle mit la touche finale sur la peau de Marco avant de poser son matériel sur l'autel et de rejoindre Mandos.

- Viens t'asseoir, petit-frère.

Difficilement, mais délicatement, avec l'aide de Geralt, Ace et Kali, Mandos alla s'asseoir sur l'autel à côté de Marco.

- Je dois faire un tracé sur ta peau, Mandos, lui dit simplement la brune. Je te laisse retirer tes affaires, je place nos sorceleurs.

Elle laissa le jeune elfe se mettre torse-nue et attrapa Ace par le bras pour le positionner dos aux montagnes, presque au bord de la ruine, derrière l'autel. Triss fit signe avec les mains pour les deux autres sorceleurs de s'écarter, et Yennefer alla les voir chacun leur tour pour arranger leur position avant de les relier par un trait à la craie jusqu'à l'autel, formant un triangle. Ace montra le paquet avec sa cape et les ossements que Mandos lui avait rendus et Triss le récupéra pour aller le déposer sur les marches menant au cercle.

- J'ai envie de savoir ce que vous fabriquez avec ce qui m'a l'air d'être des ossements ? demanda la rousse.

- Rien de particulier. On a croisé ce petit bonhomme en route et je me suis dit que je devrais peut-être le ramener à la maison, se justifia Ace en haussant des épaules.

Il fronça les sourcils en voyant les brûlures noires qui creusaient la peau de Mandos en suivant ses veines. S'il tenait le con qui lui avait infligé ça, il le tuerait encore plus douloureusement et lentement qu'il avait tué le Petit Bâtard.

- Que la brigade fantomatique s'écarte, sinon, ils risquent de se faire happer dans le sort, demanda Kali avant de reprendre son matériel pour le henné et de commencer les inscriptions sur la peau froide comme la mort de Mandos.

- Kal'... je ne remets pas en doute tes compétences, mais tu vas réussir à aller jusqu'au bout sans faire une crise ? se renseigna Ace.

- Elle ne fait que guider, on se charge du gros du travail, rassura Yennefer.

- J'ai fini de mon côté, annonça Triss.

Elle s'épousseta son pantalon de cuir vert sombre et alla se mettre au centre d'un petit cercle entre Ace et Geralt. Yennefer termina ses propres tracés et alla se mettre entre les deux Loups dans le même genre de cercle. Kali termina les derniers signes et fit un geste de la main à Mandos pour qu'il se mette contre le dos de Marco, en tailleurs.

- Marco-taisho a une double, voir triple utilité. Il te servira de soutien vital pour te garder en vie, voir guérir tes blessures au mieux. Toi, tu devras tout lâcher en lui. Quand on sera tous prêt, déverse toute ta magie en lui. On est d'accord ?

Mandos s'installa contre le médecin avec un remerciement de la tête.

- On se revoit de l'autre côté. Et préparez-vous … ça va vraiment pas être agréable, pour chacun d'entre vous dès que ça commencera.

- Donne-nous ton pire, l'oisillon, encouragea Marco avant de fermer les yeux pour se mettre en état de méditation et laisser à sa part animale le dessus.

Kali embrassa sur le crâne Mandos comme l'avait toujours fait Ace avec elle pour la rassurer. Puis, elle alla prendre place entre son commandant et Lambert, formant un second triangle.

- Lâche-tout, demanda Yen.

- Montez Quen, demanda Kali.

Dans un même ensemble, les trois mutants posèrent un genou au sol, sur la ligne à la craie, et mirent chacun une main dessus, enrobant l'autel avec Mandos et Marco dans une puissante bulle de protection. L'elfe leur adressa un dernier regard avant de fermer les yeux.

Les secondes s'écoulèrent sans que rien ne bouge.

Puis, Marco chopa les bras de Mandos pour le forcer à rester contre lui alors que le jeune se cabrait en hurlant de douleur, les yeux révulsés. Le pirate serrait les dents. Il était assez insensible aux températures extrêmes, mais là, il avait l'impression qu'on venait de lui verser de l'azote liquide dans les veines. Son zoan réagit immédiatement, brûlant tout ce qui était néfaste afin de le transformer en énergie vitale qu'il redirigea par instinct vers Mandos comme il le faisait avec ses dons de régénération.

L'autel et le sol autour, dans la limite du Quen, commença à se fissurer, puis à se couvrir de glace quand un épais brouillard commença à se condenser dans le bouclier magique. Ace serra les dents, mettant toute sa volonté et ses forces pour tenir. Le peu qu'on pouvait voir des deux hommes sur l'autel, à présent, les montrés pâles et tendus, illuminés de flammes froides turquoises. En fait, si les veines de Mandos ne palpitaient pas dans son cou ou si sa poitrine ne se soulevait pas de temps à autre dans une respiration tremblante, alors, on aurait pu le croire mort. Il avait en tout cas la même tête que beaucoup de jeunes avaient eu dans leur dernier instant pendant qu'ils luttaient contre la douleur de la cérémonie des Herbes.

- Reste où tu es !

Lambert jeta un regard derrière lui pour savoir à qui parler Ace pour voir que Luffy les avait rejoint. Le jeune pirate s'arrêta au pied des marches, clairement hésitant et inquiet.

- Si tu entres dans le cercle, tout le monde y passe et certainement une bonne partie de la vallée, donc, n'avance pas ! appuya Yennefer.

Luffy jeta un regard inquiet à son frère aîné avant de reculer d'un pas et de se tordre les doigts d'inquiétude.

La température chutait de plus en plus, et bientôt, de la buée se formait devant la bouche de tout le monde.

- Ça va faire mal, commandant, averti Kali.

Un rire narquois s'échappa de la gorge de Marco. La sorcière souffla un ordre en enochian et les runes de l'autel s'illuminèrent, ramenant le miasme vers les deux hommes, plus précisément vers Marco qui se prit tout de plein fouet. La plume qu'Ace avait accroché à son dread cessa de briller, pour quasi s'embraser, puis s'éteindre à nouveau, pour se rallumer. Le Phénix était littéralement en train de mourir puis renaître sans que son cerveau ne puisse l'enregistrer. Le trop plein de magie était condensé en lui pour être purifié, avant de lui être ensuite arraché et injecté dans le nœud tellurique qui passait sous le cercle des éléments.

- C'est quoi tout ça ? C'est Findabair qu'on exorcise ? aboya Lambert.

- Soit content qu'on n'ait pas fait ça à la forteresse, elle nous serait tomber sur le crâne, lui répliqua Geralt.

- Les voilà ! annonça Triss. Elles se montrent !

Des chaînes apparaissaient sur la peau devenue blafarde de Mandos. Et chaque maillon était fait de minuscules runes. Mais elles étaient là. Elles se dévoilaient, trait par trait, lettre par lettre, alors que la tête de leur patient se mettait à balloter sur sa poitrine, avec un regard vide, une pellicule laiteuse masquant ses yeux émeraudes.

Devant ce regard, le rire était un lointain souvenir.

Et à côté, Marco tremblait, ses nerfs en pleine surcharge d'énergie dont ils ne savaient que faire. Du sang noir coulait d'entre ses lèvres alors qu'il serrait les dents. Mais ce n'est pas pour autant qu'il se déconcentra de l'elfe derrière lui. Le feu turquoise montait haut et fort, les englobant tous les deux. Ça en était au point que les fractures de la pierre étaient effacées avant d'être réformées par la magie sauvage. Presque comme si Davy Jones et Gaunter faisaient un bras de fer.

Comme Yennefer l'avait dit, c'étaient elle et Triss qui faisaient le gros du travail. Quand elles sentaient la magie des chaînes, elles s'accrochaient et tiraient, pendant que Kali manipulait l'énergie libérée pour détruire l'entrave. Finalement, une marque plus importante apparut sur le visage de Mandos. Le sceau par lequel ils commençaient.

- Te voilà … murmura Kali.

La douceur ne les aiderait pas. Il fallait y aller avec force. Il fallait plonger dans la gangrène pour en arracher le cœur pourrissant. Marco resserra de son mieux sa prise sur les bras de Mandos qui s'était remis à hurler et à convulser pendant que les femmes luttaient pour briser les sceaux. Une vague de magie s'échappa et frappa le Quen qui tint bon. Mais ils sentirent tous la secousse.

L'elfe noir adressa un regard à Ace qui comprit le message silencieux. Il leva sa main de libre pour former Yrden, sans le lancer, que les deux autres sachent qu'il allait lâcher le bouclier. Ils hochèrent la tête, renforcèrent de leur côté leur propre signe, permettant au Chat Noir de lâcher sa part du bouclier pour changer de signe. L'énergie mauve de Yrden emprisonna Mandos, ralentissant ses gestes et facilitant le travail d'un Marco plus blanc que blanc qui avait dû mal à le retenir.

Le soleil commença sa lente descente dans l'après-midi.

Enfin, un premier sceau disparut. C'était celui sur le ventre de l'elfe. En réponse, un liquide noirâtre s'échappa par la bouche de celui-ci et se déversa avec une odeur nauséabonde sur le sol. Les flammes du Phénix ne se firent pas attendre pour souder les plaies dès leur première apparition. Il était clair que la magie n'était pas faite pour être arraché de quelqu'un avec autant de violence, et la lutte faisait des dégâts. Mais c'était le seul moyen pour briser les chaînes de Mandos. Elles étaient fusionnées à la magie, impossible de faire autrement.

Aussi, les trois femmes tirèrent encore plus fort.

- On en a un autre qui vient de céder ! informa Triss.

- Encore quatre, on y arrive ! encouragea Kali en ignorant la sueur qui coulait dans ses yeux.

Son dieu était là, avec elle, elle le sentait guidant ses gestes et sa magie, trouvant les failles dans les sceaux pour les extirper et les détruire. C'était sa seule assurance. La seule chose à laquelle elle pouvait s'accrocher pour se dire qu'il n'était pas trop tard pour son frère et qu'il pouvait survivre.

Yennefer saignait du nez, mais elle savait très bien qu'arrêter maintenant signerait la mort de tout le monde. Elle avait un sceau entre les griffes de sa magie, un sceau que Kali avait fragilisé en des points clefs, à défaut de pouvoir faire plus. Elle se fit un plaisir de le briser. Dans un sens, c'était cathartique, surtout après l'engueulade qu'elle s'était prise de l'empereur pour Geralt, Ace et elle. Après, elle n'enviait pas la place de Marco qui servait de purificateur de magie. Ce qui était assez inédit.

Deux autres sceaux sautèrent quasi en même temps. Il ne restait plus que celui sur le visage de Mandos. Et il s'enfonçait toujours plus dans la chair, comme si on la gravait au couteau. Si elle avait pu bouger ses mains, Kali aurait ramassé ses cheveux qui trainaient par terre dans une longue cape neigeuse. Mais elle ne pouvait se permettre de faire un acte aussi banal. Surtout quand elle voyait ses ongles commencer à s'allonger en des griffes mortelles. Elle se devait de tenir. Tout le monde devait tenir, même s'ils commençaient à entendre des échos de souvenirs de plus en plus horrible de leur vie.

La dernière chaîne faisait de la résistance, cela revenait à lutter contre la mer elle-même. Sans parler de la présence nauséabonde du démon qui tentait de s'accrocher à sa victime. Ils ne la voyaient pas, mais ils la sentaient parfaitement. Tous. Même Luffy hors du cercle magique.

- /Tu n'es pas le bienvenu ! Casses-toi !/ aboya Luffy en cessant de se ronger les ongles.

Il ne pouvait pas faire grand-chose, outre les soutenir, mais les leçons de Rayleigh lui avaient donné une arme parfaite pour attaquer à distance.

Son Haki des Roi frappa la présence malsaine. Défaire le dernier sceau, c'était lutté contre la mer ? Eh bien, le Haki de Luffy était littéralement la colère de l'océan.

Ace dû trouver l'idée de son frère très bonne parce qu'il lâcha le sien. L'être infâme, l'ombre, le démon… quel que soit le nom de ce qui s'était accroché si longtemps en Mandos… eh bien, ce truc, se retrouva littéralement compressé par deux volonté digne de vrai Roi. Et même un masochiste ne voudrait pas se retrouver au milieu.

Quelque chose sortit de Mandos. Quelque chose de sombre, légèrement translucide, qui monta dans les airs en essayant de fuir les flammes de Marco. Pourtant, là, le blond aurait bien voulu que ce truc s'éloigne. Parce qu'il revoyait tout. Les pires moments de sa vie. De sa vente aux enchères jusqu'au moment où il avait jeté Aki dans le four. Les morts. Ceux qu'il n'avait pas pu sauver. Les sévices de MariJoa. Marine Ford… et tellement d'autres. Il sentait ses propres flammes contre ses dents alors que son zoan luttait contre la morsure profonde qu'il s'infligeait pour ne pas pleurer. Mais cela ne dura qu'un instant. Le feu turquoise embrasa l'apparition qui disparut dans un cri guttural.

Puis le silence.

Un silence assourdissant dans la première lueur des étoiles. Le seul son était les respirations haletantes de froid, d'effroi et d'épuisement. Marco tomba sur le côté, paralysée par la douleur. Ace se précipita sur lui pour voir s'il allait bien avant de prendre son petit-frère dans ses bras quand il chercha à se rassurer ou à chasser les mauvais souvenirs que ce truc qui était sorti de Mandos avait ramené à la surface. À côté, Geralt retourna doucement Mandos qui était lui aussi au sol entre les taches de sang et de craie sur la pierre. Kali posa ses doigts sur le cou de Mandos, cherchant un pouls, refusant de regarder les yeux verts éteint et sans vie qui fixaient les premières étoiles s'allumant dans le ciel.

Le silence était oppressant.

Puis une voix rauque le brisa :

- … if you bury me … I will haunt you 'till the end of your days.

Soupir collectif de soulagement. Yennefer offrit une main à Triss qui frappa dedans en souriant, se félicitant ainsi l'une et l'autre pour le travail accompli. Bon, certes, le petit Mandos ne pourrait pas bouger avant un moment, mais il était vivant. Ace laissa son homme et son frère un instant pour aller voir le petit elfe avec un grand sourire innocent.

- Bon, ben, y'a plus rien à faire pour lui. J'propose qu'on se débarasse du corps, comme ça, on aura pas à dire à Vesemir qu'on a foiré notre coup.

- Il t'arrive d'avoir de bonnes idées, Portgas, admit Lambert en faisant semblant de considérer l'idée.

- Le souci est de savoir où cacher le corps. Vesemir comprendra qu'il y a quelque chose qui ne va pas si des goules apparaissent brusquement, continua Geralt.

- Les brumelins de tout à l'heure ? proposa Ace.

- Non. Les noyeurs de l'étang, c'est une meilleure idée, trancha le plus jeune des Loup.

Kali roula des yeux, et s'assit sur l'autel pour se reposer après avoir aidé Mandos à s'asseoir et enfiler une tunique en essayant de ne pas l'abîmer avec ses griffes. Elle tourna un instant la tête pour voir Lambert repoussait quelques mèches de sa longue chevelure blanche pour poser une main sur la peau écailleuse de son épaule. Une main non-gantée. La symbolique du geste ne lui échappa pas. Pas plus qu'à Ace qui esquissa un sourire. Bon, d'accord, il allait accepter Lambert, vu qu'il acceptait les démonstrations des mauvais moments de la pirate.

- Kiyan, si tu as quelque chose à expliquer aux Loups, ne te gêne pas, dit Mandos brusquement.

Et là, un homme apparut, en armure de maître de l'école du chat. Assez grand, battit pour la vitesse et l'agilité. Le crâne rasé, le visage mince avec une belle cicatrice descendant du front au nez qui avait dû être infligé par un griffon. Il avait une apparence calme, tranquille et posée, en contradiction avec son regard et sa posture en alerte. La seule chose qui disait que l'homme était mort, c'est qu'il était translucide.

- À part qu'ils sont des idiots ? Si on veut faire disparaître un corps, il y a rien de mieux que de l'acide de monstre, je trouve. Ou vous donner en appât pour un foënard pour le coup. Sinon, ce serait bien de vous ramener au bastion avec le docteur avant que vous ne choppiez la mort au lieu qu'ils fassent de l'esprit.

Et il croisa les bras en haussant un sourcil avec un sourire joueur pour les trois sorceleurs bien vivants. Voyant le fantôme, Kali adressa un regard désapprobateur à Mandos. Avec ce qu'il venait de subir, faire de la magie n'était pas conseillé.

- Je l'ai simplement invité à parler. Et il s'est manifesté, se justifia l'elfe.

Et il se mit à sourire encore plus en serrant la main de l'elfe noire sans prendre garde aux griffes ou au fait que Triss lançait sur lui un sort de diagnostic.

- Kali… elles sont plus là. Je suis libre. Putain de merde… je suis libre.

L'agacement se changea en tendresse quand son petit-frère se mit à pleurer de joie devant cette simple réalisation. Il avait aussi plus de couleur sur son visage, il n'y avait que des cicatrices de combat et une marque en éclair sur son front. Plus de sceaux.

- On peut en conclure que c'est une réussite, constata Yennefer.

- On peut fêter ça avec de la viande, proposa Luffy.

- Non, toi, tu as perdu ton pari, donc, tu seras à la soupe de sang de canard, lui dit Ace. Oh, et Kiyan. Si t'étais pas mort et moi célibataire, je peux t'assurer que tu aurais été tout à fait mon type.

- Je te renie, dit sérieusement le jeune pirate.

- J'apprécie la franchise et je dois dire que tu aurais été totalement mon type. Mais, ta mère me castrerait. Elle approuve néanmoins le doc blond. Sinon, les Loups ont aussi le mérite d'être pas mal à regarder et les magiciennes sont à tomber.

C'était quelque chose dont Geralt se serait passé de savoir.

- Merci pour le compliment, Kiyan. Portgas a raison, vous étiez un très beau garçon, sourit Triss avec un rire.

Le Chat eut alors un sourire assez charmeur avant de faire une révérence et disparaître. Les Chats… pas d'autres explications que ça.

- Ravi de savoir que je suis approuvé par l'un des deux, marmonna Marco toujours à terre. Je vais finir par croire que tu aimes me rendre jaloux, yoi.

- Un peu, avoua Ace. Mais il n'a vu que le Chat Noir, il ne peut pas tenir le même discours devant Hiken.

- Tu veux pas savoir l'histoire, devança Kali devant la question de Lambert alors que son capitaine aider Marco à s'asseoir. Pas maintenant en tout cas.

- Bon, on redescend ? demanda Geralt.

- J'ai à parler à Lambert, si ça ne dérange personne. On vous rejoint plus tard, dit Kali.

Et sans un mot, Luffy attrapa Mandos et le hissa sur son dos. L'elfe se contenta de soupirer en se laissant faire.

- Allons y avant qu'on ne prenne racine.

Ace récupéra le tas d'ossements qu'il confia à Geralt. S'il ne le portait pas lui-même, c'est parce qu'il se retrouva avec un tas de plumes turquoise dans ses bras. Marco posa sa tête sur l'épaule de son époux et s'endormit immédiatement.

- On laisse le vieux Fer-de-lance à Yen et Triss, si je comprends bien ? supposa Geralt.

- S'il a réussi à se dégager, rectifia Luffy.

- Tu l'as coincé dans un mur ? Si c'est le cas, il en sortira facilement.

Luffy se contenta de rire alors qu'ils refaisaient le chemin inverse. Il tiqua en entendant certainement des fantômes commenter ou rire. Il arrangea Mandos sur son dos qui s'était endormi. Le chemin fut calme avec Yennefer offrant la lumière. Quand ils repassèrent par la caverne, ils s'immobilisèrent. Difficile d'ignorer le cyclope. Il était planté à la verticale dans le sol. La tête dans la roche. Il était littéralement enfoncé dans le sol jusqu'aux coudes, agitant désespérément ses jambes pour se dégager en mugissant.

- Quand Lambert verra ça, je pense que c'est lui qui t'offrira un ours, commenta Geralt.

- Ok, je m'incline. On rentre, je suis trop crevé pour ces conneries, soupira Ace.

Triss resta un moment à observer la scène, puis Luffy qui s'éloignait en suivant les autres. Clairement, il y avait des choses pas communes dans les autres mondes, si un jeune homme tout juste sorti de l'adolescence avec une apparence chétive comme Luffy pouvait enfoncer un cyclope aussi profondément dans le sol sans se faire blesser, et ce, dans le noir complet, sans que son frère aîné ne réagisse plus que ça.

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Quand ils revinrent à Kaer Morhen, ils tombèrent sur Eskel qui allait passer les portes de la forteresse.

- Bonsoir.

- Me parle pas Eskel, lui dit froidement Ace.

- Toujours un plaisir, Portgas. Tu l'as déniché où ce phénix ? Cela fait plusieurs siècles qu'on en a pas vu, enchaîna le mutant à moitié défiguré. Salut Geralt, bonjour mesdames.

- Un plaisir de te revoir, Eskel, salua plaisamment Triss.

- Qui sont ces deux jeunes ? se renseigna le sorceleur.

- Mandos et Luffy, présenta Geralt. Deux très longues histoires… qui implique Ciri pour l'un et un démon pour l'autre. On est épuisé, si on doit parler, faisons-le dedans.

Ace avait déjà ouvert avec son dos la porte du bastion, ne désirant pas réveiller les dormeurs en y mettant un front-kick ou se faire engueuler par Vesemir. Il resta appuyé contre le battant pour permettre à son frère d'entrer à son tour. Vesemir se leva de là où il s'était accroupi pour donner à manger à Uma et les regarda venir.

- J'ai senti vos exploits jusqu'ici. C'est une réussite ? demanda Vesemir.

- En effet. Par contre, on est lessivé. Du moins, moi, lui, tu peux le lâcher dans la vallée pour faire les quatre cent coups, bailla Ace en désignant son frère d'un geste de la tête.

- Je vais prendre le petit Mandos en charge et le mettre au lit, toi, va te coucher. Je vous dis à demain les jeunes.

Luffy ne se le fit pas dire deux fois. Il leur souhaita bonne nuit et une fois libéré de Mandos, il partit à toute vitesse, hors de la forteresse. Notant que le Chat Noir, qui avait tout de même son coin pour dormir à la forteresse, restait avec lui, Vesemir conclu qu'il voulait lui parler. Il l'invita donc à le suivre pendant qu'il allait coucher Mandos.

- De quoi veux-tu me parler ?

- En toute objectivité, quelles sont mes chances de survivre à une nouvelle épreuve des Herbes ?

- Nulle. Et sans intérêt. Si tu veux mourir, il y a des méthodes moins compliquées et douloureuses, lui dit calmement le vieux sorceleur en arrangeant Mandos dans ses bras. Pourquoi veux-tu repasser les épreuves ?

- D'après Kali, au moins une portion de l'épreuve pourrait permettre d'affaiblir le travail de Eilhart, bien assez pour que je puisse redevenir moi.

- Le prix sera gros. Tu as plus de chance de mourir que de survivre. Mais si tu m'en parles, c'est que tu as déjà pris ta décision, n'est-ce pas, Ace ?

- Ça ne sera pas avant le prochain hiver, très certainement. Du moins, tant qu'on aura pas retrouvé Ciri et qu'on aura remis à leur place ces salauds de la Chasse.

Vesemir soupira en secouant la tête avant de s'arrêter devant une porte. Ace arrangea délicatement l'oiseau dans ses bras pour ouvrir le battant pour laisser place au doyen qui déposa Mandos dans la chambre. Il le déchaussa, lui retira sa cape et le glissa sous la couverture avant de rajouter une peau de bête en plus pour combattre le froid de la forteresse. En silence, ils quittèrent la pièce, laissant la porte ouverte pour laisser passer Hugin et Fumseck qui vinrent se percher dans les poutres de la pièce. Délicatement, la chambre fut refermée et Vesemir accompagna Ace jusqu'au laboratoire dans les sous-sol de Kaer Morhen et accessoirement, la pierre dressée des éléments.

- Je pense très sincèrement que c'est du suicide, mais si tu y tiens, je ferais le nécessaire pour te préparer à l'épreuve, lui dit le vieux Loup dans les couloirs sombres.

- Merci Vesemir-ji-san.

- Je veux juste que tu aies conscience que tu es trop vieux, que tu as déjà survécu deux fois à l'épreuve non sans mal. La troisième fois, ce sera ta mort. Je n'aimerais pas rajouter aussi vite ton nom sur la stèle, mais si tu y tiens tant, c'est ton choix.

Le D. se contenta d'esquisser un sourire puis regarda le vieil homme partir avant de tourner les talons et d'aller se rouler en boule du côté de la pierre dressée dans le nid de fourrure, de couverture et de coussins qu'il s'était fait au travers les ans dans la forteresse. Marco arrangea sa position dans son sommeil pour se blottir un peu plus contre son époux qui le regarda un instant avant de se faire emporter par le sommeil.