Ceci est un omake que j'ai écrit à l'époque pour le départ à la retraite du youtuber MatPat. Si vous vous en sortez en anglais, je vous recommande d'aller voir la vidéo d'origine "History of the world... according to the bread" sur la chaîne Food vous souhaite de très bonnes fêtes.
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L'annonce avait jeté un gros froid sur la salle. Adara avait semblé à deux doigts de briser les os de Robin après ce qu'on lui avait appris. Elle s'était excusée en disant qu'elle avait besoin de s'isoler avant de disparaître dans les couloirs de la bibliothèque.
C'était un geste absolument compréhensible et Ace était plus que prêt à lui laisser l'espace nécessaire. Vraiment. Il l'avait vu par une fenêtre s'asseoir au pied d'un des mandariniers après avoir dit à Codsworth d'aller voir ailleurs si elle y était. Lui aussi devait avoir mal prit la nouvelle, mais aller savoir si sa programmation lui permettait ne serait-ce que de l'exprimer réellement.
Ace se laissa aller vers l'avant sur le bureau d'écolier devant lequel il était assis pendant qu'un homme qui devait avoir autour de la quarantaine placarder avec excitation des croquis sur le tableau autour d'une carte du monde. Une carte bien différente de celle incomplète qu'il avait connu.
- C'est un choc, n'est-ce pas ? souffla Nami assise à la table d'à côté.
D'autres personnes, tous des adultes responsables du partage du savoir dans leur colonie/communauté, étaient assis devant eux, avec de quoi prendre des notes, attendant avec une certaine impatience le cours qui devait commencer. Il y avait d'ailleurs Amelia dans le groupe, ce qui était
- Assez, accorda le noiraud.
- Mon rêve, avant qu'Arlong ne mette son nez dans ma vie, c'était de faire la carte du monde entier. Pouvoir le cartographier dans son ensemble, lui raconta la rousse avec un regard lointain. Après chaque aventure, ton frère venait me voir, dans un instant calme, et me demander si j'avais eu le temps nécessaire pour mémoriser l'île afin d'en faire la carte ou s'il était nécessaire de faire demi-tour. Parce que c'était mon rêve et qu'il était important à ses yeux.
- Mon frère a achevé de me rendre fou, parce que clairement, j'avais déjà un bon grain en le rencontrant, mais il avait ce don de rendre les gens autour importants. De les mettre en valeur, eux et leurs rêves. Cette flamme, ce soleil intérieur…
- Soleil intérieur, oui, en effet ! pouffa la rousse.
- Qu'est-ce que j'ai dit ?
La femme lui adressa un regard le traitant de débile. Quelque chose lui échappait clairement.
- Quelque chose que je devrais savoir ? C'est une allusion ? Je… je suis quelque peu perplexe.
Là, la navigatrice se redressa en fronçant les sourcils.
- Tu ne savais pas ?
- Savoir quoi ?
- Portgas…
- Quoi ?
- As-tu déjà ouvert une encyclopédie sur les fruits du démon ?
- Oui. Pour me renseigner sur mon logia quand je l'ai eu, sur comment gérer la divinité de mauvais caractère que j'avais à mon bord mais c'est tout.
Il avait été tenté de se renseigner sur le zoan phénix, quand il avait commencé sa relation avec Marco, mais il avait jugé que ça serait mieux de se renseigner directement auprès de son amant.
- Qu'est-ce que j'aurai dû voir ? Qu'est-ce que j'ai loupé ?
- C'est prêt ! annonça le gars au tableau en arrangeant sa veste de cuir rouge.
- Nous vous écoutons Matthew, assura Robin.
Le petit doigt de la main gigantesque dans laquelle elle était se plia vers l'intérieur, offrant une surface solide sur laquelle une planche fut déposée par Sanji qui retourna fumé tranquillement en fond. Une fois son support stable, la femme installa son matériel de prise de note et accorda toute son attention à ce Matthew.
Celui-ci, avec une craie, tapota la carte.
- Donc, aujourd'hui, je vais vous exposer ma théorie de l'influence du pain…
- Revois ton accent ou dit bread, 'spèce d'amerloc, grommela Sanji.
- … dans l'histoire des grandes civilisations, et comment il a pu permettre de si vaste conquête.
Bon, il semblerait que les questions seraient pour plus tard. Ace n'était pas pressé. Il n'y avait pas de Marine ici, outre Aarch, mais c'était une exception. Il n'avait aucune obligation, rien pour le presser, rien qui le fasse bouger. Il était là, à attendre une raison de continuer à mettre un pied devant l'autre. Au jour d'aujourd'hui, c'était aidé Adara à retrouver son enfant, mais la quête avait pris un étrange tournant avec l'annonce de Nico Robin.
Alors, il pouvait se permettre de s'asseoir et écouter l'histoire d'un monde qu'il découvrait après sa destruction.
- MatPat est un synthétique. Sa personnalité existée avant la guerre, il animait diverses émissions de divertissement et vaguement éducative. Pour l'une d'elles, il a rejoint un test scientifique dans le but de prouver je ne sais plus trop quoi sur le cerveau… sans savoir que l'expérience était une couverture pour copier un maximum de personnalité et utiliser cela pour développer une Intelligence Artificielle parfaite.
- Donc, l'Institut aurait envoyé en mission un animateur d'émission ? demanda Ace alors que l'homme dont ils parlaient expliquer à ceux qui ne le savait pas ce qu'était du pain.
Le fait que Sanji soit parvenue à en faire un qui fut partagé entre tout l'auditoire aida énormément.
- Non, du tout, répondit la rousse.
Elle sourit à Sanji quand il fit une pirouette pour lui servir un gros morceau de la miche de pain moelleuse et encore chaude, avant de regarder son camarade aller faire la nouille auprès d'une Amélia très embarrassée.
- Certains synthétiques arrivent à fuir. Comment ? Même Robin l'ignore. Elle pense que quelqu'un dans les rangs de l'organisation le fait sciemment ou que Law s'ennuie juste. Le fait est que ces synthétiques fuyards sont régulièrement récupérés par une organisation du nom de Railroad.
- Je suis tombé sur une… holotape, c'est ça ?
La rousse confirma de la tête.
- Oui, ils glissent régulièrement des holotapes avec le même message de la chef pour alerter tout le monde sur la vraie situation des synthétiques. Et pour les aider à refaire leur vie, loin de l'Institut, ils sont confiés à un allier spécialiser en neurologie et informatique qui leur lave le cerveau et leur implante de faux souvenirs. Mais ça, c'est aujourd'hui. Avant, la personne en question télécharger des consciences et personnalités déjà enregistrés ayant survécu à la guerre. Le choc a été rude pour certains qui ont perdu la raison ou la vie. Matthew Patrick était déjà assez dérangé de son vivant pour supporter cette nouvelle vie. Aujourd'hui, il est animateur radio pour la WRVR.
- Je vois. Et excuses-moi de poser la question, je ne veux pas paraître offensant, mais c'est quoi la différence entre les générations exactement ?
Nami porta un doigt à ses lèvres quand il s'avéra que l'intervention aller vraiment commencer.
- Je peux vous assurer que quand je dis qu'il n'y a rien de plus puissant au monde que le pain, c'est un fait et je vais vous le prouver, leur annonça MatPat.
Il posa sa main sur le tableau, sur la grosse masse continentale.
- Bien, ceci c'est ce qui est connue comme la région de Mésopotamie. Et on est plus de trente mille ans en arrière. On ne parle pas encore de pain. A cette époque, il est juste question de graines. A côté, on a les humains qui tuent des choses avec des bâtons pointues et qui cherchent à savoir quelles sont les feuilles qu'ils peuvent manger ou non.
Ah ouais, ça remontait à loin.
- Et là, quelqu'un a l'idée étrange de manger du blé sauvage. En expérimentant, bien entendu. On les écrase, on les mélange avec un peu d'eau…
Pendant qu'il racontait tout ça, Mat mimait l'action avec de grands gestes théâtraux.
- Avant de mettre le mélange dans le feu jusqu'à ce que ce soit croustillant.
Il colla un peu brutalement une image sur le tableau avant de la montrée d'un geste magistral.
- Et voilà ! Du pain !
Ace leva un sourcil. Dans son opinion, ça ressemblait plus à un morceau de charbon avec un forme bizarre ou un champignon cousin de la truffe noire… mais moins ragoutant. Il pencha la tête sur le côté. Peut-être de l'aluminium carbonisé.
- Je sais, par rapport à ce que Black Leg nous a servi, cela n'a rien à voir. C'est un bébé crackers… et il a un succès de dingue ! Pourquoi ? Parce que je vous assure que c'est toujours mieux que de manger des insectes ou des feuilles. On trouve des imageries dans certaines ruines que le pain était d'abord utilisé dans des cérémonies et dans des lieux sacrés. Ce qui veut dire que nos ancêtres trouver cette préparation très cool. Tellement qu'on s'est dit « Hey, et si on arrêtait d'aller à droite et à gauche pour voir si d'autres de ces plantes peuvent pousser ? ». Et ce que l'on a fait.
Mat alla s'asseoir sur le rebord d'un des bureau vide du premier rang en continuant de parler pendant que son publique prenait des notes.
- Avant la guerre, les cours d'Histoires vous faisaient penser que les gens ont arrêté d'être des nomades sur un coup de tête pour se lancer dans l'agriculture. Mais dans les faits, c'est l'inverse. On était quasiment en train de développer une addiction au pain à ce stade ! On est resté sur place à attendre que plus de blés poussent.
Et avec un grand sourire, Mat se pencha vers l'avant avec un geste d'entrain du poing.
- Le monde est devenu civilisé parce qu'on voulait un autre toast !
Le logia se laissa aller en arrière sur son siège. Oui, il reconnaissait un animateur d'émission de divertissement dans les tentatives d'humour permettant de faire passer son savoir. Ce n'était peut-être pas son genre de blagues, mais il pouvait bien applaudir la tentative.
- Et à partir de là, sa popularité n'a fait qu'augmenter, au point d'en devenir une célébrité, une légende. En ancienne Mésopotamie, le blé a une place dans la mythologie et le panthéon. Les Sumériens avaient Nisaba, la déesse du grain et de l'écriture.
MatPat revint vers le tableau, remit sa main sur la région dont il parlait, avant de la déplacer lentement sur la carte.
- Avec le temps, le pain prend la route, transporté par des gens qui ont encore un mode de vie nomade. Et ça fini…
Il s'arrêta un peu plus à l'ouest.
- Jusqu'en Egypte Ancienne, où on a ces gars ultra cool qui viennent de débarquer en ville et qui se nomment les Pharaons.
Que diable était donc ces « Pharaons » ? Ace n'en avait strictement aucune idée, mais ils avaient l'air important pour que personne ne semble se poser la question… quoique…
Un regard à la fille de Stockton lui fit se dire qu'elle était peut-être aussi perdue que lui.
Il se sentait moins seul pour le coup.
- On est dans la période de moins quatre mille à moins trois cent trente-deux avant Jesus Christ.
- Demande pas, ne cherche pas, recommanda Nami en voyant l'air d'incompréhension d'Ace à cette date. Dis-toi juste qu'un gars du nom de Jesus Christ a été important dans l'Histoire de ce monde au point qu'on décide de commencer à compter le calendrier à partir de sa naissance dans une grosse partie du monde.
- … d'ac-cord… je présume ?
- Egypte, songe à Alabasta, d'accord ?
- D'accord ?
A côté, l'intervenant synthétique continuait d'exposer :
- Il se trouve que les Egyptiens avaient un petit évènement annuel assez pratique pour la culture du blé. Vu qu'ils vivent juste à côté de cet énorme fleuve qu'est le Nil, qui à l'époque était plein de crocodile et de bébés Moïses…
Nami se facepalma et Ace était encore plus perdu. Il devait y avoir une blague ou une référence quelque part parce que Robin avait eu un sourire amusé à la référence qui passait à mille lieux de la tête du logia.
- … et qui était aussi très doué pour faire une chose très importante chaque année : avoir une crue.
En quoi une crue pouvait-elle être pratique ?
La question d'Ace trouva immédiatement sa réponse :
- La crue annuelle du Nil, qui est phénomène naturel important dans le cycle de l'eau de cette région, finit par laisser derrière une zone massive de terre très bien irriguée sans devoir le faire manuellement. Pas besoin non plus de devoir creuser des lignes d'irrigations que personne n'a encore inventé, pour ces plantations… jusqu'à ce que le pain débarque. Parce que les gens sont prêts à faire beaucoup de choses pour avoir plus de pain. C'est pour cela qu'ils inventent les canaux d'irrigations, avec des barrages aquatiques, qui seront ensuite utilisé dans le monde entier pendant des millénaires, tout ça pour l'amour des gens pour le pain. Les Egyptiens se lancent aussi dans des expériences scientifiques assez folles pour trouver d'autres façons de manger du pain, expérimentant avec l'idée de d'abord réduire le blé en poudre, puis de le mélanger avec d'autres choses.
Il revint à l'image du morceau carbonisé.
- Jusqu'à présent, les gens se contentaient de faire rôtir les graines et de les amalgamer ensemble avec de l'eau, avant de mettre le tout au four pour obtenir un truc petit truc plat et craquant.
Il posa sa main sur une nouvelle image pour illustrer son propos. Cela ressemblait déjà plus à du pain, mais c'était clairement plat et ça avait une jolie couleur bronzée.
- Mais les Egyptiens, ils passent au niveau au-dessus. Ils décident de faire une pâte avec le blé moulue et de l'eau qu'ils vont ensuite laisser au soleil, inventant ainsi tout le système de fermentation de la levure.
- La fermentation n'est pas une invention Egyptienne, pointa quelqu'un.
- C'est exact. D'autres civilisations ont déjà fait dans la fermentation. Après tout, on n'est pas des monstres, on a déjà inventé la bière à ce stade.
Cela fit rire Ace. Oui, il plaidait coupable, il avait un faible pour l'alcool, mais zut, il était un pirate, c'était culturel à ce stade.
- Mais là, on parle d'un nouveau pallier pour le pain. Du pain qui gonfle, et ça, tout le monde en voulait. Pourquoi ? Parce que c'était un symbole d'influence et de pouvoir. De richesse. Avec ça, les classes influentes et riches pouvaient se permettre des pains gonflés quand le peuple était encore avec un aliment plat fait avec des ingrédients de moindre qualité. Le pain est devenu une denrée tellement essentielle de la vie égyptienne qu'il a été associé à leurs dieux, et donc, avec leurs pratiques religieuses, où il était question d'utiliser une miche de pain en offrande. On a Osiris, qui, en plus d'être le dieu des morts et de la renaissance, était celui de l'agriculture.
Il placarda une image d'un homme de profil peint sur un mur, avec une tenue et une coiffe blanche, avec du blé poussant de son corps allongé au sol, pendant qu'une personne en pagne était illustrée en train de faire la récolte.
- Le blé qui pousse de son corps est devenu le symbole même de la résurrection.
Mat retira l'image.
- Durant les festivités, les prêtres préparaient ce qu'on appelait le « pain divin », qui était du pain en forme du dieu Osiris.
Drôle de tradition, mais Ace avait vu plus étrange dans le Shin Sekai. Et en tant que logia, il était mal placé pour juger les autres.
- Isis, la sœur d'Osiris, était entre autres la déesse du blé, de l'orge et par association, de la bière. Elle est aussi connue comme la « Boulangère Divine ». Elle a supposément appris à l'humanité comment faire le pain. Donc, exit les Sumériens qui le faisaient déjà vingt mille ans avant…
Le synthétique eut un soupir et une grimace triste.
- Le fléau intemporel du plagiat. M'enfin. Donc, non seulement le pain influence la mythologie, mais il est le déclencheur de tout !
Après cet épisode de tristesse, il était de retour sur son histoire avec un entrain et une passion incroyable. Cela faisait cinq minutes qu'il monologuait sur la petite aventure du pain et Ace devait admettre que c'était intéressant à suivre.
- On veut construire une pyramide avec une main d'œuvre esclaves ? Il va falloir les nourrir. Et le pain sera pratique dans ce but. Envie de lever une armée ? Dîtes-leur de prendre du pain et une lance et ils peuvent y aller. Envie de faire des échanges avec les pays voisins ? Voilà une petite nouveauté à leur faire découvrir. Dans les faits, les Egyptiens étaient très capables dans la production du pain, à une si grande échelle qu'ils avaient la possibilité de nourrir beaucoup de gens avec. Certes, tout le monde n'avait pas besoin de tout ce qui était la levure et sa fermentation, comme les Israëlites, par exemple, en mode « vous êtes des monstres, vous pouvez garder votre stupide pain-bulle, on a mieux à faire ». Ils ont donc pris leur matzah sous le bras pour fuir l'Egypte.
L'animateur déplaça sa main vers l'est pour montrer où était partit le peuple en question.
- Mais le reste du monde ? Ils veulent ab-so-lu-ment de ce pain qui gonfle ! L'Egypte est puissante parce qu'elle a le pouvoir du pain. Et ça sera le modèle pour toutes les nations qui auront beaucoup de blés. Surtout quand il fait quelque chose d'incroyable.
Lentement, le synthétique monta sa main vers le nord, traversant l'océan pour rejoindre une zone assez insulaire.
- Il traverse l'océan.
Ace manqua de rire en imaginant un pain sur un radeau traversant la Grand Line.
- Je veux dire par-là que des marins traversent les océans, rectifia l'animateur. Le pain partage juste l'espace sans payer le loyer. Et le voilà en Grèce ! Et dès qu'il y arrive, il devient le must-have. On est environ à moins huit cent jusqu'à moins cent quarante-six.
Ah ! On se rapprochait des dates positives ! Quelle idée de donner des dates négatives, franchement.
- La popularité du pain se reflète dans l'énorme quantité de mythe et de dieux grecques tournant autour du pouvoir de cet aliment.
Il récupéra de son dossier une nouvelle image qu'il apposa au tableau, et déjà, y'avait une évolution dans la représentation. On était bien plus réaliste dans le dessin de l'humain et il était facile de voir une femme en toge sur un trône.
- Le culte principal est celui de Demeter, la déesse de la récolte, de l'agriculture et plus spécifiquement, du grain. Elle a cette « big girl boss vibe » Demeter, je trouve. Pas vous ?
Quelqu'un toussota, mais ce fut tout.
- Donc ! rebondit l'homme sans se laisser avoir par son manque de succès. On a les Grecs. Et ils sont en mode « et si on mangeait du pain à tous les repas ? ». Cela ressemble à un rêve, mais ça veut aussi dire qu'ils vont avoir besoin de beaucoup plus de pains. Tellement en faîte qu'en moins six cent, ils inventent le premier four fermé spécialement pour la fabrication du pain. Avant, les gens faisaient leur cuisson sur des foyers ouvert, à même les flammes, ce qui était bien moins efficace, que ce soit dans l'alimentation des flammes que dans le contrôle de la température. Avec un four fermé, les Grecs ont pu faire subitement des quantités de pains, en utilisant moins de combustibles et avec un résultat plus consistant, ce qui leur a permis de nourrir bien plus de personne que le faisait les Egyptiens. Le système d'irrigation des Egyptiens, c'était pour avoir plus de pains. Ici, c'est la même chose, les Grecs ont inventé le four fermé pour faire plus de pain. Et vous savez quoi ? Ça marche. Si bien qu'en moins cent soixante-huit avant Jésus Christ, on a le développement d'une guilde des boulangers.
Mat était de retour à sa carte et avec les deux mains, alla vers l'est et l'ouest en les écartant lentement l'une de l'autre.
- Et avant même de le réaliser, le pain était déjà en route pour Rome et la Perse. Avec les gens qui allaient vers l'est pour avoir accès à ces trucs de malades de l'époques qu'étaient le sel par exemple, ils ont répandu le pain dans l'Asie de l'Ouest d'aujourd'hui, vers moins cinq cent cinquante. Et c'est là que la méthode de fabrication du pain s'envole. Le blé est une part essentielle de l'empire Perse, surtout quand on parle du pain plat. Et ils l'ont répandu dans tout le Moyen Orient et l'Asie Centrale parce qu'il avait une bonne conservation, il était facile à transporter et facile à faire en voyage sans nécessité d'équipement particulier. Juste besoin d'une pierre plate et d'un feu pour la chauffer.
Une main sur la Grèce et une autre sur ce qu'il avait dit comme étant l'empire Perse, Mat raconta :
- A cette époque, ces deux nations étaient assez puissantes pour rivaliser l'une avec l'autre dans le bassin Méditerrané, donc, comme le dit la logique, ils entrent en guerre. Cela nous donne la bataille de Marathon et l'invasion de la Grèce par Xerxes en moins trois cent. Certes, on peut apprendre les dates, les noms de batailles et les héros, mais ça se résume à une chose.
Et pour chaque fois qu'il prononça le mot magique, il fit un grand geste avec ses mains vers le bas, comme pour montrer quelque chose.
- C'est le pain, contre le pain et qui a le plus de pain. Et la réponse…
Une main vint se plaquer brutalement contre le tableau, vers l'ouest, cette fois, sur une zone ressemblant vaguement à une botte.
- Le Romains.
Ah ! Le troisième joueur ! Et qu'est-ce qu'ils avaient fait, hein ?
- Rome, avec sa fâcheuse habitude de tout voler aux Grecs, ont vite adopter le pain comme source d'alimentation pour leur nouvel empire. Tout en renversant tout le monde dans leur merveilleuse nouvelle invention pour faire plus de pains. Comme auparavant, le pain a rejoint le panthéon divin, avec Cérès qui est un peu leur équivalent de Demeter.
- Et la technique secrète pour avoir plus de pain ? demanda Ace.
Parler de ça commençait sérieusement à lui donner faim. Il espérait sincèrement que cela ne dure pas trop longtemps, parce que sinon, son estomac allait finir par devenir un participant de ce colloque.
- Eh bien, Rome était très fans des petits fours que les Grecs avaient inventés. Ils étaient en mode « ouais, c'est cool… mais si on faisait plus grand ? »
Là, Ace laissa échapper un rire. Ce mec l'avait eu sur ce coup-là.
- Ils ont fait le premier four de la taille d'une boulangerie pour produire une quantité suffisante à des fins commerciales et politiques, pour le fournir à un très grand nombre.
Il sortit une photo noire et blanche d'un bâtiment en brique de la taille d'une maison mais qui servait clairement de four.
- Et avec ça vient la dernière avancée du pain dans sa conquête du monde : la Politique.
Avec ses deux mains, l'homme balaya tout le pourtour de la Méditerrané, montant même un peu plus au nord-ouest jusqu'à toucher une grosse île qu'il y avait au-dessus du continent.
- Les Romains n'ont pas conquis les deux tiers de l'Europe et un gros morceau de l'Asie, et aussi ce gros morceau en haut de l'Afrique, sans n'avoir rien fait. Ce n'est pas non plus avec une énorme armée qu'ils l'ont fait ou même en imposant la loi martiale. Cela serait impossible.
Ace voulait bien le croire. Le territoire était énorme après tout, c'était infaisable d'un point de vue logistique.
- Ils l'ont fait avec le pain. L'empire Romain sait que tout le monde est accroc à ça. Donc, pour garder la population loyale, ils mettent en place une politique de santé publique sous la forme de cura annonae, qui se traduit par une distribution qui fournis en pain et grain des centaines de milliers de citoyen Romains. Les fameuses grandes routes que Rome a construite à l'époque ? Ils l'ont fait pour transporter le pain, ou plutôt, le blé utilisé à sa fabrication, qu'ils importaient d'Egypte, Sicile et d'autres points de l'empire. Et c'était par la suite redistribuer aux nécessiteux de Rome. Devinez qui ne va pas se rebeller contre vous ? Ceux qui reçoivent des livraisons entières de nourriture de votre part. Rappelez-vous, le pain, c'est ce qu'il a de plus efficace pour se nourrir, de facile à transporter et surtout, le plus goûtu que le monde connaisse jusqu'à présent. Tous les gars cool l'ont, ce qui veut dire que tout le monde veut en avoir une part pour faire partie de la mode, et donc, rejoindre le commerce très populaire du pain. On parle d'une augmentation de population qui reçoit du pain de l'empire allant de quarante milles à deux cent milles individus environs. Et devinez quoi ? Ils restent loyaux. Cette façon de conquérir le monde de Rome est résumé par la fameuse phrase Panem Et Circenses. Du pain et des jeux, et je parle bien évidemment des jeux du cirque. Et cette phrase, elle est encore utilisée dans des endroits comme Diamond City ou certaines colonies hors du Commonwealth, parce que bombe ou pas, il y a deux choses majeurs qui importe au monde afin qu'il reste tranquille. Pour garder les masses à leur place, donnez-leur de la nourriture et du divertissement.
Le pirate n'avait rien à redire, il semblerait que ce soit quelque chose de commun à n'importe quel univers la nourriture et le divertissement.
- Par conséquent, si c'est le pain le grand gagnant, quand il n'y en a plus, c'est la fin, même pour un empire. Avec les Romains, cette politique de pain gratuit était populaire. Et avec les années, cela a fini par se retourner contre eux. Parce que les gens ont simplement cessé de travailler pour attendre que l'Empereur leur donne leur pain.
La suite était logique. Baisse de production alors qu'on a une augmentation constante de la demande, ce qui stoppe le développement de la culture et de la nation. Et surtout, qui irait se battre au front quand on peut rester chez soit pour être nourris gratuitement. Certes, manger du pain jusqu'à la fin de ses jours pouvaient être chiant à la longue, mais entre du pain gratuit et devoir dépenser toujours plus pour de la viande, le choix était vite fait, même pour un carnassier comme Hiken.
- C'est ainsi que l'influence de Rome a fini par diminuer, quand on arrive à un point que la demande en pain gratuit est plus grande que l'armée. Et comme il n'y a personne pour défendre ses frontières, l'importation de pain diminue, la distribution s'arrête et l'empire Romain s'arrêtent pour faire place à de nouveaux compétiteurs avec plus de pains. A partir de là, jusqu'à environ mille quatre cent…
Ace sursauta et se retint de faire une danse de la joie. On avait enfin des dates correctes ! Quel miracle !
- … les choses se divisent entre l'Est et l'Ouest, tout dépend de quelle sauce vous préférez consommer le Christianisme. On avait juste deux options, soit l'Empire Byzantin…
Il mit sa main vers l'est.
- Ou le Saint Empire Romain.
Il mit sa main à l'ouest en faisant un petit pas en arrière qui le laissa un instant en équilibre sur une jambe.
- Et chacun est dirigé par des gens puissants… ou devrais-je dire, du pain avec du pouvoir. Pour l'Empire Byzantin, avec Istanbul comme quartier général, à l'époque où c'était encore Constantinople, eh bien, le pain c'est la chose la plus importante qu'ils ont. Certes, ils ont des olives et des épices et bien d'autres choses qu'ils tiennent des Grecs, mais pour alimenter le million de personnes vivant à Constantinople, ils ont besoin d'une chose par-dessus tout : le pain. A ce stade, la Guilde des Boulangers de Constantinople est considérée comme un groupe sous protection à l'époque. Et personne ne peut interférée avec la fabrication du pain de quelques façons que ce soit. Parce que tout le monde sait que s'il n'y a plus de pain, la citée s'effondre. Les riches mangent le merveilleux pain moelleux et les pauvres continuent avec leur pain d'orge et les prêtes sont général en plein jeune donc, c'est quelque chose qui se résout de soi-même.
Et il passa à l'ouest.
- Pendant ce temps, pour le Saint Empire Romain, le pain a déjà atteint des endroits comme la Gaule.
Et il posa une main sur une zone à l'extrémité ouest du continent.
- La population local, les Celtes, les Belges, les Provencaux etc… ils ont rapidement adopté ce nouvel aliment, parce qu'auparavant, ils consommaient du porridge.
Ace pouvait les comprendre, il n'aimait pas le porridge.
- Ici, c'est le Christianisme qui mène la danse. Mais comme les Romains, les Grecs et les Egyptiens avant eux, le pain est toujours très présent dans la religion, donc, dans son influence sur tous. Mathieu, chapitre six « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. ». Jean chapitre six « Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. » Nous avons aussi Jésus qui multiplie les miches de pains ou quand il partage le pain avec ses disciples.
Nami lança un regard à Ace et il comprit qu'il s'agissait du même type dont le nom était utilisé pour les dates.
- Ce sont des histoires et des idées qui sont très fortes à cette époque. La foi en Dieu est liée à l'idée d'avoir assez de pain. Spécialement quand on sait qu'à chaque coin de l'Europe, on mange presque un kilo de pain par jour. Ils vont même jusqu'à l'utiliser comme des assiettes qu'on appelle tranchoir, qui est généralement une grande tartine de pain rassit. Le pain est un élément tellement central pour le Saint Empire Romain et les Byzantins, que les gouvernements ont commencé à mettre leur pied dans comment le vendre et à quel prix, afin qu'il soit assez bas pour être accessible à tous, chose qui, jusqu'à avant la guerre, était toujours d'actualité.
Et avec du recul, Ace se rappelait qu'il était très rare de tomber sur des lieux où justement le pain était cher. C'était une base, un élément premier, toujours très abordable, quel que soit l'île. Il y avait même des coins, dans sa monté de la Grand Line, où le pain était offert avec les achats alimentaires.
- Cependant, dès que l'on perd le pain, on commence à perdre du pouvoir, reprit l'intervenant en s'avançant pour revenir sur la zone Byzantine. Moitié sixième siècle, l'Empire Byzantin a traversé deux cent ans d'épidémies très sévères. Cela laisse ses frontières ouvertes et donc vulnérable, ce qui est une invitation pour les voisins de venir s'approprier les terres fertiles qui produisent le grain. Et à ce stade, vous connaissez la chanson, c'est le début de la fin. Les Byzantins sont désorganisés et tombent devant les Turcs, qui, surprise-surprise, contrôle la production de blé dans la zone de l'Europe Oriental et le Moyen Orient.
Cela faisait déjà cinq empires avec le même schéma. Mais s'il se rappelait bien, ils étaient en l'an 2277, et ils étaient passé au travers une catastrophe nucléaire. Et Mat devait avoir entendu les pensées du pirate parce qu'il revint vers la carte.
- En France, l'ancienne Gaule, la plus grosse révolte est centrée autour de la pénurie de pain. La Grande Rebeyne de Lyon en mille cinq cent vingt-neuf, est une émeute causée par la mauvaise qualité des récoltes de blé, donc, l'augmentation de leur prix et ainsi, la classe ouvrière qui se retrouvait sans pain. Pour le coup, des milliers d'entre eux ont fait effraction dans les réserves de grains de la cité pour le reprendre des mains du Gouvernement.
C'est dingue ce que ce gars avait comme connaissance. Un regard à Robin fit dire au pirate que oui, c'était de vrais évènements historiques dont il était question.
- Mille cinq cent quatre-vingt-dix, continua MatPat. Nous avons un siège à Paris, où à cette époque, les parisiens mangent entre six cent grammes et un peu plus d'un kilo de pain par jour. Ils deviennent si désespérer par cette pénurie, que durant les longs mois de sièges, ils en viennent à broyer des os humains pour produire de la farine qu'ils utiliseront en cuisine. Ce qui mène finalement à la reddition du roi et au changement de religion de la France. Marche avant jusqu'en mille sept cent soixante, où une production non régulée de grains mène à l'inflation du prix du pain, menant à la famine. En mille sept cent soixante-quinze, on fait des émeutes pour le pain. A cette époque, on ne parle pas de la Révolution Française, mais de la Guerre de la Farine, parce que les gens sont perdus et affamées sans leur baguette de pain. Mille sept cent quatre-vingt-neuf, contrairement à ce que l'on pense, la prise de la Bastille n'est pas que pour les armes. C'était pour avoir du pain.
Ace se laissa aller en arrière. C'était intéressant, mais ça commençait à être un poil long pour sa patience aux abonnés absents. Pire qu'une réunion des commandants.
- Certes, la foule avait leurs torches et leurs fourches, mais qu'est-ce qu'ils cherchaient vraiment ? Les réserves royales de grain. Tout le monde était littéralement affamé. Marie-Antoinette est dépeinte comme la méchante pour sa célèbre réplique quand elle entend la pénurie de farine : « Qu'ils mangent de la brioche. »
- Pas mal, accorda Sanji sur les paroles en français de l'homme.
- Et pour ceux qui ne le savent pas, veut dire plus ou moins qu'ils mangent de la brioche, qui était une luxueuse forme de pain, parce que le pain est toujours considéré comme un élément essentiel de l'alimentation. Nous n'avons rien pour prouver qu'elle a réellement dit cela, mais le pouvoir de ces paroles au sujet du pain en a fait la phrase la plus forte et célèbre, apte à mettre le feu aux poudres, qui nous est parvenu de la Révolution Française. Après, c'est peut-être juste la France, on sait tous qu'ils étaient un peu dingues dans leur relation avec le pain.
Il jeta un regard à Sanji qui haussa un sourcil de perplexité de derrière sa cigarette.
- Je suis un déplacé de North Blue, je ne me sens pas concerné. Continue donc ta leçon.
Mat recula d'un pas et posa sa main sur la grosse zone insulaire un peu au nord de l'Europe.
- Regardons un autre empire. L'empire Britannique. Tom m'en aurait voulu s'il était encore vivant. M'enfin. L'Empire Britannique, connus pour avoir taxé les premiers colons britanniques sur le thé…
Oui ! Ace s'en rappelait, il l'avait entendu dans le Musée de la Liberté. MatPat déploya une autre carte sur le tableau, plus centré sur les USA si Ace reconnaissait correctement la région du Massachussetts.
- Dans les faits, ils ont un autre gros souci qui précède ce qui mènera à la Révolution Américaine. Eux aussi sont devant une pénurie de pain. Ce n'est pas aussi célèbre que la Boston Tea Party, mais en mille sept cent soixante-quinze, des milliers d'Américain miséreux vivants dans les colonies s'assemblent en protestation de Philadelphie…
Il mit sa main à peine au sud par rapport à Boston.
- Jusqu'à Salem.
Et il monta sa main au-dessus d'eux en suivant la côte. Peut-être une demi-journée de marche.
- Et ils se sont réunis pour protester devant les prix inadmissibles du grain et du pain, contrôler majoritairement par le gouvernement Britannique. Avant la bombe, Barbara Clark Smith a écrit un article très intéressant.
Il prit une de ses notes pour leur faire la citation :
- « …on rapporte des milliers réclamant du pain, et des foules entières escortant un marchand, un bouché et un spéculateur, jusqu'à la prison de la ville, sous l'accusation de faire flamber les prix. Comme cela était arrivé à Boston, deux ans avant, la foule a pris le pouvoir d'accuser et punir les ennemis de la cause patriotique. »
Il reposa sa note. Du coin de l'œil, Ace nota un des doigts servant de dossier à Robin se plier pour désigner une allée de livres dans le dos du D. qui se retourna. D'une des hautes étagères, un livre en très bon état fut à moitié tiré par un des bras accrochés au meuble. Food Rioters and the American Revolution de Barbara Clark Smith. Donc, l'homme ne sortait pas de nulle part ses références.
- Encore une fois, les ennemis du pain sont les ennemis du peuple. Une révolution plus tard, et ce nouveau pays qu'est l'Amérique commence vraiment à s'imposer sur la scène internationale. Et pourquoi cela ? Parce que dans quasiment chaque état du pays, on peut produire du blé. Nous avions même une région connue comme la Ceinture de Blé, où on chantait de bout en bout la teinte dorée du blé. Vous pensez que c'est un accident qui a fait que les Etats-Unis d'Amérique sont devenus si vite une super-puissance ? Cela n'a rien de surprenant quand on voit combien de pain nous étions capables d'exporter. En l'an deux milles, nous étions aptes à une exportation de plus de cinquante millions de tonnes de blé par an.
Ace eut un sifflement entre ses dents. C'était impressionnant.
- Disons simplement que tout ce qui touche au blé peut vite devenir un débat houleux et compliquer, donc, je ne vais pas m'attarder sur ce point. Mais pour vous donner une idée, le gouvernement à subventionné plus de quarante-huit billions de dollars, parce qu'avant, c'était le dollar, et non les caps, pour le blé depuis mille neuf cent quatre-vingt-quinze jusqu'aux années deux milles vingt. Tout dans le but de supporter la production du blé du pays, parce que, encore une fois et dîtes-le avec moi… le pain est le pouvoir.
Il ne rencontra aucun succès.
- Des questions ?
- Pourquoi le pain si spécifiquement ? demanda quelqu'un. Cela aurait pu être… des tatos…
- C'étaient des tomates avant la guerre et leur fusion avec les patates, rappela à l'ordre Sanji.
- Certes, les tomates, c'est très bon, et les patates braisées, encore plus, rebondit Mat. Sans compter que ça pousse aussi très facilement. Ou ce qui est les haricots et autre légumineuses… quoique non, les haricots, c'est plutôt nul, mais ça pousse. On a un anthropologiste qui a cherché à se renseigner sur la question. Dr James C. Scott de l'Université de Yale. Il est allé jusqu'à écrire un livre expliquant comment construire une civilisation. Une économie doit être construite sur du grain. Parce que le grain était la première façon d'avoir une économie en premier lieu. Sans compter qu'avec toute cette démonstration, vous avez dû remarquer que le pain permettait aux gens d'avoir ce qu'ils voulaient. Pas parce qu'ils le mangeaient, mais il était utilisé aussi pour l'échange afin d'avoir ce qu'ils désiraient. Parce qu'au final, le pain n'est pas juste qu'une source d'alimentation pour de nombreuses civilisations. Elle sert aussi de monnaie. Certes, on a eu des pièces d'or, et d'autre matériaux, mais ça ne sert à rien si tout le monde meurt de faim. Le pain est puissant parce que c'est littéralement de l'argent que l'on peut manger. Et les dirigeants de tous ces empires ? Ils le savent. Rappelez-vous, bien de ces empires donnaient du pain gratuitement à leur peuple pour la plupart. Le grain servait de base de taxation à ces empires, parce que pour donner de la nourriture à ceux qui n'en ont pas, il faut le prendre à ceux qui en ont. Et pourquoi le grain ? Parce que le grain, avec le blé en exemple, à trois particularités très pratiques. Un, ça se transporte facilement, ce qui est essentiel pour tout gros empire nécessitant un important réseau pour la nourriture. Et qu'est-ce qui fait que de la nourriture se transporte facilement ? C'est le point numéros deux : il est léger et sec. Donc, ça ne va pas pourrir facilement et ça ne revient pas à se trimbaler avec des tonnes d'eau inutilement. Ces deux points exclus déjà tout ce qui est les patates, et autres racines.
- La patate commune était faîtes de soixante-dix à quatre-vingt pour cent d'eau, intervint Sanji.
- Exactement et il a fallu du temps avant que la nourriture déshydrater pointe le bout de son nez. Sans compter qu'on ne peut pas diviser quelque chose comme une patate et s'attendre à ce que ça reste en l'état. Le blé et les graines, c'est facilement divisible, faisant qu'on peut aussi le peser et ainsi savoir combien on donne à qui, surtout dans la distribution aux pauvres. Et dernier point, ça pousse…
Mat leva une main au niveau de sa poitrine.
- …au-dessus du sol. Cela n'a l'air de rien, comme ça, mais c'est très important. Mais pour un empire, ça représente tout. Un gouvernement n'existe que s'il peut taxer ses citoyens. Et à cette époque, les taxes n'étaient pas de l'argent, mais des récoltes. Quand quelqu'un fait pousser du blé, il ne peut pas le cacher. On peut littéralement le voir pousser des mois avant qu'on ne puisse le récolter. Donc, un collecteur d'impôt peut passer par-là et estimer la récolte de l'année du fermier, avant de revenir pour la récolte pour récupérer la taxe. Les patates, les racines, les légumineuses… ce n'est pas visible, ça pousse soit dans le sol, soit proche de celui-ci. Ce qui voulait dire que les fermiers pouvaient facilement le cacher au gouvernement en prétendant avoir eu une mauvaise récolte et leur donner un semblant de taxe, sans que quiconque ne puisse dire qu'ils mentaient ou non. Parfait choix pour esquiver les taxes et c'est mauvais pour tout gouvernement qui veut collecter ses impôts. On a un bon exemple avec l'Irlande et sa Grande Famine de mille huit cent quarante.
Mat enroula la carte des US pour revenir sur le domaine britannique et montrer la zone ouest de celle-ci.
- The Iris Potato Famine. A cette époque, il est connu que les Irlandais reposaient énormément sur les patates comme une de leur source principale d'alimentation pour de nombreuses raisons. Principalement parce que la majorité de leur blé était exporté aux Anglais pour la taxe du gouvernement qui avait l'Ireland sous sa coupe à cette époque. Comme on transportait facilement le blé, les Anglais étaient heureux de tout prendre pendant que des centaines de milliers d'Irlandais mourraient de faim parce que leurs patates moins taxables ne pouvaient pousser. D'autre question ?
Ace leva le bras.
- Oui ?
- On a pas parlé du monde entier. Le sud, par exemple ? Ou… l'Asie, c'est ça ? pointa le D.
- Très bonne question. Le secret, c'est que le blé est une plante très difficile. L'Afrique Centrale et du Sud n'ont pas participé à cette guerre du pain parce que ces zones ne sont pas bien équipées pour faire pousser le blé. Pour le blé, il faut un climat tempéré et un sol limoneux. Ce qui est idéale dans le croissant fertile, mais ce n'est pas le cas en Côte d'Ivoire. Nos absents de notre exposé sont généralement des régions très chaudes, mais ils ont eu leur propre histoire. Avec, à la place du blé, d'autres céréales, comme par exemple le maïs, emblématique de la zone mésoaméricaine que sont l'Amérique Centrale et du Sud. Et ça reste transportable, visible pour la taxation et partageable facilement. Et comme les Grecques et les Romains, on le retrouve dans la mythologie. Les Aztèques avaient Centeôtl, le dieu du maïs que l'ont représenté entourer d'épis, alors que les Maya avaient l'idée que le grain, ou plutôt, le maïs, a mené à la création même de l'homme. Certes, ils avaient d'autres options, comme les patates, mais pour les transporter, il fallait les geler ou les sécher, ce qui faisait que ça prenait énormément de temps. Le maïs ? Cela sèche durant le voyage ! Le déclin des Aztèques et des Maya, notamment avec le changement climatique qui les empêchèrent de continuer de produire assez de maïs, a permis à un nouvel acteur de se faire connaître. Les Incas, au Pérou, qui avaient du pain. Du pain de maïs, certes, mais du pain quand même. C'étaient de vrais maîtres de l'agriculture. Et au lieu de conquérir leurs voisins, ils se sont pointés et leur ont juste dit « Hey, et si on vous aidait à faire pousser plus facilement du maïs » ce qui a profité à tout le monde. L'Empire Inca a continué de grossir jusqu'à ce que les Européens débarquent et foutent leur merde… Ce qui ramène cette partie du monde à notre timeline. Pour ce qui est de l'autre côté du monde…
Il alla vers l'Est.
- Là, ça va être un poil plus compliqué… la même chose se passe à nouveau.
Il posa sa main sur un endroit assez arrondit sur la côte.
- Ici, nous avons une poche au milieu de la Chine qui est très favorable à la culture du grain. C'est pour cela que le grain était sur l'emblème de la Chine. Sauf qu'à la place, on ne parle pas de blé ou de maïs, mais de riz. Pendant que l'ancienne Egypte devenait une des premières civilisations majeures par le pouvoir du blé, l'Asie était un empire grandissant qui sera ce que l'on connaît aujourd'hui comme la Chine, et non, ici, je ne vais pas rentrer dans tout le débat avec les Rouges et le Communisme, on laisse ça dehors, s'il vous plaît. Et comme en Mésopotamie et Ancienne Egypte, les conditions étaient parfaites pour la culture et réunissaient les conditions nécessaires pour supporter la taxation d'un gouvernement et la distribution équitable de la nourriture, grâce à la vallée de la rivière Yangtze. Le berceau de la civilisation Chinoise. Il y a longtemps, nous connaissions l'histoire des Trois Royaumes et je suis certaine que Nico doit avoir encore des ouvrages sur le sujet dans les étagères.
La femme hocha la tête pour confirmer ce fait.
- C'est parfaitement dans cette période de l'Histoire Chinoise. Avec trois royaumes rivaux qui existaient côte à côte. Shu, Wu et Wel. Et ce n'est pas surprenant de savoir que chacun de ces royaumes avaient une source bien traçable dans la culture du riz dans des conditions idéales. Shu avait le bassin de Sichuan. Wei, avait la vallée de la rivière Jaune. Et Wu, la partie inférieure de la rivière Yangtze. Tout comme le blé l'a été à l'Ouest, ici, le riz représente le pouvoir à l'Est. Et certes, le riz ne peut pas être utilisé pour faire du pain, mais on peut en faire des nouilles et des brioches et autre produit à base de riz. Même fonctionnalité que le pain et surtout, fonctionne sur la même dynamique comme le moteur de l'Histoire. Et donc, l'Histoire repose sur le pain. Et la civilisation peut encore reprendre son envol. Parce qu'à notre époque… nous avons le razograin. Et avec le pain que Black Leg nous a fait avant cette réunion, nous avons la preuve que tout peut recommencer.
- Il était avec de la farine de razograin, confirma d'un air amusé le cuisinier.
- En dépit des goules sauvages, des super-mutant, des synthétiques, de l'Institut, de la Confrérie de l'Acier et autre… on peut avoir du pain. Et ceux qui ont le pain ont le pouvoir. Mais comme toujours, n'oubliez pas.
Il s'avança avec un grand sourire devant son auditoire, les bras grands ouverts.
- That's just a theory. A FOOD theory !
Il s'inclina théâtralement.
- Bon appétit.
