Adara reposa son fusil et s'arrangea contre l'arbre, avant de s'immobiliser. Elle avait senti quelque chose dans une de ses poches. Elle plongea une main dedans pour récupérer une holotape.
Hi Honey.
La femme s'en souvenait. C'était ce que Codsworth avait récupéré de la part de Nate et qui lui était destiné. Elle tourna la disquette entre ses doigts, puis l'inséra dans le port dédié du Pip-Boy pour lancer la lecture.
Elle entendit des bruits d'interférence, puis un rire. Un rire qui lui serra la gorge. C'était celui de Nate. Puis un gazouillement, et un rire d'enfant qui fit monter des larmes dans ses yeux.
« Oops. Ha ha ha. Non, non. On range les petits doigts… voilà… Allez, dis-le. Juste ici. Là, à cet endroit. Vas-y »
Le dialogue fut coupé par un rire de bébé qui tira un sanglot étranglé de l'avocate.
« Ouuuais, bravo, mon chéri ! Salut mon ange… Écoute… Je doute que Shaun et moi ayons besoin de te dire à quel point tu es une mère merveilleuse… mais il va bien falloir. Tu es merveilleuse et aimante. »
De nouveau, Shaun se mit à rire, faisant que la femme porta une main à sa bouche pour ne pas laisser sortir le moindre son.
« …Et drôle, en dépit de ton humour particulier ! Oui. Et patiente. Tellement patiente. La patience d'un saint, comme le disait ta mère. »
Sa mère avait dit aussi, en privé, que Nate n'était pas un homme pour elle. Mais elle l'avait laissé faire. Elle avait été si peu présente dans sa vie après tout, elle avait le droit de lui donner son avis, mais pas de l'empêcher de faire ses choix.
« Écoute, avec Shaun, et cette année ensemble à la maison… ce fut merveilleux. Et je sais aussi que nos plus belles années sont à venir. Cela sera différent, c'est certain. Des choses auxquels il faudra qu'on s'ajuste, avec moi qui vais finir par rejoindre la vie civile et toi qui va dépoussiérer ta robe d'avocate. Mais quoiqu'on fasse, peu importe les épreuves… on le fera en famille. Allez, dis au revoir, Shaun. Bye bye ? Allez, dit bye bye ? »
Shaun se remit à rire et la blanchette sentit les larmes couler sur ses joues.
« Au revoir chérie ! On t'aime ! »
Et l'enregistrement s'éteignit.
Adara porta ses mains à son visage, cherchant à étouffer son chagrin, ses épaules tremblant au rythme de ses larmes. Ses mains trouvèrent un chemin dans ses dreads, se recroquevillant sur elle-même, laissant la peine la submerger.
Son fils et son mari.
L'un était mort et on lui disait que l'autre était à la tête d'une organisation scientifique malveillante. Et elle était censée rester de marbre ? Le monde n'était plus que cendre. Il n'y avait plus rien de ce qu'elle avait connue !
Elle s'enroula autour de Canigou quand le chien vint se blottir contre elle. C'était une chose de rassurante, d'apaisante.
Et le noir.
Quelque chose de lourd et chaud venait de tomber sur elle, coupant ses sanglots par la surprise.
Elle se redressa en essuyant ses larmes, réalisant qu'elle était recouverte d'une couverture épaisse. Elle en souleva un bout et vit que contre l'arbre derrière elle, Aarch s'était adossé, tourné dans une direction à l'opposé de la femme. Il lui tendit une tasse de café encore fumante, sans la regarder, qu'elle accepta avec hésitation.
Elle essuya au mieux ses larmes et arrangea la couverture sur ses épaules. Il faisait bon, mais ça lui offrait une forme de réconfort. Recroquevillée sur elle-même, Canigou gémissant doucement en se pressant contre ses jambes, elle regarda le liquide noir entre ses mains.
- Dois-je croire quelqu'un que je ne rencontre qu'aujourd'hui ? demanda-t-elle plus pour elle-même qu'autre chose.
- Rien ne t'y oblige, lui assura Aarch avec une certaine douceur.
Adara lui jeta un vague regard avant de revenir à sa tasse de café.
- D'une façon ou d'une autre, nous savons tout autant les uns que les autres que vous allez vouloir retrouver votre enfant, quel que soit son âge. C'est ce qui vous fait avancer dans l'état actuel des choses. Donc, vous aurez l'occasion d'en juger par vous-même, maître Vanles.
- Et après ? Si je réalise que c'est la vérité qui est devant moi ? Que mon fils est à la tête d'une organisation qui enlève des gens pour les remplacer par des copies qu'il traite comme des moins que rien ? Je fais quoi ?!
Elle sentit un sanglot revenir dans sa gorge et avec un gémissement, Canigou se blottit un peu plus contre elle, grimpant sur ses jambes en couinant.
- Ajoute morale et contexte, lui répondit le Griffon. On peut faire n'importe quel choix en se justifiant ensuite entre les deux mais ça n'en reste pas moins un choix cornélien. Mon père aurait pu choisir de me tuer, parce que mes convictions m'ont amené à m'engager. Il ne l'a pas fait parce qu'il a choisi la famille et surtout, qu'il a vu ce que je voulais faire. Si, au contraire, j'étais juste devenu comme l'un de ces salauds qui marchaient sur la vie des gens comme s'ils ne valaient rien, il aurait été le premier à me tirer dessus. Et j'aurais fait pareil.
Adara le regardait à nouveau, des larmes toujours dans les yeux.
- Ace vous a parlé de Teach ? C'était un des frères de l'équipage. Mais il a attaqué les membres, entraîné une guerre, fait tué des dizaines de milliers. Il reste un membre de la famille pourtant. Là, c'est la conviction qui prime. Et il a été banni pour ce qu'il a fait. Si votre fils est le chef de l'Institut, il faut que vous décidiez en âme et conscience. Un idéaliste vous dirait qu'on peut peut-être le changer. Moi, je dirais, même si c'est douloureux, de regarder l'ensemble du tableau avant de faire le choix. C'est ce que je ferais et je sais que c'est horrible comme choix.
- Au moins, vous ne me dîtes pas de choisir directement d'agir contre lui.
- Si on est aussi têtu l'un que l'autre, cela reviendrait à un agissement dramatique dans la précipitation, ce qui, dans un monde tel qu'il est aujourd'hui, mènerait à votre mort.
Adara trempa ses lèvres dans le café.
Rapidement, la caféine se mit à courir dans ses veines, lui apportant étrangement du réconfort. D'un geste absent, elle caressa une oreille de Canigou.
Elle devait voir son fils. Savoir qu'il allait bien était un poids en moins, mais cela ne changeait pas les choses.
- Je dois voir mon fils.
- Il n'y a pas de moyen pour entrer dans l'Institut comme ça. Laissez-moi finir, ce n'est pas un stop, c'est un fait.
Adara plissa les yeux, ravalant son commentaire.
- L'Institut est profondément sous terre, sous ce qu'il reste du CIT. Ce sont des chercheurs très talentueux où la normalité n'est pas admise. Si vous ne pouvez pas être utile ou vous distinguer, vous ne valez pas mieux que les synthétiques et on vous garde simplement pour la reproduction et encore. La façon dont l'Institut interagit avec la surface c'est par la téléportation. Les tenants et les aboutissements de son fonctionnement m'échappe, mais de ce que Franky-san disait, ils utilisent les ondes de la radio classique pour y parvenir. Pour entrer dans l'Institut et voir votre enfant, il vous faudra vous téléporter dedans.
- C'est prévu.
Le duo releva la tête en entendant la voix de Robin venant de quelque part dans le jardin.
- C'est Shaun qui vous a libéré de votre compartiment cryogénique dans votre abri, poursuivit la femme. Il vous a laissé un chemin de cailloux blanc pour le retrouver. Quelle est la chose logique à faire quand on a un proche porté disparu, maître Vanles ? Ne songez pas post-apo, dîtes-moi ce qui vous vient à l'esprit.
- Police. Mairie. Les associations dédiées. Affiche. Enquête... cita la blanchette d'une voix morte.
- Nick, conclut Aarch.
Adara le regarda sans comprendre.
- Nicolas Valentine est un synthétique. Le "frère" de Nami, expliqua la voix de Robin. Avec la conscience et les souvenirs de l'enquêteur que vous avez connu. Et certainement, meilleur enquêteur que n'importe lequel d'entre nous, outre l'officier Archimède, mais notre camarade Griffon à cinq ans de retard et ne parlons pas de son souci avec la technologie, mais il ne faut pas lui en vouloir, ce n'est plus de son âge.
Le Griffon adressa un regarda noir dans la direction de la voix de Robin.
- Le rencontrer est un bon endroit où commencer et cela laissera parfaitement le temps au commandant Portgas et Sanji-kun pour faire leur aller et retour, et ainsi, revenir très certainement avec Franky qui pourrait travailler sur un téléporteur pour vous permettre d'entrer dans l'Institut.
- Et où est l'enquêteur Valentine ? demanda Adara en se relevant avec une lueur dans le regard.
- Aux dernières nouvelles, son agence est à Diamond City, lui dit Aarch. Vous finissez votre café et on y va ?
Adara hissa son fusil à son épaule en avalant en même temps son café, se brulant la gorge au passage. Peu lui importait. Les larmes n'étaient plus. Elle avait un but visible. Un objectif clair.
Elle devait entrer dans l'Institut.
- Portgas sera de retour en une journée, lui apprit Aarch en tournant la tête vers elle enfin. Il nous aidera assurément pour la suite, mais dans le cas présent, nous sommes tous familiers avec Nick Valentine. Il sera plus que ravi de t'aider à pénétrer dans l'Institut.
- Je les tiendrai au courant de votre avancée, assura Robin.
- Donc, Diamond City, se fit confirmer la blanchette.
- Diamond City, lui assura Aarch.
L'avocate plia soigneusement la couverture et Aarch la récupéra.
- On se retrouve à l'entrée du souterrain ? proposa le Griffon.
- C'est bon pour moi, je vais avertir Codsworth.
Et sans un regard pour l'ancien, elle avança à grand pas vers la sortie, Canigou trottinant sur ses talons et y retrouva son camarade robot qui était clairement inquiet.
- Diamond City, nous avons un rendez-vous avec un enquêteur d'avant-guerre.
.
.
- Excusez-moi de poser la question…
Aarch et Adara s'arrêtèrent alors qu'ils se faufilaient dans l'ombre de bâtiment en s'avançant vers l'ouest. Ils adressèrent un regard méfiant au robot pendant qu'à leurs pieds, Canigou reniflait le sol.
- Nous sommes d'accord que cette Diamond City est au Fenway Park, n'est-ce pas ?
Réalisant qu'il ne serait pas question de vie privée, le duo se relaxa.
- C'est exact, oui.
- Ne serait-il pas plus simple et plus sécurisé de continuer à suivre la ligne de métro jusqu'à destination ?
- Le métro s'est effondré à de nombreux endroits, rendant le passage inaccessible. Sans compter que si nous avons pu faire un chemin sécurisé entre Goodneighbor et la librairie, c'est parce que dans les deux cas, l'entrée est directement dans la place, permettant de masquer celles en extérieur sur le chemin pour les conserver en évacuation. Pour rejoindre Fenway Park, non seulement nous n'avons pas cet avantage, ce qui demanderait de faire de gros travaux pour concevoir un tunnel allant de l'intérieur de la colonie jusqu'au métro, mais c'est sans compter que tant que McDonough sera maire, l'Institut aura un pied, un œil et des oreilles dans la colonie. Et ils ne sont pas au-dessus d'attaquer ce genre de ligne en se téléportant directement dedans, puis la remonter jusqu'à la plantation, découvrir le rôle de Robin, tuer cette itération et continuer pour attaquer par en-dessous Goodneighbor. C'est sans parler des goules, des pillards et artilleurs ou des Supers-Mutants. Non, pour l'instant, faire une ligne d'approvisionnement entre la librairie et Diamond City n'est pas une option. Cela répond à la question ?
- Parfaitement et je vous en remercie.
Ils reprirent ainsi leur route dans les rues de Boston. Heureusement que le trajet n'était pas long. Aarch mit sa capuche sur son crâne et remonta son écharpe sur son nez.
- Une raison particulière pour vous couvrir ainsi ? se renseigna Adara.
- L'Institut a des connaissances d'avant-guerre. Donc, ils savent à quoi nous ressemblons tous. Ce n'est pas une bonne idée qu'ils comprennent que je suis un griffon. Moins ils sauront sur moi, mieux tout le monde se portera pour le mieux.
- Ce qui est logique.
Canigou passa devant eux, vérifia des deux côtés de la rue avant de continuer sa route pour les attendre de l'autre côté. En courant, Adara le rejoignit, avec Aarch et Codsworth.
Au milieu des bâtiments en briques à moitié détruits, ils se devaient d'avancer avec prudence.
Une explosion lointaine les fit s'arrêter.
- Cela doit venir de la tour Trinity, supposa Aarch. C'est une base de Super-Mutant. Certains ont réussi à mettre la main sur des explosifs voire des mini-ogives nucléaires.
Le duo Adara/Codsworth le fixa comme s'il leur faisait une blague.
- C'est leur grand jeu de lancer le minuteur et foncer sur les gens jusqu'à ce qu'ils explosent avec. Faut pas chercher.
- Je vais pas chercher.
Aarch eut un geste de la main et ils montèrent quelques marches menant à un hall au milieu d'un bâtiment qui permettait à des piétons de passer d'une rue à l'autre. Adara reconnaissait l'endroit, c'était le commissariat numéro huit de Boston. Un poste local pour la zone de Fenway. Ils n'étaient pas très loin. Il y avait à proximité le grand mur qui servait à délimiter le stade. Plus ils se rapprochaient de la billetterie, plus on voyait une intervention humaine sur les destructions dues à la bombe. On avait des meubles voir des morceaux de murs positionnés de façon à protéger et offrir une couverture en cas d'attaque.
Il y avait aussi des garages le long des murs. Ils étaient quasiment vides, servant juste de recoin sécurisé avec du matériel pour le repos et le réapprovisionnement avec un matelas, des munitions et des armes de fortune. On avait aussi sur une étagère, une radio CB et une radio classique qui était allumée sur la station de Diamond City. Canigou continua son avancée sans crainte, servant de signal d'alarme pour les autres. L'animal s'arrêta devant quelqu'un à côté d'une de ces ouvertures. Il aboya joyeusement et se mit à haleter, comme s'il voulait quelque chose.
Il y avait un homme qui tenait le mur juste à côté, les observant avec méfiance, certes, mais lassitude. Et il fallut beaucoup d'effort pour que l'avocate ne se mette pas à rire. Ce type portait une tenue de baseball, avec une batte à la taille et une arme à feu de fortune.
- Gardez le clebs en ligne, leur dit-il avec une voix froide.
- Canigou, vient mon garçon, appela Adara.
Avec un gémissement de tristesse, le chien s'éloigna de l'homme pour suivre les autres.
Sur une carcasse de camionnette rouillée, ils notèrent que quelqu'un avait appuyé une plaque en bois pour y taguer une direction. Un Grand « Diamond City » avec une flèche indiquant la direction qu'ils prenaient justement.
- C'était qui ce gars ? demanda doucement Adara en jetant un œil par-dessus son épaule au type qui tenait toujours le mur.
- Un gars du service de sécurité de Diamond City. Ils ont juste ramassé l'uniforme des joueurs, lui expliqua d'un ton désintéressé Aarch.
- Ah.
- Ils ont leur propre conception du baseball.
- Doit-on se faire du souci ? s'enquit Codsworth.
Ils passèrent une mitrailleuse automatisée sur pied, contrôlée par un terminal juste à côté. Ils arrivèrent enfin à la grande place devant le stade. Il y avait toujours la grande statue de joueur devant le stade, mais les rues autour étaient emplies de barricades et d'autres personnes devant appartenir à la sécurité.
- Ils ont fermé le stade ? s'étonna Aarch.
Se tournant vers l'immense façade du stade, Adara fronça les sourcils. Le rideau de fer peint en vert était baissé jusqu'au sol, avec un bras mécanique jaune en travers, à moitié attaqué par la rouille, qui le gardait en place. Une femme était devant, s'engueulant avec quelqu'un par un interphone sur le côté. Une femme en manteau de cuir rouge et une casquette plate. Vu la tête de ses vêtements, elle avait dû pas mal voyager.
- Comment ça, tu ne peux pas ouvrir le portail ? s'énervait la femme. Arrête de jouer, Danny ! Je suis là, dehors, sans couverture, fais un effort !
« J'ai reçu des ordres disant de ne pas vous laisser entrer, miss Piper. Je suis désolé, je ne fais que mon travail. » répondit un homme possiblement jeune de l'autre côté.
- OOOOH ! JUSTE TON JOB !
La femme avait levé les bras dans un geste enragé. Elle les remarqua approcher mais ne fit aucun commentaire, continuant sa négociation avec l'interphone.
- Donc, protéger Diamond City signifie me laisser dehors, c'est ça ? Ooooh ! Regardez ! C'est l'effrayante reporter ! Booooh !
Elle parlait plus avec ses mains qu'avec sa bouche à ce stade, vu sa gestuelle contre l'interphone. Et le pauvre Danny à l'autre bout avait l'air vraiment dans ses petits souliers.
« Je suis désolé, mais le maire McDonough est vraiment furieux, Piper. Il dit que votre article est un mensonge et a mis le chaos à la ville.»
- Aaaaargh ! ragea la femme. Ouvre-moi cette porte, Danny Sullivan ! Je vis ici ! Tu ne peux pas m'enfermer dehors comme ça !
Elle poussa un soupir, mais ça ne l'aida pas à retrouver son calme.
- Ouvre cette porte maintenant !
Codsworth se rapprocha pour l'interroger, mais déjà, la femme marchait vers eux à grand pas, une étrange lueur dans le regard.
- Eh ! Vous ! leur chuchota-t-elle. Vous voulez entrer dans Diamond City, n'est-ce pas ?
- C'était le plan, lui dit d'un ton incertain Adara.
- Shhh ! reprocha-t-elle en portant son doigt à ses lèvres. Juste jouer le jeu.
Et elle se revint vers l'interphone.
- Quoi ?! Vous dîtes que vous êtes un marchand de Quincy ?! Que vous avez assez de marchandises pour garder notre magasin général alimenté pendant un mois !? Ça alors !
Avec un petit sourire, elle leur fit un geste de la main pour leur dire d'attendre et ce mit littéralement à hurler pour être certaine d'être entendue de l'autre côté de la barrière de métal qui bloquer l'entrée au stade :
- TU ENTENDS ÇA, DANNY ! TU VAS OUVRIR LE PORTAIL ET NOUS LAISSER ENTRER OU TU COMPTES AFFRONTER CETTE FOLLE DE MYRNA POUR LUI EXPLIQUER POURQUOI ELLE NE POURRA PAS AVOIR TOUTES CES MARCHANDISES !
« Oh, c'est bon ! » s'exaspéra Danny. « Pas besoin de rendre la chose personnelle, Piper. Laissez-moi un instant. »
Et juste en suivant, on entendit un bruit de métal et de machinerie venant de la porte en métal indiquant qu'elle était en train d'être ouverte.
- Il vaut mieux qu'on se dépêche d'entrer avant que ce bon vieux Danny ne capte le bluff, préconisa Piper.
Le panneau de métal était soulevé le long du mur et dès qu'il fut assez haut pour les laisser passer, même courbée, tout le monde se précipita dans le hall d'entrée du stade. Sauf qu'il n'y avait pas que la sécurité dedans. Il y avait aussi un homme en costume avec un bel embonpoint qui arrivait juste à cet instant.
Avant même qu'il n'ouvre la bouche, Adara le détestait déjà.
- Piper Wright ! gronda l'homme en costume. Je peux savoir qui t'a laissé entrer !? J'ai pourtant spécifié à Sullivan de garder le portail fermé !
Un jeune membre de la sécurité, derrière ce qui avait été le guichet du stade, s'accroupit immédiatement, ne laissant dépasser de la petite fenêtre qu'une touffe de cheveux roux. Cela tira un sourire amusé à Aarch.
- Tu es une femme démoniaque, conspiratrice, menteuse et créatrice de révolte ! Le niveau de mensonge et escroquerie dans ton petit journal est tel que je devrais faire démonter ton imprimante !
- Ooooh ! sembla s'extasier Piper en montant à son niveau. Serait-ce une déclaration monsieur le Maire ?
Et d'un geste de la main, très imagée et très circulaire, elle explicita ce qu'elle pensait de l'idée de l'homme devant elle.
- Le Maire Tyrannique fait taire la presse !
Cela ferait un bon titre d'article en Une, Adara voulait bien l'imaginer avec Piper.
- Et pourquoi on ne demanderait pas à nos visiteurs ?! Vous supportez les infos ?! Parce que le maire menace de faire mettre la clef sous la porte à un journal gratuit !
- J'ai toujours été une avocate… de la liberté de la presse… répondit Adara en esquissant un sourire à sa propre blague.
Le maire, qui commençait à prendre clairement de l'âge au vu de ses rides et de ses cheveux blancs, leva les mains en geste de paix alors que Piper avait un sourire vainqueur.
- Je ne souhaitais pas vous impliquer dans cette dispute, messieurs dames. Non, non, non… vous avez l'air parfait pour vous intégrer à Diamond City.
Et il arrangea sa cravate avec un geste nerveux.
- Bienvenu dans le grand et vert joyaux du Commonwealth. On y est en sécurité et il y fait bon vivre. L'endroit rêvé à visiter et où dépenser son argent, voire s'installer. Ne laissez pas cette auteure de presse à scandale vous dire le contraire, d'accord ?
- D'accord, Président Nixon.
Aarch eut un reniflement à la référence alors que Codsworth avait un « madame !» d'indignation. Cependant, avant que le maire ne puisse rebondir et demander des explications, la blanchette enchaîna :
- Je ne peux pas dire que ce soit un accueil chaleureux qui donne une bonne impression des lieux.
L'Abri 111 était plus chaleureux en comparaison.
- Elle t'a eu, là, McDonough. Il semblerait que pas tout le monde puisse se laisser avoir par ce sourire de requin, attaqua Piper avec un haussement de sourcil de provocation
Le maire se racla la gorge.
- Vous êtes venus ici pour une raison particulière ?
- On visite un ami et on va se refaire une réserve de l'infâme Moonshine de Vadim, intervint Aarch. Nous ne restons pas.
Piper esquissa un sourire très fugace, comme si elle approuvait le fait qu'ils restent vagues, avant de croiser les bras.
- Quoique vous fassiez, je peux vous assurer qu'il ne vaut mieux pas déranger la sécurité de Diamond City, encore plus si vous avez besoin d'aide.
- Ne l'écoutez pas, dit avec précipitation le maire. J'ai bien peur que notre sécurité ne puisse pas s'occuper de tout ce qu'il se passe dans les recoins les plus sombres de la colonie. Mais je suis certain que vous passerez un agréable séjour ici.
- C'est une menace ? Pas pour moi, je parle pour la miss, là. Parce que clairement, un maire qui menace la vie d'une reporter, c'est qu'il a quelque chose à cacher, je me trompe ? insinua Adara.
Elle ignora royalement le toussotement qu'Aarch produisit pour lui dire de faire attention à ce qu'elle disait.
- Mais non, voyons, un simple avertissement amical. Vous passerez un agréable séjour parmi nous.
L'homme voulait à tout prix finir cette conversation.
- Diamond City a tous les services et loisirs concevables par l'homme. Maintenant, je me dois de partir. Je vous souhaite encore un très bon séjour parmi nous.
- Ceci est ridicule ! Vous fuyez le sujet ! s'énerva Piper. Je veux savoir, McDonough ! Quelle est la vérité derrière le manque d'implication de la sécurité devant les cas de disparitions !?
Il y en avait tant que ça ? Mais pourquoi cela ? Est-ce que c'était des actes de l'institut ?
- J'en ai assez entendu, Piper ! Dès à présent, considérez-vous et votre petite sœur en sursis !
- Ouais, c'est ça, continuez de parler, McDonough, vous n'êtes bon qu'à ça.
Et avec un grognement d'ours mal léché, il s'en alla.
- Donc, vous allez voir un ami, hun ? leur dit Piper avec un sourire une fois le maire hors de vue. Y'a eu plus crédible.
- Nous allons voir Nick Valentine, informa Aarch.
- Oh, comprit la reporter. Venez, je vais vous guider jusqu'à son bureau. Et j'espère qu'une fois que vous en aurez fini avec lui, vous m'accorderez autant l'un que l'autre du temps. Je crois bien avoir trouvé mon nouveau scoop.
Et elle leur fit signe de la suivre dans l'escalier menant au stade. Après une escalade de quelques marches, ils arrivèrent à l'intérieur. Dans les gradins plus précisément. Il restait même des chaises encore. Mais contrairement à son nom, Diamond City n'avait rien de « diamant ». Pour son « Green Jewel », il n'y avait que l'immense mur de onze mètre d'un vert impeccable servant à l'époque pour le score. Mais dans les faits, cela revenait à mettre un semblant de bidonville dans un stade de baseball.
- Donc, voici Diamond City… nota Codsworth avec un ton pincé. Je suppose que j'attendais plus quelque chose tenant du diamant qu'un vieux terrain poussiéreux. La civilisation à l'état brute, c'est ça ?
Il fut difficile de dire si Piper ou non était offensée par le commentaire, mais alors qu'elle les faisait descendre sur le terrain, elle leur répondit :
- C'est grand, bruyant, bondé d'officiers corrompus et de citoyens sans gênes. Mais c'est chez moi.
Adara l'enviait dans un sens. De chez elle, elle n'en avait plus.
- Les pauvres vivent en bas, sur le terrain. Les riches en haut, dans les gradins.
Elle leur montra les maisons construites on ne sait comment dans les gradins et les loges en hauteur, pendant que le gros de la population se concentrait en bas. L'avocate songea un instant à faire un Home-Run en souvenir de Nate en remarquant qu'en dépit des constructions et modifications, on avait conservé les plaques sur le terrain.
Une demoiselle d'une dizaine d'années en robe avec un gros manteau vint à leur rencontre, appelant Piper avec empressement.
- Piper ! Tu es de retour !
- Hey, miss !
La femme leur demanda un instant et alla voir la demoiselle qui s'était arrêtée au pied des marches pour parler à Piper. Les voyageurs s'arrêtèrent.
- Comment vont les ventes du journal ?
- Eh bien, l'imprimante commence à sentir le roussi. Le moteur va finir par nous claquer entre les doigts si on ne le remplace pas bientôt, dit la gamine.
- Ah, mais ça fait des semaines que tu dis ça, et cette vieille mémé tient encore bon. Tu n'as pas à t'en faire.
Elle caressa affectueusement la joue de la demoiselle avant de se relever.
- Je dois aller voir ce vieux Nick, soit sage. Et si tu vois des politiciens en colère en approche, siffle.
La demoiselle fronça les sourcils avec perplexité.
- Pourquoi ? Il y a un souci ? demanda-t-elle.
- A plus tard. Je t'aime soeurette !
Et en souriant, Piper se remit en marche avec un petit salut de la main.
- Piper ! appela la fillette.
Pas de réponse, ce qui la fit soupirer d'un ton blasé. Elle offrit en silence un des journaux de fortunes qu'elle avait sous le bras (quelques pages cousus ensemble) avant d'aller sauter sur une cagette retournée qui lui servait de tabouret pour se mettre à hurler qu'elle distribuait la dernière édition de Public Occurrences.
Alors qu'ils suivaient Piper dans un semblant de petite rue (écoutant au passage une coiffeuse qui avait son salon ouvert à tous les vents dire qu'elle pensait que la secrétaire du maire était une synthétique pour être aussi parfaite), Adara ouvrit le journal, Aarch jetant un œil par-dessus son épaule.
L'article commençait en parlant de la structure centrale qu'ils avaient vu en arrivant dans la colonie : Power Noodle, pour ensuite dire ce qu'il y avait avant à cet endroit, il y a plus de soixante ans en arrière, il y avait un bar tenu par un certain Henry. Mais durant une étrangement chaude soirée de Mai en 2229, il trouva la mort.
- Broken Mask Incident, souffla Aarch à voix basse. Quand on réalisa que l'Institut infiltrait des synthétiques dans les colonies. Normalement, Nami aurait dû être la première synthétique infiltrée à la surface, mais comme elle a fui bien avant, ils ont dû reprendre de zéro avec un autre qui lui, n'était pas aussi parfait.
Adara continua la lecture, esquissant un sourire sur la pique à l'adresse du maire au sujet de la politique anti-goule, apprenant exactement ce qu'il s'était passé ce soir-là. Un homme était venu au comptoir, se disant voyageur venant de l'ouest, avec une attitude et un charisme apaisant. Parfait pour charmer tout le monde. Tout le monde s'était réuni autour de lui pour avoir des histoires et des nouveautés du reste du Commonwealth. Mais après quelques verres, l'homme avait eu l'air assez saoul. Le parfait moment pour qu'il commence à se comporter étrangement. Il avait tiré son arme sans hésitation. Et sans plus de sentiment, il avait tiré une balle dans le crâne du barman. Après quatre autres victimes, les forces de sécurités parvinrent à le mettre à terre et réaliser à cet instant que derrière le masque de chair, on avait du plastique et du métal. L'homme était même comparé à Nami sur ce point.
L'article revenait lentement sur son but premier en disant qu'ils ignoraient les intentions du synthétique à cet instant, certains songeant à un dysfonctionnement quand d'autres parlaient d'une mission. Mais au final, tout se résumait à l'endroit où l'individu, Mr Carter, s'était assis au comptoir. Parce que soixante ans plus tard, devant le robot qui servait les ramens, McDonough s'installait pile au même endroit.
En d'autres termes, la femme leur faisait part de son instinct, de son pressentiment, de sa conviction sur le fait que l'homme ne soit pas qui il paraissait être, mais surtout, du fait qu'elle n'avait pas de preuve.
Ils arrivèrent enfin devant un néon avec un cœur rose et juste à côté l'annonce qu'ils étaient devant l'agence de détective de Nick Valentine.
Cela faisait bizarre à Adara de se dire que l'homme qui avait lutté pour l'ordre et la justice de son vivant, avant la guerre, était à présent un robot dans ce monde post-apocalyptique.
Il y avait une flèche placardée au mur juste à côté de l'enseigne et c'est par-là que Piper les entraîna. Elle toqua à la porte et entra. C'était un bureau, avec une atmosphère jaune pour cause des éclairages qui produisaient un léger bourdonnement. Devant la porte, un bureau avec un petit ventilateur toujours en marche et un petit carton avec quelques dossiers dedans. Le reste de la pièce était des étagères et des casiers, voire des cartons plus ou moins grands un peu partout, sur toutes les surfaces disponibles, emplis de dossiers, de notes et de papiers. Il y avait dans le fond un vieux poster animalier d'avant-guerre, mais en passant le bureau pour se rapprocher de la seule personne dans la pièce, Adara nota une petite photo dessus. Une photo qui avait clairement vu de meilleur jour. Un homme aux cheveux blancs coiffé en arrière avec une sale cicatrice sur le front, fumant deux cigares. Il portait un uniforme de flic. L'une de ses mains était sur la tête d'un petit garçon d'une dizaine d'années qui souriait largement à la caméra avec, dans ses mains, une très vieille édition d'une aventure de Sherlock Holmes.
- Je te l'avais dit que tu ne serais pas éternellement chanceux… Ses cravates… Oh, Nick… Les factures ? Oh, on s'en fout.
La voix triste de la femme les interpela.
La dame leur tournait le dos, semblant ranger des affaires dans un carton en reniflant fréquemment.
Quand la porte claqua, elle jeta un vague regard par-dessus son épaule.
- Une autre âme perdue qui vient s'abriter de la pluie, souffla la femme en se tournant vers eux.
Il ne pleuvait pas dehors, pourquoi elle disait ça ?
- Je suis navrée, mais vous arrivez trop tard. Le bureau est fermé, souffla-t-elle en serrant ses bras contre elle.
- Vous êtes ? se renseigna Aarch.
- Ellie Perkins, je suis la secrétaire de Nick.
- Celle qui s'occupe de ses papiers, de ses rendez-vous et la façade publique pour tous les cas où un synthétique fait trop peur, parce que Nick est juste trop bonne patte, sourit tristement Piper en s'avançant au niveau d'Adara pendant que Codsworth restait à l'arrière avec Aarch.
La brunette offrit un pauvre sourire à la journaliste qui fronça les sourcils.
- C'était mon travail, en effet.
- On vous a mis à la porte ? demanda Adara.
- Oh, je l'aurais bien voulu, cela aurait été mieux que la situation actuelle. Nick a disparu et bon, on ne peut pas garder ouverte une agence de détective sans détective.
- Il a disparu ? répéta Aarch en se rapprochant.
Pas besoin de voir son visage pour capter l'inquiétude de sa voix.
- Dans quoi est-ce qu'il s'est fourré cette fois-ci ? s'inquiéta Piper.
- Va savoir, soupira la secrétaire.
- Vous savez sur quelle affaire il travaillait avant ? Quoique ce soit en lien avec Boston Common ? demanda Aarch.
- Si seulement Swan pouvait être responsable, mais Nick est bien trop intelligent pour se faire avoir par lui. Il travaillait sur une affaire d'enlèvement. La bande de Skinny Malone aurait enlevé une jeune femme et il aurait localisé leur cachette à Park Street Station. Il y a un vieil abri Vault-Tec là-bas qu'ils utiliseraient comme base. J'ai dit à Nick que ça ressemblait à un piège, mais il a juste souri avant de sortir, comme il le fait toujours.
- C'est bien Nick, ça, soupira Aarch.
- Et ce Skinny Malone ? Qui est-ce ? se renseigna Adara.
- Je ne sais pas grand-chose outre qu'il est de Goodneighbor, ce qui veut dire qu'il est de l'école criminelle des beaux costumes et mitraillettes. On sait tous que les gens qui ont du pouvoir là-bas ne s'intéressent qu'à deux choses : le style et le nombre de morts.
Elle se laissa aller tristement contre le casier derrière elle et Piper vint l'y rejoindre pour la prendre dans un geste de soutien par les épaules.
- J'aimerai avoir ton courage et ta force, Piper. Être capable de charger hors de Diamond City, en plein Commonwealth sans me faire tuer pour le retrouver.
- Ah, mais moi je suis une reporter. Un journaliste peut considérer avoir du succès quand on commence à vouloir le tuer, et je ne peux pas nier avoir très bien réussi dans cette branche, sourit un peu maladroitement la jeune journaliste.
Adara commençait à bien l'aimer cette Piper.
- Vous avez une radio CB, ici ? demanda Aarch.
- A l'étage, pourquoi ? répondit la secrétaire.
- Je pense que vous devriez contacter sa sœur. S'il y en a bien une qui n'hésitera pas, peu importe les risques, c'est bien elle.
- On le retrouvera, assura Adara.
Ne serait-ce que parce qu'elle avait besoin de l'aide d'un pro pour trouver un moyen d'entrer dans l'Institut. Il y avait aussi de la curiosité. Savoir à quel point le synthétique était différent de l'homme qu'elle avait connu par la presse et les affaires judiciaires.
- Merci de votre aide. Nick est facile à repérer. Il a toujours ce vieux chapeau et trench-coat.
L'attirail du vieux détective des séries noires.
- Je vais les accompagner, informa Piper en se relevant.
- Pourquoi ? demanda Adara avec perplexité.
- Ecoute, Blue…
Bleu ? Cette femme l'appelait Bleu ? Mais elle n'avait rien de bleu sur elle. Blanchette, à la rigueur, mais Bleu ?
- Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Ce n'est pas parce que tu n'as plus le jolie uniforme Vault-Tec que l'on ne remarque pas ton air perdu typique de quelqu'un qui sort d'un abri pour la première fois. Et tu dois en avoir des choses à raconter. Donc, on retrouve Nick, tu lui demandes ce pourquoi tu as besoin ses services, puis, je vais te faire un interview. Et toi, t'es peut-être pas le second échappé du 111, mais tu caches quelque chose, donc, t'as des choses à raconter. D'une façon ou d'une autre, Nick est un de mes rares amis, synthétique ou pas. Donc, je vais vous aider.
Elle explicita son intention en chargeant des balles dans son pistolet de fortune.
