Klaus Teyber avançait lentement prêtant une attention distraite à ce que lui racontait le directeur de la prison et absolument indifférent aux insultes et moqueries des prisonniers.
Il s'arrêta devant plusieurs cellules et en jaugeait les occupants avant de repartir. Parfois, il posait une question mais n'était pas impressionné par la réponse.
Enfin, il arriva là où étaient gardés les bandits les plus féroces, des naufrageurs, des détrousseurs de grands chemins, des criminels exploitants les plus faibles…
Ici, un couple qui forçaient des orphelins à mendier et les battaient quand ils ne rapportaient pas assez.
Là, un groupe qui avait attaqué des fermes isolées. Ils torturaient les paysans en leur brûlant les pieds pour leur faire avouer où ils cachaient leur argent.
Ici encore, une femme qui promettait à des fugueuses de prendre soin d'elles et les livrait à des maisons closes.
Là bas, des groupes qui menaçait d'honnêtes marchands de détruire leurs boutiques et de brûler leur marchandise s'ils ne payaient pas.
C'était sur demande de Georg Grober que de nombreux criminels de l'empire avaient été rassemblés en ce lieu.
Sa fin approchant, il voulait se déchaîner une dernière fois.
Teyber passait en revue les chefs de bandes. Certains lui paraissaient trop brutaux, d'autres trop intelligents.
‒ Lui m'intéresse !
Il voyait devant lui un chef d'une bande de brigands qui attaquaient les convois de marchands. Grace à des complices vivants dans les villes, il savait où attaquer. Il osait même s'en prendre aux convois transportant les impôts. Il était capable de se cacher dans la campagne et les forêts, aidé par les paysans avec lesquels il entretenait de bonnes relations.
Devant l'impuissance des forces de l'ordre, il avait fallu que plusieurs Ackerman s'en occupent. Ils s'étaient déguisés en marchands et étaient passés dans un endroit propice aux embuscades. Là, trois Ackerman étaient cachés depuis une semaine, prêt à tendre une embuscade aux brigands.
Après que les faux marchands aient fait semblant de se rendre, les brigands avaient exigé qu'ils laissassent leurs marchandises bien à l'évidence et qu'ils déguerpissent.
En voulant récupérer leur butin, ils étaient tombés dans le piège.
En temps normal, les Ackerman les aurait tous tués mais pour une fois, ils avaient reçu l'ordre de les ramener pieds et poings liés à la fois pour rassurer ceux qui n'osaient plus commercer et pour dissuader d'autres de commettre les mêmes méfaits.
Ce qui avait été particulièrement remarquable était que le butin des nombreux crimes n'avait pas été retrouvé. Très peu de la bande avait parlé et ils n'avaient indiqué que des caches ne contenant qu'une faible portion du trésor volé. Soit tout le reste du butin avait été dépensé, soit ils se moquaient juste de la police, soit ils n'avaient connaissance que d'une petite partie des cachettes.
Ce Hélos était intéressant. Il avait su inspirer un dévouement aveugle à la plupart de ses hommes tout en leur dissimulant des informations. Mais, malgré cela, il s'était limité dans ses entreprises criminelles.
Avec un rictus, il toisait Teyber.
Sur demande de Teyber, le directeur le laissa seul.
‒ Est-ce que tu sais ce qu'il va t'arriver ?
Hélos haussa les épaules.
‒ Dans dix jours, vous allez tous être relâchés. Le titan Mâchoire va vous prendre en chasse et vous tuer l'un après l'autre, sauf si tu parviens à lui échapper. T'en pense quoi ?
‒ Qu'est-ce que ça peut te faire ?
‒ J'ai une offre à te faire ! Si tu fais ce que je te dis, tu auras la vie sauve, une fortune immense et une renommée qui durera des siècles.
Hélos fit une moue sceptique.
‒ Ah ouais ? Tu me libère alors ?
‒ Ce langage est très gênant. Ça te donne une allure de pouilleux. Non, tu te libéreras tout seul. Je te donnerai le moyen de vaincre le pouvoir et de le mettre à ton service.
Devant le regard à peine intéressé du brigand, il se retint de lever les yeux au ciel.
‒ J'ai appris qu'à ton procès des Eldiens avaient témoigné pour toi et essayé de te faire passer pour un descendant d'Ymir pour te faire éviter la peine de mort.
‒ Tiens ? C'est plus la grande Ymir maintenant ?
‒ Oh non ! Ce sera le démon maintenant !
D'autres prisonniers le fixaient stupéfaits.
Ymir, la grande ancêtre, dont le culte était célébré dans tout l'empire et même au-delà dans les pays voulant se faire bien voir, avait été nommée avec le plus grand respect.
‒ Oui, je blasphème le nom d'Ymir et bientôt vous le ferez aussi, même ceux d'entre vous qui êtes ses descendants, s'exclama-t-il. Il y a dans l'empire des tribunaux qui condamnent à être dévoré par des titans. Certains titans sont gardés depuis des siècles.
Il se tourna ensuite vers Hélos et parla plus bas :
‒ Veux-tu cette puissance ?
Et comme le brigand ne comprenait pas, il lui fit signe d'approcher et lui parla plus doucement.
‒ Si tu m'écoute, je te donnerai le pouvoir des titans. Il faudra se battre mais la fortune est au bout. Réfléchis bien ! Certains de tes hommes qui sont Eldiens pourront devenir des titans !
Hélos se tendit.
‒ Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi le piège ?
Teyber rit.
‒ Je n'ai aucune raison de te piéger. Mais je comprends que tu ne me fasse pas confiance. Je vais t'aider contre le Mâchoire. Quand vous serez relâchés pour la chasse, tu trouveras tout ce dont tu auras besoin pour le vaincre. Il y aura une seringue qui transforme en titan. Tu l'injecteras à un de tes hommes qui est Eldien et tu le feras dévorer le Mâchoire sous forme humaine.
Hélos était trop confus pour répondre.
Teyber continua de lui parler. Il expliqua longuement comment il devait vaincre le Mâchoire dans un premier temps. Il lui décrivit l'avenir radieux qui serait le sien quand il aurait mit à bas l'empire eldien.
‒ Pourquoi tu fais ça ? T'es pas un aristo toi ?
‒ Je fais ça parce que l'empire va s'effondrer. Regarde ! Le roi a annoncé qu'il partait sur une île lointaine et il sera trop loin pour s'occuper des affaires de l'empire. Les grandes familles vont se battre entre elles pour plus de pouvoir. L'empire va se déchirer. Mais aucune n'est assez puissante pour s'imposer face à toutes les autres. Elles ne pourront que s'affaiblir mutuellement. Elles pourraient même perdre leurs titans. Dans un tel chaos, un nouveau pouvoir surgira. Je prends les devants pour ne pas être balayé par le vent de l'histoire.
Hélos ne comprenait pas vraiment mais il ne voyait pas d'autre possibilité pour survivre à la chasse à l'homme qui l'attendait. Il n'avait rien à perdre.
La nouvelle du prochain exil volontaire du roi suscita beaucoup de surprise.
La capitale était brusquement délaissée par le pouvoir dont elle était le siège depuis des siècles et sans raison apparente.
Ce n'était pas la première fois que la capitale changeait. Le centre du pouvoir, ce n'était pas une ville, c'était l'Originel. L'endroit où il se trouvait n'avait aucune importance.
Mais pour des raisons pratiques, la capitale avait été installée au cœur de l'empire dans un endroit facile d'accès du reste de l'empire. L'expansion de l'empire avait provoqué le déplacement de la capitale.
Il y avait également une raison symbolique. La capitale était située à l'emplacement de l'ancienne capitale d'un royaume au nom oublié. La capitale de l'ancien empire mahr avait également été réutilisée par Eldia. Ce choix permettait de rappeler la victoire eldienne.
Mais cette île était éloignée et tout était à y construire.
Le déplacement du roi impliquait le déplacement de la cour et surtout de tous ceux qui y travaillaient.
Les premiers à partir furent les ouvriers, mineurs, maçons, charpentiers et autres, qui devaient bâtir le nouveau palais et les nombreux bâtiments nécessaires au gouvernement.
Des fermiers furent intéressés par les promesses de baisse d'impôt et les facilités pour s'installer.
Le transport par bateau du bétail était offert.
Mais, Karl Fritz avait annoncé son départ avant même que l'île soit prête, forçant le départ précipité de tous ceux qui travaillaient pour lui.
Mais il ne demanda pas au reste de la famille royale de le suivre.
Il partait avec son épouse enceinte et c'était tout.
Comme ses enfants seraient encore jeunes au moment de la mort de Karl Fritz, le peuple s'attendait à ce que le futur Originel soit choisi parmi les proche parent laissé sur le continent. Les journalistes spéculaient sur l'identité des neveux, nièces ou cousins du roi qui le rejoindraient plus tard.
Déjà, Adolf, le benjamin de la fratrie de Karl Fritz, avait annoncé son intention de partir vivre sur le fameux paradis après son mariage. Plusieurs des cousins du roi y pensaient également.
C'était la tradition. La place de la famille royale était au coté de l'Originel. Dans l'hypothèse où celui-ci n'était pas en capacité de transmettre son titan à ses descendants, des membres de sa famille devaient être présents pour assurer la succession.
Il y eut également des Eldiens ordinaires qui décidèrent de suivre leur roi. Certains voulaient commencer une nouvelle vie et appréciaient l'idée de découvrir de nouvelles terres, d'autres semblaient juste suivre le mouvement.
Des vrais Eldiens venaient également pour s'assurer d'être à la première palce.
Au moment de son départ, les Huit étaient présents.
‒ Je laisse l'empire à votre garde à présent ! Je vais m'occuper de bâtir mon paradis mais je continue de veiller au destin d'Eldia !
Il échangea un regard entendu avec Klaus Teyber et les salua tous un par un.
Il parla ensuite brièvement à la foule, encourageant ses sujets à le rejoindre et salua.
Après quoi, il grimpa dans son bateau et resta sur le pont.
Mais il ne regardait pas la terre qu'il laissait derrière lui. Il laissait son regard sur la mer qui s'étendait à l'horizon.
‒ Il semble tout laisser derrière lui, commenta Fiona Romich. C'est vraiment étonnant.
‒ Je ne comprends pas pourquoi il a refusé que nous l'accompagnions, se plaignit Franz Grebsen. Cette île est à peine explorée. Il y a sûrement des richesses à découvrir. Nous avons seulement un plan sommaire de l'île avec le dessin du projet de grands murs dont sa majesté dont a parlé.
‒ C'est un grand espace ! observa Kathrin Blanke. Ils sont pourtant peu nombreux à être partis. D'ailleurs, ils sont trop peu nombreux pour bâtir les murs.
‒ D'autres bateaux vont bientôt partir ! Des condamnés à mort, des malades et des vieillards vont être conduits sur l'île. Ce sont mes bateaux qui les amèneront, annonça Helmut Prumel.
‒ Des condamnés ! s'exclama Georg Grober. Je n'étais pas au courant. J'avais prévu une chasse avec les prisonniers de la région !
‒ Les premiers à partir seront les vieillards et les malades, indiqua Prumel en se retenant les yeux au ciel à cause du loisir du Mâchoire. Nous ne sommes pas encore prêts à transférer des prisonniers. Il faudrait aménager les bateaux pour éviter toute révolte. Vous être libre de faire ce que vous voulez avec les prisonniers dans l'immédiat. De toute façon, il y aura toujours des condamnés.
‒ Voilà qui est bien ! Mon temps approche de la fin. Ma succession est prévue dans trois mois. Je veux un dernier amusement !
Teyber eut un frisson en remarquant soudain qu'il était observé par Wolfgang Schmitt. Il avait très peu apprécié de voir sa famille perdre son statut noble majeur. Il avait réussi à endetter le père de Teyber en le faisant jouer au poker pour le contraindre à lui céder le Marteau d'arme en guise de remboursement. Klaus Teyber avait du emprunter pour rembourser la dette de son père. Malgré cette dette, il continuait à vivre luxueusement. Le nouveau statut de sa famille avait rassuré les banques sur ses capacités à rembourser avec un taux d'intérêt conséquent.
La chute de l'empire décidé par Karl Fritz garantirait à Klaus Teyber que personne ne pourrait s'en prendre aux siens.
Les Huit restèrent ensemble jusqu'à la soirée où il prirent un dîner luxueux.
Ils échangèrent des nouvelles de leurs domaines et de leurs affaires et commentèrent l'exil du roi.
Le lendemain, en fin d'après-midi, une silhouette au visage dissimulé par un chapeau s'avançait dans les rues.
Elle s'approcha d'un grand bâtiment qu'un panneau permettait de faire reconnaître comme le siège de l'association des amateurs de bridge.
Un gardien ouvrit la porte et dit :
‒ Je suis désolé mais nous avons un tournoi aujourd'hui ! Nous ne pouvons accueillir des visiteurs ou des amateurs !
‒ Je sais. Je suis là pour le tournoi !
Il présenta une invitation au nom de Philippe Durand.
Le gardien vérifia son nom sur la liste d'invité et le laissa passer.
Philippe Durand dirigeait une entreprise très lucrative qu'il avait hérité de son grand-père. Il avait aussi des parts dans d'autres entreprises.
Cependant, il ne se rendait jamais en personne à son bureau. Il transmettait ses ordres par un intermédiaire qui avait toute sa confiance pour la gestion.
C'était une pratique pour le moins inhabituelle mais les ouvriers étaient correctement payés et les taxes étaient satisfaisantes pour le pouvoir.
Philippe Durand payait ouvertement la taxe supplémentaire dues par les Mahrs. À cause de cette taxe, de riches bourgeois mahrs étaient prête à débourser une véritable fortune pour pouvoir épouser un descendant d'Ymir ou à en adopter un mais des escrocs en profitaient. Selon des rumeurs, le centre d'étude des titans travaillaient à mettre au point un moyen de certifier qu'une personne était de la descendance d'Ymir. Mais en attendant, il fallait se fier aux arbres généalogiques et aux certificats de naissance qui pouvaient être facilement contrefaits.
Une femme reconnue eldienne et donnant naissance pouvait facilement faire reconnaître son enfant comme descendant d'Ymir mais pour un homme reconnu eldien, c'était plus compliqué. Même s'il reconnaissait l'enfant, il y avait toujours la possibilité qu'il ne soit pas le sien par suite d'un adultère.
Des Mahrs avaient tenté d'organiser le mariage de leur fils avec une Eldienne mais ils avaient pu avoir de mauvaises surprises.
Pendant des cérémonies religieuses à la gloire d'Ymir, il arrivait que l'Originel célèbre son héritage au milieu du peuple. Comme lui-seul pouvait reconnaître à coup sûr des descendants d'Ymir, il arrivait qu'il se rende compte de la supercherie. Ceux qui avaient usurpé le titre de descendants d'Ymir étaient punis d'une forte amende même quand ils étaient de bonne foi.
De fait, si une prétendue eldienne avait des enfants, ceux-ci étaient convaincus d'être Eldiens et leurs enfants aussi plus tard.
Conscient du problème, plusieurs rois étaient arrivés à la conclusion qu'il fallait ou supprimer cette taxe ou vérifier tous les supposés Eldiens. Mais, il n'était pas envisageable de renoncer à un impôt et il serait impossible de vérifier l'intégralité de la population. Alors, la tradition était née qu'une fois arrivée dans une ville, l'Originel devait vérifier toute la population. À cette occasion, une grâce pouvait être accordée à ceux qui n'étaient pas Eldiens. Il pouvait arriver aussi que des Mahrs soient finalement reconnus comme Eldiens à leur plus grande surprise.
Il y avait toujours des Mahrs prêts à payer pour faire entrer un Eldien dans leur famille mais il y en avait qui préféraient payer une taxe plutôt que de risquer une forte amende.
Philippe Durand n'était donc pas le seul à payer cette taxe.
Son père et son grand-père n'avaient jamais rechigné à payer et comme lui étaient peu connus.
Mais il avait tout de même quelques activités sociales comme ce club de bridge.
Personne ne lui prêta attention quand il entra dans la grande salle.
Il alla voir l'accueil pour voir à quelle heure il jouait et contre qui.
Il était arrivé avec un peu d'avance donc il pu flâner et peu et échanger quelques mots avec d'autres joueurs.
Après avoir joué, il resta sur place jusqu'à entendre un son de clochettes.
‒ Il est temps, déclara le président du club sur une estrade. Restez à vos tables ! Pour la première fois dans l'histoire, le roi a décidé de quitter son peuple. C'est une occasion unique !
‒ Les Huits sont encore là ! Nous ne pouvons pas nous libérer !
‒ Mais nous pouvons quand même en profiter ! Le roi ne pourra plus vérifier qui est vraiment Eldien donc en protestant nous pouvons leur faire abandonner la taxe sur les Mahrs. Il suffit qu'il y ait suffisamment de personnes prétendant être du sang de ces monstres !
‒ A partir du moment où il est impossible de vérifier l'ascendance des gens, nous pouvons juste prétendre en être.
‒ Je fais affaire avec des nobles mineurs. Je puis leur faire remarquer l'absurdité du maintien de cette taxe !
Tous s'affirmaient comme n'étant pas eldiens. Ils s'accordaient pour se plaindre des conditions de vie pour eux dans l'empire.
Naturellement, pas un n'envisageait de se libérer du joug d'Eldia. À la rigueur, ils pouvaient s'exiler mais l'empire était un pays stable et dans lequel les infrastructures étaient suffisantes pour voyager d'un bout à l'autre.
Philippe Durand ne disait rien mais était attentif.
Quelques hommes parlaient beaucoup mais ne disaient pas grand-chose. Un bon nombre donnaient leur avis sans écouter celui des autres. D'autres gens commentaient ce qui se disaient, tout en empêchant sans faire attention d'autres d'entendre.
En somme, c'était une cacophonie.
Un groupe commençait à être agité. Ils commençaient à parler fort en s'indignant des discriminations qui frappaient les Mahrs.
La clochette retentit encore.
Instantanément, chacun s'assit à la table la plus proche en attrapant des cartes.
La porte s'ouvrit pour laisser passer le gardien.
‒ Fausse alerte !
Le président du club alla s'entretenir avec lui pour avoir plus de détail.
‒ Nous devrions nous en tenir là ! Nous n'arriverons à rien ce soir !
Parfois, il regrettait de ne pas avoir fait de son mouvement un groupe d'amateur de randonnées. Il y avait bien moins de risque d'être surpris en pleine nature. Mais un grand groupe attirerait plus d'attention et certaines personnes étaient réticentes à l'effort.
À part, les responsables qui restèrent pour remettre de l'ordre, tout le monde s'en alla.
Malgré l'heure avancée, des tavernes étaient encore ouvertes et semblaient une bonne idée pour conclure ce débat ou pour en reparler autour d'une bière pour ceux qui négligeaient toute forme de prudence.
Les plus méfiants parlaient fort du fameux tournoi au cas où ils étaient épiés dans la rue.
Les apprentis conspirateurs ignoraient que le pouvoir était conscient de leur existence mais s'en moquait éperdument.
Quoique décide l'Originel, les Mahrs devraient s'incliner.
Mais tant que l'ordre régnait et que les impôts rentraient, le roi ne se souciait pas des récriminations des Mahrs militants.
Plusieurs des Mahrs présents se hâtèrent justement de rentrer chez eux pour rédiger un rapport détaillé sur la réunion qui leur permettrait peut-être de s'en tirer si les autorités décidaient de faire un exemple.
Aucun de ceux là n'avait remarqué le trop silencieux Philippe Durand.
Ce dernier déambula d'un pas paisible et finit par s'arrêter devant un étang.
Là, il retrouva d'autres personnes qui étaient restées silencieuses.
‒ Vous aviez raison, lui dit l'un d'eux. Que des mots ! Il n'y a rien à en attendre !
‒ Tout de même, murmura un autre. Ce n'est pas comme si nous pouvions nous opposer aux Eldiens.
‒ C'est sûr qu'avec cette attitude, grommela un troisième.
‒ Allons, allons, dit doucement Philippe Durand. Nul besoin de s'énerver. Il ne s'agit de pas lutter mais d'être prêt à toute éventualité.
‒ Vigilance ! lancèrent-ils tous à voix basse.
‒ Oui, vigilance, approuva Philippe Durand.
Ils se séparèrent et repartirent chacun de son coté.
Ils étaient peu nombreux mais pouvaient s'avérer utiles, pensait Philippe Durand.
Il alla vers une maison bourgeoise et n'y resta que le temps de changer de vêtements avant de repartir par une porte dérobée.
Il alla vers le port et contempla le peu de mer qu'il voyait.
‒ C'est commencé alors !
‒ Alors, on s'est perdu ?
Il se retourna pour voir quelques jeunes. L'un d'eux jouait avec un couteau.
‒ Dégagez !
Un rire lui répondit.
‒ Oh ! Alors qu'on inquiétait !
‒ On propose gentiment notre aide et voilà !
‒On est vexés maintenant ! Tu voudrais pas nous voir fâchés, pas vrai ?
‒ Toi non plus ! Allez dégage ! C'est mon dernier avertissement !
Les regards des jeunes se durcirent et d'autres couteaux furent sortis.
‒ Allez pas d'histoire !
‒ Vous l'aurez voulu ! répondit Philippe Durand en portant sa main à sa bouche.
Les voyous n'eurent aucune chance.
Mais au moins, ils avaient offerts un peu d'action à Alexander Richter et sans risquer de le faire reconnaître un peu plus tôt.
Cela faisait huit ans qu'il détenait l'Assaillant et autant de temps qu'il assumait la fausse identité de Philippe Durand mais il le connaissait depuis plus longtemps. Son prédécesseur l'avait préparé.
Malgré sa réputation un peu sauvage, l'Assaillant gardait toujours certaines précautions pour l'avenir.
