C'était une belle journée de printemps.
Il faisait un soleil magnifique. Les oiseaux chantaient pour trouver un partenaire. Les arbres étaient recouverts d'un superbe feuillage vert. Avec un peu de chance, on pouvait apercevoir un lièvre gambader.
C'était la journée idéale pour une chasse à l'homme, estimait Georg Grober en s'étirant.
Suivant son habitude, il avait fait une sieste d'une bonne heure après avoir relâché les criminels.
Ils étaient loin de toute ville ou tout village et il n'y avait à priori aucun endroit qui lui soit inaccessible dans les parages. Ils n'avaient aucune chance.
Il leur avait fait distribuer des petits couteaux, à peine suffisant pour éplucher des fruits, en prétendant que c'était pour leur laisser une chance. Il avait trouvé l'expression de leurs visages très amusante.
Il attrapa le verre de vin que lui tendit un de ses serviteurs et le but lentement avant de prendre le même petit couteau et s'entailla la main en poussa un cri:
‒ Taïaut!
Et il s'élança sans attendre.
Il s'enfonça dans la forêt et courut en gardant la même direction avant de tourner brusquement.
Suivant son habitude, il tourna en rond en faisant des cercles de plus en plus larges.
Rapidement, il trouva les premières victimes, deux hommes qui s'étaient brusquement mit à courir. Généralement, le gibier avait deux techniques pour lui échapper.
Il y avait ceux qui essayaient d'aller le plus loin possible mais ils n'allaient jamais assez loin. Ils se perdaient assez facilement et retournaient même sur leurs pas sans s'en rendre compte parfois.
Il y avait aussi ceux qui se cachaient là où ils pouvaient en espérant ne pas être remarqués. Mais en entendant le titan arriver, ils pouvaient céder à la panique et courir. Il suffisait qu'un seul parte en courant pour que les autres cachés au même endroit suivent son exemple. La peur était contagieuse.
Mais ce jour-là, la chasse était moins heureuse qu'à l'habitude. Il n'aperçut qu'un petit nombre de ses proies.
En courant, il aperçut un dernier moment un câble tendu entre deux arbres au dernier moment et celui-ci se cassa. Il s'arrêta net pour l'examiner. Il se demanda si les prisonniers avaient découvert ce câble et tenté de lui tendre un piège. Mais il était un titan, il n'y avait aucune chance qu'il se fasse mal et encore moins de chance qu'il meurt ainsi.
Au moins, la présence du câble indiquait que son gibier devait être proche. Il se tourna de tout coté et distingua soudain une forme sur la branche d'un arbre.
Il dut admettre que c'était astucieux. L'homme qu'il voyait était peu visible depuis le sol et même en le voyant, l'arbre était trop fin pour qu'il puisse le rejoindre pour le tuer.
Mais, il n'avait aucun besoin de le rejoindre. Si Georg Grober ne pouvait grimper pour tuer son gibier, il lui suffisait de la faire descendre.
Un coup de griffe abattit l'arbre et le Mâchoire se précipita vers sa cible.
Au moment de le griffer, il se rendit compte que ce n'était pas un humain mais juste un mannequin.
Il n'eut pas le temps de s'interroger que plusieurs bâtons de dynamites furent jetés sur lui.
L'explosion le projeta en arrière mais il n'était pas le seul à subir la dynamite.
Des bâtons de dynamites déposés aux pieds d'arbres les firent chuter et une partie tombèrent sur le Mâchoire.
Le corps du titan étaient déjà presque régénéré mais il était coincé.
Il ne comprenait pas ce qu'il se passait mais il était résolu à en finir au plus vite.
Sa mâchoire se referma sur l'arbre qui était tombé sur sa tête et commença à se dégager.
Soudain, son regard fut attiré par du mouvement. Stupéfait, il vit un titan courir vers lui.
Sa main attrapa le titan au niveau du torse mais un autre bâton de dynamite fut jeté et explosa sous son bras. L'autre bras était retenu par un tronc d'arbre.
Malgré ses blessure, le titan primaire se jeta sur lui et commença à le dévorer.
Grober sentit d'autres explosions sur son ventre.
Il ne comprenait pas du tout ce qu'il s'était passé. Comment ses proies s'étaient-elles procurées de la dynamite? D'où sortait ce titan?
Il fallait qu'il se régénère au plus vite mais le titan ne lui en laissa pas le temps.
Après l'avoir mordu au cou, le titan l'aperçut. Avec un grand sourire, il pencha de nouveau la tête et mordit encore et, cette fois, Georg Grober était arraché de son titan. Il ne put que pousser un grand cri d'horreur et de terreur.
Le titan mâcha bien et s'effondra soudainement avant de s'évaporer ne laissant qu'un homme évanoui sur le sol.
Les condamnés à mort se rapprochèrent prudemment.
Hélos se pencha sur le nouveau titan Mâchoire et le secoua doucement.
La peur laissa la place à l'euphorie. En vainquant le titan Mâchoire, ils avaient obtenu la liberté et un pouvoir immense.
‒ Raoul est mort, annonça l'un des hommes. Il s'est fait dévoré juste après avoir injecté la seringue à Arthur.
La nouvelle n'atténua qu'à peine la joie générale mais aucun d'entre eux ne fit de reproche à ce sujet. Même Robert, le frère de Raoul, accepta sa mort.
Raoul avait été volontaire après tout. Il s'était sacrifié pour leur liberté.
Enfin, Arthur ouvrit des yeux hagards.
Hélos lui fit boire de l'eau et il alla mieux.
‒ Alors, j'ai réussi patron? J'ai vraiment l'un des neuf?
‒ On a réussi! Cet aristo ne nous a pas menti!
‒ Formidable! Ça veut dire que je peux être un noble maintenant!
‒ Imbécile! s'exclama Hélos en lui donnant une claque sur le crâne. Les grandes familles s'allieront pour reprendre le titan Mâchoire!
‒ Bah pourtant ce n'est pas la première fois qu'une famille noble perd son titan! C'est comme ça que les Teyber ont récupéré le leur d'ailleurs!
‒ C'est arrivé par hasard aux Teyber et même là l'ancienne famille a tenté de récupéré le titan. Et c'est la première fois depuis des siècle que le titan est arraché à son détenteur sans l'accord de l'Originel. Et encore, il n'a pas été volé par une famille noble mais par nous.
Pendant ce temps, les membres du groupe d'Hélos se rassemblèrent avec le matériel que Klaus Teyber avait laissé pour eux.
Hélos prit la carte et la boussole et chercha la direction du point de rendez-vous.
‒ Donc on suit vraiment le plan de ce Teyber?
‒ On dirait que ça nous réussit bien. Mais je veux pas d'entourloupe. Peut-être qu'il nous utilise pour que les titans soient dans sa famille. Tiens-toi sur tes gardes Arthur! Je demanderai à mes contacts d'enquêter un peu.
Bien loin de cette forêt, Karl Fritz faisait le tour de son nouveau paradis.
Il avait refusé qu'un véritable port soit construit et il avait fallu se contenter de quais rudimentaires.
Les marins n'avaient pas récriminé devant lui mais les vrais Eldiens ne s'en étaient pas privé en s'enfonçant dans l'île.
‒ Enfin c'est grotesque! disait Franz Harbel. Si la capitale est déplacée ici, il y aura nécessairement de nombreux bateaux qui viendront pour le commerce ou la diplomatie. Nous ne pouvons pas nous contenter de simples planches de bois.
‒ N'ayez crainte! J'ai tout prévu pour l'avenir! Mais je reconnais que je ne m'attendiez pas à ce que vous vous impliquiez personnellement.
‒ Absurde! Je constate simplement la mauvaise qualité du travail. Ça promet pour l'avenir!
‒ Tout ira bien! Je vous garantis que le monde entier sera bouleversé par mon projet. Parlant d'avenir, je n'ai pas vu votre famille. Je pensais que vous installeriez ensemble?
‒ Mon épouse et nos enfants sont encore à l'ancienne capitale. Ils me rejoindront quand tout sera prêt pour les recevoir.
‒ Je vois, répondit Karl Fritz avec un sourire indéfinissable. Espérons que son attente sera brève. Je ne voudrais pas que vous vous languissiez d'elle.
‒ Il est vrai que je risque de m'ennuyer dans ce coin perdu. J'ai hâte que des lieux de divertissements soient construits. À ce sujet, sur le plan de Mithras, je n'ai pas vu d'opéra?
‒ C'est bien possible. Je ne me suis préoccupé que de l'essentiel.
‒ Mais l'opéra est essentiel. Mon épouse a toujours une loge réservée dans la ville où elle séjourne. Si je ne suis pas avec elle, des godelureaux tenteront de profiter de mon absence. Pour l'instant, le poids de mon nom éloigne les plus audacieux mais si notre séparation se prolonge, je crains le pire.
‒ En effet, je n'avais pas pensé à cette éventualité, dit Karl fritz en se retenant de lever les yeux au ciel devant la futilité des craintes de Harbel à coté de son noble objectif. Elle-même risque de s'inquiéter également.
Harbel rit avec force.
‒ Quelle bonne plaisanterie! Elle n'a aucune raison de s'inquiéter. Presque tous ceux qui sont ici sont des descendants de l'esclave. Comme si j'allais me souiller à leur contact! Certains Eldiens au sang pur ont emmené leur épouse avec eux mais il n'y a pas de femmes à part elles.
‒ Oui, oui. Les Eldiens sont là pour veiller à ce que tout aille bien.
Devait-il les inciter à venir? se demandait Karl Fritz.
Plus il y avait de gens qui n'étaient pas de la lignée d'Ymir, et plus il y aurait de gens à convaincre d'accepter le nouvel ordre qu'il allait instaurer. En même temps, ce n'était pas comme s'ils pouvaient s'y opposer.
Les Eldiens au sang pur vivant sur le continent pourront échapper au sort des descendants d'Ymir s'ils réussissent à prouver qu'ils n'en font pas partie. Dans le meilleur des cas, ils perdront leur position et devront assumer seul leur vie mais comme ils ne savent pas travailler, ils finiront dans la misère. Dans le pire des cas, ils pourraient subir la colère d'une foule avide de leurs richesses. Bien sûr, ceux qui seront incapables de prouver qu'ils ne sont pas du peuple d'Ymir seront gardés captifs avec les Eldiens et partageront leur destin. Leurs enfants formeront des familles avec les Eldiens au sang impur.
Ainsi sera punie l'arrogance dont ils ont toujours fait preuve.
Mais sur son Paradis, leur sort sera différent.
Ils ne seront, bien sûr, pas affectés par l'Originel et donc leur mémoire ne pourra être effacée. Connaissant leur orgueil, il pouvait leur proposer un compromistrès amusant de son point de vue : ils suivent son plan et, en échange, il leur laissait les privilèges dont ils jouissent déjà et toutes les positions de pouvoir. Ils seraient les rois dans la grande prison. Leur statut leur permettrait de vivre au-dessus des Eldiens mais leur pouvoir ne s'étendra pas au-delà des Murs. Au final, la situation sera peut-être pire pour eux puisqu'ils sauront une partie de la vérité. Ils sauront que les Murs seront faits de titans et qu'il y aura des humains à l'extérieur?
Pour garantir leur survie, ils devront faire en sorte que les Eldiens des Murs demeurent dans l'ignorance. Ils seront donc utiles au grand projet de Karl Fritz jusqu'à ce que les Mahrs finissent par venir.
Et même s'ils regrettent leur ancienne vie, ils devront se faire une raison.
Les Murs seront là et ils ne pourront rien y faire. Il suffira de laisser quelques titans à l'extérieur pour dissuader toute tentative de sortie. Plus les Mahrs lâcheront des titans et plus le monde extérieur fera peur aux humains vivant dans les Murs.
Les descendants d'Ymir feront leur vie comme ils voudront et les Eldiens au sang pur seront la classe dirigeante.
Le maintien du statut quo sera le seul moyen d'éviter que se déchire la population des Murs.
Il faudra que les Ackerman se chargent de nouvelles missions.
‒ Vous pouvez faire venir votre épouse et vos enfants si cela vous rassure, dit-il finalement.
Quelle que soit la proportion d'Eldiens au sang pur dans la population,cela n'avait au fond aucune importance. Il fallait de nombreux Eldiens. Karl Fritz utilisait l'Originel pour influencer les siens. Il leur mettait l'idée de prendre un nouveau départ dans leur vie sur Paradis dans la tête.
Il avait beau livrer son peuple et le pouvoir des titans aux Mahrs, il voulait limiter la souffrance des siens.
Pour eux, la lente agonie entre les Murs était probablement préférable à la vengeance des Mahrs.
Tant qu'il restait ne serait-ce que quelques centaines d'Eldiens sur le continent au moment de l'effondrement de l'empire eldien, le plan était assuré d'aboutir.
Les abondantes forêts de l'île offraient le bois nécessaire pour la construction des premières maisons.
Des fermes étaient déjà visibles entourée de pâturages où le bétail paissaient. Il fallait encore quelques mois avant de voir le blé ou l'orge pousser.
Il y avait de nombreux accidents pendant les travaux.
Les blessés graves se laissaient docilement transformer en titans d'une taille presque équivalente à celle du Colossal. Le nombre de blessés était évidemment largement insuffisant pour fournir le nombre de titans nécessaire mais c'était un début.
Karl Fritz était serein. Son projet était en bonne voie.
‒ Excellent! Vraiment remarquable!
Hélos avait rarement été aussi bien accueilli.
Une voiture et plusieurs chariots attendaient sa bande.
Teyber le fit grimper dans sa voiture et les chevaux partirent sans attendre.
‒ Première victoire!
Teyber sortit une bouteille de vin et deux verres qu'il remplit.
Flatté, Hélos le laissa le servir avec le cœur gonflé d'un sentiment d'importance inédit.
‒ Plus que six! Et bien sûr, il ne faudra pas oublier la famille royale!
‒ C'est vraiment une bonne idée? L'Originel risque de ne pas apprécier que sa famille soit massacrée.
Teyber fit un geste dédaigneux.
‒ Allons donc! Il est tellement occupé sur son île qu'il ne se rendra compte de rien. Mais la famille royale est un symbole. Si les Eldiens savent qu'il en reste, alors ils risquent de se rebeller. Il ne faut en laisser aucun en vie.
‒ Bien, pas de pitié alors!
‒ Avant de passer à la prochaine cible, es-tu sûr de l'homme que tu as choisi pour avoir le Mâchoire?
‒ Évidemment!
‒ Mais es-tu certain de rester son chef en lui laissant un tel pouvoir? Pour l'instant, il t'écoute mais après?
Devant le silence d'Hélos, il poursuivit.
‒ Si tu veux être certain de son obéissance, il te faut des garanties. Garde sa famille sous surveillance mais sans lui dire. Tes hommes ne savent rien n'est-ce pas?
‒ Ils pensent juste qu'un bourgeois m'aide pour que je fasse des gros coups pour lui. Avec le Mâchoire à nous, on pourrait gagner bien plus.
‒ Pfff! Quel pitoyable objectif! Si tu cambriole une banque, prends-tu quelques piécettes ou tout ce que tu peux?
‒ Bah tout le magot!
‒ Exactement! Pourquoi te contenter de voler un peu d'argent alors que vous pouvez prendre l'empirepour vous ?
Ils trinquèrent et parlèrent tout le long du trajet.
Ils restèrent au repos pendant les semaines qui suivirent. Arthur s'entraînait sous la supervision de Teyber. Hélos envoyait des messages à tous ses contacts.
Pendant ce temps, la disparition de Georg Grober avait, bien sûr, été remarquée.
Ses serviteurs avaient attendu jusqu'au crépuscule avant de réagir. Ils entrèrent dans la forêt avec des lanternes mais finirent par rebrousser chemin.
Le lendemain, une battue était organisée avec d'autres serviteurs appelés en renfort.
Ils retrouvèrent le corps coupé en deux de l'un des condamnés mais rien de plus.
De plus en plus inquiets, ils se résolurent à prévenir les autorités.
Le garde champêtre doutait fortement de la survie de Grober, titan ou pas, mais il ne pouvait pas faire comme si l'un des nobles les plus influents de l'empire n'était pas perdu dans sa forêt et les recherches reprirent, plus minutieuses.
Certains des condamnés à mort, n'appartenant pas à la bande d'Hélos, furent retrouvés. Eux-aussi avaient fini par s'égarer. Puisqu'ils avaient échappé au Mâchoire, ils furent graciés mais ils ne purent fournir aucun renseignement.
Quelques jours plus tard, la famille Grober arriva au moment où il parut évident que le chef de leur famille était mort.
La raison de sa mort était sujette à spéculation mais de l'avis général, il s'agissait d'un accident. Selon l'explication la plus crédible, Georg Grober était monté à un arbre pour sa chasse mais son poids avait suffit à faire s'effondrer l'arbre, qu'il avait eu le réflexe de sortir de son titan et qu'il s'était assommé ou grièvement blessé jusqu'à ce qu'un animal sauvage l'achève. La régénération avait ses limites.
Il était impensable que le Mâchoire ait pu être capturé par des bandits.
‒ Il est impératif de s'occuper de la famille royale!
Teyber parlait d'une voix impérieuse en regardant une carte de l'empire.
‒ Quand ils entendront dire que les titans ont été attaqués et que certains ont été volés, ils paniqueront et Ymir sait comment ils réagiront. Ils pourraient tenter de rejoindre Paradis ou se cacher.
‒ S'ils fuient, je ne vois pas le problème. Ça nous en débarrasserait! dit Hélos.
‒ Bien sûr que non! répliqua Teyber en lui jetant un regard dédaigneux. S'ils se cachent, ils pourraient inciter les Eldiens à lancer une révolte. Et à Paradis, ils pourraient réussir à obtenir l'Originel et tout serait perdu.
‒ Bah pas plus que si l'Originel actuel décide de réagir.
‒ Il ne réagira pas. Il est trop occupé à s'installer.
‒ D'accord, mais après? Il finira bien par se rendre compte de ce qu'il s'est passé et il il fera quelque chose.
‒ Non! Il sera devant le fait accompli régner sur les Eldiens qui seront avec lui lui donnera une sensation de pouvoir telle qu'il négligera l'empire.
Hélos avait de gros doutes sur la question mais au point où ils en étaient, il était trop tard. Qu'ils soient punis pour avoir volé un titan ou pour en avoir volé plusieurs, le résultat serait le même.
‒ Mais au moment où la famille royale sera attaquée, la population entière comprendra qu'il se passe quelque chose donc il est préférable d'avoir déjà plusieurs titans à ce moment. Nous allons nous charger des titans dont la disparition ne sera pas remarquée avant un moment.
‒ Alors lequel? Le Charrette? Personne ne s'en rendrait compte.
Teyber secoua la tête.
‒ Impossible! Il est reparti pour explorer un désert. Il ne reviendra pas avant des mois. Il faudra le piéger à ce moment ou lui envoyer des gens sous un prétexte quelconque qui le maîtriseront par surprise avant de lui prendre son titan mais même ainsi il faudra attendre.
‒ Le Féminin? Ou le Cuirassé?
‒ Non! Blanke participe régulièrement à des soirées mondaines et Romich dirige des chantiers. Leur disparition se ferait remarquer. Richter est très mondain également. Prumel est sur le devant de la scène à cause de tous les bateaux qu'il envoie vers Paradis. Non, il ne reste plus que Kroll, le Colossal. Elle vit dans son domaine qu'elle ne quitte guère. Elle a des serviteurs mais il est possible d'obtenir leur silence.
‒ On devrait quand même pas oublier le Charrette, fit remarquer Hélos.
‒ Peut-être, oui. Je vais quand même lui envoyer un groupe. Il faut juste trouver une bonne raison pour qu'il ne se méfie pas. En attendant, envoie un message à tous les Mahrs de confiance que tu connais pour leur annoncer la future révolution et, naturellement, dans le secret le plus absolu vis-à-vis des Eldiens. Je me charge de contacter les autres nations pour leur annoncer la future destruction de l'empire grâce au héros libérateur. Je te laisserai le pouvoir et le prestige. Je me contenterai de garder ma position.
‒ Ce sera grandiose, dit Hélos avec un sourire en pensant qu'il serait idiot de se contenter d'avoir sept titans quand il pouvait en avoir huit.
Une semaine plus tard, Hilda Kroll se promenait paisiblement. Elle était sur une colline et voyait sur la plaine un village dont les habitants semblaient très occupés. Il y avait une fête au village, ce jour-là.
‒ Si seulement… se murmurait-elle.
Elle terrifiait tout le monde aux alentours. Ses enfants étaient en pension dans une ville plus lointaine sous un autre nom et son époux était allé leur rendre visite. Il s'absentait régulièrement. Elle le soupçonnait de la tromper mais elle n'osait rien dire parce que s'ils divorçaient, elle se retrouverait seule avec ses serviteurs. Elle préférait garder l'illusion.
Ils avaient une bonne relation avant mais la vie morne l'avait peut-être poussé à voir ailleurs.
‒ Excusez-moi madame!
Elle se retourna pour voir un homme à l'air affolé venir vers elle. Pensant qu'il s'était perdu, elle fit un pas vers lui. Le village était proche mais quand on en connaissait pas le chemin, c'était une autre affaire.
‒ Je suis arrivé depuis peu dans cette région et…
A ce moment, un coup de feu retentit et Hilda Kroll sentit une brusque douleur dans le bras.
Avec un cri de douleur, elle posa par réflexe la main de l'autre bras sur sa blessure.
Elle regarda autour d'elle pour tenter de comprendre ce qui avait bien pu se passer. Elle était sur un chemin. Normalement, il ne devrait y avoir aucun chasseur.
Elle saignait abondamment mais elle ne pouvait que presser sa main sur la blessure.
Du coin de l'œil, elle pouvait voir que l'inconnu s'était rapproché mais elle ne vit pas le couteau qu'il brandissait.
En revanche, elle sentit la lame s'enfoncer en elle.
Elle recula en le regardant avec plus de méfiance que de peur.
‒ Vous vous en êtes prit à la mauvaise personne!
Elle crut qu'elle était tombée sur un assassin ignorant son identité sinon il n'aurait jamais osé levé la main sur elle.
‒ Je ne crois pas, non.
Une autre balle la blessa pendant qu'elle vit au loin des gens qui s'enfuyaient mais elle n'était pas blessée assez gravement pour ne pas pouvoir se transformer.
Par manque d'habitude et sous l'effet du stress, elle provoqua une explosion de chaleur en se transformant.
Quand elle posa les yeux au sol, elle vit que le paysage était dévasté. Elle ne s'aperçut pas que le souffle de l'explosion avait frappé le village et provoqué des dégâts mais il était assez loin pour qu'ils soient limités.
L'homme au couteau était mort mais le sort du tireur était incertain mais s'il était vivant il avait sûrement été atteint par le souffle et donc blessé.
Elle supposait que c'était des détrousseurs de grands chemins. Elle avait un petit sac avec elle qui contenait de l'eau et un carnet de croquis mais elle ne pensait pas avoir l'allure de quelqu'un transportant des richesses. À moins qu'ils ne soient des gens cherchant à tuer pour le plaisirsadique de faire souffrir ?
Soudain, elle aperçut un éclair un peu plus loin ce qui lui fit supposer que l'un des autres primordiaux était dans le coin et, après avoir assisté à sa transformation, venait aux nouvelles.
Elle ne voyait qu'un titan rapide de petite taille. Il devait s'agir du Charrette ou du Mâchoire. De sa hauteur, elle discernait mal les détails.
Kroll émergea de son titan et le laissa s'évaporer en douceur pour aller au-devant de l'autre.
Elle reconnut le Mâchoire quand il s'approcha. Elle ne l'avait jamais vu sous cette forme. C'était très impressionnant.
Mais elle n'eut pas le temps de réagir au coup de griffe qui lui coupa les jambes.
Trop choquée, elle ne sentit même pas la douleur avant de tomber sur le sol où elle fut plaquée. Ses bras furent alors coupés.
Le Mâchoire alors la garda dans sa main et partit à toute vitesse en courant sur ses trois autres pattes.
Même en faisant attention à ne pas tuer sa prisonnière, il lui brisa les côtes par inadvertance.
La course ne fut pas longue. Kroll fut lâchée et resta sur le sol, guérissant lentement mais n'eut pas le temps de se remettre.
La main d'un autre titan la sait et la porta à sa bouche.
Ses cris d'appel à l'aide furent vains.
Un bateau arriva en vue de Paradis. Il ne ressemblait pas aux bateaux de l'empire eldien.
Minato Azumabito, ambassadeur de Heazul , fut soulagé d'arriver après un long voyage un bateau.
De ce qu'il apprit des Eldiens qui lui indiquèrent dans quelle direction le roi était partit fonder sa capitale, il était le premier représentant d'une nation étrangère à arriver sur l'île, une bonne chose pour renforcer les liens entre les deux pays.
