Il se passait quelque chose.

Plusieurs titans avaient fait parler d'eux ces derniers mois par leurs agissements étranges ou par leur disparition. Le titan Mâchoire avait refait surface. Des témoins l'avaient aperçu dans la campagne mais son identité demeurait un mystère.

Si le nouveau détenteur du Mâchoire était un enfant, il s'était peut-être blessé et s'était transformé avant de se laisser emporter par ses instincts. Si c'était le cas, il avait peut-être tué sa famille accidentellement ce qui avait provoqué sa mort après avoir reprit forme humaine faute de pouvoir se nourrir seul. Le cas était déjà arrivé.

Les nouvelles les plus graves concernaient les meurtres de membres de la famille royale.

Aucune nouvelle officielle n'existait à ce propos. Les journaux étaient censurés.

Seules les familles nobles de haut rang avaient été tenues au courant. L'hypothèse la plus probable pour la police était qu'un Fritz voulait s'assurer de devenir le prochain roi après l'échéance des treize ans depuis l'obtention de l'Originel par Karl Fritz.

En un cas comme celui-ci, la police restait neutre.

Les nobles pouvaient choisir de soutenir un héritier mais cela n'avait pas la moindre importance. Leur choix ne comptait pas et pouvait se retournait contre eux.

Les Ackerman suivaient les ordre de l'Originel. Ils pouvaient aussi bien protéger des Fritz qu' assassiner les rivaux de l'héritier choisi par l'Originel.

C'était une pratique historique. L'essentiel était que la lignée Fritz puisse se maintenir. Tous les membres de la famille étaient soigneusement répertoriés, quel que soit le lit dans lequel ils naissaient. C'était la seule famille royale dans le monde qui considérait les enfants nés à la suite d'une aventure au même titre que ceux nés dans le lit conjugal.

Malgré la faible espérance de vie de l'Originel, l'idée de posséder le titan le plus puissant était tellement exaltante que bon nombre de membres de la familles revendiquaient cet héritage. Cette revendication pouvait occasionner des comportements très différents. Certains entraient à l'école militaire pour assurer leur capacité à commander. D'autres se faisaient apprécier des nobles. Mais l'assassinat avait toujours été une solution d'autant plus facile que la police refusait d'intervenir.

Mais il était étrange que ces assassinats soient commis si longtemps avant l'échéance.

Mais cette question n'inquiétait pas le peuple que ce soit les Mahrs ou les Eldiens sans titre ni fortune parce que les gens ordinaires savaient que quel que soit le dirigeant, rien ne changerait pour eux. Un Fritz en valait bien un autre.

Fiona Romich non plus ne se souciait pas de savoir qui serait le prochain Originel. De toute façon, elle serait déjà morte et elle laisserait son titan et sa position à quelqu'un de sa famille. Elle n'avait pas choisi son héritier. Aucun de ses enfants n'étaient intéressé par son métier mais elle les laisserait riche donc elle n'avait pas d'inquiétude à se faire. Elle-même ne travaillait pas pour l'argent mais juste par passion. Elle avait d'ailleurs un grand succès dont son statut de titan n'était pas totalement responsable. Son titan l'aidait à obtenir des contrats mais elle les honorait consciencieusement. Elle avait hérité de son entreprise de bâtiment mais avait décidé de s'en occuper personnellement. Sa réputation tenait plus à ses efforts qu'à son titan.

Les monuments qu'elle construisait étaient admirés. Il y avait tout de même de mauvaises rumeurs l'accusant de privilégier les Eldiens à l'embauche tant sur le poste que sur la rémunération. Si Romich connaissait ces récriminations, elle avait dédaigné de répondre. Les mécontents étaient libres de démissionner s'ils estimaient être floués. Après tout, il était logique d'embaucher en priorité ceux qui avaient fait les meilleures écoles. Bien sûr, les Eldiens avaient plus de chances d'entrer dans ces écoles mais ce n'était certainement pas le problème de Romich. Ce n'était pas comme si elle s'occupait personnellement du recrutement.

Au moins, les ouvriers étaient bien payés même si, encore une fois, les Mahrs se plaignaient d'une différence de salaire. Ceux qui avaient osé se plaindre avaient été invités à chercher un nouveau travail. L'idée d'une différence de salaire paraissait absurde dans la mesure où peu de gens savaient avec certitude s'ils étaient Eldiens. Encore, ceux qui faisaient de longues études étaient souvent issus de familles bourgeoises ou aristocratiques et donc avaient plus d'opportunités de savoir s'ils étaient de la lignée d'Ymir.

Mais ce n'était pas le cas de beaucoup d'ouvriers. Les Eldiens parmi eux juraient que c'était faux mais les rumeurs étaient tenaces. En conséquence, il y avait des tensions récurrentes. Certains ouvriers refusaient de se parler.

Heureusement, en raison de la sévérité de la justice quand un Eldien était impliqué, il n'y avait aucune représailles à craindre en théorie. Dans les faits, il était arrivé que des ouvriers eldiens soient rossés après une soirée au bar mais la police avait attribuée cela à une soirée trop arrosée et n'avait pas vraiment fait d'effort. Ce n'était pas arrivé très fréquemment et parfois un Mahr était roué de coup également après une soirée au bar qui s'était mal terminée alors aucun Eldien ne s'était senti visé à cause de son sang. Mais chacun des Eldiens avaient été visés au moins une fois.

Il paraissait tellement impensable que des Eldiens soient attaqués à cause de de leur statut de sujet d'Ymir que personne n'avait pu envisager cette hypothèse.

Leur travail était rude alors ils se détendaient régulièrement au bar et ne revenaient que la nuit tombée chez eux et plus tard encore en fin de semaine. Avec l'alcool, il arrivait que des baggares éclatent mais il n'y avait jamais rien eu de trop grave.

En périphérie de la ville, Romich s'occupait de construire un pont.

Elle avait prit sa forme de titan pour inspecter l'avancement du chantier. Ça lui permettait d'avoir une vue d'ensemble. Elle devait juste faire attention à marcher doucement pour ne pas causer l'effondrement du pont et pour éviter de blesser ses ouvriers.

C'était une journée ordinaire jusqu'au moment où un bruit de tonnerre retentit.

Surprise, Romich se retourna pour voir le Mâchoire se précipiter vers elle. Il sauta sur elle et laboura son corps et en particulier les bras de coups de griffes. Le titan Mâchoire était probablement la seule chose capable de percer l'armure du Cuirassé mais les blessures qu'il causait étaient trop superficielles pour couper un bras.

Pendant que le Cuirassé tentait d'attraper le Mâchoire pour l'écarter, celui-ci tenta de mordre sa tête mais ne put atteindre que son épaule.

Le Cuirassé attrapa le Mâchoire par les cheveux et tira dessus.

D'un geste brutal, il parvint à l'écarter et le Mâchoire se retrouva sur le dos par terre.

Il se releva promptement et repartit à l'assaut.

Le Cuirassé était temporairement manchot à cause de sa blessure mais se redressa.

Romich se comprenait pas ce qui arrivait mais elle n'avait pas l'intention de se laisser faire. Elle ne savait pas qui lui faisait face et n'accordait dans l'immédiat aucune importance à cette question.

Elle frappa de son bras valide et brisa l'élan du Mâchoire. Le Mâchoire contourna rapidement son ennemi et attaqua de nouveau par derrière. Il s'agrippa à lui et griffa sa nuque.

Paniquant, le Cuirassé recula brusquement pour que le Mâchoire soit projeté contre les piliers du pont. Le choc lui fit lâcher prise. Mais une fois tombé au sol, il mordit sauvagement une jambe du Cuirassé et le fit s'effondrer.

Sans perdre de temps, il recommença à labourer son armure de coups de griffes. Une fois qu'il estima que c'était suffisant, il attaqua le cou avec plus de retenue. Quand le corps de Romich fut visible, il l'attrapa délicatement et la sortit de son titan.

Épuisée et blessée, Romich était incapable de réagir.

Elle ne vit pas le titan primaire courir dans sa direction et s'arrêter pour dévorer un ouvrier qui n'avait pas eu le temps de s'enfuir avant de revenir vers elle.

En un instant, c'était fini.

Le nouveau titan Cuirassé s'effondra un peu plus loin et son détenteur fut récupéré.

‒ Parfait, déclara Teyber qui observait de loin. On a déjà récupéré plus de la moitié des titans. Les deux autres devraient être plus faciles à vaincre et je ne désespère pas de retrouver l'Assaillant. Mais à ce stade là, nous ne pourrons plus agir dans l'ombre. Les rumeurs circulent déjà. Les ports sont surveillés donc ils ne pourront s'échapper vers l'île de Paradis. Enfin, il y a des chances pour que le Charrette ne soit au courant de rien. Quand au Féminin, il ne pourra faire face.

‒ Et si l'Assaillant était passé à un bébé et que ses parents l'emmenaient vers Paradis? demanda Hélos. On peut quand même pas vérifier tous ceux qui partent.

Teyber dut reconnaître que c'était possible.

‒ Le seul moyen serait de blesser légèrement tous ceux qui embarquent dans les bateaux mais ça donnerait l'éveil. Il va falloir prendre le risque de perdre l'Assaillant mais c'est peu probable. Une infime minorité des Eldiens ont rejoint l'Originel. La probabilité que le titan revienne à un d'eux est faible.

De toute façon, il était certain que Karl Fritz sentirait l'arrivée de l'Assaillant et ferait en sorte de le faire repartir.

‒ Quoiqu'il en soit, nous avons assez de titan de notre coté pour lancer la nouvelle phase du plan. Il faut faire connaître à la population le héros qui la libérera de la tyrannie des Fritz.

Hélos arbora un rictus en regardant les ouvriers qui fuyaient toujours. Sa bande avait acquit une puissance écrasante. Il était temps d'en profiter.

‒ Laissons leur le temps de raconter ce qu'il vient d'arriver.

Hélos alla d'abord voir ses hommes.

‒ Beau travail! Comment va Xavier?

‒ Il est encore dans les vapes mais il devrait pas tarder à se réveiller. Il commence à bouger.

‒ Bien! Dès qu'il ira mieux, faudra l'entraîner!

‒ Comprit, patron! On commence à savoir faire maintenant!

‒ Au moins, cette fois, il n'y a pas de risque qu'il nous tues tous ou se tire s'il perd le contrôle. Il est pas assez rapide.

‒ Ça reste un titan qui s'est distingué sur des champs de bataille sans jamais perdre! Ne le prenez pas à la légère!

‒ Je l'ai battu une fois, je peux recommencer!

‒ Qui est volontaire pour avoir le prochain?

Presque tous ceux de sa bande qui étaient sujets d'Ymir voulaient un titan. Teyber laissait Hélos choisir. Il demandait juste leur nom.

Teyber montrait beaucoup d'intérêt pour la bande de Hélos. Il s'était montré cordial et leur avait laissé boire son alcool. Étonnament, le riche Teyber avait réussi à créer un lien avec des brigands.

Il avait longuement parlé aux nouveaux titans primordiaux sans toutefois rien leur dire de la malédiction d'Ymir mais il les avait aidé à contrôler leur transformation.

Ce n'est que deux jours après qu'ils firent une entrée remarquée dans la ville.

«Il faut leur faire comprendre que le pouvoir a changé de main» avait dit Teyber.

D'abord, avançait le Bestial et la population pu voir qu'il avait la forme d'un loup. Le Cuirassé venait juste derrière. La différence avec le titan de Romich était flagrante. Dans sa main, Hélos brandissait un drapeau et ce drapeau était plus choquant que la passation des titans à des inconnus. Il était violet et arborait un coquillage, le symbole de l'antique empire Mahr le premier à s'être effondré face à Eldia plus de mille ans plus tôt. Dans les écoles, les professeurs apprenaient aux enfants que le plus grand empire du monde s'était incliné devant Eldia. Tous connaissaient ce symbole et l'avait souvent vu tourné en dérision.

Le reste de la bande était entré et se mêlait à la foule.

Les gardes étaient tellement sidérés qu'ils ne fermèrent pas la porte en les voyant approcher. Mais comment auraient-ils pu fermer la porte à ceux qui avaient toujours détenu le pouvoir?

Même si les détenteurs des titans primordiaux avaient changé, ils représentaient toujours le pouvoir.

Les deux titans et Hélos parcoururent les rues jusqu'à arriver devant la grande place de la ville.

Hélos fit un geste impérieux en direction du tribunal au sommel duquel flottait le drapeau écarlate arborant une étoile à neuf branches dont la plus haute était pointée vers le haut.

Arthur vit le geste et s'entailla la main avec son couteau. Les gens s'écartèrent de lui, d'abord parce qu'ils le prirent pour un fou et ensuite parce qu'ils virent les éclairs sortant de son corps. Une fois transformé, il se précipita vers le tribunal et grimpa dessus pour déchirer le drapeau eldien. Il en apporta les lambeaux et les déposa aux pieds de Hélos.

‒ L'empire fritz est mort! cria-t-il.

‒ Mort aux Fritz! crièrent des complices disséminés dans la foule.

‒ Depuis des siècles, nous vivons sous le joug des Fritz! Il est temps de vivre librement!

‒ Liberté! crièrent les complices.

‒ Nous vivons sous la terreur depuis des siècles! Les Fritz nous maintiennent dans la peur d'être dévorés vivants! Tous ceux qui ne sont pas sujets d'Ymir sont traités comme des étrangers. Nous avons des impôts spéciaux. Nous n'avons pas accès aux mêmes écoles ni aux mêmes métiers!

Il promena son regard vers la foule abasourdie avant de reprendre.

‒ Le tyran est parti et l'heure de la liberté est arrivée! Mettez à bas tous les symboles de l'odieuse tyrannie Fritz! J'annonce dès aujourd'hui l'heure de la révolte! Détruisons les grandes familles nobles! Leurs titans doivent être au service du peuple et non au leur! Ensemble, bâtissons un nouveau monde!

Les complices applaudirent bruyamment avec des grands cris enthousiastes mais ils n'étaient pas les seuls. Il y avait ceux qui se souvenaient de leurs pays qui s'étaient soumis à l'empire eldien et qui en avaient gardé le souvenir. Il y avait ceux qui vivaient dans la misère et qui n'avaient rien à perdre. Il y avait ceux qui avaient toujours gardé le souvenirs cuisants des humiliations subies. Tous les mécontents et les idéalistes étaient potentiellement intéressés.

Mais les démonstrations de joie étaient tempérés par la présence pour le moins intimidante des titans. Cette même présence intimidait tous ceux qui vivaient bien dans l'empire eldien.

Hélos leva la main pour calmer l'agitation.

‒ Voici venus des temps nouveaux pour toute l'humanité! Les titans avec moi ne sont pas au service du roi Fritz! Ils ne sont pas ses titans mais…!

La salve d'applaudissements l'empêcha de dire que c'était ses titans.

‒ Fritz est loin maintenant et une partie de ses titans ne lui obéit plus! C'est le moment de détruire son empire! Nous construirons une République où chacun aura sa place! Une République juste et paisible où nos enfants n'aurons plus la peur des titans!

Il fut encore interrompu par des applaudissements.

‒ Venez avec moi! Rejoignez-moi!

Le titan Cuirassé le déposa au sol et des hommes se pressèrent autour de lui pour en savoir plus.

Des forces de polices arrivèrent en grand nombre. Elles étaient assez indécises sur la conduite à adopter. Mais le gouverneur de la ville était présent.

‒ Qu'est-ce que ça veut dire? Vous osez vous rebeller devant le roi? Tremblez devant la future colère d'Ymir! Allons dispersez-vous!

‒ Non à la tyrannie Fritz! s'écria Hélos en le voyant de loin.

‒ Non à la tyrannie Fritz! s'écrièrent les plus galvanisés.

La colère de la foule gronda et devint rapidement menaçante.

‒ Protégez-moi! glapit le gouverneur aux policiers.

Mais l'un des policiers prit peur devant la foule et donna un coup de matraque au gouverneur.

‒ Mort au tyran! s'écria-t-il.

Les plus excités se jetèrent sur le gouverneurs et le tuèrent. Le policier fut porté en triomphe et conduit à Hélos.

Par crainte pour leur vie, les autres policiers suivirent le mouvement.

Quand Hélos s'aperçut qu'on lui amenait le policier qui avait changé de camp, il esquissa un sourire. La foule l'avait reconnu comme son chef.

Il attrapa la main du policier et la leva.

‒ Voilà un homme bien! Vous pouvez compter sur lui pour mettre fin à la tyrannie!

La foule rugit de joie tandis qu'Hélos tendit la main.

‒ Travaille avec moi!

Et devant le regard de la foule, le policier tendit sa main en retour.

‒ Ce serait un honneur!

Teyber qui avait loué un appartement de la place, observait la scène avec approbation.

‒ Il est doué, murmura-t-il.

Alors, la ville fut bouleversée.

La demeure de Fiona Romich fut confisquée par Hélos. Il voulait la garder mais Teyber lui avait expressément recommandé de la vendre et de distribuer les bénéfices à tous ceux dont des membres de la famille avaient été dévorés par un titan ou victimes de discriminations à cause de leurs origines. Nombreux furent ceux qui se plaignirent d'avoir au un piètre salaire ou d'avoir été refusés pour ne pas être sujet d'Ymir. Il était impossible de vérifier alors tous obtinrent une compensation.

Les patrons de plusieurs entreprises et des banquiers furent attrapés par la foule et traînés dans la ville pour être humiliés. Leurs maisons furent saccagées sous prétexte de chercher des preuves de leur culpabilité et dans plus cas pillées. Une partie d'entre eux furent sauvagement lynchés.

Une purge eut lieu dans la police et les responsables furent chassés.

Certains Eldiens accusés d'avoir profité de leur statut furent lynchés jusqu'à l'intervention d'Hélos.

‒ Nous bâtissons un monde nouveauqui sera plus juste et meilleur que l'ancien ! Il n'est pas question de faire comme les tyrans Fritz. Si les Eldiens sont prêts à vivre comme les Mahrs, alors nous pourrons construire ensemble notre belle République! Mais s'ils refusent l'égalité entre tous les citoyens alors qu'ils partent rejoindre leur roi! Tous les privilèges des Eldiens sont abolis! Si un Eldien a profité de son statut pour avoir des avantages alors il doit les rendre!

Cette déclaration fut loin d'apaiser les esprits.

Les Eldiens fortunés furent sommés de rendre le fruit de leur supposées spoliations.

Épouvantés, de nombreux Eldiens fuirent la ville. Ils ne voyaient plus d'espoir sans intervention de l'Originel, seul capable de ramener à la raison les titans rebelles et de rétablir l'ordre.

Pendant ce temps, les patrons mahrs mirent des affiches «Aucun Eldien ne dirige ici» devant leurs maisons et leurs usines, magasins ou lieux de travail. Grâce à cette mesure, ils furent épargnés par les pillages. Ils ne furent que trop heureux d'offrir leurs services à Hélos.

Des bourgeois mahrs éditèrent de nouveaux journaux et annoncèrent le commencement d'une nouvelle ère. Ils furent propagés dans la région.

‒ Ce n'est pas le moment de festoyer! Il y a encore tant à faire!

‒ Pourquoi? Tout se passe à merveille! déclara Hélos.

‒ Il faut bouleverser l'empire sans mettre le chaos pour pouvoir le diriger! Sinon il risquerait de se fragmenter en petit pays. J'ai préparé un décret pour lever une nouvelle armée. Pour l'instant, nous pourrons compter sur les volontaires mais ce sera difficile de les garder dans la durée quand l'enthousiasme se dissipera.

‒ Pourquoi avoir une armée alors que nous avons des titans? Même l'empire eldien ne gardait qu'une faible armée.

‒ Si nous annonçons utiliser les titans pour la guerre, les autres nations prendront peur et pourraient déclarer la guerre. Quand nous aurons un pouvoir stable, il sera temps de mettre en avant les titans comme force principale du nouvel empire. Les titans n'affronteront que les autres titans pour l'instant. J'ai déjà une ébauche du futur gouvernement.

Hélos jeta un coup d'œil distrait puis fronça les sourcils en ne voyant pas son nom.

‒ Une minute! Pourquoi n'ai-je pas le pouvoir?

Teyber fit un geste agacé de la main.

‒ N'est-ce pas évident? Le héros qui a sauvé le peuple de la tyrannie ne peut pas viser le pouvoir. C'est après que le peuple réclamera son héros que tout se fera. J'ai déjà préparé la diffusion de récits racontant comment tu as toujours affronté les rois Fritz.

‒ Donc, je serai roi?

‒ Pas avant d'avoir récupéré les derniers titans. Il n'y a aucune des familles royales ayant régné sur les anciens royaumes. Certaines familles ont été exterminés et d'autres ont rejoint la famille Fritz et n'existent plus en tant que tel. La seule manière de choisir le nouveau dirigeant sera de faire appel au choix du peuple mais la majorité ne sait pas écrire alors ce sera difficile à mettre en place.

La porte s'ouvrit pour laisser passer les membres de la bande d'Hélos qui avaient les titans.

‒ Patron!

‒ Qu'est-ce qui vous arrive?

Ils avaient l'air mal à l'aise.

‒ Tout ça ne va pas un peu trop loin?

‒ Je croyais que le but était de prendre la place des familles nobles. Mais des Eldiens se sont fait massacrés.

‒ Tout cela est temporaire, intervint Teyber. Les esprits sont un peu échauffés à cause des récents événements mais ça s'arrangera quand les gens verront des Eldiens et des Mahrs travailler ensemble.

‒ Mais le patron a dit lui-même qu'il fallait que les Eldiens abandonnent leur fortune!

‒ Il n'y avait aucun autre moyen pour rallier la population. Nous poursuivons un idéal de justice après les choses ont un peu dégénéré. Mais quand tout sera terminé, l'humanité connaîtra une nouvelle ère sans peur des titans.

‒ Et si l'Originel revenait?

‒ Il est parti pour plusieurs années mais s'il devait revenir nous pourrons nous y préparer. Il est peut-être puissant mais il suffit de couler son bateau pour éliminer la menace.

‒ Mais des Eldiens ont fui la ville et risquent de partir le rejoindre. Ils le feront revenir!

‒ Il n'y a aucune crainte à avoir. Jamais le roi ne s'abaissera à écouter de simples roturiers!

Malgré l'assurance affichée par Teyber, les nouveaux titans étaient sceptiques.

Pour calmer leur inquiétude, Teyber prépara un décret pour punir ceux qui se substituaient à la justice et créer une commission chargée d'étudier les accusations portant sur les activités antérieures au nouveau régime.

Teyber leva son verre de vin en contemplant la ville en ébullition.

‒ Tout va bien se passer, murmura-t-il.

S'il n'appliquait pas le plan de Karl Fritz, il ne savait pas ce qui lui arriverait. Il n'avait pas le choix, se disait-il, il ne faisait qu'assurer l'avenir de sa famille dans le futur décidé par l'Originel.