La naissance de la jeune République de Mahr était un événement absolument inédit dans l'histoire humaine.

C'était la première fois qu'un territoire soumis aux Fritz affirmait son indépendance.

Bien sûr, avoir quatre titan étant des acteurs majeurs de ce nouveau pays aidait beaucoup.

La liberté sans les Fritz était attrayante en soi mais cette idée folle paraissait maintenant possible.

Les différences avec l'ancien régime étaient évidentes.

La fin de la discrimination basée sur le statut avait été proclamée. L'égalité avait été inscrite dans la loi.

La commission de redressement des torts causés par les Eldiens avaient été fondée.

Elle établit son siège dans le temple d'Ymir dont les statues furent brisées.

Elle avait commencé par confisquer les biens des grands propriétaires et bourgeois eldiens.

Pour compenser l'odieux différence de salaire dont avaient été victimes les Mahrs, il avait été décidé que leur salaire serait augmenté tandis que celui des Eldiens seraient diminué même s'ils continuaient de prétendre qu'il n'y avait pas eu de différence de salaire. Cette mesure était provisoire. Le but était simplement de rappeler aux Eldiens que le temps de leur domination était terminé mais, bien sûr, tout cela était pour un temps. Il était impensable que la République réplique les horreurs de l'empire eldien.

Le nouveau régime était apprécié et considéré comme porteur d'espoir mais il n'y avait aucune opposition. La démonstration des titans d'Hélos avait suffit à faire taire toute éventuelle contestation.

La République n'allait pas au-delà d'une ville mais elle n'en était qu'à ses débuts.

Hélos marqua les esprits en envoyant des émissaires aux gouverneurs des villes les plus proches pour leur annoncer sa volonté de libérer leur population de la tyrannie Fritz. Certains d'entre eux furent exécutés en place publique, d'autres jetés en prison et les plus chanceux furent juste jetés dehors.

La riposte de la République ne se fit pas attendre. Hélos leva une armée de volontaires et partit en guerre. La guerre fut courte. Il suffisait aux titans de se révéler pour obtenir une reddition immédiate et sans condition. Hélos obligeait les gouverneurs et les aristocrates qui avaient malmené les hérauts de la République à s'incliner devant lui avant de les faire jeter en prison en attente de leur procès.

Les premières victoires avaient obtenu à Hélos la soumission de toute la région et d'autres venaient se ranger sous ses ordres spontanément. Suivant le conseil de Teyber, il s'abstint de maltraiter les aristocrates qui acceptaient la nouvelle République. Ils devenaient d'honorables citoyens, fidèles de la République, avec un nouveau prestige. Dans certaines villes, des révoltes éclatèrent et des massacres eurent lieu jusqu'à ce que la République s'empare de ces nouveaux territoires pour y apporter la paix.

La situation parut changer quand Teyber vint officiellement sur le territoire de la République accompagné de sa suite.

Il avait annoncé sa venue et son arrivée avait nourri les craintes pour l'avenir. Même s'il ne faisait pas le poids face aux titans aux ordre d'Hélos, il pouvait toujours appeler le roi.

Hélos se montra rassurant devant le peuple. Il proposa de représenter le gouvernement provisoire pour aller à la rencontre du Marteau.

‒ C'est le premier défi qui est lancé à notre République! Si nous reculons alors la République est déjà perdue! Nous avons cette opportunité unique de mettre fin à la tyrannie des Fritz, nous ne pouvons pas abandonner! Ce serait un crime contre nos aïeux!

Hélos partit avec une troupe nombreuse affichant une sérénité qui impressionnait les Mahrs.

Le Cuirassé et le Mâchoire l'accompagnaient.

Il était fier mais tentait de garder un air humble. Il fallait qu'il soit le héros aux yeux du peuple.

Teyber n'avait que ses serviteurs dont sa garde personnelle avec lui. Ils étaient bien moins nombreux que l'armée de la République.

Les deux troupes se firent face sans mouvement.

Enfin, Hélos descendit de cheval et s'avança seul. Teyber suivit son exemple.

Les deux hommes se rencontrèrent à mi chemin.

‒ Beau travail!

‒ Ce n'est pas terminé!

‒ Les seules difficultés qui subsistent sont les futures captures des titans Féminin et Charrette. Même retrouver l'Assaillant ne sera pas réellement difficile; pénible mais pas compliqué.

Teyber posa sa main sur l'épaule d'Hélos.

‒ Vous êtes déjà vu comme celui qui a apporté l'espoir! Bientôt, vous serez le héros qui a vaincu les titans! Allons maintenant annoncer que le Marteau soutient la République!

Ils marchèrent l'un à coté de l'autre vers la troupe qui accompagnait Hélos.

Quand ils furent proche, ils s'arrêtèrent et Hélos pointa Teyber du doigt.

‒ Voici un signe des temps nouveaux pour l'humanité! Klaus Teyber, l'un des Neuf Titans, a rejeté son allégeance envers le roi Fritz et a décidé de soutenir notre République!

Les soldats poussèrent un cri de joie.

‒ A bas l'empire! Vive la République!

‒ Klaus Teyber n'est pas comme les antiques familles qui servent le roi depuis des siècles. Sa famille n'a eu son titan que parce qu'elle l'a arraché aux Schmitt et ils ont tenté de le reprendre. Mieux que personne, il a pu voir les horreurs de l'empire! C'est comme un ami que nous devons l'accueillir parmi nous!

La légende de Klaus Teyber, le titan primordial ayant trahi le roi Fritz était née.

Il fut accueilli triomphalement dans la République. Il avait apporté des tonneaux plein d'alcool qui avaient fait leur effet.

La légende d'Hélos s'enrichit encore de nouveaux chapitres. Il fut révélé qu'il avait lutté seul avec sa bande et injustement accusé d'être un bandit mais que Teyber avait reconnu son potentiel et l'avait aidé à s'échapper avant de travailler à deux à la ruine de l'empire eldien.

Mais il était trop tôt pour des réjouissances.

Plusieurs expéditions furent envoyées à la recherche de Franz Grebsen. Aux dernières nouvelles, il explorait les terres inhospitalières à la périphérie de l'empire eldien. Il y avait une chance pour qu'il ne soit pas au courant des récents événements. Teyber avait déjà fait envoyer des gens mais ils étaient revenus bredouilles.

Teyber fit également envoyer des ambassadeurs aux royaumes aux frontières de l'empire pour leur annoncer la fin en cours de l'empire eldien. Si le Charrette se trouvait là-bas, les ambassadeurs avaient pour mission de convaincre les autorités locales de les aider à le faire revenir d'où il était venu. Grebsen était un homme pacifique. S'il venait à apprendre les événements qui détruisaient son pays, il pouvait être tenté de chercher refuge à l'étranger et là, il finirait bien par rencontrer un sujet d'Ymir à qui il pourrait envisager de transmettre son titan. Il y avait également un risque qu'il tente de rejoindre l'île de Paradis à la nage mais comme il n'en connaissait que la direction approximative, ce n'était pas ce qui inquiétait le plus Teyber.

Pour l'instant, il bénéficiait de l'aura de primordial rallié à la République mais ça ne durerait pas éternellement et il y avait un risque pour que son titan soit suffisamment convoité pour qu'Hélos tente de s'en emparer. Il fallait qu'Hélos ait encore besoin un temps et pour la suite il avait son idée.

La rébellion ouverte d'un territoire de l'empire provoquait beaucoup de remous dans le reste du pays. Des appels à l'aide furent envoyés vers l'île de Paradis mais restaient sans réponse.

Kathrin Blanke n'avait aucune idée de ce qu'il fallait faire. Les nouvelles qui lui parvenaient étaient déroutantes. Elle ne comprenait pas comment plusieurs titans avaient pu changer de détenteurs aussi soudainement. Elle envoya des messagers vers les familles des autres titans pour en savoir plus mais les rares réponses qui lui parvinrent ne lui en dirent pas plus que ce qu'elle savait déjà. Le Centre d'étude des titans ne lui rapporta pas de vol de stocks de liquides cérébro-spinal. Bien sûr, le Centre avait des laboratoires à plusieurs endroits de l'empire donc il était difficile de savoir s'il n'y avait pas eu une faille dans la sécurité quelque part et certains étaient isolés au cas où un titan échapperait pendant qu'il était étudié.

La plupart des autres titans primordiaux avaient disparu depuis un moment. Pour certains, c'était habituel. Le Charrette était toujours dans les endroits les plus improbables. L'Assaillant disparaissait parfois pour ses propres affaires. Mais les autres restaient dans leurs domaines.

Tout était chamboulé depuis la lubie de l'Originel de fonder une nouvelle capitale. Il n'avait plus donné aucun signe de vie comme si les affaires de l'empire étaient misérablement indignes de son attention. Était-il seulement encore en vie? Ce serait un grand malheur que l'Originel soit égaré.

Mais les Eldiens continuaient de partir vers cette nouvelle terre. Les rumeurs de plus en plus inquiétantes n'avaient fait que les encourager à tout quitter.

Enfin, un message lui parvint de Klaus Teyber.

«Salutation, titan Féminin! De graves troubles se répandent dans l'empire et je ne peux rester indifférent. Depuis le départ de l'Originel, l'empire s'est fragilisé. Naturellement, aucune des autres nations n'oserait constituer une menace mais c'est à l'intérieur de nos frontières qu'est né un phénomène inattendu. C'est une véritable calamité qui s'abat sur l'empire. J'ai vu des réfugiés fuir par milliers et leur récit propage la terreur. Un véritable chaos s'étend. D'après ce que prétendent les réfugiés, les titans se battaient entre eux. Le Cuirassé auraient été vaincu par le Mâchoire. Un nouveau Bestial rode dans les provinces du nord de l'empire. Le Colossal est apparu devant de nombreuses villes. Dans le même temps, des villes se sont rebellés contre le roi et ne craignent plus les titans. Certains disent que les titans obéissent aux rebelles. Cette idée paraît tellement démente que je n'y accorde aucun crédit mais elle contribue à semer la peur. Je ne peux que supposer que des titans font partie de cette rébellion. Vous vous souvenez sans doute que le titan Mâchoire a été déclaré perdu il y a quelques mois. Je crains qu'il ne soit tombé entre de mauvaises mains. Normalement, un enfant aurait du en hériter. Je ne sais ce qu'il s'est passé. Peut-être que sa famille a vu une opportunité de devenir des seigneurs puisque le roi n'est plus là. Un roitelet pourrait très bien forcer les foules à combattre pour lui. Si c'était le seul problème, ce serait encore facile à résoudre mais il est arrivé quelque chose à d'autres titans. J'ignore ce qu'il est advenu d'eux. Je n'ai de nouvelles d'aucun d'entre eux depuis trop longtemps. Je n'entends que des rumeurs annonçant leur présence aux quatre coins de l'empire. Étant donnée l'ampleur de la rébellion, j'en viens à me demander si plusieurs titans ont uni leur force ou que d'autres titans ont été inspirés par la rébellion et ont commencé la leur. Il est aussi possible que ce soit un mensonge répandu par les rebelles pour semer la terreur et la confusion. Je suis dans la plus grande incertitude. Je ne sais même pas si ce message atteindra sa destinataire mais je ne perds pas espoir. Je ne me laisserai pas abattre par la peur et les rumeurs. Quoiqu'il arrive, ces troubles ne sont que passagers et l'empire vivra. J'ai lancé des appels au roi sans obtenir de réponse. La seule solution que je vois est de lancer un appel à tous les titans fidèles. Il est temps de joindre nos forces pour ramener la paix. Si je suis le dernier titan fidèle au roi alors je tâcherai de préserver une province de la soif de pouvoir des autres. Au moins, les Eldiens pourraient vivre paisiblement en attendant le retour de l'Originel au sein de l'empire.»

Soulagée de ne pas être la seule face à la situation chaotique, Blanke écrivit aussitôt une réponse à Teyber.

Dans sa lettre suivante, Teyber ne cacha pas son soulagement et son dépit de savoir que Blanke ne savait ce qui était arrivé aux autres titans. Il lui fit remarquer que les rebelles avaient agrandi le territoire sous leur contrôle et lui fit part de son hypothèse selon laquelle ils tenteraient de renouveler leur exploit en s'en prenant au cœur de l'empire.

Il y avait un grand fleuve qui permettait le transport de marchandises mais qui pouvait servir à transporter des troupes. Il lui proposait de le rejoindre pour évaluer la situation sur place. Si des titans s'étaient rebellés contre le roi alors il n'y avait rien à faire d'autre qu'attendre que le roi rétablisse son pouvoir. S'il ne s'agissait que d'une rumeur alors les rebelles s'enfuiraient en voyant des titans leur rappeler à qui ils devaient obéissance.

Blanke pensa que c'était une bonne idée et prit la route après avoir envoyé sa famille sur Paradis. Au moins là, ils seraient à l'abri. Les gens devenaient fous à cause des rumeurs. D'après ce qu'elle avait entendu, des laboratoires du Centre d'étude des titans avaient été incendiés et de riches eldiens assassinés. L'étendard fritz avait été déchiré. Qui savait ce qui pouvait arriver en son absence?

Après plusieurs semaines de voyage, elle arriva devant le fleuve dont elle remonta le cours. Teyber avait proposé qu'ils se rejoignent dans l'une des grandes villes qui s'était développée sur les bords du fleuve. C'était la capitale d'un ancien royaume depuis longtemps oublié. La ville avait été intégralement détruite à l'époque mais une nouvelle avait été construite des siècles plus tard sur le même emplacement.

Elle fut accueilli par le gouverneur de la ville qui prit bien soin d'assurer son confort. Il lui remit une lettre de Teyber.

‒ Il m'a demandé de vous remettre ceci. J'ignore de quoi il s'agit mais cela semblait important.

‒ Merci! Vous permettez? fit-elle avant de lire sans attendre la réponse.

C'était un courte missive qui informait simplement Blanke du lieu exacte où l'attendait Teyber.

‒ Il y a une statue du roi Alaric ici. Pouvez-vous me dire où elle se trouve?

‒ Certainement, dame Blanke! Il se fait tard donc je peux vous y conduire demain si vous n'êtes pas pressée.

‒ Non, demain sera bien.

‒ Parfait! Je vous montrerai moi-même le chemin. Vous aurez la joie de découvrir notre ville. Vous pourrez voir qu'elle ne manque pas de charme. Mais vous devez être fatiguée par votre voyage. Je vais vous montrer votre chambre. Aurons-nous la joie de votre compagnie pour le dîner ou préférez-vous qu'il vous soit apporté?

Ce fut une charmante soirée pour Blanke qui lui permit d'avoir l'esprit serein pour la rencontre qu'elle devait avoir le lendemain. Elle put prendre un bain chaud bienvenu après la route parcourue et manger les mets les plus délicats de cette région. Ses hôtes la divertirent et l'écoutèrent avec attention. Elle ne comprenait pas pourquoi Teyber n'avait pas profité de l'hospitalité du gouverneur mais réserva ses questions jusqu'au moment de le rencontrer.

À son réveil, le gouverneur laissa tout son travail pour l'accompagner. Il faisait preuve d'une telle prévenance que Blanke se disait que si les circonstances étaient favorables, elle devrait envisager de s'établir ici.

‒ Voici notre roi conquérant! annonça le gouverneur.

Il semblait en être fier mais la statue était assez banale aux yeux de Blanke. Par politesse, elle la complimenta tout de même.

Teyber n'était nul part en vue alors Blanke resta bien en évidence jusqu'à ce qu'un enfant court vers elle.

‒ M'dame? Un monsieur m'a donné une pièce pour vous donner ceci.

Blanke donna une autre pièce et prit la feuille de papier. «Venez sur le pont»

Dans la direction d'où venait l'enfant, elle remarqua un pont et se dirigea vers lui toujours suivie par le gouverneur.

Il y avait beaucoup de gens traversant mais elle vit la silhouette immobile de Teyber.

‒ Le voilà!

Elle l'avait presque atteint quand le gouverneur fit un signe. Un homme lui tendit un fusil et il tira à bout portant sur son invitée.

Elle s'effondra et il lui donna des coups de crosse.

‒ Tout doux comte! s'exclama Teyber. Je sais qu'on a pas tous les jours l'occasion de vaincre un titan mais vous allez la tuer.

‒ Navré! J'ai été emporté par mon enthousiasme!

Teyber s'accroupit et constata que Blanke était bien blessée mais vivante.

Des gardes avaient évacué la foule.

‒ Vous avez montré votre loyauté envers la République, déclara Teyber. Nul doute que votre geste de bravoure sera honoré.

Dans le regard de Blanke, il vit l'incompréhension et la peur.

‒ Je dois avouer avoir menti! Mais à quoi bon vous expliquer? Il ne vous reste plus qu'à laisser votre titan.

La mâchoire de Blanke avait été déformée par les coups. Elle ne put rien répondre. Elle eut une dernière pensée pour sa famille. Même si le titan était perdu, ils vivraient en paix.

Pendant qu'elle se régénérait, elle fut conduite au milieu du pont.

‒ Quelle idée de faire ça en pleine ville, maugréa Teyber. Tout ça pour se donner en spectacle!

Tout le monde s'écarta sauf une femme qui reçut une injection. L'homme qui la lui avait fait sauta par dessus le pont. Il était accroché avec un câble au pont et resta pendu attendant que l'on vienne à son secours quand tout serait terminé.

Le nouveau titan ne faisait que cinq mètres de hauteur. Il aperçut rapidement Blanke et ne lui laissa aucune chance.

Le nouveau titan Féminin s'effondra et s'évapora laissant sa détentrice évanouie sur le sol.

Le gouverneur rassembla une foule et brûla l'étendard de l'empire eldien.

‒ Aujourd'hui est un grand jour! Nous avons renversé une partie du tyrannique empire eldien! Le titan Féminin est vaincu! Vive la République Mahr!

Il fit un long discours pour rappeler les souffrances vécues sous la tyrannie Fritz. Il raconta le mépris affiché par Blanke alors qu'il l'avait reçue courtoisement et les menaces qu'elle avait proféré mais fit un récit élogieux pour lui-même de la façon dont il l'avait vaincue.

Ce jour-là, le territoire contrôlé par la République s'agrandit et une victoire remarquable fut marquée par la capture d'un nouveau titan.

La nouvelle se répandit et les rumeurs amplifièrent la victoire de la République.

Le mouvement de panique des Eldiens s'intensifia et ils furent nombreux à tout quitter pour Paradis.

Ce fut à ce moment que le Charrette fit de nouveau parler de lui.

Il avait parcourut le grand désert de Koutap de long en large et avait recensé les espèces rencontrées.

Les hommes qui l'accompagnaient furent remplacés quand arrivèrent ceux envoyés par la République.

L'incroyable endurance du Charrette ne couvrait pas tous ses besoins. Il avait besoin de se ravitailler régulièrement.

Malgré le manque de puissance de ce titan, Hélos le voulait comme les autres. Cette fois, il voulait vaincre seul. C'était vexant de toujours attendre les directives du Marteau. Il avait une partie des seringues donc pouvait le faire.

Franz Grebsen était absolument pacifique. Il n'utilisait son titan que pour explorer mais il y mettait tellement de cœur qu'il négligeait tout le reste.

Soigneusement maintenu dans l'ignorance, il reprit le chemin du monde civilisé.

Comme à son habitude, il traînait derrière lui un véritable chariot et finit par arriver dans une ville sur les indications qui lui avaient été données. Il ne se préoccupait pas des formalités. Il avait un majordome pour ça, même s'il était nouveau. Il en changeait régulièrement. C'était épuisant d'être à son service après tout.

‒ Mon seigneur! Une de vos demeures se trouve dans cette ville. Laissez-moi vous indiquer le chemin.

Grebsen sous sa forme de titan avança sans se presser. Il finit par arriver dans une grande place étonnamment vide.

Au moment de reprendre sa forme humaine, il se fit tirer dessus mais ne fut que légèrement blessé.

Sans comprendre ce qui arrivait, il décida de reprendre sa forme de titan mais il avait à peine commencé sa transformation que les portes de l'hôtel particulier devant lequel il était s'ouvrirent pour révéler un canon qui tira un boulet. Le Charrette ne put y échapper et fut blessé mais il pouvait encore se déplacer.

Grebsen ne comprenait pas ce qu'il se passait mais il prit la fuite.

Mais d'autres canons avaient été sortis de leurs cachettes et Grebsen était paralysé par le choc.

Grièvement blessé par les boulets, il finit par envisager de discuter avec ses mystérieux adversaires dans l'espoir de trouver un arrangement. Il sortit de son titan pour être décapité par un boulet.

‒ NON!

Hélos courut vers le corps de Grebsen mais ne put que constater qu'il était trop tard.

De rage, Hélos ne put que frapper dans le cadavre.

‒ Victoire! Hélos a vaincu le Charrette!

Devant la foule qui l'ovationnait, Hélos dut faire bonne figure.

‒ Vive la République!

Teyber était occupé à préparer le futur gouvernement et à envoyer des émissaires aux autres nations mais il finit par apprendre ce qui était arrivé au Charrette.

Poussant intérieurement un juron, il écrivit une lettre à Hélos pour lui recommander de ne plus prendre d'initiatives de ce genre. Il préféra ne pas le voir en personne, persuadé qu'il serait incapable de garder son calme.

Il envoya une autre lettre aux nouveaux primordiaux pour leur faire savoir que la survie de leurs familles dépendait d'eux.

Enfin, la victoire de la République sur l'odieux empire eldien fut célébré en grande pompe.

Une partie du territoire de l'empire avait été conquis par les pays voisins qui avaient profité de la confusion. Plusieurs province s'étaient également rebellées mais sans se rallier aux Mahrs.

Des ambassadeurs des pays voisins avaient été conviés à l'événement.

Tout parut compromis quand une explosion retentit. Mais le premier mouvement de panique se calma quand il s'avéra que c'était le Centre d'étude des titans qui avaient été ciblé.

Les saboteurs ne se cachèrent pas.

Ils brandirent un drapeau mahr.

‒ Mort à Eldia! s'écrièrent-ils.

Sans vraiment comprendre, la foule reprit le cri.

Ils se laissèrent docilement arrêter par la police.

Ils présentèrent leurs papiers attestant qu'ils étaient des Mahrs.

‒ Depuis longtemps, nous subissons la tyrannie Fritz. Quand nous avons apprit la révolte, nous avons décidé de participer.

Ils n'étaient pas les premiers à faire du zèle anti eldien mais c'était la première fois que ce genre d'action était commise.

‒ C'est grâce à l'un d'entre nous! Philippe Durand! Depuis longtemps, il rêve d'être libéré des Fritz. Il avait préparé des armes pour une éventuelle révolte. C'est lui qui nous a conseillé de détruire ce centre. Comme ça, ils ne pourront plus continuer leurs monstruosités.

Hélos usa de son influence pour les faire libérer. Ils furent porter en triomphe par la foule.

Mais quand on leur demanda qui était ce Philippe Durand et pourquoi il n'était pas là, ils répondirent qu'il était gravement malade mais était de tout cœur avec eux.

Hélos et les Eldiens de sa bande qui étaient devenus des titans paradèrent. Teyber serra la main d'Hélos comme s'ils étaient égaux devant une foule enthousiaste.

‒ Je voulais les autres titans mais c'est tout de même une victoire!

‒ En effet, il ne me reste plus qu'à me faire couronner roi! Avec mes titans, je dominerai le monde!

Teyber fit un grand sourire.

‒ Oh j'ai peur que non! Vous devrez rester un héros dans la mémoire du monde!

‒ C'est déjà le cas!

‒ Il manque juste un léger détail et tout sera parfait!

Hélos fronça les sourcils. Il ne comprenait pas ce que racontait Teyber.

À ce moment, un homme qui acclamait sentit une étrange chaleur se diffuser dans son corps.

Avant d'avoir eu le temps de réagir, il sentit sa conscience s'évaporer pendant que dans un éclair, il se transformait en titan.

Il se jeta sur Hélos et le dévora.

La foule paniqua et essaya de s'enfuir. De nombreuses personnes furent écrasées.

Mais le titan n'essaya pas de les poursuivre. Il se tourna vers les invités d'honneurs, ceux qui avaient le plus contribué à la victoire et les ambassadeurs qui étaient tétanisés dans leur tribune.

‒ Impressionnant! déclara le titan. Mon empire est tombé mais ne criez pas victoire trop vite! Par delà la mer, je suis toujours là. J'ai bâti ma nouvelle cité et mon Paradis compte encore des titans en grand nombre qui forment les Murs de mon nouveau Royaume. Je pourrais tous vous tuer pour rétablir ma puissance mais cela m'ennuie. Pour l'instant, je vais rester sur mon île. Mais ne croyez pas que vous me surpassez ni que vous pouvez me menacer! Si vous tentez de venir jusqu'à moi pour me vaincre alors je libérerai tous les titans qui sommeillent ici. Alors, ils déferleront sur le monde jusqu'à en avoir détruit la dernière trace de vie!

Un pilier s'éleva du sol et embrocha le titan.

Teyber se transforma et acheva le titan.

‒ Hélos est mort mais son combat ne sera pas vain! Ensemble, nous rebâtirons un monde en paix! Je fais le serment pour moi-même et mes successeurs de protéger le monde de la dévastation promise par l'odieux roi Fritz.

Alors, arriva un événement inouï.

Le titan Marteau d'arme se mit à genou devant la tribune.

‒ Trop longtemps la peur a régner! Je me mets entièrement à votre service.

Les autres titans suivirent son exemple.

Malgré la menace, le monde refusait de vivre dans la peur des titans.

La commission de redressement des torts causés par les Eldiens devint l'office de sauvegarde de l'humanité et de nouveaux pouvoirs lui furent accordés. Ils avaient mission d'étudier les titans pour mettre fin à la menace qu'ils représentaient.

Des élections furent organisées dont furent exclus les Eldiens. Ils n'étaient pas formellement interdits de voter mais des proclamations furent faites pour les appeler à l'abstention volontaire en souvenirs des siècles pendant lesquelles seules leurs voix comptaient.

Teyber refusa tous les honneurs qui lui furent accordés. Il ne prit que le titre d'Ami de l'humanité.

Les listes d'Eldiens furent étudiées de près. L'office de sauvegarde de l'humanité envoya des agents à la rencontre de chaque Eldien pour vérifier s'ils avaient récupérer les titans Charrette et Assaillant. Ils infligèrent une blessure à chacun et vérifièrent le temps de cicatrisation. Un Eldien refusant d'être testé fut tué et sa famille également.

Enfin, un bébé dont un doigt avait été coupé guéri totalement. Il fut mit sous surveillance en attendant de grandir.

Dans un domaine reculé, un homme était en grande colère.

‒ Pourquoi avoir laissé faire tout ça?

Alexander Richter esquissa un faible sourire.

‒ Je regrette votre majesté. Je ne pouvait rien empêcher. Les seules choses que j'ai pu faire c'était vous sauver et les empêcher d'avoir mon titan. Mon successeur est déjà choisi. Il s'assurera que vous puissiez vivre et avoir une descendance.

‒ Il est encore possible de rejoindre Paradis. De là, nous pourrons renverser la situation.

‒ Je crains que non. Vous avez lu les journaux. L'Originel ne reprendra pas son empire.

Friedrich Fritz ne pouvait y croire.

‒ Pourquoi ferait-il une chose pareille?

‒ Tout n'est pas perdu. L'avenir est devant nous et je suis certain qu'Eldia ne sera pas perdue.

Le regard de Richter était posé sur un homme aux cheveux long qui l'observait en retour.