Bonjour à toutes et à tous, j'espère que vous allez bien ! On se retrouve aujourd'hui pour le quinzième chapitre de SAMLD =)

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tyffaine bally : Oh, tu as eu le nez creux pour l'arrivée de Justin au Chaudron Baveur ! C'est vrai qu'on voit assez peu Severus et Tonks ensemble, mais ils se rattrapent grâce à ce séjour de Tonks chez Severus *-* On va revoir assez vite Hermione et Terry, dans trois ou quatre chapitres si tout se passe comme prévu dans l'écriture XD Voilà enfin la suite, en espérant qu'elle soit à la hauteur de l'attente !

Sarah MAES : Oui, il va falloir enquêter sur cette histoire de potions contraceptives inefficaces ! On aimerait tous être entourés comme le sont Justin et Théo… Merci et bonne fin de vacances à toi aussi !

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Merci à vous deux pour vos reviews et votre fidélité ! Je vous laisse avec le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture !

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Warning : présence d'une scène sexuellement explicite dans ce chapitre.

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15 – Dispute, réconciliation et dîner familial

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(dimanche 21/07) POV Théo

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Quelques heures plus tôt

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- C'était bien bon ! Je me suis régalé. J'avais si faim…

- C'est normal, tu n'as rien mangé, hier !

- Oui, et ce matin, je me suis levé trop tard pour le petit-déjeuner…

Justin allait bien mieux que trente-six heures auparavant. La veille, tout ce qu'il avait ingéré étaient les potions que lui avait prescrites le professeur Snape. Il n'avait rien pu avaler de plus, son appétit ayant été aux abonnés absents. Et ce n'était pourtant pas faute d'avoir fait de l'effort physique ! En début d'après-midi, Théo et lui avaient emménagé dans leur nouvelle chambre, et pendant que Théo était de service, Justin s'était promené sur le Chemin de Traverse.

Ce jour-là, Théo était de repos, mais il avait une séance de duel à quinze heures avec le professeur Black au Square. Il aimait bien ces séances, cela calmait et canalisait sa magie, mais avec Justin qui était là, il était un peu embêté…

- Dis, que vas-tu faire quand je serai au Square Grimmaurd ?

- Je déambulerai sur le Chemin de Traverse, comme hier. Mais là, j'irai de commerce en commerce pour demander si, dès le cinq août, ils recruteraient. Car ce n'est pas une fois mon stage fini que je vais commencer à chercher un job… Ah, et j'irai prélever de l'argent dans mon coffre pour régler le loyer de ce mois, comme ça, ce sera fait. Toi, tu n'as rien à verser ? Le loyer est retiré du salaire que tu aurais si tu ne logeais pas ici ?

- Oui, mais je paierai la moitié de ta part.

Justin fronça les sourcils.

- Pourquoi ça ?

- Ben… pour participer.

- Mais tu ne vas pas payer la moité de mon loyer en plus du tien qui est pris sur ton salaire !

- Mais j'ai un job, alors que toi non !

- Ton job est censé t'apporter de quoi vivre après Poudlard et financer ta future formation ! Et en ce qui me concerne, j'ai plus qu'assez à Gringotts pour couvrir les frais de la mienne, et ce ne sont pas quelques dizaines de gallions qui vont me ruiner, loin de là !

- Ce qui est enlevé de mon salaire ne correspond pas au loyer entier, je bénéficie d'un rabais en tant qu'employé, je peux au moins payer la différence sur ton loyer à toi !

- Ce rabais, tu l'as parce que tu travailles, tu l'as mérité, tu ne l'as pas volé, il t'est dû, car tu aides à faire tourner l'auberge ! Tu n'as pas à débourser d'une manière ou d'une autre ces quelques gallions qui te sont offerts ! Et je ne veux dépendre de personne. Tu as déjà fait énormément pour moi quand j'ai débarqué ici, avant-hier soir, en réquisitionnant le professeur Snape parce que j'avais fait l'idiot en mélangeant alcool et philtres de paix…

- Mais ça n'a rien à voir ! Ça c'est normal, je n'allais pas rester là sans rien faire au vu de l'état dans lequel tu étais ! C'était ta santé qui était en jeu, là c'est tout autre chose…

- Oui, j'étais mal en point, j'avais besoin qu'on m'aide, et il n'y avait que toi auprès de moi pour le faire. Mais pour ce qui est de ma situation financière, je suis plus qu'à l'aise et je suis parfaitement capable de la gérer seul ! J'ai vécu presque dix-sept ans dans une famille où l'argent était maître de tout, où on parlait argent, où on mangeait argent, où on respirait argent, où on me payait tout, où on m'obligeait à commander ce qu'il y avait de plus cher au restaurant, pour bien montrer à quel point on était riches, et maintenant que je suis loin de tout ça, j'aspire à une vie plus modérée, je veux me prendre en charge à cent pour cent et je refuse que l'argent soit une source de conflit entre nous ! Et pour que tu sois bien rassuré sur mon aptitude à payer mon loyer, je vais de ce pas fureter dans tous les commerces pour dénicher un job, même si, sans ça, j'ai tout ce qu'il faut dans mon coffre !

Justin s'en alla sur ces mots en claquant la porte. Théo se laissa lourdement tomber sur sa chaise. Il était abattu : c'était sa toute première dispute avec Justin depuis qu'ils étaient en couple… Et c'était de sa faute. Il n'aurait pas dû insister pour le loyer. Il n'avait pas songé que Justin pût être en quête de totale indépendance après toutes ces années durant lesquelles il avait baigné dans un luxe qui le répugnait tant… Théo avait juste désiré être solidaire… Mais cela n'avait pas été du goût de Justin. Et c'était logique. Théo se serait excusé si Justin n'était pas parti comme ça… Il avait tout gâché. Il était nul. Furieux contre lui-même, il éprouva la nécessité de se changer les idées. Et rien de mieux pour cela que la plonge ! Il avait une heure et demie devant lui avant d'aller au Square, et il n'avait rien d'autre à faire. Et deux mains supplémentaires ne feraient pas de mal à ses collègues ! Surtout à l'heure du rush… Il quitta donc sa chambre et descendit au rez-de-chaussée. Il se rendit à la cuisine où s'activaient les chefs et ceux et celles qui faisaient la vaisselle. Il aimait bien cette tâche. Elle ne consistait pas qu'à enchanter une éponge pour qu'elle fasse tout le boulot… Ça, c'était pour tout ce qui n'était pas très sale. Car le sort n'était pas assez puissant pour ce qui était moins propre ou plus incrusté. Pour cela, c'était aux plongeurs de s'y coller. Et c'était également à eux d'estimer si telle assiette, telle soucoupe ou tel verre devait être nettoyé par une éponge ensorcelée ou par un humain.

- Coucou ! lança Théo. Vous avez une petite place pour moi ?

- Oh, Théo ! Tu n'es pas off, aujourd'hui ?

- Si, mais je m'ennuie, et comme c'est le rush…

- C'est clair qu'on ne dira pas non à un petit coup de main ! Mais il faudra que tu informes Richard ou Katie que tu auras fait des heures supp'.

- Oh…

- Eh oui, c'est comme ça que ça marche ! Sinon, c'est de l'exploitation. Et les patrons sont hyper à cheval là-dessus, avertit Evan, un jeune homme de vingt-trois ans, aux cheveux châtain et aux yeux marron. Allez, viens !

Théo ne se le fit pas répéter et rejoignit ses collègues. Il s'empara de la poêle la plus sale et se mit à la frotter vigoureusement. Concentré, il ne vit pas les couverts qui furent posés à côté de lui, et dans un geste trop énergique, son coude les heurta et les envoya par terre, engendrant un vacarme qui en fit sursauter plus d'un.

- Oups, pardon, s'excusa Théo.

Il ramassa les couverts qu'il lava en priorité pour ne plus en être gêné. Mais il fit preuve de la même force qu'avec la poêle, si bien qu'une fourchette lui échappa.

- Ouh là, tu es bien maladroit, commenta Karen. Ça ne te ressemble pas.

- Y a des jours comme ça…

Et s'il n'y avait que dans mes gestes que j'étais maladroit, ajouta-t-il plus bas. Car il l'avait été tout autant avec Justin dans ses paroles… Tout en s'acharnant sur poêles, verres, couverts et assiettes, il grommela d'autres choses en se flagellant, telles que «Y a rien qui va… erreur de l'humanité… bon à rien…», et bien que ce ne fut destiné qu'à lui-même, cela fut intercepté par l'ouïe fine de Karen :

- Qu'est-ce que tu as à marmonner dans ta barbe ?

- Rien…

- Oh, ne la fais pas à moi ! Ça ne va pas, ne le nie pas…

- Ça ne vaut pas la peine de s'étaler dessus.

- Ça te ferait pourtant du bien de vider ton sac.

Théo soupira.

- Je me suis pris la tête avec Justin.

Karen et environ la moitié de ses collègues étaient au courant que Justin était avec lui. Au Chaudron Baveur, rien ne demeurait secret bien longtemps…

- Oh… Ce n'est jamais très agréable, mais c'est commun à tous les couples…

- C'est la première fois que ça nous arrive.

Karen allait renchérir, mais elle en fut empêchée par Katie, la gérante, qui pénétra dans la cuisine :

- Jasmine, Kevin, allez-y, Jake et Alison vont…

Elle s'interrompit brusquement en apercevant Théo :

- Mais qu'est-ce que tu fais là ?! Tu n'es pas de repos ?

- Si mais… il fallait que je m'occupe…

- Tu n'as pas une séance de duel à quinze heures ?

- Si, mais ce n'est que dans une heure et demie…

- Ouuuuh, toi, tu es contrarié…

- Il a une peine de coeur, révéla Tiffany, dont les oreilles avaient traîné.

- Merci pour la discrétion, ironisa Karen.

- Oh c'est bon, on est une famille, ici… Et s'il y a quelqu'un qui est expert dans l'art de résoudre les problèmes de couple, c'est bien Katie…

- Tout à fait, et c'est exactement ce que je vais faire ! Théo, suis-moi.

Théo obéit et s'éclipsa avec Katie qui le conduisit à une pièce de stockage.

- On a reçu des cartons de fruits et de légumes, mais ils sont en vrac. Il faut donc les défaire, ranger les fruits et légumes dans leurs cagettes respectives, et les mettre sous sort de fraîcheur et sous sort conservateur. Pour ouvrir les cartons, un simple Diffindo fait l'affaire. Je sais que dans ton contrat, tu es cantonné à la plonge, à la salle et au ménage, mais vu que tu es en quête d'une distraction…

- Oui, et c'est intéressant de tester d'autres aspects du métier de la restauration…

Théo s'attela à sa mission en lacérant un premier carton.

- Bon, qu'y a-t-il avec Justin ? interrogea Katie au bout de quelques minutes.

Le mot «rien» brûla les lèvres de Théo, mais il savait que cela ne convaincrait pas Katie, et qu'elle ne le lâcherait pas aussi facilement. Il se résigna donc à tout lui raconter.

- J'ai été si bête… Je n'ai aucune raison de le dépanner, il a des dizaines de milliers de gallions dans son coffre, et après avoir grandi avec un père qui ne jurait que par l'argent et qui lui offrait une vie luxueuse au lieu de l'aimer, il ne veut plus être tributaire de qui que ce soit…

- C'est normal, mais tu es trop dur avec toi-même. Est-ce qu'il t'avait déjà confié tout ça ?

- Pas dans les détails, non…

- Dans ce cas, tu n'aurais pas pu deviner. Ta proposition partait d'une bonne intention, et ton chéri le reconnaîtra quand il sera calmé. Et toi, tu as compris pourquoi il voulait assumer à lui tout seul son loyer, et j'imagine que tu as renoncé à lui faire accepter ton aide ?

- Oui, évidemment…

- Eh bien dis-le-lui ce soir, dis-lui que tu es désolé, et je suis sûre qu'il ne t'en tiendra pas rigueur et qu'il s'excusera de s'être énervé comme ça. Il est à cran, vous avez abordé un sujet sensible, et c'est pour ça que ça a explosé si vite entre vous. S'il ne s'était pas fait renier avant-hier, avec tout ce que ça implique, il n'aurait pas réagi au quart de tour. Mais ce soir, vous serez tous deux plus détendus, lui parce qu'il se sera aéré l'esprit en allant postuler dans tous les commerces, et toi parce que tu te seras défoulé durant ta séance de duel. Vous aurez ainsi une conversation bien plus apaisée que tout à l'heure, vous allez vous rabibocher, et tout ira bien dans le meilleur des mondes.

Théo sourit.

- Merci. Je suivrai vos conseils. Tiffany n'avait pas tort : vous êtes une bonne médiatrice en matière de couples…

- J'ai eu de la pratique ! Je suis un peu la psy de tous les membres de l'équipe… Et ils sont – ou ont tous été – en couple !

- Ah oui, ça en fait, du vécu dans ce domaine… Au moins, si vous vous lassez de l'hôtellerie et de la restauration, vous saurez dans quoi vous reconvertir !

- Pour l'heure, ce n'est pas à l'ordre du jour ! Je me plais très bien en tant que gérante… Mais je ne me ferme pas à d'autres potentielles carrières ! Mais ce qui est certain, c'est que toi, tu en auras plus que moi si tu fais toutes les formations qui te font envie…

- Pour l'instant, je me concentre sur la botanique et les potions. Mais c'est vrai que j'aurais de quoi faire ! Entre traducteur de runes, chercheur en astronomie, vétérimage ou soigneur animalier…

- Tu peux faire un de ces métiers et être traducteur lors de tes heures libres…

- Oui, c'est ce qu'on m'a suggéré, et j'y réfléchis. Je verrai bien comment tout cela va se goupiller ! J'ai le temps devant moi, relativisa Théo en cisaillant un deuxième carton d'un Diffindo muet.

- Oh oui… Ce n'est pas le temps, mais toute la vie que tu as devant toi…

Tout en discutant, Katie et Théo continuèrent à remplir les cagettes de tomates, carottes, pommes de terre, navets, pommes, poires, oranges, citrouilles… Heureusement que le job de Théo l'autorisait à faire usage de sa baguette, car avec le sort de coupure, le sort de fraîcheur, le sort de conservation, et le sort de lévitation pour empiler les cagettes, il en faisait, de la magie !

Peu avant quinze heures, il prit congé de Katie, alla récupérer son sac où il y avait tout ce qui était susceptible de lui être utile, et il se rendit au 12, Square Grimmaurd via la cheminée de sa chambre.

- Bonjour, Théo ! l'accueillit le professeur Black. Comment vas-tu ?

- Bien, et vous ?

- Ça va, même si Remus et moi avons eu une semaine… agitée. Bon, j'espère que tu es prêt, car le duel va être rude ! Je suis bien plus en forme que je ne l'étais début juillet, et comme cela fait neuf jours que tu as eu ta dernière séance, il va falloir solliciter ta magie au max pour bien l'épuiser ! Tu n'as pas eu de soucis avec elle ?

- J'ai eu de fortes émotions avant-hier mais ça n'a pas eu de répercussions sur ma magie. Et je suis plus que prêt pour cette séance !

- Allons-y, alors !

Le professeur Black dégaina sa baguette, et Théo fit de même. Ils se saluèrent, et le parrain de Harry engagea le duel :

- Expelliarmus !

Théo se défendit avec un Protego informulé et contre-attaqua :

- Petrificus Totalus !

Le professeur Black bloqua le sort et visa Théo avec un maléfice de Jambencoton :

- Locomotor Wibbly !

Théo esquiva et rétorqua :

- Tarentallegra !

Le sort n'atteignit pas son adversaire qui riposta dès la deuxième syllabe :

- Impedi…

- Stupefix !

Le professeur Black para le sort et tenta de coincer Théo avec un maléfice de bloque-jambes, mais Théo fit un bond vers la droite et répliqua avec un second sortilège de danse endiablée qui n'eut pas plus de succès.

- Expelliarmus !

Théo déjoua l'offensive d'un geste du bras et assaillit son professeur avec un maléfice du saucisson qui fut stoppé par son rival.

- Titillando !

- Stupefix !

Les deux sorts s'entrechoquèrent.

- Petrifi

- Expelliarmus !

La réactivité de Théo faillit déstabiliser son professeur qui ne se laissa pas désarmer pour autant.

- Incarcerem !

- Confundus !

Aucun des deux sorts ne toucha sa cible.

- Locomo

- Petrificus Totalus !

Le professeur Black évita de justesse le maléfice de Théo et se vengea avec un maléfice du croche-pied dont Théo se protégea en fuyant la trajectoire du sort. Les incantations s'enchaînèrent sans que ni l'un ni l'autre ne fût vaincu par l'une d'entre elles. C'était presque un exploit, car le rythme était très intense, le parrain de Harry n'octroyant pas une seule seconde de répit à Théo, qui ne faisait pas plus de cadeaux à son enseignant ! Mais ayant moins d'expérience en duel que l'adulte, il avait plus d'efforts à fournir. Ne sachant pas employer tous les sorts en informulé, il en prononçait la moitié, et quand il n'avait pas le temps de jeter un sort, il se baissait, se propulsait vers la gauche ou vers la droite, se cachait sous les tables, sautait par-dessus tout ce qui tombait par terre sous l'impact de la violence des sorts qui se fracassaient contre les murs, les étagères, les tables et les chaises, à défaut de le faire contre Théo ou le professeur Black qui étaient ciblés à la base… C'était du sport, et cela faisait un bien fou à Théo et à sa magie. Comme à chaque fois, ce fut l'expert en sortilèges qui mit un terme au combat.

- Bravo, Théo, tu t'es très bien débrouillé ! Tu peux être fier de toi, car je ne t'ai pas ménagé…

- Oui, et c'est très paradoxal, car je suis en sueur, je suis essoufflé, et j'aurais pourtant pu lutter des heures et des heures…

- Ça, c'est commun à tous les duellistes et les sportifs ! On est tellement galvanisés qu'on en oublie la fatigue… Allez, on s'étire et après, un petit thé, ça t'irait ?

- Avec grand plaisir !

Théo et son professeur relaxèrent leurs muscles, et après avoir rangé le salon, Théo s'assit à la table tandis que le professeur Black alla à la cuisine afin de faire du thé. Il revint au bout de cinq minutes avec deux tasses et des petits gâteaux.

- Tu avais plus de hargne que d'habitude. Étais-tu motivé par un excès d'une quelconque émotion ?

- J'ai été un peu contrarié il y a quelques heures, oui.

- Rien de grave ?

- Non, tout ira mieux ce soir, affirma Théo.

- Bon, c'est le principal.

Théo et son professeur sirotèrent tranquillement leur thé dans un silence très agréable qui fut rompu assez vite par l'héritier des Black :

- Dis-moi, est-ce que le jeudi vingt-cinq juillet, tu serais libre ?

- Oui, je serai de repos. Vous souhaiteriez réserver ce jeudi pour notre prochaine séance ?

- Eh bien… non, car je ne serai pas au Square. Du moins, pas l'après-midi… En fait, ce jeudi-là, ce sera le jour de mon mariage avec Remus. Et je voudrais que tu sois là.

Théo manqua de s'étouffer avec la gorgée de sa tisane.

- Moi ? Mais… pourquoi ? Je ne suis pas de la famille, ni un ami, ni…

- Tu es un ami très cher à Harry, et c'est pour ça que tu aurais ta place parmi nous. Car ce mariage, c'est pour Harry que nous l'organisons. Mais ça, il ne le sait pas, et il ne faut surtout pas lui vendre la mèche… C'est uniquement pour lui que Remus et moi allons nous marier, et ce, pour que Remus puisse l'adopter. Nous ferons les démarches nécessaires dès le lendemain auprès du Ministère, et le jour de l'anniversaire de Harry, Remus lui offrira les papiers de l'adoption.

- Oh… C'est une très belle surprise. Harry va être très ému. Et je suis moi-même très touché d'être convié à cette fête…

- Si tu avais quelque chose de prévu, ce n'est pas grave, je suis bien conscient de te prendre un peu de court…

- Non, ne vous en faites pas, je n'avais rien planifié pour ce jour-là. Je serai là, c'est promis ! Mais il n'y aura pas que moi, comme ami de Harry ?

- Non, il y aura Draco, Ron, Ginny et Hermione. Draco est son petit-ami, et les autres sont les tout premiers amis que Harry s'est fait à Poudlard…

- Ça n'a pas été trop galère pour contacter les parents de Hermione ?

- Je suis directement allé chez eux. J'en ai profité pour tout aborder avec eux : le mariage, le séjour qu'elle va faire au Square avec Ron et Ginny début août, et l'anniversaire de Harry et de Ginny qui se feront au Square.

- Ah oui, sacré programme ! Elle ne va pas s'ennuyer…

- Ah ça, c'est sûr ! Bon, initialement, à part Harry et Draco, il n'y avait pas d'ados invités, mais ça m'a paru indispensable qu'il y ait les amis de Harry…

- Oui, si le mariage est pour lui… Mais au fait, à quelle heure aura lieu le mariage ?

- La cérémonie se déroulera à seize heures.

- Bon, je serai là à quinze heures, afin d'avoir le temps de papoter avec Harry, Draco, Ron, Ginny et Hermione.

- Bien. Mis à part tout ça, comment ça va, à l'auberge ?

Tout en buvant son thé et en se régalant avec les scones, gâteaux d'avoine et cookies, Théo relata à son professeur ses journées au Chaudron Baveur. Vers dix-sept heures, il monta au premier étage où se situait la chambre de Harry. Il était très difficile de la manquer : le nom de Harry était inscrit sur la porte. C'était l'un des avantages d'avoir les séances de duel avec le professeur Black : Théo avait ainsi l'occasion de passer deux heures par semaine avec Harry. Mais ils n'avaient pas pu bénéficier de cet avantage lors des deux premières séances, puisque la première semaine, Harry n'était pas au Square, et la deuxième semaine, c'était avec le professeur Snape que Théo avait eu sa leçon de duel. Mais là, Harry était bien là, et même s'ils s'étaient vus le jour de l'inauguration de la boutique des Weasley, ce fut à bâtons rompus qu'ils bavardèrent pendant deux heures, jusqu'à ce qu'il fût temps pour Théo de regagner ses pénates…

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Quand il pénétra dans la salle de détente où se réunissaient les employés à l'heure des repas, Théo fut informé par ses collègues que Justin avait déjà dîné. Il avait été naturellement inclus dans le groupe, étant le petit-ami de Théo avec qui il résiderait au Chaudron Baveur tout l'été. Toutefois, ce soir-là, comme Théo et lui étaient en froid, il avait préféré ne pas être à table avec Théo, qui n'en fut pas vexé. C'était mieux comme ça. Sinon, ils auraient probablement cassé l'ambiance… Ce fut donc avec sept de ses collègues que Théo mangea. N'ayant pas très faim à cause des petits gâteaux qui l'avaient nourri, il n'avala qu'une salade. Il était un peu plus de vingt heures lorsqu'il rejoignit Justin dans sa chambre. Ce dernier, adossé à la tête de lit, était muni d'une plume et d'un rouleau de parchemin, et écrivait visiblement une lettre. «Allez, on y va» songea Théo. Encouragé par sa voix intérieure, il s'avança et s'assit à côté de Justin. Il se racla légèrement la gorge et brisa le silence qui n'était troublé que par le grattement de la plume de Justin sur le papier :

- Justin, je… je suis désolé, pour tout à l'heure.

Justin leva les yeux vers Théo, qui poursuivit :

- Je n'ai jamais voulu que tu vives à mes crochets… Comme mon loyer est déduit de mon salaire, je n'ai pas vraiment l'impression de le payer, et c'est pour ça que je souhaitais régler la moitié du tien, mais je ne me doutais pas que ça te blesserait… Mais j'ai bien compris tes arguments, et à ta place, après l'enfance que tu as eue, je serais comme toi, je ne voudrais pas être aidé de qui que ce soit. Et d'ailleurs, je suis comme toi. Moi non plus, je ne veux dépendre de personne. Et c'est pourquoi j'ai ce job et c'est pourquoi je loge ici. On est pareil, toi et moi, et c'est nul qu'on se soit disputés alors que nous avons la même philosophie…

- Je suis entièrement d'accord. Et j'ai mes torts aussi, dans tout ça. Enfin, je dis «aussi», mais toi, tu n'as rien fait de mal, en soi… Tu ne pouvais pas deviner dans quel état d'esprit j'étais… C'est moi qui ai engendré cette stupide embrouille. Je n'aurais pas dû me braquer comme je l'ai fait. J'aurais dû t'expliquer calmement les choses.

- Oui, mais j'ai un peu trop insisté…

- Mmmh… Ce n'est pas faux. C'est le seul tort que tu as eu, dans ce cas, si tu tiens absolument à en avoir un, concéda Justin, mi-sérieux, mi-amusé. On oublie tout ?

- On oublie tout !

Comme pour sceller ce pacte, les deux tourtereaux s'embrassèrent longuement. Lorsque leurs lèvres se détachèrent, l'attention de Théo fut attirée par la missive de Justin :

- Si ce n'est pas trop indiscret, à qui est destiné ce courrier ?

- C'est une lettre de motivation. La ménagerie, le glacier Florian Fortarôme, Pirouette et Badin et la boutique de friandises magiques Bonbec recrutent.

- Cool ! S'ils n'ont personne d'ici août, tu auras toutes tes chances…

- Oui, car ils cherchent essentiellement des intérimaires pour suppléer ceux qui seront en congés… Ça ne les dérange donc pas d'embaucher juste pour un mois, c'est même l'idéal, pour eux.

- Tant mieux si ça fait l'affaire de tout le monde ! Et qu'est-ce qui te plairait le plus, parmi tous ces commerces ?

- Soit la ménagerie, soit Florian Fortarôme.

- Il est très sympa. Et très cultivé. Et très drôle. Et…

- Très hétéro ?

Théo arqua un sourcil.

- Tu es jaloux ?

- Non, mais il est un peu trop parfait…

- Non, il n'est pas parfait. Il a un énoooorme défaut…

- Ah oui ? Lequel ?

- Il ne s'appelle pas Justin Finch-Fletchley.

Justin allait répliquer – sûrement pour exhorter Théo à arrêter de se moquer de lui – mais il n'en eut pas le temps, Théo s'emparant de ses lèvres, initiant un baiser auquel Justin répondit. Leurs bouches s'ouvrirent, leurs langues se mêlèrent, leurs corps se pressèrent, et leurs mains ne demeurèrent pas inactives, celles de Théo allant fourrager dans les cheveux de Justin, et celles de Justin caressant le torse de Théo. Quand Justin déboutonna sa robe de sorcier, Théo sut qu'il avait les mêmes plans que lui. Ils se délestèrent mutuellement de leurs robes, et leurs chemises subirent bientôt le même sort, tant ils étaient impatients de savourer la peau cachée par ces vêtements trop encombrants. Ça allait vite, mais Théo n'en avait cure. Cela faisait trois semaines qu'ils n'avaient rien fait, que Théo ne se servait même pas de sa main droite, étant trop fatigué le soir pour ça, et il soupçonnait leur querelle de l'après-midi d'avoir boosté leur libido. Ils étaient frustrés, et cela se traduisait dans leurs gestes. Dès qu'ils furent libérés de leurs chemises, Justin explora de ses mains le torse de Théo, qui, lui, fit voyager ses mains sur le dos de Justin. Étant sous lui, Théo avait l'atout d'avoir accès et à son torse, et à son dos, ce qui n'était pas le cas de Justin qui ne disposait que du torse de Théo, qui était sur le dos. Mais Justin ne s'en plaignit pas et vénéra chaque millimètre de peau qui lui était offerte. Mais ce qui l'intéressa tout particulièrement fut les petites pointes de chair qu'il pinça gentiment et qu'il fit rouler sous ses paumes. Cela attisa le feu incandescent qui brûlait dans les reins de Théo, qui se vengea en croisant ses jambes autour de la taille de Justin, faisant ainsi se rencontrer leurs érections douloureusement serrées dans leurs pantalons.

- Merlin Théo ! Ça ne va pas de faire ça…

- C'est toi qui me provoque en t'acharnant sur mes pauvres tétons…

- Ose dire que tu n'aimes pas ça…

- Eh bien justement, j'aime trop ça ! Tu le sais et tu en joues… C'est moi le Serpentard, pas toi…

- On a tous une part de Serpentard en nous…

Comme pour le prouver, Justin poussa son bassin contre celui de Théo, qui ne put étouffer un petit cri.

- Bon sang…

Théo jurait rarement, mais là, il était plus expressif qu'à l'accoutumée. Justin refit la même chose, et cette fois, ce fut un gémissement qui s'échappa de la bouche de Théo. C'était trop et pas assez en même temps. C'était déstabilisant. Mais ce qui le gênait le plus en cet instant-même, ce n'était pas ça, mais leurs pantalons. D'une, il était à l'étroit, et de deux, c'était une barrière de trop entre leurs sexes… Ils seraient mieux sans. Mais était-il prêt pour cela ? C'était un pas de plus vers la nudité… Il appréhendait un peu, mais l'envie de sentir plus franchement le membre de Justin contre le sien fut plus forte que la peur.

- Justin…

- Oui ?

- Nos jeans… Ils sont de trop…

Justin s'immobilisa au-dessus de Théo.

- Je suis du même avis que toi, mais… il n'y a pas trente-six mille solutions pour remédier à cela…

- Oui, et c'est bien l'idée que j'ai.

- Tu… tu es sûr ? Ça ne va pas être trop tôt, pour toi ?

- Je ne sais pas, mais je veux essayer.

- Je vais commencer avec le mien, alors. Ce sera déjà un pas de franchi de me voir en caleçon…

Théo acquiesça. C'était moins intimidant pour lui d'avoir Justin, en face de lui, en caleçon, que de s'exposer lui-même dans la même tenue… Il s'efforça de ne pas détourner le regard lorsque Justin enleva son jean. Ses joues furent néanmoins si bouillantes qu'il fut persuadé que l'on aurait pu faire cuire un œuf dessus ! Il aurait peut-être été moins gêné si le sous-vêtement de Justin n'était pas tant déformé… Il n'était pas dupe concernant ce qui était dissimulé, et c'était bien cela qui le faisait tant rougir !

- Hé, respire, tu as l'air d'être en apnée… Si c'est trop pour toi, dis-le-moi et je re…

- Non, ça va aller, je vais m'y faire… Et ce serait idiot d'annuler le pas qu'on a fait en avant… Bon, c'est à moi, maintenant.

- On a le temps, tu n'es pas obligé de le faire tout de suite…

- Oui, mais si je tarde trop, je vais me décourager. Mieux vaut se jeter à l'eau sans réfléchir…

Fort de ces paroles, Théo ne tergiversa pas plus longtemps et, comme Justin, il se débarrassa de son pantalon, non sans une palpable nervosité. Et voilà, il était presque nu, devant Justin. Il n'aimait pas son corps, même s'il avait pris quelques kilos et surtout du muscle grâce à la pratique du Quidditch, et c'était pour ça, entre autres, qu'il était si difficile pour lui de se dénuder quand il n'était pas seul, que ce fût dans son dortoir avec Draco et Blaise, dans les vestiaires avec ses coéquipiers, ou où que ce soit avec Justin. Mais lorsqu'il vit son petit-ami le dévorer littéralement des yeux, une partie de son embarras se volatilisa.

- Ne te rhabille plus, tu es très bien comme ça…

- Et comment je ferai, l'hiver, sans rien sur moi ? Je vais avoir froid…

- Je serai là pour te réchauffer.

Théo s'empourpra un peu plus. Cela fit craquer Justin qui se réinstalla au-dessus de lui et qui ravit ses lèvres, l'entraînant dans un baiser qui se fit très vite profond et langoureux, tandis que les mains, elles, se firent très vite inquisitrices. Si celles de Théo s'en tinrent au torse et au dos de Justin, celles de ce dernier honorèrent tout le corps de Théo, qui frissonna quand elles caressèrent l'arrière de ses cuisses. Tout ça était très agréable, mais la tension s'accumulait dans son érection, et se soulager se faisait de plus en plus urgent pour lui. Mais Justin semblait faire exprès de conserver de la distance entre leurs deux sexes. Et il n'arrangea pas les choses en rompant le baiser qu'ils partageaient pour diriger ses lèvres vers son cou, et plus précisément vers une région très sensible, où il l'embrassa un peu partout. Des bruits très appréciateurs sortaient par cascade de la bouche de Théo qui se perdait dans un monde de pure volupté. Il était en pleine contradiction, car d'un côté, il se concentrait sur le massage qu'il effectuait dans les cheveux de Justin pour ne pas songer à son sexe qui le tiraillait, et d'un autre côté, il cherchait désespérément à rapprocher son entrejambe de celle de Justin pour faire du bien à son membre tendu. Mais sans succès. Il s'apprêta à se plaindre, mais Justin l'en empêcha en happant un morceau de peau dans la zone la plus érogène de son cou qu'il mordit délicatement. Cela effaça toute pensée cohérente de l'esprit de Théo. Il ne put que geindre et agripper fermement les mèches de Justin. Lorsqu'il retrouva un minimum de lucidité, il en profita pour rouspéter :

- Justin, tu ne fais que me torturer, là… Ça devient vraiment dur… Et dans tous les sens du terme…

Bon, il n'y avait plus aucun filtre. En temps normal, Théo n'aurait pas fait une telle allusion directe. Mais là, rien n'était comme d'habitude. Le désir le métamorphosait en une tout autre personne…

- Je t'avoue que je n'en mène pas large non plus…

- Alors pourquoi tu nous infliges ça ?!

- Parce que plus c'est long, plus c'est bon…

- Oui bah ce qui serait bon, là, dans l'immédiat, c'est ton mini-toi contre le mien !

Cette invective de Théo parut avoir un certain effet sur Justin, dont les pupilles se dilatèrent.

- Merlin Théo, tu as failli me faire venir rien qu'avec ces mots…

- Preuve de plus que tout ça a trop duré…

- Ok, j'ai compris le message ! On va passer aux choses sérieuses…

À peine Justin eut-il fait cette déclaration qu'il abaissa son bassin vers celui de Théo.

- Aaaah…

Théo ne savait pas qui avait fait ce son – probablement à la fois Justin et lui – et il s'en fichait, car tout ce qui lui importait, c'était le sexe de Justin qui était enfin en contact avec le sien. C'était divin, et ce fut mille fois meilleur lorsque Justin ondula lascivement contre lui. Ils gémirent de concert et Théo imita Justin en s'appuyant sur ses pieds pour se soulever pour accompagner le mouvement de Justin. Le plaisir les envahit et dès lors, ce fut une course vers la libération qui s'amorça. Les deux tourtereaux se frottèrent énergiquement l'un contre l'autre, tout en échangeant des baisers enfiévrés et en promenant leurs mains sur chaque parcelle de peau qui s'offrait à eux. Ils n'étaient que soupirs et gémissements, et plus le rythme s'accélérait, plus le volume sonore s'amplifiait. Ce furent même des petits cris que fit Théo quand Justin intensifia considérablement la cadence de ses balancements de hanches. Il était tellement plongé dans la luxure qu'il ne constata pas que Justin lui fit croiser ses jambes autour de sa taille. Mais ce qu'il ne manqua pas, ce fut le résultat de cette initiative. Car cela décupla leur plaisir, ce que Théo aurait cru impossible dix secondes plus tôt. Il était au plus près de Justin, et dans cette position, les frictions furent bien plus franches. Justin mut son bassin de plus en plus vite contre celui de Théo, et il ne leur fallut plus qu'une dizaine de poussées anarchiques pour se déverser presque en même temps dans un long râle d'extase. L'orgasme de Théo l'envoya si loin dans les limbes de la jouissance que son cerveau se déconnecta, si bien que de longues minutes lui furent nécessaires pour qu'il reprenne pied avec la réalité. Il rouvrit les yeux qu'il avait fermés sans qu'il ne s'en souvienne, et il fut frappé par l'amour qu'il lut dans ceux de Justin.

- Je t'aime, lui murmura-t-il.

Ces trois petits mots firent fondre le coeur de Théo.

- Je t'aime aussi… Je t'aime si fort…

Justin sourit et unit leurs lèvres dans un tendre baiser. Puis il attrapa sa baguette et les nettoya d'un sort rapide et efficace. Une fois ceci fait, ils se glissèrent sous les draps que Justin rabattit sur eux.

- Mince, nos vêtements…

- Ils sont très bien là où ils sont, on les ramassera demain, dit Justin en bâillant.

Théo n'insista pas. Il était groggy et épuisé de ce rapport dont il n'était pas tout à fait remis, et de la journée riche en émotions qu'il avait eue et qui se finissait de la plus exquise des manières… Il était bien, et ce fut dans les bras du garçon qu'il aimait par-dessus tout qu'il s'endormit et qu'il rejoignit le pays des rêves…

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POV Draco

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- Pourquoi c'est quand on est pressé qu'on n'arrive pas à mettre la main sur ce dont on a besoin ?!

Cela faisait trois fois que Draco fouillait ses tiroirs et son armoire. Mais ni sa lotion pour cheveux, ni ses cinq cravates ne pointaient le bout de leur nez. Bon, peut-être Severus saurait-il où étaient ses cravates… Pour en avoir le coeur net, il descendit au salon. Tonks était là, mais pas Severus. Tonks était censée rentrer chez elle la veille, mais le dîner chez sa mère ayant été fixé à ce lundi, elle avait prolongé son séjour chez Severus de deux jours, tout en ayant repris le travail le matin-même.

- Où est Severus ?

- Dans son laboratoire. Pourquoi ?

- Mes cravates ont disparu…

- Ah… C'est embêtant. Mais tu ne vas pas à un mariage ou à un entretien d'embauche, à ce que je sache ? À moins que… Oh non, ne me dis pas que c'est pour ce soir ?

- Ben… si.

- Oh mais Draco, c'est un dîner familial, pas un gala ou un dîner d'affaires !

- Mais il faut que je fasse bonne impression…

- Mais ce n'est pas à ton style que ta tante va te juger… Tant que tu ne te ramènes pas débraillé ou en jogging baskets, ça ira. Sois naturel, c'est comme ça qu'elle t'aimera le plus.

- Mmmh… De toute façon, ça ne changera pas ce que je suis. Et ça me fait peur. Est-ce que ta mère sait des choses sur moi ? Est-ce que le fait que je sois le fils d'un Mangemort joue contre moi ? Est-ce qu'elle va me comparer à mon père ? Est-ce qu'elle le connaît, d'ailleurs ? Est-ce que…

- Hé, Draco, du calme ! Au boulot, c'est moi qui fais subir des interrogatoires, pas l'inverse !

L'humour de Tonks détendit Draco.

- Pardon…

- Ne t'excuse pas, ce n'est pas grave. Tu es stressé et c'est logique, mais tu n'as pas à l'être. Ça va aller. Ma mère a très hâte de te rencontrer et elle n'a pas de préjugés sur toi. Elle ne sait que ce que je lui ai dit sur toi, c'est-à-dire pas grand-chose, car j'estime que c'est à toi de satisfaire sa curiosité. Et en ce qui concerne ta lignée, que tu sois le fils d'un ex partisan de Tu-Sais-Qui, d'un avocamage ou d'un haut placé du Ministère, ma mère s'en fiche. C'est la personne que tu es qui l'intéresse.

- D'accord. Et… euh… non, rien.

- Non, vas-y, dis.

- Je n'imagine pas qu'elle soit intolérante, mais…

- Draco, crache le morceau.

Draco capitula :

- Si elle me questionne sur ma vie sentimentale, est-ce que je peux lui avouer que je suis gay et que je suis avec Harry ?

- Oui, tout à fait. Ma mère n'a aucun problème avec ça.

- Bon, tant mieux.

- Tout ira bien, Draco, répéta doucement Tonks. Ma mère n'a rien contre toi. Elle fait la différence entre ton père et toi.

Draco allait remercier Tonks de l'avoir tranquillisé, mais un cri venant du laboratoire le coupa dans son élan. Intrigués – et quelque peu alarmés – Tonks et Draco se précipitèrent vers la pièce dédiée à la fabrication de potions. Ils tombèrent sur Severus qui secouait frénétiquement sa main.

- Ça va, Severus ? s'enquit Tonks.

- Oui, je me suis brûlé, mais j'ai des lotions anti-brûlures. Ça va m'apaiser.

- C'est rare que tu te blesses quand tu fais des potions, fit remarquer Draco.

- Nul potionniste n'est à l'abri d'une seconde de relâchement…

Une odeur de métal carbonisé titilla les narines de Draco. Il tourna la tête et vit un chaudron calciné à l'intérieur.

- Il n'y a pas que ta main qui a été brûlée, apparemment… Tu ne serais pas un peu trop distrait, par hasard ? Ce n'est pas une critique, hein…

Severus soupira.

- J'ai été plus attentif que ça, je l'admets…

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Rien. J'ai juste plein de choses qui me hantent l'esprit.

- Dont un certain dîner, je me trompe ? devina Tonks.

La moue que fit Severus tint lieu de réponse. Draco sut que son parrain avait honte d'être angoissé à cause d'un simple dîner. Mais lui avait plus de quoi avoir le trac que Draco. L'image qu'Andromeda avait de Severus était celle d'un homme ayant été un adepte de l'un des plus grands mages noirs de tous les temps, et il craignait sans doute qu'elle ne réussisse pas à s'en défaire… Mais il n'avait pas à s'inquiéter. Si Andromeda avait accepté cette soirée, ce n'était pas pour lui faire la guerre…

- On est deux, compatit Draco. Je n'étais pas très serein non plus, mais comme Tonks l'a dit, il n'y a pas à s'en faire. Si Andromeda a dit oui pour ce dîner, c'est pour mieux nous connaître…

- Oui, je suis bien conscient de tout ça, mais l'appréhension, ça ne se contrôle pas… Mais les rôles sont inversés, là. C'est moi qui devrais te rassurer…

- Je l'ai été par Tonks. Je transmets le flambeau ! On est une famille, non ?

Severus sourit.

- Vu comme ça… Bon, je vais…

Il fut interrompu par un chien argenté qui fit irruption dans le laboratoire et qui s'immobilisa devant Severus :

- Hey, c'est Sirius. Si Harry vient vers vingt heures demain, est-ce que ça te va ? Histoire que vous ayez un peu de temps pour vous, Draco et toi, après le départ de Tonks… D'ailleurs, Harry est déçu qu'elle s'en aille le jour où il débarque… Cela aurait été une occasion de la côtoyer un peu… Ils se voient si rarement !Et que je sois le père ou le parrain de Harry, il aimerait se familiariser avec la cousine adorée de celui qui fait office de parent pour lui… Mais bon, on n'aura qu'à inviter Tonks quelques jours au Square, si elle est partante ! Bref, dis-moi si vingt heures ça te va. À plus et bonne soirée chez Andromeda !

Le chien argenté se volatilisa.

- Ça me fait de la peine pour Harry, s'attrista Tonks. C'est vrai que ça aurait été cool qu'on soit tous ensemble…

Il y eut un léger silence, puis elle ajouta :

- Après, je n'ai pas encore fait mes bagages…

Severus et Draco se regardèrent. Ils avaient bien saisi le sous-entendu de Tonks.

- Ça te dirait de rester une semaine de plus ici ? suggéra Severus.

- Si vous voulez bien de moi…

- Ça nous ferait extrêmement plaisir !

Draco approuva son parrain avec force. Il était ravi. Il s'était vite fait à la présence de Tonks. Il n'y avait pas moyen de s'ennuyer avec elle, et le fait qu'elle fût très jeune avait aisément fait naître une complicité entre eux. Il n'aurait jamais cru penser cela trois mois plus tôt, mais il aimait bien cette famille qu'ils formaient, Severus, Tonks et lui.

- En fait, tu n'avais pas envie de t'en aller, se moqua gentiment Severus.

- C'est quoi cette accusation ? fit mine de s'offusquer Tonks.

- Tu traînais à faire ta valise, c'est ton inconscient qui se manifestait…

- Ah non, tu ne vas pas me psychanalyser, hein ! Je suis ta compagne, pas ta patiente…

- Oups, désolé, déformation professionnelle…

- Je ne vais pas t'en tenir rigueur, je fais parfois pareil avec mon propre métier en investiguant dans le cadre privé… Bon, tu ferais mieux d'envoyer un Patronus à Sirius, pour lui dire si c'est bon pour vingt heures et pour lui annoncer la bonne nouvelle…

- Oui, je vais le faire de suite. Vous, allez vous préparer. On s'en va dans une demie-heure, le temps que j'expédie ce Patronus, que je soigne ma main et que je troque mes habits de potionniste contre des vêtements de ville…

- J'avais l'intention de mettre une cravate, mais pour Tonks, ce serait trop guindé… En plus, celles que j'ai sont introuvables… Tu ne saurais pas où elles sont ?

- Tu ne détestes pas les cravates, en-dehors de celle de l'uniforme de Poudlard ?

- Si, mais… Oh mais oui, c'est vrai, elles sont dans un sac où il y a tout ce dont je ne me sers pas ! Et ma lotion pour les cheveux ?

- Elle est dans la salle de bain.

- Ah bon ? Je l'ai ouverte depuis le début des vacances ?

- Non, mais tu as dû la ranger là-bas au cas où tu en aurais l'utilité…

- Eh bien ce ne sera pas pour ce soir ! décréta Tonks. Tu n'as pas besoin d'artifices pour plaire. Tu es très bien comme ça. Sois naturel et tout ira bien. Allez, va te faire beau. Mais sans exagérer. Une chemise, un jean et un coup de peigne dans les cheveux seront amplement suffisants.

Draco acquiesça, s'éclipsa et monta à sa chambre. Il enfila ce qui lui avait été conseillé par Tonks, coiffa ses cheveux et échangea ses chaussons contre des chaussures d'été bleues et blanches. Ce fut ainsi apprêté qu'il redescendit au salon. Severus n'était pas là, mais il y avait Tonks qui avait revêtu une robe vert d'eau et qui avait l'air indécise quant à la couleur de ses cheveux. Elle en testait toutes les dix secondes sans visiblement être convaincue par l'une d'entre elles.

- Jolie robe, commenta Draco.

- Merci, mais elle le serait deux fois plus si elle était assortie au niveau capillaire…

- Pourquoi pas du rose ?

- C'est ma couleur ordinaire…

- Non, pas ce rose-là. Un rose pâle.

- Ooooh, pas bête…

Tonks se concentra, et ses cheveux, qui s'étaient arrêtés sur du blond très jaune, devinrent rose pâle. Elle contempla son reflet dans un miroir qu'elle avait à la main :

- C'est parfait ! Merci, Draco. Tu es calé, en harmonisation vestimentaire et capillaire ?

- J'ai des bases. Il y a deux ans, Pansy, ma meilleure amie, en a eu marre des réflexions qu'elle avait eues durant toute notre troisième année sur le fait qu'elle n'avait aucun style, qu'elle n'était pas une vraie fille car elle se fichait de la façon dont elle s'habillait, qu'elle ne faisait que le strict minimum pour ses cheveux… Du coup, pendant l'été où on s'est beaucoup vus, elle a refait tout son dressing et elle a essayé plein de combinaisons entre ses vêtements et ses cheveux, en alternant robes, jupes, chemises, tee-shirt et pantalons pour les vêtements, et couleurs et coupes pour les cheveux. Elle m'a tout fait. Ce n'était pas du tout son genre d'accorder autant d'importance à son apparence, ce n'était plus la Pansy que j'avais l'habitude de côtoyer… Je lui en ai fait part, ça a provoqué un déclic chez elle, et elle a réalisé qu'elle n'était pas plus épanouie qu'avant en jouant les pros de la mode… Elle est revenue à son style d'avant et elle ne s'est plus fait influencer par les critiques.

- C'est ce qu'elle avait de mieux à faire ! Mais c'est affligeant, à un âge où on est en développement sur tous les plans, de subir de tels jugements… Les jeunes de nos temps ne se font plus de cadeaux. Tout est bon pour blesser leurs victimes… Et la guerre entre les maisons ne fait qu'amplifier tout ça. Enfin, jusqu'à cette année, car avec le concept de travail en binôme, une paix relative s'est instaurée à Poudlard… Ah, voilà ton parrain.

Draco fit volte-face. Severus les avait effectivement rejoints, Tonks et lui, dans le salon.

- C'est bon ? Vous êtes prêts ?

- Oui, on n'attendait plus que toi.

- Eh bien je suis là. Allons-y ! Tonks, vas-y, Draco te succédera, puis ce sera à moi.

Tonks se dirigea vers la cheminée, s'empara d'une poignée de poudre de Cheminette et la jeta après avoir prononcé l'adresse que Draco écouta scrupuleusement. Quand les flammes vertes disparurent, il imita Tonks. Il articula bien sa destination et une fois la poudre dans l'âtre, il fut entraîné dans un tourbillon dans lequel il aperçut tout un tas de cheminées. Il atterrit avec toute la dignité dont il était capable dans la cheminée des Tonks, et il fut accueilli par la mère et la fille qui lui attrapèrent toutes deux une main pour l'aider à s'extirper de l'espace exigu.

- Deux femmes rien que pour toi, je vais être jaloux, plaisanta une voix masculine.

Draco leva la tête et vit au milieu de la pièce un homme d'une quarantaine d'années, châtain, grand et mince aux yeux bleus, qui lui fut aussitôt sympathique. Tout chez lui dégageait une bienveillance qui inspirait confiance. Il s'avança vers Draco :

- Edward Tonks, mais tout le monde m'appelle Ted.

Draco serra la main que Ted lui tendit.

- Et moi, c'est Andromeda, mais ça, tu t'en doutais…

Draco reporta son attention sur sa tante. Il n'avait pas eu le temps de l'observer en arrivant, mais là, il put le faire, bien qu'il le fît fugacement et discrètement. Et ce qui le frappa, ce fut sa ressemblance avec Bellatrix Lestrange. Mais ce ne fut qu'au premier abord, car il nota ensuite des différences non négligeables. Andromeda était légèrement moins brune, elle avait des yeux plus grands, et surtout, elle avait un air bien plus aimable. De plus, il y avait de l'émotion dans ses prunelles noisette.

- Je suis heureuse de te rencontrer, Draco. J'avais perdu tout espoir de voir un jour mon seul neveu, mais ma fille a eu la merveilleuse idée de se faire voler son coeur par l'homme qui est responsable de toi…

- La fuite de mes parents aura au moins servi à ça… Car s'ils ne s'étaient pas enfuis, je ne serais pas chez Severus et je ne serais pas plus concerné que ça par sa relation avec Tonks…

- Hé oui, même dans les mauvais actes, il peut y avoir du bon… En tout cas, grâce à la description que Dora m'a fait de toi, tu es tel que je me le figurais ! Oh, bonjour, Severus…

Dos à la cheminée, Draco n'avait pas vu son parrain y apparaître.

- Il ne manquait plus que vous ! Installez-vous, je vais chercher l'entrée et de quoi boire.

Severus, Tonks, Draco et Ted s'assirent tandis qu'Andromeda s'absentait. Elle revint trois minutes plus tard avec un plateau sur lequel il y avait quatre soucoupes et deux pichets.

- Verrines de panais aux lardons ! Comme c'est assez lourd, j'ai modéré la quantité. Est-ce que l'un de vous a des allergies ? demanda Andromeda à Severus et Draco.

- Moi non, mais Draco est allergique aux fruits à coque.

- Ah, il a hérité ça de sa mère… Mais elle aurait pu être égoïste sur ce coup-là !

- Ah ça, je ne lui en aurais pas voulu… Car lors des dîners comme celui-là, j'ai l'impression d'être un fardeau pour qui il faut adapter les repas, et c'est bête, car en soi, ce n'est pas de ma faute…

- Les gens le font généralement de bon coeur, Draco. Quoi qu'il en soit, ce soir, il n'y a pas de fruits à coque au programme !

- Tant mieux. Mais fruits à coque ou pas, les verrines sentent très bon…

- J'espère que ce sera à l'image du goût… Bon appétit !

Les deux hôtes et les trois invités attaquèrent les verrines, qui s'avérèrent être exquises.

- Alors, Draco, qui es-tu ?

- Oh, euh… je suis un garçon de seize ans, je serai dans deux mois en sixième année à Poudlard, je suis à Serpentard, je suis préfet et je suis attrapeur dans l'équipe de Quidditch de ma maison.

- Ah, tu es un fan de Quidditch ? Ça fait combien de temps que tu es dans l'équipe ? Tu as toujours été attrapeur ou tu as tenté d'autres postes ? Oh, pardon, je t'assomme de questions, mais j'ai seize ans de retard et j'ai très envie de les récupérer…

- Ne vous… euh… ne t'excuse pas, je vais être tout autant curieux quand ce sera à moi de te poser des questions ! Bon, dans l'ordre : oui, j'adore le Quidditch, j'en ai fait pendant six ans dans un club pour enfants avant d'aller à Poudlard, je suis dans mon équipe depuis ma deuxième année, et je n'ai jamais été rien d'autre qu'attrapeur.

- Tu n'es pas intéressé par d'autres postes ?

- Je n'ai pas pu en tester d'autres jusque-là, mais si j'en avais l'opportunité, je m'orienterais vers le poste de poursuiveur. Mais je suis très bien dans mon rôle d'attrapeur.

- C'est le principal. Et à part le Quidditch, as-tu d'autres passions ?

- Oui, les potions et le dessin.

- Tu as l'intention d'en faire ton métier ?

- Pour les potions, oui. Je vais faire une formation de potionniste après Poudlard.

- Dans une spécialité en particulier ?

- Je ne suis pas totalement fixé là-dessus, mais à force de seconder Severus dans son laboratoire, je suis de plus en plus attiré par les potions de soins… Et si mon rêve n'était pas de consacrer toute ma vie aux potions, j'hésiterais même à faire des études de médicomagie… Mais mon amour pour les potions est trop fort pour ça.

- Ah oui, c'est une véritable vocation que tu as là… Mais rien ne t'empêche de faire une formation de médicomage après avoir fait une carrière de potionniste.

- Oui, c'est ce que je dis à un de mes amis qui voudrait faire trente-six mille métiers à la fois, mais j'ai tendance à ne pas appliquer mes propres conseils à moi-même…

- Nous sommes tous comme ça ! Et tu serais plutôt potionniste en usine, en laboratoire, ou ferais-tu essentiellement des expéditions humanitaires ?

- Euh… ce serait bien si je faisais mes potions chez moi, dans une pièce que j'aménagerais, comme l'a fait Severus, mais je me doute bien que les deux ou trois premières années après ma formation, j'exercerai dans une usine, où je serai supervisé et où j'acquerrai de l'expérience dont j'aurai besoin avant de me lancer en autonomie… Mais ce qui est sûr, c'est que dès que je le pourrai, je ferai des expéditions humanitaires. Des centaines de milliers de sorciers et de sorcières sont reclus dans des zones privées de magie, ils n'ont pas accès aux soins, et c'est notre devoir de les secourir. Severus m'a raconté les expéditions qu'il a faites, et ça a fait naître en moi le désir de faire comme lui.

Andromeda haussa les sourcils :

- Vous êtes un potionniste humanitaire, Severus ?

- Je l'ai été, oui. Mais pas assez longtemps à mon goût. Les activités illicites que j'ai pu faire, je ne les ai pas faites de mon plein gré. Ma vraie nature était, est et sera d'aider les gens. Et je suis bien content de le faire librement à Poudlard.

Draco savait qu'Andromeda avait des réserves envers Severus, et que ce dîner avait pour but de tout mettre à plat, mais en sachant qu'il avait été potionniste humanitaire, il la vit porter soudain un tout autre regard sur lui. Il avait grappillé des points…

- Il va falloir que vous m'en disiez plus, Severus…

- Volontiers, mais après que Draco vous ait tout dit sur lui…

- Oui, je ne lui ai fait vivre qu'un dixième de mon interrogatoire ! Draco, tu as mentionné le fait que tu étais préfet, est-ce un choix de ta part ou as-tu été nommé par… surprise ? Car parfois, comme ça ne se bouscule pas trop au portillon pour le poste de préfet, les directeurs de maison les élisent eux-mêmes en optant pour le meilleur profil…

- Non, j'avais soumis ma candidature.

- Et ça te plaît, d'être préfet ?

- Oui, même si ça implique beaucoup de responsabilités… Mais ce n'est pas quelque chose qui me fait peur ou qui me dérange.

- Oui, sinon tu ne te serais pas présenté de toi-même… Et en tant qu'adepte du Quidditch, as-tu une ou des équipes favorites parmi celles de la Ligue ?

- Oui, mais ça varie souvent. Actuellement, j'en soutiens trois : les Flèches d'Appleby, les Crécelles de Kenmare et le club de Flaquemare.

- Mmmh, que de bonnes équipes…

- Tu t'y connais ? s'étonna Draco.

- Hé oui, je suis assidûment tous les matchs de la Coupe de la Ligue !

- Via la Gazette ?

- Entre autres, oui. Ou via d'autres journaux. Mais de temps en temps, Ted et moi allons directement assister aux matchs. Notamment quand ce sont les Flèches d'Appleby, le Club de Flaquemare ou les Catapultes de Caerphilly qui jouent…

- Oh, nous avons deux équipes en commun ! On n'est pas de la même famille pour rien… Mais est-ce que tu faisais du Quidditch, à Poudlard ?

- Non, mes parents n'auraient pas trop apprécié. Pour eux, c'est un sport pour les garçons. Pas pour les filles. Ils considèrent que ce n'est pas digne d'une fille Sang-Pur d'être sur un balai, de se battre, de se faire courser par des balles hyper violentes… La mentalité typique de Sang-Pur conservateur, en résumé.

Les mots d'Andromeda laissèrent Draco songeur.

- J'ignore si mes parents m'auraient permis d'intégrer l'équipe de Quidditch de Serpentard si j'avais été une fille… Car il y a des points où ils sont assez vieille école…

- Si tu avais été une fille, tu aurais été scolarisé à Beauxbâtons, nuança Severus.

- Beauxbâtons ? Mais je ne suis pas français, ni issu d'un pays frontalier de la France…

- Non, mais tes parents auraient fait en sorte d'avoir une dérogation.

- Mais pourquoi Beauxbâtons ? Et pourquoi j'y serais allé en tant que fille ? C'est une école mixte, qu'est-ce qu'elle a de plus que Poudlard ?

- L'éducation que les filles y reçoivent. Là-bas, les filles sont réputées pour leurs bonnes manières. Elles sont polies, adroites, gracieuses… Et elles soignent leur physique. Elles ont de belles robes, de beaux chapeaux, elles sont manucurées, elles sont bien coiffées…

- Oh là là, c'est trop artificiel, tout ça… Un peu de naturel, par Merlin ! protesta Draco. Je suis bien mieux à Poudlard que je ne l'aurais été à Beauxbâtons… Mais initialement, mon père souhaitait que j'aille à Durmstrang… Par dérogation aussi, je présume. Mais ma mère a fait bloc pour que j'aille à Poudlard, et elle a eu gain de cause.

- Et c'est très bien ainsi. Bon, ne serait-il pas l'heure de passer au plat de résistance ?

Tous approuvèrent avec enthousiasme. Andromeda se leva, s'éclipsa et ramena très vite une salade composée faite d'émincés de poulet, de tomates, d'oeufs et de betterave. C'était un plat froid, idéal pour un déjeuner estival. Les températures avoisinaient les trente degrés, et n'étaient pas propices à un menu chaud ou trop copieux. Après avoir rempli les assiettes de chacun, Andromeda réengagea la discussion :

- Dis-moi, Draco, quelles sont tes matières préférées, à Poudlard ?

- Les potions, la botanique et les sortilèges.

- Et celles que tu aimes le moins ?

- L'histoire de la magie et la divination. Mais j'ai arrêté la divination.

- Tu as bien fait. Ça ne sert à rien de garder une matière qui ne te plaît pas et qui ne te sera d'aucune utilité… Quelle est ton autre option ?

- Les soins aux créatures magiques. J'avais prévu de m'en débarrasser également, mais comme c'est une matière capitale pour la formation de potionniste, et que j'ai eu la note requise aux BUSE…

- Oui, ce serait dommage de ne pas en profiter… Et pour la métamorphose et la Défense Contre les Forces du Mal ?

- J'aime bien, mais dans une moindre mesure. Le problème de la métamorphose, c'est que ça exige énormément de concentration, c'est carrément la plus difficile de toutes les matières, et c'est ça qui fait que j'aime moins celle-là que les sortilèges. Quant à la Défense Contre les Forces du Mal, c'est cool, c'est captivant, mais on s'exerce sur des situations auxquelles, avouons-le, on ne fait pas face tous les jours… Mais il y a toujours un infime risque, alors il faut bien s'entraîner.

- Tout à fait, c'est un très bel état d'esprit que tu as là. Et il n'est pas si rare de croiser la route d'un diablotin, par exemple…

- Ou d'un Doxy… Théo en chasse dans les rideaux de certaines chambres du Chaudron Baveur. Le ménage est pourtant fait tous les jours, mais ce n'est pas forcément par la saleté qu'ils sont attirés. Il suffit d'aérer et qu'une mauvaise odeur pénètre dans les chambres pour que ça allèche les Doxys… Et Théo est bien soulagé de les avoir étudiés en Défense Contre les Forces du Mal et d'être capable de les neutraliser avec un sort quand il n'a pas de Doxycide sous la main…

- Théo, c'est un ami à toi ?

- Oui, c'est un de mes amis d'enfance, avec Blaise et Pansy. Nous étions déjà inséparables lorsque nous étions petits, mais on l'est encore plus depuis qu'on est à Poudlard… Car le Choixpeau nous a tous mis à Serpentard. On partage du coup les mêmes cours, la même table dans la Grande Salle, la même salle commune, la même équipe de Quidditch, et le même dortoir pour Blaise, Théo et moi… Nous n'avons longtemps été que tous les quatre, mais cette année, nous nous sommes liés d'amitié avec d'autres élèves de notre promo. Car pour apaiser les tensions entre les maisons, Dumbledore a créé le concept de travail en binôme. Tous les élèves de troisième, quatrième et cinquième année ont été associés par le Choixpeau magique à un camarade d'une autre maison, avec qui ils ont dû faire des devoirs en botanique, Défense Contre les Forces du Mal, métamorphose, potions, sortilèges et histoire de la magie. Ça a été une réussite pour la plupart des binômes, et ça a tellement bien marché pour mon binôme et moi qu'on est tombés amoureux l'un de l'autre… Et ça a été pareil pour Théo.

- Ah oui… À mon avis, vous êtes allés au-delà des espérances de Dumbledore ! Et… sans être trop indiscrète, qui est ton binôme ?

- Euh… en fait… c'est un garçon. De Gryffondor. C'est… c'est Harry Potter.

Draco avait tout lâché d'une traite. Il aurait pu faire preuve de plus de tact, mais Tonks lui avait bien affirmé que ça ne gênerait pas Andromeda qu'il soit gay… Ce qui la stupéfierait le plus, c'était donc l'identité de son petit-ami. Et à l'expression de son visage, c'était bien le cas.

- Eh bien, tu ne fais pas les choses à moitié, toi… T'amouracher du garçon qu'a tenté plusieurs fois de tuer l'homme dont ton père était le sbire…

- Oui, et ce n'était pas gagné, car nous étions les pires ennemis durant nos quatre premières années à Poudlard… Mais une succession d'événements nous ont rapprochés, nous avons appris à se tolérer, puis une relation amicale s'est nouée entre nous, avant que ne naisse l'amour… Nous nous sommes tournés autour pendant des semaines, et ce n'est que vers la mi-février qu'on s'est embrassés pour la première fois.

- C'est très bien de prendre son temps. Bon, bien sûr, à un moment il faut se jeter à l'eau, et c'est ce que vous avez fait… Je suis complètement sous le charme de votre histoire… Elle est très belle.

Draco rougit.

- Merci… Celle de Théo et son binôme l'est tout autant. Car Théo est un Sang-Pur, un Serpentard et fils de Mangemort, tandis que Justin est un Poufsouffle et un né-moldu qui a été victime du Basilic lors de sa deuxième année… Tout les opposait. Mais l'amour a été plus fort que tout. Mais c'est par le biais de mon couple avec Harry que mon cercle d'amis, et celui de Blaise, Théo et Pansy, se sont élargis… Car Harry a deux meilleurs amis, Ron et Hermione. Ron s'est mis en couple avec Pansy, qui est préfète, tout comme lui. Et c'est en faisant des rondes qu'ils ont commencé à développer des sentiments l'un pour l'autre… Tout comme Hermione et Terry, son binôme de Serdaigle. Et Blaise, quant à lui, est avec Ginny, la confidente de Harry. Avec mes amis, ceux de Harry, et les petits-amis des uns et des autres, ça a fini par former une jolie petite bande de dix personnes.

- Dumbledore peut être fier de vous, commenta Ted. Car dans votre groupe, vous réunissez tout de même les quatre maisons, avec vos similitudes et vos différences….

- Oui, et c'est ce qui fait notre force… Nous sommes issus de maisons et de milieux sociaux divers et variés, nous sommes des Sang-Pur, des Sang-Mêlés et des nés-moldus, mais nous sommes aussi sept à faire du Quidditch… Chez Gryffondor, Harry et Ginny sont attrapeurs, et Ron est gardien, et chez Serpentard, je suis attrapeur, et Blaise, Théo et Pansy sont poursuiveurs… Et parmi les dix de notre bande, nous sommes cinq à être préfets. Et bientôt six, car en septembre, Ginny va être l'une des nouvelles préfètes. Et Théo va être mon suppléant.

- Ah, parce qu'il y a des suppléants, maintenant ?

- Oui, à la rentrée, chaque préfet aura un suppléant, et il y aura deux fois plus de préfets. Et tout cela pour mieux lutter contre les trafics de potions droguées.

- Super initiative, jugea Ted. C'était déjà un fléau à notre époque, et d'après ce que j'entends, ça ne s'est pas arrangé avec le temps…

- Oh non… Mais on va se battre et on va gagner. Sans vouloir être trop arrogant…

- Oh mais tu ne l'es pas du tout. Avec tout ce dispositif, vous allez avoir de quoi avoir le dessus sur tous ces dealers ! Mais de notre temps, ce n'étaient pas les préfets qui s'occupaient de ça… Qui les forme pour repérer les dealers ?

- C'est Severus, divulgua Draco. Il briefe les préfets au cours de quatre ou cinq séances.

- Ah mais oui, j'aurais dû m'en douter, se flagella Andromeda. Car vous êtes potionniste, Severus, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est l'une de mes fonctions.

- En plus d'être professeur de potions et directeur de maison ?

- Oui, mais pas que…

Andromeda haussa les sourcils, ce qui n'échappa pas à Draco :

- Tu vas halluciner. Car Severus a trente-six mille casquettes…

- Tu exagères, répliqua Severus.

- À peine, rétorqua Draco. Mais vas-y, dis-leur tout ce que tu fais…

- Vous avez d'autres fonctions ?! s'exclama Ted.

- Oui. À côté de mon métier de potionniste, de professeur de potions, et de mon rôle de directeur de maison, je suis psychomage et médicomage… J'ai fait ces deux formations après Poudlard, j'ai été médicomage à Sainte-Mangouste pendant cinq ans, mais je n'ai jamais exercé la psychomagie une fois mon diplôme en poche. Mais c'est chose faite, à l'heure qu'il est : je suis à l'écoute des élèves de Poudlard qui ne se sentent pas bien.

- Donc les enfants ont à leur disposition un psychomage et un médicomage ?

- Oui.

- Mais ça ne vous fait pas trop de travail ?

- Si, mais j'ai remédié à cela en me délestant de trois de mes classes que j'ai confiées à mon ancien professeur de potions, Horace Slughorn, qui a généreusement consenti à renoncer à sa retraite pour enseigner de nouveau à Poudlard.

- C'est très gentil à lui. Mais qu'est-ce qui vous a poussé à renouer avec la médicomagie, et ce, dans une école, et non à Sainte-Mangouste ?

- C'est une longue histoire, prévint Severus.

- On a tout notre temps, l'encouragea Andromeda.

Sans trop aller dans les détails, Severus expliqua que début novembre, il avait sauvé Harry, l'élève qu'il détestait au plus haut point depuis sa première année à cause de sa ressemblance avec son père qui avait été l'un des pires ennemis de Severus lors de ses études à Poudlard, et que c'était cela qui avait fait rejaillir en lui son amour pour la médicomagie, et qui l'avait fait pratiquer la psychomagie pour la première fois.

- J'ai toutefois eu une épreuve à accomplir : convaincre Dumbledore. Mais cela a été moins dur que ce que j'avais craint.

- Pourquoi cela aurait-il été compliqué ?

- Parce qu'après avoir été diplômé, j'ai été pendant trois ans à la fois médicomage et professeur de potions.

- Mais comment vous faisiez pour faire cours aux sept promotions si vous étiez la moitié du temps à Sainte-Mangouste ?

- Je n'étais pas le seul professeur de potions à Poudlard durant ces trois ans, nous étions deux sur le même poste et on se répartissait les cours. Mais en 1985, mon collègue a pris sa retraite et il n'a pas été remplacé. Conséquence : j'ai dû récupérer les quatre autres classes, et étant à Poudlard toute la semaine, j'ai dû démissionner de mon poste à Sainte-Mangouste.

- Vous ne pouviez pas faire l'inverse ?

- Non, car ce n'est pas de mon plein gré que j'ai pourvu le poste de professeur de potions. J'y ai été forcé par Dumbledore, auprès de qui j'avais une mission à Poudlard. En échange, il m'a octroyé la liberté en déclarant devant le Magenmagot que je m'étais rangé du côté du bien. Si ça n'avait tenu qu'à moi, je n'aurais pas été professeur de potions. Mais je n'ai pas eu trop le choix. Et c'est parce que j'y ai été contraint que je n'ai pas su aimer mon métier. Et au lieu de me montrer professionnel, j'ai fait payer à des enfants et des adolescents innocents mon destin dicté par Dumbledore, en étant froid, sévère, injuste, et parfois méprisant… Et c'est cette attitude qui m'a valu le titre du professeur le plus honni des élèves. Je les détestais autant qu'ils me détestaient. Ils n'avaient pourtant rien fait, mais s'il n'y avait pas d'élèves, je n'aurais pas eu à endosser le rôle de professeur de potions… Ils étaient coupables d'exister, selon moi, et je me vengeais en me conduisant avec eux comme un vrai tyran… Aujourd'hui, je regrette tout ça. Avoir secouru Harry m'a fait retrouver ma part d'humanité. Et en faisant ce que j'aime à Poudlard, à savoir aider physiquement et mentalement des personnes, j'ai enfin commencé à m'épanouir dans ma carrière de professeur, qui n'était plus un fardeau pour moi. Car j'avais regagné cette humanité en moi que j'avais perdue, et les élèves n'étaient plus des obstacles à mon bonheur, mais de jeunes êtres humains qu'il fallait instruire pour qu'ils réussissent leurs BUSE, puis leurs ASPIC, et j'ai réalisé que c'était ça mon rôle, et que j'avais la chance de leur enseigner ma passion : les potions. Je me suis radicalement adouci, et ça a vite eu des répercussions positives sur mes rapports avec les élèves, sur leur propre comportement, sur le regard qu'ils ont sur moi, sur l'atmosphère des cours, et même sur leurs résultats…

- Je confirme : l'ambiance des cours est bien meilleure qu'elle ne l'était avant ! Mais Severus n'est pas psychomage uniquement dans son bureau. Il l'est partout, tout le temps. En cours, dans la salle commune de Serpentard, dans les couloirs, ou dans la Grande Salle, il observe tous les élèves, et dès qu'il détecte de potentiels soucis chez l'un d'entre eux, il les convoque et leur propose son aide. Et comme les élèves ont tous eu vent des merveilles qu'il a faites avec Harry, qu'il a notamment guéri de ses traumatismes, ils n'hésitent pas bien longtemps avant de saisir la main tendue de Severus. Et il n'est pas rare qu'il y ait des élèves qui aillent d'eux-mêmes se confier à lui… Ses compétences de psychomage ont tant fait le tour de l'école qu'au bout d'un moment, Severus a eu trop de patients… Dumbledore s'est alors engagé dans la quête d'une autre psychomage, mais ce n'est pas lui qui l'a dénichée. C'est Justin, un de mes amis, qui a appris que la mère d'un jeune élève de sa maison était psychomage… Il en a référé à Severus, et de fil en aiguille, elle a accepté le poste de psychomage à Poudlard. Voilà l'histoire de la récente évolution de Severus et de ses talents de médicomage et de psychomage dont les élèves bénéficient à présent dans l'école.

Les mots de Draco furent suivis d'un court silence qui fut nécessaire à Andromeda afin d'assimiler tout ce que Severus et Draco avaient relaté. Ted, qui, contrairement à sa femme, n'avait quasiment pas d'à-priori sur Severus avant ce dîner, était tout de même soufflé par son parcours. Mais il l'était moins qu'Andromeda, qui avait l'air d'avoir reçu un coup de massue sur la tête.

- Vous n'êtes pas du tout l'homme que je croyais que vous étiez, finit-elle par murmurer.

- J'ai eu une période où je n'étais pas quelqu'un de bien, mais elle a été brève, elle est derrière moi et je ne suis absolument plus le même homme que je l'ai été.

- Oui, j'en suis désormais persuadée, après le récit que Draco et vous nous avez fait… Vous êtes un grand homme, et je suis honorée d'avoir un homme comme vous dans la famille.

La surprise, puis l'émotion se lurent sur le visage de Severus. Mais les paroles d'Andromeda eurent de l'effet sur tout le monde : Ted paraissait fier de son épouse, tandis que Draco, lui, était soulagé, tout comme Tonks.

- Et moi ? Tu veux bien de moi aussi ? fit Draco à sa tante.

- Mais tu es déjà dans la famille, patate, répliqua Tonks.

- Dora ! s'offusqua Andromeda.

- Ah, s'il y aura d'autres repas soit ici, soit chez moi, soit chez votre fille, vous allez devoir vous y habituer… Ils adorent se chamailler. Si bien qu'il m'arrive de me demander si j'ai une compagne et un filleul ou si j'ai deux adolescents…

- Mieux vaut ça qu'il y ait des tensions entre nous ou qu'on ne se parle pas, rétorqua Tonks.

- Vu comme ça… Je ne vais pas me plaindre, concéda Severus.

- Bon, avez-vous encore faim ? Il y a de la crème glacée à la vanille, à la fraise et au chocolat, et de la tarte à la mélasse.

- Oh, même si nous n'avions plus faim, il y aura toujours de la place due à la gourmandise pour de si délicieux desserts, flagorna Ted.

- Je goûterais même aux trois glaces et à la tarte ! renchérit Tonks.

- Pareil, mais je ne saurais pas quoi manger en premier, ajouta Draco.

- Merlin, vous êtes de vrais ventres sur pattes ! s'exclama Andromeda.

- Rassurez-vous, je ne me contenterai que d'une part de tarte, intervint Severus.

- Ah, au moins un homme raisonnable ici…

- Et si vous avez besoin de mains supplémentaires, je suis là.

- Et serviable avec ça…

- Serviable… ou lèche-bottes, se moqua Tonks.

- Ces accusations me peinent profondément, lâcha Severus, feignant être blessé.

- Ignorez les mauvaises langues, Severus, et venez avec moi.

Severus se leva et emboîta le pas à Andromeda.

- Et il ose dire que ce sont nous les immatures, fit mine Draco de s'indigner. Il n'est pas mieux !

- Eh bien les repas de famille promettent d'être animés, commenta Ted. Ce qui n'est pas pour nous déplaire !

Draco et Tonks approuvèrent vivement. Comme l'avait annoncé Andromeda, Severus et elle furent rapidement de retour avec les quatre desserts. Severus et Draco optèrent pour la tarte, Tonks pour la glace à la vanille, et Andromeda et Ted pour la glace au chocolat.

- Au fait, qu'est-ce que vous faites dans la vie, Ted ? s'enquit Draco.

- Je suis expert en sortilèges d'habitation.

- En quoi cela consiste ?

- Ouh, en beaucoup de choses !

- Vous faites des réparations ?

- C'est l'une de mes tâches, oui. Quand il y a un incendie ou une inondation, il faut, par précaution, refaire tous les sortilèges, car il y en a qui peuvent ne plus être fonctionnels. Mais je les pose aussi tous sur les maisons qui viennent d'être construites, et je les renouvelle quand ça fait dix ans que la maison en a été équipée.

- Ah oui, ça en fait, des cas… Et c'est quoi, comme sortilèges ?

- Ce sont des sorts en tout genres : sortilège d'insonorisation pour le bruit, sortilège d'isolation pour le froid et la chaleur, sortilège de fixation et de consolidation pour les murs et le toit, par exemple, charme du Cridurut pour empêcher les intrusions non désirées, sortilège anti-transplanage, sortilège de reliage de cheminées, sortilège de régulation de température…

- Mais ça doit être hyper long de faire tout ça…

- Ah ça, c'est sûr que ça ne se fait pas en deux jours, loin de là ! D'autant plus que ce sont des sorts très complexes, avec des gestes très précis et très techniques, qui sont à répéter dans chaque pièce pour la plupart d'entre eux, et qui s'effectuent en englobant tout l'espace concerné… Et il n'y a pas que des sorts à lancer, car pour pas mal de sorts, il y a des tests à faire pour vérifier que tout marche bien, avec des sorts de simulation qui provoquent pour de faux ce contre quoi les sorts protègent.

- Eh bien, vous n'avez pas de quoi vous ennuyer…

- Oh non ! Et tant mieux. C'est triste, un métier où on ne fait rien…

- Oui, et c'est pour ça que j'ai quitté deux ou trois fois mon travail, témoigna Andromeda.

- Quel travail ? Que faisais-tu, avant de monter ton association avec tes amies ? C'est tout ce que je sais de toi…

- Je vais t'en dire plus, alors ! J'ai eu plusieurs métiers. Le textile, les chiffres, la vente, l'économie, ce sont mes domaines de prédilection. J'ai donc été styliste, experte comptable, et chargée d'études en marketing dans des boutiques de vêtements de luxe. Et lors de mon temps libre, le soir ou quand je suis de repos, je traduis des ouvrages écrits en runes.

- Ouah… Tu as fait tout ça ? Tu as dû faire plein de formations…

- Non, pas tant que ça. Il y en a qui se faisaient en même temps, et j'ai fait celle de runes à distance, ce qui me permettait d'être plus souple dans les horaires que je consacrais à cette formation. Et il y a quelques années, j'ai fondé avec deux amies une association pour enfants et ados non scolarisés à Poudlard afin qu'ils puissent avoir une vie sociale, s'amuser avec des enfants de leur âge, faire des activités sportives et artistiques ainsi que des sorties qu'ils ne sont pas en mesure de faire en-dehors de l'asso, soit parce qu'ils n'ont pas les moyens, soit parce que leurs parents ne sont pas dispos…

- C'est une très belle initiative… Mais vous n'avez été subventionnés par personne ?

- Non, mais avant d'être reniée, j'avais assez d'argent dans mon coffre pour ne pas avoir à travailler de ma vie, étant issue d'une famille très riche avec des parents qui garnissaient généreusement mon coffre et ceux de mes sœurs, mais il était hors de question pour moi d'être femme au foyer et de ne rien faire d'autre de mes journées que de m'occuper de mon enfant et de la maison, ou de dépenser futilement cet argent dans des achats non essentiels. Je voulais être indépendante financièrement, et avec toutes mes formations, ça n'a pas été difficile de dégoter des emplois.

- Et de changer de métier quand bon te semblait…

- Oui. C'est pour ça que je t'incitais tout à l'heure à ne pas te cantonner à une seule carrière, s'il y a deux, trois, quatre ou cinq métiers qui te tentent… Enfin bref, j'adore mon asso, j'adore les enfants et les ados qu'on accueille, et c'est un peu comme si c'étaient les miens…

- Oh cool, j'ai plein de petits frères et de petites sœurs !

Tous rirent de la plaisanterie de Tonks, mais Draco remarqua que le rire d'Andromeda était un peu forcé. «Oh oh» songea-t-il. Avait-elle souhaité agrandir la famille sans y parvenir ? C'était possible, mais Draco n'allait pas l'interroger là-dessus. Car il n'y aurait rien de tel pour casser l'ambiance ! Il fit donc diversion en se renseignant auprès d'Andromeda sur les profils des enfants de l'association. Entre temps, après avoir avalé sa part de tarte à la mélasse, il se régala avec la glace à la vanille et la glace au chocolat. Le reste de la soirée se déroula dans la joie et la bonne humeur, et lorsque, sur les coups d'une heure du matin, il fut temps de rentrer, Draco eut du mal à croire que cela ne faisait que cinq heures qu'il avait rencontré Ted et Andromeda, tant tout était fluide entre eux et lui. Il était ravi d'avoir enfin fait leur connaissance, il aimait cette famille qui était la sienne, et il avait déjà hâte des prochaines soirées qu'il allait partager avec les Tonks. Il avait souffert de l'abandon de ses parents, mais sa famille, c'étaient dorénavant Severus et Tonks, et depuis ce soir-là, Andromeda et son mari. Il était bien, avec eux, et ce dîner lui fit réaliser que la famille était ce qu'il y avait de plus précieux au monde…

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Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Il n'y a eu que deux POV, mais il y avait beaucoup à traiter ! Mais promis, dans le prochain chapitre, il y aura trois POV =) On se retrouve d'ailleurs dans quelques semaines pour la parution de ce chapitre intitulé «Réussite, test et réunion». Je vous souhaite d'ici là de passer de bonnes semaines, je vous souhaite une bonne rentrée pour ceux qui sont au collège, au lycée ou à la fac, une bonne reprise de boulot s'il y en a parmi vous qui travaillent et qui sont actuellement en vacances, et pour ceux pour qui c'est le cas, profitez-en et reposez-vous bien ! Je vous embrasse fort et je vous fais tout plein de bisous à tout le monde !