L'ambiance est étrange, désagréable. Les murs que je devine d'un gris délavé sont illuminés par des néons violets. L'accueil est une simple table sur laquelle un ordinateur est posé, je ne vois pas l'ombre d'un être humain dans la pièce.
- Il est occupé, le gérant. me chuchote Draco
Je ne suis pas inquiet, il m'en faut plus, bien plus. Mais j'ai le sentiment de déranger, de ne pas être à ma place. Parce que tu es chez les moldus me chuchote ma conscience. Pourtant, je sens qu'il y a quelque chose de plus. De caché.
Je ne m'éloigne pas de Draco, une sensation de malaise grandissante tandis qu'il me dirige vers un long couloir à notre droite.
- N'oublie pas, un mot Harry. Un mot et je nous ramène au club. Je t'offre une séance pour débuter la réalisation de ton souhait, je ne veux ni te contraindre ni te blesser, encore moins rajouter à ta souffrance on est clair ?
Je hoche la tête, je le savais déjà, que Malfoy en est conscience est mieux.
- Tu as analyse mon souhait comme une souffrance Draco ?
- Ce n'est pas difficile à deviner que le sauveur est traumatisé.
J'ai un mouvement de recul qu'il repère et stop en me prenant le bras.
- Ce n'était pas une attaque, nous le sommes tous, traumatisés par cette période, toi un peu plus profondément que les autres. Sûrement. Je pense simplement au vu de ce que je constate, que la première chose à débloquer chez toi est le choc. Tu me suis Potter ?
Il sourit en coin, plus taquin que blessant. Me choquer ? Dans cet endroit... me croit-il encore vierge ou quelque chose comme ça ?
- Tu veux me payer une prostituée ? Parce que je ne suis pas-
- Bien sûr que non ! Je veux te choquer pour te faire avoir un électrochoc, pas te voir baiser. Enfin, ce n'est pas prévu aujourd'hui en tout cas. Bon assez bavarder, il ne nous reste qu'un peu moins de deux heures et demi.
Il m'attrape par la taille, je me retire tout aussi vite. Qu'est-ce-qui lui prend ?
- Malfoy !
- Ici, nous sommes un couple, tu comprendras bien vite l'utilité de cette couverture, maintenant arrête de faire la vierge effarouchée et dépassons cette porte que tu puisses sentir ton cœur battre.
Son regard habituellement orageux prend des nuances de bleu violacée en dessous de ces néons. Cela devrait le rendre moins, comment dire. Malfoy est un bel homme, c'est reconnu. Pas par moi, par tous, de façon objective. Cela devrait modifier cette perception mais non, avec sa tenue blanche, ses cheveux blonds platines et ce regard perçant et scrutateur, il reste lui.
- Si vous le dites, c'est vous le professionnel.
- Enfin, ne recommence pas à me vouvoyer chéri, nous n'en sommes plus à ce stade. me répondit cet arrogant manipulateur en ouvrant la porte à la volée.
Devant nous se dresse une large pièce carrée dans laquelle se trouve déjà une vingtaine de personnes, toutes postées devant des vitrines que je n'apercevais que peu sur les côtés de l'endroit. Ils nous regardent tous, et je me surprends à prendre Malfoy par la taille. Le sentiment de malaise se renforce, j'imagine que c'est toujours ça à ressentir. Sa taille relativement fine se rapproche de moi jusqu'à ce que sa hanche se colle à la mienne, il fait comme si de rien n'était.
Nous sommes un couple ce soir a-t-il dit. Jouer la comédie, je sais faire. L'ancien Harry, juste avant, pendant et juste après la bataille avait assez de confiance en lui pour faire quasiment n'importe quoi et ce malgré mon passé. J'avais réussi à passer au-dessus des tentatives d'homicides, des Dursley, des trahisons, des découvertes, des pertes d'êtres chers. Je ferai tout pour redevenir cet Harry qui avait espoir en l'avenir auprès des gens qu'il aime.
Personne ne nous a parlé, mais plus je reste devant cette pièce, plus je comprends ce que l'on vient y faire. C'est un de ses endroits où tout est exposé, mais où la discrétion règne. Si c'est ce que je pense, le choc, du moins mental est assuré, de là à le ressentir physiquement...disons que j'ai connu plus gore.
- Tu es prêt ?
- Tu viens souvent ?
La question est sortie seule, piquée à vif.
- Ce stupide courage. Non je ne viens pour ainsi dire jamais. Je ne connais pas plus que toi mais je pense que cela peut t'aider. Je t'expliquerai tout plus tard, Harry.
J'avance de quelques pas, l'entrainant à ma suite.
- Sache que ton prénom m'agresse toujours autant qu'à l'époque. Tu as de la chance que le client soit roi.
Je ne réponds rien à la pique, non pas que je ne sache pas quoi dire. Je me suis abstenu car j'ai le sentiment que cette phrase a été prononcée pour la forme, et qu'elle n'est pas pensée.
Nous nous déplaçons jusqu'à la première vitrine, pour voir une scène de la vie quotidienne. Rien de sexuel. Une femme regarde une émission de télévision sur un canapé vert tandis qu'on peut apercevoir un homme ranger des saladiers dans un meuble de la cuisine adjacente.
Ceci n'est pas sensé me choquer quand même ? Je veux dire, observer ces gens faire à quelque chose de malsain et de dérangeant, mais rien de profondément choquant. Nous sommes une dizaine à les observer, et pendant un long moment qui me semble être une éternité, personne ne dit rien, ni Malfoy ni moi. Il faudrait que mon esprit arrive à l'appeler Draco naturellement, comme je tente de le faire à l'oral. Question d'habitude je suppose.
Soudain l'ironie de la situation me frappe. Harry Potter, sauveur supposé du mon sorcier tout entier (rien que ça), profondément traumatisé traîne depuis peu dans le club de son ancienne némésis au passé douteux, et plus fort encore, s'offre ses services pour combler le vide profond de ses entrailles mais ce blondinet l'amène regarder des moldus vivre leur vie devant une vitrine.
Je laisse échapper un rire que je qualifierai de rauque et d'étrangler avant de me faire rappeler à l'ordre par un léger pincement à la hanche.
- Laisse les gens profitez du spectacle. Et avant que je ne t'explique mon but, allons voir la deuxième vitrine de cette salle.
Pour ne pas déranger les autres, il a chuchoté près de mon oreille. C'est officiel je me déteste d'avoir cette sensation au creux de l'estomac à chaque fois qu'il est un peu trop lui.
La deuxième vitrine, à droite de la pièce laisse apparaître une scène plus intime. On y voit un couple s'embrasser. La scène me paraît plus glauque encore que la précédente car ils ont tout deux les bras le long du corps, n'ayant pour unique lien que leurs bouches.
- Tu dois te dire que ce n'est pas si choquant pour te perturber plus que cela. Laisse moi te faire voir les choses comme je veux que tu le fasses. Tu te sens étrangement vide. Tes émotions et tes sentiments semblent filtrés, certains sont plus ou moins intacts, d'autres te laissent creux. L'adrénaline, l'endorphine, c'est ce que tu cherches sans trouver. Car tu es persuadé que seul la violence te les feras ressentir, car tu n'as aucune idée des milliers d'autres moyens de sentir ton sang devenir de la lave et ton corps fondre dans le moment. Regarde ces gens, trop pudiques pour s'exposer sexuellement et trop avides de regards pour s'en priver. S'exposer ainsi leur permet de ressentir l'excitation d'être observé, n'ai crainte je ne pense même pas à te faire faire de même. Je te montre une métaphore de ton problème. Tu souhaites ce que ces gens ont, d'une manière qui ne te blessera, qui sera en accords avec les gens que tu aimes et avec l'image que tu as de toi-même. Tu te refusés à toute démonstration plus ou moins dévergondée. As-tu conscience que la clé de ton traumatisme, de ton blocage, c'est toi qui l'a détient ? Acceptes-tu de te laisser aller, dans le plus grand secret au pouvoir de mes séances pour te faire dépasser ce stade ?
Le souffle court, je ne peux que sortir une réponse essoufflée, rapide, brusque et évasive.
- Je veux retrouver l'ancien Harry. Celui qui ressentait tout et qui avait confiance.
Je le sens se déplacer jusqu'à être derrière moi, presque collé à mon dos.
- Je ne t'aiderai pas à retrouver l'ancien Harry. Je vais t'aider à t'ouvrir au nouveau Harry, celui qui a ajouté du vécu à son cœur et qui va découvrir ce qui le fait vibrer.
- Je risque de craquer. De parler de la bataille.
- Et je te rattraperai. C'est ton souhait et je l'exaucerai jusqu'au bout.
- Parce que je suis ton client ?
- Parce que tu es mon client.
Sans un mot, nous sommes sortis et nous avons transplané.
Me retrouver dans son bureau à quelque chose de rassurant et de réconfortant après tout ça.
- Tu as eu le choc dont je t'ai parlé ? Cette séance de découverte t'a-t-elle indiqué dans quoi tu mets les pieds Harry Potter ?
Je ne peux pas m'empêcher de le regarder, encore et encore. Je connais mon but, je veux sonder l'insondable. Je veux voir ce qui se cache derrière ces yeux gris métalliques mais quasi translucides qui recouvrent un maître de la legilimencie.
- Je te suis, Draco Malfoy.
Il me fit son habituel, je peux le dire au bout de cinq jours, sourire en coin auquel je répondis cette fois, presque complice de ce que nous préparons.
- Je n'ai pas déterminé si c'est le meilleur ou le pire choix de ta vie. Tu as peur ?
- Tu aimerais.
Le souvenir passé me rappela à qui j'avais à faire. Nous avons dû respect l'un pour l'autre mais je dois arrêter de penser qu'il fera ne serait-ce qu'un détail de plus que ce que notre contrat lui impose.
- Je vais rentrer si nous en avons fini.
Il ne dit rien à mol changement de ton et d'humeur et me salua poliment. Sans rien ajouter, je quitte le bureau et laisse entrer le client suivant dans la pièce.
Bonjour ! La fameuse première séance ! J'espère qu'elle ne vous décevra pas, c'est la séance de "découverte".
En espérant que mon chapitre vous plaît (et que la suite continuera).
Bonne journée/soirée 3
