Je rappelle jamais assez que mon histoire comporte des TW (sexe, violence, troubles mentaux plus ou moins légers etc.) : prenez soin de vous et ne vous forcez pas à lire si jamais cela vous perturbe ! Merci infiniment de suivre mon histoire 3
Mon absence s'explique par mes examens de fin de semestre, et par une perte familiale... Je suis contente d'avoir enfin trouvé la force d'écrire (pas faute d'avoir toute l'histoire en tête) !
After Dark - Mr.Kitty
Grin...
C'est ma première séance avec l'employé de Malfoy. Il m'a bien précisé que le fait d'avoir accepté de m'aider ne veut pas dire qu'il a accepté que je déroge à une des règles de son club. Au lieu du proprio, je me retrouve donc avec un des larbins.
Tant qu'il peut m'aider... Comment le pourrait-il ?
Je dois faire confiance.
- Bonsoir. Grin c'est bien ça ?
J'hoche simplement la tête, je ne suis pas d'humeur à la causette.
- Je vois. Commençons tout de suite dans ce cas.
A peine a-t-il terminé sa phrase que je me retrouve dans une machine à la moldu qui ne présage rien de bon.
- J'ai bien compris que votre problème vient de vos amours, de votre intérêt du moment plus particulièrement, cependant, nous allons faire en sorte de remonter plus loin. Je vais vous poser des questions, très simples, et vous allez me répondre. Ne me regardez pas comme ça, vous allez répondre je vous la garantie. Cette machine n'est pas là pour la déco.
Je me sens oppressé, mais je me tais. Encore une fois.
La différence principale que je vois entre ce manège et ma relation avec McLort, c'est que là je paye en liquide pour me faire maltraiter, avec McLort, c'est mon cur qui paye.
Je sens l'engin se mettre en marche et créer un bruit de fond, je tremble légèrement, mais rien de catastrophique.
- Première question : combien de relations avez-vous eu et comment se sont-elles terminées ?
Je résiste, je ne sais même pas pourquoi, je suis là pour qu'on m'aide. Mais je trouve leur méthode brusque, je ne suis ni à l'aise ni en confiance.
- J'ai conscience que j'y vais fort avec vous, mais observez la taille des murs que vous dressez entre vous et le monde, si je veux les percer, je dois employer la méthode dure. Je vous rassure, si cette séance est un succès, les prochaines seront des balades de santé. Je répète donc ma question avant de lancer la machine Grin, combien de relations avez-vous eu et comment se sont-elles terminées ?
Je me mords la lèvre inférieure très fort, vieux réflexe que j'essaie de faire partir depuis des années sans y parvenir. Je le vois soudain prendre une machine à boutons dans les mains et maintenant au comble de la panique, je décide de répondre.
- Trois ! Ne faites rien ! J'ai eu trois relations. La première s'est terminée car il est tombé amoureux de quelqu'un d'autre. La deuxième, cette femme était trop parfaite pour moi, sa vie était trop rangée pour supporter le bordel ambulant que je suis... et la troisième avec McLort, si on peut l'appeler comme ça. C'est du cul, avec quelques avantages qui ne lui font ni chaud ni froid.
- Très bien. Vous voyez, tout se passe à merveille. Continuez comme ça. Vous pouvez y arriver.
Dit-il alors qu'il m'a attaché à une machine moldu sans même se présenter avant. Il a un trou dans le crâne celui-là.
- Deuxième question : depuis combien de temps fréquentez-vous McLort et quels sont vos sentiments à son égard ?
Je grimace avant de répondre à sa question, dépité par ma faiblesse.
- Environ six mois. Je pense l'aimer, mais je ne le connais pas si bien alors je suis peut-être juste attaché à la version de lui qui apparait dans mes rêves, puis j'ai tendance à être dépendant affectif, les traumas tout ça vous connaissez... Tout ça pour dire que j'ai conscience que mon état mental pitoyable joue pas mal dans l'ampleur des sentiments que j'éprouve envers celui qui ne fait, et au sens propre comme figuré, que me baiser.
Il note, il n'a pas relevé une seule fois la tête de son bouquin pour que je puisse mettre un visage sur mon bourreau aux airs de psy.
- Vous vous en sortez magnifiquement bien. Troisième et dernière question, pour ne pas trop abuser de vous pour cette séance découverte : avez-vous été diagnostiqué par un.e psychomage pour un quelconque trouble ?
Je me tais. Ne dis rien Grin, tu ne le connais pas et- La machine commence à trembler de plus en plus fort avant de disparaitre, me laissant retomber sur le sol près d'un fauteuil.
- Répondez moi, je vous prie. Je suis désolé pour la machine, je pensais que cela vous motiverait à parler, et non pas vous angoisser.
C'est bien ce que je disais, rien dans le cerveau. Sa technique ne m'a pas l'air bien au point. Il me fixe en silence et après un soupire, je me décide à parler, la pensée de mon argent volant en fumée ancrée dans mon esprit.
- Je fais de la dépendance affective, vraiment. J'ai le syndrome du sauveur paraît-il. Je suis précoce et hypersensible. Rien de folichon.
Je n'en pense pas un mot, mais j'ai l'habitude qu'on minimise ce que je ressens, alors mieux vaut ne plus l'exprimer. Dedans, au fond de mon cur, ça a bien plus sa place.
- Grin, nous allons apprendre à nous connaître. Je suis Rapace, et je pense avoir toutes les clés pour vous aider.
J'ai eu l'impression de me noyer dans ses paroles.
Harry...
Après-demain, 20h.
J'ai parfaitement conscience qu'on joue tous les deux. Le seul problème, c'est que je ne sais pas à quel jeu. J'avais tout précipité en voulant qu'on s'appelle par nos prénoms, mais ça me semble le minimum au vu de notre parcours afin d'enterrer la hache de guerre et adopter une relation plus équitable reposant sur l'échange monétaire et un respect d'adulte à adulte.
La première séance avait été constructive bien que très spéciale. M'amener observez des gens faire des scènes est dans le top 3 des pires idées que la Terre est portée. Mais ça avait du sens pour moi et mon problème, il faut le reconnaitre.
Notre proximité va au-delà de ses fonctions, mais j'imagine que gérer mes problèmes nécessite un peu de contact physique, j'en ai bien besoin... besoin du sien, certainement pas, mais il reste le seul à m'en offrir de temps en temps. Alors tant que nous restons professionnels. Je ne vois pas le problème. Le trouble que je ressens, c'est parce que c'est Malfoy, il y a de quoi être perturbé.
J'essaie de me mentir à moi-même maintenant, je note. Il n'empêche que ce serait le mieux.
Le jour J.
- Harry, ça fait deux jours que tu ne sors même plus dîner avec nous ! T'abuses vieux !
- Désolé Ron ! Je te promets que demain soir je serai avec vous. Laisse-moi juste encore un peu de temps, s'il-te-plait.
- Je comprends, enfin je crois. A demain alors.
J'entends ses pas s'éloigner de la porte et toujours assis sur mon lit, je décide que la séance de ce soir laissera voir un nouvel Harry. Il le faut.
Il est devant le club, dans un pantalon noir cintré accompagné d'un pull gris. On doit apparemment se faire discrets là où il m'emmène.
- Bonsoir, Harry.
- Bonsoir Draco.
- Prends mon bras, si tu te sens prêt.
Je n'ai plus le temps d'hésiter, va savoir pourquoi tous ces évènements m'ont amené jusque-là. La bataille finale, mon repli, mon manque d'estime, ma recherche de reconnaissance vaine, mes proches décédés, mes proches bien vivants que pourtant je repousse, mon ennemi qui n'en est plus un, notre rapprochement, ce club, mes constantes remises en question et mes pensées qui se contredisent en permanence... je prends son bras, je le serre même. Il le remarque, il ne tique pas, pourtant, je suis presque certain de lui faire mal.
On arrive dans une rue banale, moldue de toute évidence, comme il l'avait dit.
- Je te rassure, l'action ne se passera pas dans cet endroit. Suis-moi.
Nous nous lâchons, tant par réflexe que par gêne de mon côté, j'ai dû lui faire mal. Pas tant que ça au vu de sa vitesse, j'accélère pour que mes pas se calquent sur les siens. Subitement, je suis de nouveau l'élu, Harry Potter le survivant, celui qui marche vite, tout le temps et partout, car il a des objectifs. Celui qui doit tuer celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom. Je sens mon coeur battre légèrement plus vite, dû à mon activité physique mais aussi au souvenir qui devient omniprésent dans ma tête. Mes oreilles bourdonnent. Je n'ai plus besoin de courir pour amener quelqu'un vers la mort, alors pourquoi marchons-nous si vite ?
Pourquoi tous ces changements si vite ? Si brusquement ? Je me sens attaqué par moi-même. Des détails me rappellent des montagnes d'évènements, des évènements que je refoule pourtant. Je me surprends, je fais attention à chaque détail, ça fait mal. Trop, sûrement.
- Nous y sommes presque, escaladons.
Le brouillard dans mon esprit se disperse quelque peu lorsque mon regard tombe dans une tempête d'émotion visuelle.
L'orage qui se trouve devant moi à pleinement conscience de ce qui se déroule dans mon corps, mais cette fois, au lieu de fuir l'orage, par peur ou lâcheté, je m'y agrippe, férocement, je refuse de le lâcher. Je me suis toujours senti en sécurité sous la pluie, il me semble que le gris de ses yeux me rappelle les nuages et leur bonté envers moi.
- Interdiction d'utiliser la magie. Si tu tombes, je te rattrape.
Je me détache de ma bouée de sauvetage pour observer l'immense building qui se trouve devant moi. Nous devons donc escalader ça à mains nues. Je n'ai jamais été très bon en escalade, mais en cascades, oui. Je survivrai.
Sans attendre, décidé à en découdre avec moi-même, à sentir mon cur accélérer jusqu'à son point de rupture, je m'accroche à la façade. Mon visage se ferme, je le sens se contracter. Je monte les premiers mètres sereinement, je sens qu'il me suit, je ne prends pas la peine de vérifier. Ce n'est plus la séance de Draco Malfoy pour Harry Potter, c'est la bataille entre Harry Potter et Harry.
Il doit faire une trentaine de mètres, j'ai vu pire sur un balai. Je sens quelques gouttes perlées à mon front et je deviens bientôt euphorique. Mes muscles sont contractés, enfin utiles et pour me maintenir en vie : comme depuis ma naissance. Je sens que ma vie ne tient qu'au fil de la puissance de mon corps et de mon mental qui doit rester persuadé que je peux arriver tout en haut. Mes mains deviennent un peu moites mais ça ne m'inquiète pas, mes veines sont en feu. Et j'adore cette sensation. Je me sens vivant.
Je glisse à environ cinq mètres de la fin mais me rattrape à peine deux ou trois mètres plus bas. Peut-être que Draco a compris mon état, mes émotions, car il n'a pas tenté de me sauver à ce moment-là. Je gère, je maîtrise véritablement la situation et la sensation de contrôle me fait du bien.
Lorsque j'arrive en haut, mon corps me fait atrocement mal. Il me fait payer le sport intensif sans échauffement. Je ressens une légère perte d'équilibre. Mais mon visage est habillé du sourire le plus sincère que j'ai pu faire depuis des mois. Alors ça va, ça va mieux que ces derniers temps, ça va mieux que jamais. J'ai grimpé pour me sauver moi, pas pour aller tuer ni pour me faire tuer. Juste pour accomplir un acte random.
- Ce n'est pas terminé.
Draco est devant moi, légèrement essoufflé et essuyant la transpiration qui barre son front et fait rougir la peau pâle qu'il a toujours revêtu.
- Nous allons redescendre. Et bien plus vite. Mais avant... il est temps de mettre quelque chose au point.
Il refait ce truc, avec ses yeux, qui croisent à nouveau les miens. Je ne me sens pas prisonnier cette fois. C'est d'une débilité infinie, mais je me sens libre de partir si l'envie m'en prend, alors même que je suis sur un building moldu en pleine nuit.
- Tu ne pars plus en séance sans attendre la fin de mes explications. Cependant, je suis plutôt satisfait de ta réaction à cette séance, nous en reparlerons en bas mais ceci est le Harry que je cherche à percevoir.
Sans attendre plus longtemps, je le vois s'élancer dans le vide, littéralement se laisser tomber en arrière du haut du bâtiment. Sans consignes pour moi ; une invitation silencieuse à la suivre, à faire confiance. En mon corps, en la liberté de ma réflexion, en lui certainement aussi.
Interdiction d'utiliser la magie. Si tu tombes, je te rattrape.
J'imagine que ça vaut aussi pour le retour.
Je devrais hésiter, mais je me retrouve à hésiter devant mon manque d'hésitation. Je ne peux pas lui faire confiance à ce point quand même ?
Apparemment si, puisque je suis sur le bord de ce bâtiment, les pieds à moitié dans le vide. Le vent balaye mes cheveux vers l'arrière et la sensation familière du vide et de l'adrénaline me rappellent cette fois un souvenir bien plus joyeux, du jour où j'ai pu voler sur le dos de Buck pendant le cours d'Hagrid.
Je ressens en cet instant que ce n'est plus grave. Que je peux me laisser aller. Déléguer la pression. Je meurs, où il me rattrape, dans les deux cas ce n'est pas de moi dont il s'agit, mais de lui, tout le contraire de la montée.
Je me demande vaguement si les moldus vont m'entendre hurler pendant ma chute, ou si Draco a prévu le coup, mais cette question ne me préoccupe pas plus de quelques secondes, le temps que je me laisse tomber la tête la première, comme un plongeur.
Je dévale les trente mètres à une vitesse affolante, je tente de recueillir toutes les sensations, impressions, sentiments qui passent dans mon corps. Ma tête est vide, complètement vide et cette fois, il n'y a pas un fond de pensées désagréable où une sensation de néant qui pourri le moment, cette fois... cette fois c'est plaisant, je ressens, ça faisait tellement de jours, si je ne tombais pas, je pleurerais encore. Cette thérapie a le mérite de faire ressurgir des choses que je pensais ne plus être en mesure de faire.
Je ne sais pas si je m'attendais à un impact ou non, mais ma tête ne touche pas le sol, pas plus que le reste de mon corps. Je reprends mon souffle, calmement, je n'ouvre même pas les yeux. Je n'entends aucun bruit, pas même une respiration, mais je me sens bien. Je sens son regard sur moi et ça suffit à me persuader que je ne suis pas seul. Pour une fois, quelqu'un a chuté avec moi, et m'a attendu au bout. Et je ne parle pas de la façon dont Hermione et Ronald m'ont suivi et aidé durant toutes ses années. Je parle de quelqu'un qui est prêt à tomber avec moi, dans tous les sens du terme.
Je ne sais pas pourquoi je ne m'en suis pas rendu compte plus tôt tellement c'est évident. Je ne peux avoir meilleur thérapeute que Draco Malfoy pour la seule et unique raison que mon problème, est le sien. Que nous nous reflétons aussi bien que nous nous opposons. Je lâcherais presque un rire mauvais, si je ne me sentais pas aussi compris, si je n'avais pas l'impression d'être bercé délicatement après une grosse épreuve par quelqu'un qui non seulement est présent, mais comprend, à cent pourcent.
- Draco.
Je ne dis rien de plus, peut-être parce que je n'ai rien à dire, ou peut-être parce que à cette heure-là, en bas de ce building moldu avec pour unique présence magique un Serpentard repenti, ça suffit.
Je me relève, pas trop vite, mon rythme cardiaque est encore trop rapide pour que je me permette une relevée normale.
Il est silencieux et décoiffé par la chute ; je ne dois pas être plus décoiffé qu'à mon habitude mais je suis persuadé qu'on a la même expression. Le même air qui flotte autour de nous, signifiant ce manque grandissant dans nos poitrines, cette adrénaline qui nous manque déjà. Ce retour à la vie terrestre qui ne nous convient pas. Je pense comprendre où il voulait en venir aujourd'hui. Je ne peux pas refouler mon besoin de sensations fortes, c'est plus qu'un traumatisme ou une mauvaise habitude, ça fait partie intégrante de moi.
Tous ces blocages, ces sentiments que je ne ressens plus, cette distance avec les autres : c'est parce que je me refuse de m'apporter ce dont j'ai besoin et qu'eux, n'ont tout simplement pas besoin de la même chose que moi pour avancer.
Et maintenant, je fais face à quelqu'un qui fonctionne à la même drogue que moi, dont les blessures se soignent de la même façon. On se reconnaît entre nous, tout son être me le cri pour la première fois. Toute cette maîtrise apparente, son évolution fulgurante en quelques mois, sa métamorphose physique et cette tempête grise qui fait rage dans ses yeux, tout le temps... ce n'est que le résultat de l'adrénaline. L'adrénaline qui fait oublier les blessures, les décès, les cicatrices, les actes et les proches. Qui recentre sur soi : mais qui condamne à la solitude.
Ce soir, nous étions deux.
Il n'est pas encore temps au debrief de séance, nous ne sommes pas en état. Je repense à nos discussions depuis que je l'ai retrouvé, à ce confort que je ressens dans son club, à l'amusement, la colère et le trouble que cet homme provoque en moi.
Draco Malfoy n'est plus mon ennemi. Il n'est pas non plus mon ami.
Je me sens frénétique, la bourrasque de sentiments m'envahit, l'après-coup du pic d'adrénaline et je ne sais pas comment l'exprimer. Alors je l'attrape, je le secoue de toutes mes forces, il attrape mes épaules et me force à m'arrêter. C'est une attaque, c'est un trop plein. Nous pourrions aller très loin, devenir violents. Son front percute le mien, sans douceur, et nous nous fixons, haletants et moites.
Harry Potter et Draco Malfoy ayant une relation purement professionnelle ? Laisse-moi rire, ça ne pouvait pas fonctionner bien longtemps.
Je le défi du regard de dire quelque chose, là, à ce moment précis, tout en m'attendant à ce qu'il n'en fasse rien. Nos souffles se mélangent sans que nous ne relâchions notre prise sur l'autre, nous en voulons plus, mais nous ne savons pas dans quel sens.
- Peut-être que tout aurait pu changer avec du temps. On aurait pu se donner la peine d'être des gens bien, si on l'avait voulu. Des gens comme il faut, dans les normes. C'est vrai, on aurait pu. Mais toi et moi, on brûle à l'adrénaline.
Un sourire en coin se forme sur son visage, plein de malice. J'y réponds avec le même air joueur, car enfin je comprends où il veut en venir avec moi.
- Si les autres séances que tu me réserves sont comme celle-ci, je signe tous les contrats de Monsieur Hopkins.
