Damn Those Eyes - Ashley Sienna

Harry…

J'entends les battements de mon cœur cogner à l'intérieur de mes oreilles, j'ai l'impression qu'il essaie de s'enfuir. Par Merlin, je suis le roi des bouffons. C'est un miracle que je sois rentré entier en visualisant le bon endroit.

La maison est vide et même si je me demande pourquoi, je préfère me réfugier dans ma chambre sans chercher à comprendre. Il est tard, mais je n'étais pas là et j'ai pris la peine de lire le petit mot indiquant que leur absence est normale.

J'ai l'impression qu'il est partout. Je sens encore son odeur, je sens encore le contact de ses lèvres sur les miennes, je sens encore ses mains sur moi, je vois encore son regard se plonger dans le mien.

C'est trop intense. Je déteste les émotions qui sont trop intenses, ça me fait presque mal. Je me sens en danger. Je regrette déjà de m'être laissé aller. Ce n'est pas cette vie que je veux mener.

Il n'est même pas si tard, mais je me sens lasse de tout.

À peine déshabillé, je me laisse tomber sur mon lit et me blottis sous les couvertures. Étrangement, le sommeil m'emporte très vite.

- Tu aurais dû être là hier soir Harry !

- C'était vraiment top vieux frère, le ciel était magnifique.

Le réveil en fanfare des jumeaux ne m'étonne que très peu et je leur souris, reconnaissant de la joie qu'ils apportent avec eux. Et Merlin sait que je n'ai vraiment pas la tête à la joie.

- Je me demandais où vous étiez allés oui. Tous ensemble en plus.

Je leur réponds en me levant doucement, étirant mes membres au passage.

- On essaie de sortir un peu plus ces derniers temps, de passer du temps en famille, ce genre de choses… Ce serait vraiment bien que tu viennes la prochaine fois. Cette fois, personne ne t'a prévenu alors ce n'est pas de ta faute.

- On en avait parlé à un dîner auquel tu n'as pas assisté, mais pour nous tu fais partie de la maison alors c'était l'évidence même que tu sois au courant.

Ils donnent beaucoup d'informations pour un lendemain de journée merdique.

- Bien sûr, je ferai en sorte d'être là. Prévenez-moi et je me libère !

Ils me sourient et quittent la pièce, apparemment satisfaits de ma réponse.

Je prends la peine de me doucher avant de m'habiller d'un jogging et d'un sweat large, j'ai vraiment envie de rien aujourd'hui. Je dois réfléchir, c'est déjà bien assez d'efforts.

Je me tâte à sortir de ma chambre, j'ai beau les aimer, je ne me sens pas de les affronter. Je ne me vois pas faire semblant d'aller bien ou de trouver un prétexte à ma morosité.

Je tourne en rond quelques minutes avant de prendre ma décision. D'un pas rapide, je sors et me dirige vers la chambre de Ron, dans laquelle je sais que je trouverai Hermione.

Un léger coup à la porte suffit à ce qu'elle apparaisse devant moi, laissant tout juste assez d'ouverture pour que je vois que mon meilleur ami est toujours profondément endormi derrière.

- Oh Harry ! Tu veux me parler ?

- Pas aujourd'hui. Tu te doutes qu'il s'est passé des choses… Je ne me sens pas bien.

- Pas bien dans quel sens ?

- Pas bien dans le sens : si je reste ici je vais exploser.

- Et donc ? Tu veux que je vienne avec toi ?

- Non, je t'en parlerai certainement demain, peut-être même ce soir, j'en sais rien honnêtement. Mais là, j'ai besoin d'éclaircir mon esprit. Je pense passer la journée dehors. Je voulais te prévenir, histoire que personne ne s'inquiète.

Son front est plissé par l'inquiétude et son regard en dit long, mais comme toujours, Hermione réagit de la meilleure des façons et m'offre un petit sourire encourageant.

- Vas-y alors, mais fais attention à toi.

J'hausse un sourcil et elle arque le sien en réponse.

- Je ne plaisante pas, une égratignure et je te ferai regretter ta naissance.

Je lui offre un petit sourire, qui bien que fragile est sincère. Désireux de la rassurer, je lui fais une accolade avant de retourner dans ma chambre. Je prends mon balai et comme un voleur, je pars par la fenêtre.

D'habitude, je vais au Bag'lette. C'est perturbant de me dire que pour la première fois depuis plusieurs semaines, ce n'est pas ma destination ni ma solution. Je dirai même qu'il est presque devenu mon problème.

Nostalgique, je me remémore plein d'événements. Les humiliations de mon cousin au parc, la maltraitance de mon oncle, le dédain de ma tante, le snobisme de Draco, la méchanceté de Rogue, les soucis de confiance entre Ron et moi…

Sans que je ne comprenne vraiment quel chemin j'ai pris, perdu dans mes pensées, j'ai atteint le fameux parc dans lequel j'ai passé plus de temps à déprimer qu'autre chose. Je suis de retour dans la partie moldue du globe terrestre.

Un frisson me parcourt, mais je décide quand même de m'arrêter là. Si je suis là, c'est qu'il y a une raison. Je réduis mon balai et me pose sur la balançoire.

Il n'est même pas dix heures et la fraîcheur du matin est encore trop présente pour que des gens s'aventurent dehors, alors je suis seul.

J'y passe un moment à penser, je ne pleure pas, je me balance quelques minutes, je fais le tour du parc, j'observe les quelques passants fuir mon regard lorsqu'ils me voient. Je me retiens de partir à chaque parent qui fait demi-tour, effrayé de voir un homme adulte dans un parc à cette heure-là. Mon expression faciale ne doit pas aider.

Vers midi, il y a beaucoup plus de passants, mais je ne bouge toujours pas. Je suis bien ici. Je me repose l'âme.

En milieu d'après-midi, le soleil tape suffisamment pour que je retire mon sweat et me félicite d'avoir mis un t-shirt en dessous.

J'ai pris la peine d'aller m'acheter un sandwich et une bouteille d'eau avec le peu d'argent moldu que j'avais sur moi, l'équivalent de 5 euros. Jamais plus, jamais moins. Par chance, le parc était toujours vide à mon retour.

- Potter ? Tu me fais vraiment te chercher dans des endroits pas croyables.

Je sursaute, ce qui ne m'était pas arrivé depuis une éternité. Je sursaute intérieurement parce que c'est lui. Parce que dès que je vais lever la tête sa présence deviendra réelle. Parce qu'il m'a trouvé, dans un parc moldu, et que ça m'effraie.

- Je t'avais dit que je ne te laisserai pas fuir. Je t'ai aussi dit que je ne te laisserai pas tomber tant qu'on sera sous contrat. Et je t'ai également précisé que j'étais prêt à tout pour cela, même à demander à Granger les endroits où pourraient se terrer son crétin de meilleur ami.

Je me crispe et me lève, toutefois en esquivant son regard.

- Elle non plus ne savait pas où j'allais aller.

- Oui, pourquoi crois-tu que j'arrive seulement à dix-huit heures ? J'ai dû tous les faire. Je commençais presque à me dire qu'elle s'était trompée dans sa liste.

- Des moldus pourraient te voir.

- Et alors ? J'ai transplané en toute discrétion et ce quartier est aussi vide que mon manoir.

- Je n'ai pas envie de te voir.

- Et moi, je refuse de te voir te morfondre seul.

Je reste silencieux et serre les poings. Je sens qu'il avance jusqu'à voir le bout de ses chaussures toucher le bout des miennes. Il est vraiment très proche.

Le côté ironique de la situation, c'est que si je recule, je vais certainement me prendre la balançoire. Je ne garantis pas de réussir à me stabiliser, et comme il le dit si bien, ce serait cliché.

- Ne va pas croire !

Je commence, avant qu'il n'attrape mon visage entre ses mains et que ses lèvres trouvent les miennes.

Sa prise est légère, il me laisse la possibilité de partir. La culpabilité et la peur qui me rongent l'estomac me supplient de le faire. L'adrénaline que je sens brûler dans mes veines, l'excitation qui remplit l'air et mon cœur qui bat en parfaite harmonie avec le sien me poussent à rester.

Presque de façon désespérée, je m'accroche à lui et le rapproche encore. Nos torses s'entrechoquent et il profite de ce moment pour glisser ses mains dans mon dos. Les miennes restent accrochées au col de sa chemise et j'approfondis le baiser.

Il devient plus brûlant, plus violent, je lui mords la lèvre inférieure, il réclame l'accès total, je lui offre sans attendre.

Putain, on est dans un parc pour enfants moldu.

J'ouvre un œil pour vérifier qu'on ne traumatise aucun enfant avant de reprendre mon activité.

Je réfléchissais si fort avant qu'il arrive, des milliards de questions, des milliers de souvenirs, quelques centaines de réflexions et des dizaines de réponses. Il suffit qu'il vienne pour que mon cerveau se taise, pour que ma raison se calme et que mon instinct prenne le dessus.

On se sépare et contre mon gré, mon regard plonge dans le sien. À chaque fois que ça, ça se produit, je sais que je suis foutu.

- N'ai pas peur, on en parlera ensemble plus tard. Tu ne t'engage à rien Potter. Rien de rien. Tu es maître de la situation et de toi-même, Harry.

Et juste comme ça, juste en quelques mots, je suis convaincu. Hermione n'en reviendra pas.

C'est peut-être parce que je sais qu'elle me soutient envers et contre tous, quitte à me remonter du fond du trou, ou peut-être parce que Draco est vraiment persuasif… Dans tous les cas, je le laisse nous entraîner dans la cabane pour enfants qui est une ancienne maisonnette de jardin.

D'un coup de pied, il ferme la porte en bois, qui tient à peine, et la verrouille magiquement. Il insonorise la « pièce » et vérifie en même temps que moi que rien ne peut être vu de l'extérieur.

En trente secondes, il était sur moi. Je savais que j'étais perdu.

Je savais que le serpent allait gagner. Contrairement au lion qui n'a que la force et l'endurance, le serpent peut se faufiler autour de ton cou. Puis serrer. La prise du Draco est plus excitante qu'effrayante, sa prise n'a pas l'air de vouloir me tuer. Il faudra tout de même que je pense à me méfier de ses crochets…