Dumb & Poetic - Sabrina Carpenter


Si le ciel et la terre sont liés, alors… Lui et moi le sommes aussi. Il y a des choses inexplicables. Mais celle-ci l'est. De par nos vécus, nos présents, nos physiques: nous sommes infiniment un seul être.

Je suis un ami, un frère de cœur, un enfant adoptif, un sauveur, un élu… mais je suis surtout lui.

Il est un traître, un lâche, un anti-héros, un fils fidèle, un neveu… mais il est surtout moi.

Nous avons couché ensemble et maintenant que nous sommes tous les deux essoufflés, je me demande pourquoi j'ai autant hésité.

C'était libérateur d'enfin me laisser aller dans ses bras.

Je sais que l'angoisse va revenir, mais pour le moment, elle se tait et j'ai l'impression de respirer pour la première fois. Je crois que mon corps n'attendait que ça.

Ce moment a été d'une alchimie inexplicable mais tellement évidente.

Si je suis honnête avec moi-même, je pense que je suis obligé d'assumer le fait qu'il m'attire depuis le premier jour où je l'ai revu, mon fameux et inoubliable premier jour au Bag'lette.

-Harry?

Il m'interroge à la fois avec sa langue et ses yeux, et je n'arrive pas à lui répondre.

Je me pose d'un coup pleins de questions. A-t-on un avenir? Est-ce que je le souhaite?

-Harry stop, je vois ton cerveau tourner à mille à l'heure. Respire, tout va bien. Tu regrettes?

-Non.

Cette fois, aucune hésitation.

-Parfait, je n'en ai aucun non plus. Profite, tu paniqueras plus tard sur nous deux.

Sans un mot de plus, il m'aide à me rhabiller tout en me gardant le plus près de lui possible. Je me laisse faire avant de me mettre à l'aider à mon tour, désireux de lui rendre le service; que je sens, étrangement, empreint d'une affection à peine dissimulée.

-Ne fuis pas une nouvelle fois, s'il te plait.

Je balaye l'endroit dans lequel nous avons couché ensemble afin de fuir son regard le plus possible avant de marmonner:

-Je ne te fuirai plus.

Cela suffit à le faire sourire, je le vois du coin de l'œil. Alors je m'autorise un petit sourire à mon tour.

-Merci d'être venu me chercher. je lui dis

-Merci d'être revenu dans ma vie. il me répond

Mon cœur loupe un battement, tant ma tension est montée en flèche rien qu'en comprenant le sens, la lourde signification de ce qui est presque un aveu.

Voulant alléger l'ambiance à nouveau électrique de la pièce, je lui propose de sortir de là, ce qu'il accepte. Nous sommes donc à nouveau dehors, le vent nous fouettant le visage sous l'œil attentif de la lune qui pointe le bout de son nez en ce début de soirée.

-Draco…

-Oui Harry?

Il a cette façon de me regarder qui me rend complètement fou, qui me fait perdre ma langue, qui me fait perdre mes esprits, qui me fait oublier qui je suis.

-A quel point suis-je détestable d'avoir couché avec toi sans savoir si je suis prêt à être avec toi?

A ma plus grande surprise, il me sourit tendrement et se rapproche afin de prendre mon visage en coupe dans ses mains toujours si putain de douces avec moi.

-Je te répondrai que je t'aime d'autant plus que tu réfléchis avant d'agir, que tu réfléchis à ce que tu veux, et que tu testes avant de sauter à pied joins dans un piège.

Je t'aime.

Je t'aime.

Je t'aime.

Il a dit qu'il m'aime.

Draco. Malfoy. A dit. Qu'il. M'aime.

-Ne pleures pas Harry… S'il te plait ne pleure pas maintenant…

Je n'ai même pas remarqué que je pleure. C'est trop d'émotions d'un coup. C'est trop de nouveauté d'un coup.

Je combats mon instinct de toutes mes forces pour me retenir de prendre mes jambes à mon cou, de fuir le plus loin possible.

Je suis à la fois tellement sûr de moi vis-à-vis de lui et à la fois je doute tellement.

Est-ce réel ou ma souffrance qui parle? Que dirons mes proches? Que dira le reste du monde? Pouvons-nous réellement nous aimer sans être toxiques l'un pour l'autre? Est-ce que je l'aime vraiment ou est-ce juste une attirance que je mélange à mon bordel émotionnel?

-Ne me réponds pas Harry. En tout cas, pas maintenant. Tu n'es pas prêt. Réfléchis-y, vis, prends tout le temps qu'il te faut, n'en fais pas tout un plat. Lorsque tu seras prêt à me répondre, que ce soit pour m'envoyer chier ou pour me rendre mes sentiments… tu sais où me trouver.

J'ai du mal à respirer en comprenant au fur et à mesure de ses mots qu'il va partir et que nous n'allons pas nous voir avant que j'ai une réponse à lui offrir. Cela pourrait être l'éternité.

-Ne pars pas.

Je ne sais même pas s'il m'a entendu, tant ma voix est faible. Ma gorge est nouée. Je ne peux pas le voir partir maintenant. Pas maintenant.

Je vois bien qu'il se retient de pleurer, lui aussi. C'est fou parce que je pense sincèrement que nous sommes bons l'un pour l'autre. Il m'a apporté tant de bénéfices.

-Tu veux que je te prenne dans mes bras un moment?

Draco sait, encore une fois, exactement ce dont j'ai besoin à l'instant T. Je ne lutte pas et me laisse tomber contre son torse, sentant ma douleur diminuer grâce à ses bras qu'il noue autour de moi pour m'emprisonner dans une étreinte protectrice et demandeuse.

Au bout de plusieurs minutes, lorsque je suis plus calme, il ouvre brièvement ses bras pour s'éloigner de quelques centimètres et ainsi me regarder dans les yeux.

-Tu es Harry Potter. Tu es tout ce qui va avec, les traumatismes, la souffrance, la célébrité, le sauveur; mais aussi le taquin, l'arrogant, le plus jeune attrapeur de sa génération, l'ami, le fils, le frère, l'espoir… Tu peux vivre seul, tu n'as besoin de personne. Tu as des gens formidables à tes côtés, et c'est tant mieux. Mais sans eux, tu serais toujours là. Tu es quelqu'un à part entière, tu as beaucoup de rôles c'est sûr. Mais tout au-dessus d'eux, il y a toi, et toi, Harry, tu n'as besoin que de toi-même. Nous sommes tous seuls face à nous même, tout entouré que nous sommes. Alors souffle un bon coup Potter, tu ne m'as pas habitué à ça. termine-t-il sur un ton taquin

Sur ses mots auxquels je ne trouve, encore une fois, pas de réponse, il m'embrasse la joue, laissant retomber ses bras le long de son corps. Il me sourit doucement, et transplane.

Je sais ce que je dois faire.

Je prends mon balais, miniaturisé dans la poche de mon pantalon et je rentre à la maison.

Je rentre chez moi, là où je dois être, du moins pour le moment.

Je ne laisse personne me saluer en pénétrant dans la pièce à vivre et enlace d'un bras Ron et de l'autre Hermione. Tout le monde est sans voix, il faut dire que ça ne me ressemble pas. Je profite de l'étonnement général pour les lâcher et enlacer les jumeaux dans une accolade fraternelle avant de me diriger vers Ginny et de faire de même. Arthur s'est levé pour se positionner derrière son épouse, les deux personnes qui ont contribué à mon éducation, et qui m'ont offert le logis, la nourriture, le soin et l'amour depuis tout ce temps. Je prends le temps de les regarder avant de les enlacer à leur tour. Molly est émue et passe un bras tremblant autour de moi, tandis qu'Arthur, plus gêné, me tapote le dos affectueusement.

Les questions fusent dans tout leurs regards mais je ne prends pas la peine de répondre et leur annonce que je les retrouverai le lendemain dès le petit-déjeuner.

Sous la stupéfaction générale, personne ne pense à me suivre et je m'enferme dans ma chambre, plein de nouvelles résolutions.

Je sens que mon aventure va bientôt prendre fin, la liberté me guette.