Jour N3 - Laboratoire du Major Carter - 18h00
Le laboratoire du SGC était plongé dans un calme relatif, éclairé par la lumière froide des ordinateurs et des instruments scientifiques. Les deux Carter étaient absorbées par une analyse complexe des données concernant le canon à énergie Asgard. Le Docteur Carter griffonnait rapidement des équations sur un tableau blanc tandis que le Major manipulait un modèle 3D sur son ordinateur portable.
- Si nous pouvons synchroniser le vortex avec la fréquence énergétique de notre univers d'origine, la brèche pourrait se refermer naturellement, expliqua le Docteur Carter. Nous n'aurions pas besoin du Prométhée, seulement du laser à particules Asgard.
- Ça fonctionne en théorie, mais les simulations montrent toujours une instabilité dans le champ subspatial, répondit le Major Carter, le regard fixé sur son écran. Il faut comprendre pourquoi.
- Parce que ce ne sont que des simulations, et elles ne prennent pas en compte l'énergie de la Porte des Étoiles, qui devient une source stabilisatrice du champ, déclara le Docteur comme s'il s'agissait d'une évidence.
Le Major releva la tête de son écran, observant son double avec méfiance.
- Comment pouvez-vous le savoir ?
Un silence tendu s'installa. L'attitude mystérieuse et détachée du Docteur commençait à agacer le Major. Il y avait trop de non-dits suspendus entre elles.
- C'est juste une théorie, répondit le Docteur d'un ton évasif, tentant de ne pas éveiller les soupçons.
Mais le Major se connaissait trop bien.
- Il y a quelque chose que vous ne me dites pas ! Depuis votre arrivée ici, vous laissez entendre des choses sans jamais rien dire de clair. Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir, Docteur ? interrogea-t-elle d'un ton plus dur.
Le Docteur feignit de l'ignorer, perdue dans ses pensées. Elle était épuisée, son monde s'effondrait et elle ne savait plus quoi faire. Elle ferma les yeux et mordilla l'intérieur de sa lèvre inférieure.
- Ça, là… Je le fais quand quelque chose me tracasse ou que je suis face à une impasse, remarqua soudain le Major, en pointant du doigt son double.
Le Docteur soupira, tiraillée entre sa loyauté envers son équipe et sa volonté de protéger le Sergent Wells.
- Je parlais du Général, avoua-t-elle, la voix presque brisée.
Le Major plissa les yeux, repensant à l'interrogatoire qu'elle avait mené à l'arrivée du Docteur. « Protégez-la de Jack », avait-elle dit.
- Pourquoi le Général O'Neill s'intéresse-t-il tant à notre Sergent Wells ?
Le Docteur Carter détourna le regard, cherchant ses mots.
- Lors de nos recherches pour trouver un remède au virus contracté par Maya et Charlie, nous avons découvert que le gène des Anciens était la clé.
- Oui, c'est ce qui nous a aidés à éradiquer la maladie ici. Mais le Général O'Neill en dispose.
- C'est là où nos réalités diffèrent, Major. Dans la nôtre, personne ne possède ce gène. Nous avons tenté une mutation génétique, mais il semble qu'un chaînon essentiel nous manque, ce qui n'a fait qu'aggraver la situation. J'ai alors suggéré le voyage interdimensionnel. Après plusieurs visites infructueuses, nous avons identifié les éléments clés de l'évolution humaine qui ont permis l'émergence de ce gène. Nous avons créé un logiciel capable de repérer les réalités correspondant à nos critères.
Les yeux du Major Carter s'écarquillèrent.
- Alors votre arrivée ici n'est pas un accident… Vous saviez comment repartir depuis le début. Pourquoi être restée aussi longtemps ? Qu'est-ce que vous cherchez ici ?
Le Docteur baissa la tête, honteuse de la trahison qu'elle était en train de commettre envers les siens, mais elle faisait enfin ce qui lui semblait juste.
- Le Sergent Wells.
- Je répète ma question : pourquoi le Général O'Neill s'intéresse-t-il autant à notre Sergent Wells ? Quel est son rôle dans cette histoire ?
Le Docteur Carter détourna les yeux, sa voix se fit plus basse, chargée d'émotion.
- Maya est le patient zéro. Nous avons besoin de son sang, intégrant le gène des Anciens, pour créer l'antidote et espérer sauver son frère.
- Son frère ? Je croyais que Charlie était le deuxième contaminé… Le cerveau du Major était en ébullition, tentant d'assembler les pièces d'un puzzle bien trop vaste.
- Vous comprenez ce que je vous dis, Major ? demanda doucement le Docteur en scrutant Sam, dont le regard restait fixe dans le vide, tandis que son esprit travaillait à plein régime.
Le silence se prolongea. Finalement, le Docteur Carter prit une inspiration tremblante et prononça les mots que le Major refusait d'énoncer.
- Notre Maya et la vôtre sont la même personne. La fille de Jack O'Neill.
Le laboratoire plongea dans un silence glacial. Le Major Carter s'assit, le souffle court, comme si chaque mot venait d'arracher un morceau de réalité qu'elle croyait immuable.
- Vous mentez, murmura-t-elle, mais sans conviction.
Le Docteur secoua la tête, les larmes perlant au bord de ses cils.
- Je sais ce que c'est que de refuser de voir ce qui est juste devant soi… Mais je ne mens pas.
Elle poursuivit alors son récit, expliquant comment ils avaient convaincu d'autres Maya de les suivre, en leur promettant simplement un prélèvement de sang, une analyse rapide… puis un retour dans leur réalité. Mais le Général O'Neill avait menti. Il les avait vidées de leur sang jusqu'à leur dernière goutte.
Le Major recula d'un pas, croisant les bras comme pour se protéger de cette vérité insoutenable.
- Même si c'était vrai… Comment avez-vous pu laisser cela se produire ? Vous saviez ce que votre Jack comptait faire, et vous n'avez rien fait pour l'arrêter ?
Les épaules du Docteur s'affaissèrent, incapable de soutenir le regard accusateur de son alter ego.
- C'est mon mari, Sam… J'ai cru qu'il finirait par comprendre… Qu'il y avait une autre voie. Mais Charlie… Charlie est tout pour lui. Il est aveuglé par la peur de perdre son fils.
Le Major se raidit à l'évocation de ce prénom.
- Ça ne justifie en rien de sacrifier une vie innocente pour en sauver une autre.
Le Major se leva, prête à appeler les gardes, mais le Docteur l'arrêta d'une voix paniquée.
- Non ! Écoutez-moi. Je veux l'empêcher d'arriver à ses fins. C'est pour ça que je vous parle maintenant. Daniel et Teal'c ne savent rien. Ils pensent être ici pour une mission de sauvetage, pas pour un enlèvement. Aidez moi à leur ouvrir les yeux, mais avec la présence constante du Général O'Neill, c'est compliqué
Le Major Carter ferma les yeux, submergée par un tourbillon d'émotions. Le Docteur Carter exposa alors son plan.
Salle de Conférence du SGC - 18h30
L'annonce du Docteur Carter avait forcé le Major Carter à rencontrer le Général Hammond. Bien qu'il ait été furieux d'apprendre la manipulation de leurs alter ego, il n'avait pas été surpris lorsque Carter lui avait révélé la vérité sur le lien entre le Sergent Wells et le Colonel O'Neill. Il confia alors être au courant depuis l'interrogatoire du Général O'Neill et avoir fait confirmer ces informations par un test ADN. Le Docteur Carter ne mentait pas : Maya était bien la fille de Jack O'Neill.
Il jugea que cette information devait rester confidentielle. Il avait besoin du Colonel en pleine possession de ses moyens jusqu'au départ de l'équipe Beta vers leur réalité.
À la suite de cette entrevue, Hammond convoqua une réunion avec SG-1, à l'exception du Sergent Wells, en présence du Docteur Frasier et du Docteur Carter.
La tension dans la salle de conférence était presque étouffante. Le Général Hammond observait son équipe avec attention, ses mains croisées sur la table en bois massif. De l'autre côté, le Colonel O'Neill, Daniel, Teal'c, Janet et Sam attendaient des explications. Jack, assis avec une posture visiblement tendue, tapotait ses doigts sur la table.
Le Docteur Carter échangea un regard avec le Major Carter, cherchant un soutien silencieux. Mais le Major détourna les yeux, croisant les bras sur sa poitrine. Elle savait déjà ce qui allait être dit. Elle l'avait appris quelques minutes plus tôt dans son laboratoire, et pourtant, entendre ces mots à nouveau lui semblait insupportable.
Prenant une profonde inspiration, le Docteur Carter se redressa.
- Nous ne sommes pas arrivés ici par accident, annonça-t-elle d'une voix calme mais déterminée. Nous avons créé la brèche entre nos réalités. Nous sommes venus chercher votre Maya Wells.
Jack plissa les yeux, cessant immédiatement de tapoter la table.
- Pardon ?
Daniel et Teal'c échangèrent un regard, surpris.
- Pourquoi ? demanda Daniel, intrigué.
Le Docteur Carter posa ses mains sur la table avant de répondre :
- Nous n'avons pas menti lors de nos interrogatoires. Maya est rentrée de mission et a passé le check-up habituel. Notre Docteur Frasier a validé son départ de la base. Mais quelques jours plus tard, elle est tombée malade… et elle est morte. Elle était notre patient zéro, la seule qui pourrait constituer un antidote.
Un choc traversa la pièce. Jack se redressa, la mâchoire serrée.
- Patient zéro… de quoi, exactement ? grogna-t-il.
Le Docteur Carter hésita.
- Nous ne savons pas exactement. Une épidémie, une mutation génétique… Les causes restent floues. Mais Maya a été la première touchée. Nous avons découvert que son sang pourrait être la clé pour sauver… quelqu'un d'important.
- Qui ? demanda Daniel, le regard perçant.
Le Docteur Carter prit une profonde inspiration et planta ses yeux dans ceux du Colonel O'Neill.
- Charlie O'Neill.
Le silence fut écrasant. Jack se figea. Son cœur manqua un battement, mais son visage resta impassible. Charlie est en vie. Il n'avait jamais envisagé cette possibilité. Enfin, il n'avait jamais voulu y penser. Trop douloureux. Jack prit une inspiration profonde.
- Et vous pensez que Maya pourrait le sauver ?
- Oui, enfin… on l'espère, répondit le Docteur Carter. Nous avons compris que nous avions besoin de sang porteur du gène des Anciens. C'est le cas de votre Maya, et son sang est unique.
Daniel passa une main sur son visage, essayant d'assimiler l'information.
- Et si Maya refuse ?
Le Docteur Carter sembla hésiter avant de répondre.
- D'après… Jack. Le Général O'Neill, se reprit-elle, Maya serait facilement convaincue de partir avec nous. Il la manipule depuis son arrivée pour qu'elle nous suive.
Jack serra les dents et croisa les bras.
- Laissez-moi vous dire très clairement une chose, Docteur. Il n'y a aucune chance que Wells accepte de vous suivre.
À la surprise générale, Hammond, qui n'avait encore rien dit, s'éclaircit la gorge.
- Je n'en suis pas si sûr, Colonel.
Jack tourna la tête vers lui, les sourcils froncés.
- Général ?
Hammond soupira.
- Maya a demandé son transfert pour Atlantis.
L'effet fut immédiat. Jack s'arrêta net. Daniel ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt, choqué. Sam ferma les yeux, sentant la situation lui échapper totalement.
- J'ai reçu sa demande ce matin, poursuivit Hammond. Elle veut quitter le SGC.
Jack secoua la tête, incrédule.
- Mais pourquoi ?
- Elle n'a pas donné de raison officielle, expliqua Hammond. Mais je pense que nous pouvons tous en deviner quelques-unes.
Sam sentit son cœur se serrer. Jack allait perdre Maya avant même d'avoir découvert la vérité. Elle voulait hurler la vérité à Jack, lui dire que Maya était sa fille, qu'il ne pouvait pas la laisser partir, qu'il ne devait pas la rejeter. Mais elle resta silencieuse.
Daniel reprit doucement :
- Si elle veut vraiment partir… alors peut-être qu'ils réussiront à la convaincre.
Jack releva brusquement la tête et fusilla Daniel du regard.
- Vous êtes en train de dire qu'on devrait la laisser faire ? Après ce qu'on vient d'apprendre ?
Daniel leva les mains en signe d'apaisement.
- Non ! Mais si Maya veut s'éloigner du SGC et qu'elle apprend qu'elle peut sauver votre enfant…
- Elle risque de dire oui, murmura Sam, la gorge nouée. Parce que ce n'est pas n'importe qui… c'est son frère. Pensa-t-elle
Jack se tourna vers le Docteur Carter.
- Si votre plan était si parfait, pourquoi nous le révéler maintenant ?
Le Docteur Carter ferma brièvement les yeux avant de souffler :
- Parce que si Maya accepte… elle signera son arrêt de mort dès qu'elle passera la Porte.
Un silence horrifié s'abattit sur la salle. Jack fronça les sourcils, son ton se fit tranchant.
- Qu'est-ce que ça veut dire, exactement ?
Le Docteur Carter baissa la tête.
- Le Général O'Neill n'a pas simplement utilisé le sang des autres Maya… Il les a gardées captives, disséquées comme des cobayes… Il les a vidées de leur sang, jusqu'à leur mort.
Daniel se raidit. Sam sentit son estomac se retourner. Même Teal'c plissa légèrement les yeux. Jack, lui, se leva brusquement, envoyant sa chaise racler le sol.
- Vous voulez dire que vous avez laissé votre O'Neill assassiner des innocentes ?
Le Docteur Carter hocha lentement la tête. Jack passa une main sur son visage, furieux.
- Et vous voulez qu'on vous fasse confiance ? Il se tourna vers Hammond. On ouvre la Porte et chacun retourne dans sa réalité, point final.
- Colonel ! Asseyez-vous ! ordonna Hammond d'une voix autoritaire.
Jusque-là silencieuse, Janet Frasier prit enfin la parole.
- Docteur Carter, si vous mettez fin aux plans de votre mari… êtes-vous prête à en assumer les conséquences ?
Elle marqua une pause avant d'ajouter :
- Parce que si vous arrêtez le Général… Charlie mourra.
Le Docteur Carter s'effondra sur sa chaise en larmes. Charlie n'était pas son enfant biologique, mais elle le connaissait depuis ses 10 ans. Sara étant décédée, elle l'avait élevé comme son fils. Lorsque Sam et Jack s'était mariés, Charlie était venu la voir lui demandant si Maya et lui pouvait aussi porter le nom de Carter. Sam l'avait prit dans ses bras et avait accepté sa requête dans le plus grand bonheur.
Le colonel O'Neill fût mal à l'aise face à la détresse du Docteur Carter. Elle semblait proche de son fils, non de Charlie. Son fils était mort depuis longtemps. Il ne pouvait rester de marbre face à la tristesse du double de sa Sam. Il se leva en direction du docteur Carter. Il sorti une main de ses poche et la posa avec hésitation sur son épaule.
- Je suis désolée…sanglota-t-elle comme si elle s'adressait à son propre mari.
L'ambiance dans la salle de conférence était devenue lourde. L'autre Sam venait de leur avouer leur plan sacrifiant ainsi la vie de Charlie, la mort était-elle le destin de ce garçon dans chacune des réalités. Le Major Carter détourna les yeux, l'émotion lui brûlant la poitrine. Daniel et Teal'c restaient immobiles, respectant le poids de cette vérité.
-Je ne sais pas comment est votre Charlie mais s'il est devenu le jeune homme que je crois, il n'aurait pas voulu que des innocents meurent pour lui sauver la vie. Dit Jack mal à l'aise.
- Non, vous avez raison Charlie s'inspirait de son père, enfin que ce qu'il a été. Annonça Sam en essuyant les larmes qui perlaient sur ses joues.
Janet se tourna vers le général Hammond.
- Général Hammond, si vous le permettez, je pourrais modifier notre version de l'antidote avec le gène des anciens et faire une transcription écrite de nos connaissances sur le sujet. Malgré l'absence de Maya, il pourrait y avoir un espoir pour que mon moi de chez eux trouve une solution pour Charlie.
Jack releva la tête et remercia d'un regard son amie.
- Allez-y Docteur Frasier, je vous donne le feu vert. Accorda le général Hammond, puis il se tourna vers le Docteur Carter. Comment voyez-vous la suite, Docteur Carter ?
- Demain après-midi, nous organiserons une réunion ici-même, déclara-t-elle. Nous vous dirons que le Major Carter et moi avons trouvé un moyen de rentrer leur réalité et que le départ est prévue pour Vendredi. Le Général O'Neill vous demandra une soirée à l'extérieur avec Maya. Un dîner, entre nous. Je veux utiliser ce moment pour dévoiler les véritables ambitions de mon mari auprès de Daniel et Teal'c. Ils ne savent rien, ils pensent qu'ils sont ici pour une mission de sauvetage, pas pour un enlèvement déguisé. S'ils découvrent la vérité de cette façon, ils se retourneront contre le Général O'Neill et il sera stoppé avant même d'avoir pu convaincre Maya de partir.
- Etes-vous certaine que nos doubles refuseront de suivre les ordres de votre Jack ? Demanda Daniel
- Le feriez-vous si vous appreniez la vérité ?
- Je ne les suivrais pas. Je me sentirais trahi par mon ami. Tea'lc avait annoncé cette vérité sans plus émotion, dans son calme habituel.
Hammond soupira, il n'était pas certain de prendre la bonne décision. Mais il avait l'avantage alors ils devaient en profiter, bien qu'il n'était pas fière de manipuler un de ses soldats. Wells avait déjà suffisamment souffert.
- D'accord. On suit votre plan. Mais si quelque chose tourne mal, je vous préviens…
Le Docteur Carter l'interrompit doucement.
- Si quelque chose tourne mal, Général… je prendrai mes responsabilités.
Un silence pesant s'abattit sur la pièce. Chacun savait qu'ils s'apprêtaient à jouer une partie dangereuse.
