Disclaimer : l'univers de Saint Seiya que vous reconnaîtrez aisément appartient à Masami Kurumada. Je ne retire aucun profit de l'utilisation de cette œuvre si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.
Note de l'auteur : j'ai un peu mélangé les quatre groupes de personnages, les Chevaliers, les Marinas, les Guerriers Divins et les Spectres. Ne chercher aucune rivalité entre eux si ce n'est autour des tables de poker. Ils vous paraîtront parfois OOC, mais à une table de poker personne n'est vraiment lui-même. Je ferai de mon mieux pour limiter le décalage avec ce que nous connaissons. Il y aura également quelques personnages de The Lost Canvas et de Soul of Gold uniquement parce que je ne veux pas créer d'OC si je peux l'éviter. Je leur ai aussi conservé leurs couleurs de cheveux de l'animé. ^^
Dans les dialogues, j'ai tenté de retranscrire notre langage de tous les jours avec des négations absentes et des syllabes avalées, ce qui crée un contraste avec la narration d'un style plus habituel. Je trouve que ça donne plus de réalisme à l'histoire et aux personnages. Il y aura également certains mots et certaines expressions typiques de Marseille et la région provençale qui seront expliqués en fin de chapitre. Je ne suis pas une professionnelle du poker aussi si vous constatez des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part afin que je corrige.
Les flashbacks seront en italiques. S'il y a des conversations téléphoniques dans les dialogues, et il y en aura, le correspondant sera également en italique, mais vous ferez la différence, j'en suis sûre.
Les termes "poker, pokériste, jeu, jouer, joueur, cartes, tournois, tables, Casino, tripots" et quelques autres vont revenir souvent. Ils ne possèdent pas énormément de synonymes, voire même aucun, aussi vous voudrez bien excuser leur répétition inévitable dans le texte.
Les cartes auront une majuscule pour les distinguer du reste de la narration. Par exemple : une paire de Deux. Un Roi. Un Neuf. Le vocabulaire spécifique au poker sera annoté et expliqué à la fin de chaque chapitre lorsque ce sera nécessaire. Les mises à jour ne seront peut-être pas régulières tout simplement parce que j'ai une vie en dehors de l'écriture de fanfictions. Merci de votre compréhension.
NB : pour des raisons personnelles, il y aura un ralentissement de la publication de cette histoire faute de temps à lui consacrer.
Daniela : merci de suivre cette histoire. Ton commentaire me fait très plaisir. C'est vrai que le tournoi est comme un personnage invisible et j'avoue que c'est involontaire de ma part. Je n'ai pas du tout pensé à lui de cette manière. Difficile de parler de poker sans parler de l'illégalité des tripots et du danger qu'ils peuvent représenter. Je te laisse avec ce nouveau chapitre, j'espère qu'il te plaira.
Poker
Chapitre 11
Vendredi 16 mars 2029, Aix-en -Provence…
Le Faubourg46 était un piano-bar comme il en existait de nombreux dans cette ville fondée par les Romains, il y avait plus de deux mille ans. Elle avait beaucoup évolué bien évidemment, jusqu'à devenir la ville estudiantine, culturelle et artistique que l'on connaissait aujourd'hui. Et en matière de culture, les pianos-bars se posaient là tout comme les diverses universités et les musées pour l'éducation et l'art. Ce qui était certainement le monument le plus illustre et emblématique d'Aix, c'était la gigantesque fontaine de la Rotonde pleine de symbolisme dans sa réalisation. Nombreux étaient ceux qui s'étaient jetés dedans après avoir trop bu, pour célébrer la Fête de la Musique, commémorer un évènement avec force photos et vidéos, ou lors de nuits estivales caniculaires. Et les Romains n'étaient pas si fous, n'en déplaise à certains Gaulois d'une illustre bande dessinée. Une des raisons de leur installation dans ce lieu était également due aux bienfaits reconnus des sources de la région. Aix-en-Provence était une ville thermale aujourd'hui encore. Elle avait tout pour elle sauf que personne n'avait prévu son succès et le cout de la vie y était devenu exorbitant. Ce n'était pas Paris, certes, mais pour des étudiants c'était compliqué, pourtant ils étaient très nombreux. Si ce n'était la qualité de l'enseignement dispensé dans les universités qui attirait la jeunesse, la moyenne d'âge des habitants se rapprocherait bien plus de celui de la retraite.
En attendant, Aix savait faire la fête et offrir la fête. Et le Faubourg46 en était l'exemple type. C'était un bar qui faisait aussi restaurant et qui accueillait tous les soirs des musiciens de jazz sur la petite scène installée dans le fond et parfois même avec un chanteur. Ou une chanteuse. Il n'y avait pas beaucoup d'espace, mais les clients n'étaient pas là pour danser. Après avoir réussi à trouver une place pour se garer dans une ruelle, Milo se rendit dans l'établissement. Il voyait Sorrento depuis plusieurs semaines et ce soir-là, le flutiste jouait avec son père et sa formation. Il s'installa à la table qui lui avait été réservée par son ami, non loin de la scène, mais pas trop près non plus pour ne pas que Sorrento soit déconcentré par sa présence difficile à ignorer. Un serveur lui apporta un apéritif sans alcool avec un ramequin de pistaches. Il remarqua la flute traversière qui brillait de tous ses feux sur son support aux côtés des autres instruments et sursauta quand son compagnon s'assit près de lui.
— Salut ! fit Sorrento qui semblait excité comme une puce.
— Tu vas bien ? T'as les yeux qui pétillent!
— Ah ouais ? Je suis sous pression quand je joue avec eux…
— Pourquoi ?
— Parce que j'répète pas beaucoup… j'ai pas trop l'temps… J'ai toujours la crainte de pas être dans le ton…
— Tu connais leurs morceaux ?
— Ben ouais… heureusement…, répondit le musicien avec un hochement de tête.
— Alors improvise si t'as un trou d'mémoire… Le jazz c'est d'l'impro…
— Pas en totalité quand même…
— T'inquiète, ça va aller… Ah ? Ça va être à vous…, fit Milo en voyant le patron monter sur la scène pour présenter le groupe.
— On fait une pause dans une heure… On mange ensemble ?
— Y a intérêt…
— J'y vais…
Sorrento se pencha et embrassa son petit ami. Il rejoignit les autres interprètes et prit sa flute. Des applaudissements fournis les accueillirent et Milo se cala plus confortablement dans sa chaise qui ressemblait davantage à un fauteuil de salon. Il n'avait pas fallu longtemps pour que le professeur de musique appelle et propose un rendez-vous. Ils avaient été boire un verre dans un bar du Cours Julien à Marseille et ils avaient échangé un baiser très sensuel avant de se quitter. Par la suite, ils s'étaient vus à plusieurs reprises, mais pas encore chez l'un ou l'autre. Quelque chose les retenait de franchir le pas. Ils parlaient de beaucoup de sujets. De leur travail bien sûr, de musique et de jazz en particulier, de cinéma, de poker. Sorrento ne voulait pas s'inscrire au Ten Cities, il ne s'estimait pas assez bon pour ça et le buy-in (1) était trop élevé pour lui. Milo par contre hésitait encore, mais il en mourrait d'envie. Sa bankroll (2) lui permettait d'aller dans au moins trois Casinos et il faisait de nombreux tournois en ligne payés pour essayer d'en faire un quatrième. Ils avaient aussi la natation en commun. Milo y consacrait entre quatre et six heures par semaine et Sorrento un peu moins.
Pourtant, ils avaient beau être en couple, ils n'avaient toujours pas fait l'amour. La voiture était leur principal lieu de câlins. Ce qui pour Milo était surprenant étant donné sa libido débridée. Il était du genre à prendre son plaisir là où il était quand on le lui offrait, mais avec Sorrento, il semblait manquer quelque chose. Ce n'était pas qu'ils n'en avaient pas envie tous les deux, mais ils n'étaient pas pressés. Et ça ne ressemblait pas à Milo. Alors, il avait décidé que ce soir, après le petit concert, il allait voir jusqu'où son compagnon était prêt à aller. Ils s'étaient bien satisfaits mutuellement en poussant leurs caresses jusqu'à l'orgasme, mais pas au-delà. Et Milo le désirait vraiment. Il n'avait pas eu d'amant depuis plusieurs mois et sa main et son sex-toy n'étaient plus suffisants. Sur le moment oui, mais ça ne valait pas le contact d'un corps chaud et fébrile tout comme la griserie du son des gémissements et des cris. Il sentait Sorrento réceptif, mais c'était comme si leur histoire était déjà finie. Ou pas loin de l'être. Pour l'instant, il était transporté par la musique. Les tempos et les mélodies étaient parfois rythmés, parfois langoureux. C'était typique du swing-jazz ou du latinojazz. Mais juste avant la pause, ils entamèrent un morceau bien connu des fans. "Junk Funk" de Uzeb, un groupe originaire du Québec (3) composé d'un batteur, d'un bassiste et d'un guitariste-claviériste. La mélodie était basée sur la basse, mais un saxophone ou une flute pouvait parfaitement s'y glisser et ajouter une piste musicale de plus. Et c'était exactement ce que Sorrento était en train de faire. Milo était époustouflé. Il connaissait bien ce morceau, mais là, il avait l'impression de le redécouvrir. Les mains jointes devant sa bouche entrouverte, il était complètement subjugué. Et le public ne s'y trompa pas. La prestation fut saluée par des applaudissements nourris, des cris et des sifflets de plaisir et de remerciements.
— C'était incroyable ! s'exclama Milo en embrassant fougueusement Sorrento qui venait de le retrouver à sa table.
— Sérieux ? Pourtant j'ai fait plusieurs fausses notes…
— Ben elles se sont pas entendues… C'est d'l'impro… les couacs font partie du morceau et elles passent inaperçues…
— T'es trop indulgent…, sourit le musicien. T'as faim ?
—Je meurs de faim… Au fait, ta mère est pas là ?
— Concert à La Criée ce soir et demain… (4)
— Y jouent quoi ?
— Les Quatre Saisons de Vivaldi et la 5ème de Beethoven…
— Pom pom pom pom ! plaisanta Milo. Pfiou… c'est du lourd…
— C'est pas souvent qu'ils les sortent de leur répertoire et encore moins ensemble… Les places ont toutes été vendues en une journée…
— Ça m'surprend pas…
Sorrento fit signe à un serveur et demanda qu'on leur apporte un steak avec des frites pour lui et avec des tomates à la provençale pour Milo. Ils mangèrent de bon appétit et le concert reprit. Le temps fila à une vitesse folle. On aurait dit que la musique n'allait jamais s'arrêter, que le Faubourg46 était coincé dans une boucle temporelle. Pourtant, il fallut bien mettre un terme à cette soirée. Sorrento lui présenta le groupe et son père et il ne fut pas avare en compliments exaltés ce qui fit rire les musiciens. Une heure plus tard, ils pénétraient dans l'appartement du flutiste. Milo fut un peu surpris du désordre qui régnait.
— Je suis bordélique, désolé… sauf dans mon bureau…
— Pas grave… chez moi c'est pas mieux…
— Tu veux boire un truc ?
— Non, ça va… par contre… les toilettes?
— Première à gauche…
Sorrento rangea rapidement le salon. Il y avait des partitions sur le buffet et la table basse, deux vestes sur le dossier des chaises, trois tasses à café dans l'évier. Milo revint et s'assit sur le canapé. Il regarda son hôte s'activer un moment avant de l'attraper par la main et de le faire asseoir à côté de lui.
— On est pas là pour qu'tu fasses du ménage…
— Oh… et pour quoi d'autre ? sourit malicieusement le musicien.
— Pour ça…
Il glissa ses mains dans la chevelure parme et attira son compagnon jusqu'à ses lèvres. Le baiser qu'ils échangèrent n'avait rien de chaste. En quelques secondes, un brasier enflamma leurs sens. Il ne leur fallut pas longtemps pour se débarrasser de presque tous leurs vêtements. Milo menait la danse, Sorrento subissait ses assauts, perdu dans des sensations affolantes. Il savait que les choses allaient prendre une tournure bien plus intime que tout ce qui s'était passé entre eux jusqu'à présent. Et il était prêt. Il en avait terriblement envie. Se contenter de caresses aussi agréables et osées soient-elles, ça allait un temps. Il vit Milo descendre sur son ventre, faire glisser son sous-vêtement et le happer en le regardant droit dans les yeux. Cette image triviale faillit bien avoir raison de lui. Il se mit à gémir plus fort à mesure que son plaisir augmentait et menaçait de le rendre fou. Mais dans un sursaut de volonté, il stoppa son amant et le chevaucha après l'avoir dénudé. Il ondula sur lui, pressant leurs virilités l'une contre l'autre, le noyant de baiser et de caresses. Le feu du désir était insoutenable, mais rien ne laissait entrevoir l'acte intime par excellence et qui était supposé être le point d'orgue d'une étreinte.
Les deux hommes continuaient à attiser le brasier qui leur brulait les entrailles. Ils basculèrent et se placèrent tête-bêche. Pendant de très longues minutes, ils se torturèrent jusqu'à enfin atteindre l'extase qui les laissa pantelants. Sorrento flottait dans un autre monde et son souffle était saccadé. Milo respirait vite, encore balloté par l'orgasme qu'il avait imaginé plus intense. Était-ce le signe que le musicien avait fini de l'attirer? Il était séduisant, intelligent, intéressant, mais il manquait quelque chose à leur liaison, et il avait compris ce que c'était. La passion. On peut être passionné sans forcément être amoureux. Peut-être y en avait-il eu un peu au début de leur histoire. Mais là, son absence et celle de sentiments plus profonds qui ne s'étaient pas développés, étaient peut-être symptomatique du terme de leur relation. Sorrento se retourna et vint se blottir dans les bras de Milo avec un soupir de satisfaction. Ce dernier ne resserra pas son bras aussi fort qu'il aurait dû et son hôte s'en aperçut. Mais il voulut en avoir le cœur net.
— Tu veux rester ici ? murmura-t-il en caressant le bras de son amant du bout des doigts.
— Je bosse demain… faut qu'je rentre…
— Tu penses que j'vais t'empêcher de dormir ?
— C'est bien possible…, chuchota Milo avec un sourire dans la voix.
— D'accord…
— J'ai passé une soirée formidable… C'était génial…, se sentit obligé de dire Milo comme s'il voulait rassurer Sorrento qui avait bien compris que tout s'arrêtait là entre eux.
— Moi aussi… On s'est bien amusé…
Voilà bien une phrase lourde de sens. Et tous les deux le savaient. Le musicien se leva et renfila son caleçon pendant que Milo se rhabillait. Il se dirigea vers la porte d'un pas lent et se retourna.
— Dis-moi quand tu joueras à nouveau… J'viendrai avec des amis…
— Ouais… J'ai ton numéro…
— Si tu veux aller au Casino aussi…
— OK… Milo ?
— Mmh?
— C'était sympa nous deux…
— Ouais… Très sympa…
Il se pencha et déposa un baiser très tendre sur la joue de Sorrento comme cette fois, au Pasino. Il entendit la porte se refermer derrière lui et sourit. Il n'était pas surpris ni triste. Ce n'était pas comme s'ils étaient en couple depuis des années. Ils avaient passé de très bons moments ensemble, mais ils ne vieilliraient pas côte à côte. Sorrento se faisait un peu les mêmes réflexions. Il n'était pas si abattu. Il aurait voulu faire l'amour avec Milo. Il l'avait senti si respectueux et ardent que le peu qu'il avait découvert de lui l'avait persuadé que ce devait être merveilleux d'être aimé par un tel homme. Une belle aventure venait de se terminer paisiblement. Pas comme d'autres, dans les cris, les insultes et les pleurs. Et parfois les coups. Milo démarra sa Ford Focus ST noire (5) et prit la direction de son appartement. Il s'était fait plaisir en s'achetant cette voiture d'occasion presque trois ans plus tôt. Il avait toujours eu un faible pour les petites sportives et il n'avait pas hésité longtemps lorsqu'il avait vu l'annonce sur Internet. Il s'endormit l'esprit en paix. Ils étaient d'accord tous les deux sans l'avoir clairement exprimé. Un chapitre du livre des amours de Milo venait de se finir sur une très agréable scène charnelle… Et un autre allait débuter, dans quelques jours ou quelques semaines. Il n'en doutait pas du tout…
Samedi 17mars 2029, Pasino Grand, Aix-en-Provence…
Il restait encore deux mois et demi avant l'ouverture du Tour de France de Poker des Dix Villes, le France Poker Tournament of Ten Cities. Mais déjà, les professionnels qui allaient y participer commençaient à arriver. Ils allaient d'une commune à l'autre pour voir comment se présentaient les choses, à quoi ressemblaient les établissements qui allaient les accueillir, quels étaient les cinémas, hôtels et restaurants alentour. Les centres commerciaux aussi étaient intéressants pour faire du shopping. Et à Aix, le Pasino prenait des allures de compétition. Les tables qui serviraient au tournoi étaient presque toutes installées et pour l'instant seule la moitié étaient ouvertes et proposaient le cashgame avec de petites mises dans l'après-midi et à partir de vingt heures, des blinds plus élevées. Tout était rutilant et bruyant. Mais c'était une stratégie efficace pour étourdir un peu le client et exacerber son envie de s'amuser, de jouer aux machines à sous, et à tous les jeux de cartes et de dés que l'établissement offrait. La lumière, c'était la vie, la joie, l'enthousiasme. Tous ces stimulus agissaient sur le cerveau pour inciter les gens à succomber à la tentation.
Le même procédé était utilisé dans le commerce. On n'a jamais vu un magasin mal éclairé. Nous sommes génétiquement programmés pour nous tourner vers ce qui est lumineux, ça correspond à un sentiment de sécurité, un désir de bienêtre. Lorsqu'il fait sombre, c'est moins engageant, plus inquiétant ou alors on s'y dirige volontairement parce qu'on sait que ça va être une source de plaisir et d'amusement comme les discothèques ou le train fantôme ou encore la maison hantée des fêtes foraines. Et les Casinos se servaient de ce stratagème comme tous les autres. Business is business. Tous les coups étaient permis tant que l'argent rentrait et qu'il n'y avait pas mort d'homme. Après tout, les clients étaient majeurs et vaccinés. Ils savaient que le jeu pouvait entrainer une addiction, qu'ils devaient être raisonnables, qu'il fallait qu'ils gèrent cette envie en adultes responsables.
Mais non, voyons! On ne vous a pas mis le couteau sous la gorge pour vous forcer à jouer. Vous décidez de vos actes, vous faites vos choix en votre âme et conscience. Nous on crée juste une ambiance propice à vous inciter à dégainer votre carte bancaire tel Lucky Luke tirant plus vite que son ombre, c'est tout. Vous n'êtes pas obligé d'y succomber. N'est-ce pas? Et puis qu'est-ce que la tentation? Rien du tout, il suffit de résister, c'est facile. Non? Non, monsieur et madame tout le monde n'avaient pas un pistolet sur la tempe qui les menaçait d'une balle dans la tête s'ils ne jouaient pas… Il fallait juste de dire non. C'était l'évidence même. Après tout, le coupable c'était le joueur qui n'avait pas su se maitriser. Se gérer? Se contrôler? Se retenir? Résister? C'était de sa faute! On lui a simplement offert un divertissement, nous n'y sommes pour rien! Ah là là! Ce joueur! Vraiment aucune volonté! C'est pitoyable! Nous avons même des dépliants et des flyers avec des numéros de téléphone qui proposent d'aider les personnes accros au jeu pour qu'ils se sortent de cette dépendance. Un peu comme l'État qui fait des campagnes d'informations pour dire qu'il faut arrêter de boire ou de fumer parce que ce n'est pas bien et très mauvais pour la santé, mais qui engrange des taxes astronomiques sur la vente d'alcool et de tabac. La faiblesse des gens était une source de revenus quasi inépuisable. Heureusement, il y en avait beaucoup qui ne succombaient pas à l'attrait du jeu.
Ce soir-là, le Pasino Grand était le point de rendez-vous de beaucoup de pokéristes de la région tous niveaux confondus. C'était par lui qu'allait commencer le tournoi des Ten Cities. Certains allaient simplement s'asseoir à une table et changer leur joli billet vert de cent euros contre des rondelles de plastique coloré, d'autres n'étaient là que pour boire un verre au bar, jouer un peu aux machines à sous, mais surtout, tenter d'apercevoir les stars du circuit, les champions, les professionnels dont la rumeur sur les réseaux sociaux disait qu'ils seraient présents. Ce qui n'était pas faux pour un certain nombre d'entre eux. Et depuis le tournoi de Bandol, des échos rapportaient que le Brésilien Aldebarao serait là, tout comme l'anglo-hindou Shaka Virgo, Kanon Gemini ou Shaina Ofiucci, la championne italienne. La Team Elysion entrera en lice également et au grand complet, mais peut-être pas forcément ce samedi-là. Les rumeurs n'étaient pas toujours exactes. La jet-set du poker professionnel mondial allait prendre le pouls de ce qu'allait être cette compétition qui se hissait presque au niveau des plus grands depuis plusieurs années, mais unique dans sa forme.
Même soir, même lieu…
Hilda pénétra dans l'établissement en compagnie de Siegfried et Rune Balrog, le responsable du tripot du Panier. Le premier ne la quittait pratiquement jamais, quant au second, il était le plus à même de la renseigner sur les joueurs présents. Certains évoluaient peut-être dans ses salles et c'était toujours bon de savoir qui était qui. Ils s'assirent au bar, burent quelques verres en repérant certains flambeurs que Rune connaissait, puis ils allèrent acheter leurs jetons et s'installèrent aux tables qui leur avaient été attribuées. Ils furent séparés et comme elle avait appris à jouer à son garde du corps et qu'il se débrouillait plutôt bien, Hilda ne se faisait pas de soucis pour lui. Tous les trois étaient habillés simplement. Ce n'était pas du tout ce que l'on voyait dans les films où les clients venaient en smoking ou en robe de soirée. On n'était pas dans un James Bond ou Ocean's Eleven. Ou Twelve. La réalité était beaucoup moins bling-bling. Le cinéma était un grand pourvoyeur de fausses images, mais on aimait ça, ça nous distrayait du quotidien pas toujours reluisant. Raison pour laquelle les gens étaient prêts à presque tout pour faire fructifier les quelques euros qu'ils avaient en poche.
Ils commencèrent à entrer dans quelques mains et Rune repéra immédiatement des joueurs qui venaient dans la salle qu'il dirigeait. Il en fit part à sa patronne par SMS. Ils se débrouillèrent assez bien. Le responsable du tripot du Panier eut un sursaut lorsqu'une femme s'assit à sa table. La championne italienne Shaina Ofiucci posa ses jetons, mit ses grosses lunettes de soleil et s'installa. Rune prévint Hilda, mais il était peu probable de la voir dans une des salles d'Asgard. Des personnes se mirent à courir vers le hall d'entrée. Des journalistes si on se fiait aux appareils photo qu'ils tenaient. Siegfried était le plus près et il envoya juste deux mots: Team Élysion. Hilda leva la tête et tendit le cou pour tenter de les apercevoir. Finalement, ils étaient venus et ils étaient six en tout. Leur leader, Hadès Inferno, était un homme secret, mais avec un charisme écrasant. Les flashs crépitaient de partout, certains reporters ou supposés l'être, leur posaient déjà des questions auxquelles les membres répondaient avec un minimum de mots, mais avec le sourire quand même. Il fallait ménager les médias même s'ils se comportaient comme des charognards. Ils se bousculaient les uns les autres, tendaient leurs micros, leurs dictaphones ou leurs téléphones pour enregistrer les déclarations. Inferno mit un terme à l'interview improvisée en deux mots. D'un "plus tard" prononcé d'une voix grave et impérieuse, presque comme un ordre impossible à ignorer, il stoppa net les interrogations et les journalistes s'arrêtèrent immédiatement. L'équipe se dirigea vers les caisses et trois d'entre eux achetèrent des jetons. Wyvern, Garuda et l'un des jumeaux Kami, Hypnos. Les trois autres s'installèrent au bar, non loin d'un des écrans qui retransmettaient certains tournois mineurs de Las Vegas au Bellagio, au Wynn, au Caesars Palace ou encore au Rio pour les plus connus. Il s'agissait de petites compétitions qui précédaient les WSOP, les World Series Of Poker et le Main Event qui se dérouleraient en juillet et où le gagnant empochera la somme faramineuse de quinze millions de dollars.
Pour les dix ans du Ten Cities, les choses n'avaient pas été faites à moitié. L'inscription était habituellement de deux-mille-cinq-cents euros, mais là, pour marquer cet anniversaire, elle avait été doublée. Une fois les frais de fonctionnement déduits, les neuf finalistes se partageraient un montant de trente millions d'euros. Pas de façon équitable, bien évidemment. Le vainqueur sera plus riche de onze millions. Ce n'était pas encore le WSOP parce qu'il n'y avait pas autant de joueurs, mais proportionnellement, ça s'en rapprochait. Les sites de poker en ligne avaient mis en place leurs plateformes de paris pour trouver la composition des tables finales de chaque Casino qui seraient accessibles dès que les listes des participants dans chaque établissement seraient dévoilées. Un peu comme des paris sportifs de football ou des courses hippiques. L'évènement était largement médiatisé dans la presse spécialisée et sur Internet. Les joueurs de tous poils étaient au courant qu'ils soient amateurs ou professionnels. Autour des tables en pleine lumière ou celles cachées dans des arrière-salles, le sujet des conversations était le Ten qui approchait. Et sur les réseaux sociaux, tout et n'importe quoi circulaient. Il y avait même eu un message qui disait que Bugsy Siegel (6), mort en 1947, s'était réincarné et allait faire le Ten Cities. Vraiment tout et n'importe quoi. Mais ça faisait de la publicité et il fallait que l'évènement soit sans cesse sur le devant de la scène. Les places étaient limitées, mais ceux qui n'avaient pas pu s'inscrire pour le dixième anniversaire tenteront leur chance l'année suivante. Ou celle d'après. Tout était fait pour augmenter la notoriété du tournoi et donner l'envie d'y participer.
Il y eut encore des rushs de journalistes vers des joueurs comme Bian SeaHorse, le Canadien, Shaka Virgo et Ikki Phénix ou encore Joao Aldebarao qui venait de gagner un petit tournoi à Bandol. Kanon fut assailli à son tour. Saga et Mû écartèrent quelques photographes sans ménagement. S'ils avaient pu faire un cliché de ses poils de nez, ils l'auraient fait. Mais c'était la rançon de la gloire, n'est-ce pas? Shaina Ofiucci, qui avait eu droit elle aussi aux questions des journalistes, se leva de son siège comme beaucoup d'autres et regarda arriver les frères Gemini. Il était rare de les voir ensemble et tous voulaient savoir si leur ressemblance était si exceptionnelle. Elle ne fut pas déçue. La rumeur disait vrai. Elle eut un sourire amusé et soudain, elle se figea. Dans la foule qui entourait Kanon, elle reconnut une vieille connaissance et ce n'était pas pour lui plaire. C'était une jeune femme avec qui elle avait grandi dans la jolie ville de Rimini sur la côte Adriatique. Geist Ghost avait l'air plus mal en point que la dernière fois qu'elles s'étaient croisées dans un Casino de Milan. Elle semblait avoir encore perdu du poids et les cernes avaient creusé un peu plus son visage émacié. Un jeune homme lui mit la main sur l'épaule et l'entraina vers le bar. Shaina informa le croupier qu'elle faisait une pause et rejoignit le couple.
— Shaina ? Comment tu vas ? Ça m'fait plaisir de te voir! s'exclama la jeune femme en lui donnant une franche accolade.
— Salut Geist… Bonjour, Shaina Ofiucci, dit-elle en se tournant vers l'homme qui était là.
— Seiya Pégase, enchanté…, se présenta-t-il en serrant la main tendue.
— Qu'est-ce tu fais ici ?
— Je viens jouer… avec lui… Il est très bon…, expliqua-t-elle d'un ton un peu trop enjoué pour être honnête.
— Je suis juste un amateur éclairé…, répondit celui-ci.
— Vous permettez que je dise un mot à mon amie ? fit Shaina avec un sourire faux et en prenant Geist par le coude pour l'entrainer plus loin.
Elle se dirigea vers un coin où il avait moins de monde en tirant Geist derrière elle. De toute évidence, Shaina ne semblait pas si ravie que ça de la voir. Elle la poussa contre un mur et s'approcha d'elle, presque menaçante.
— Crache le morceau !
— Quoi ! Qu'est-ce tu veux ?
— Tu trembles… T'es en manque ? demanda Shaina qui voyait clair sous le maquillage qui était censé cacher les cernes et la pâleur du teint de Geist.
— Non… J'ai décroché…, déclara celle-ci en détournant le regard.
— Avec des pupilles dilatées comme ça ? Prends-moi pour un con ! C'est qui lui ? Un nouveau pigeon ?
— Non, pas du tout… On s'est rencontré dans un haras ici, à Aix… Il est moniteur d'équitation et on a sympathisé…
— Un haras ?
— J'bosse avec les palefreniers… on s'occupe des chevaux…
— Tu bosses ? C'est bien… Et tu vas jouer aujourd'hui ?
— Ouais… un peu…
— Tu t'rappelles que… tu m'dois toujours dix mille euros…
— Oui, mais j'te rembourserai… tu l'sais…, déclara-t-elle en rajustant ses vêtements qui paraissaient un peu trop larges pour elle.
— Non, j'en sais rien justement…
— Fais-moi confiance… J'te rendrais ton argent…
— Confiance ? Certainement pas ! N'oublie pas que je sais beaucoup d'choses sur toi… Alors si tu veux pas que j'parle à la police de tes petites magouilles de dealer, t'as intérêt à bien jouer pour bien gagner et me rendre c'que tu me dois. C'est compris ? gronda Shaina, menaçante.
— Ça va ! T'énerve pas !
— J'pourrais aussi parler avec ton copain…, fit la pokériste avec un sourire mauvais.
— Non! Non, s'il te plait… lui dit rien… Il est gentil… Il… il est au courant de rien…, s'affola Geist, comme si elle craignait davantage que son ami sache la vérité sur elle encore plus que les flics.
— Ça dépendra de toi… T'as mon numéro… appelle-moi quand t'auras mon fric… Et vite !
— Geist ? Tu viens ? Y a plus beaucoup de places… intervint le dénommé Seiya qui s'était rapproché. Si on veut jouer, c'est maintenant…
— J'arrive… alors euh… on s'appelle, hein ? Ça m'a fait plaisir, Shaina…
Le couple s'éloigna vers le comptoir d'échange de jetons et l'Italienne les suivit du regard. Dès qu'elle vit Geist s'asseoir, elle intercepta son ami qui attendait encore à la caisse.
— Méfie-toi de Geist, lui dit-elle.
— Pourquoi ? Qu'est-ce qu'y a ? Qu'est-ce qu'elle a ?
— C'est une toxico et elle est accro au poker… Ne lui prête pas d'argent… tu l'reverras jamais…
— Non, elle prend plus de drogue, tu te trompes…, protesta Seiya.
— Regarde-la bien, elle est défoncée…, dit-elle avec un mouvement de tête vers la jeune femme. Je t'aurai averti…
Elle tourna les talons et repartit à sa table. Cette rencontre venait de lui gâcher son plaisir. Elle comptait jouer plusieurs heures, mais le simple fait de savoir que Geist était là lui tapait sur les nerfs. Dès qu'elle put, elle fit une pause dans sa partie et alla au bar. Plongée dans son verre, elle repensa à la jeune femme, comment elles s'étaient connues. C'étaient des souvenirs agréables… au début. Elles allaient dans le même lycée à Rimini et déjà Geist se droguait. Elle n'avait que seize ans…
Geist s'enferma dans les toilettes qui n'étaient jamais utilisées parce qu'elles étaient un peu trop loin des salles de classe. Elle alluma un joint et tira dessus. Elle n'avait pas vu une autre élève qui révisait là, à l'écart du bruit des couloirs et de la cour de récréation. De toute évidence elle n'avait pas non plus envie d'aller au CDI du lycée ni en salle de permanence. Elle sursauta en entendant le claquement d'un livre qu'on ferme brusquement.
— Qu'est-ce tu fais là ? demanda-t-elle un peut agressive.
— J'pourrais te poser la même question…
— J'fume une clope…
— Un joint… tu crois que j'connais pas l'odeur ?
— Et toi, tu fais quoi ?
— J'révise, j'ai une évaluation cet après-midi…
— Tu diras rien, hein ?
— M'en fous, tu fais c'que tu veux…
— T'entends ?
— Quoi ?
— Y a quelqu'un qui vient… Merde !
Shaina se leva, prit le joint qu'elle posa sur la cuvette des toilettes et ferma légèrement la porte. Elle plaqua Geist contre le mur et l'embrassa. Deux surveillants entrèrent à ce moment-là et sourirent gentiment.
— Les filles, faut pas fumer ici… c'est interdit !
— On fume pas, répondit Shaina en restant contre Geist.
— Ça sent l'herbe, fit le second.
— On a vu un gars partir quand on est arrivé…
— C'était qui ?
— Aucune idée… On est deux mille dans l'bahut…
— Bon… sortez d'là… aller !
—Je vais aux toilettes…, dit-elle assez fort pour être entendue des surveillants qui s'éloignaient.
— Pourquoi tu m'as couverte ? demanda Geist en récupérant le joint que Shaina lui tendait.
— J'en sais rien… C'que tu fais c'est très con, mais t'es gentille… Et tu m'plais…
Elles commencèrent à se fréquenter. Discrètement. Les mœurs évoluaient, mais très lentement en Italie. Le pays était un très mauvais élève en matière de droit LGBT dans l'Union européenne. Shaina jouait déjà au poker depuis trois ans sur Internet. Ces parents n'avaient pas fait de grandes études, mais ils étaient travailleurs et essayaient d'offrir tout ce qu'ils pouvaient à leur fille unique pour qu'elle ait un bon métier. Et un ordinateur faisait partie de ce qu'ils avaient pu lui acheter. Elle apprit le jeu à Geist. Elles obtinrent leur bac avec mention bien pour Shaina et avec tout juste la moyenne pour Geist. Cette dernière s'inscrivit dans une université pour suivre des cours de biologie, mais elle abandonna très vite. Elle se droguait de plus en plus et commença à vendre de l'herbe et des amphétamines à la fac. De son côté, Shaina poursuivit son cursus et eut son diplôme en urbanisme. Elle n'avait pas renoncé au poker et jouait de l'argent réel sur des sites en ligne. Et elle gagnait beaucoup. Comme elles n'étaient pas dans les mêmes universités, elles se voyaient moins souvent, mais il y avait toujours beaucoup de tendresse entre elles.
Shaina avait souvent essayé de faire décrocher Geist, pour qu'elle reprenne ses études, mais c'était peine perdue. Elle était devenue très douée au poker et elle aussi se faisait pas mal d'argent. Qui partait dans la drogue. Malheureusement, elle avait fait la rencontre de trois gars qui avaient précipité sa dépendance. Elle était passée à la cocaïne et il lui fallait beaucoup d'argent pour se la procurer. Alors elle jouait. C'était un cercle vicieux. Shaina en était très affectée parce qu'elle avait développé des sentiments profonds pour son amie. Mais pas au point de tout sacrifier pour l'aider. Elle commença à jouer dans le Casino de San Remo, pas très loin de son université. Et il s'avéra qu'elle était excellente. Deux ans plus tard, elle devint professionnelle et se mit à vivre aisément de ses gains et à voyager dans les capitales européennes pour asseoir sa réputation de joueuse sans pitié. (7)
Geist lui fit un peu la tête quand elle sut qu'elle allait partir, mais d'un autre côté, ça l'arrangeait. Elle ne l'aurait plus sur le dos en train de toujours lui faire des reproches sur sa façon de mener sa vie. C'est ainsi que Shaina débuta sa carrière de pokériste et devint une championne. Elle remporta plusieurs tournois mineurs et se fit un nom dans le circuit. De temps à autre, elle croisait Geist. Parfois, elle allait bien, parfois moins bien. Il lui arrivait de lui demander de l'argent et Shaina lui en donnait, persuadé qu'elle serait remboursée. Plus de dix ans après, la dette de Geist se montait à environ dix mille euros. Elle était devenue accro à l'héroïne et au poker. Tout ce qu'elle gagnait, ou presque, passait dans la drogue et les cartes. Et lorsqu'elle perdait, elle appelait sa copine Shaina, elle pleurait au téléphone et la jeune femme se laissait toujours attendrir. Ça n'était pas lui rendre service et elle le savait, mais elle ne pouvait pas se résoudre à lui tourner le dos. Plus tard elle apprit qu'elle était en prison. Pas longtemps, quelque mois pour vols à l'étalage et détention de drogue, juste assez pour qu'elle décroche. Mais dès qu'elle fut dehors, elle replongea. Elle se remit à vendre de la cocaïne et de l'héroïne avec ces trois associés et parfois même, elle se prostituait, mais c'était très rare. C'était vraiment en dernier recours. Shaina s'éloigna d'elle pour ne pas se retrouver prise dans une quelconque histoire tordue. Elle s'en sortait très bien et les dix mille euros ne lui manquaient pas, mais c'était pour le principe. Elle savait comment Geist fonctionnait et la police serait ravie de le savoir aussi. Mais elle n'avait jamais rien dit, gardant pour elle ces informations.
Un jour, elles se croisèrent à Venise, dans un Casino. Geist se débrouilla pour voler le portefeuille de Shaina avec plus de deux mille euros en liquide. Elle fit immédiatement opposition à ses cartes bancaires et son chéquier, mais les espèces s'étaient envolées. Ce fut la goutte de trop. Elle coupa définitivement les ponts avec Geist. Elle garda quand même un œil sur elle de loin. Elle sut qu'elle sombrait de plus en plus, mais se refusa à l'aider. De toute évidence, elle ne voulait pas s'en sortir assez fort. Le monde entier aurait pu lui tendre la main, si elle ne le décidait pas elle-même, elle n'y parviendrait pas. Elle survivait, elle ne vivait plus…
La revoir aujourd'hui était inattendu, bien sûr, mais Shaina en fut soulagée. Elle était vivante, c'était déjà ça. Elle se demandait vraiment ce que Geist comptait faire avec son copain. Il n'avait pas l'air méchant sauf qu'il ignorait à quelle manipulatrice il avait affaire. Elle n'hésiterait pas à user de ses charmes pour parvenir à ses fins. Shaina savait pourquoi elle était à Aix. Le Ten Cities attirait beaucoup de joueurs et elle devait se dire qu'elle allait bien trouver une bonne poire ou même plusieurs, pour lui payer quelques buy-in pour qu'elle puisse jouer et gagner assez pour s'enregistrer au tournoi des Dix Villes. Si elle parvenait jusqu'à la bulle, elle serait remboursée de l'inscription et peut-être même plus. Elle était assez douée pour y arriver. Et alors là, elle se roulerait dans l'héroïne après en avoir roulé plus d'un dans la farine. Elle était triste pour elle. Shaina s'était vraiment efforcée de la soutenir afin qu'elle décroche, mais ce fut peine perdue. Peut-être s'y était-elle mal prise? Peut-être n'avait-elle pas assez essayé? Comment secourir quelqu'un qui ne veut pas l'être? Pendant un temps, elle s'était sentie coupable, mais ça lui avait passé. Aide-toi et le ciel t'aidera disait le proverbe. Elle aurait dû commencer par tout faire par elle-même pour s'en sortir et peut-être qu'alors elle aurait trouvé une main tendue. De toute évidence, elle n'en avait pas la volonté. C'était un beau gâchis.
Shaina se souvenait d'une jeune fille très jolie avec de grands yeux d'un bleu foncé. Ces longs cheveux bruns avaient les mêmes reflets bleutés. Elle était mince avec une poitrine bien formée. Chacune avait découvert la douceur que renfermait le corps d'une femme dans des étreintes fiévreuses et inexpérimentées. Mais elles s'étaient données sans retenues. Plus tard en découvrant le plaisir que le corps d'un homme pouvait offrir, elles avaient pu comparer et en discuter. La douceur tendre d'un côté, la force virile de l'autre et les deux étaient infiniment délectables. Tout dépendait du moment où le désir se faisait ressentir, ce qu'il demandait comme assouvissement. Douceur ou force. Mais c'était toujours un plaisir enivrant qui résultait de ces étreintes. L'Italienne sourit à ces souvenirs. Ils étaient beaux, c'était une autre époque, presque une autre vie. Elle se blinda mentalement, termina sa boisson et retourna à sa table. Elle ne devait pas se laisser distraire par la présence de son amie. Enfin amie, il fallait le dire vite. Elle avait un but et elle devait rester concentré dessus.
Geist avait une technique plutôt bien rodée. Seiya lui avait prêté deux cents euros et elle les changea en jetons. Elle commença à jouer et gagna quelques mains. Lorsqu'elle eut un gain suffisant, elle alla l'encaisser sauf trois cents euros qu'elle garda et rendit à Seiya les deux cent qu'il lui avait prêtés. Voyant qu'elle ne pouvait plus jouer, il les lui donna à nouveau. Elle prit donc deux cents euros de jetons plus les cent qu'elle avait gardés et retourna jouer. Et elle recommença, disant à son ami qu'elle n'était vraiment pas dans un bon jour. Mais en fin de compte, elle avait ramassé un joli pactole. Pas vu, pas pris. Elle faisait ça depuis plusieurs week-ends avec le moniteur d'équitation et elle avait presque atteint le buy-in du Ten. Il fallait aussi qu'elle se débrouille avec sa paye pour le loyer de son studio, les factures, la nourriture et… la drogue. Donc, elle mangeait peu puisque c'était la seule dépense sur laquelle elle pouvait rogner. Elle n'était pas décharnée, mais elle passait presque pour une anorexique.
Elle savait où se trouvait Shaina et manœuvrait à chaque fois pour qu'elle ne la voie pas encaisser ses jetons. Tout comme Seiya. Il ne fallait surtout pas qu'il la soupçonne de l'escroquer sinon, elle perdrait sa poule aux œufs d'or. Il n'était pas naïf, mais trop novice de ce genre de jeu pour suspecter une quelconque arnaque. Et elle allait en profiter jusqu'au bout. Et s'il découvrait le pot aux roses, elle disparaitrait et recommencerait avec un autre. Malheureusement pour elle, un homme l'observait d'un air inquiétant. Il prit son téléphone et discuta un moment avec son correspondant. Il eut un sourire torve en raccrochant. Ça n'augurait rien de bon pour Geist qui continua à jouer. L'inquiétant personnage en rejoignit un autre qui ne semblait pas plus avenant. Mais ne dit-on pas que qui se ressemble s'assemble?
Saga et Mû avaient enfin pris leurs jetons et s'étaient débarrassés des journalistes en entrant dans la grande salle de jeu où n'étaient admis que ceux qui s'étaient inscrits. Mû eut un infime sursaut de surprise lorsqu'il reconnut Rune à sa table qui lui fit un clin d'œil ainsi que le joueur avec un papillon tatoué sur l'avant-bras. Aussitôt assis, il envoya un SMS à Kanon pour le prévenir. Celui-ci sourit et s'assit. Il salua les joueurs présents et engloba la table d'un regard. Il eut un temps d'arrêt en croisant les yeux d'Hilda. Il n'y avait que deux femmes, mais la plus âgée ne l'inquiétait pas. Par contre, ce qu'il lut en Hilda fit clignoter plusieurs alarmes. Elle affichait une trop grande assurance et il décida de la surveiller. Et bien lui en prit. Elle gagna quatre mains avant l'abattage à la river (8) avec des mises et des relances parfaitement dosées. Il la catalogua comme dangereuse. Mais quelques mains plus tard, et après s'être retrouvé plusieurs fois en tête à tête, il lui avait pris un tiers de son stack. Et les autres joueurs ne faisaient plus que de la figuration. Mais dès que l'un s'en allait, il était remplacé par un nouveau. Kanon passait un très bon moment. Il échangea quelque SMS avec Mû qui avait l'air en mauvaise posture. À sa table, il y avait Albior Céphée, un professionnel, et sa réputation n'était pas usurpée. Il dominait ses adversaires de la tête et des épaules et semblait bien s'amuser. Mû remporta un gros pot avec un full aux Valets par les Sept et se renfloua un peu.
Saga, de son côté, avait reconnu un homme qu'il avait croisé récemment, Mikael Piscès. Il fut soulagé de ne pas être à sa table, il n'aurait pas aimé lui prendre des jetons. Enfin, rien n'était moins sûr, mais même s'il n'en était pas un, il avait quand même le niveau d'un professionnel. De sa place, il pouvait le voir et il n'arrivait pas à s'empêcher de l'observer. Ça avait une mauvaise influence sur son jeu, surtout que le joueur le dévisageait aussi. Saga était très troublé et il savait parfaitement pourquoi. Ça aurait été se mentir à lui-même que de ne pas admettre qu'il lui plaisait. Beaucoup. Il chercha dans son portefeuille s'il avait quelques cartes de visite et se dit que ce serait bien de lui en laisser une. Si leurs échanges de regards étaient si fréquents, c'était qu'il ne lui était pas indifférent. Alors? Qui ne tente rien n'a rien. Ce n'était qu'un bout de carton après tout. Derrière la carte, il écrivit une gentille phrase et il la posa devant lui. La prochaine fois qu'il se lèvera, il la lui donnera et advienne que pourra.
Mikael Piscès avait levé les yeux comme tout le monde lorsqu'il vit les journalistes courir. Il reconnut plusieurs joueurs réputés, des champions et lorsqu'il aperçut Kanon, son cœur se mit à battre plus vite parce qu'il vit son frère juste à côté qui tentait de tenir les reporters à distance sans ménagement pour pouvoir avancer jusqu'aux caisses. Depuis qu'il avait fait sa connaissance à Carry-le-Rouet au gré d'une simple photo, il avait beaucoup pensé à lui. Bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Lorsqu'il le vit s'asseoir à la table voisine, il constata qu'il était parfaitement dans son champ de vision et que sa journée allait être bien plus ensoleillée qu'il ne l'avait espéré. Certes, la météo était clémente aujourd'hui, mais là c'était carrément le grand beau temps. Il n'arrêtait pas de regarder l'autre table et constata avec beaucoup de plaisir que Saga faisait la même chose. Après une heure de jeu, il le vit se lever et venir vers lui.
— Salut… comme ça va depuis Carry ? s'enquit-il avec un beau sourire dont il avait le secret.
— Très bien… Et toi ? La photo a plu à tes parents ?
— Hein ? Ah oui! sourit Saga à ce souvenir. Pour une fois Kanon a bien cadré, même si tu voulais pas forcément être dessus…
— C'est pas grave… Tu pourras me l'envoyer ?
— Euh… Ouais… tiens, ma carte… envoie-moi un SMS et je récupère ton numéro pour te la filer…
—OK… peut-être à plus tard…
— Ouais… à plus tard…, sourit Saga en s'éloignant vers le bar.
Durant leur courte conversation, Mikael s'était couché à trois reprises pour ne pas être distrait et mal négocier ses mains. En retournant la carte, il découvrit le petit mot: "un verre ou juste un café? Ou alors je me suis trompé" Mikael sourit. Oh non, il ne s'était pas trompé.
Le Pasino ferma ses portes vers quatre du matin. Grâce à la présence des professionnels, les amateurs et les curieux furent bien plus nombreux que d'habitude et l'établissement fut certainement celui qui gagna le plus d'argent.
Mercredi 21 mars 2029, Marseille…
À quatorze heures tapantes, les sœurs Polaris entrèrent dans le bureau du notaire chargé de la succession de leur père. L'endroit était décoré avec un mauvais goût passible de la prison à perpétuité. C'était froid, même glacial, pas du tout un lieu pour faire un peu oublier ce qui amenait les gens là encore sous le joug du chagrin et où il allait falloir parler gros sous. Siegfried les avait conduites jusqu'à l'immeuble où se situait l'étude, car dans ce quartier proche du Parc Borély, il était impossible de stationner dans la rue. Il fut obligé d'aller bien plus loin et il reviendrait les récupérer que lorsqu'elles l'appelleraient. L'homme qui les reçut était petit, presque chauve et ne devait pas savoir sourire. Bien que peu avenant, il fallait en passer par lui. Sur la droite de son bureau, il y avait une pile de documents assez impressionnante ainsi qu'une boite. Et cette décoration rendit Freya triste pour cet homme qui devait voir ça six ou sept heures par jour. Mais était-ce bien nécessaire d'avoir des meubles en chêne massif et doré à l'or fin pour être compétent?
— Je vous présente mes condoléances… Je ne connaissais pas vos parents, mais mon prédécesseur oui… Il m'a confié ce dossier peu avant de prendre sa retraite…, commença le notaire en essuyant son front luisant.
— Comment vont se dérouler les choses ? s'enquit Freya en s'asseyant dans le siège à côté de sa sœur.
— Selon les instructions de votre mère, nous allons commencer par la succession qui concerne votre père puisque lui n'a fait aucune demande particulière…
— Maman avait une exigence ? fit Hilda, surprise tout autant de sa sœur.
— Elle a déposé un testament peu après avoir épousé votre père stipulant que rien ne vous soit dévoilé si ce n'est le strict nécessaire si elle venait à décéder avant lui. Raison pour laquelle vous avez hérité chacune du quart des biens du couple qui ne comprend pas ce qui vous revient de votre mère. Ce qui vient de votre père est aujourd'hui à vous. Vous héritez à parts égales de tous les biens qu'il avait.
— Et tous les biens, c'est quoi exactement ? demanda la cadette.
— La société Odin Tourisme et Transport International et les véhicules, ainsi que les neuf appartements qui sont loués, les voitures privées et l'argent qui est sur les comptes bancaires. Tout a été estimé par un commissaire-priseur et voici les documents qui s'y rapportent…
— Les frais de succession vont être exorbitants, sans parler de vos honoraires, grinça Hilda.
— Plus de la moitié de votre patrimoine est de l'immobilier, il vous sera donc possible de régler en plusieurs fois…
— C'est-à-dire ?
— En six fois sur trois ans (9).
— Je suppose que vous avez calculé ce que nous allons devoir payer, fit Freya un peu sèchement.
— Abattement déduit, la somme s'élève à un peu plus de huit millions d'euros (10) plus mes honoraires de six mille euros.
— Juste pour un peu de paperasse? Eh ben… rétorqua Hilda, écœurée. Et nos enfants devront encore payer, et leurs enfants après eux ! C'est du racket !
— Je ne fais pas la loi, mademoiselle… je l'applique, répliqua le notaire d'un air pincé en essuyant la sueur de son front qui captait toute la lumière comme un miroir.
— Mouais… la loi…
— Donc c'est entendu en ce qui concerne papa…, intervint Freya pour faire retomber l'agacement de sa sœur.
— Voici les documents qui requièrent vos signatures…
— Et pour maman? reprit Hilda, curieuse, tout en apposant un griffon au bas des actes avant de les passer à sa sœur.
— Peu de temps après leur union, votre mère est venue trouver mon prédécesseur, reprit le notaire. Comme ils avaient établi un contrat de mariage, elle pouvait utiliser ses biens comme bon lui semblait…
— Maman avait des biens?
— Qui lui appartenaient en propre depuis l'âge de dix-sept ans après le décès de votre grand-mère maternelle… Elle était l'unique héritière d'une très ancienne famille norvégienne, les Nibelungen… Cette clé USB contient toutes les informations s'y rapportant… J'ai fait faire des recherches par un historien mandaté par notre étude, mais il n'a rien trouvé si ce n'est quelques écrits sur le rôle que la famille Nibelungen a joué dans l'histoire de la Norvège…
— C'est-à-dire? questionna Freya soudain alarmée.
— Elle était à la tête de la plus grosse banque du pays qui gérait les comptes des membres de la famille royale et des grosses fortunes norvégiennes jusqu'à la crise de 1929… À partir de là, la banque a fait faillite en remboursant tous ses clients sur ordre du roi de l'époque, HaakonVII… Il n'y a plus d'informations après décembre 1931, date officielle du dépôt de bilan…
— Comment géraient-ils tout ça ? demanda Hilda, intriguée.
— D'après les documents que nous avons retrouvés qui précèdent le krach boursier, c'était des investisseurs avisés… Ils avaient acheté de l'immobilier, de l'or, des diamants… Ces choses-là ne se dévaluent pas avec le temps, bien au contraire… Mais l'ordre de remboursement à mis à mal ce patrimoine et ils firent faillite…
— C'est ce que raconte l'histoire de la Norvège sur notre famille… murmura Hilda
— C'est en tout cas, ce que nous avons pu trouver… Tout est sur cette clé… tous les documents physiques ont été numérisés quand la technologie l'a permis et des mises à jour étaient faites annuellement… il n'y avait jamais beaucoup de choses à rajouter…
— Ce coffret fait partie de l'héritage de notre mère? demanda Freya qui l'avait remarqué.
— Effectivement… c'est un bijou de famille vieux de plusieurs siècles que votre mère m'avait confié…
— Une vieille babiole, grommela Hilda.
— En voici une photo… il est porté par votre mère…, fit le notaire en leur tendant un feuillet.
L'image montrait en gros plan la main gauche d'une femme avec une très jolie bague à l'annulaire comme une alliance. L'anneau était travaillé en facettes avec un petit disque concave sur le dessus comme s'il y avait eu une pierre sertie perdue depuis longtemps.
— Il s'agit de l'anneau des Nibelungen, poursuivit le notaire. Il a plus de quatre cents ans et a été forgé pour le mariage d'une de vos ancêtres par son époux… C'est une alliance. Il a traversé les siècles jusqu'à vous… Il vous revient, mademoiselle Hilda, puisque vous êtes l'ainée et vous la donnerez à votre premier enfant. Si c'est un garçon, il l'offrira à son épouse, si c'est une fille elle la donnera à l'ainé de ses enfants… Il est quand même fragile, c'est de l'or vingt-quatre carats, assez mou par rapport aux dix-huit carats avec lequel sont fait les bijoux aujourd'hui… C'était la dernière volonté de votre mère…
— Mais… il doit valoir une fortune ! s'exclama Freya.
— Le poinçon a été authentifié, c'est un hippocampe pour l'or vingt-quatre carats, un lion debout tenant une hache pour la Norvège et une feuille d'arbre stylisée qui représente celle qui est restée collée sur le dos du guerrier Siegfried lorsqu'il s'est plongé dans le sang du dragon qu'il venait de terrasser…
— … et qui était son seul point faible et c'est c'qui l'a tué, tout le monde connait la légende ! le coupa Hilda, agacée.
— … et qui est aussi l'emblème de votre famille, poursuivit le notaire sans se formaliser. Il semble que… que ce… Siegfried était un Nibelungen, peut-être votre ancêtre, mais il n'y a aucun document attestant de cela… Cet anneau est inestimable de par son âge, son histoire et son appartenance… L'histoire de la famille Nibelungen fait partie de celle de la Norvège…
— On peut l'voir ? demanda l'ainé des Polaris.
— Le voici…
L'homme commençait à être excédé par l'attitude de l'ainée. Il ne faisait pas un métier facile et dans les circonstances d'un décès c'était encore compliqué car ça se déroulait dans un cadre de tristesse et de chagrin et les héritiers n'avaient pas toujours l'esprit clair pour assimiler les complexités d'une succession. Il ouvrit la petite boite et dans un écrin de velours noir moiré, l'anneau parfaitement conservé brillait de mille feux. La jeune femme le prit et le passa à son doigt et l'observa. Les facettes renvoyaient la lumière par éclat, un peu comme un diamant. Elle tendit la main vers sa sœur qui sourit.
— Quelle est sa valeur ? insista la jeune femme.
— Je vous l'ai dit, il est inestimable…
— Vous avez dû le faire évaluer comme tout l'reste pour calculer au plus juste les frais de succession, commença Hilda d'une voix dure. Alors ? Combien ?
— Plusieurs millions d'euros…
— Combien exactement? insista Freya.
— Douze… douze millions d'euros… mais il n'entre pas dans la succession puisque si votre mère avait été encore là, elle aurait très bien pu vous en faire cadeau… Aucuns frais ne lui sont imputés…
— J'ai douze millions d'euros autour de mon doigt? fit rêveusement la patronne d'Asgard.
— Je l'ai fait évaluer à la demande de votre mère par plusieurs orfèvres et c'est à peu près ce qu'ils ont tous dit… entre onze et treize millions…
— Et si j'meurs avant d'avoir des enfants ? fit abruptement Hilda en ôtant l'anneau pour le remettre dans son écrin.
— Il reviendra à votre sœur avec les mêmes conditions de succession…
— À notre connaissance, on n'a plus aucune famille, dit Freya. Comment ça va s'passer si nous n'avons pas d'enfants?
— Il vous faudra établir un testament dans lequel vous expliquez très clairement sans qu'aucune interprétation autre que votre volonté ne soit possible, ce que vous voulez faire de l'anneau… Je pourrai vous aider le cas échéant…
— Très bien… Nous avons des documents à signer, je crois…
— Une fois qu'ce sera fait, nous aurons toute autorité sur les biens immobiliers et les comptes bancaires ? voulut se faire confirmer Freya.
— Absolument… Et là, ce sont les identifiants numériques et des numéros de compte de votre mère… (11) Ces quatre cartons contiennent tous les documents qui ont pu être réunis concernant votre héritage maternel… le contenu des boites a été vérifié et elle les a fermés avec un scellé en plomb en présence de mon prédécesseur et moi-même. Comme vous pouvez le voir, ils n'ont pas été rompus depuis…
— Ce qui signifie qu'aucun document n'a été ajouté, se fit préciser Freya.
— C'est ça…
Hilda avait envoyé un SMS à Siegfried pour qu'il les récupère devant le bâtiment. Les deux sœurs n'avaient pas prononcé un mot. Elles étaient complètement abasourdies. Hilda venait de réaliser qu'elles n'avaient rien demandé concernant les sommes héritées de leur mère. Freya gloussa. C'était tellement ahurissant. Elles avaient déposé les cartons dans le coffre de la voiture avec l'aide d'un clerc bien serviable. Siegfried les observait dans le rétroviseur, ils les trouvaient trop silencieuses. Il commençait à craindre qu'elles n'aient reçu une très mauvaise nouvelle. Mais il changea d'avis quand il les entendit éclater de rire. Un fou rire nerveux que l'on ne peut contrôler ni arrêter. D'aucuns diraient qu'elles auraient pu avoir un peu de retenue alors que leur père venait de mourir et qu'elles étaient encore en deuil. Mais c'était plus fort qu'elles. Elles en pleurèrent et ne se calmèrent enfin que lorsque la maison fut en vue. Sans même se concerter, elles se précipitèrent dans le bureau sur l'ordinateur en laissant Siegfried s'occuper des cartons. Et il ne chercha même pas à se mêler de leurs affaires. Il savait qu'il serait mis au courant tôt ou tard.
Hilda cassa le sceau d'une des boites posées sur le bureau et commença à fouiller dedans. Avec les documents que leur avait remis le notaire, Freya se connecta à cette banque de Zurich. Elle accéda aux différents comptes sans aucune difficulté. Les derniers mouvements dataient du début de l'année, il s'agissait des intérêts créditeurs annuels. Les sommes étaient colossales. Elles étaient à la tête de presque cinq cents millions d'euros uniquement sur les comptes bancaires… De l'argent placé depuis des dizaines d'années et qui avait fait beaucoup de petits. Et Hilda avait une idée très précise de ce qu'elles allaient en faire… Ou du moins de quelle manière elle allait utiliser la moitié qui lui revenait. Enfin, si Freya était d'accord parce qu'elle ne voulait pas qu'il y ait de désaccord entre elles. Mais elle n'avait aucun doute que sa sœur l'approuverait. Par contre, elles ne comprenaient pas pourquoi leur mère avait laissé tout cet argent dormir.
La raison la plus évidente qui leur venait à l'esprit, c'était que Brunhilde avait voulu que ça revienne à ses filles, sans que leur père ait son mot à dire. Elle n'avait peut-être pas assez confiance en l'avenir d'OTTI qui venait d'être lancée et elle avait préféré assurer celui de ses enfants. Mais leur père savait-il que sa femme était à la tête d'une telle fortune? Lui non plus n'avait pas à se plaindre de ce côté-là. Pourquoi avaient-ils établi un contrat de mariage? De ce qu'elles avaient pu en lire, en cas de décès de l'un des deux époux, l'autre n'hériterait de rien. C'était une façon de protéger la succession d'Hilda et Freya. À moins de découvrir un document spécial dans le dossier qui tenait dans ces quatre cartons poussiéreux, il était fort probable qu'elles n'auraient jamais de réponses à leurs interrogations. Les raisons qui avaient poussé leurs parents à agir de la sorte étaient un mystère.
— T'as vu les actes de propriété ? fit Freya qui était en train de survoler la partie foncière.
— Y doit y en avoir pas mal…
— Ouais… On possède une rue entière d'immeubles de bureaux à Londres dans le quartier des affaires… Y a des bilans comptables qui datent de décembre 2028… Y sont tous bénéficiaires… Y a aussi trois hôtels cinq étoiles à Tokyo, Toronto et à… tiens-toi bien! À Bali!
— Bali ? Je sais où j'vais passer mes prochaines vacances !
— Et les loyers sont impressionnants ! On va en faire quoi ?
— Continuer à encaisser, bien sûr ! Avec les frais de succession, va falloir qu'on assure les charges et les payes d'OTTI et d'Asgard sans trop taper dans les comptes…
— T'as pas tort…
— Qu'est-ce que tu dirais d'acheter de la cryptomonnaie, d'ouvrir des comptes à tous les employés d'Asgard et de les rémunérer avec ? Comme ça ils ne seraient plus à la charge d'OTTI et ils seraient à l'abri si jamais le réseau était… arrêté pour une quelconque raison… Asgard me semble bien dérisoire à côté de ces chiffres… Et pourtant on n'a pas à s'plaindre…
— Ce sont les Polaris qui l'ont créé, mais c'est maman qui l'a géré quand papa a monté OTTI… et c'est toi qui l'as repris… tu vas quand même pas l'abandonner, non ?
— Pas question… Je tiens beaucoup à lui… Et j'ai les moyens de l'agrandir bien plus que je ne l'avais imaginé…
— Oh la vache !
— Quoi ?
— Chaque hôtel a un Casino !
—Tu veux dire…
— Oui! Un Casino où on joue! Hilda… Je suis un peu perdue… On a besoin de conseils…
— Oui, je crois bien… C'est vertigineux… Les comptes bancaires sont gérés par une société d'investissements dont nous sommes les deux seules actionnaires à parts égales depuis le décès de maman… God Warriors Investments n'a fait aucun placement depuis… attends, je regarde… un peu avant qu'elle nous quitte… Curieux…
— C'est peut-être papa qui les a prévenus puisqu'il était au courant pour son héritage…
— Oui, mais prévenu qui ?
— La ou les personnes qui ont géré tout ça jusqu'à c'qu'on en hérite… Si ça s'trouve, y vont nous contacter bientôt pour nous demander c'qu'on veut faire…
— Ou alors on les contacte nous-même… C'est qui ?
— Euh… je l'ai vu quelque part… attends, voilà ! Asmita Virgo… il a le statut de gérant… Y a toutes les coordonnées si on veut l'joindre… Il est à Zurich…
— J'me demande s'il a un lien avec Shaka Virgo…
— C'est qui ?
— Un champion de poker, un pro… Donc on est ses patronnes… Et c'est en Suisse… Je crois que rien n'est dû au hasard… Qu'est-ce que tu dirais d'un voyage chez nos amis Helvètes ?
— Hilda… fit soudainement Freya d'une voix ténue.
— Quoi ?
—Une enveloppe avec nos prénoms dessus…, dit Freya en la montrant à sa sœur.
Elle était usée par le temps, un peu froissée. Elle avait dû passer de main en main, de pochette en pochette pour se perdre entre deux feuilles. À l'intérieur, il y avait une lettre et une photo datée de quelques semaines avant son décès. Elles étaient toutes les trois dessus, dans le jardin de la villa, assises sur une couverture avec les reliefs d'un pique-nique devant elles. Brunhilde tenait ses filles dans ses bras et elles riaient. La photo avait certainement été prise par Dorbal. Freya déplia la lettre délicatement. L'écriture était ronde, élégante et légèrement penchée.
Mes chères filles, mes chéries,
Si cette lettre est entre vos mains, c'est que papa et moi nous ne sommes plus là et en ce qui me concerne, c'est la maladie qui m'emportera dans quelques semaines, quelques mois au mieux. Je sais que je n'ai pas été une mère ni une épouse exemplaire. Votre père savait que j'étais la dernière des Nibelungen, une vieille famille de Norvège très riche qui remonte au XVe siècle. C'est la raison pour laquelle nous avons établi un contrat de mariage qui protégerait votre héritage. Je savais que Dorbal n'aurait jamais touché à ce qui vous revenait, mais c'est lui qui l'a voulu. Il a toujours été un père et un mari aimant et dévoué et je n'ai pas été à la hauteur de cet amour qu'il avait pour moi. Il nous chérissait toutes les trois plus que sa propre vie.
Aujourd'hui, vous vous retrouvez à la tête d'un petit empire financier et immobilier bien loin de ce qu'il a été à une certaine époque. La God Warriors Investments s'occupe des affaires de ma famille depuis le début du XVIIIesiècle puisque les Nibelungen l'ont créé pour ça. Ils sont dignes de confiance. Ils sauront vous conseiller le moment venu. Malheureusement, la crise de 1929 est passée par là, mais nos ancêtres étaient très prévoyants, vous le découvrirez dans les documents que le notaire vous a certainement remis.
Cet héritage vous appartient maintenant. Faites-en ce que bon vous semble. Tout ce que votre père et moi voulions, c'était vous mettre à l'abri du besoin ainsi que vos enfants et vos petits-enfants. On ne peut pas savoir de quoi demain sera fait. Votre papa a toujours été un homme prudent alors que moi, je me servais de mon héritage pour jouer dans les Casinos en particulier au poker. Je sais qu'il vous aura inculqué la valeur des choses, s'il m'a survécu, et que vous serez aussi raisonnables et réfléchies que lui. Vous êtes désormais seules aux commandes d'Asgard, le réseau de poker clandestin fondé par les Polaris que j'ai géré et dont il a dû vous parler ainsi que d'OTTI. Beaucoup de gens et leurs familles dépendent de la bonne santé de ces deux entreprises et j'espère que vous prendrez les bonnes décisions.
Je n'ai pas été très attentionnée avec vous, je n'ai jamais su comment être une bonne maman. La mienne n'a pas eu le temps de me montrer comment faire, j'étais plus jeune que Freya lorsqu'elle est décédée. Je ne vais pas vous demander de me pardonner, je ne crois pas en avoir le droit, mais sachez que je vous ai toujours aimé de tout mon cœur et qu'avec papa, nous vous aimerons jusqu'à la fin des temps. Notre amour pour vous est éternel.
Maman
Le silence devint pesant. La voix de Freya s'était faite de moins en moins audible à mesure qu'elle avançait dans sa lecture. Elle avait laissé couler ses larmes et elle ne s'en était aperçue que lorsque sa sœur lui tendit un mouchoir en papier. Hilda pleurait également, mais toutes les deux souriaient. Après toutes ces années, elles recevaient une lettre de leur mère.
— On dirait un message d'outre-tombe, fit Freya d'une voix éraillée. C'est comme si elle était venue elle-même nous parler…
— C'est très perturbant… Papa nous a toujours dit qu'elle avait fait une overdose de médicaments…
— C'est peut-être ce qu'elle a fait puisqu'elle se savait condamnée… Elle a pas voulu voir sa santé se dégrader et devenir une charge… Elle voulait pas que toi et moi on la voie malade…
— C'était peut-être douloureux aussi… Tu t'rends compte que… si j'avais pas découvert Asgard, papa n'aurait peut-être pas eu le temps de nous en parler… Y devait pas s'attendre à nous quitter comme ça… Et maman ne dépensait pas l'argent de papa, murmura Hilda. Elle flambait son propre héritage…
— On aurait été mises devant le fait accompli et on n'aurait peut-être pas su le gérer… Que tu t'sois mise à jouer au poker est une bonne chose, finalement…
— C'est un pur hasard… C'était avant que j'découvre le réseau… Oh, y fait nuit ! Quelle heure il est ?
— Ouh là… presque neuf heures…
— C'est pour ça qu'j'ai faim, plaisanta l'ainée. On s'décongèle une pizza ?
— OK… demain tout ça sera encore là… On a complètement ignoré Siegfried, le pauvre…
— Il sait se faire discret quand il faut… Demain on lui fera un résumé…
— C'est bizarre… fit Freya en suivant sa sœur dans la cuisine. J'ai l'impression que la maison est encore plus vide et silencieuse…
Même jour, studio de Geist Ghost, cité de la Calade, Marseille15ème…
Elle était composée de trois énormes tours d'habitation avec une vue imprenable sur la mer pour certains appartements. Il y avait de tout. Du studio au T4. Malheureusement, le quartier était mal géré depuis des décennies et laissé à l'abandon par les autorités qui auraient dû s'en occuper. Il manquait d'espaces sportifs et culturels, il n'offrait pas d'activité aux habitants et avec le temps, des familles aux revenus plus que modestes s'étaient installées là. Toutes les origines se côtoyaient. Française, Maghrébines, Africaines, Roms et quelques autres. Elles formaient un patchwork coloré qui s'était adapté pour survivre et ce n'était pas toujours de manière légale. De nombreux trafics s'étaient développés et celui qui intéressait le plus Geist Ghost, c'était celui de la drogue, de l'héroïne. Elle louait un studio meublé de vingt-cinq mètres carrés pour trois cents quatre-vingts euros par mois. C'est tout ce qu'elle pouvait se permettre, même avec les aides sociales. Parfois elle travaillait, elle faisait quelques heures de ménage, histoire d'avoir une petite indemnité de chômage et surtout beaucoup de temps pour jouer au poker dans les tripots du coin et sur Internet. Sa voiture était une épave vieille de vingt-cinq ans qui roulait encore grâce à la gentillesse de son voisin de palier, un mécanicien. Elle n'avait pas d'assurance, elle n'avait pas les moyens. Elle devait être très prudente lorsqu'elle conduisait. Les employés de la supérette enclavée entre les trois tours la connaissaient bien. Elle achetait toujours les produits déclassés pour date limite de consommation à trois jours. Elle aurait pu vivre un peu mieux en piochant dans sa bankroll, mais elle s'y refusait. Elle voulait tellement s'inscrire au Ten Cities, qu'elle était prête à réduire encore son alimentation. Par contre, elle n'avait pas du tout pensé à ne plus se procurer de drogue, parce que pour elle, dans son esprit tordu et corrompu par l'héroïne, elle avait plus besoin de sa dose que de manger. Elle était plus que dépendante, elle était addicte (12)
Elle avait quand même réussi à s'acheter un ordinateur portable en piochant un tout petit peu dans sa bankroll et qui lui donnait accès au monde entier. La connexion Internet, c'était son voisin, le mécanicien qui lui avait fourni sa clé wep et le wifi passait bien à travers le mur qui séparait les deux appartements. Depuis l'adolescence, elle n'avait fait que tomber toujours plus bas et le dernier cercle de l'Enfer de Dante ne semblait plus très loin. Elle avait trouvé un emploi dans un haras au-dessus d'Aix-en-Provence et elle s'y rendait en bus pour économiser son carburant. Elle avait rencontré un moniteur d'équitation et ils avaient rapidement sympathisé et même plus que ça. Elle était parvenue à l'attendrir et il lui avait payé quelques buy-in au Pasino Grand. Elle avait une méthode plutôt bien rodée et elle avait réussi à gagner pas mal d'argent. Elle en gardait un peu sur son compte courant, le reste partait sur sa bankroll. Elle était persuadée que cette année, elle irait loin. Malheureusement, son passé venait de la rattraper de manière très brutale.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle ne reconnut pas immédiatement son appartement. Elle essaya de rassembler ses souvenirs. Elle était sortie du Pasino pour fumer une cigarette et un homme qu'elle identifia comme sorti tout droit des ténèbres de son passé, l'avait menacée et obligée à monter dans une voiture avant de l'assommer si elle en jugeait par la douleur qui lui vrillait l'arrière du crâne. Et maintenant, elle reconnaissait son studio. D'instinct, elle resta immobile, elle entendait des voix sans saisir ce qui se disait. Elle avait mal à la tête et elle sentait qu'elle transpirait. Chez elle, c'était le premier symptôme du manque avant les tremblements et les crampes. Elle n'avait jamais tenté de se sevrer, aussi n'avait-elle jamais ressenti tous les autres. À mesure qu'elle refaisait surface, elle comprit mieux la conversation qui lui parvenait assourdie comme dans un épais brouillard et elle reconnut ces voix. Elle voulut bouger, mais une violente douleur au bras la fit gémir.
— Ça y est ? Tu t'réveilles? fit l'un des trois hommes qui étaient là.
— Qu'est-ce que…
— Qu'est-ce qu'on fait là ? fit un second. On vient récupérer c'que tu nous dois, pétasse!
— On dirait qu'elle sait plus qui on est, rit grassement le troisième.
— Si, je sais…
— Medusio, allume son ordinateur, on va se faire un virement tout de suite!
— Il en manquera encore un peu, d'après ce que je vois… T'as même pas quoi t'inscrire au Ten, ricana Flipper, penché par-dessus l'épaule de son complice. Tu comptais faire comment ? demanda-t-il sans vraiment être intéressé par la réponse.
Medusio, SeaSnake et Flipper (13), étaient les trois associés avec qui elle avait revendu de la drogue plusieurs années auparavant et elle ne les avait jamais connus sous un autre nom. Elle était tout juste majeure et à la fac elle était le dealer du campus le mieux achalandé. Héroïne, cocaïne, LSD, ecstasy et bien d'autres. Les trois hommes étaient ses fournisseurs et ils se faisaient un pognon fou. Les étudiants étaient sous pression, il fallait les aider et leur procurer de quoi se détendre. Et dans une université qui comptait plus de huit mille élèves, c'était du pain béni. Sauf qu'un jour, Geist s'enfuit avec vingt-cinq mille euros qui ne lui appartenait pas. Elle déposa ces espèces sur une carte Transcash en faisant tous les bars-tabacs de la région et elle récupéra l'argent sur le site. L'opération était invisible. Une fois ceci fait, elle fit des virements sur son compte courant et celui de sa bankroll. Mais sa dépendance à l'héroïne rongea ce matelas d'euros lentement, mais sûrement.
En quittant l'Italie, elle pensait disparaitre. Mais c'était mal connaitre ce milieu particulièrement dangereux. Elle était persuadée qu'à son modeste niveau, elle ne serait pas inquiétée. Sauf que ces trois-là avaient eu des comptes à rendre à leur fournisseur. Un type à qui cet argent n'allait pas manquer, mais c'était pour le principe. Il ne fallait surtout pas que le bruit se répande que n'importe qui pouvait le voler impunément. Medusio avait eu un œil crevé, SeaSnake avait la jambe raide et boitait parce qu'on lui avait brisé un genou avec une masse, quant à Flipper, il avait eu le pénis coupé aux trois quarts avant d'être cautérisé avec une lame rougie dans le feu d'une cheminée. La punition pouvait sembler démesurée au regard de la nature de la faute, mais c'était parce que Flipper avait osé parler pour tenter de minimiser leurs responsabilités. Désormais pour uriner, il devait s'asseoir comme une femme. Non, la somme n'était pas élevée si l'on comparait aux centaines de milliers d'euros que ce trafiquant brassait, mais il fallait faire un exemple et là, il y en avait trois. Ils s'étaient jurés de retrouver Geist et de lui faire payer. À mesure qu'ils lui avaient raconté ce qu'ils avaient subi à cause d'elle, la jeune femme avait compris qu'elle n'allait pas s'en tirer avec une petite tape sur les doigts. Pour eux aussi c'était une question de principe. Ils avaient réussi à rembourser la presque totalité de ce qu'elle leur avait dérobé, mais il en restait encore.
— Alors c'est pas compliqué, commença SeaSnake. On t'a laissé un peu d'pognon sur ton compte… Ça va t'servir pour jouer dans les tripots dans la journée et le soir tu tailleras des pipes à l'Opéra (14).
— Quo i? L'Opéra ? Pas ques…
— Tu f'ras c'qu'on te dit et tu fermes ta gueule! la menaça Flipper en l'étranglant d'une main. À cause de toi je pisse assis et j'peux plus baiser! gronda-t-il d'une voix basse et effrayante.
— Doucement, la tue pas, on en a besoin… Crois pas qu'on te donne le choix, poursuivit Medusio. On te surveillera tant que tu nous devras du fric… On t'emmènera dans les tripots et à l'Opéra et pour tenir le coup on t'fil'ra même un peu d'héro…
— Tu vas va pas cracher sur d'la dope gratuite ? ricana SeaSnake en massant machinalement son genou.
— J'ai un job… j'peux vous payer tout doucement…
— Non, non, non… Ce serait trop facile…, marmonna SeaSnake. Tu joues et tu tapines, c'est tout ! Tu l'as déjà fait, tu t'rappelles ?
Geist se mit à pleurer, mais ça n'attira aucune compassion de la part de ses trois tortionnaires. Ça lui était arrivé de se prostituer pour pouvoir s'acheter de la drogue, mais ce n'était pas produit plus d'une huitaine de fois. Elle comprit qu'elle venait de tomber dans le dernier cercle de l'Enfer de Dante. Elle demanda à aller se doucher et prit son sac. Rapidement, elle effaça et bloqua le numéro de Shaina, de Seiya et de son voisin le mécanicien du répertoire de son téléphone. Ses autres contacts ne seraient d'aucune utilité à ses anciens complices. Son médecin traitant, son gynécologue, de petits dealers. Elle se lava et se vêtit de propre.
— Ben voilà! sourit méchamment Medusio. T'es presque baisable! Aller ! Tu vas jouer et vers vingt-deux heures on ira à l'opéra, mais faudra que tu t'habilles en conséquence. T'as compris ?
— Ouais, ça va…
—E t tu nous parles sur un autre ton! s'énerva Flipper en la poussant brutalement sur le canapé. On n'est pas tes collègues !
— Et tes parents ? Tu leur as raconté qu't'étudiais encore à la fac ? À ton âge ? se moqua SeaSnake.
— Y sont morts y a dix ans… Une coulée de boue après une tempête a emporté leur voiture…
— Ah… C'est pas d'chance…
Elle regarda son studio où elle s'était toujours sentie en sécurité. Elle n'avait jamais aimé les grands appartements. Plus elle avait d'espace, plus elle était inquiète. Elle donnait l'illusion d'être à l'aise avec tous les gens qui l'entourait, mais en réalité elle préférait être dans un lieu étroit qui lui faisait comme un cocon protecteur, là où elle était cachée et inaccessible, où rien ne pouvait lui arriver. L'entrée s'ouvrait sur un couloir où il y avait la kitchenette à gauche, la salle de bain avec les WC à droite et au bout le salon. Il y avait un clic-clac, une table et un vaisselier à côté d'une armoire. Son ordinateur faisait office de télévision. À travers lui, elle se tenait informée d'un œil de ce qu'il se passait dans le monde sans vraiment s'y intéresser. Elle avait bien d'autres chats à fouetter. Jouer beaucoup, manger un peu, travailler un peu, se droguer beaucoup trop. En fait, sa vie n'était qu'un interminable tunnel sombre qu'elle arpentait comme un automate, sans réelle volonté. Elle mettait un pied devant l'autre parce que c'était la seule façon qu'elle connaissait pour avancer vers le tout petit point lumineux qu'elle voyait au loin. Elle repensa à Shaina et au nombre de fois où elle lui avait tendu la main pour l'aider, à l'argent qu'elle lui avait donné. Elle regrettait maintenant de ne pas l'avoir écoutée. Mais jamais elle n'aurait imaginé se retrouver dans une telle situation. On dit que notre passé nous rattrape. Peut-être pas toujours, mais souvent et il fallait prendre sur soi. Là, elle n'assumait rien, elle subissait. Et ses remords, aussi sincères qu'ils puissent être, n'allaient pas l'aider à se sortir de cette affaire sans y laisser des plumes. Ils étaient donc inutiles. À quoi bon se lamenter quand on est responsable de ce qui arrive? Ces choix l'avaient menée jusqu'à cet instant où elle se retrouvait à racoler et à se droguer pour tenir le coup. Elle essuya ses larmes, prit son sac et, accompagnée de Medusio et SeaSnake, elle partit pour la salle de jeu clandestine du quartier de Saint Louis…
Pour cent cinquante euros de jetons, elle ne ressortit qu'avec le double à peine. Ses geôliers la bousculèrent un peu l'insultèrent pour finalement retourner chez elle. Il fallait qu'elle change de vêtement et qu'elle se maquille légèrement pour être "attrayante". SeaSnake lui donna quelques billets pour rendre la monnaie si c'était nécessaire ainsi que des préservatifs. Elle ne devait rien refuser et se faire payer en fonction de la prestation qu'elle accomplirait et le client était roi. Ce soir-là, elle en eut sept. Six pour des fellations et le septième la prit debout dans le renfoncement d'une porte cochère, bien à l'abri des éventuels passants qui auraient pu appeler la police en les surprenant en pleine action. Lorsqu'il eut terminé et qu'il s'en alla, Geist vomit ses tripes dans le caniveau. Elle regarda les deux hommes s'avancer vers elle, le sourire aux lèvres. C'était le rictus de celui qui sait qu'il est en position de force, qu'il domine, qu'il écrase une personne parce qu'il en a le pouvoir et que ça lui plait, que ça l'amuse de voir le désespoir et le dégout dans les yeux de sa proie. Geist était dans un état second qui, malheureusement, ne lui faisait pas oublier qu'elle commençait à avoir sérieusement besoin d'une dose d'héroïne. De retour chez elle, ils lui accordèrent une petite piqûre et comme par enchantement, ce qu'elle venait de faire lui parut soudainement bien insignifiant. Elle comprit qu'ils allaient la mettre suffisamment en manque pour qu'elle accepte ce qu'elle faisait si elle savait qu'elle aurait droit à sa récompense pour bons et loyaux services. Elle se dégoutait, elle avait eu envie de mourir lorsque ces hommes s'étaient vidés en elle malgré le préservatif, mais avec le recul, ça n'était pas si difficile physiquement. Moralement, elle était au trente-sixième dessous, mais elle devait s'accrocher. Ça finirait bien un jour, quand elle aurait remboursé les trois mille et quelques euros qu'elle devait encore.
Elle savait que ces comptes bancaires avaient été vidés dans leur presque totalité. Ils étaient loin d'être idiots. Ils se doutaient qu'elle avait des prélèvements automatiques et qu'il fallait les honorer et ils laissèrent un solde en conséquence. Et pour veiller à ce qu'elle ne s'enfuie pas à nouveau, ils s'installèrent chez elle, sur des matelas improvisés. Ils n'allaient pas la quitter jusqu'à ce qu'elle ne leur doive plus rien. Elle avait conscience qu'elle serait pire qu'une loque lorsqu'ils en auraient fini, mais elle se raccrochait à l'idée que ce n'était qu'un mauvais moment à passer et que… après la plus le beau temps…
Même jour, Sausset-les-Pins chez Kanon Gemini…
Il faisait beau, mais un peu frais. Le carillon éolien teintait doucement. Le vent faible grondait légèrement lorsqu'il s'engouffrait dans ses oreilles. Il avait les yeux clos et il était assis en tailleur sur un tapis de sol. La surface était bien plate sans aucune aspérité qui aurait pu rendre la position inconfortable. À chaque inspiration, son ventre se gonflait. Il avait une conscience aiguë des points de contact de son corps avec la pierre. Devant lui, la Méditerranée offrait un beau spectacle. La houle faisait onduler l'eau, créant des creux et des crêtes. Les vagues étaient rondes, pas assez hautes pour casser et écumer sauf lorsqu'elles arrivaient sur les rochers à quelques dizaines de mètres de lui. Le bruit n'était pas très fort. Il était régulier et berçait les sens. Il était dans un état d'hypnose proche de la transe. Il avait perdu la notion du temps. Il aurait été incapable de dire depuis combien il était là. Il était bien, sa position était parfaite. Il ne ressentait aucune gêne, aucun engourdissement. Dans sa tête, il voyait défiler ses connaissances du poker, les statistiques, les probabilités, les nombreux calculs qui entraient en ligne de compte lorsqu'il fallait prendre une décision. Les bases en somme, pour un joueur comme Kanon. Il s'accrocha au son de la mer et revint lentement à la surface de son esprit, là où se trouvait son état naturel de conscience. Il ouvrit les yeux et pendant une fraction de seconde, il fut ébloui par le soleil. Il leva les bras au-dessus de sa tête et les poussa vers le haut aussi loin qu'il put pour étirer les muscles de son dos. Il déplia ses longues jambes, s'accroupit doucement pour ne pas risquer un étourdissement dû à la baisse de tension induite par l'exercice d'hypnose qu'il venait de faire. Ça ne lui arrivait pas souvent, il préférait la méditation. Mais maintenant qu'il avait un psychiatre dans ses relations, il pourrait bien tenter l'expérience plus fréquemment. Il se leva lentement et retourna dans la maison.
Il se fit un café et l'emporta dans son bureau. Sur l'écran de son ordinateur était affiché un site de calcul mental. Des opérations lui étaient proposées et il devait trouver le plus petit ou le plus grand résultat en moins de cinq secondes. Il y avait les bases, addition, soustraction, multiplication et division, mais également des proportions, des pourcentages et tout ça avec des nombres à virgule. Tout ce qui était utile lors du déroulement d'une main. On ne devient pas champion parce qu'on sait jouer, même si c'est quand même indispensable, mais parce qu'on sait calculer les chances de gagner. Et les calculer vite. Il fallait entrainer le cerveau tous les jours pour qu'il travaille bien. Après une heure de ce que certains appelleraient de la torture chinoise, il abandonna cet exercice de mathématique basique et alla sur des sites qui proposaient des freerolls assez élevés. Quitte à jouer, autant que ça rapporte. Il s'installa sur quatre tables à la fois et trois heures plus tard, il en avait remporté trois. Le pseudo SeaDragon sur Internet était presque aussi connu que le nom de Kanon Gemini dans le poker en live. Sauf que personne ne savait qu'il s'agissait d'un seul et même joueur. Il encaissa l'équivalent du buy-in du Ten Cities ou un peu plus. Une fois encore. Depuis qu'il avait pris la décision de s'y inscrire, il avait bien dû gagner six ou sept fois la somme en live et on line et sans forcer. Il n'était certainement pas le seul. D'autres joueurs comme lui faisaient exactement la même chose et c'était un excellent entrainement. C'était surtout ce qu'il fallait faire pour rester au top et être capable d'affronter les meilleurs pokéristes tournois après tournois.
On était en milieu de semaine et la plupart de ses amis travaillaient. Le seul qui pourrait éventuellement l'accompagner au Casino de Carry, c'était Gabriel. Julian était en Grèce donc trop loin et son frère et Mû étaient en train d'éduquer la jeunesse du pays. Il s'affala dans le canapé de son bureau et pris son téléphone. Il avait envie de jouer et il ne voulait pas y aller seul. Mais son ami serait-il disposé à l'accompagner? Lui habitait à dix minutes, mais Gabriel était sur Marseille. Et pourquoi pas le Pasino? Il n'était pas trop tard et en semaine la fréquentation était moindre ce qui devrait lui convenir. Et puis ce serait une occasion de le revoir. L'amitié, ça s'entretient.
— Kanon ? Salut !
— Ça va ? J'te dérange pas ?
— Non, j'étais sur un freeroll… Je viens de terminer…
— J'viens d'en finir trois… Ça te dit le Pasino ?
— Maintenant ?
— Y aura pas trop d'monde… c'est mercredi…
Son cœur battait à tout rompre. Gabriel n'avait jamais vraiment cru que Kanon l'appellerait pour qu'ils sortent tous les deux jouer au poker. Qu'il l'ait fait une fois, c'était juste histoire d'être poli parce qu'il avait lancé l'idée en l'air, ça pouvait se comprendre. Mais là, il savait qu'il était le seul à pouvoir l'accompagner. Sauf qu'il n'avait pas encore réalisé que Kanon ne faisait pas les choses pour être poli, mais uniquement parce qu'il en avait envie. Il aurait pu demander à Milo. À cette heure-ci, il était certainement chez lui derrière son ordinateur sur un freeroll lui aussi. Ou bien il l'avait déjà contacté et son ami n'était pas libre. Était-ce pour ça qu'il l'appelait? Parce qu'il n'y avait personne d'autre? Était-il un choix par défaut? Cette idée l'attrista.
— D'accord, dit-il sans même en avoir conscience, un peu comme s'il n'avait pas d'autre choix que d'accepter. On se retrouve là-bas?
— Génial ! À t'à l'heure !
Kanon avait cru qu'il allait refuser vu le temps qu'il avait mis à lui répondre. Et il était très content. Il considérait Gabriel comme un ami et un très bon joueur. Il avait adoré l'affronter, ça n'avait pas été facile et il avait senti qu'il pouvait être redoutable s'il décidait de faire davantage de tournois en Europe pour commencer. Il avait bien conscience que sa phobie pouvait être un frein à sa carrière et il le déplorait sincèrement. Il avait envie de l'aider. Il le voulait vraiment parce qu'il trouvait regrettable qu'un tel talent soit bridé à cause d'un souci psychologique. Il était en train de se dire que depuis toutes ces années, Gabriel n'avait plus jamais été dans un concert ou dans une discothèque. Alors que ce sont des moments qui font tant de bien au moral, il s'agissait de quelques heures où on pouvait se lâcher, laisser tomber le masque qu'on portait tous les jours, celui qu'on présentait en public. Même face à nos proches, on ne le quittait jamais complètement ne serait-ce que pour ne pas qu'ils voient nos petits soucis parce qu'on ne veut pas qu'ils deviennent les leurs.
Il s'habilla rapidement et prit sa voiture. Il était pressé d'être au Pasino. Il était presque euphorique à l'idée de s'amuser avec Gabriel. Il allait le voir et peut-être jouer contre lui. Ça l'ennuierait parce qu'il ne voulait pas lui prendre de l'argent. Ou qu'il lui en prenne. Pas d'argent entre amis, n'est-ce pas? Si c'était le cas, il le lui rendra. Gabriel protestera certainement, mais il pourra toujours lui faire un cadeau d'une valeur équivalente. Mais d'abord, il allait le voir et il n'avait pas encore remarqué que c'était cette idée qui l'emballait le plus. Plus que de jouer…
À suivre…
(1) Buy-in = montant de l'inscription dans un tournoi.
(2) Bankroll = compte bancaire d'un joueur exclusivement réservé au poker
(3) Junk Funk de Uzeb = Vous la trouverez sur YouTube. La mélodie est basée sur la basse et c'est un pur moment de bonheur d'entendre ce que peuvent accomplir trois instruments seulement. Vous trouverez également d'autres musiques qui incluent la flute traversière et c'est juste… magique!
(4) Théâtre de La Criée = Théâtre National de Marseille. Les représentations vont des pièces de théâtre au concert de musique classique, d'opéra et de ballets.
(5) Ford Focus ST noire de Milo.
(6) Bugsy Siegel = célèbre mafieux qui finança les tous les premiers Casinos de Las Vegas. Google est votre ami.
(7) No mercy = c'est une joueuse Québécoise, Isabelle Mercier, qui est appelée ainsi pour une bonne raison. À la table, elle n'a aucune pitié. C'est vrai qu'il ne faut pas être tendre ou sentimental et son jeu agressif reflète bien sa réputation. Un documentaire a été tourné sur elle. Google est votre ami si vous voulez en savoir plus.
(8) Abattage à la river = ou showdown c'est quand tous les joueurs restants après le dernier tour d'enchères dévoilent leurs cartes pour connaître le vainqueur.
(9) En 2018, ça se passait comme ça. Par contre, s'il y a une entreprise dans la succession, les choses sont beaucoup plus complexes aussi je ne les ai pas prises en compte. Je me suis basée sur un bien classique comme une maison, des appartements, des véhicules privés et des comptes bancaires. De toute façon, ça n'impactera pas la suite de l'histoire.
(10) Pure spéculation de ma part, mais il y a une société dans la succession ce qui doit faire augmenter les frais.
(11) Il va de soi que tout ce qui tourne autour de l'Anneau des Nibelungen dans ce passage et dans d'autres si j'y fait encore allusion n'est que pure invention de ma part.
(12) L'addiction estune incapacité à contrôler sa consommation en ayant conscience des effets néfastes (trouble du comportement).
Ladépendance estun phénomène physiologique qui conduit à consommer à nouveau pour ne pas subir les effets désagréables du manque (trouble physiologique).
La frontière entre les deux est floue, mais apparemment, elle existe.
(13) Medusio, SeaSnake et Flipper = Méduse, Serpent de Mer et Dauphin chevaliers des Abysses qui sont les subordonnés de Geist dans Saint Seiya.
(14) L'Opéra = un des quartiers de prostitution de Marseille.
Au Poker les quatre couleurs sont PIQUE, CARREAU, TRÈFLE et CŒUR et non pas rouge et noir. En anglais, puisque c'est la langue du poker c'est, dans le même ordre: SPADES, DIAMONDS, CLUBS, HEARTS.
Hiérarchie des mains
—Une CARTE HAUTE = si aucun joueur n'arrive à former ne serait-ce qu'une paire, celui qui à la carte la plus élevée remporte le pot. S'il y a une égalité, le pot est partagé.
—Une PAIRE = deux cartes de même valeur. Par exemple2 DAMES.
—Un BRELAN = trois cartes de même valeur. Par exemple 3 HUIT
—Une QUINTE = 5 cartes qui se suivent de couleurs différentes. Par exemple 5D – 6C – 7H – 8D – 9S toutes couleurs confondues.
—Une COULEUR = 5 cartes qui ne se suivent pas, mais de la même couleur. Par exemple 7 – VALET – 10 – 2 – DAME toutes à CŒUR. La couleur avec la hauteur la plus élevée remporte le pot.
—Un FULLHOUSE ou FULL en abrégé = Un BRELAN associé à une PAIRE. Par exemple un FULL aux HUIT par les VALET c'est un brelan de HUIT et une paire de VALETS. Il faut associer les cartes servies au joueur avec celles découvertes sur le tapis.
—Un CARRE = 4 cartes de la même valeur. Par exemple le plus beau 4 AS. Mais 4 DEUX peuvent aussi très bien faire l'affaire et gagner le pot.
—Une QUINTE FLUSH ou QUINTE à la COULEUR = 5 cartes qui se suivent de la même couleur. Par exemple 7 – 8 – 9 – 10 – VALET à CARREAU
—Une QUINTE FLUSH ROYALE = 5 cartes qui se suivent de la même couleur hauteur AS. Par exemple10 – VALET – DAME – ROI – AS à PIQUE. Elle est appelée royale parce qu'elle est hauteur AS. C'est LA combinaison imbattable au poker. Statistiquement, il existe 1chance sur 30000 de l'obtenir, mais qui sait… La chance peut avoir envie de vous faire un magnifique sourire.
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