Chapitre 2

Koby se réveilla de sa courte nuit entrecoupée de cauchemars. Le soleil se levait à peine dans le ciel mais déjà son ventre criait famine. La veille, il avait réussit à marcher jusqu'aux deux immenses palmiers pour tenter de trouver un peu d'ombre, anticipant les fortes chaleurs du lendemain. Il s'était adossé contre l'un des deux arbres et avait laissé le sommeil le gagner, emportant avec lui toutes ses douleurs.

Au vu de la position du soleil dans le ciel, Koby en déduisit qu'il était environ midi. Cela signifiait qu'il n'avait pas mangé depuis deux jours, et que cela faisait presque 24 heures qu'il avait essuyé cette tempête qui l'avait fait s'échouer sur cette fichue île.

Mais il était temps d'agir. Hors de question de rester sur cette bande de sable à se lamenter sur son sort et à pleurer de douleur.

Koby inspecta lentement chaque touffe d'herbe près des palmiers, chaque trace dans le sable, il scruta même le ciel pendant de longues minutes, utilisant son haki de l'observation fraichement développé pour se réperer: il n'y avait pas âme qui vive sur cette terre. Mais l'océan, lui, en regorgeait.

Dans son enfance, Koby n'avait jamais été du genre à chasser ou à pêcher. Mais depuis son entrée dans la Marine, il n'avait pas vraiment eu le choix que de s'y plier. Et les leçons du survie du Vice-amiral Garp allait enfin lui servir. N'ayant aucune arme, et à vrai dire aucun objet hormis ses vêtements déchirés, sur lui, il décida de partir pêcher, s'armant simplement de son courage et de son haki.

Il entra dans l'eau en gémissant légèrement. L'eau salée léchant ses plaies ouvertes le fit grimacer mais il continua d'avancer, se laissant submerger par les douces vagues. Il laissa son corps s'acclimater quelques secondes mais ne laissa pas le temps à son esprit pour se trouver une excuse: il plongea immédiatement et commença à épier les coraux.

Et en effet, l'océan regorgeait de petits poissons qui pourraient faire l'affaire.

Les fonds marins descendaient rapidement à quelques mètres de la bande de sable. Il devait alors plutôt s'agir d'un énorme caillou ancré dans l'océan et recouvert de sable.

Il remonta à la surface pour prendre une inspiration et replongea. Son haki détecta deux imposants monstres marins qui ne semblaient pas l'avoir repérés pour le moment. Au vu de son état de santé actuel, Koby jugea plus sécuritaire de se contenter de pêcher près du sable. Il tourna lentement, repérant au passage quelques sardines et crevettes qui fuyaient dès que son corps se rapprochait trop de leur cachette. Quelques thons nageaient paresseusement auprès de lui.

Alors qu'il nageait le plus possible de ce qui lui semblait être le sud ("là où toute nourriture est succulente" selon le Vice-amiral Garp), il fut ébahis par un spectacle étincelant. Les coraux à l'extrémités sud du rocher étaient particulièrement lumineux, des coussins d'algues abritant tout un écosystème vivant de minuscules êtres vivants et de nutriments. Une armée de crabes semblaient avoir élus domicile dans les renfoncements de la roche, entrant et sortant, les pinces chargées de coquillages et de minuscules mollusques et crustacés. La roche était recouverte de moules, une dizaine de crabes s'affairant à taper sur les coquilles pour les décrocher de la paroi et les embrocher avec leurs pinces.

Koby retourna à la surface pour inspirer une grande gorgée d'air. Le spectacle sous marin qui se déroulait sous ses yeux l'intriguait au plus haut point. Le comportement de ses crabes était particulièrement étrange et l'hypnotisait tant que toute sensation de faim disparut de son esprit. Le soldat s'était accroché à la paroi du rocher, sa main empoignant fermement le sable pour se stabiliser et pouvoir respirer sans trop d'effort.

Alors qu'il prit quelques secondes pour reprendre son souffle et se préparer à plonger à nouveau, du mouvement à sa droite le surprit. Un crabe, minuscule et aussi pâle que la lune, marchait à une vitesse qui semblait particulièrement rapide et inhabituelle pour un crabe, se frayant un chemin entre les grains de sables presque aussi gros que lui. Ses pinces, tout aussi argentées, claquaient dans les airs dans un rythme régulier, presque comme une mélodie. Koby resta figé un instant, regardant désabusé le crabe argenté passer pour son nez, comme s'il n'avait jamais existé. Une fois arrivé près de l'eau, le crabe se laissa emporter par une petite vague et continua sa course dans l'océan. Intrigué, Koby plongea également et le suivi du regard. Tout cela n'était décidemment pas normal, même s'il s'agissait du Nouveau Monde. Cette bande de sable pouvait-elle être le royaume des crabes? Si un tel lieu existait réellement…Mais plus rien ne pouvait le surprendre désormais.

Koby suivit donc en nageant doucement le crabe argenté qui passait d'un renfoncement rocheux à un autre avec aisance, suivant son chemin sans aucune hésitation.

Le petit crabe finit par rejoindre un attroupement d'autres crabes bien plus en profondeur. Tous ces crabes avaient une couleur et un gabarit différent, des pinces plus ou moins longues, plus ou moins coupantes. Mais le petit crabe argenté continuait sa route, traversant les troupeaux de crabes sans hésiter. Il s'arrêta un instant face à un minuscule trou et y enfonça l'une de ses pinces. Il en ressortit un minuscule crustacé, encore plus petit que lui, que Koby arrivait à peine à identifier. Le minuscule crabe argenté commença à faire des bonds sur place (depuis quand les crabes pouvaient ils sauter?), semblant presque heureux de sa prise. Evidemment, vu son gabarit, il devait bien être le seul de tous ces crabes à pouvoir attraper d'aussi petites proies.

Soudain, il sembla comme pris d'une frénésie et se remit en route avec ardeur, poussant sur ses minuscule pattes pour se projeter à travers les faibles courants marins. Koby continua de le suivre en hauteur sans le perturber.

Et le minuscule crabe arriva enfin à destination. Le soldat fut alors ébahit de découvrir une armée de crabes, s'agitant frénétiquement le long de la paroi rocheuse, piochant, cisaillant et retournant la roche pour y extraire de minuscules crustacés et mollusques, les déplaçant précautionneusement pour les déposer dans un immense sac de pêche comparé à leur taille, le tout dans une danse parfaitement synchronisée et endiablée. La zone sous marine tout entière était recouverte de petites bulles créées par leur agitation et filant droit vers la surface. Le minuscule crabe argenté déposa son trophée dans le sac de pêche et disparut du regard du soldat qui semblait hypnotisé par l'un des crabes.

Le plus grand de tous mais à peine plus gros que sa tête, d'une couleur marbrée dorée qu'il n'avait jamais vu auparavant.

Koby tendit la main pour tenter de toucher le crabe doré, du bout du doigt seulement pour ne pas le blesser ou l'effrayer. Ce mouvement subtil figea l'ensemble des crabes qui stoppèrent leur travail immédiatement.

Le crabe doré, qui ne semblait pas avoir fait attention à l'humain derrière lui, obnubilé par son travail dans la roche, se retourna d'un mouvement vif.

Koby se figea un instant alors qu'il scrutait le crabe doré qui avait de minuscule yeux verts.

Son haki de l'observation s'affola rapidement. Quelque chose ne tournait décidément par rond ici. Ce crabe doré qui semblait lui aussi le fixer, n'était décidément pas normal, mais Koby n'arrivait pas à déceler le problème. La faible lueur que son haki avait parvenu à décrypter était beaucoup trop faible et silencieuse pour qu'il parvienne à résoudre l'énigme.

Tandis qu'il allait toucher le crabe doré toujours figé, Koby sentit son corps être propulsé contre la roche par un puissant courant marin. Il sentit son dos épouser la forme de la roche et des éclats venir se loger dans sa peau, sa tête cognant brutalement contre une pierre qui servait de refuge à une dizaine de crabes.

Ce mouvement furtif créa un vent de panique chez les crabes qui se pressèrent de trouver une cachette dans la roche alors qu'une pluie féroce s'abattait à la surface, le vent créant de puissants mais éphémères courants marins.

Koby reprit ses esprits en sentant le courant l'emporter à nouveau. Il tenta de regagner la surface le plus rapidement possible, ses poumons le rappelant à l'ordre immédiatement. Le soldat jeta un dernier regard aux crabes qui avaient presque tous réussit à trouver refuge. Mais le crabe doré n'avait pas bougé, il était encore au milieu des algues sur son rocher, et continuait de le fixer.