Cinq ans plus tard. Nous sommes le 1er septembre, et je m'assois entre mes amies à la table des Gryffondors, dans la Grande Salle. C'est la rentrée.
Je repense à mes vacances. D'habitude, je les passe chez Judith, ou chez Roxanne, ou bien avec les deux à l'étranger, parfois avec leur famille, parfois sans. Roxanne et Judith sont en effet devenues mes meilleures amies. Mes seules amies aussi, grâce à mon caractère de cochon mais je n'ai pas besoin de plus.
Cette année cependant, je ne les ai pas vues de toutes les vacances. Le premier mois, Judith partait en Norvège, à cause d'une histoire de business où son père avait besoin d'une fille aimante et cultivée pour hâter la signature d'un contrat. Le second mois, elle partait à Venise avec des cousines moldues plutôt barbantes. Et Roxanne, elle s'en allait en Afrique du Sud voir ses arrières-grands-parents, auxquels elle n'avait pas rendu visite depuis une dizaine d'années.
J'étais donc seule, avec nulle part où aller. Le 1er juillet dernier, sur le quai de la gare de King's Cross, je fis au revoir de la main à mes amies, puis quand elles disparurent, me demandai : « Je vais où, maintenant ? ».
Je repensai à une idée qui s'était forgée petit à petit pendant l'année dans mon esprit. Je pourrais chercher mes origines. Je savais depuis bien longtemps que le seul moyen par lequel j'aurais l'occasion d'en savoir plus sur mes parents, ce serait soit en volant les archives de Poudlard, soit en volant des documents chez la vieille Wilson. Comme, pour ce faire, j'avais absolument besoin de ne pas être vue, et comme je n'avais pas de cape d'invisibilité, il me fallait être capable de me lancer un sortilège de désillusion. A force d'entraînements, au bout de mes cinq années d'études à Poudlard, j'y étais plus ou moins arrivée : mes pieds et le bout de mon nez s'obstinaient à ne pas disparaître, mais dans la pénombre, j'arriverais bien à me cacher. Je pouvais donc appliquer mon plan. Comme on était en vacances, je décidai de commencer par Hestia, mon ancien pensionnat.
Vers minuit, le soir même, j'étais devant la bâtisse grisâtre dans laquelle j'avais passé une bonne partie de mon enfance. J'eus un haut-le-cœur en la comparant avec Poudlard. Elle m'avait l'air minuscule. Comment avais-je pu entrer dans un tel placard à balais ? Je secouai la tête pour chasser mes pensées, et, invisible ou presque, je rentrai dans l'établissement.
Tout était silencieux, et plongé dans le noir. Le couvre-feu était largement dépassé, ce qui m'arrangeait bien. De toute façon, qui aurait eu l'idée de chercher une ancienne élève échevelée cinq ans après son départ de Hestia ?
Je passai devant la chambre de la vieille Wilson, et, curieuse, j'ouvris la porte. La directrice, droite comme un piquet dans son lit, dormait. Elle avait l'air de réfléchir, pour ne pas changer. Et son visage était le même que cinq ans plus tôt : ridé, mais avec des traits durs. Même en plein sommeil, elle avait l'air sévère.
Je refermai doucement la porte de la chambre derrière moi, puis me dirigeai vers son bureau. Les couloirs étaient sombres, la lune éclairant faiblement l'intérieur du pensionnat. J'arrivai finalement devant la porte du bureau de Wilson, qui n'était heureusement pas fermé à clef. Tout était net, propre et bien rangé. J'eus un sourire en voyant la tache d'encre que j'avais faite sur le bureau, quelques années auparavant. Je fis le tour du bureau, m'assis dans le siège de la directrice, et ouvris quelques tiroirs avant de trouver celui que je cherchais, dans lequel des dossiers concernant les élèves étaient classés par ordre alphabétique. J'entrepris de chercher mon nom.
– Ecre, Jordana… Elvira, Scarlett … Ah ! Enderson, Ginger.
Je sortis le dossier et le posai sur la table. Il était constitué de trois feuillets. Maintenant, je devais faire vite : j'avais toujours la Trace, et il ne fallait absolument pas qu'on me prenne ici en train de faire de la magie. Je lançai un sort de copie sur le dossier, rangeai l'original dans le tiroir à toute vitesse et, serrant les copies contre moi, je m'enfuis dans la nuit.
Le lendemain, je me penchai sur ma découverte. La première feuille était un formulaire d'inscription. La date de mon arrivée dans l'établissement était le 27 décembre, soit trois jours après ma naissance. Qui s'était occupé de remplir ces papiers ? Je regardai partout, mais aucun nom n'était indiqué. A la place de « tuteur », il était écrit « Mrs. Elisabeth Wilson ».
Et à « adresse », il n'y avait que celle du pensionnat. Dans « modalités de paiement », il était inscrit « Endwich Bank », suivi d'une adresse. Je pouvais toujours chercher de ce côté-là, mais je savais qu'à seize ans, étant mineure, on ne me dirait jamais qui s'était occupé de payer.
Un peu dépitée, je lus la seconde page.
Elle concernait les formalités d'une adoption. Je lançai la page derrière moi, un peu énervée. Et puis je tombai sur la troisième feuille, totalement blanche, avec, au beau milieu, une adresse. Une simple adresse.
Elle ne me disait rien.
C'est toujours un début, pensai-je.
Après être passée par la banque (« Nous sommes absolument navrés, mademoiselle, mais nous n'avons pas le droit de révéler le nom de nos clients, blablabla… », non mais quels crétins…), je me rendis à l'adresse indiquée par la troisième page. Mais au numéro 9 de l'immeuble, qui était indiqué sur la feuille, il n'y avait qu'une porte noircie par de la cendre.
Comme si elle avait pris feu…
Je devinai que c'était là qu'on m'avait trouvée.
Curieuse, je poussai la porte. Comme je m'y attendais, elle était fermée. Je regardai autour de moi. Personne. Je murmurai un Alohomora et la porte s'ouvrit sans difficulté.
Tout était noir, mais vide, et le sol était recouvert de cendre. Je frissonnai, et observai la pièce. Aucun meuble, aucune porte. Il n'y avait qu'une pièce dans cet appartement, c'était celle-ci. Furtivement, je crus voir les flammes lécher la porte d'entrée. Mais ce n'était qu'un mirage.
Ou un souvenir.
Dans un coin de la pièce, il y avait une énorme cheminée. Visiblement, l'incendie n'était pas parti de là : quelques morceaux de bois pas encore brûlés s'y trouvaient encore. Si le feu avait pris sa naissance dans l'âtre, ces bouts de bois auraient disparu les premiers.
Je regardai une dernière fois autour de moi. Vraiment rien. Cette visite aurait été inutile. Un peu déçue, je sortis. Peut-être que les voisins en sauraient plus…
Je frappai à la porte en face, et attendis un peu. Rien. Je baissai la tête, et remarquai une pile de lettres. Les gens qui habitaient ici, dont je pus lire le nom (qui ne me disait rien) sur une carte postale, étaient sans doute partis en vacances.
Quant aux autres voisins, ils n'étaient là que depuis quelques années. Ils voyaient mal qui pourrait vivre ici pendant plus de quinze ans… A part ceux qui étaient partis en vacances.
Lasse, je rentrai dans l'hôtel moldu où j'avais posé mes affaires, les transférai au Chaudron Baveur et passai là le reste de mes vacances. Tous les jours, j'étais revenue à la porte en face de l'adresse que j'avais trouvée, mais je n'en vis jamais les propriétaires.
Pour m'occuper, j'ai accumulé les petits boulots sur le Chemin de Traverse. J'ai successivement travaillé à la boutique de balais (qui m'a virée quand j'ai commencé à insulter une cliente qui n'arrivait pas à se décider entre ces lunettes de vol rouges et celles-ci, qui sont si mignonnes, vous comprenez, elles iraient tellement bien avec mes bottines pourpre… bref, vous voyez le genre), puis je bossai chez un petit marchand de baguettes concurrent d'Ollivander. Il m'a renvoyée quand il a appris que ma baguette ne venait pas de sa boutique. Ensuite, je travaillai chez Florient Fortarôme. Pas d'incident, mais ça m'énervait de servir autant de glaces délicieuses sans pouvoir jamais en manger. Je démissionnai au bout de deux semaines. Puis j'eus un job vraiment flippant chez Barjow et Beurk, qui consistait à nettoyer des crânes humains. Souvent, le sang dessus n'était pas tout à fait sec... Au bout de trois jours, je m'en allai pour rendre visite au magasin de farces et attrapes, Zonko. Une semaine après, je ne pouvais plus supporter les blagues que les employés n'arrêtaient pas de me faire. Mes cheveux, source inépuisable d'inspiration aux farces, ont changé trois fois de couleur en sept jours. J'ai terminé mon séjour avec Mrs. Londubat, adorable comme toujours, à travailler au Chaudron Baveur.
Retour dans le présent.
La répartition est terminée, et maintenant, McGonagall prononce un discours à périr d'ennui. En face de moi, Potter complote je-ne-sais-quoi avec ses amis.
Pendant ces cinq années, avec Potter, on a passé notre temps à nous chamailler, à nous envoyer des pétards dans nos chaudrons, à nous lancer des sorts, à nous changer de couleur. C'est-à-dire qu'un jour, je me suis réveillée avec la peau bleue. Il me manquait juste un bonnet et un slip blancs et je serais passée pour un schtroumph. Du coup, lui, il a passé le reste de la journée avec un bec de canard à la place de la bouche. Barbara Hobbers, sa fan hystérique de Serdaigle, était moins hystérique, ce jour-là.
Oui, Potter a une fan hystérique. Pas qu'il soit particulièrement beau, ni drôle, ni sympathique, ni rien : en fait, j'ai plutôt un doute sur l'état de santé de Hobbers. Elle doit vraiment avoir une vie affreuse pour se rabattre sur lui. De temps en temps, pour tromper son ennui, il sort avec elle puis, une semaine plus tard, il se souvient pourquoi il ne sortait pas avec elle auparavant et la largue. La fille pleurniche pendant trois semaines, puis revient à la charge. Vous connaissez l'expression « avoir une mémoire de poisson rouge » ? Je suis sûre qu'elle a été inventée pour elle.
Je me secoue de ma rêverie et retourne à des pensées plus sérieuse. Je pourrais aller ce soir même dans le bureau des archives, au troisième étage, pour retrouver le nom de mes parents, des fois qu'ils aient été sorciers. Les archives réunissent sous forme de registres tous les sorciers venus dans toutes les écoles de sorcellerie d'Europe depuis la fondation desdites écoles, ça devrait suffire. De plus, à en croire les expressions réjouies des trois abrutis d'en face, j'ai nommé Potter, Wright et Abercrombie – ses deux meilleurs amis – un gros coup est en préparation pour ce soir. Si je procède à mes recherches après le dîner, tout le monde sera concentré sur l'énooorme bêtise qu'auront faite les trois idiots. Ils vont me servir de couverture.
Je reçois un gros coup de coude de ma voisine. Je lance un regard indigné à Judith.
– Hé !
– Ecoute un peu !
– … et pour cette occasion, nous organiserons un événement qui n'a pas eu lieu depuis bien longtemps : un voyage pour les sixièmes et septièmes années.
Brusquement, tout le monde se met à parler. Les élèves de cinquième année se lamentent, tandis que ceux de sixième et de septième discutent entre eux, marquant leur ravissement ou bien pariant sur la destination choisie. La directrice finit cependant par réclamer le silence et nous nous taisons, attendant impatiemment la suite.
– …Un voyage, donc, où vous passerez deux semaines à Beauxbâtons. Nous avons aussi de nouvelles activités extra-scolaires, dont vous trouverez la liste sur vos lits dès ce soir. Enfin, une soirée sera organisée à la toute fin de l'année pour les élèves de cinquième, sixième et septième année. D'ici là, vous aurez le temps de bien préparer vos ASPICs et vos BUSEs ! Je n'ai plus que deux mots à vous dire : bon appétit !
Et les plateaux d'argents sur les tables se remplissent instantanément.
Les conversations éclatent toutes en même temps, et, tout en vidant nonchalamment mais discrètement le contenu d'une salière dans les pommes de terre de Potter, je demande par trois fois à Roxanne de répéter ce qu'elle vient de dire.
– T'as vu la nouvelle ? dit-elle en se servant des frites.
– Y en a tous les ans, des nouvelles, je remarque.
Elle lève les yeux au ciel et s'exclame :
– Une fille en septième année ! T'as pas suivi la répartition ?
Non. La seule chose que je suis en train de suivre, c'est le chemin de la fourchette de Potter. Il vient innocemment de la planter dans une pomme de terre.
– Regarde ! s'écrie Roxanne par-dessus le bruit. Elle est assise à la table des Serpentards, là-bas…
Je regarde dans la direction qu'elle me montre. En effet, une superbe fille aux cheveux blonds et au teint pâle est assise entre deux armoires à glace qui essaient désespérément d'attirer son attention. Je me demande quand ces deux gorilles comprendront que si on ne les remarque pas, c'est qu'on ne veut pas les remarquer.
Soudain, elle tourne sa tête vers moi et ses yeux bleus me fixent. Mal à l'aise, je tourne la tête et me penche vers Judith. L'odeur du parfum à la lavande dont elle s'asperge tous les jours me parvient tandis que je lui demande :
– D'où elle sort ? Elle s'appelle comment ?
– Hedvig Virtanen, venue tout droit des froides contrées de Finlande !
– Rien compris !
Potter recrache sa pomme de terre dans son assiette et boit d'un trait son verre, puis ceux de ses voisins. Il me lance un regard furieux.
Hou, comme j'ai peur !
– Hedvig Virtanen, Finlande ! crie Judith.
– Hedvig ? je répète en me tournant vers Judith. Mais c'est un nom de chouette, ça !
Oh, oh, je crois que j'ai crié un peu trop fort. Je n'aime pas la lueur dans les yeux de Hedvig.
Pour ne plus la voir, j'attrape une frite dans mon assiette et la fourre dans ma bouche. Aussitôt, un incendie brûle mon palais. Je jette un œil au poivrier : il est vide. Vu le regard victorieux et prétentieux de cet abruti de Potter, je mettrais ma main à couper qu'il vient de se venger de son plat trop salé.
OoOoO
Une heure plus tard, nous sommes assises sur nos lits, en train de regarder les brochures relatives aux activités extra-scolaires. Je caresse Pepsi, le chien de Judith, qui émet une sorte de ronronnement de plaisir. Oui, un ronronnement. Les croups ne sont vraiment pas des chiens normaux.
– Vous allez prendre quelque chose, vous ?
– J'sais pas trop… Avec le Quidditch…
Roxanne et moi faisons partie de l'équipe de Gryffondor, depuis la troisième année. Roxanne est, à mon avis, une très bonne poursuiveuse. Elle est vive et précise le seul problème, c'est que parfois, elle se perd dans ses pensées et oublie qu'elle est sur un terrain de Quidditch. Dhani Shankar, un autre poursuiveur, était toujours rapide à la réveiller avant que Charles Woles, le redoutable capitaine, ne s'en rende compte. Malheureusement, Dhani n'était plus à Poudlard cette année, ayant terminé ses études de sorcellerie. D'ailleurs, il faudra lui trouver un remplaçant…
Enfin, je dis de Chuck qu'il est « redoutable », mais disons plutôt que Roxanne a un faible pour lui depuis un bon bout de temps et s'il se mettait à lui faire des remontrances, elle désespérerait. Elle prend tout trop à cœur.
Nos deux batteurs sont Theodore Carter, cinquième année, et Frederic Kreeps, septième je ne me suis jamais particulièrement concentrée sur le jeu, mais il me semble qu'ils arrivent plutôt bien à faire tomber les plus tricheurs des Serpentards de leur balai quand ils sont énervés. Le poste de gardien est tenu par l'homme le plus stupide du monde, j'ai nommé James Potter, et moi, je suis l'attrapeuse.
– Lisez-moi ça, dit Roxanne, me sortant de mes rêveries. Il y a des tonnes d'activités !
– Personnellement, fait Judith, pensive, je ne sais pas si je vais prendre quoi que ce soit. Je veux dire, on a déjà tellement de travail… A la rigueur, peut-être l'élevage de dragons. Les profs sont Hagrid et… un certain McLionel. Ca vous dit quelque chose ?
– McLionel, c'est un ami de mon oncle Charlie, ça, soupire Roxanne. Il était en Roumanie aux dernières nouvelles… L'Angleterre a dû lui manquer. Je me souviens de lui. Il est tellement beau…
Elle se perd dans ses pensées.
– Euh, Roxanne ? On est encore là.
– Ah oui ! s'écrie-t-elle brusquement, revenant à la réalité. Désolée, je pensais à, euh, autre chose. Tu es complètement folle de vouloir élever des dragons, Judith, ajoute-t-elle. C'est hyper dangereux. Quand tu verras le visage de McLionel, tu comprendras. Il est brûlé et griffé de partout… Tellement sexy… murmure-t-elle.
Et voilà, on l'a encore perdue.
– Quelque chose te tente, Roxanne ?
– Hein ? Ah, non… Pas particulièrement. Et toi, Ginger, tu as trouvé quelque chose d'intéressant ?
– J'en sais rien. Je n'ai pas envie de me faire mutiler par des lézards cracheurs de feu.
Je continue à regarder les activités. Non, aucune ne me tente.
– Vous imaginez, prendre Médicomagie ? je m'exclame soudainement.
– Qu'est-ce que tu as contre ça ? s'étonne Judith.
– A notre niveau, tout ce qu'on pourrait apprendre, c'est arrêter les vomissements et moucher les gens. Passionnant ! Non, vraiment, je pense que je vais prendre ça, dis-je très ironiquement.
– Tu vas bien t'amuser, alors, dit Roxanne en bâillant.
Je me rends compte à quel point je suis fatiguée à ce moment-là, et la même pensée a l'air de traverser l'esprit de mes amies.
– Au dodo ! dit Judith en riant.
– Pas pour moi ! je rétorque.
– Et pourquoi ?
– Je dois sortir, cette nuit. Je veux savoir si mes parents étaient sorciers.
Je leur explique en détail ce que j'ai prévu.
– Tu n'as pas de cape d'invisibilité, je te signale, dit Roxanne.
– Non, mais je sais me lancer le sort de Désillusion. Pas super bien mais ça ira.
– Ça ne marchera jamais. Ça peut marcher pour berner des moldus, mais avec le concierge, tu peux toujours courir…
Oui, je leur ai parlé de mes découvertes dans le bureau de la vieille Wilson. Découvertes totalement inutiles, soit dit en passant.
– Il est Cracmol… On ne sait jamais, peut-être que ça marchera ?
Je ne crois pas une seconde à ce que je viens de dire, mais maintenant que j'ai cette idée dans le crâne, il me serait impossible de l'abandonner.
OoOoO
Lentement, je referme le battant du tableau derrière moi, en m'efforçant de faire le moins de bruit possible. Le concierge n'est pas dans le coin pour l'instant. J'entends le murmure des tableaux autour de moi, mais je n'y prête pas attention sans doute qu'ils n'ont pas l'habitude de voir se balader dans les couloirs des paires de pieds et des bouts de nez.
Il fait très noir, et j'ai du mal à me déplacer sans lumière. Je poursuis difficilement mon chemin, à chaque fois à deux doigts de me perdre, mais j'arrive finalement devant la salle des archives.
Enfin.
Je vais savoir.
Je m'apprête à poser la main sur la poignée, quand un hurlement me fait sursauter violemment. Je me retourne, paniquée ; personne. Le cri de rage venait sans doute du concierge. D'ici, je l'entends clairement grogner à propos de quelques douzaines de bombabouses posées dans le couloir des Serpentards.
Merci, Potter, de faire diversion. Je te revaudrai ça, un jour.
…ou pas.
– Alohomora.
La porte s'ouvre sans un bruit, et je pénètre à l'intérieur de la pièce.
Des rayons d'étagères sans fin s'étirent dans l'immense salle. Je m'avance et regarde autour de moi. Malheureusement, comme je le craignais, c'est classé par année d'entrée dans les collèges de sorcellerie, et non par ordre alphabétique. Je n'aurai jamais le temps de tout regarder. Ce n'est pas comme si je connaissais l'âge de mes parents…
Bon, il doit exister une formule pour trouver un nom précis. Je m'assois contre une étagère et réfléchis. Accio Enderson ne devrait pas fonctionner.
– Accio registre d'Enderson, je tente, mais rien ne se passe.
Ce n'est pas un Accio qui fera venir le bon registre, alors. Je sors un dictionnaire anglais-latin que j'ai pris la précaution d'emmener avec moi, justement dans le cas où je ferais face à ce petit problème.
Et maintenant, appliquons la méthode Flitwick pour inventer un sort ayant un but précis.
Ce que je cherche, c'est quoi, exactement ? Le nom de mes parents, bien sûr. Ou plutôt, le nom du registre contenant le nom de mes parents. Ce que je veux, c'est trouver mes origines… J'essaie quelques formules de mon cru, en vain. Bon, essayons autre chose. Je cherche une formule qui permette à ma baguette de parcourir les registres simplement en passant devant, comme au super marché quand une vendeuse analyse le code-barre avec sa machine. En fait, ma baguette doit lire… C'est ça !
– Legensego, je murmure, et la pointe de ma baguette émet alors une lumière rouge.
Je sais alors que je suis sur la bonne piste. Je passe ma baguette devant la côte des livres, leur conférant brièvement une teinte écarlate. Merci Flitwick ! Promis, demain, j'écoute son cours jusqu'à la fin.
Au bout de dix minutes de traversée des rayons, la lumière devient enfin verte. Je sors rapidement le livre et murmure, fébrile Pagina legensego. Les pages tournent à toute vitesse, et s'arrêtent finalement à un tiers du livre. Je parcours les listes de nom. Mais je ne trouve rien. Ma baguette n'a pu se tromper… Je relis plus lentement. Quelques noms, sans que je sache vraiment pourquoi, attirent alors mon attention. Astrid Naïa et Gerta Andersen. Sans comprendre pourquoi, je suis prise d'un étrange malaise. Assurément, ce sont des souvenirs qu'Astrid et Gerta m'évoquent… Mais des souvenirs trop lointains pour pouvoir les toucher du doigt ou en deviner les formes. Et si c'étaient des personnes de ma famille ? Andersen, Enderson, ça se ressemble.
Je note les livres dans un coin de mon dictionnaire, puis replace le livre et murmure : Accio Legensego. Une dizaine de gros registres noirs foncent vers moi, et se posent doucement devant mes pieds. Un par un, je prononce Pagina legensego, et note les noms qui me semblent familiers. Etrangement, seuls les noms de femmes m'interpellent.
Je suis en train d'écrire un nouveau nom, en me demandant quand est-ce que j'arrêterai de trouver des noms familiers, et surtout si tout ça a un véritable intérêt, lorsque j'entends un bruit.
Je rêve ou la porte vient de grincer ?
