Paniquée, je me lance à nouveau un sort de Désillusion dans l'espoir de renforcer le premier, et me terre dans l'ombre des étagères.

Silencieusement, Potter, Abercrombie et Wright, qui a l'air de profondément regretter de s'être fait embarquer dans la combine de ses deux amis, entrent dans la pièce, et se serrent dans un coin. Je cesse de respirer quand Potter sort de sa poche un vieux morceau de parchemin et sa baguette. Il la pointe sur le papier et murmure :

– Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Le parchemin brille, puis redevient normal. Drôle de parchemin.

Lumos.

Avec sa baguette devenue lumineuse, Potter examine le parchemin. Il a l'air satisfait.

– Personne ? murmure Wright.

Son ami à lunettes secoue la tête. Il tire alors de sa poche un long morceau de tissu fin. Il la pose sur sa tête et sur celle de ses amis, et ils disparaissent tous les trois.

Potter a une cape d'invisibilité ? Bon à savoir.

La porte s'ouvre alors violemment, et je vois le visage du concierge apparaître dans l'entrebâillure de la porte. Il regarde à gauche, à droite, grogne, puis referme la porte tout aussi violemment.

Très lentement et très silencieusement, en faisant bien attention à me déplacer dans l'ombre, je me dirige vers la sortie. Bientôt, une baguette surgit de nulle part, un peu devant moi, et une voix murmure un Alohomora. La porte s'ouvre. Je sors avant que les garçons ne la referment.

J'attends cinq bonnes minutes près de la porte, dans l'obscurité totale, pour laisser du temps à Potter et ses amis de partir. Le moindre bruit me fait sursauter. Je meurs d'envie de regarder dans mon dictionnaire de latin et réfléchir à ces noms, pour essayer de m'en rappeler ; mais le moindre sort pour éclairer mon livre pourrait alerter le concierge. Finalement, je sors de mon immobilité et me dirige vers ma salle commune, serrant mon précieux dictionnaire contre mon coeur.

– Epsilon, je murmure à l'intention de la Grosse Dame.

Elle marmonne dans son sommeil quelque chose à propos de « ces satanés gosses », puis me laisse passer. J'annule mon sort de désillusion, monte directement dans mon dortoir et m'assois sur mon lit, épuisée.

Le nom de ces femmes m'évoquait quelque chose, mais quoi ? J'aimerais bien savoir. Et j'aimerais bien savoir, également, quel était ce parchemin bizarre que Potter avait sorti de sa poche. Peut-être que cela permet de mettre au courant son possesseur de la présence d'intrus.
Son parchemin fonctionne mal, dans ce cas : j'étais dans la même pièce, et ils ne m'ont pas repérée.

Mes pensées se font alors de moins en moins cohérentes, et sans m'en rendre compte, je glisse dans le sommeil.

OoOoO

Je suis réveillée par un doux murmure :

– Gin, debout, il faut se lever…

Je grogne et me retourne. Laissez-moi dormir…

D'un seul coup, quelqu'un me tire ma couverture et une autre personne ouvre les rideaux en grand, laissant le soleil darder ses puissants rayons de lumière sur mon pauvre visage endormi. Mais pas longtemps, parce que Pepsi se met à me lécher la figure en jappant d'allégresse.

Mes amies sont formidables.

Bon gré mal gré, je m'assois sur mon lit en repoussant Pepsi avec plus ou moins de douceur, et bâille à m'en décrocher la mâchoire. Judith me parle, mais, encore dans les vapes, je ne comprends rien à ce qu'elle raconte.

– Enfin réveillée, La Belle au Bois Dormant ! dit-elle en se mettant son parfum à la lavande qui m'agresse le nez, mal réveillée comme je suis.
– La Belloquoi ? demande Roxanne.
– C'est un conte moldu. Ca raconte l'histoire d'une fille qui a dormi pendant un siècle…

Je m'habille lentement, sans faire attention à ce que j'enfile, tandis que Judith et Roxanne poursuivent leur conversation. Elles se tournent vers moi et pouffent de rire.

– Quoi ? je marmonne.
– C'est juste que… tu as mis ta jupe à la place de ton pull, dit Judith sans réussir à retenir un gloussement.
– Et ton pull à la place de ta jupe !

Ah, c'est pour ça que j'ai eu du mal à les mettre.

Une demi-heure plus tard, nous sommes dans la Grande Salle, autour d'un copieux petit-déjeuner. Je me ressers du café alors que Roxanne dit :

– J'espère qu'on aura un meilleur emploi du temps que l'année dernière… On avait à peine le temps d'aller aux entraînements de Quidditch.
– Ca devrait aller, vu que tu as arrêté la divination.

Trelawney commençait vraiment à lui taper sur les nerfs et pourtant, Roxanne est plutôt calme de nature. Elle nous avait assuré qu'une année de plus avec elle, et on aurait retrouvé la prof morte dans sa tour, étouffée dans ses écharpes.

Bientôt, des bruissements d'ailes retentissent dans toute la pièce, et en levant la tête, j'aperçois des centaines de chouettes et de hiboux voletant dans la salle pour déposer le courrier et les emplois du temps.

Plumasil, le hibou austère de Roxanne, se pose devant elle et lui tend sa patte droite d'un air guindé. Son emploi du temps y est accroché. Elle l'arrache sans ménagement de son oiseau, qui hulule d'indignation puis s'envole avec grâce.

Une chouette rousse, de même, a donné son emploi du temps à Judith. Elle le lit, l'air concentré, puis lève la tête vers moi.

– Tu n'as pas encore ton emploi du temps ?
– Tu sais bien que Pilpel attend que le gros des hiboux soit passé avant de me donner mon
courrier.

A ce moment précis, une tache brune et blanche, très rapide, entre dans la Grande Salle, fonce sur notre table puis dévie sa trajectoire au dernier moment. Malheureusement, il ne redresse pas assez vite et Pilpel s'écrase lamentablement sur la table des Gryffondors, renversant les bols des première années. Les autres sont habitués au comportement de mon hibou hyperactif et avaient retiré leurs affaires de la table pour éviter tout problème.

Je prends mon emploi du temps et ne peux m'empêcher d'écarquiller les yeux.

Option : Médicomagie, de 17h30 à 18h30, tous les mardis.

Mais… Mais mais mais…

Oh non, pas ça par pitié. C'est une blague ? Je ne veux pas faire médicomagie, moi !

Sans ménagement, j'arrache son emploi du temps des mains de Roxanne. Je ne fais même pas attention à son « Eh ! » indigné. De 17h00 à 18h30, le mardi, elle n'a rien du tout.

– Et toi, Jude, je suppose que tu n'as pas cours non plus le mardi soir ?
– Bien vu. Pas toi ?
– Non, je gémis, les joues rougies d'indignation. J'ai médicomagie !
– Cette école est toujours aussi surprenante, commente Roxanne.
– Eh bien, tu vas apprendre à moucher les gens, cette année, dit Judith sans réussir à s'empêcher de sourire.
– J'arrangerai ça tout à l'heure…

Je reprends mon emploi du temps et regarde le reste de mes cours.

8h-9h : Arithmancie

9h-10h30 : Métamorphoses

10h30-11h : Botanique

11h-12h : Histoire de la Magie

13h30-14h30 : Sortilèges

14h30-17h00: DCFM

L'année sera rude, sans parler des entraînements de Quidditch. Je jette un coup d'œil aux noms des profs, en bas de la page.

Directeur de maison : N. Londubat
Arithmancie : S. Vector
Botanique : N. Londubat
DCFM : O. Pendleton
Histoire de la Magie : C. Binns
Métamorphoses : Z. Smith
Médicomagie : P. Pomfresh
Sortilèges : 6h F. Flitwick

On a un nouveau prof de Défenses Contre les Forces du Mal, cette année celle des années passées, qui a pris sa retraite, me manquera. Je me demande si le nouveau est un homme ou une femme… On ne peut jamais savoir, à cause de ces initiales à la noix.

Au moins, ça nous permet de jouer à notre jeu débile qu'on fait à chaque rentrée :

– Oreste, je propose. Ovide, Othello, Océane.

– Odile ? dit Roxanne, incertaine. Ophélie ? Odilon ?

– Octavius, affirme Judith.

Le but est d'essayer de deviner le mystérieux prénom du professeur mystère. La gagnante se voit offrir une plaquette de chocolat de la part de chacune des deux autres.

– C'est tout ce que tu proposes ? je demande à Judith. Un seul nom ?

– J'ai un bon feeling pour Octavius, dit-elle d'un air assuré.

Le problème avec ce jeu, c'est que parfois on ne sait jamais qui a gagné. C'est ce qui a failli se passer la première année avec Londubat : il n'avait pas dit son prénom le premier jour de cours, ni par la suite. C'est James Potter qui a fini par nous le dire après avoir intercepté un bout de notre conversation.

– Il s'appelle pas Nazaire, bande de nulles, il s'appelle Neville !

– Ca restera Nazaire pour moi, ai-je rétorqué, par pur esprit de contradiction.

Du reste, je n'arrive toujours pas à trancher. Entre Neville et Nazaire, c'est quoi le pire ?

Je repense à ce que j'ai « découvert » hier. Il faudrait que je fasse des recherches sur ces noms que j'ai trouvés. Plus je réfléchis là-dessus, plus je me dis que c'est débile. Je devrais abandonner cette piste. Mais ma conscience me dit de ne pas lâcher l'affaire…

– Alors, Ginger … Qu'est-ce que tu as trouvé hier soir ? me demande justement Jude à voix basse, en se rapprochant de moi.
– Pas grand-chose. J'ai déniché un sort pour trouver des noms, mais…

Je leur raconte tout, en détail, sans oublier le passage avec Potter, Wright et Abercrombie. Quand j'en arrive au parchemin bizarre de Potter, Roxanne m'interrompt :

– Ca me dit quelque chose… Je crois savoir ce que c'est, mais… c'est vraiment improbable… Je dois écrire une lettre.

Elle se lève et se dirige vers les dortoirs, plongée dans ses pensées.

Je n'y fais pas trop attention. Notre Roxanne est du genre rêveuse quand elle se perd dans ses pensées, elle n'a plus aucun sens de la réalité. Ou de la courtoisie.

– Je me demande à quoi elle pensait, marmonne Jude en se levant.
– Moi aussi, dis-je en attrapant mon sac avant de quitter la Grande Salle avec elle. C'aurait été sympa de nous en parler…
– Bah, tu la connais. C'est son caractère de garder ses secrets.
– Qu'est-ce que vous cachez, toutes les deux ?

C'est Charles Woles, notre poursuiveur et capitaine d'équipe de Quidditch, qui marche à mes côtés, un grand sourire aux lèvres. J'aperçois, du coin de l'œil, trois ou quatre filles de Poufsouffle que j'appelle intérieurement « le poulailler », et qui me regardent d'un air dédaigneux. Dès qu'elles voient passer un mec beau à proximité, elles se mettent à caqueter comme des poules.

– Salut, Chuck.
– De quoi vous parliez ? insiste-t-il.
– De notre plan pour peindre ton balai en jaune fluo.

Il éclate de rire, et les Poupoufs, je veux dire, les Poufsouffles, se mettent à glousser. Attention, transformation en dindon !

Il reprend :

– J'étais venu te voir à propos des entraînements. On fera ça tous les samedis, à partir de 15h dans les vestiaires. Ca te va ?

– Tu n'organises pas des essais pour reconstituer l'équipe ?

– Si, mais ça ne te concerne pas ! Il me reste juste à engager un poursuiveur et le compte sera bon.

Je hoche la tête.

– Ça marche. A samedi alors.

Il se tourne et se retrouve nez-à-nez avec Roxanne, qui vient d'arriver. Elle rougit très fortement et marmonne :

– Euh… Salut…

Chuck sourit, essayant tant bien que mal de cacher sa gêne, lui touche deux mots sur les entraînements, puis s'éloigne.

J'ai remarqué que depuis l'année dernière, Roxanne devient rouge quand elle le voit, et arbore un petit sourire un peu bête à chaque fois qu'elle lui a parlé. Je ne suis pas stupide, je sais très bien ce que ça veut dire. Ce qui m'inquiète, c'est que Roxanne est une incurable romantique ; quand il rompra, elle sera vraiment dévastée, persuadée qu'il était son prince charmant ou une ânerie du genre.

Vu la tête des Poupoufs, je sens qu'il va y avoir de l'orage. En effet, la cheftaine du gang, Angèle Champrun, s'avance vers nous avec sa horde d'oies, et se plante devant Roxanne avec un air menaçant.

C'est-à-dire qu'elle a l'air aussi menaçante qu'une fille avec un petit pois à la place du cerveau peut l'être.

– Weasley, murmure-t-elle d'une voix grave et sifflante. Ne touche plus à Charlie, ok ? T'as aucune chance, au-cune.

Je pouffe de rire. Elle passe un concours pour les répliques les plus nullissimes du monde ?
Elle se tourne vers moi, et ses disciples font de même. Elles me lancent un regard noir, mais ça me donne encore plus envie de rire… Je m'arrête tant bien que mal, essuie une larme imaginaire qui a coulé sur ma joue et dit :

– Excusez-moi, mais vous êtes vraiment pathétiques…
– Pathétique ? C'est toi qui va l'être, dans deux secondes, s'écrie Lola Darby, une autre Poupouf. Collaporta !
Protego ! je réplique, en réagissant au quart de tour. Dentesaugmento!

Le sort ne rate pas, et Lola Darby se retrouve avec des dents qui grandissent à toute vitesse. Effarée, elle porte les mains à la bouche.

Pauvre lapin.

Finite Incantatem, énonce une voix coupante et froide.

Nous nous tournons toutes vers Hedvig Virtanen, surprises. Les dents de Darby ont cessé de pousser.

Reducto, ajoute-t-elle, et à mon grand malheur les incisives de la Poupouf reprennent une taille normale.
– Mêle-toi de ce qui te regarde, Virtanen, je grommèle en me tournant vers la blondasse.

Elle se contente de me lancer un regard noir, et, contrairement aux Poupoufs, son regard obtient l'effet escompté. Je sens mon sang se glacer dans mes veines.

– Je me mêle de ce que je veux. Et c'est pas une petite rouquine dans ton genre qui va m'arrêter.

Elle s'éloigne de son pas rapide et élégant. Les Poupoufs me regardent avec un air victorieux, comme si c'étaient elles qui venaient de me donner la frousse puis se détournent de moi et partent en direction du cours de Divination. Du coin de l'œil, je vois le professeur Londubat m'observer. Je vais me prendre une énorme punition pour ce que je vais faire, mais tant pis.

Rhododermo! je murmure.

Vanessa Bowl, membre du Poupouf-club, se rend compte la première de la couleur de sa peau. Elle se met à hurler, attirant l'attention de toute la salle. Ses amies se mettent à crier à leur tour. Forcément, elles ne s'attendaient pas à se retrouver avec une peau rose. Et quand je dis rose, c'est rose vif. Moi qui croyais que le rose était une couleur de Barbie… Ca n'a pas vraiment l'air de leur plaire.

Furieux, le professeur Londubat se dirige vers moi avec l'air d'avoir envie de commettre un meurtre.

Tant pis. Je ne regrette rien.

OoOoO

– C'est une honte pour notre maison !

Je suis dans le bureau du Professeur Londubat, Nazaire pour les intimes. Il a préféré éviter un scandale, je suppose, en ne me criant pas dessus dans un couloir.

– 20 points en moins pour Gryffondor ! Je n'en reviens pas d'avoir besoin de venir à de pareilles extrémités !
– Il n'appartient qu'à vous de nous pénaliser, professeur, je fais remarquer. Les vingt points, c'est vous qui les enlevez, pas moi.

J'ai fait exprès de dire ça. Maintenant qu'il est énervé à ce point, autant voir quelles sont ses limites. Ce n'est pas la première fois que je vois M. Londubat en colère à ce point (l'année dernière, au 1er avril… hum, c'est une longue histoire) (1) mais je n'ai jamais eu l'occasion de le voir de près dans cet état-là. Mais, alors que j'attends l'explosion, il se passe une main sur le front et s'effondre sur une chaise. Zut.

Le spectacle est terminé, vous pouvez rentrer chez vous…

– Je ne sais pas quoi faire de vous, Miss Enderson, dit-il en levant la tête. Ce n'est que le premier jour, et vous ôtez déjà des points à votre maison.
– Un peu d'indulgence, professeur, je rétorque. Vous n'avez jamais attaqué des camarades haïssables ?

Il réfléchit. Ce qui m'étonne, vu que j'étais à peu près sûr qu'un type aussi à cheval sur les règles que lui aurait tout de suite répondu par la négative.

– Oui, dit-il finalement. Bon, je n'enlève que dix points à Gryffondor. Et vous aurez une heure de colle pour avoir manqué le cours du professeur Vector.

– Mais… ! Monsieur ! C'est vous qui m'avez retenue pour me sermonner !

– Je n'aurais pas eu besoin de vous sermonner si vous vous étiez tenue tranquille. Il est bientôt neuf heures je crois que vous avez cours avec le professeur Smith. Allez-y.

Je pousse un lourd soupir pour bien montrer que je ne suis pas très contente de mon sort – mais il ne réagit pas. Je crois qu'il doit commencer à avoir l'habitude. Il va falloir que je trouve d'autres parades pour l'attendrir. J'ajoute :

– Juste une chose, s'il vous plaît… On m'a mis Médicomagie dans mon emploi du temps… Mais je n'ai pas du tout envie de faire cette activité !
– Vous avez changé d'avis, du jour au lendemain ?
– Mais non ! Je n'ai jamais voulu faire ça !
– Bien sûr.

Mais… !

– Et tant pis pour vous si ça ne vous plaît pas. Ce sera le reste de votre punition. Filez en cours, maintenant.

J'hallucine ! Je vais vomir.

– Bonne journée, professeur.
– Bonne journée, Miss Enderson.

Une bonne journée, tu parles. Une heure de retenue et une heure de cours par semaine en plus dès le premier jour de cours, l'année commence bien. Merci, Nazaire.

OoOoO

Je me dépêche d'entrer en classe. Je suis la dernière à m'asseoir.

– Bonjour à tous ! nous salue gaiement le professeur Smith. J'espère que vous avez passé de bonnes vacances, parce que cette année, vous serez surchargés de travail.

J'adore son entrée en la matière.

– En effet, nous devons vous préparer au rythme d'études de la septième année, l'année des ASPICS.
– Mais c'est l'année prochaine, professeur ! On a encore du temps ! s'écrie Potter, au fond de la classe comme toujours.
– Pas tant que ça, réplique-t-il.

Moi qui croyais que M. Smith était le seul prof sympa. Lui aussi s'est converti à la secte « Assommons-nos-élèves-de-devoirs ».

– Pour commencer l'année, vous allez transformer ces tasses en souris blanche.

Il agite sa baguette, et les verres à thé posés sur sa table s'envolent et atterrissent devant chaque élève.

– Vous pouvez commencer !

OoOoO

A la fin du cours, à force d'acharnement, j'ai fini par transformer ma tasse en souris. Mais au lieu d'être blanche, elle avait sur sa fourrure les mêmes motifs floraux que les tasses.
N'empêche, j'étais l'une des seules à avoir réussi. La souris de Roxanne, à côté de moi, n'était vraiment pas terrible : elle était en porcelaine, comme le verre, et restait immobile.

Nous allons tout de suite après en Botanique. En traversant le parc, je songe amèrement que c'est tout à l'heure que j'aurai mon premier cours de Médicomagie. Je n'ai vraiment pas hâte d'y être. J'écoute à peine le cours, et mon inattention vaut un autre point en moins à Gryffondor.

Un jour, il faudra que j'explique à Mr. Londubat que les points qu'il enlève, il les enlève à sa maison.

L'heure d'Histoire de la Magie qui suit passe très vite : j'envoie des boulettes de papier dans les cheveux de James Potter en essayant d'en faire tomber par terre le moins possible, puis, vers la fin, je lui verse de l'eau glacée dans le dos. Il m'a répondu en me glissant du poil à gratter dans ma chemise en sortant de cours et j'ai dû aller chercher un onguent dans ma valise pour en dissiper les effets.

Après le cours de Sortilèges, on nous apprend que notre professeur de Défenses contre les forces du mal est absent aujourd'hui mais sera là demain. Pendant l'heure de libre, Roxanne, Judith et moi partons travailler dans notre dortoir. Si c'est pas une honte ! Bosser le premier jour de cours ! Qu'est-ce que ça va être pendant le reste de l'année…

Je laisse ensuite mes amies dans la quiétude du dortoir studieux, et je sors de la tour Gryffondor, me dirigeant au rez-de-chaussée.

Quand j'arrive devant la porte de l'infirmerie, je regarde les élèves autour de moi. Je reconnais une petite bande d'intellos, composée de Lucy Ackerley, une jeune Serdaigle, ainsi que de deux petits Gryffondors, Rose Weasley, la cousine de Roxanne, et Albus Potter, le petit frère de James. Albus, au contraire de son frère, n'est pas du tout vaniteux, ce qui en fait une personne plus agréable. Je lui ai déjà parlé, une ou deux fois, dans l'espoir d'apprendre de nouveaux points faibles de son frère, mais je crois qu'il a peur de moi, vu comme il m'évite dès qu'il me croise.

Je remarque un autre élève, et je me pince le bras pour être sûre de ne pas être en plein cauchemar. Malheureusement, ce que je vois n'est pas un mauvais rêve.

Abercrombie et James Potter ont aussi choisi de faire Médicomagie. Je savais que cette journée n'augurait rien de bon.

La porte de l'infirmerie s'ouvre brutalement et la tête ronde et fripée de Mrs. Pomfresh sort de l'entrebâillure.

– Tout le monde est là ? demande-t-elle. Bien ! Nous n'allons pas avoir cours dans l'infirmerie, mais dans une salle du couloir des Métamorphoses. Je vous demanderai de vous rendre là-bas à chaque fois pour les cours de Médicomagie. Mettez-vous en rang par deux et suivez-moi en silence !

En rang par deux ? Pitié. Je n'ai plus deux ans.

Heureusement, nous sommes un nombre d'élèves impair. Je me mets donc dans la queue du rang, toute seule, et suis nonchalamment la petite troupe d'élèves. Deux élèves en troisième année, devant moi, chuchotent, l'air excité.

– Tu crois qu'on va soigner quelqu'un ? Et… ça pourrait être un blessé grave, c'est possible, non ? Tu crois pas ?

Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel.

Nous arrivons devant la salle. Mrs. Pomfresh pousse la porte et nous nous engouffrons à l'intérieur. Chacun s'assoit. Une fois de plus, et à mon plus grand bonheur, je me retrouve seule, au fond de la classe.

Pomfresh s'avance jusqu'au tableau noir de la salle de classe, se retourne vers nous et nous observe un instant, puis dit finalement, un grand sourire peint sur son visage rond :

– Pour commencer, je vais vous demander de dire votre prénom, nom, votre année d'étude et votre maison – car je ne vous connais pas tous – puis la raison pour laquelle vous avez choisi Médicomagie. Alors ? ajoute-t-elle en se tournant vers la petite brune au premier rang.

Les oreilles de la fille prennent une teinte rouge brique.

– Je-je m'appelle Lucy Ackerley, marmonne-t-elle, je suis en cinquième année à Serdaigle. Je veux faire devenir Médicomage depuis toute petite.
– Très bien, très bien, dit Pomfresh en souriant de plus belle. Et toi ?

Le voisin de Rose Weasley marmonne :

– Je m'appelle Albus Potter, je suis en cinquième année à Gryffondor. Je veux faire Médicomagie pour pouvoir aider les gens.

Comme c'est mignoooon. Pomfresh en a presque la larme à l'œil.

Un par un, les élèves parlent en donnant une ambition bidon, jusqu'à arriver à Abercrombie.

– Je m'appelle Thomas Abercrombie, sixième année à Gryffondor, claironne-t-il d'une voix assurée. Je veux être capable de me soigner seul après un combat.

J'ai du mal à retenir un fou rire. Il se prend pour un soldat alors qu'il a la carrure d'un gamin de douze ans ! Il faudrait qu'il voie la réalité en face.

– James Potter, sixième année à Gryffondor. Pareil, je veux savoir me soigner et guérir les blessures de mes proches.

Il achève sa courte tirade en faisant un sourire éclatant, qui font glousser quelques Serdaigles dans un coin de la salle. Je suis la seule à ne pas avoir encore été interrogée.

– Et vous, comment vous appelez-vous ? me demande Pomfresh gentiment.

Dommage pour elle et pour la classe, mais je suis de mauvaise humeur, et ma mauvaise humeur est souvent contagieuse… Je lance tranquillement :

– Je suis Ginger Enderson, même année et même maison que les deux crétins devant moi.

Potter et Abercrombie se retournent, furieux.

– … Et je ne veux pas faire Médicomagie, j'ai été contrainte et forcée, c'est pour moi une punition.

Pomfresh devient très rouge. Haha, on dirait une fraise.

– Et qu'est-ce que vous faites ici, alors ?
– Le contact quotidien avec des médicaments a-t-il modifié vos capacités intellectuelles ou ça a toujours été comme ça ? Je viens de le dire, c'est une punition.

Je ne savais pas qu'on pouvait devenir rouge à ce point. Va-t-elle exploser ? Comme je regrette de ne pas avoir de pop-corn avec moi ! Bon, c'est vrai que j'y vais un peu fort. Mais avec un peu de chance, elle va m'exclure du cours et je n'aurai pas à continuer Médicomagie le reste de l'année.

– 10 points en moins pour Gryffondor pour votre insolence ! Et vous aurez deux heures de retenue !
– Quoi ? je m'écrie.

Au comble de la surprise et de l'indignation, je me suis levée, faisant tomber ma chaise avec grand fracas – très théâtral, mais c'est le but.

– Vous n'êtes même pas prof, vous ne pouvez pas enlever des points ou mettre des retenues !
– Là, je suis en train de donner un cours, vous avez remarqué ? hurle-t-elle.
– Ah bon ? Je pensais que vous étiez juste en train d'imiter le cri du cochon qu'on égorge ! D'ailleurs, tant au point de vue du bruit que de votre physique, la performance est excellente !
– CA SUFFIT ! DEHORS !
– Mais avec plaisir !

Je ramasse mon sac et sors de la salle à grands pas, sans oublier de claquer la porte derrière moi le plus bruyamment possible. YES. Libre !

Bon, a priori, maintenant, Londubat devrait accepter de me dispenser de Médicomagie. Sinon, vraiment, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.

Je n'ai vraiment rien à faire, et la perspective de retourner au dortoir pour travailler me déprime, donc je me balade un moment dans les couloirs vides. Je m'arrête une ou deux fois près des fenêtres pour regarder un élève s'entraînant sur le terrain de Quidditch, ou les quatrième années en train de flâner dans le parc.

Voyons, que puis-je faire ? Comment vais-je occuper mon temps libre ? Je pourrais commencer par mettre un Scroutt à pétard dans le lit de Potter, il paraît que Hagrid en a reçu pas mal pour faire ses cours.


(1) Si vous voulez en savoir plus sur ce fameux premier avril – du reste, ce n'est pas la première fois que vous en entendrez parler – je vous invite à lire les chapitres correspondants dans mon recueil de fics « OS en tous genres ». Au début, ce 1er avril devait être un OS. Il s'est transformé en 2-shots… Et au final, c'est un 4-shots. Une vraie petite fic ! Les gens qui l'ont lu ont apprécié. Vous avez aussi le droit de me dire ce que vous en pensez ;)