Le soir, je suis affalée dans un des vieux canapés de la salle commune des Gryffondors, regardant le feu de la cheminée crépiter devant moi. A côté de moi, Jude raconte ses vacances d'été :

– … et alors que nous venions d'arriver à l'aéroport, j'ai entendu quelqu'un m'appeler. Et vous savez qui c'était ?

Roxanne fait non de la tête, buvant ses paroles. Je continue songeusement de regarder les flammes dansantes, en me demandant comment Londubat va me punir. Je ne devrais pas tarder à être convoquée, maintenant il est presque vingt heures.

– C'était cette saleté de Perry ! s'exclame Judith. Elle était verte de rage quand elle a vu mon bronzage. Je n'aurais jamais cru qu'elle serait dans le coin, mais ça m'a fait plaisir de l'énerver. Elle est tellement stupide. Et donc ensuite…

Je vous explique. Perry, c'est Lenny Perry, une brune prétentieuse de Serdaigle qui a pour but dans la vie d'avoir embrassé – et plus si affinités… – tous les garçons de Poudlard. Malheureusement pour elle, Judith est en compétition directe : elle aussi, dans le genre « mangeuse d'hommes », n'est pas trop mal non plus. Son argument ? « Je n'aime pas être seule. Mais je n'aime pas non plus traîner sans arrêt avec la même personne, c'est lassant. » Je lui ai déjà fait remarquer qu'elle traînait avec Roxanne et moi depuis des années, mais elle m'a rétorqué que « les mecs et vous, c'est pas pareil ». Bonne réponse !

Judith se préoccupe de son apparence, choisit ses habits avec soin, hésite le matin entre ses gloss, et n'oublie jamais de mettre son parfum à la lavande. Attention, elle n'est pas superficielle du tout. Elle est juste coquette. En tout cas, les gens sont toujours étonnés de la voir avec Roxanne, timidité incarnée qui ne parle à personne et rougit quand un garçon lui adresse la parole (« Ca pourrait être LBG ! » m'a-t-elle dit un jour. « Pardon ? » ai-je demandé, incrédule. Le plus naturellement du monde, elle m'a répondu que ça voulait dire « Le Bon Garçon »… Enfin bref), et moi, qui ai souvent des comportements de gamine insupportable, alors qu'elle est posée, sûre d'elle, sérieuse.

Enfin, sérieuse, tout est relatif. Je ne vous raconterai pas la fois où elle a fait s'envoler un steak jusqu'à une certaine Serdaigle lors d'un déjeuner à la Grande Salle.

Je n'écoute qu'à moitié le reste du discours de Judith. Roxanne se met à parler, et, en écoutant un mot sur deux, je crois comprendre que tout ce qu'elle a fait pendant ses vacances, c'est caresser des animaux et dormir chez ses grands-parents. Bref, elle s'est plutôt ennuyée.

A un moment, elles cessent de parler. Je tourne la tête vers elles ; elles ont l'air sévère.
Ce qui veut dire qu'elles vont me gronder. Elles sont absolument certaines que, n'ayant pas eu d'autorité paternelle ou maternelle, j'ai besoin d'être prise en main… Et elles se sont portées volontaires pour me faire la morale.

– Qu'est-ce que tu as fait, Gin ? Tu as la même tête que quand tu as fait une bêtise.
– Même pas vrai !

– Ginger, tu devrais avoir honte de mentir aussi mal.

– Hum… hé bien… comment dire… J'ai été virée du cours de Pomfresh.
– QUOI ?
– Qu'est-ce que tu as fait, au juste ?
– Ben… Je… J'ai un tout petit peu critiqué Pomfresh…

Je sens la culpabilité monter en moi. Mes joues chauffent, je dois être rouge tomate.

– Oh, tu l'as juste traitée de cochon stupide, précise une voix narquoise derrière nous.

Nous nous retournons de concert vers Potter et Abercrombie. C'est ce dernier qui vient de parler.

– Moi aussi je t'aime, Pimkie.
– Abercrombie, corrige-t-il, vexé.
– J'imagine que tu t'es bien ennuyé après mon départ ? Tu as regretté ma présence, non ?
– Tu réalises l'énormité des âneries que tu peux sortir, parfois, Enderson ? dit Potter.
– Tu réalises que vous ressemblez à un couple, à vous défendre l'un l'autre ? fait remarquer Judith.
– Moi, je trouve ça mignon, marmonne Roxanne, songeuse.
– Ca alors, Potter, tu es gay ? je m'écrie, et tous les autres Gryffondors dans la salle se tournent vers nous, étonnés.

Jusqu'à ce qu'ils remarquent que c'est moi qui vient de parler. N'accordant que peu de crédit à ce que je peux raconter, ils se détournent et reprennent leurs activités.

– En fait, t'es juste jalouse de mon succès, déclare Potter avec un sourire en coin.
– Euh… Hein ?
– T'es jalouse du fait que moi, j'ai des filles qui me courent après, et que toi, aucun mec ne veuille de toi, même pas le plus stupide de notre année.
– C'est-à-dire toi, je rétorque. Me voilà rassurée !
– Le truc, poursuit Potter avec un sourire malin, c'est que cette situation ne changera pas. Je resterai aimé, je me marierai, j'aurai une vie remplie. Toi, tu deviendras une vieille dame frigide et cynique et tu passeras ton existence seule.
– Encore faut-il que tu puisses te contenter d'une seule épouse. T'es incapable de garder une copine plus de deux mois.
– On parie ? me défie-t-il très sérieusement, fronçant les sourcils.
– Je sais que tu connais tous les passages secrets du château… Si tu perds, tu devras m'en révéler un.
– Et si tu perds, tu devras me faire publiquement une déclaration d'amour, affirme-t-il.
– Pari tenu.
– Alors tu peux préparer ton discours.

Il me lance un dernier sourire victorieux et s'éloigne, suivi d'Abercrombie. J'entends la porte de son dortoir claquer.

Un long silence s'ensuit.

– Euh… Pourquoi il a dit tout ça ? demande Judith. Je veux dire, le truc de « personne ne t'aime mais moi j'ai le monde à mes pieds » ? Aucun rapport avec ce dont on parlait, non ?
– Et en plus, comme d'hab', c'était pour dire des âneries, soupire Roxanne. Je sais que c'est mon cousin, mais parfois, je ne peux pas m'empêcher d'avoir honte pour lui.
– Ce n'étaient pas tellement des âneries.

Jude et Rox se tournent vers moi, surprises.

– Pardon ? Tu veux dire que tu crois aux bêtises qu'il vient de dire ?
– Ce ne sont pas des bêtises. Pas tout, je veux dire. Mais le fait que je sois seule, ça, c'est vrai.
– Mais tu n'es pas seule ! On est là, nous !
–Tu vois très bien ce que je veux dire, Jude.

Elle reste silencieuse. Roxanne intervient :

– Et alors ? C'est pas un drame de n'être jamais sorti avec personne, tu sais. Regarde-moi, je suis vivante et saine d'esprit.
– Saine d'esprit, j'en suis pas si sûre… murmure Judith, taquine.

Elle se prend un coussin dans la figure.

– Hé !
– Tu l'as mérité !
– Ce n'est pas ça qui m'embête dans ce qu'il m'a dit. C'est juste que j'ai réalisé… j'ai réalisé que je n'ai jamais été amoureuse. Ni jamais ressenti quoi que ce soit pour un garçon.
– Ah bon ? fait Roxanne, désolée pour moi.
– Et alors ? ajoute Judith, qui n'a pas l'air de s'en inquiéter.
– Ca ne fait rien, tu sais. Regarde, moi non plus, je ne…
– Roxanne, je la coupe, arrête de parler avant de mentir.
– De quoi tu parles ? demande-t-elle en rougissant un peu.

A ce moment précis, un hurlement de petite fille terrorisée retentit depuis le dortoir des garçons. Tous les élèves dans la salle commune se retournent, étonnés. La porte du dortoir s'ouvre puis se referme en claquant. Potter, appuyé sur la porte, soufflant comme s'il venait de courir un marathon, lève la tête, me fixe les yeux dans les yeux et m'assassine du regard.

« Tu vas me le payer », puis-je lire sur ses lèvres.

Puis il fait volte-face et retourne dans le dortoir en claquant la porte.

– Zut, je marmonne. Et moi qui croyais lui faire plaisir en lui mettant un bébé Scroutt à pétard dans son lit…

– Pourquoi ne suis-je même pas surprise ? marmonne Judith.
– Ginger ! s'exclame Roxanne, choquée. Tu as fait ça ?
– De toute évidence, oui. Ne dévie pas la conversation comme ça, toi. On parlait de Chuck Woles, non ?
– Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-elle en rougissant à nouveau.
– Tu vois très bien de quoi je parle ! Ne dis pas que tu ne ressens rien en voyant Chuck.
– Mais… mais pas du tout, balbutie-t-elle, son visage virant à l'écarlate.

Jude éclate de rire.

– Continuons donc cette conversation dans notre dortoir, voulez-vous ?

Laissant mes soucis dans la salle commune, je suis mes amies dans notre chambre, le cœur léger.

OoOoO

Le soir, après de grands délires et gros éclats de rire avec mes amies, je repense à ce qu'a dit Potter. Frigide.

C'est vrai, je n'ai jamais rien ressenti pour les garçons. Mon cœur ne bat plus vite que quand je fais du sport, je ne rougis que quand j'ai chaud – ou quand Jude et Rox me grondent –, ma respiration n'est irrégulière qu'après un sprint. Alors que, d'après ce que proclament les romans à l'eau de rose dont Roxanne raffole, ces signes sont les symptômes de l'amour.

Je n'ai jamais trouvé plus de qualités à un garçon qu'à un autre, jamais senti mes entrailles faire des loopings, et aucun ne m'a jamais rendue triste, à part le capitaine de Quidditch de ma maison, quand j'étais en deuxième année, et qu'il m'avait refusée dans l'équipe.

Puisqu'on parle de Quidditch… En quatrième année, j'ai embrassé Frederic Kreeps, notre actuel batteur. Il voulait rendre jaloux une fille pour qui il en pinçait. Quand il a pris mon visage dans ses mains, mon cœur a continué à battre à son rythme normal, et je me suis demandé ce qu'il me voulait. Puis il m'a embrassée, et j'ai simplement constaté que ce n'était pas désagréable, mais rien à voir avec les fourmillements d'excitation dans le ventre dont parlent les bouquins de Roxanne. Et quand il a écarté son visage du mien, moi, j'ai juste remarqué le regard flamboyant de la brunette que Kreeps désirait séduire.

Suis-je vraiment incapable de ressentir de l'amour ?

Ce n'est pas tellement un mal. L'amour rend idiot et impotent. Il n'y a qu'à voir Roxanne quand elle croise notre capitaine de Quidditch : elle devient totalement incapable d'aligner deux mots. Je n'aimerais pas me ridiculiser comme ça.

Je pense à autre chose, notamment à mes recherches de l'autre soir. Il faudra que je trouve un moment entre deux cours pour approfondir tout ça à la bibliothèque. Peut-être que je croiserai les noms au détour d'une page, dans un des nombreux livres de Mme Pince.

Assommée de fatigue, je finis par m'endormir.

OoOoO

Le lendemain, au petit déjeuner, je me ressers du café pour la cinquième fois (je suis toujours dans les brumes du sommeil), quand je réalise que mes chaussures ne sont pas les mêmes. Je porte une chaussure en toile au pied gauche, de couleur gris-rouge, à cause de la terre qui s'est accumulée dessus au fil des ans, et une ballerine noire au pied droit. Oups.

Je ne fais pas attention au bruissement d'ailes qui indique l'arrivée du courrier, et demande d'une voix endormie à Roxanne :

– On commence par quoi déjà ?
– Arithmancie, Métamorphoses, Botan… Oh !

– Botano ? C'est un surnom affectueux pour la Botanique ?

Roxanne ne répond pas. Elle décachète en vitesse la lettre qu'elle a arrachée de la patte de Plumasil qui hulule d'indignation, et la lit avec empressement.

– Ça vient de son père, commente Judith en lisant par-dessus son épaule.

Intriguée, je commence à tartiner un morceau de pain avec de la confiture de framboise, tout en observant les réactions de Roxanne ; elle passe de l'étonnement, à l'incompréhension, puis à la joie.

– Ginger, tu tartines ton assiette, remarque mollement Judith.

Je lâche distraitement mon assiette à la framboise et, n'y tenant plus, demande :

– Alors ? Y a quoi dans cette lettre ?
– C'est bien ce que je pensais, hier.

De quoi elle parle ?

Devant nos airs intrigués, elle demande, un peu surprise :

– Je ne vous en ai pas parlé ?
– Non.
– Le parchemin de James !
– Tu veux dire, le parchemin qui a signalé à Potter que je n'étais pas là, l'autre soir ?
– Oui ! Mon père m'a expliqué ce que c'était. Il l'a possédé pendant un moment…
– Il a possédé le parchemin?
– Oui ! Il avait réussi à la voler dans le bureau du concierge. En fait, c'est la carte des Maraudeurs.
– Ah, la carte des Maraudeurs, tout s'explique…commente Judith en regardant en l'air. Bon, c'est quoi ?
– C'est un plan de Poudlard, qui indique plein de passages, salles secrètes, mais surtout… Elle indique en temps réel qui se trouve où. Mon père s'en servait pour faire des farces sans se faire prendre par le concierge. C'était plus facile, vu qu'il savait où il se trouvait…
– Mais comment Potter l'a-t-il eue en sa possession ?
– Mon père l'a donnée à son père, pendant sa cinquième année, vu qu'il la connaissait par cœur. L'oncle Harry a dû la lui léguer… Ou bien James a volé la carte à son père.
– La carte doit être vieille, maintenant, je commente. Peut être qu'elle ne fonctionne plus aussi bien qu'avant, ça expliquerait pourquoi je n'y étais pas indiquée.
– Je suppose. Peut-être que le maléfice qui l'anime s'est estompé, à présent.

A ce moment-là, je me prends une boule de plume dans la tête et je tombe du banc. Quand je rouvre les yeux que j'avais fermés dans le feu de l'action, j'aperçois un tout petit hibou s'envoler à tire-d'aile vers un mur qu'il se prend en pleine figure, avant de retrouver son chemin vers la volière en zigzaguant. Je ramasse la lettre tombée à côté de moi en râlant contre cet imbécile de Pilpel. L'enveloppe est signée au nom du professeur Londubat.

– Ma punition, je marmonne.

Je décachète l'enveloppe. Judith attrape la lettre à l'intérieur et commence à lire.

– « Miss Enderson, je suis très déçu de votre comportement immature d'hier soir. Vous serez en retenue avec le professeur Smith, tous les soirs à vingt et une heures, pendant un mois. Et si vos insultes avaient pour but de vous faire exclure du cours de Médicomagie, sachez que vous continuerez à le suivre jusqu'à la fin de l'année. »
– QUOI ? J'ai insulté Pomfresh pour rien ?
– On dirait bien, répond calmement Judith. Tu as intérêt à ne pas tomber malade, parce que s'il t'arrive quelque chose, Pomfresh risque de te laisser mourir.

OoOoO

13h55. Après six heures de réflexion, je pense pouvoir affirmer que je détesterai cordialement chaque jour de la semaine, cette année. L'Arithmancie, de bon matin, c'est dur. Suivie d'une heure de Métamorphoses, avec un Professeur Smith qui adore se moquer de nous. Encore heureux qu'on ait la pause déjeuner, après avoir passé une heure avec les mains dans des pots remplis de substances non identifiées pour la Botanique.

Nous attendons devant la classe de Défenses Contre les Forces du Mal, impatients de voir notre nouveau professeur. Personne ne l'a encore vu : il ne mange jamais dans la Grande Salle. J'aperçois Potter, adossé au mur, papoter avec Barbara Hobbers, la Serdaigle de notre année particulièrement débile et à fond sur Potter. Elle parle, elle parle, elle parle, elle dit une ânerie dans son flot de paroles, mais on n'ose pas l'interrompre, alors elle continue de parler. Je pense qu'elle parle de mes chaussures mal assorties, vu les regards hautains qu'elle me jette.

Potter, avec l'air de s'amuser autant qu'un dépressif coincé dans une salle avec le professeur Binns, lève la tête et croise mon regard. Il sourit largement.

Ca, ça veut dire qu'il va faire quelque chose de trèèèèèèèès bête.

Il se penche nonchalamment vers Barbara Hobbers et lui murmure quelque chose, avec un sourire de playboy, qui la fait rougir. Il prend alors son visage dans ses mains et l'embrasse sauvagement.

Urk.

Roxanne, dégoûtée, observe la scène.

– Il ne peut pas se retenir, cet animal ? dit Judith.
– Ce pauvre garçon essaie de me faire comprendre qu'il peut embrasser qui il veut, je crois, dis-je d'un air totalement désintéressé. Franchement, c'est immonde.

Il s'écarte de Barbara Hobbers avec un grand sourire victorieux (pour moi, bien sûr), tandis qu'elle lui sourit amoureusement.

– Ou peut-être qu'il veut essayer de gagner notre pari. Sauf qu'avec Hobbers, c'est mission impossible. Il ne la supportera jamais.

Du moins, moi, je ne l'ai jamais supportée. Une fois, elle m'a donné une baffe, comme ça, sans raison. Elle a dit « C'est pour tout ce que tu fais subir à James ! » avant que je ne lui réponde de façon un peu plus musclée. C'est bien ce que je dis : elle n'avait aucune raison de le faire.

La porte de notre salle de classe s'ouvre, coupant court à mes souvenirs.

Nous entrons dans la pièce. Le pupitre du professeur est vide. Intriguée, je m'assois à côté de Roxanne, tandis que Judith s'assoit seule derrière nous. Mais pas pour longtemps : Arthur Wright la rejoint. Elle lui adresse un grand sourire candide et le salue. Wright devient rouge ketchup et lui répond dans un murmure gêné quelques secondes après.

Marrant, je ne me souvenais pas qu'il était aussi gêné avec elle les années précédentes…

La porte d'entrée claque, et nous sursautons tous.

Silencio ! rugit une voix grave et rauque dans le fond de la classe.

Tout le monde se retourne alors. Personne. Du moins, personne il y a une seconde… car un homme vient d'apparaître.

Je crois que j'aurais bien poussé un petit cri de terreur si on ne m'avait pas jeté un sortilège de silence avant. Visiblement, c'est le cas de toute la classe.

– Bonjour. Je suis Octavius Pendleton, votre nouveau professeur de Défenses contre les Forces du Mal, et ancien directeur du bureau des Aurors.

Il fait un rapide mouvement de baguette pour lever le sortilège.

– Yesss, murmure Judith, derrière Roxanne et moi.

Elle a deviné son prénom. On lui doit du chocolat maintenant… N'empêche, elle est vraiment forte.

Maintenant qu'il est sorti de l'ombre, je peux le détailler. Cheveux longs poivre et sel, barbe de trois jours, yeux gris acier ; son corps filiforme me fait penser à un serpent venimeux. Son visage est recouvert de cicatrices et il porte un gant en métal à la place de l'une de ses mains, qu'il a dû perdre dans une bataille.

Il fait bon vivre d'être un Auror.

– Le passé nous a appris que nous ne sommes jamais en temps de paix, reprend-il. L'ennemi se cache toujours, et c'est VOUS – il hurle en disant ce mot, et tout le monde sursaute – qui le chasserez. Je me ferai un devoir de vous rendre moins incapables que vous ne l'êtes, mais je vous promets que vous serez encore bien vivant d'ici la fin de l'année, ajoute-t-il avec un sourire cruel. Par contre, que vous restiez en un morceau, ça, je ne peux le garantir.

Gloups.

– VOUS ! s'écrie-t-il en pointant sa baguette sur Roxanne, qui se tasse sur sa chaise, terrorisée. Levez-vous.

Tremblante, elle se dresse sur ses pieds en louchant sur la baguette de notre professeur.

– En garde, dit-il.

Elle lève timidement sa baguette, et s'immobilise dans cette posture.

– Eh bien ? aboie notre vénéré professeur. Vous n'attaquez pas ? Vous attendez votre tour ou quoi ?
Expelliarmus !
Protego !

Il a réagi à une vitesse hallucinante.

– C'est nul. Un tel niveau en sixième année, c'est pitoyable ! Vous ne savez rien faire d'autre ?
Waddiwasi ! crie-t-elle, envoyant un livre dans la tête du Professeur Pendleton.

Au dernier moment, il attrape le bouquin avec son gant en métal. Il a fait ça tellement vite que je n'ai pas vu son bras bouger. Moins d'une seconde après, le livre fonce droit sur Roxanne, qui, grâce à ses réflexes de Poursuiveuse, le rattrape juste avant qu'il ne la touche.

– Je préfère ça, marmonne le professeur. Mais ça reste pitoyable. Retournez vous asseoir.

Roxanne revient piteusement à sa place, à côté de moi.

Pendleton se tourne alors vers la classe et dit :

– Toutes les deux semaines, l'un de nos cours sera exclusivement composé de duels. Je vous noterai sur vos performances, plutôt que sur votre classement. De même, vous aurez deux épreuves écrites par mois.

Il marque un silence, puis ajoute :

– Vos livres, pages 24. DEPECHEZ-VOUS !

En réprimant un sursaut, je me hâte de sortir mon livre de mon sac et déchire un peu une page en l'ouvrant. Tant pis.

Cette année, ça va pas être de la tarte.