– Tu vois qui est Rose Weasley ? reprend-il.
– La cousine de Roxanne ?
– Oui, dit-il, en essayant de sourire, mais il stresse tellement qu'il n'arrive qu'à grimacer. En fait, elle va à la soirée avec quelqu'un que mon frère n'aime pas, mais alors pas du tout…
– Super, je commente.
– … et elle va se faire démonter par James s'il l'apprend. Et Rose ne mérite pas ça… Je voudrais faire quelque chose. Donc j'ai décidé…
– Tu es amoureux d'elle ? je le coupe.
– Non ! s'écrie-t-il, scandalisé.
– Alors pourquoi tu veux l'aider ?
– C'est comme une sœur, pour moi, on a pratiquement été élevés ensemble. Donc… j'aimerais faire une diversion en invitant quelqu'un que mon frère déteste encore plus…
… c'est-à-dire moi…
– … pour qu'il crie sur moi, et pas sur elle. Alors, tu acceptes ?
Je m'apprête à lui dire : « Mon coco, t'es bien mignon mais la vie de Rose, perso, je m'en tamponne le coquillard », quand je réalise quelque chose. Non seulement j'aide un ennemi de Potter – le cavalier de Rose – mais en plus je sors avec quelqu'un pour la soirée. Et pas n'importe qui : son propre frère… J'ai déjà hâte de voir sa tête quand il me verra arriver au bras d'Albus. D'un autre côté, ça me dégoûterait d'aller à Halloween avec le sosie de James Potter, à ceci près que celui-ci ne porte pas des lunettes et a des yeux verts.
– Je dois y réfléchir. Mais si c'est oui, je te pose deux conditions : n'en parle à personne avant le 31 octobre…
Il hoche la tête.
– … et aie l'air moins terrorisé quand tu me croises. Tu n'es pas très appétissant, tu sais, je ne vois pas pourquoi je voudrais te manger.
Il rit. Alleluia ! Il sait rire !
– Bon, décide-toi vite. J'espère que tu accepteras.
Il s'éloigne vers la porte, puis se retourne et me dit, le visage illuminé de bonheur :
– Merci !
Il a l'air tellement content que je ne peux pas m'empêcher de sourire, moi aussi.
Il est mignon, ce petit.
Je pense que je vais dire oui. Mais peut-être pas seulement pour embêter Potter.
OoOoO
Jude enfile un jean et un T-shirt bleu pâle assez décolleté, alors que nous nous préparons pour aller à Pré-au-Lard.
– Tu sais, Jude, il fait cinq degrés maximum dehors, je lui fais remarquer.
– Et ?
– Et ce T-shirt n'est pas du tout adapté à une température de cinq degrés.
– Et ?
– Laisse tomber…
– Tu vas avec quelqu'un à Pré-au-Lard ? demande Roxanne.
– On s'est donné rendez-vous là-bas avec Bob…
Bob, c'est Robert Peterson, son petit ami du moment, Serdaigle de septième année, et c'est également son cavalier pour la soirée de Halloween. En outre, c'est un abruti, mais il paraît que ce n'est pas trop handicapant lorsque la seule activité qu'on envisage avec lui est de l'embrasser à pleine bouche.
– D'ailleurs, Ginger, je t'ai raconté ce que m'a demandé Woles l'autre jour ? De l'espionner pour vous rapporter la victoire en Quidditch ! C'était vraiment grossier de sa part.
– C'est ce que je lui ai dit en substance quand il m'en a parlé.
– Quoi ? Il t'en a parlé ? s'étonne Judith.
– A la base, il voulait que ce soit moi qui te corrompe. J'ai refusé.
– Merci, Ginger.
– J'ai droit à un cadeau en guise de ta gratitude ?
– Oui, ma reconnaissance éternelle. Ne soupire pas comme ça, Ginger, c'est le plus beau des cadeaux. Quoi qu'il en soit, je ne retrouve Bob qu'à 17h, aux Trois Balais, et on rentrera ensemble. Je ne vais pas vous lâcher pendant le choix des robes !
Roxanne sourit, je soupire de dépit. Je les ai prévenues du fait que j'allais peut être à la soirée d'Halloween ; mais je ne leur ai pas encore dit avec qui. « C'est la surprise ». Elles avaient l'air moyennement contentes de ne pas savoir qui serait mon cavalier, mais elles sont quand même ravies que je vienne.
Arrivées à Pré-au-Lard, nous nous ruons chez Honeydukes. J'achète trois paquets de chocogrenouilles, et mes amies prennent une boule de chocolat à modeler. J'ouvre l'un des paquets en sortant, et nous mangeons chacune une friandise avant d'entrer dans la boutique récemment ouverte des Farces pour Sorciers Facétieux, chaîne de magasins du père de Roxanne.
Nous passons à côté de la bande des Poupoufs qui s'extasie sur une cage remplie de Boursouflets, et, tandis que Judith et Roxanne se sont arrêtées devant le rayon des philtres d'amour – la première avec un air sceptique, la seconde avec un air rêveur – je commence à refaire mon stock de « cadeaux » pour Potter.
Je me ballade dans les rayons, et aperçoit Albus Potter, en train de discuter avec Rose Weasley et Lucy Ackerley. Discrètement, je me cache derrière une pile de Crèmes Canari.
– James va me tuer, murmure Rose.
Elle a l'air terrorisée. Je remarque des cernes énormes sous ses yeux. Elle se fait fouetter par son cousin pour être aussi paniquée par lui ?
– T'en fais pas, j'ai trouvé une solution, dit Albus.
– Ah bon ?
Albus esquisse un sourire rassurant.
– Ouais. J'invite quelqu'un qu'il déteste encore plus que Scorpius.
Scorpius, Scorpius Malefoy. Elle sort avec Scorpius Malefoy ? Ah oui, ça explique tout. Effectivement, Potter verrait rouge s'il voyait une Gryffondor – sa propre cousine qui plus est – s'approcher d'un Serpentard. Cet imbécile est le seul à continuer de croire en la rivalité entre Serpentard et Gryffondor. Les seules tensions encore existantes à Poudlard sont entre Trelawney et McGonagall, Potter et moi, et les fantômes et Peeves.
– Qui ça ? demande la cousine des Potter, curieuse.
– Ginger Enderson.
– Elle a accepté ? demande Lucy, étonnée.
– Eh bien, j'ai eu du mal à la convaincre, mais je suis pratiquement sûr qu'elle va dire oui, dit-il en souriant.
Il est malin, ce petit.
– Wow, font les deux autres, impressionnées. T'as réussi à la dompter !
Dites tout de suite que je suis un monstre !
Un peu vexée, je m'éloigne du petit groupe de cinquième année et m'approche de la caisse, où Roxanne et Judith paient leurs achats. La vendeuse empile des tonnes de flacons dans un sac en velours avant de le tendre à Roxanne, puis commence à compter la myriade de poudres et de rouges à lèvres magiques que Judith a choisie.
– Tu ne comptes pas aller à cette soirée sans te maquiller, tout de même ? me demande Jude tandis que nous sortons de la boutique.
– Euh… si.
– Je te maquillerai, de gré ou de force. Je ne te laisserai pas rejoindre ton cavalier comme une souillon. Redis-moi le nom de ton cavalier, déjà ?
– Je ne te l'ai pas dit, et je ne compte pas te le dire, Jude. Bien essayé, mais je ne vous révèlerai pas son identité avant l'heure.
Jude et Roxanne ont l'air profondément déçues. Mais elles retrouvent leur sourire alors que nous entrons chez Gaichiffon, le magasin de prêt-à-porter des sorciers.
Le cauchemar commence.
OoOoO
– Et ça, qu'est-ce que tu en penses ?
Judith me montre une minirobe bleue au décolleté plongeant.
– C'est pas une robe, c'est un T-shirt, je rétorque. Tu ne me feras pas mettre ça.
Jude fait la moue et repose la robe sur son portant.
– Les filles, regardez-moi !
Roxanne vient d'ouvrir le rideau de sa cabine. Elle a choisi une robe bustier en soie rouge, serrée au niveau de la taille par un ruban blanc.
– Tu es magnifique !
J'essuie une larme d'émotion fictive.
– Notre petite Roxanne est devenue une vraie femme !
– Parce qu'avant tu me considérais comme un homme ?
– Bon, lance Judith, je vais essayer ma robe.
Elle attrape une robe bleue au tissu soyeux et tire le rideau de la cabine derrière elle. Roxanne s'en va regarder des chaussures à talon avec intérêt.
Poussant un soupir à fendre l'âme, je me mets sur mes pieds et commence à regarder les robes. Trop décolleté, trop courte, trop longue, trop trop… Je m'apprête à baisser les bras, me disant qu'un jean et un T-shirt, après tout, ne seraient pas si terribles, quand j'aperçois quelque chose qui manque cruellement d'originalité mais qui, au moins, me fera passer inaperçue.
Impec'. Je vais l'essayer.
– Jude, t'as bientôt fini ?
– Oui ! Regarde un peu comme je suis belle !
Elle porte une robe sans manche bleu foncé, plutôt longue, et très décolletée. Une ceinture bleu pâle faite dans un tissu léger repose sur sa taille.
– … Je me sens vraiment moche, tout à coup, dit Roxanne.
– Mais nooon, la rassure Jude, t'es superbe.
Avant qu'elles ne me remarquent, je file dans la cabine et tire le rideau. Je commence à me déshabiller.
– T'as trouvé quelque chose ? réalise soudain Roxanne.
– Ouaip !
– C'est quoi, c'est quoi, c'est quoi ? s'écrient-elles d'une voix aigüe.
– Vous allez voir ! je crie en me débattant avec la fermeture éclair de la robe (qui est le crétin qui a inventé ces trucs ?).
– Dépêêêêêche !
– Patiente un peu, ce n'est qu'un vêtement ! je réponds en me tortillant dans la robe. Voilà, j'ai fini !
J'ouvre le rideau d'un geste théâtral et attends la réaction de mes amies.
– Euh… Elle est un peu… simple ? dit Judith d'une voix hésitante en penchant la tête sur le côté.
– Jolie, tempère Roxanne, mais… simple.
– C'était le but. Vous allez me laisser tranquille, maintenant ?
– Ah, les joies du shopping avec Ginger… soupire Roxanne.
Je me regarde dans le miroir. La robe, noire et sans manche, descend jusqu'aux genoux. Elle est vraiment toute simple, mais finalement, je pense qu'elle me plaît.
– Bon, maintenant, les chaussures !
– Pitié, non ! je geins.
– T'as pas le choix, Ginger…
OoOoO
Une heure plus tard, je suis assise à une table des Trois Balais, sirotant une Bièraubeurre en compagnie de Roxanne, l'air vaguement traumatisée. Une heure à choisir des chaussures. Une heure. Et oui, je parle bien d'objets en bois quelconque à mettre au bout des pieds ! Je n'en reviens pas d'avoir tenu aussi longtemps. Je crois que Roxanne avait prévu de me faire la tête devant ma mauvaise volonté plus qu'apparente, mais ça a dû lui sortir de la tête elle me parle tranquillement de l'évolution de sa relation avec Woles, en tâchant d'oublier Judith qui embrasse Robert Peterson depuis bientôt vingt minutes, à la table à côté.
– …et quand il est venu me chercher en sortant du cours, hier, j'ai vraiment cru que j'allais m'évanouir.
Je plisse les yeux.
– Ça te fait ça aussi, quand Judith et moi venons te chercher ?
– Non, évidemment ! C'est totalement différent et tu le sais très bien. Je ne sais pas très bien comment exprimer ça, mais…
– Si tu sais pas t'exprimer, cousine, tais-toi, dit une voix narquoise dans son dos.
Je lance un regard noir à Potter qui vient de débarquer avec ses deux meilleurs amis. Trois tables plus loin, les Poupoufs éclatent de rire comme si Potter venait de sortir la blague de l'année.
– Comme c'est spirituel. Applaudissez Potter et son humour décapant ! Sérieusement, j'ai rencontré des géraniums en pot plus drôles que toi.
– Toi, je ne t'ai rien demandé, alors tais-toi, répète-t-il, pour moi cette fois-ci, en fronçant les sourcils.
– Y a de l'écho, par ici… remarque Roxanne, qui n'a pas digéré la moquerie de son cousin.
– Pourquoi tu n'es pas avec ta Hobbers adorée ?
– T'es jalouse d'elle, pas vrai ?
– Bien sûr. Je tuerais pour pouvoir te tenir la main à longueur de journée.
Il grimace. J'ai remarqué qu'il garde ses mains dans ses poches, depuis qu'il sort avec elle. Barbara Hobbers aime le « romantisme », comme elle dit : ça comprend le fait de s'envoyer des lettres d'amour chaque jour, s'embrasser toutes les trois minutes, se mettre des fleurs dans les cheveux, se coller l'un à l'autre, et se tenir la main. Pour l'instant, la seule chose qu'il réussit à éviter, c'est de lui tenir la main.
On voit bien que Potter déteste sortir avec cette fille, et pourtant ça va bientôt faire deux mois qu'ils sont ensemble. Je crois que Potter a essayé de lui faire comprendre subtilement qu'il ne l'aimait pas et qu'il ne voulait plus d'elle, mais apparemment c'était trop subtil pour Barbara Hobbers.
Si ça continue comme ça, il va gagner notre pari. Et s'il le gagne, je devrais lui faire une déclaration d'amour publique.
Ma vie sociale serait fichue.
– Tu vas avec elle pour la soirée, n'est-ce pas ?
– Oui, j'avais beaucoup de choix, mais finalement je me suis décidé sur elle.
– Ta façon de faire des choix me dépasse, Potter…
– Au moins, je peux me permettre de choisir. Toi, tout ce que tu peux faire, c'est rester dans ton dortoir et pleurer.
– Non, j'ai un choix, je réplique. Le choix entre rester dans mon dortoir et pleurer, comme tu dis, ou accepter l'invitation d'un très gentil garçon. J'ai pris le second choix.
Son visage se décompose et je ne peux m'empêcher de sourire.
– Tu… tu y vas avec quelqu'un ? s'étonne-t-il. Je suis sûr que tu as pris le premier imbécile venu. Il faut vraiment avoir un problème congénital pour accepter d'aller à un événement avec toi, quel qu'il soit.
– Figure-toi que non, mon cavalier à moi, ce n'est pas un abruti sans cervelle. Tiens, bonjour Barbara…
Hobbers vient d'arriver, et a attrapé la main de Potter avant qu'il n'ait pu la fourrer dans sa poche. Elle m'ignore totalement, et souffle amoureusement à l'oreille de Potter :
– Bonjour mon roudoudou… Je t'ai cherché partout, t'étais où ?
– Il cherchait une corde et un tabouret.
Elle se tourne vers moi, l'air furieux :
– Laisse Jimmy tranquille !
– Oh, pardon Jimmy, je ne voulais pas te faire de peine, dis-je d'une petite voix ridicule. Tu me pardonnes, Jimmy ?
– Ca suffit, Enderson, dit Abercrombie.
– Le silence te réussissait, Lee Cooper. Alors retournes-y.
– C'est Abercrombie !
– De toute façon, on s'en va, dis-je. Ca sent trop le thon, ici, j'ajoute en regardant Hobbers.
– Qu'est-ce que tu veux dire ? demande-t-elle innocemment, alors que Wright fait un effort surhumain pour ne pas exploser de rire.
– N'essaie pas de comprendre, Hobbers. L'effort serait trop difficile pour ton cerveau, il exploserait. Viens, Roxanne.
Nous sortons du pub en ignorant les commentaires narquois de James Potter qui me traite de lâche, et nous commençons à rentrer à Poudlard. Cet abruti de Potter avec sa petite amie digne de son intelligence m'ont coupé l'envie de finir ma Bièraubeurre et à Roxanne aussi. Au milieu du chemin, j'entends :
– Roxanne ! Ginger ! Attendez-moi !
Je fais volte-face. C'est Judith.
– Pourquoi tu n'es pas restée avec Peterson ?
– Honnêtement, je m'ennuyais un peu… Et puis je vous ai vues vous disputer avec Potter et sa bande. Qu'est-ce qu'ils vous ont encore fait ?
– Oh, rien. Mais je te raconte pas sa tête quand il a su que j'allais à la soirée.
– Ah, tu vas lui dire oui ? Et tu y vas avec qui, déjà ? demande Roxanne innocemment.
– Avec… quelqu'un !
– Ginger ! Dis-nous !
– Non !
OoOoO
Le soir, j'écris en vitesse sur un bout de parchemin : «A Albus. C'est oui, RDV 31 octobre 20h dans la salle commune. ». Je sors de la tour de Gryffondor et me dirige vers la volière. Parmi les chouettes et hiboux des élèves, je repère mon petit hibou qui essaie de détruire un mur en pierres de cinq cent kilos à coups de griffe.
– Viens, Pilpel, je l'appelle.
Mon hibou fonce sur moi et j'ai juste le temps de faire un pas sur le côté avant qu'il ne s'écrase contre le mur derrière moi. Je retiens un soupir de lassitude, le ramasse, lui lisse les plumes puis attache ma lettre à la minuscule patte de l'oiseau, complètement sonné.
– Apporte ça tout de suite.
L'oiseau émet un léger sifflement, et s'envole par la fenêtre, pas avant d'avoir raté son premier décollage et de s'être aplati contre le mur à côté. Je souris et retourne dans mon dortoir.
OoOoO
Je m'habille en vitesse. Il est huit heures moins cinq, le match de Quidditch commence dans quelques minutes. Je viens à peine de me réveiller… J'enfile la première chose qui me tombe sous la main, c'est-à-dire un maillot de bain et des chaussures de ski, et me dépêche de sortir. Mais mes jambes refusent de m'obéir, et je marche lentement, très lentement…
Quand j'arrive enfin devant le terrain de Quidditch, le match a déjà commencé depuis vingt bonnes minutes. Qu'est-ce que l'équipe adverse joue mal ! Les poursuiveurs ne sont pas fichus de s'envoyer la balle, ils n'arrivent jamais à la rattraper. Et leur gardien est nul ! Il n'arrête pas un seul Souafle… Leurs batteurs sont effondrés par terre, ils sont tombés de leurs balais, attaqués par les Cognards.
Et leur attrapeur… Ils n'ont même pas d'attrapeur !
…
Oh, non…
C'est mon équipe…
A ce moment là, la foule se tourne vers moi comme un seul homme et hurle de rire en voyant ma tenue. Certains sifflent. On m'envoie des hiboux dans la tête, que je suis incapable d'éviter, à cause de mes jambes trop lourdes et de mes chaussures de ski. Je tombe à la renverse, et la dernière chose que je vois, c'est Robert Peterson, l'attrapeur de Serdaigle, tenant fermement le Vif d'Or dans le poing…
J'ouvre les yeux, la respiration haletante. Je suis dans mon lit, et il fait encore nuit. Le match n'a pas commencé. C'était juste un cauchemar. Un cauchemar super bizarre.
Je m'assois sur mon lit et jette un œil au cadran de ma montre phosphorescente, achetée chez Derviche et Bang il y a trois ans. Il est sept heures, le match est à huit heures. Ce qui veut dire qu'il est l'heure de se lever.
Et mes amies ne sont pas réveillées.
Un grand sourire s'étire sur mon visage. Enfin. Ma vengeance a sonné.
Je prends délicatement le réveil espagnol de Roxanne et le pose exactement entre les deux lits de mes amies. Le pied derrière le réveil, chaque main tenant un bout de couverture d'une des filles, je me prépare mentalement à la scène bruyante qui va suivre.
Je donne un petit coup de la pointe de mon pied sur le réveil qui bascule en avant.
– CARAAAAAAAAAMBA ! hurle le réveil, furieux d'avoir été malmené.
Judith et Roxanne poussent un cri en ouvrant les yeux. Je tire leurs couvertures d'un coup sec tandis que Pepsi, le croup de Judith, parfaitement réveillé, se met à aboyer en courant dans tous les sens.
– Debout les filles ! je hurle. C'est le jour du match !
– … t'aurais pu faire preuve d'un peu plus de délicatesse, non ? grommèle Roxanne.
– C'est le juste retour des choses ! Vous me faites subir ça tous les matins !
– T'es inhumaine, Ginger, dit Jude en repoussant son chien qui lui lèche le visage en jappant. Eteins ce fichu réveil, il va me briser les tympans.
– Comme tous les matins, soupire Roxanne en se laissant tomber de son lit pour donner un coup sec sur la caboche de l'instrument infernal afin de le faire taire.
Cette journée commence super bien.
Il faut bien ça, vu l'épreuve qui nous attend. Un match de Quidditch devant toute l'école. Je pars à la recherche d'un pantalon, alors que mes entrailles se serrent à cause du stress.
OoOoO
– Vous êtes en forme ?
Je tourne la tête vers Chuck Woles, blasée. Sa grande inquiétude, depuis qu'il est devenu capitaine, c'est que quelqu'un tourne de l'œil pendant le match.
– Mange du bacon, Ginger, dit-il en versant toute une plâtrée de viande dans mon assiette.
Je mordille une tranche pour lui faire plaisir, puis la repose dès qu'il tourne la tête.
– Robins, nourris-toi !
Mais Daniel Robins continue de regarder dans le vide, l'air terrorisé. Il n'a rien mangé. Ses yeux sont cernés, son teint pâle comme la mort. Le stress ne lui réussit pas.
Je regarde les batteurs. Frederic Kreeps et Theodore Carter, eux, n'ont aucun problème pour manger. En fait, on dirait qu'ils s'apprêtent à jeûner pendant une semaine, tellement ils mangent.
Je jette un œil à mes amies. Roxanne mange le même bout de pain depuis un quart d'heure. Judith, la sérénité incarnée, boit du chocolat chaud aussi normalement que si on s'apprêtait à aller en cours de Botanique. Ne peut-elle pas compatir et faire semblant de stresser un peu ?
Quant à James, il fait comme si il était parfaitement à l'aise, tout en ignorant copieusement les œillades de Barbara Hobbers à la table des Serdaigles. Mais en réalité, sous la table, il est en train de déchirer en tous petits morceaux son napperon.
– Bon, on y va, dit Woles en se levant.
Il n'a pas touché à son assiette.
OoOoO
Dans les vestiaires, notre capitaine essaie de nous encourager avec un discours. Mais, effet du stress, il n'arrive pas à s'arrêter de parler.
– On va les écraser comme des mouches, Robins, tape fort dans les cognards comme aux entraînements…
Robins est poursuiveur, mais il reste apathique.
– Ginger, garde bien les anneaux…
– Je suis l'attrapeuse…
– Ah ? Ah oui, c'est vrai. Alors, euh…
– On a compris le message, dit calmement Potter. Les gars, on s'est bien entraînés et on n'a aucune raison de perdre. Alors on y va, et on les écrase !
Kreeps et Carter sourient. Moi, j'en suis incapable, alors je grimace.
– Allons-y !
Nous sortons des vestiaires, et arrivons sur le terrain ; la foule d'élèves dans les gradins se met à hurler. J'ai tellement peur que je n'arrive plus à contrôler ma respiration. Mon cœur s'affole.
Je vais faire une crise cardiaque avant d'avoir pu m'envoler.
