Coucou ! Tout d'abord je voulais vous remercier pour toutes vos reviews super-gentilles. J'espère que ce chapitre vous plaira autant que les précédents !
By the way, j'ai toujours eu un peu de mal à me représenter les personnages des fics et parfois c'est énervant de ne pas pouvoir mettre un visage sur un nom. Donc j'ai remédié au problème - maksstories. skyrock. com (sans espace), je mettrai dessus les visages des persos de cette fic'. Pas besoins de commentaires ou quoi que ce soit, ce sera juste plus pratique pour vous.
Ok, j'me tais. Bonne lecture !
Woles écrase la main de Robert Peterson, capitaine de l'équipe de Serdaigle.
– Enfourchez vos balais !
Je passe une jambe par-dessus le manche, plus paniquée que jamais.
Je n'y arriverai pas. Je ne verrai pas le Vif d'Or, je vais tomber de mon balai, je vais me taper la honte…
Avant que ma conscience ait pu rajouter quoi que ce soit de plus pour me démoraliser, M. Picsec siffle le début du match et, par réflexe, je donne un grand coup de pied dans le sol.
Aussitôt, je me sens mille fois mieux. Le vent passe ses longs doigts fins dans mes cheveux, caresse chaque pore de ma peau. L'odeur du bois occulte ma panique, la paix s'insinue en moi. Le bonheur m'envahit.
Je tourne la tête vers nos buts, et je vois bien que c'est aussi le cas de Potter. Notre gardien est souriant, avec une lueur de défi dans le regard.
– Les Serdaigles ont le Souafle ! dit la voix de la commentatrice, Ella Filps, une Poufsouffle de quatrième année. Ackerley envoie à Starkey, qui passe à Selwyn, et… non, c'est Woles, le capitaine des Gryffondor, qui l'intercepte, qui l'envoie à Daniels – le nouveau poursuiveur, voyons ce qu'il vaut ! – Weasley, Daniels, beau rattrapage, qui l'envoie à nouveau à Woles, mais – aïe – un coup de Cognard, il lâche le souafle mais Starkey le rattrape, elle s'approche des buts des Gryffondors, elle tire et… Potter BLOQUE !
J'expire bruyamment, me rendant compte que j'avais retenu ma respiration pendant tout ce temps. J'arrête de me concentrer sur le commentaire du match et commence à décrire de larges cercles avec mon vieux Comète 290, à la recherche du Vif d'Or. A une vingtaine de mètres de moi, Robert Peterson, l'attrapeur adverse, fait de même en jetant de brefs coups d'œil vers moi.
Soudain, il plonge en piqué. Il a repéré le Vif avant moi ? Sans réfléchir, je fonce à sa suite. Le sol se rapproche à toute allure. J'espère vraiment qu'il a trouvé la balle en or, sinon, je vais m'écraser en beauté. Peterson jette alors un regard en arrière, et je comprends. Un cours théorique de vol me revient soudain en mémoire.
– Feinte de Wronski, disait Woles. L'attrapeur fonce vers le sol, faisant semblant d'avoir repéré le Vif d'Or : l'adversaire s'engage à sa suite, puis l'attrapeur remonte au dernier moment en chandelle, laissant l'adversaire s'écraser au sol. Enderson, tu m'écoutes ?
– Euh… oui ?
– Résume-moi ce que je viens de dire.
– Euuuuh…
– ENDERSON ! ECOUTE QUAND ON TE PARLE !
La preuve que j'ai écouté, c'est que maintenant je m'en souviens. Et toc ! Malheureusement, dans l'immédiat, je ne peux pas aller le voir pour le lui dire et lui tirer la langue.
Je m'apprête à ralentir, quand un mouvement très rapide retient mon attention. Je tourne la tête, continuant à foncer vers le sol, et aperçoit alors la petite balle, immobile devant un des étendards jaune-doré de Gryffondor, voletant au ras du sol.
Alors que Peterson remonte en chandelle, comme je l'avais prévu, je redresse légèrement le manche de mon balai et accélère vers les tribunes, en direction de la bannière de ma maison.
Je me suis souvent demandé si le Vif d'Or était capable de penser. En tout cas, on dirait qu'il m'a vue avancer vers lui, parce qu'il réagit alors que je suis à une dizaine de mètres de l'étendard. Il s'élève en ligne droite à une vitesse époustouflante. Je fais de même ; mon balai est à présent à la verticale. Il n'y a plus dans mon champ de vision que la petite balle et le ciel d'automne. Je m'accroche du mieux que je peux au manche de mon bon vieux Comète et m'apprête à lâcher une main, quand, du coin de l'œil, j'aperçois un bout de manche à balai surgir à ma droite. C'est Peterson, qui a un Nimbus 3001, bien plus rapide que mon vieux machin. Plus de temps à perdre. Sans réfléchir, je tends la main le plus vite possible, manquant de me déboîter le bras, et referme le poing sur le Vif d'Or.
Trois secondes plus tard, je réalise que je continue de foncer vers le ciel et ralentit. Je prends alors conscience des acclamations des Gryffondors, dans le stade, une centaine de mètres en bas. Je pousse un cri de joie, et, tendant le bras en l'air, la main toujours refermée sur la balle magique, je redescends lentement vers le terrain, alors que les membres de mon équipe de Quidditch se ruent sur moi, un air ravi plaqué sur le visage.
– Enderson a attrapé le Vif d'Or, s'exclame la voix de Filps la commentatrice, faisant remporter cent cinquante points à l'équipe de Gryffondor ; avec 330 à 150, GRYFFONDOR GAGNE LE MATCH !
OoOoO
Quelques heures plus tard, dans notre chambre, j'effectue une petite danse de la joie devant Jude et Roxanne, qui éclatent de rire.
– On a gagné ! Vous vous rendez compte ? Ga-gné !
– Ah bon ? fait mine de s'étonner Jude.
– J'avais pas remarqué, ajoute Rox. C'est pour ça que tu glapis depuis la fin du match ?
– Et que les Gryffondors ont fait la fête toute la journée ? Je me disais, aussi…
Je lui envoie un coussin dans la tête, et elle répond en m'envoyant un polochon au visage.
– Bon, on va manger ? demande Judith après s'être vaporisé du parfum à la lavande dans le cou.
Je m'apprête à acquiescer quand je vois Pilpel à la fenêtre. Il tient un parchemin à la patte et a l'air un peu sonné. Il vient sans doute de foncer contre les carreaux.
– Avancez, je vous rejoins, dis-je précipitamment, en espérant qu'elles seront parties au moment où il recommencera à tambouriner la vitre avec sa tête de piaf.
Elles quittent la pièce, non sans un regard étonné derrière elles. Je me lève et vais ouvrir à mon oiseau. Il sautille sur le rebord de la fenêtre et tombe par terre. Je décroche avec hâte le parchemin à sa patte sans faire attention à son hululement fatigué, et déroule la lettre, très courte, écrite d'une écriture ronde et soignée, tandis que Pilpel trottine jusqu'à l'écuelle de Pepsi pour lui piquer sa nourriture.
A Ginger. Merci d'avoir accepté. Nous devrons faire semblant de sortir ensemble. On se voit dans quatre jours.
Mais… Il a changé les règles du jeu !
Je m'apprête à lui renvoyer une lettre d'insultes, mais ma conscience murmure alors : « C'est l'occasion rêvée de montrer à Potter que tu n'es pas frigide. »
Vu comme ça…
Je lance un Incendiosur la lettre, qui forme alors un petit tas de cendre dans mes mains. Je lance le tout par la fenêtre, dans le noir de la nuit.
Je m'apprête à partir, quand je vois, sur la table de nuit de Judith, un petit livre à la couverture en cuir. Intriguée, je m'en empare Judith aime lire, certes, mais ses goûts à elles se trouvent plutôt parmi les livres moldus… Et clairement, ce livre n'en est pas un.
Mythes et légendes scandinaves. En dessous, une étiquette précise : « Appartient à la bibliothèque de Poudlard.» Ce n'est même pas un roman ! Pourquoi a-t-elle emprunté ça ?
J'ouvre le bouquin à une page au hasard, et tombe sur un chapitre nommé : « Les Valkyries.»
Poussée par ma curiosité, je commence à lire.
Le terme Valkyrie, ou Walkyrie, qui signifie « celles qui choisissent les morts au combat », illustre bien la fonction de ces femmes dans la mythologie nordique moldue. Servantes et messagères du dieu Odin, ce sont elles qui décident du dénouement des batailles.
Le nombre et les noms des Valkyries varient selon les légendes ou les poèmes. Si les moldus en retiennent treize, nous pouvons remarquer qu'elles sont, en réalité, sept : Brynhildr (destinée de la bataille), Hrist (effroi), Mist (brouillard), Hildr (bataille), Prudr (pouvoir), Kara (courage) et Gondul (baguette magique).Odin, puissant sorcier, créa les Valkyries à partir d'animaux. Cela fait des Valkyries un genre d'animagi très particuliers : des animaux capables de se transformer en humains. Odin les avait créées dans le but de protéger son trésor le plus cher après sa mort. On dit du cœur des Valkyries qu'il est « intouchable » : tant que personne n'a découvert leur véritable identité, elles sont incapables du moindre sentiment. Seule une Valkyrie, la première, a échappé à cette règle.
Les Valkyries sont immortelles ; aucune arme ni aucun sort ne peut les tuer définitivement. En effet, elles ressuscitent continuellement, tant que leur identité n'est pas découverte. Une fois leur secret révélé, leur destin est scellé : elles sont destinées à mourir à la fin de leur dernière vie.
Je me demande quel genre de trésor Odin le sorcier pouvait avoir. Une baguette indestructible, ou quelque chose comme ça, peut être ? Mettant fin à mes interrogations, je tourne la page. Il y a une description de chacune des sept Valkyries, accompagnée d'une illustration, mais pas une illustration immobile ; ce sont des photographies de tableaux sorciers.
La première, Brynhildr, est une femme aux longs cheveux noir corbeau, portant une robe en lambeaux. Elle possède des ailes, squelettiques, dont les pointes ressemblent à des lames, et les agite avec lenteur en me fixant d'un air curieux.
Brynhildr est la Valkyrie décidant du destin de la bataille. Elle était la favorite d'Odin. Cette guerrière n'a de pitié que pour les enfants. A l'origine, Brynhildr était un corbeau.
Je regarde l'image de Brynhildr une dernière fois et tourne la page.
Une jeune femme aux cheveux roux attachés en chignon, portant une armure et brandissant une lance acérée et enflammée, occupe pratiquement toute la page. Elle a l'air redoutable et fait jouer son arme entre ses mains, les yeux remplis d'un air de défi.
Hrist a été créée pour inspirer l'effroi aux hommes, afin de choisir les plus valeureux d'entre eux. Elle est la plus belliqueuse des sept. Odin a transformé un loup pour la créer.
Je tourne à nouveau la page. La Valkyrie aux longs cheveux roux et aux yeux rouges m'observe, imperturbable. Elle porte une cape bleu foncé qui ressemble à des ailes, et est enfoncée dans la brume jusqu'aux genoux.
Selon la légende, Mist enveloppe les guerriers de brouillard pour les transporter dans l'au-delà scandinave, afin qu'ils ne retrouvent jamais le chemin pour revenir sur terre. En réalité, son pouvoir de faire surgir la brume autour d'elle permet d'avantager ou au contraire de nuire aux guerriers ; elle décide du destin des hommes. Elle fut créée à partir d'un corbeau.
A la page suivante, une femme aux cheveux blonds attachés me lance un regard très dur, puis fait mine de m'ignorer. Je remarque qu'elle est la plus immobile de toutes les images que j'ai vues jusqu'ici. Elle porte une robe bleue, couverte de dentelle, s'arrêtant au niveau des cuisses, et tient fermement une épée longue et effilée, couverte de sang.
Hildr, Valkyrie de la bataille, est la seconde louve transformée. Sa cruauté est mythique ; elle tue sans raison, comme les loups déciment, pour s'occuper, des troupeaux entiers. La légende dit que la voir est signe de mort.
Le personnage de la page d'après, aux cheveux roux recouverts d'un drap blanc, est vêtu d'un tissu blanc en lambeaux, entourant sa poitrine. Ses jambes et ses bras sont recouverts de tissu noir. Dans sa main gauche, elle tient une lame courte, pointée vers son cœur ; du manche du petit poignard s'échappe une fumée bleue, dessinant des crânes dans le vide. Ses yeux sont de la même couleur peu naturelle que la fumée et regardent un point derrière moi. Elle non plus ne bouge pratiquement pas.
Gondul, la Valkyrie à la baguette magique, fut également créée à partir d'un corbeau. Elle fut la seule dotée du pouvoir des sorciers par Odin. Les Scandinaves la considèrent généralement comme la créatrice de la magie noire.
En tournant la page pour découvrir l'avant-dernière Valkyrie, je me demande si toutes ces légendes sont vraies. D'un côté, le livre parle d'elles en utilisant le présent, comme pour laisser entendre que leur existence est véritable. D'un autre côté, ces légendes ont plusieurs siècles ; non seulement elles ne sont pas dignes de confiance, mais en plus, les Valkyries, si elles existent, sont sans doute mortes à présent.
Le livre offre à ma vue une dame souriante, d'une grande beauté, aux cheveux d'argent et à la robe blanche. Dans ses mains flotte une boule d'énergie pure.
Prudr, la Valkyrie du pouvoir, donne aux guerriers la force de se battre. A l'origine, elle était un loup blanc. Sa puissance magique est la plus grande de celles de toutes les autres Valkyries.
La dernière Valkyrie représentée a des cheveux blancs attachés dans une longue queue de cheval. Toute de bleu vêtue, elle a trois paires d'ailes blanches dans le dos et une couronne d'argent au sommet de son crâne. Elle tient un sabre en acier à l'aspect tranchant, et virevolte dans les airs, les yeux fermés, concentrée.
Kara inspirait le courage aux hommes sur le champ de bataille. Elle est la seule à avoir été créée à partir d'un cygne ; symbole de l'amour, elle peut éprouver des sentiments pour les humains. Odin, en la créant, prédit que par affection pour un homme, Kara lui révèlerait elle-même sa véritable nature, faisant basculer son destin vers la mort.
Joyeux.
– Ginger, qu'est-ce que tu fabriques ?
Surprise, je lâche le livre qui tombe par terre dans un bruit sourd. Je lève la tête ; Judith, l'air inquiète, se tient dans l'encadrement de la porte.
– Tu as dit que tu nous rejoignais, et ça fait vingt bonnes minutes qu'on t'attend. Qu'est-ce que tu faisais ?
– Oh, je suis tombée sur ce livre... Pourquoi tu lis les Mythes et légendes scandinaves ?
– Ca ? Je l'ai emprunté pour faire plaisir à mon père.
– Comment ça ?
– Tu te rappelles les industriels norvégiens avec lesquels mon père devait faire affaire, cet été ? Eh bien, il n'a pas réussi à les convaincre, en tout cas ils n'ont pas encore signé. Il voulait donc que je fasse des recherches de mon côté sur la culture norvégienne, histoire d'avoir un peu plus de trucs à dire au prochain dîner. Ce qui est ridicule, puisque tout ce que je trouve ici est écrit du point de vue des sorciers. Mais bon, ça ne me dérange pas, si ça me permet d'aller là-bas !
Elle marque une pause, puis ajoute :
– Au fait, pourquoi mon chien essaie-t-il de bouffer ton hibou ?
– Encore ?
– On dirait bien.
– J'arrive, dis-je en arrachant Pilpel des griffes de Pepsi qui n'a vraiment pas l'air content qu'on ait essayé de lui piquer sa nourriture, avant de lancer le hibou par la fenêtre.
Je le regarde tomber en chute libre, puis agiter des ailes au dernier moment et s'envoler vers la Volière. Je ne m'inquiète pas de son état : ce hibou est indestructible, ça fait des années qu'il se brise les os contre tout ce qu'il peut trouver, c'est pas un chien qui lui donnera du fil à retordre. Puis je suis Judith en-dehors de la chambre.
En arrivant à table, la seule place disponible est en face de Potter et Hobbers, sa petite amie stupide. Dès qu'il m'aperçoit, il se tourne vers Barbara et se met à l'embrasser. Abercrombie, assis à côté de lui, les regarde pendant cinq secondes puis repousse son assiette, dégoûté.
Quand ils se décollent enfin l'un de l'autre, Barbara reprend son babillage incessant :
– Pour le bal, j'ai prévu de mettre ma petite robe verte à manches courtes, et je porterai des bas de soie noire, qu'en penses-tu ? D'ailleurs, ajoute-t-elle sans donner l'occasion au pauvre Potter de répondre, je ne sais toujours pas quoi mettre comme chaussures, les talons ou les ballerines, parce que les talons me grandiraient, mais j'ai toujours trouvé les ballerines plus classes que les talons, pas toi ?
– Tu voudrais pas l'embrasser, James ? marmonne Roxanne. Histoire qu'elle arrête de parler.
Barbara Hobbers continue de piailler elle n'a pas entendu Roxanne, au contraire de James qui lui lance un regard noir.
– Tu vois, Potter, j'ajoute, ça me fait une raison de plus de ne pas être jalouse de toi. Au moins, moi, je ne subis pas les monologues de Hobbers.
Hobbers s'arrête brusquement et me lance un regard outré. Cool ! J'ai trouvé le moyen de l'arrêter !
– Laisse-le tranquille, soupire Abercrombie.
– Oh, comme c'est mignon, Lacoste protège son chéri.
– Abercrombie, grince-t-il.
– Pourquoi tu l'appelles toujours différemment ? demande innocemment Wright.
– J'ai du mal avec les noms de vêtements.
– Comment ça ?
– Tu ne connais rien à la culture moldue, toi, pas vrai ? demande Roxanne.
– Non.
– Abercrombie est un nom de pull, lui apprend-elle.
– Personnellement, dit Potter, je préfèrerais avoir un nom de pull que ne pas avoir de parents.
– Dommage, tu n'as pas un nom de pull, je réponds du tac-au-tac.
– Arrêtez de vous disputer, tous les deux, nous coupe Wright. Pourquoi passez-vous votre temps à vous envoyer des piques ?
– Parce qu'elle est complètement débile.
– Mauvaise réponse, ta copine est complètement débile aussi, je réplique.
Il y a un blanc.
– Vous parlez de qui ? demande Hobbers en fronçant les sourcils.
On parlait trop vite pour qu'elle ait pu comprendre, d'autant plus qu'elle était déconcentrée parce qu'elle était en train de chercher quelque chose à me répondre après que j'ai parlé de ses monologues.
– D'un thon assis à côté de James, répond Roxanne.
Barbara regarde Abercrombie, installé de l'autre côté de Potter.
– Ne traites pas Thomas de thon, dit-elle d'un air menaçant.
Roxanne se frappe le front du plat de la main, l'air affligé, et Hobbers a l'air encore plus furieuse.
– Rassure-toi, on ne parlait pas de Thomas, dis-je avec un petit sourire. En tout cas pas que de lui. (Je murmure à Roxanne :) Je crains que la bêtise de Potter déteigne beaucoup sur ses amis…
– Ca suffit, dit Judith.
Je la regarde avec des yeux ronds.
– Depuis quand tu prends la défense des poissons sans cervelle ?
– Depuis que tu te comportes comme un poisson sans cervelle.
– PARDON ?
– Tu as très bien entendu.
Elle ne sourit pas du tout. Judith ne plaisante pas. Elle me prend vraiment pour un poisson sans cervelle ?
Je me lève, choquée, et sors de la Grande Salle à grands pas, sans me retourner. J'espère que Judith va m'arrêter, me dire qu'elle est désolée de m'avoir insultée, mais rien ne se passe. Alors je sors du château et cours vers la forêt.
Je ne sais pas depuis combien de temps je cours. Je cours à perdre haleine, je veux courir jusqu'à ne plus me souvenir, jusqu'à oublier ce qu'il vient de se passer. Je veux qu'il fasse si noir que je ne puisse plus voir autour de moi, et que je ne puisse plus faire face à la réalité. Je ne me suis jamais disputé avec Judith. Qu'une de mes amies dise du mal de moi, c'est mon identité qui s'effondre.
Quand mes larmes se tarissent, je regarde autour de moi. Je suis enfoncée dans le bois, je ne sais pas du tout où je suis. Sans que je ne m'en sois rendu compte, j'ai grimpé à un arbre. Je suis debout sur une branche et observe la forêt alentour.
J'aimerais rester perchée ici pour toujours. Mais je sais que je dois redresser la tête et continuer à avancer dans le chemin de la vie.
Mais qu'est-ce que j'ai dit de mal ? J'ai critiqué les amis stupides de Potter. Rien de nouveau par rapport à d'habitude… Ou alors elle déteste ça depuis le début ? Jour après jour, mon comportement l'a insupportée jusqu'au point de non-retour…
– Ginger !
– Ginger, où es-tu ?
Ce sont les voix de mes amies. J'ai bien envie de descendre les rejoindre mais… une vision m'arrête net.
– Ginger ! Je pensais pas du tout à ce que je racontais ! Le poisson sans cervelle, c'est moi !
– Allez, viens…
– … Les Acromentules risquent de te trouver avant nous si tu ne viens pas, Gin. Allez, viens…
J'entends un sanglot. Je suis toujours glacée, perchée sur ma branche. C'est quoi, ce délire ?
– J'aurais jamais dû lui dire ça. Je ne le pensais même pas, en plus, souffle Jude.
– T'en fais pas, vous allez vous expliquer, et ça va s'arranger, la rassure Roxanne.
Malgré tout, l'inquiétude perce dans sa voix.
Je les vois s'avancer vers mon arbre. Elles ne lèvent pas la tête et ne m'aperçoivent donc pas. Tant mieux. Judith, le visage ravagé, s'adosse contre le tronc et enfouit sa tête dans ses mains. Ses épaules se secouent silencieusement.
A ce moment-là, j'ai failli signaler ma présence. Jude m'inspirait de la pitié. Et je savais qu'elle cesserait de pleurer si je descendais. Mais j'étais trop choquée par la découverte que je venais de faire pour envisager cette alternative.
Mes pieds … ne sont plus des pieds.
D'énormes griffes noires surgissent du bas de ma jupe, terminant de longues jambes ébène et trop maigres pour être humaines. Je passe ma main devant mes yeux : rien ne change. Je ne rêve pas.
Au pied de l'arbre, Roxanne prend le bras de Judith, dont le visage est encore baigné de larmes, et l'entraîne plus loin, pour me chercher sans doute.
Quand je n'entends plus les feuilles mortes craquer sous leurs pieds, je ferme les yeux, et compte jusqu'à trois. Je les rouvre.
Mes jambes sont tout à fait normales.
Je ne sais que penser. Soit j'ai eu une hallucination – ce serait bien le genre de Potter de me mettre une potion de confusion dans mon verre – soit cet arbre, ou cette forêt, a des propriétés bien étranges, soit Potter m'a lancé un sortilège pendant que je sortais de la Grande Salle.
J'entreprends de descendre de l'arbre, très lentement, de branche en branche, pour ne pas me casser la figure. Je me demande comment j'ai pu monter là-haut sans m'en rendre compte.
Enfin, je pose mes pieds sur le plancher des vaches. J'expire bruyamment… puis je regarde autour de moi. Les arbres se ressemblent tous. Comment vais-je trouver la sortie ?
Cette forêt est flippante, en plus. Il paraît qu'un loup-garou y rôde tous les mois… Si ça se trouve, je vais me faire bouffer… Soudain, j'entends les feuilles mortes bruisser derrière moi. Un lourd regard pèse sur mes épaules.
C'est le loup-garou, j'en suis sûre ! Il va me bouffer, je vais mourir !
Prenant mon courage à deux mains, je me retourne lentement.
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