Je sursaute violemment et lâche mon livre qui tombe par terre. Je lève la tête : c'est ce crétin de Potter qui vient de me parler.
– Je faisais de la pâte à pain, ça ne se voit pas ?
Il s'avance vers mon fauteuil et regarde ce que je viens de laisser tomber.
– Ça alors, tu sais lire ? Mythes et légendes scandinaves. Tu es sûre de tout comprendre tout ce que tu lis ? Ça doit être difficile pour toi…
– Ne confonds pas tes problèmes avec les miens, Potter, je rétorque, irritée d'avoir été interrompue dans ma lecture.
– Pourquoi tu sors avec mon frère ? demande-t-il de but en blanc.
– Oh, il me fait du chantage, je réponds laconiquement.
– Pourquoi tu sors avec lui ?
Vous voyez ? Quand je suis sérieuse, personne ne me croit.
– Il faut une raison pour sortir avec quelqu'un ?
– Oui. Un minimum d'attirance. Et tu n'en éprouves aucune.
– Merci, Monsieur le psy. Je suis assez grande pour savoir quand j'éprouve de l'attirance.
Par exemple, je n'en éprouve pas du tout pour Albus.
– Avoue. Tu n'aimes pas Albus.
– Entre amour et attirance, il y a de la marge. Ecoute, c'est pas que t'es super-ennuyeux, mais en fait, si. Je peux reprendre mon livre ?
– Comme tu veux.
Il s'assoit sur un fauteuil en face du mien et me fixe intensément. J'essaye de reprendre ma lecture, mais je ne comprends rien à ce que je lis. Pourquoi me regarde-t-il comme ça ?
Excédée, je lève la tête et dit finalement :
– Pourquoi t'es là ?
– J'arrive pas à dormir.
– Cool.
Le silence reprend, et son regard sur moi aussi.
– Bon, qu'est ce que tu me veux ?
– La vérité.
– A propos de quoi ?
– A propos de ce dont je te parle depuis tout à l'heure : pourquoi tu sors avec mon frère ? Tu n'éprouves rien pour lui.
– Je t'ai dit la vérité tout à l'heure. Ce que j'éprouve pour lui me regarde. De toute façon, qui te dit que je sors avec lui ? j'ajoute, espérant le troubler pour qu'il me fiche la paix.
– Ne fais pas l'innocente. Tu l'as embrassé !
Non, il m'a embrassée. Nuance.
– Ça ? Oh, c'était un accident. Quoi que…
Je fais un grand sourire hypocrite et ajoute :
– Mais pourquoi tu t'intéresses autant à ce qui peut nous lier, ton frère et moi ?
– Parce que c'est mon frère.
– C'est ça, dis-je en faisant mine de retourner à ma lecture.
– C'est la meilleure. Tu crois que je suis attiré par toi, c'est ça ? Ou pire, que j'ai des sentiments pour toi ? Mais tu prends tes rêves pour la réalité, ma pauvre Enderson.
– Cool ta vie. Ecoute, je suis fatiguée, maintenant. Bonne nuit, « choupinou ».
Je ferme mon livre dans un claquement sec et me lève en bâillant pour rejoindre mon lit, sans plus tenir compte de la présence du binoclard prétentieux qui m'a gênée dans ma lecture.
Avoir appelé Potter « choupinou » me fais penser à Barbara Hobbers, qu'il a jetée d'une superbe manière tout à l'heure. Et donc à l'enjeu du pari. Il faudra, un de ces quatre, que j'essaie le passage secret que Potter m'a révélé. En parallèle, je repense aux légendes liées à l'anneau de Nibelung. Existe-t-il ? N'est-ce vraiment qu'une légende ? Les Valkyries sont probablement toutes mortes ; a-t-il été découvert depuis ? Ca aurait pu être un instrument utile pour Voldemort ou Grindelwald… A-t-il été détruit ? Ou sert-il actuellement à quelqu'un ?
…
Pfff. Je me prends la tête avec des choses probablement fausses. Je ferais mieux de me préoccuper avec mes problèmes actuels, c'est pas comme si j'en manquais.
OoOoO
Le lendemain, en arrivant au cours de Médicomagie, je réalise, ennuyée, que je vais devoir rester avec Albus. Avant, je restais seule pendant ce cours, et ça m'allait très bien ; je crois que les autres avaient un peu peur de moi, et les élèves de mon année ne m'aimaient pas, tout simplement. En tout cas, la solitude me convenait à merveille.
Mais mon plan, aujourd'hui, est de me rapprocher ouvertement d'Albus. Ca va m'aider dans le plan que j'ai concocté toute la journée pour faire sortir Albus avec Lucy.
Je suis un peu en retard – j'ai accompagné Roxanne pour se faire crier dessus par Nazaire Londubat à cause de son comportement de la veille avec Angèle Champrun – donc je cours dans les couloirs jusqu'à arriver devant la salle de Médicomagie. J'époussette mon uniforme, remonte ma jupe afin de dévoiler mes jambes, tire mon T-shirt pour me faire un décolleté plongeant, passe une main dans mes cheveux – mes doigts sont aussitôt coincés dans des nœuds et j'ai un mal fou à les en sortir. Tant pis pour ma coiffure. Je respire un grand coup et pousse la porte.
Les élèves sont encore en train de s'installer ; la vieille mégère, Pomfresh pour les intimes, n'est pas encore arrivée. Albus, seul, est en train de s'installer à une table au troisième rang. Juste devant lui, Rose Weasley et Lucy Ackerley parlent bruyamment. Ce n'est que quand je me trouve à côté de lui que je comprends la raison de sa mine sombre : Lucy clame haut et fort à son amie comme Benjamin Finch-Fletchley, son cavalier au bal, embrasse bien, en faisant remarquer à quel point il est romantique, et comme il est merveilleux.
– Qu'est-ce qu'elle peut lui trouver ? fulmine Albus quand il remarque finalement ma présence. Il est hideux.
– Je ne sais pas, chéri, répondis-je en posant ma cape et mon écharpe rouge sur le dossier de ma chaise.
Je n'ai pas hurlé « chéri », et pourtant Lucy s'arrête net de parler, alors que son récit était à son point culminant : Benjamin lui demandait de sortir avec lui.
Tout espoir n'est pas perdu, on dirait.
Albus a tout de suite remarqué le fait que Lucy a arrêté de parler. Du coin de l'œil, je peux la voir nous dévisager, l'air de rien.
Je prends la main d'Albus, et il essaie de jouer le jeu en m'adressant un sourire niais au possible. On voit bien qu'il se force. Je fais de mon mieux pour sourire à mon tour d'un air idiot.
Si quelqu'un me prend en photo, là, maintenant, je l'explose.
Je tourne la tête et vois Lucy, rouge tomate, sortir ses affaires avec rage et les jeter violemment sur la table.
– Tu crois qu'elle nous a…entendus ? me chuchote Albus, plein d'espoir.
– P't'être bien.
Je m'approche alors de son oreille, et, dans une pose langoureuse, je lui murmure précipitamment :
– Là, je ressemble plus ou moins à tout ce que Lucy déteste, non ?
– Totalement, répond-t-il à voix basse, tout en faisant semblant d'ignorer le « Hum-hum ! » bruyant de sa cousine Rose, qui n'a pas l'air très à l'aise avec mon comportement.
– Bon, c'est parfait.
Pomfresh entre alors en salle, et tout le monde s'immobilise. Elle me lance un bref regard assassin – comme d'habitude – puis se dirige vers son bureau.
– Asseyez-vous. Aujourd'hui, vous allez former des groupes de deux …
Merveilleux ! Et pour une fois je ne suis pas ironique. Je veux dire, je préfère la pratique à la théorie, et c'est plus ou moins tout ce qu'on a fait pendant deux mois, la théorie. Il était temps qu'on change un peu de programme.
– … Je lancerai un sort à votre partenaire, poursuit l'infirmière, un sort qui imitera les effets d'une maladie. Vous devrez diagnostiquer cette maladie et le soigner.
Elle passe entre les rangs et lance des sorts à un élève sur deux. L'un devient vert, un autre voit ses bras se recouvrir de furoncles. C'est assez comique.
Après avoir fait s'effondrer Rose Weasley d'un simple coup de baguette, elle se tourne vers nous et me lance un sort.
Je me sens brusquement nauséeuse. Mes bras me démangent, j'ai des fourmis dans les jambes, ma langue est pâteuse. Une immense fatigue me submerge.
Après quoi, Pomfresh retourne s'asseoir à son bureau et regarde les élèves malades se faire soigner.
– Bon, qu'est-ce que tu as ? Tu te sens fiévreuse ? me demande Albus, qui a l'air de prendre cet exercice très à cœur.
J'essaie de lui répondre que non, mais n'y parviens pas. Mes cordes vocales sont hors service. Je dois avoir une Vocinite, au vu des symptômes. Mais comme je suis muette, je ne peux pas le lui dire.
– Tu ne peux pas parler, hein ? C'est peut-être la dragoncelle…
Il va chercher une potion sur une étagère, puis revient et me la fait boire. Malheureusement, mon état s'aggrave ; le feu me monte aux joues, mes jambes se couvrent de boutons.
Je dois avoir une sale tête. Je veux dire, plus que d'habitude.
– Oh, là, là… marmonne Albus, désemparé.
Pendant qu'Albus se creuse les méninges, je vois du coin de l'œil Pomfresh accompagner un élève vomissant des grenouilles jusqu'à l'infirmerie. Apparemment, sa maladie à lui a bien dégénéré.
– Tu dois avoir un rhume beautriquiteux !
Mais non, imbécile. Dommage que je ne puisse pas parler. Il repart donc chercher une fiole. Malheureusement, il n'y en a plus ; il sort donc de la salle pour aller à l'infirmerie.
– Un problème, Enderson ? claironne alors une voix à ma droite.
Je tourne mollement la tête : c'est Lucy Ackerley. Je n'aime pas la lueur dans son regard. Ca ne lui ressemble pas… J'ai un mauvais pressentiment.
– Dis donc, on dirait que tu as une Vocinite aggravée par une potion contre la dragoncelle...
Je crains ce qui va suivre. Malheureusement, vu mon état, je ne peux rien faire… Je ne peux pas me lever et lui lancer un sort de mon cru. Je ne peux même pas sortir ma baguette. Je ne peux même pas essayer de fuir. Pourquoi fuir ? Je ne sais pas… Mon pouls s'accélère.
– Mais il pourrait y avoir pire. Imagine, par exemple… Imagine si tu tombais par terre ?
Elle me pousse légèrement, et je m'effondre au sol, sur le dos, incapable d'esquisser le moindre mouvement. Paniquée, je la vois s'accroupir à côté de moi, lentement. Elle sourit.
Ok, je connais à peine cette fille. Mais là, je doute qu'elle soit dans son état normal. Ou bien alors Albus est aussi fou que cette fille qui était son amie. Qu'est-ce qui lui prend ?
– Et imagine, encore pire… Imagine si ton écharpe tombait sur ton visage ? Pour parler avec des termes médicaux, tes cavités buccales et nasales seraient obstruées… Tu t'étoufferais… Tu imagines un peu ? J'espère sincèrement que rien de tel ne t'arrivera… Ce serait affreux.
Elle se relève lentement et se retourne pour revenir à sa place. Elle frôle ma chaise. Mon écharpe rouge glisse du dossier, et tombe.
Sur mon visage…
Mon cœur bat à toute allure. Je suis terrorisée. Si Albus ne revient pas bientôt, je vais vraiment mourir étouffée. Personne autour de moi ne se rend compte de ce qu'il se passe ; chacun s'occupe de son petit malade. L'air commence à manquer. Je vais mourir. Les images de ma vie ne se mettent pas à défiler devant mes yeux ; dommage, ça m'aurait sans doute distraite.
Cette fille est folle. Un meurtre pour une bête histoire d'amour ? Ce n'est décidément pas normal. Mais ce n'est pas le moment d'en juger : mon souffle devient vite saccadé, haché, mes poumons me brûlent, je n'arrive plus à sentir mes membres. Personne ne voit rien, des pieds passent près de ma tête sans s'arrêter ni même ralentir, comme si je n'existais pas. Je n'ai plus d'air maintenant ; mes yeux s'embuent de larmes. Mourir aussi bêtement… A cause d'une vengeance minable, par une gamine amoureuse et complètement cinglée, alors que je n'ai rien à voir dans sa petite histoire !
Une tête auréolée de cheveux noirs s'immisce alors dans mon champ de vision. J'entends ses cris comme s'ils venaient de loin, ses yeux verts brillent d'une lueur affolée.
C'est la dernière chose dont je me souvienne…
OoOoO
– Il est fou de l'avoir laissée toute seule dans un état pareil ! s'écrie une femme.
Sa voix est aiguë et désagréable. Faites-la taire !
– Ne vous en faites pas, Poppy, répond une voix grave et masculine, agacée. Elle devrait se réveiller, maintenant.
– Elle aurait pu s'étouffer, elle aurait pu mourir !
Je suis vivante, alors ferme-la.
J'émerge lentement. Finalement, Albus m'aura trouvée à temps… On m'a allongée sur un matelas. Je suis sans doute à l'infirmerie ; les voix résonnent et rebondissent contre les parois en pierre de la pièce. La voix aiguë appartient à Mrs. Pomfresh. L'autre voix, je n'en sais rien.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé, au juste ? reprend l'inconnu.
– Son écharpe lui est tombée sur le visage. Elle ne pouvait pas bouger, elle avait une Vocinite et on lui avait donné une potion contre la dragoncelle... Et M. Potter était parti chercher une autre potion.
– Alors elle était paralysée, conclut l'autre voix. Et personne n'était là pour l'aider.
– Exact. Si Mr. Potter n'était pas arrivé à temps, elle se serait vraiment étouffée ! Je n'en reviens pas que personne ne s'en soit rendu compte… Cet exercice était décidément une mauvaise idée…
Au fur et à mesure de ses explications, la voix de Pomfresh devient plus lointaine. Finalement, une porte claque et les voix se taisent. Alléluia ! J'ouvre les yeux, et me redresse sur mon lit.
– Enfin partie, murmure quelqu'un près de moi.
Je tourne la tête : sur le lit à côté du mien, est allongée une fille aux cheveux courts, noirs et bouclés. C'est Jones, une Serpentard en même année que moi.
– Qu'est-ce que tu as eu, toi ? je demande, histoire de faire un minimum de conversation.
– J'ai fait un pari… dit-elle avec un petit sourire.
Emma Jones a établi un petit commerce à Poudlard. Les élèves viennent parier avec elle ; mettons, par exemple, « Je parie que tu n'es pas capable de mettre de la glue sur tous les cours de Untel ». Jones tient le pari et se débrouille pour le gagner en douze heures. En réalité, on la paye pour faire du sale boulot. Faire casser des couples, raser la tête d'un prof qu'on n'aime pas, se venger… Elle n'a pas d'amis, alors elle reste toujours avec sa sœur jumelle, Claudia, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Elles n'ont pas que leur physique en commun : elles sont aussi discrètes l'une que l'autre dans leurs entreprises. Claudia sait tout sur tout le monde, c'est hallucinant. Mais comme sa sœur, on doit la payer, et cher, pour obtenir ce qu'on souhaite. Je ne crois jamais les avoir vues discuter avec qui que ce soit – discrétion oblige, quand il s'agit de s'entretenir avec leurs clients qui désirent rester anonymes. Le problème, c'est que parfois, les élèves victimes des paris se vengent.
– C'était quoi, l'enjeu du pari ? je demande, curieuse.
– Rendre Lenny Perry belle comme un Scroutt à Pétard.
– Et tu as réussi ?
– A merveille. Peterson et elle ont cassé. Ca ne lui a pas plu, à la jolie Perry… Elle m'a lancé un sortilège d'aveuglement temporaire. J'ai dit à Slug que c'était à cause d'une potion ratée pour avoir des cheveux lisses que j'étais subitement devenue aveugle, il m'a crue.
– Pardon… « Slug » ?
– Oui, Slug, Slughorn. Notre directeur de maison, le prof de potions... Ca te dit quelque chose ? ironise-t-elle.
– Oui, ça va, je réplique, un peu agacée. Je dormais.
C'était donc ça, la deuxième voix. Le professeur Slughorn. J'ai arrêté les Potions après ma cinquième année, ça fait donc quatre mois que je ne l'ai pas eu en cours. Y a pas à dire, je me porte mieux sans les potions dans ma vie !
Une petite question me trotte dans la tête.
– Qui avait parié avec toi ?
– Désolée, secret défense, dit-elle avec un petit rire. Je ne révèle jamais le nom des parieurs.
– On parie que je devine ?
Elle semble réfléchir. Au bout d'un moment, elle dit finalement :
– Pari tenu. Mais tu n'as droit qu'à un essai. On parie combien ?
– On parie un service. Si je devine, tu devras me rendre un service. Sinon, je te dois un service. Ou dix gallions, si tu préfères.
J'espère que j'ai raison, parce que je ne suis pas particulièrement riche, moi.
– Dix gallions pour moi, un service pour toi, c'est ok. A qui tu penses ?
– Judith Thomson ?
Elle écarquille ses yeux noirs.
– Comment tu sais ?
– Ca l'aurait bien arrangée. Et elle n'avait pas l'air d'apprécier Perry, au dernier bal, tu ne trouves pas ?
– Oui. Bon, tu veux quoi, comme service ? dit-elle, renfrognée.
– Laisse-moi réfléchir.
Je m'assois sur le rebord de mon lit, puis me mets debout sur mes deux jambes : ça va, je tiens debout. Qu'est-ce que je pourrais lui demander ? Je pense aussitôt à Judith : pourquoi voulait-elle se venger de Lenny Perry ? De quoi, surtout ? Mais c'est idiot : je lui ai déjà demandé l'autre soir et elle m'a rembarrée un peu vertement, certes mais à force de la harceler, elle finira par craquer.
Bien sûr que c'est mon amie ! Pourquoi posez-vous la question ?
Evidemment, inutile de demander à Emma Jones de maltraiter Potter ; je suis tout à fait à même de m'occuper de son cas personnellement, comme l'ont prouvé les cinq dernières années.
Je ne dois pas prendre ce service à la légère. Je peux demander n'importe quoi à Emma Jones, elle le fera. Mais je dois réfléchir maintenant, et vite ; les Jones n'aiment pas attendre les dettes, ni celles qu'elles doivent (ce qui est très rare), ni celles qu'on leur doit.
– Ok… Je veux un compte-rendu détaillé sur Hedvig Virtanen, dis-je finalement. Je suis curieuse.
– Ca, c'est plus dans les cordes de Claudia…
– Où est-elle, d'ailleurs ? D'habitude, vous ne vous quittez pas d'une semelle.
– Elle ne pouvait pas attendre que je me remette de mes blessures… Elle avait une affaire urgente à … régler.
Je n'aime pas le ton sur lequel elle a utilisé le mot « régler ». Généralement, ceux qui ne payent pas leurs dettes le regrettent beaucoup… A vrai dire, je n'ai jamais rencontré personne ayant utilisé les « services » des jumelles Jones ; d'un autre côté, ces gens-là sont discrets et généralement personne ne découvre leurs petites affaires avec elles. La preuve avec Judith que je côtoie tous les jours. La réputation des jumelles Jones tient plus de la légende que des faits. Les histoires qu'on raconte sur le sort qu'elles réservent à leurs « clients » malhonnêtes sont assez flippantes…
– Je dois juste te dire quelque chose à propos de Virtanen, reprend Emma Jones. Cette fille est très … secrète. Tout le monde nous demande des infos sur elle, mais c'est toujours des trucs du style « est-ce qu'elle m'aime » ou « quel shampoing utilise-t-elle »… Et tant mieux parce que jusque-là, on n'a jamais rien eu de concret sur elle…
– Y a des gens qui vous payent dix gallions pour savoir un nom de shampoing ? je la coupe, stupéfaite.
– Oui. Ne fais pas cette tête, j'ai tenu des paris plus stupides que ça ! En tout cas, les rumeurs dont Claudia a entendu parler sont délirantes et probablement fausses. Ca va être intéressant de mener notre enquête… Quoi qu'il en soit, ça prendra plus que douze heures.
– De combien de temps aurez-vous besoin ? Une semaine ?
– Non ! s'écrie-t-elle, choquée. Nous ne sommes pas des gourdes, non plus ! Disons… une journée. Je te retrouve demain soir, à onze heures, devant la statue d'Helga Poufsouffle. J'ai un autre compte-rendu à faire une heure avant, ça m'évitera des déplacements inutiles.
Quelle fille efficace.
La porte claque, et je tourne la tête. C'est Claudia qui arrive, s'avançant d'un pas rapide vers sa sœur jumelle.
– Em'. Ca va mieux ?
– Très bien, Clo, merci. Comment ça s'est passé avec… tu-sais-qui ?
– Oh, il a regretté de ne pas m'avoir payée à temps, dit-elle avec un sourire mauvais.
Encore ce ton inquiétant. Je n'aimerais pas avoir de dettes envers les jumelles Jones.
– Ginger Enderson, dit-elle en se tournant vers moi, avec un sourire moins cruel peint sur le visage. Tu t'es faite attaquer par Lucy Ackerley pendant ton cours de Médicomagie ? La jalousie ne lui réussit pas…
– Surprenant comme les nouvelles vont vite ! je remarque, haussant un sourcil étonné.
– Non, c'est juste moi qui vais vite pour connaître les nouvelles. Tu connais notre sigle, je suppose ?
– O.O.O, dit Emma.
– Ce qui veut dire…
– Omniprésentes…
– Omniscientes…
– Omnipotentes !
– Ouais, dis-je, déjà au courant. Tu ne saurais pas où sont Judith et Roxanne ?
– Je ne sais pas, mais je pourrais te donner un conseil, dit malicieusement Emma.
– Lequel ?
Elle garde le silence.
Oh, j'ai compris.
– On parie deux noises que tu ne peux pas me donner de conseil, je soupire en sortant l'argent de ma poche.
Elle tend la main et répond le plus naturellement du monde :
– Tu es collée.
– Avec Potter, ajoute sa sœur.
– Dans les serres, complète Emma.
Zut ! J'avais complètement oublié !
– Vous avez l'heure ?
Elles restent silencieuses en continuant de sourire. J'attrape le poignet de l'une des deux.
– Hé !
– 19h55. Merci beaucoup !
Avant qu'elles ne me lancent des sorts, je prends mes jambes à mon cou et file en direction des serres.
