J'arrive essoufflée dans la salle de cours de botanique. Le professeur Londubat et James Potter attendent tous deux.

– Cinq minutes de retard ! tonne Londubat. Quand allez-vous apprendre à lire l'heure ?
– Le jour où vous arrêterez d'enlever des points à votre maison…
– Un point en moins pour Gryffondor pour votre insolence !
– Qu'est-ce que je disais, je me marmonne à moi-même.

Les yeux de Potter me lancent des éclairs. Tandis que Nazaire s'éloigne vers le fond de la salle, mon cher camarade de classe me chuchote :

– Tu peux pas te la fermer un peu de temps en temps ?

Je ne réponds rien et suis le professeur. Il attend debout près d'un énorme bac immonde. Oh, non, pourvu que…

– Vous allez nettoyer ça.

Et zut.

– Ce sont les bassins des Scroutts à Pétard du professeur Hagrid. Et évidemment, pas de magie.
– Les bassins ? Pour qu'ils se lavent vous voulez dire ?
– Oui, répond Londubat. Seulement les Scroutts ont un petit réflexe quand ils sont en contact avec de l'eau…
– Les Scroutts vomissent beaucoup pendant leur croissance, dit Potter, pâlissant à vue d'œil. Surtout dans des milieux humides…

Oh, chouette. J'ai vraiment hâte de mettre les mains dans du vomi de Scroutt.

Londubat nous prend nos baguettes et sort de la salle. « Vous les récupérerez en passant dans la maison du professeur Hagrid », dit-il avant de fermer la porte, sans pouvoir retenir un petit sourire.

Je fixe les bassins. Impossible de nettoyer une horreur pareille. Et en plus…

– Il ne nous a rien laissé pour nettoyer, remarque Potter au moment même où j'y pense.
– Attends. Et ça ?

Je soulève deux bâtons de plastique posés sur la table du professeur et les mets devant mes yeux.

– Des… brosses à dent. C'est une blague.
– Ecoute, tout ça c'est de ta faute, s'exclame Potter. Alors c'est toi qui nettoies.
– Comment ça c'est de ma faute ? A croire que je t'ai lancé un sort pour que tu ailles dans la Forêt interdite !
– Peu importe. Je suis plus fort que toi. Alors tu m'obéis. Maintenant.
– Compte là-dessus et bois de l'eau fraîche.

Il s'approche d'un air menaçant. Plus vive que l'éclair, je lui donne un coup de pied dans les parties. Il tombe par terre, roulé en boule.

– Alors, c'est qui le chef ? Maintenant, tu te lèves et tu me donnes un coup de main. Non mais.

Les larmes aux yeux, il se relève difficilement et s'empare de sa brosse à dents.

– Tu plaisantes ? Avec la brosse à dents ? je m'exclame.
– Y a rien d'autres pour nettoyer, grogne-t-il.
– T'as fouillé la salle avant de pouvoir affirmer ça ?

Je commence à regarder dans les tiroirs du bureau du prof. Des truelles, des sceaux, des arrosoirs… Rien d'autre.

– Je te propose une trêve, dit finalement Potter.
– En quel honneur ?
– J'ai moyennement envie de me retrouver la tête enfoncée dans un bassin…
– …ce qui risque d'arriver si on continue à se taper dessus. Ok pour la trêve.

Nous continuons de fouiller la serre à la recherche d'une idée pour que la corvée soit moins pénible. Soudain, Potter arrête de s'agiter.

– J'ai une idée, dit-il lentement en fixant la chaise du prof.
– Potter, les chaises sont totalement inefficaces pour nettoyer, je sais que c'est difficile pour toi de ne pas confondre balai et chaise, mais quand même…
– Imbécile. Je parlais de son pull.

Je reconsidère la chaise. Un pardessus en laine est posé dessus.

– On dirait un peu un chiffon, non ? je murmure.
– On pourra toujours dire qu'on ne savait pas que c'était un vêtement…

Une demi-heure plus tard, Potter et moi marchons côte à côte en discutant de tout et de rien. Il tient à bout de bras le manteau du professeur Londubat. On s'est à peine salis pendant le nettoyage. Avant de récupérer nos baguettes, nous devons passer par le lac, où nous jetterons la victime du nettoyage, j'ai nommé le vêtement de Nazaire. Peut être que le Calmar mangera le manteau. Personne ne le retrouvera.

Le crime parfait.

– Quand même, je fais remarquer. Londubat est un vrai sadique.
– Pourtant, à la maison, il est beaucoup plus sympa…
– « A la maison » ? Qu'est-ce qu'il fabrique chez toi ? … Oh, beurk, je veux pas savoir.
– T'es bête, soupire-t-il. Il est ami avec mon père.
– « Le Survivant », dis-je.

Au fil des années, je me suis rendu compte combien son père était célèbre. C'est dingue de se dire que je parle avec son rejeton.

C'est encore plus dingue de se dire que je parle avec Potter sans me disputer.

– Ca fait quoi d'être le fils de Harry Potter ?
– Rien.

Clair, net et concis.

– Comment ça ? j'insiste.
– Bah, pendant des années il ne nous en a pas parlé. Il est super modeste, on n'en a jamais vraiment discuté…

Super modeste ? Dans les interviews de l'époque, et surtout celles d'une certaine Rita Skeeter, on dirait plutôt un super crétin, mais bon…

– Et le rapport avec Londubat ?

– Un ami de sa promo. Il a combattu avec lui pendant la Bataille de Poudlard.

Nous arrivons au bord du lac. Potter lance le manteau dans l'eau. Il flotte quelques secondes avant d'être emporté par un énorme tentacule.

Potter trempe ses mains dans le lac pour enlever les dernières traces de vomi. Là, par exemple, je pourrais lui donner un coup de pied dans les fesses et il tomberait la tête la première. Ce serait hilarant. Mais on a fait une trêve. Quel gâchis.

– Il était seul au moment où il a tué Voldemort ?
– Il a été soutenu par ses deux meilleurs amis, répond-il en se relevant. Il n'arrête pas de le préciser, mais les journaux en parlent rarement. Ron et Hermione Weasley.
– Ah, oui, dis-je, me rappelant vaguement une conversation avec Roxanne sur son immense famille. Et les parents de Roxanne, c'est qui pour toi ?
– George, son père, est le frère de ma mère.

Rien compris, mais je hoche la tête quand même.

Mon ventre gargouille en même temps que celui de Potter. Nous éclatons de rire.

– Je meurs de faim, dis-je, assez inutilement.
– Sans blague ? Juste un truc : si Hagrid te propose des gâteaux, dis non.
– Tu plaisantes ?
– Ils sont immangeables. Vraiment, ne te laisse pas tenter. Je sais de quoi je parle.

Nous nous arrêtons devant la porte de la cabane de Hagrid. Potter frappe trois fois. Des aboiements monstrueux résonnent à l'intérieur.

C'est le loup-garou de la forêt, j'en suis sûre ! Sentant la panique monter en moi, je murmure très vite :

– Cassons-nous, tant pis pour nos baguettes !

Il ne répond pas. Je pose un pied en arrière, mais il m'attrape le bras pour m'empêcher de fuir.

Je le savais. Cette trêve était un piège. Je vais me faire bouffer. Potter veut me tuer. Ma vie va s'arrêter dans quelques instants. Adieu, monde cruel.

La porte s'ouvre en grand et Hagrid apparaît dans l'encadrement de la porte.

– Bonsoir, James ! dit-il de sa voix tonitruante, un grand sourire sur les lèvres. Bonsoir, miss Enderson. Crockdur, couché ! Vous venez pour les baguettes ? Venez donc prendre des petits gâteaux…

Je jette un coup d'œil inquiet vers le coin de la maison où se terre un gros et vieux chien noir, qui n'a probablement plus aucune dent. Il a l'air totalement inoffensif.

Je tourne la tête vers Potter. Il m'observe d'un air amusé.

C'est ça, fous-toi de moi. N'empêche, on aurait pu se faire bouffer. S'il avait eu des dents.

– Non merci, répond James à Hagrid. On est déjà en retard pour aller manger… On doit rentrer à vingt-et-une heures au château.
– Oui, c'est vrai, fait tristement Hagrid. Bon, voilà vos baguettes. Comment va ton père, James ?
– Aux dernières nouvelles, il va très bien. D'ailleurs, il vous remercie pour les gâteaux que vous lui avez envoyés la dernière fois.
– Ah, oui ! J'ai changé la recette. Il a aimé ?
– Beaucoup. C'était délicieux, répond poliment Potter.
– Tant mieux. Je lui en renverrai.

Potter fait une drôle de grimace, puis se rattrape et fait un énorme sourire.

– Avec plaisir. A bientôt, Hagrid !
– A bientôt, James. Au revoir, Miss Enderson.

Une fois la porte fermée, nous marchons en silence vers le château. Au bout de deux minutes,
je lâche :

– Ton père connaît tout le monde ici ?
– Pas mal de monde, oui. Il a fait ses études ici, après tout… En tout cas, il est resté très ami avec Hagrid.
– Vous avez vraiment mangé ses gâteaux ?
– Non. Impossible de les croquer !

Nous éclatons de rire. Bientôt, le silence revient entre nous. Mais ce n'est pas un silence pesant. C'est un silence agréable et naturel. On n'a pas besoin de parler. Une fois dans le château, nous nous dirigeons vers nos dortoirs. Mes chaussures mouillées par l'humidité du lac couinent quand elles foulent le sol. Sans nous concerter, nous nous arrêtons au milieu d'un couloir, en même temps. Il se tourne vers moi.

– On approche de la tour Gryffondor. Fin de la trêve.
– Comme tu veux. On refait comme avant ?
– T'es lente à comprendre, toi. Mais c'est sûr qu'avec deux neurones…
– La ferme, pétasse, je lui lance.
– Mocheté.
– Comment je prends ça de la part d'un type dont la figure a l'air d'être passée sous un rouleau compresseur ?

Il passe devant moi et disparaît au détour d'un couloir sans se retourner.

Je regretterais presque. Il était sympa, pendant cette heure de colle. Est-ce qu'on est vraiment obligé de se refaire la tronche ?

Voyons. C'est quoi le mieux : A) l'insulter sans arrêt ou B) rire de bon cœur avec lui comme dans une série pour préados pourrie ?

Réponse A, sans hésitation !

Je me mets finalement en marche vers mon dortoir, enterrant définitivement dans mes souvenirs celui de mes rires avec James Potter. Je ne parlerai pas de ça à Roxanne et Judith : Rox, incurable romantique, me dira que c'est LBG, Le Bon Garçon. Que j'arrive à parler à quelqu'un d'autres qu'elles deux sans finir par lui hurler dessus relève du miracle et Roxanne sautera sur l'occasion pour me dire que « c'est un signe ». De quoi, je ne sais pas.

J'entends alors mon ventre gargouiller à nouveau.

Je sens que je vais jeûner, cette nuit.

OoOoO

– … et donc naturellement, le nombre de loups-garous a commencé à décroître. Vous m'expliquerez ça plus en détail sur 60 centimètres de parchemin pour la prochaine fois. Vous pouvez disposer.

Les chaises raclent contre le sol, les conversations reprennent. La journée est enfin terminée. Après un cours interminable de Défenses contre les Forces du Mal, nous voilà enfin libres. Je me retiens de faire une danse de la joie tout en jetant mes livres pêle-mêle dans mon sac. Mon cœur est léger jusqu'à ce que j'entende :

– Potter, Enderson, venez ici.

Oh non. Il a découvert le manteau de Londubat. On va se faire déchirer.

Sans regarder Potter, afin de ne pas nous trahir, je m'avance vers le bureau du professeur Pendleton et me plante devant, droite comme un piquet.

– Nous allons discuter de vos cours supplémentaires de Défenses contre les Forces du Mal. Je crois que les autres attendent à la porte.

Ah, donc il n'a pas vu le manteau. Mais attendez. C'est qui « les autres » ?

La porte d'entrée grince et je me retourne. Une demi-douzaine d'élèves de notre promotion entre dans la salle de cours. Alors Potter et moi ne sommes pas les seuls à avoir des heures sup' de DCFM ?

Au total, nous sommes huit : deux élèves par maison. A part Potter et moi, je reconnais Angèle Champrun, adorable blondinette (ou pas) dans les cheveux de laquelle j'ai lancé des bouts de pain il y a deux jours pendant le bal de Halloween, et Gilbert Hoover, un no-life de première, tous deux dans la maison de Helga Poufsouffle. Côté Serdaigle, les deux choisis sont des garçons, Philip Downs, batteur de l'équipe de Quidditch, et Erik Gongs, grand timide aux cheveux bruns. Quant aux Serpentards, ce ne sont autres que les jumelles Jones, les Parieuses en chef.

– Bien, tout le monde est là, dit le professeur Pendleton sans un sourire. Je voulais juste vous donner quelques informations générales sur ce que nous allons faire cette année. Asseyez-vous.

Je tire une chaise et m'assois à côté de Potter.

– Personne ne sait ce qui nous attend dans le futur. Et nous avons besoin de jeunes comme vous, qui ne sont non pas puissant, mais vifs, et qui n'ont pas besoin de réfléchir quand il s'agit de se battre. Peu de gens savent réagir au quart de tour, mais j'ai repéré ce talent chez vous. Cependant, vous demeurez une belle bande d'incapables, sans aucune force ni la moindre tactique.

Je me disais. Ca faisait quand même un peu longtemps qu'il parlait de nous en bien.

– Vous ferez du sport pendant mes cours, pour que votre corps soit à l'écoute de votre esprit au moment des combats. Vous apprendrez de nombreux sortilèges qui feront de vous de puissants sorciers.

J'observe les élèves. Potter a le visage totalement fermé, aucune émotion ne transparaît. Gilbert Hoover écoute attentivement avec ses yeux grands ouverts derrière ses lunettes aux verres épais ; Champrun, à côté de lui, le regarde d'un air dégoûté (« Qu'est-ce qu'il est mal habillé », doit-elle se dire). Philip Downs est solennel, comme si c'était le ministre de la magie en personne qui lui parlait. Erik Gongs, trop grand pour sa chaise, se tortille, mal à l'aise.

Quand je regarde les Parieuses, je constate, surprise, qu'elles font exactement la même chose que moi : elles guettent les réactions des autres. Je croise alors le regard de l'une des deux : elle m'adresse un très léger sourire, qu'elle fait aussitôt disparaître, retourne rapidement sa tête et murmure très bas et très vite quelque chose à sa sœur. Elles arrêtent de scruter tout le monde.

Evidemment. La discrétion est de mise dans leurs affaires.

Je me demande qui veut en savoir plus sur nous ?

– Avant de commencer, je voudrais que vous vous présentiez brièvement. Potter, commencez.
– Je m'appelle James Potter, dit-il avec un grand sourire et une voix assurée, et mon père est Harry Potter. J'aime le Quidditch et suis prêt à me démener pour devenir un grand sorcier.
– Prêt à vous démener pour devenir un grand sorcier ?
– Oui, dit-il chaleureusement.
– Ce n'est pas ce qu'a fait Voldemort ?

Le sourire de Potter disparaît. Pan, dans les dents !

– Enderson, à vous.
– Je suis Ginger Enderson, je n'ai pas de parents, pas de famille, et euh… voilà.
– Downs, grommèle Pendleton.
– Je m'appelle Philip Downs, je suis à Serdaigle et ai bien l'intention de protéger les sorciers après Poudlard.
– Moi, c'est Erik Gongs, enchaîne son voisin en baissant la tête pour ne regarder personne. RAS.
– Je suis Angèle Champrun. Je suis d'origine française, et j'ai une tante vélane. Mon père a été expatrié à Londres pour exercer le métier prestigieux d'ambassadeur. Depuis, je…
– Ca suffit, dit Pendleton.

Champrun s'arrête net, et regarde le prof d'un air indigné. Celui-ci lui renvoie un coup d'œil blasé.

– Le voisin, allez-y.
– Je suis Gilbert Hoover. J'ai obtenu les meilleures notes de BUSES l'année dernière, ajoute-t-il fièrement.
– Les deux dernières, au fond, dit Pendleton en se tournant vers les jumelles.
– Nous sommes Emma…
– … et Claudia Jones. Nous n'avons…
– …certainement pas l'intention…
– …de devenir Aurors !
– Comment ça, pas Auror ? s'exclame Philip Downs, aussi surpris que les autres élèves. Et qu'est-ce que vous fabriquez ici, alors ?
– On vient pour l'entraînement, répondent-elles en chœur.

Elles font un grand sourire.

Je me demande si c'est une bonne chose de donner du pouvoir à des filles qui tueraient sans scrupule juste pour gagner de l'argent.

– Nous allons pouvoir commencer. Je vais vous faire faire un test de connaissances.

Il pointe sa baguette vers une pile de feuilles sur son bureau, qui s'auto-distribue sur nos tables. On en a quatre chacun.

– Vous avez une demi-heure.

Puis, comme si de rien n'était, le prof sort de la salle en prenant la porte qui mène à ses appartements.

Une demi-heure pour tout ça ? C'est de la folie ! Je m'empare de la première feuille.

« Pourquoi prescrire de la potion Tue-Loup à un sorcier ayant subi de nombreux sortilèges de Doloris est-il strictement déconseillé ?»

Ouh la la ! C'est même pas du programme !

Je saisis ma plume et m'apprête à la tremper dans mon encre quand j'entends un bruit étrange.
Je lève la tête. Personne n'a remarqué sauf moi. Je suis bien certaine d'avoir entendu. C'était un genre de gémissement… Comme quelqu'un qui souffre. Quelqu'un sujet à un Doloris par exemple.

Quelqu'un soumis à la torture.

Je sursaute ; le gémissement a repris, plus fortement. Cette fois-ci, les autres élèves ont entendu. En désignant la porte du professeur, Downs murmure :

– Ca venait de là…
– Qu'est-ce qu'on fait ? dit Potter à voix basse, visiblement inquiet.

Le gémissement, un peu plus douloureux, retentit encore à nos oreilles.

– On ne rentre pas dans le bureau du prof, décrète Champrun, peu sûre d'elle. On n'a pas le droit d'entrer dans le bureau des professeurs pendant les cours.
– On n'est pas en cours, Angèle, fait remarquer Gilbert Hoover.

Soudainement, un long hurlement nous glace le sang.

– C'est quoi ce bordel ? s'écrie Claudia d'une voix suraigüe, paniquée.

Sans m'en rendre compte je m'empare de ma baguette et la serre fort dans ma main. Presque aussitôt, la porte de la salle du prof s'ouvre.

Peut-être que je fais partie de ces gens qui remarquent des millions de détails aux moments les moins opportuns. Par exemple, dans l'autre pièce, il y a une commode en bois noir, et un bureau qui a l'air de dater du siècle dernier. Un grand fauteuil rouge trône derrière. Le bureau est couvert de piles de parchemins, de plumes, de pots à encre, et un grand tapis doré et noir, sur le sol, représente Hercule en train de se battre avec un lion. D'ici, je peux voir les détails des muscles du héros, la sueur perler de son front, et la fureur du fauve qui saigne déjà à l'épaule.

Je peux aussi voir un corps étendu dessus. Le corps de mon professeur.

Il y a autre chose que je vois, aussi, et je pense bien que c'est la première chose qui a attiré mon regard. Cette grande femme, dans l'encadrement de la porte, avec ses cheveux longs, noirs et emmêlés, retombant sur une robe de sorcier en haillons, ses yeux bleus complètement fous, ses paupières lourdes. Je l'ai déjà vue dans un livre d'histoire. Sauf qu'elle est censée être morte depuis plus de vingt ans…

Bellatrix Lestrange.

Et pourtant, à n'en pas douter, c'est elle qui nous observe avec un sourire cruel.