Cathy dévala les escaliers devant moi, un grand sourire aux lèvres, tandis que je les descendais plus tranquillement. Quand j'arrivai dans la salle à manger, le père de Cathy était déjà attablé tandis que sa mère posait sur la table une énorme dinde ruisselante de jus. Connaissant les talents culinaires de Mme Saune, je ne doutais pas que j'allais très bien manger ce soir-là.

– Bonsoir, monsieur Saune. Comment allez-vous ? m'enquis-je poliment.

M. Saune était médicomage dans l'hôpital Saint-Maquereau des blessures magiques à Paris – tous les matins, il prenait la poudre de Cheminette pour se rendre à l'hôpital.

– Très bien, et toi ? Tu n'as eu aucune manifestation inhabituelle ?

– Papa ! s'indigna Cathy, fronçant les sourcils.

– C'est rien, tempérai-je en souriant. Non, rien d'anormal.

Aux yeux de M. Saune, avant d'être l'amie de sa fille, j'étais un cas pathologique très rare et fascinant. Parfois, cela me gênait d'être dévisagée ainsi. Cela me rappelait toujours ma rencontre avec le père de Cathy, qui avait eu lieu juste après que j'ai rencontré celle-ci.

Cathy courut jusque chez elle et poussa la porte d'entrée, essoufflée. Elle était contente que son amie Violette ne l'ait pas suivie, car elle aurait été forcée de faire devant elle une chose que ses parents lui avaient formellement interdit de faire devant les petites filles comme Violette. Elle se dirigea directement vers la cheminée, prit la poudre verte dans un pot placé au-dessus et plongea la tête dans les cendres.

Bureau de Papa ! cria-t-elle en lançant sur ses cheveux la fine poudre de Cheminette.

Elle sentit sa tête basculer dans tous les sens. C'était la première fois de sa vie qu'elle se servait de la poudre de Cheminette son père lui avait bien précisé qu'elle ne devait l'utiliser qu'en cas d'extrême urgence. Et bien que Cathy ne fût pas tout à fait sûre de la signification de cette expression, elle sentait bien qu'elle ferait mieux de rapporter à son père l'événement qui venait de se produire.

Bientôt, sa vision se stabilisa. Elle regarda autour d'elle : elle se trouvait dans une petite pièce aux murs blancs recouverts par des bibliothèques débordantes de livres et de fioles en tous genres.

Ça alors ! s'écria une voix. Mais qu'est-ce que c'est ?

Une tête apparut devant la cheminée. C'était une jeune fille blonde dans une cape blanche de médicomage, d'une vingtaine d'années, le visage marqué par une grande surprise.

Comment t'appelles-tu ? demanda-t-elle lentement, avec la voix douce et légèrement aigüe que certains adultes prennent pour parler aux enfants.

Cathy estima qu'elle avait déjà perdu assez de temps. Elle décida d'exposer sans ambages sa requête à la jeune femme :

PAPAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !

L'interne fit un bond en arrière et tomba sur les fesses, sonnée. Quelques autres internes arrivèrent dans la pièce tandis que Cathy continuait de hurler.

Ce doit être la fille de Saune ! s'exclama l'un d'eux en la regardant.

PAPAAAAAAAAAAAAAAAAA !

C'est son portrait craché.

C'est vrai qu'il nous hurle souvent dessus…

Je parlais de son visage.

Ah.

On ferait mieux d'aller le chercher, non ?

Qu'est-ce qui se passe ici ? fit une voix plus grave, que Cathy identifia aussitôt.

Papa ! Il faut que tu viennes à la maison TOUT DE SUITE ! Allez, allez, allez, viens !

Il ouvrit des yeux ronds en voyant la tête de sa fille dans l'âtre de la cheminée.

Cathy ? Mais qu'est-ce qu'il se passe ? C'est une urgence ?

C'est Amélie ! Elle courait et ses cheveux se sont transformés !

Le docteur Saune poussa un juron et se défit rapidement de sa cape pour prendre une veste moldue posée sur le dossier de sa chaise, derrière son bureau, tout en mitraillant sa fille de questions :

Elle était essoufflée ? Est-ce qu'elle avait l'air fatiguée ?

Non, non, non ! s'écria-t-elle joyeusement.

Que se passe-t-il, docteur ? demanda enfin l'un des internes.

C'est une petite fille du voisinage, expliqua rapidement le père de Cathy en amassant quelques fioles remplies de liquides arc-en-ciel dans ses poches. Elle est toujours malade, et je la soupçonnais d'être atteinte d'une maladie magique. Quand ça arrive à des moldus, ils ne comprennent pas et envoient leur progéniture dans un hôpital... ou la séquestrent. C'est dangereux pour le secret de notre communauté.

Et vous pensez qu'elle a quoi, au juste ?

Je n'en sais rien, avoua-t-il en attrapant un genre de stéthoscope. Officiellement, elle est très malade et ne peut pas bouger de chez elle. Et d'après ma fille, elle a pu courir sans être essoufflée ou fatiguée, ce qui signifie qu'elle n'est pas malade du tout. Cela cache quelque chose…

C'est mal de mettre son nez dans les affaires des autres, fit un médecin qui s'était arrêté devant la porte, un sourire amusé aux lèvres.

L'interne blonde fronça les sourcils, sceptique :

Et vous avez une bonne raison de penser qu'elle a vraiment une maladie magique ? Ses parents la cachent peut-être pour autre chose…

Oui, et c'est pour ça que jusqu'ici je n'ai rien fait. Mais aujourd'hui, sa magie s'est révélée : ses cheveux ont changé de couleur, et ce n'est pas le genre de choses qui arrive aux petites filles moldues, nous sommes d'accord là-dessus, n'est-ce pas ? Je me porte garant de révéler à ses parents l'existence des sorciers …

– … Et de satisfaire ta curiosité concernant la fillette ! compléta le médecin à la porte en éclatant de rire. Tu ne changeras jamais, Ed. Toujours à chercher la petite bête.

Maintenant, si vous permettez, j'ai des affaires à régler. Cathy, ajouta-t-il en se tournant vers la tête de sa fille dans la cheminée, tu saurais revenir toute seule à la maison ?

Non, gémit-elle.

Cela faisait cinq minutes que les grands parlaient et elle n'avait rien compris. Elle s'ennuyait et puis elle avait mal aux genoux et au cou.

J'arrive tout de suite.

Sur ce, Edouard Saune transplana. Cathy se sentit tirée en arrière quelques secondes plus tard, et, après s'être remise de son voyage par Poudre de Cheminette, elle ouvrit les yeux et remarqua qu'elle était de nouveau chez elle, son père la tirant par les pieds.

C'est bon, tu es entièrement là ? Viens, nous y allons tout de suite. On va prendre la voiture. Montre-moi le chemin.

Catherine Saune se remit bien vite sur ses pieds, toute excitée.

-X-X-

Mais qu'est-ce qui t'a pris ? s'écria une fois de plus Mme Elsa Carmin, la mère d'Amélie.

Celle-ci serra davantage ses petites mains sur son visage trempé par les larmes et sanglota de plus belle.

Tu savais que tu n'avais pas le droit de sortir, tu étais assez grande pour le comprendre, non ? Pourquoi es-tu sortie ? Pourquoi ?

Amélie leva la tête et aperçut à travers le rideau de ses cheveux verts et frisés le visage furieux de sa mère. Elle détestait se faire gronder, et ne se rendait pas compte qu'Elsa Carmin était surtout complètement paniquée.

Son mari posa une main qui se voulait rassurante sur son épaule.

Allons, ça va aller… Personne ne croira la petite Saune. Tout ira bien.

Mais je ne veux pas qu'on la prenne pour une anormale ! cria Elsa. On la mettra dans un laboratoire et on va la tuer…

Mais non, mais non, qu'est-ce que tu vas nous inventer là ?

Trois coups furent frappés à la porte. Amélie, morte de peur, se réfugia derrière un large canapé gris, essayant de taire ses sanglots. Elsa et Robert se turent, tandis que Violette, assez effrayée par le remue-ménage, rejoignait sa demi-sœur. Elsa essuya une larme, lissa machinalement ses courts cheveux blonds, et se dirigea d'un pas assuré vers la porte. Sa prestance disparut aussitôt qu'elle l'ouvrit. Juste derrière se trouvait le père de Catherine Saune.

Qu… Qu'est-ce qu'il y a ? dit Elsa, effarée, ne songeant plus à la politesse.

Bonjour, répondit simplement M. Saune. Je suis venu voir votre Amélie. Catherine m'a dit que…

Enfin vous n'allez pas croire tout ce que votre fille va vous raconter n'est-ce pas ? s'écria d'une traite une Elsa paniquée.

M. Saune eut un sourire rassurant.

Ne vous en faites pas, ce genre d'événements est très normal. C'est à cet âge-là que se manifeste la magie.

Robert et Elsa le regardèrent avec des yeux ronds.

Vous… vous connaissez le monde des sorciers ? fit Elsa d'une toute petite voix.

A ce moment-là, nul ne sut dire lequel des trois adultes était le plus surpris. Robert semblait suffoquer.

Elsa, tu… tu… ?

Vous connaissez tous les deux l'existence des sorciers ? s'étonna Edouard Saune.

Un silence de mort régna pendant quelques longues secondes dans le salon des Carmin. Finalement, Cathy s'exclama d'une voix réjouie :

Alors, elle est où Amélie ?

Amélie se tassa contre le dossier du canapé.

Comment savez-vous cela ? s'enquit le Dr. Saune, reprenant ses esprits.

Ma première femme était une sorcière, expliqua brièvement Robert. Elle m'en a parlé après notre mariage.

Et moi, c'est… Gary, qui me l'a révélé, murmura Elsa, alors que ses yeux se voilaient d'un sentiment mêlant regret et honte.

Robert s'approcha aussitôt de sa femme et entoura ses épaules de son bras.

Puis-je voir Amélie ? Je suis médicomage.

Elsa hocha la tête, et Amélie, en voyant l'accord de sa mère, sortit timidement de derrière le canapé. Cathy pencha la tête sur le côté quand elle la vit, intriguée par la couleur étrange de ses cheveux.

C'est la première fois qu'une telle chose se produit ? fit le médecin, souriant en voyant les cheveux verts et frisés d'Amélie.

Non. Depuis qu'elle est née, ses cheveux changent de couleur à chaque fois qu'elle dort. C'est la première fois que ses cheveux changent en plein jour, cela dit. Les gens se seraient posé des questions, de toute façon, s'ils voyaient une petite fille de sept ans changer de coupe de cheveux une fois par jour… Qu'est-ce qu'il y a, docteur ? demanda Elsa, soudain inquiète, en voyant le visage stupéfait du médicomage.

Ça alors. Des signes de magie dès la naissance. Ça, ce n'est pas banal…

Il sortit son stéthoscope de sa poche et s'approcha d'Amélie. Elle se laissa faire tandis qu'il écoutait battre son petit cœur à un rythme normal. Il rangea l'appareil et sortit sa baguette.

Qu'allez-vous faire ? s'écria Elsa Carmin, alarmée.

Ne vous en faites pas. J'aimerais juste vérifier deux ou trois petites choses.

Il se mit à tourner autour de la fillette, complètement déboussolée, en récitant des paroles incompréhensibles. Rien ne se passa. Edouard Saune se renfrogna.

Il arrive que les signes de magie se manifestent un peu plus tôt, mais à la naissance… Non, ça, jamais. N'y a-t-il que ses cheveux qui changent ? Pas le reste de son corps ?

Non, répondit la mère, dépassée par les événements.

C'est tout de même étrange… A moins que… Ah ! Serait-il possible… ?

Un grand sourire éclaira son visage. Il agita sa baguette et deux balles apparurent devant lui : l'une était rouge, l'autre gris foncé. Il les déposa par terre. Ebahis, les habitants de la maison regardèrent la scène.

Amélie, ramasse la balle rouge.

Amélie observa le père de Cathy avec étonnement, puis fixa les balles. Elle hésita longuement avant d'en ramasser une et de la tendre au médicomage.

Avant qu'Elsa, surprise, n'aie pu en placer une, M. Saune jubila :

Une demi-métamorphomage ! Je savais que ce n'était pas une légende ! Jamais je n'aurais cru en voir de ma vie ! Un métamorphomage est un sorcier capable de se métamorphoser à volonté, expliqua-t-il sans même attendre qu'on le lui demande. Quand il se reproduit avec des Moldus, ses enfants sont soit métamorphomages, soit simplement sorciers, soit, fait très rare, Cracmols.

Cracmol ? demanda Robert, qui n'avait apparemment jamais entendu ce mot.

Mais le gène qui contrôle la sorcellerie et la métamorphomagie, continua M. Saune, m'a laissé penser qu'il pouvait muter et faire de l'individu un demi-métamorphomage… Un métamorphomage qui ne pourrait transformer qu'une partie de son corps. C'est bel et bien le cas ici ! s'écria-t-il en désignant Amélie qui ne comprenait strictement rien et qui n'aimait décidément pas ce gros doigt pointé sur elle.

Mais Amélie ne peut pas transformer ses cheveux à volonté, elle ne le fait pas exprès, objecta Elsa. Ce doit être autre chose, non ?

Non, non, je suis catégorique. Beaucoup de métamorphomages sont incapables de voir la couleur rouge et c'est vraisemblablement le cas ici. Je pense savoir pourquoi elle ne peut pas transformer ses cheveux à volonté, mais j'aimerais voir ça de plus près. Vous permettez ?

Sans attendre la permission qu'on lui aurait de toute façon accordée, le docteur Saune se dirigea vers la fillette aux cheveux verts et frisés et sortit sa baguette.

J'aimerais juste faire quelques tests basiques, expliqua M. Saune, anticipant à nouveau les questions. Histoire de voir si c'est bien ce à quoi je pense…

Il fit apparaître un petit marteau et vérifia les réflexes d'Amélie, tous excellents. Il passa ensuite sa baguette, dont le bout émettait une lumière rose pâle, dans les cheveux verts de celle-ci. Rien ne se passa.

Bien… dit finalement le père de Cathy en rangeant sa baguette dans sa poche. Bien. Ses cheveux auraient dû devenir invisibles, c'est un réflexe de métamorphomage. Mais rien ne s'est passé. Elle a donc bel et bien le Syndrome du Caméléon.

Ah, répondit Elsa, guère avancée.

Normalement, les métamorphomages peuvent se transformer selon leurs désirs, mais il arrive que cela se fasse de façon involontaire, sur le coup d'une grosse émotion ou tout simplement quand ils sont inconscients, par exemple pendant la phase de sommeil paradoxal – le moment de la nuit où on rêve, explicita-t-il en voyant les airs intrigués des deux adultes. Quand un métamorphomage est déprimé, il peut avoir le Syndrome du Caméléon : à ce moment-là, il ne peut plus se transformer volontairement, seules des métamorphoses incontrôlables ont lieu. C'est le cas de votre fille.

Mais enfin, elle a sept ans ! s'exclama Elsa. Comment voulez-vous qu'elle soit déprimée ?

On a eu des cas où les métamorphomages n'étaient pas déprimés mais ne pouvaient plus se transformer. Il y a deux ans, une femme métamorphomage était venue nous voir elle ne pouvait plus utiliser son pouvoir. Pourtant, elle n'était pas déprimée ! Elle avait tout ce qu'elle voulait dans la vie : un bon mari, un travail intéressant, une grande maison… Et deux mois plus tard, elle est tombée enceinte et elle a à nouveau pu user de ses pouvoirs de métamorphomage. Elle avait le Syndrome du Caméléon mais elle n'était pas déprimée !

Donc il faut que ma fille tombe enceinte pour pouvoir contrôler ses métamorphoses ? fit Elsa en fronçant les sourcils.

Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire ! Non, c'est simplement que cette femme était heureuse, mais il lui manquait juste quelque chose à son bonheur : un enfant. Une fois qu'elle l'a eu, tout est rentré dans l'ordre. Peut-être qu'Amélie n'est pas tout à fait heureuse.

L'intéressée fit la moue. Elle avait bien des raisons de ne pas être heureuse. Elle n'avait pas d'amies, elle ne pouvait pas aller à l'école, elle ne sortait jamais de chez elle, elle ne profitait à aucun moment de la journée ou du soleil.

Elsa, inquiète, se tourna vers sa fille et la dévisagea comme si c'était la première fois qu'elle la voyait vraiment.

Ca s'arrangera avec le temps, dit le Dr. Saune, paternaliste. Quand elle pourra sortir, qu'elle se fera des amis à Beauxbâtons…

Beauxbâtons ? s'enquit Robert. Qu'est-ce que c'est ?

L'école de sorcellerie en France. Pour moi, il n'y a aucun doute : votre fille est une sorcière.

Depuis ce jour, j'étais devenue très amie avec Cathy, et avec ma demi-sœur Violette, nous formâmes un trio indissociable. Toutes deux montrèrent peu de temps après les premiers signes de magie, et ces phénomènes achevèrent de tisser un lien entre nous, bien plus solide qu'une quelconque amitié.

Depuis ce jour, aussi, j'avais passé plus de temps hors de la maison, mais à mon grand dam c'était aussi dans un intérieur : l'hôpital de Saint-Maquereau, où l'on m'avait fait passer une série de tests pour essayer de déterminer toutes les caractéristiques d'un demi-métamorphomage.

Mais j'étais toujours atteinte du syndrome du Caméléon, et mes cheveux changeaient toujours de couleur une fois par jour, ou plutôt une fois par nuit, pendant mon sommeil. La plupart du temps, ils étaient courts et blancs, comme aujourd'hui. Il avait été démontré qu'il existait un lien entre l'apparence d'un métamorphomage malade comme moi et ses pensées les plus profondes et en effet, cette coupe de cheveux était liée pour moi à une personne à laquelle je pensais souvent. Mais je préférais, pour l'heure, ne pas y songer, heureuse de pouvoir passer un Noël entouré de la famille de l'une de mes meilleures amies.

OoOoO

Le lendemain matin, une voix pressée me sortit du sommeil.

– Debout, debout, debout, debout, debout, debout, debout…

– T'as pas honte, Cathy ? grommelai-je en me passant une main sur les yeux. D'être encore aussi excitée par Noël à plus de seize ans ?

– Pas le moins du monde ! s'écria-t-elle, ravie que je sois réveillée. Allez, dépêche-toi, mes parents sont déjà en bas.

– Il est quelle heure ? demandai-je en me redressant sur le matelas posé à même le sol de la chambre de Cathy.

– Huit heures !

– Mais on est en vacances ! protestai-je.

– Mais c'est Noël ! répliqua-t-elle.

Comprenant que quoi que je dise, elle ne changerait pas d'avis, je m'assis sur le rebord de mon lit, bâillai à m'en décrocher la mâchoire, puis suivis du regard Cathy, toujours en pyjama, qui dévalait les escaliers. Je pris les deux paquets cadeaux dans mon sac, l'un destiné aux parents de Cathy, l'autre à celle-ci, puis, sans prendre le temps de m'habiller, je descendis les escaliers à mon tour, plus calmement.

M. Saune, blouse de médicomage sur le dos, prenait son café, assis sur une chaise de la table du salon. Il s'amusait du spectacle qu'offrait sa fille Cathy semblait littéralement bouillir en attendant que je daigne la rejoindre pour qu'elle puisse ouvrir ses cadeaux, au pied d'un sapin très décoré. Il sourit en me voyant entrer.

– Amélie ! Bien dormi ?

– Oui, merci, répondis-je.

Il m'observa quelques secondes de plus, et son sourire s'élargit. Comprenant de quoi il s'agissait, je m'approchai du large miroir près de la cheminée du salon. Mes cheveux étaient mi-longs et rose pâle. Je soupirai, désabusée.

– Bonjour Amélie ! fit Mme Saune en entrant dans la pièce, habillée de sa cape d'Oubliator, un plateau de viennoiseries dans les mains. J'ai déposé tes cadeaux au pied du sapin, à côté de ceux de Cathy.

Celle-ci sembla plus frénétique encore au simple énoncé du mot « cadeaux ». Je tendis un paquet à M. Saune.

– C'est pour vous remercier de m'avoir accueillie ici pour Noël, dis-je simplement.

– Oh, il ne fallait pas ! Ta présence est toujours un véritable plaisir, répondit-il, un grand sourire plaqué sur le visage.

Je n'eus aucun mal à comprendre, à voir son air, qu'il était extrêmement pressé, tout comme sa fille, d'ouvrir son cadeau.

– Allez, tu peux les ouvrir, dis-je finalement à Cathy en posant finalement mon paquet à côté des siens.

Elle poussa une petite exclamation de joie et se jeta littéralement sur un long et mince paquet emballé dans du papier bleu. Elle le déchira en moins de deux, laissant apparaître un balai flambant neuf.

– Oh, Papa ! Un Astéros 900 ! Merci, merci, merci !

En moins de deux secondes, elle courut jusqu'à son père, se jeta dans ses bras, lui plaqua un énorme baiser sur la joue et repartit comme une flèche jusqu'au cadeau suivant. A peine étonnée par sa conduite (la même depuis des années), je me tournai vers mes cadeaux. Il y en avait quatre : un emballé dans du papier journal, signature personnelle de ma mère quand elle envoyait des paquets depuis l'étranger un second dans un tissu bleu foncé, cerné d'un ruban pâle, dans lequel je reconnus l'élégance et la noblesse de Yune un troisième était couverts de petits mots, de l'écriture de ma sœur Violette. Le quatrième était blanc, cubique, de la taille d'une petite table de chevet. Ce devait être le cadeau des Saune.

Je commençai par le cadeau de Yune. Je défis lentement les rubans et dépliai une robe de soie bleue, brillante, qui s'attachait à l'aide de deux rubans foncés autour du cou elle était magnifique. Je lus la marque de fabrique du vêtement.

– Meego & Lee, souffla Cathy, éberluée, en lisant par-dessus mon épaule. Elle ne se moque pas de toi !

Yune était la fille d'un Sang-Pur chinois, descendant d'une très ancienne, très respectable et très riche famille sorcière. Sa mère, qui avait divorcé de son père quelques années après sa naissance, était une styliste renommée dans la mode de luxe sorcière. Elle avait monté avec sa sœur la marque Meego & Lee, qui avait connu un franc succès. J'étais ravie de posséder l'une de leurs créations. Je lus la lettre que Yune m'avait envoyée, puis je passai au cadeau de ma sœur.

Le paquet recouvrait, sans aucun doute, un livre. Je l'ouvris et fus ravie de découvrir le tout nouveau livre de mon idole : L'invention des sortilèges, tout un art de Filius Flitwick. Parfois, j'enviais les élèves de Poudlard qui avaient la chance de l'avoir comme professeur d'enchantements. Ses cours devaient être passionnants ! C'était ma matière préférée. Je feuilletai le livre aux belles images mouvantes et colorées, repérai deux ou trois sorts qui pourraient être utiles, puis reposai le livre au-dessus de la robe de luxe pour ouvrir le paquet venant de mes parents.

Cette année, ils étaient partis en Suisse, à Berne. J'avais reçu quatre paquets de mes chocolats préférés. J'en salivai d'avance. Et, à en croire le visage rayonnant de Cathy quand elle aperçut ce cadeau en particulier, elle aussi avait hâte de les goûter. J'ouvris un paquet et proposai un chocolat à Cathy, qui en prit deux. Ne m'en formalisant pas, je pris à mon tour un chocolat et regardait le cadeau de mes hôtes. Que pouvait-il y avoir à l'intérieur ?

Je tirai le paquet vers moi et regardait la boîte. Elle était entièrement blanche, avec une petite ouverture sur le côté, à peine plus grosse qu'une balle de golf. Etonnée, je retirai le couvercle.

Un minuscule chaton dormait au fond, sur un coussin en velours, un ruban rouge noué autour de son cou. Attendrie, je soulevai le coussin et le posai sur mes genoux. Le petit animal possédait une épaisse fourrure blanche et soyeuse, et le bout de son museau, de ses oreilles, de ses pattes et de sa queue étaient recouverts d'un léger duvet marron. Je sentis le félin ronronner et je ne pus m'empêcher de sourire.

– C'est un demi-Fléreur, m'expliqua Cathy. Ça… Ça te plaît ?

–Evidemment ! Ce qu'il est mignon !

Mon exclamation réveilla le petit être. Il ouvrit de grands yeux bleus et m'observa, intrigué, avec l'air de penser « Mais c'est qui celle-là ? ». J'éclatai de rire.

– Comment vas-tu l'appeler ?

– Bonne question ! Aucune idée. Ça va, j'ai tout mon temps. Alors, qu'as-tu reçu comme cadeau ? demandai-je avec un regard espiègle.

Cathy me répondit par un franc sourire.

– J'ai eu un balai de la part de mes parents, deux livres de mes grands-parents : Cuisine sorcière française et Sortilèges qui pourraient vous sauver la vie, une cape de chez Meego & Lee, des fondants au Chaudron de chez Honeydukes de la part de ta sœur, eeeet… des Hermès !

Elle avait l'air ravie. J'avais bien fait de les lui choisir ! C'étaient des chaussures de sports, sorties il y a quelques années, à présent vendues partout dans le monde. Le sportif qui les portait se sentait plus léger et courait plus vite. Pour quelqu'un qui adorait la course à pieds comme Cathy, je pensais bien que cela lui plairait un tant soit peu.

J'écoutai vaguement les remerciements du Dr. Saune pour les dix pots de confiture faite maison que je venais de lui offrir. Je regardai par la fenêtre le soleil se lever dans le ciel d'un bleu froid, tout en caressant la fourrure soyeuse de mon nouveau compagnon qui ronronna de bonheur. La vie était belle.

-X-X-

Et, quelques centaines de kilomètres plus loin, Ginger se réveilla enfin…